Feeds:
Articles
Commentaires

Ce dimanche 19 septembre 2021, en orbite à quatre cent kilomètres d’altitude, Thomas Pesquet a photographié Angers depuis son hublot panoramique de la station spatiale internationale. Vue de loin, ma « bonne vieille » ville natale, ci-devant capitale des ducs d’Anjou, ressemble vaguement à celle dans laquelle j’ai effectué, il y a six décennies, mes « humanités ». En fait, l’image s’apparente à celle de la plupart des autres villes vues d’en haut !

Pourtant, la Maine est bien là, identifiable avec son lac en aval de la ville. Le château du roi René, forteresse médiévale se devine en y regardant de près! C’est-à-dire de loin mais très attentivement avec les yeux de Chimène. L’autoroute qui traverse la ville est aussi discernable ainsi que la voie autoroutière sur la berge de la rive gauche de la rivière.

En revanche, les quartiers du centre ou ceux périphériques, comme la Madeleine, Saint-Léonard, Les Justices, ceux de mes souvenirs d’enfance, de mes premières bosses et égratignures, ceux de mes parties de foot dans les terrains vagues du coin ou des jeux sur les buttes des anciennes carrières d’ardoise, sont noyés dans la masse grise et dense d’une urbanisation devenue envahissante. Il en est de même des lieux de mes premières amours adolescentes. même les cimetières ont disparu de notre vue, alors qu’ils sont certainement encore là. L’éternité dure et j’y possède un droit d’accueil…

Du coup, on peut en conclure sans exagérer et sans remettre en cause la performance technique de notre astronaute national qu’avec un éloignement spatial suffisant, celui prévu à chaque seconde par les ordinateurs de bord de la station orbitale, tout peut se confondre, s’interpénétrer ou presque disparaitre dans un inextricable réseau de connexions aux allures neuronales ou ribosomiques.

Avec notre mémoire intime – qui dans la durée, opère parfois de curieuses impasses ou de tendancieuses omissions – le parallèle est d’ailleurs saisissant! Tout semble se passer en effet comme si l’espace et le temps témoignaient d’une même réalité et étaient par conséquent responsables des mêmes escamotages et des mêmes disparitions. L’un émergeant de l’autre et inversement.

La photo prise du satellite par Thomas Pesquet, qui à sa manière, incarne la complexité de ce qui est, ou de ce qu’on s’imagine être le réel, n’est peut-être finalement qu’un instantané représentatif de l’état actuel de notre mémoire. D’une mémoire des endroits qui nous furent familiers jadis, mais dont nous ne conservons plus aujourd’hui que les traits les plus grossiers, tels les indices topographiques – à défaut toponymiques – d’une géographie fractale qui n’entre plus, aux détails disparus près, dans le champ visuel de notre regard et de notre esprit!

Cette impression étrange de fausse proximité avec  » ma « ville que rien ou presque désormais ne distingue plus vraiment des autres espaces urbains du monde lorsqu’ils sont observés du ciel avec la mélancolie féérique de souvenirs anciens, rejoint la non moins insolite sensation de sidération, mâtinée de nostalgie, éprouvée cette année, un dimanche midi ensoleillé d’août sur le boulevard Foch d’Angers. Et ce, alors que, de passage dans la ville, nous recherchions une brasserie – un troquet en d’autres termes – pour nous servir une souris d’agneau aux mogettes, un carré de porc aux reinettes ou même une fricassée de poulet à l’angevine, en lieu et place d’un obligatoire et incontournable burger frites et ketchup.

Notre déception fut grande de n’aboutir dans notre quête initialement gastronomique, plus prosaïquement alimentaire mais finalement identitaire, qu’à nous réfugier, faute de mieux, dans une station d’autoroute aux portes de la ville. C’est dans cet endroit délocalisé et sans mémoire qu’en fuyant dépités un lieu autrefois matriciel, nous prîmes conscience qu’Angers et son histoire récente ne nous appartenaient plus depuis longtemps!

Partout ailleurs, dans l’univers aseptisé et normalisé des grands axes de circulation routière, nous aurions trouvé le même ersatz de tradition faussement culinaire! Ainsi va la modernité, de pair sans doute avec notre vieillissement!

Ainsi nous le rappelle innocemment ce cliché venu de l’espace, ce 19 septembre 2021.

 » En créant le chagrin, l’Auteur de cette Terre

S’est vraiment surpassé! Combien de corps aimés,

De lèvres de rubis, de cheveux embaumés

A-t-il enseveli au sein de la poussière!

___

« L’Univers, à mes yeux, est un peu la réplique

De ce qu’est ici-bas la lanterne magique:

Sa lampe est le soleil, ce monde de passage

Est la toile où l’on voit défiler nos images »

La brise a déchiré la robe de la rose.

Le rossignol l’aimait… A quoi bon larmoyer?

La mort viendra de même un jour nous effeuiller

Et longtemps après nous fleurirons d’autres roses »

___

Les trois quatrains (robaïyat) ci-dessus, parmi les mille et plus, rédigés par Omar Khayyam (1048-1131), un poète et philosophe persan mais aussi un mathématicien géomètre et astronome, né au onzième siècle de notre ère, rappellent à point nommé que la Perse d’antan fut une grande civilisation, aux antipodes par sa culture de la tolérance, de la barbarie de l’actuelle « république » islamique d’Iran.

Laquelle n’hésite pas à emprisonner des enfants puis à les exécuter (assassiner) après des années de détention.

Omar Khayyam était tout le contraire de ces tortionnaires barbus actuellement au pouvoir. C’était un humaniste qui aimait la bonne chère, le bon vin et les femmes.

Le prendre comme référence est donc de circonstance, eu égard à la cruauté et au cynisme des dirigeants iraniens, mais également parce que sa pensée et sa poésie demeurent d’une étonnante modernité, une arme propre à défriser pacifiquement les barbes de ces sadiques ayatollahs de la République islamique et du sinistre clown ridicule qui leur sert de « guide suprême ».

Aux effarants événements dont l’actualité fait état, à propos de ce pays victime d’une forme particulièrement perverse de sadisme religieux, j’ajouterai probablement bien d’autres motifs plus personnels pour rendre hommage à Omar Khayyam et relire aujourd’hui nombre de ses poèmes convenablement choisis.

Dont ce dernier intitulé « Reviviscence » :

« Vois ce coquelicot: il a puisé sa teinte

Dans le sang d’un sultan depuis longtemps éteint.

Et cette violette: elle est née un matin

Sur le grain de beauté d’une jeune défunte »

Il était 21h30 ce vendredi 31 juillet 1914, lorsqu’un individu passant sa main armée au travers du rideau du café du Croissant, rue Montmartre à Paris, assassina Jean Jaurès (1859-1914) d’une ou de deux balles dans la tête! Un instant auparavant, les témoins virent un éclair, entendirent deux coups de feu et aperçurent un homme attablé, le dos à la fenêtre doucement s’affaisser sur l’épaule d’un de ses compagnons de table. Une femme hurla alors ;  » Jaurès est tué, ils ont tué Jaurès »

Petit Courrier – journal de l’Anjou du 1er aout 1914 – AD 49

Je ne mentionnerai pas ici le nom du tueur, pas plus que celui des douze jurés qui au printemps 1919 acquittèrent ce salopard, et qui, comble de cynisme et d’injustice, condamnèrent « les parties civiles » aux dépens, en l’occurrence, la veuve du tribun socialiste.

On apprit par la suite que parmi ces douze « bons Français » qui portaient leur patriotisme de façade en bandoulière en tirant à titre posthume sur un corbillard, onze avaient été des planqués pendant la guerre. Un seul avait reconnu le meurtrier coupable; probablement le seul ouvrier membre du jury, le seul aussi qui avait été un authentique poilu ayant connu l’enfer des tranchées!

Dans sa grande majorité, le peuple français s’indigna du meurtre de Jaurès, dernier rempart de la paix avant la boucherie qui s’annonçait. L’histoire est bien connue. Et la presse de l’époque ne s’y est pas trompée en affichant en ‘Une » la nouvelle de l’assassinat et l’imminence de la guerre!

Tous n’étaient pas socialistes parmi ceux qui manifestèrent leur peine et leur colère. Loin de là.

Quelques propos déshonorants et indignes furent néanmoins tenus par des personnalités ou des intellectuels de premier plan, généralement proches des nationalistes intégristes de l’Action Française, l’extrême-droite de l’époque, autrement-dit, par les détracteurs habituels du député de Carmaux!

Mais aussi parfois dans les rangs d’anciens amis très proches, tels que Charles Péguy (1873-1914) son « petit » frère en politique et en socialisme, celui qui, à ses côtés et avec Zola, s’engagea sans ambiguïté dans la défense du capitaine Dreyfus à la charnière du siècle.

S’agissant de Péguy, on ne parvient d’ailleurs toujours pas à comprendre, plus d’un siècle après, comment, bien qu’il se soit éloigné de Jaurès depuis quelques années, il ait pu publiquement jubiler à l’annonce de son assassinat. On continue de s’interroger incrédules sur les motifs qui ont conduit ce grand écrivain mystique à l’indiscutable talent, ce philosophe proche de Bergson, cet humaniste et enfin ce patriote courageux, à se fourvoyer à ce point en déclarant que la mort de Jaurès avait suscité chez lui, « une exultation sauvage ». Etre devenu le procureur implacable de la pensée jauressienne ne suffit pas à expliquer!

A t’il regretté ses propos? On ne le saura jamais car, un peu plus d’un mois plus tard, le lieutenant Péguy qui vouait peut-être encore une incompréhensible haine envers celui qu’il avait aimé jadis, périra lui-même courageusement sur le front, lors de la bataille de l’Ourcq à quelques encablures de Paris. Quelques heures avant la première bataille de la Marne. C’était le 5 septembre 1914. Foudroyé comme Jaurès d’une balle dans la tête, Péguy eut-il le temps de se réconcilier avec les mânes du fondateur de L’Humanité?

D’autres adversaires résolus de Jaurès adoptèrent, en revanche, une attitude plus digne: ce fut le cas de Maurice Barrès (1862-1923) pourtant aux antipodes politiques et philosophiques de Jean Jaurès (et très modestement des miennes) qui vint s’incliner devant la dépouille de Jean Jaurès et qui écrivit dans ses Cahiers  » Quelle solitude autour de celui dont je sais bien qu’il était (…) un noble homme, ma foi oui, un grand homme! Adieu, Jaurès, que j’aurais voulu pouvoir librement aimer »

D’une manière générale, la France entière pleura Jaurès. Plus de cent-cinquante mille personnes  » se rassemblèrent place Victor Hugo, un dimanche d’avril 1919, pour se rendre square Lamartine où fut dressée un buste de Jaurès ». Le peuple imposa finalement qu’il fût inhumé au Panthéon où il repose depuis le 23 novembre 1924.

Atteste d’ailleurs de cette immense et quasi-unanime tristesse nationale pour le héros disparu, cette anecdote du jour du drame, rapportée par Max Gallo (1932-2017) dans la biographie qu’il a consacré au « Grand Jaurès » en 1984.  » Dans les minutes qui ont suivi l’attentat, alors que Jaurès était encore étendu, mort, dans le Café du Croissant, un officier, le capitaine Gérard, qui se trouvait là en tenue de campagne décrocha sa Légion d’Honneur et la posa sur la poitrine du supplicié, tandis que la foule dans la rue Montmartre criait son désarroi et sa peine.

 » Chaque choix de Jaurès fut en effet du côté de la démocratie, de la liberté individuelle et collective, de ce qu’il appelait la République » (Max Gallo). Militant de la paix, il combattit toute sa vie contre les inégalités de naissance, contre toutes les formes de sectarisme et pour la liberté.

Pour ma part, j’aime à lire et relire son œuvre toujours inspirante et ses discours, non seulement pour leur portée philosophique et politique, toujours actuelle mais aussi pour sa manière d’écrire et de développer des idées. J’aime son style, y compris dans ses anachronismes.

Plus d’un siècle après sa disparition dans une époque où l ‘individualisme, les replis identitaires de toutes sortes, les communautarismes y compris religieux, les intolérances généralisées et les réflexions étriquées, ainsi que les nationalismes agressifs, tiennent le haut du pavé, la parole de Jaurès, passionné de justice, demeure d’une étrange modernité et de clairvoyance.

Son avant-dernier discours prononcé à Vaise le 26 juillet 1914 sur la situation internationale et sur les menaces de guerre est à cet égard un modèle du genre.

A titre plus personnel, je n’oublie pas que Jaurès fut l’exemple de vertu que ne cessait de citer mon père, de conserve avec Eugène Varlin (1839-1871) un communard massacré par les Versaillais. Et si je nourris aujourd’hui un regret, c’est celui de n’avoir pas pris le temps ou trouvé l’occasion de me rendre avec lui, rue Montmartre au Café du Croissant, pour rendre un hommage privé à Jaurès. Mon père en avait exprimé le souhait à maintes reprises dans son grand âge.

Pour lui, l’ancien syndicaliste angevin, l’ancien militant socialiste, l’ancien ouvrier ajusteur-outilleur, ce « pèlerinage » s’apparentait à un devoir, non de mémoire, mais de reconnaissance à l’égard de quelqu’un qu’il percevait comme un des phares indépassables de la libération de l’humanité et de ce qu’on appelait alors « la classe ouvrière ». Une démarche conclusive d’une vie de militantisme et de convictions, qu’il pensait accomplir.

Je partage ce point de vue, mais j’en ajouterai quelques autres…

Malheureusement la mort de mon père, Maurice Pasquier en 2017 nous a pris, tous les deux, de court. J’espère qu’il ne m’en a pas trop voulu!

Il y dix ans, j’inaugurais ce blog  » 6 bis rue de Messine » quelques jours seulement après avoir pris ma retraite, autrement dit  » quelques jours après avoir renoncé au privilège de travailler » comme je l’indiquais dans mon propos introductif. .La suite n’a pas démenti ce pressentiment et m’a effectivement montré – a posteriori – que se rendre chaque jour au boulot était avant tout un bonheur ou une chance, comparé au sentiment de vacuité – sans doute excessif, mais récurrent – de ne plus être dorénavant utile à la marche du monde dans ses chaussons de « pensionné ».

Et ce, en dépit de l’indéfectible affection des siens ainsi que des protestations véhémentes d’un entourage d’amis compréhensifs et indulgents. Et ce, quoique nous le fassent entrevoir les conseils prodigués par les agents recruteurs des associations et des ONG caritatives, en chasse de bénévoles collecteurs de biscuits et de nouilles à la porte des supermarchés …

Las! Quoiqu’on nous dise pour apprivoiser l’ennui de soi, quoique l’on nous propose pour supporter le sevrage du labeur quotidien, et quoique l’on nous fasse croire pour nous persuader que l’inactivité professionnelle rémunérée c’est la liberté ou pour nous convaincre du bien fondé de tout autre axiome antalgique, la retraite reste la période de l’existence qui se termine forcément par sa propre disparition.

La perspective de la mort dont l’horizon se dessine au fur et à mesure du temps qui passe, est une projection qu’on ne saurait donc plus écarter. Cet horizon ressemble à ce qu’il est en réalité, à savoir un clap de fin sur notre jeunesse, et à une clôture qui se rapproche au rythme des décès de plus en plus nombreux de ceux qui nous ont accompagnés jusque là, A commencer par la génération qui nous a précédés et qui nous a donné la vie. Déjà elle ne témoigne presque plus! Mais désormais, la faux concerne aussi nos copains de lycée, nos collègues de travail, nos flirts d’ado.

Alors on s’aperçoit qu’on ne s’habitue pas au fait de supprimer de nos smartphones, les noms et les coordonnées téléphoniques de ceux qu’on a aimés fringants ainsi que leurs adresses mail. Les faire disparaitre symboliquement est une épreuve supplémentaire s’apparentant à une sorte de reniement de notre propre mémoire. Comme le début d’un processus fatal dont nous serons aussi, un jour, les victimes. Et nous le savons!

L’idée de ce blog était à l’inverse de sauvegarder, coûte que coûte, cette mémoire. Et de ce point de vue, son intitulé faisait explicitement référence, en guise de clin d’œil à l’emplacement de la maison angevine où je demeurais jadis avec mes parents et mes sœurs. Ce choix ne découlait pas du hasard, ou de la défaillance prématurée de mon imagination. Il annonçait de fait la teneur de mes futurs « papiers » et développements, au cœur de l’intimité familiale d’antan. Mon objectif alors était en quelque sorte de préserver un patrimoine mémoriel familial à l’intention des générations futures, à supposer qu’elles s’y intéressent. Un projet sans doute un peu présomptueux, ou trop optimiste selon l’angle de vue.

C’est la raison pour laquelle dix ans ça s’arrose, en principe jusqu’à l’ivresse, un verre de whisky à la main comme au bon vieux temps de l’insouciance sans limite.

« Vagabonder dans le temps et l’espace comme dans une brocante imaginaire » tel était formulé initialement l’enjeu de ce rendez-vous numérique et plumitif! Et s’y livrer en toute liberté de ton comme autrefois entre nous, en mettant à contribution des aïeux probablement surpris d’être réveillés sans sommation et « mis en boite » hors de leur cadre temporel, mais aussi en évoquant à leur propos certains épisodes de la « grande histoire » ou celle mouvementée de l’Anjou comme la Vendée Militaire ou la Chouannerie dans lesquels ils furent parfois impliqués.

Au-delà de ce cercle, plusieurs articles furent également consacrés à quelques héros ou héroïnes de mon Panthéon personnel comme Marie Curie, Emilie de Breteuil ou encore « le légendaire physicien « absolu » (selon Etienne Klein) Ettore Majorana. Ces articles firent d’ailleurs un tabac dès leur parution et figurent toujours parmi les plus consultés!

Ainsi, le bilan factuel global à l’issue de cette décennie d’écriture, ce sont plus cinq cent articles ou billets mis en ligne. Ce constat donne un peu le tournis et finit par peser un peu. Peut-être même par lasser. La question se pose donc de savoir s’il demeure décent ou pertinent de s’obstiner à tracasser frénétiquement le clavier. Est-il vraiment utile de persévérer pour tromper l’ennui à se jouer de la camarde qui rôde dangereusement dans nos parages, en la distrayant de nos balivernes. Faut-il pour s’excuser de ce travail, prétexter que des bambins nés dans l’intervalle y trouveront matière à satisfaire leur éventuelle et future curiosité filiale?

Faut-il continuer d’apporter artificiellement de l’eau à un moulin dont les engrenages finissent par coincer? Faut-il persister à raconter l’histoire d’une source qui se tarit naturellement, alors que chaque phrase rédigée est à la fois une joie et une souffrance? Alors que les aïeux disponibles ou les ancêtres accessibles et bienveillants semblent de plus en plus rétifs à se laisser piéger par un texte ou à se travestir dans des costards mal ajustés du fait de nos modernes spéculations

M’est venue l’idée que leur réticence à être exhumés des oubliettes, résultait certainement d’une prise de conscience de la fragilité de leur statut d’intermédiaires de proximité dans notre arbre généalogique. Pourquoi en effet joueraient-ils un rôle privilégié à notre égard dans la chaine du vivant par rapport aux fossiles bactériens qui ont ensemencés la vie sur terre, il y a un peu plus de trois milliards et demi d’années? Nos ancêtres aussi!

D’un autre côté, je sais aussi que les quelques trois-cent-milles visites du blog en dix ans m’obligent et me responsabilisent, ainsi que les milliers de lecteurs et la centaine de followers. Ce n’est certes pas le succès des petites poupées « influenceuses » biotoxées, qui saturent Instagram depuis les terrasses des résidences de luxe d’Abou Dhabi, mais quand même!

Aussi, ai-je décidé de poursuivre, après le temps mort de l’été, après avoir soufflé un peu et repris pied dans un monde qui, en dix ans, ne ressemble plus tout-à-fait à celui que j’ai aimé enfant, ni à celui que j’avais espéré jeune homme.

Une fois achevé le temps du deuil de mes amis disparus, un peu trop nombreux ces derniers mois, et celui de m’accommoder du départ de mes proches et de tous ceux que j’ai croisés avant qu’ils ne quittent le navire pour emprunter la barque du nocher Charon. je continuerai de badiner, sans marivaudage, car cette heure-là est révolue depuis longtemps. J’écrirai pour ceux qui se sont esquivés définitivement en nous enjoignant de vivre encore pleinement. J’alignerai des mots, juste pour le plaisir de les entendre en me relisant.

Ainsi parviendrai-je à me convaincre que la vie ne s’égrène et ne saurait se révéler pleinement qu’en cohabitant avec sa propre négation. L’apoptose est en effet consubstantielle à la vie végétale ou animale comme le rappelle opportunément Delphine Horvilleur dans son très émouvant dernier ouvrage  » Vivre avec nos morts » ( Grasset Mars-Mai 2021). L’humanité n’échappe à cette règle.

Après ce point d’étape qui ne se conçoit pas encore comme étant l’ultime jalon de ma balade dans l’espace-temps, je rembucherai donc et pousserai de nouveau mon rocher sur la pente. Mais à la manière du Sisyphe d’Albert Camus, qui conscient de l’absurdité de la tâche, trouve son bonheur dans son accomplissement concret – faire et entendre – plutôt que dans la recherche existentielle d’une justification ontologique qui n’aide pas à vivre! .

« Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux »

Gouache (2005) d’Adrienne Pasquier-Turbelier (1923-2018) : Soleils d’été

1959 – Riaillé

Les 20 et 27 juin 2021, les citoyens français devront élire des conseillers régionaux et des conseillers départementaux (anciennement conseillers généraux) chargés d’administrer les régions et les départements dans les six ans à venir. Noble tâche si l’on considère « qu’administrer » (ad ministrare en latin) c’est étymologiquement servir, et, en l’occurrence servir l’intérêt général!

L’enjeu n’est pas négligeable puisqu’il porte sur la gestion, l’entretien et le développement d’un patrimoine commun d’équipements publics, d’établissements scolaires et de voiries en adéquation avec les besoins de la population. Il concerne également la définition et la mise en œuvre de stratégies destinées à promouvoir des « mobilités propres » urbaines ou interurbaines ( transports collectifs, covoiturage, vélos). Il est enfin de déployer des politiques sociales et culturelles locales, de qualité et, en principe, réductrices des inégalités de « fortune » infondées par le mérite.

Dans ce contexte, chacun doit forcément se poser la question du choix le plus opportun – ou le moins mauvais – parmi la palette de propositions et de candidats en lice, étant entendu qu’indépendamment de toute option partisane, les suffrages apportés pour une assemblée ne sont pas nécessairement transposables à l’autre. Il est même du devoir de l’électeur de choisir ce qui parait le plus pertinent, le plus crédible et le moins pénalisant pour l’avenir de notre cadre de vie, en tenant compte de l’environnement géopolitique global qui ne peut être passé sous silence.

En effet, ce qui peut sembler préférable dans un périmètre comme le canton peut se révéler inapproprié à plus grande échelle, surtout si les cartes des alliances électorales sont rebattues d’un scrutin à un autre…Eu égard en outre, aux domaines de compétences respectives des conseils régionaux et départementaux, et bien sûr, au talent des candidats eux-mêmes!

Enfin, il faut constater qu’abstraction faite des professions de foi des candidats, toutes empreintes des meilleures intentions du monde mais généralement peu disertes sur les sources de financement, il est souvent difficile de discerner ce qui relève effectivement de l’intérêt général réalisable, de la pétition de principe, des gesticulations classiques de campagne électorale, voire des postures idéologiques étroitement inspirées par des partis politiques nationaux. Même les candidats « hors partis » ont leur tropisme partisan, bien qu’ils se revendiquent du contraire tout en consentant à bas bruit à mentionner sans commentaire, la liste de leurs « soutiens » – dont certains discutables.

Etranges élections, à la fois très politisées sur le fond mais animées par des acteurs sans posture idéologique assumée!

Face à ce jeu de poker menteur, je m’abstiendrai logiquement d’apporter un soutien explicite à telle ou telle liste ou à tel candidat, faute de savoir l’influence réelle de ses soutiens discrets. Mais je voterai! Et pour l’heure, je me contenterai d’exposer ma méthode de « tri sélectif », qui ne consiste pas à accorder spontanément ma confiance à ceux qui appartenaient au clan de ceux en faveur desquels je me prononçais, les yeux fermés, il y a quarante ou cinquante ans.

Il ne s’agit pas non plus de les écarter au motif que les familles politiques qui les ont faits, qu’ils ont quittées mais qui continueraient de les inspirer, ont trop fréquemment failli sur leurs engagements et leurs vaines promesses. Il serait en effet déloyal d’assimiler à ces partis en voie d’extinction et discrédités aux yeux de l’opinion publique, tous ces braves gens – honnêtes et motivés pour la plupart – qui se mettent à nu devant l’électeur en espérant laisser une trace dans l’histoire millénaire de leur clocher. Il serait malséant de crier d’emblée haro sur ceux de nos concitoyens qui ne se sont pas encore détournés de l’action publique et du service de la cité.

Il ne s’agit pas enfin d’engager un procès subalterne à l’égard de ces élus endurants du suffrage universel, en les accusant hâtivement d’avoir fait de la politique un métier en additionnant durablement les mandats. On ne les accusera pas sans argument d’être addicts au pouvoir et à la notoriété du bistrot du commerce, comme d’autres, qui, dans le même troquet, sont prisonniers des dealers.

Ces critiques malveillantes ou ces interrogations justifiées apparaitraient d’ailleurs immédiatement dérisoires et improductives si tout allait effectivement bien dans notre beau pays de France. Chacun sachant en outre que les élections locales n’annoncent généralement pas de bouleversements susceptibles de remettre en cause les fondements mêmes de notre pacte républicain, ni les bases de notre identité nationale. Même si d’aucuns croient y voir un tremplin!

Dans le passé, avant l’explosion médiatique et les réseaux sociaux, les attaques ad hominem relevaient certes du quotidien d’une campagne électorale. Mais, à l’époque, une carrière nationale se forgeait toujours sur la base d’une implantation locale. Désormais, ce n’est plus le cas, l’Ecole Nationale d’Administration et les grands corps de l’Etat ont remplacé les arrière salles de café. Et le plus souvent, l’implantation locale pour ces messieurs-dames de Paris n’est qu’un parachutage ou une prébende, qui couronnent la docilité d’un « grand serviteur » de l’Etat, par exemple, dans un cabinet ministériel.

Ainsi dans le monde d’avant, les controverses de campagne électorale se limitaient à des confrontations plus ou moins besogneuses de catalogues de promesses et d’engagements solennels de la part de ceux qui aspiraient aux responsabilités – voire aux délices empoisonnés du pouvoir – et à la défense par la majorité sortante d’un bilan que la concurrence impatiente prenait un malin plaisir à éreinter. Médiocre et surtout, critiques suprêmes, dispendieux et injuste!

L’étrangeté de la période actuelle dans un pays traumatisé par une crise sanitaire sans fin, fortement déstabilisante et annonciatrice de lendemains douloureux, réside dans le fait que les pratiques des campagnes électorales du passé, rôdées sur les places publiques lors des meetings électoraux semblent être reprises via les nouveaux médias du numérique et quelques adaptations sémantiques. Il faut, par exemple, placer dans tout discours programmatique des mots comme « transition écologique », « réchauffement ou urgence climatique », « développement durable » ou encore « économie circulaire ». A l’inverse, il y a d’autres vocables qu’il vaut mieux éviter, pour ne stigmatiser quiconque, comme  » identité nationale », « islamisme » « communautarisme » etc…

En fait, tout se passe comme si le schéma d’antan se reproduisait et qu’en matière d’élections locales, il n’y aurait rien de nouveau sous le soleil, quoiqu’en disent les candidats qui insistent sur la supériorité et l’originalité de leurs propositions en faveur du bien commun et manifestent un attendrissant attachement à leurs racines villageoises. Y compris dans les villages qui n’en sont plus vraiment!

Certains n’y voient que la répétition « à blanc » d’un scrutin plus déterminant, celui d’un monarque républicain à brève échéance. Raison de plus pour faire le bon choix!

Photo by Element5 Digital on Pexels.com

En attendant, on se retrouve sur les pages Facebook des candidats ou sur les médias locaux, regardant ces joutes oratoires qui faisaient déjà le charme des réunions électorales sous la troisième République dans les préaux d’école.

Cela rappelle notre lointaine jeunesse où les résultats des élections, à quelques virgules de pourcent près, étaient prévisibles, prédéterminés en fonction des rapports de force quasiment constants des appartenances partisanes sur un territoire donné. On aimait cette théâtralisation de la vie politique locale qui faisait la part belle aux notables locaux, seigneurs  » républicains » des lieux.

Le temps nous use tous, mais il nous permet aussi de prendre du recul. Force est aujourd’hui de constater que sur des durées d’évaluation suffisantes, les majorités qui se succédaient, conduisaient des politiques locales, toujours financièrement contraintes, mais qui aboutissaient, à quelques détails près, à des résultats comparables. Et ce, quels que soient les partis politiques, à condition que ceux qui gouvernent, s’y emploient avec modération en ne perdant pas de vue l’intérêt général.

La Constitution de la cinquième République a entériné et « sanctuarisé » le rôle éminent des partis politiques en stipulant en son article 4  qu’ils « concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. »

Malheureusement, l’actuelle crise morale et civilisationnelle a modifié la donne. A la relative stabilité d’un paysage institutionnel où l’alternance au pouvoir de majorités différentes partageant des valeurs communes, était entrée dans les mœurs, s’est substitué un doute dévastateur qui n’a rien de méthodique sur les bienfaits de la démocratie.

Un doute qui va de pair avec la déroute des organisations politiques traditionnelles qui ne parviennent même plus à nourrir leurs apparatchiks. Une désaffection de la « chose publique » qui a permis progressivement la prise en main de l’appareil d’Etat par une technocratie arrogante qui s’assoit sans état d’âme sur les rites de la démocratie et qui affiche sans complexe son mépris assumé pour le peuple. Lequel le lui rend d’ailleurs bien en se désintéressant – pour ne pas dire plus – des différentes institutions censées incarner « l’ordre public » républicain. ,

Le résultat de ce chambardement des esprits qui sanctionne une action publique déficiente voire coupable depuis une quarantaine d’années, toutes options partisanes confondues, c’est le refus de vote aux élections et le discrédit généralisé de l’ensemble de la classe politique. Mais dans le même temps, c’est le recours à la violence, c’est la montée de l’insécurité et au bout du compte c’est la remise en cause des principes de liberté, d’égalité et de fraternité, Ou plus exactement c’est la prise en otage de ces principe vidés de leur sens, par différents groupes factieux d’extrême droite ou d’extrême gauche.

Dans ces conditions, de rendez-vous électoraux en rendez-vous électoraux, l’abstention/pêche à la ligne devient de plus en plus importante. Et il est à craindre que ce phénomène s’amplifie encore cette année. L’occurrence qui apparait la plus probable dans le désarroi ambiant, est que les citoyens se détournent massivement des urnes, entrainant de facto une suspicion sur la représentativité des élus et que les irréductibles du devoir électoral ne soient contraints, comme d’habitude, de se résigner à voter par défaut en tentant d’éviter le pire dans un ultime réflexe de défense de la démocratie.

Le pire peut-être, c’est que, mécaniquement, l’offre politique la plus identifiable soit celle des « extrêmes » qui s’accaparent le vraies questions des français pour leur apporter des solutions exécrables, et que la classe politique réputée « raisonnable » soit tenue pour survivre et attirer le chaland, de se livrer à de la surenchère en tombant dans le piège de la caricature ou de la complaisance à l’égard des ennemis de la République.

Dans ce contexte, le fait de s’interroger sur la destination de nos suffrages dans des élections locales, n’est ni anodin, ni déplacé, ni sacrilège! Il y a des moments où le courage citoyen exige d’abandonner les réflexes pavloviens ou les comportements de Panurge.

En effet entre les candidats du déni de réalité qui persistent à se référer à une sorte de déterminisme historique théorisé au dix-neuvième siècle et devenu meurtrier au vingtième, ceux du même acabit, qui s’inscrivent dans l’héritage assumé ou non, des idéologies racistes et perverses à l’origine des tragédies du siècle dernier, et enfin ceux qui ressassent l’apocalypse climatique écologique, religieuse, migratoire en rêvant d’abolir nos libertés fondamentales, la marge est étroite et la prudence est de mise.

Dans ces conditions et dans la mesure où les fossoyeurs de la démocratie grossissent au rythme des reniements des partis de gouvernement,  » l’espace politique » des démocrates modérés, seuls garants d’une République apaisée, fière de ses principes universels, s’est réduit comme peau de chagrin.

Ils n’osent plus défiler sous leurs propres drapeaux comme en témoigne la surprenante inflation de candidats « divers » – divers gauche, divers droite ou sans étiquette – qu’on a connus jadis encartés.

Leur nouveau viatique, c’est la proximité des charrues et des labours et celle des moutons qui bêlent sous des cellules photovoltaïques chinoises! Leur attachement à leurs racines et à la terre de leurs pères a quelque chose d’infantile et mais aussi de profondément touchant … Par pragmatisme, je m’y laisserai sûrement prendre pour les élections départementales où la personnalité du candidat est primordiale. Et aussi, parce que le niveau local devient un refuge pour ceux qui ne comprennent plus la marche du monde.

Ne pas être corrompu et donner le sentiment de croire à ce qu’on propose, c’est déjà bien, et si en plus je n’ai rien à reprocher au candidat du cru, il aura ma préférence ce jour-là, à défaut d’adhésion sans réserve aux propositions (à nombre variable) de son programme cantonal ! Les menaces réelles qui pèsent sur notre démocratie exigent de ne pas finasser sur des divergences de détail!

Aux élections régionales, mon raisonnement sera forcément plus discriminant car c’est l’avenir d’un ensemble composite de plus de douze millions d’habitants qui est en cause en Ile-de-France..

L’aventure des « extrêmes » doit être – quoiqu’il en coûte – refusée absolument. Cette option n’est pas recevable.

Ecrivant cela, je pense en premier lieu au projet mortifère pour la cohésion nationale des héritiers présomptifs et prétendument assagis du pétainisme. Je pense également au parti du leader maximo qui n’a jamais caché son admiration pour Léon Trotski théoricien de la Terreur révolutionnaire ou pour Hugo Chavez / Nicolas Madhuro, les dictateurs vénézuéliens.

Enfin il ne peut être question pour moi de soutenir les inquiétants et ombrageux écologistes radicaux dans l’ombre desquels plane la menace des lieux de rééducation au jardinage bio des récalcitrants dans mon genre, épicuriens non repentant et par conséquent coupables à leurs yeux de jouir impunément de la vie et de croire au progrès scientifique et technologique.

Je ne voterai pas non plus pour une liste conduite par une candidate opportuniste sans maturité politique, dont on sait d’avance qu’elle ne saura jamais réaliser ce qu’elle promet, comme la gratuité « immorale » des transports publics. Et surtout dont on ne peut s’empêcher de soupçonner certaines tendances au « racialisme » mortifère et communautariste importé des Amériques .

In fine, probablement, je me prononcerai en mon âme et conscience, sans prédétermination, et en l’occurrence, ce sera certainement pour celle ou ceux dont je crains le moins.

Ecrivant cela, je suis triste.

Il y a trente ou quarante ans, je votais par conviction. Quand on était de gauche, on votait pour ceux qui se réclamaient de la gauche, et inversement lorsqu’on était de droite…C’est tout juste si on s’intéressait au détail des projets.

On adhérait, en bon petit soldat et on se satisfaisait d’un amical clin d’œil des « chefs » dans les meetings. On se sentait gratifié quand ils nous tutoyaient et qu’ils nous appelaient « camarades ». On était presque aussi heureux qu’eux quand ils remportaient la victoire. Depuis, nos illusions se sont évanouies!

O tempores, o mores!

PS: Le titre de ce billet est inspiré d’une chanson de Barbara.

C’est sur la plage de débarquement du nom de code de Juno Beach entre Courseulles–sur-Mer et la Graye-sur-Mer que le général de Gaulle remit le pied sur le sol de France le 14 juin 1944 après quatre ans d’absence. Il se rendit ensuite à Bayeux où il prononça un célèbre discours.

La prise d’assaut de cette plage de huit kilomètres, avait été confiée le 6 juin 1944 à la troisième division d’infanterie canadienne, assistée de la marine royale canadienne et de la Royal Navy britannique. Près de 1500 morts essentiellement canadiens périrent au cours de ce débarquement.

Dans les années qui suivirent, une immense croix de Lorraine fut érigée face à la mer, pour rappeler ce retour du Général à bord du destroyer français La Combattante, un torpilleur des Forces navales françaises libres.

C’est là que je me suis rendu symboliquement le 14 juin 2012, en compagnie de mon épouse et de Robin, l’ainé de mes deux petits-fils, né le 6 juin 2010. Alors âgé de deux ans…C’est un peu cela aussi la transmission des « valeurs » et du patrimoine français. Du moins une tentative…

Très bon anniversaire Bibi…

Dans la « Page de la Femme » datée du 1er juin 1926 du quotidien « républicain » de l’Anjou – Le Petit Courrier – un article référencé sous la rubrique « mode » expliquait comment réaliser une « robe de bébé très facile à tailler et à coudre »… Comme on le verra, ce précieux conseil était certainement de circonstances. Mais il ne fut sans doute ni lu, ni entendu ni suivi par Marguerite, ma grand-mère paternelle, pourtant abonnée du journal et couturière de son état.

Peut-être s’en est-elle inspirée plus tard. Mais ce jour-là, elle avait mieux à faire que de la découpe ou du faufilage. Il y avait plus urgent. 

La jeune femme de vingt-neuf ans était une lectrice assidue du quotidien local, qui, outre les nouvelles qu’il lui fournissait de son quartier de la Madeleine et plus généralement d’Angers, lui donnait des informations de son village natal, le Lion d’Angers. Certes, il n’y avait guère plus de trente kilomètres entre son domicile angevin et les rives de l’Oudon où son père taquinait l’ablette ou le goujon, mais y aller constituait une aventure pour une mère de famille modeste ne disposant pas de moyen de locomotion autonome…En fait, une demi-journée de voyage: trois quarts d’heure de marche à pied de la rue de la Madeleine jusqu’à la gare Saint Serge puis deux heures de transport ferrovière en troisième classe dans le petit train d’Anjou, un omnibus poussif qui desservait toutes les stations jusqu’à Segré. 

Bref, Marguerite n’avait certainement pas lu le journal ce jour-là.  Une autre occupation s’imposait à elle, à laquelle il ne pouvait être question de s’affranchir! Elle l’attendait depuis neuf mois!    

Ce mardi 1er juin 1926 présentait pourtant toutes les caractéristiques d’une journée ordinaire. Rien d’extraordinaire n’était attendu dans l’immédiat! Une journée que rien ne distinguait des autres. A priori banale et routinière pour tout le monde. Pour tous, sauf – on le pressent – pour Marguerite, la future maman d’un petit « gâs » et pour Marcel son époux. Sauf pour Maurice bien sûr, le principal concerné et le héros du jour, ainsi qu’accessoirement pour nous dans la suite de nos histoires!

A Paris, le seul fait notable de cette journée fut le discours qualifié d’émouvant par les journalistes parlementaires du président du Conseil, Aristide Briand (1862-1932), devant la Chambre des Députés. Attaqué sur sa politique financière censée redresser un pays vainqueur de la Grande Guerre mais exangue, il parvint à faire taire son opposition radical-socialiste et par obtenir la confiance des députés après avoir mis en balance la responsabilité de son gouvernement! Pour peu de temps d’ailleurs, puisque ce dernier tombera dix-huit jours après… Un grand classique de la vie politique qui permet aux tribuns de se distinguer et aux soutiens majoritaires de se compter ou de se décompter.. 

Parmi les faits divers marquants du jour, parmi les événements atypiques qui font le sel de la presse et comblent nos instincts voyeuristes, le journal mentionnait pour ce 1er juin 1926, un vol de dix-huit tonnes de savon à (de) … Marseille! Faut le faire.

Et comme pour couronner le tout dans la noble tradition d’un thriller marseillais, tels qu’on les prise du côté du quai de la Joliette, le larçin avait été perpétré dans des « magasins de subsistances » de l’armée au bas fort Saint-Nicolas! On imagine que le planton de garde a dû écoper d’un savon. 

A Angers, la météo elle-même n’avait rien de remarquable! Une météo angevine classique, modérément océanique, juste un peu fraiche pour la saison entre 11 ° degré au lever du soleil et 15° au cours de l’après-midi! Sans pluie…

A un détail d’importance près, les météorologistes d’alors n’avaient rien à envier aux actuels climatologues de l’apocalypse ou encore aux épidémiologistes infectiologues qui investissent et colonisent nos modernes écrans. Ce détail, c’était la modestie, mieux même, l’humilité. Ils ne se prétendaient pas « savants » et se contentaient juste de rapporter fidèlement les indications de leurs baromètres à ruban, de leurs thermomètres à mercure et de leurs hygromètres, sans faire « les beaux » en extrapolant l’imprévisible et en invoquant du haut de leurs chaires fictives, la science à tout bout de champ.

Heureusement le Petit Courrier, journal de proximité était en revanche assez prolixe en nouvelles locales et régionales vérifiées par des correspondants et pigistes indigènes qu’on pouvait croiser dans la rue. Tout était dans le journal: de la vie des associations aux chiens écrasés, des avis de mariage aux réunions d’associations de petits jardiniers jusqu’aux incontournables annonces nécrologiques, sans oublier évidemment l’arrestation de maraudeurs indélicats avec les commentaires qui s’imposent. Un vivier pour le lecteur angevin qui y puisait les informations qu’il développait avec les copains d’atelier. Avant d’aller au boulot, il aimait feuilleter son journal déposé par un livreur dès potron-minet sur le paillasson,

Ainsi la presse des 1er et 2 juin 1926 consacrait plusieurs articles – et même quelques manchettes – à la tenue entre le 3 juin et le 13 juin 1926 de la troisième Foire Exposition de l’Anjou… Etait décliné dans le détail, le programme des nombreuses manifestations prévues, commerciales et festives, voire religieuses, depuis son inauguration le jeudi 3 juin par le ministre du commerce et de l’industrie en présence des autorités angevines, jusqu’à sa clotûre dix jours plus tard.

On apprenait, entre autres, que le 4 juin se tiendrait une grande foire Agricole et aux bestiaux au Cirque Théâtre d’Angers et qu’en soirée, des concerts seraient donnés au jardin du Mail par la musique de la Garde Républicaine.

Le dimanche 6 juin, les catholiques angevins majoritaires dans la population, étaient invités à participer à la fastueuse et multiséculaire procession du Grand Sacre, depuis le parvis de la Cathédrale Saint-Maurice au reposoir du « Saint Sacrement » sur la place du Tertre dans le quartier d’outre Maine de la Doutre, A cette occasion, une grande partie du clergé du diocèse, évêques, éminences de tous ordres et chanoines en tête, défilait en habits sacerdotaux d’apparat devant des masses de fidèles ou de spectateurs enthousiastes et présumés en dévotion…

Près de vingt ans après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les autorités ecclésiastiques et les édiles municipaux pratiquaient une sorte d’oecuménisme de bon teint sous l’égide des bienfaiteurs du crû et avec la complicité des pépiniéristes angevins, trop heureux de fleurir les ostensoirs. Et ce au plus grand contentement des petits et des grands. C’était la fête! Dans l’après-midi de ce jour béni, l’hippodrome d’Eventard devait accueillir les courses de chevaux d’Angers.

Le 11 juin 1926, les carrières d’ardoise de Trélazé virent même passer des promeneurs étrangers cornaqués comme une classe de neige par le syndicat d’initiative de l’Anjou. On aimait valoriser l’ardoise et les ardoisiers d’Anjou et on le faisait savoir aux visiteurs de la Foire. Enfin le lendemain eut lieu le traditionnel grand concours d’animaux reproducteurs des espèces bovines, ovines et porcines. Un rituel incontournable!

Et pour terminer en beauté, le journal précisait dès le 1er juin, que le dernier jour de la Foire Exposition, en l’ole dimanche 13 juin 1926, la Société de Vénerie organiserait une exposition d’étalons…

Mon grand père paternel, Marcel Pasquier (1892-1956), ancien chasseur à cheval de l’armée d’Afrique entre 1910 et 1919 se serait certainement déplacé pour assister à ces présentations, s’il en avait eu le loisir! Mais, il avait la tête ailleurs…

Ce 1er juin 1926 revêtait pour lui un caractère particulier.

En effet, ce même jour, à quelques kilomètres des festivités en préparation et de la Foire Exposition, son épouse Marguerite Cailletreau (1897-1986) mettait au monde au rez-de chaussée d’un immeuble sans caractère du 65 de la rue de la Madeleine, Maurice Pasquier (1926-2017) leur deuxième fils et troisième enfant.

Ce jour-là, débutait l’existence de celui qui devint mon père, puis celui de mes trois soeurs, puis le grand-père et l’arrrière grand-père d’une myriade d’enfants. C’était, il y a exactement 95 ans. Désormais le temps n’a plus de sens pour Maurice disparu, il y a quatre ans, ni pour aucun des protagonistes et acteurs de ce 1er juin 1926. Date anniversaire qui fait désormais partie de notre histoire patrimoniale.

Pour lui et pour eux, tout est désormais fini dans l’infini.

Maurice en 2013, pensif devant sa maison natale.

C’est avec une très grande tristesse que nous avons appris qu‘Alain Biau, notre ami, notre frère de cœur, notre collègue de jadis, s’était éteint le 12 mai 2021 à l’âge de soixante-douze ans, dans une clinique de Marly-le-Roi, où il avait été hospitalisé la veille. 

Alain a été terrassé par une maladie récurrente qui le taraudait sans relâche depuis six décennies et qu’il combattit avec un courage exceptionnel. Des témoignages et des hommages unanimes émis après son décès, quelques mots-clefs ressortent systématiquement tels que « compétence professionnelle, humanisme, honnêteté intellectuelle, dignité, soif d’apprendre, enthousiasme à transmettre »! C’est le cri du cœur de tous ceux qui ont croisé sa route et qui ont pu apprécier ses multiples talents mais aussi sa haute exigence morale. L’homme possédait effectivement toutes ces qualités, servies de surcroît par une vive intelligence. 

Malheureusement, depuis un peu plus de deux ans, la dégradation de sa santé, caractérisée par la perte de sa motricité, et nos éloignements respectifs en région parisienne, auxquels est venue s’agréger la pandémie virale, avaient rendu impossibles nos rencontres autrefois régulières. Pour autant, nos échanges téléphoniques hebdomadaires n’ont jamais été interrompus. En ces occasions devenues rituelles et attendues par l’un et l’autre, nous abordions sans retenue tous les sujets, de la politique à la science, sans omettre, en fonction de l’actualité, les faits divers dramatiques et les dérives sociétales qui les ont suscités, plongeant Alain dans des abimes de perplexité. Ce qui est certain, c’est qu’il n’avait rien perdu de sa pertinence intellectuelle et de son aptitude à analyser les situations complexes. Il me parlait aussi de ses petit-enfants et de sa fierté de grand-père.  

La dernière fois que nous avons échangé de la sorte, c’était juste une semaine avant son décès. alors que rien ne laissait présager dans ses propos, une accélération aussi soudaine du mal qui le rongeait. Mal que d’ailleurs, il n’évoquait généralement qu’incidemment comme s’il ne s’agissait que d’un aspect  éprouvant de sa vie quotidienne mais d’un élément parmi d’autres.   

Parodiant Arthur Rimbaud, on pourrait dire qu’Alain était  » absolument moderne » mais il ne confondait par la modernité et la « destruction systématique du passé ». Ce n’est donc pas un hasard s’il a présidé jusqu’en 2019, le club  » Histoire » d’une société savante, la Société Française de Radioprotection.

Sa légitimité pour exercer ce mandat bénévole était indiscutable car il jouissait de la confiance de ses pairs, tant pour évoquer l’histoire de la discipline scientifique et technique qu’il avait si longtemps et fidèlement servie, que pour sa capacité à fédérer sur un enjeu commun – « l’écriture d’une l’histoire de la radioprotection – des personnalités aux passés professionnels différents et parfois antagonistes.

Il ne faut pas oublier qu’il fut un des principaux acteurs de la radioprotection en France durant presque quarante ans, en particulier sur les deux volets où sa compétence professionnelle était recherchée, à savoir la radiophysique médicale et l’évaluation des expositions internes et externes aux rayonnements ionisants des travailleurs, notamment ceux de l’industrie nucléaire. 

Et ce qui est remarquable, c’est que malgré les dures épreuves de santé qu’il dut affronter sur l’ensemble de sa carrière, jamais, il ne s’est départi de son sens de l’humanité et de son attention bienveillante à l’égard de ceux qui le côtoyaient ou de ceux, affectés par des incidents ou des accidents radiologiques ou nucléaires, qui bénéficiaient de ses connaissances et de ses savoir-faire. Ni de son humour! 

Tous les personnes qui l’ont connu, à un titre ou à un autre, savent qu’Alain était d’un inlassable et inclassable optimisme. Sa boussole en effet, c’était une conception de l’humanisme qui n’excluait ni le rire, ni la bonne chère, ni le plaisir d’être ensemble, y compris quand les circonstances ne s’y prêtaient pas spontanément. Il est probable que cette vision épicurienne fût probablement héritée du sud-ouest, sa région natale. 

En tout cas, il aimait se référer aux grands humoristes français dont, au premier chef, Pierre Dac. Il citait volontiers certains de ses aphorismes au moyen desquels ce dernier, sous couvert d’humour noir ou caustique, dénonçait les idéologies perverses et l’horreur des guerres qui endeuillèrent le siècle dernier. Alain appréciait cette façon désinvolte, parfois déconcertante, de prendre de la hauteur pour combattre l’insupportable. Il l’estimait plus efficace que n’importe discours théorique doctrinaire ou idéologique.

Pour lui qui connaissait  la souffrance physique depuis son enfance, le sourire « entendu » voire paradoxal, était même une des conditions incontournables pour affronter les défis de la vie.  

Pudique, il n’aimait pas trop s’exprimer publiquement sur sa maladie dont l’inéluctable progression était pour lui un calvaire. Mais, dans le même temps, il me confia un jour, comme pour défier le sort, que c’était peut-être « elle » qui lui avait permis de réaliser des choses qu’il n’aurait pas réalisées autrement.

Au-delà de cette déclaration qui pourrait être interprétée comme une bravade, ou à l’inverse comme une attitude résignée face à la fatalité, je compris ultérieurement que, par ce propos étonnant, eu égard à ce qu’il dut endurer, Alain voulait signifier son refus de n’être regardé que par le prisme de la maladie.

Il ne souhaitait pas que l’image qu’il donnait de lui-même soit entachée par l’affection qui chaque jour lui rappelait la dure réalité de sa condition. Et c’est la raison pour laquelle il a presque toujours refusé – et de toutes ses forces – le statut d’handicapé qui, parfois, aurait pu lui faciliter le quotidien.  

Cette conception exigeante de l’existence qui place la dignité au centre du débat, n’aurait pas été désavouée par un philosophe stoïcien comme Epictète: « Ne demande pas que ce qui arrive, arrive comme tu le désires. Désire plutôt que les choses arrivent comme elles arrivent ».

Parlons-en justement de cette vie !

Alain était né en janvier 1949 dans une famille modeste près de Villeneuve-sur-Lot. Son père, ouvrier agricole, était employé comme jardinier du Château des Fontanelles à Villeneuve, propriété d’un notable local, député-maire de la ville. La famille Biau résidait dans les dépendances du château où sa mère « faisait des ménages ». Dès son plus jeune âge donc, Alain aida ses parents lors des réceptions et des campagnes électorales rad-soc du patron. 

Pur produit de l’école laïque et de la méritocratie républicaine, Alain fréquenta l’école primaire de Villeneuve. C’est à son instituteur qui parvint à convaincre ses parents de la nécessité de lui faire poursuivre des études au-delà du certificat, qu’il dut son inscription en « sixième » au collège. C’est aussi de cette période, alors qu’il n’a que dix ans, que datent les premières alertes de sa maladie.  

De son lycée, Alain se souvenait avec reconnaissance de son professeur de français-latin-grec de seconde, qui lui passait chaque semaine un grand classique en lui demandant une note de lecture. Ainsi, à la rentrée 1965, avec un an d’avance, il intégra la classe terminale « Mathématiques Élémentaires » du lycée de Villeneuve.

Mais la maladie se signala alors plus durement lors de ses seize ans. D’insupportables douleurs reprirent juste avant la rentrée scolaire. Elles le contraignirent à un mois de chaise longue. Après de nombreux examens et d’essais thérapeutiques, une spondylarthrite ankylosante fut diagnostiquée. Elle ne le lâchera plus.

Cela ne l’empêcha pas de réussir son bac en 1966, de s’inscrire à la Faculté des Sciences de Toulouse, et d’y suivre un cursus universitaire normal en chimie-physique à l’issue duquel il obtiendra en 1970 une maitrise de physique, tout en subissant parallèlement un traitement expérimental de radiothérapie. En 1971, l’étudiant brillant est reçu au DEA de physique radiologique au centre de physique atomique de Toulouse dirigé par le professeur Daniel Blanc. Il faisait alors partie de la première promotion en France de physicien médical.

Le gamin doué de l’école communale de Villeneuve devint donc physicien chimiste, et, se destinant alors à la recherche, « monta à Paris » en septembre 1971 pour entamer une thèse en physique médicale à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif, dédiée à la dosimétrie des petites sources de californium 252 en curiethérapie. On peut penser que ce thème de recherche n’était pas étranger à sa propre expérience de patient.

Quand il rejoignit Villejuif, Alain n’était pas seul, il venait de se marier avec Annie rencontrée au Centre Aéré de Villeneuve-sur-Lot dont il était le directeur pendant les vacances scolaires. A partir de 1971, le couple vécut à Paris, elle comme institutrice, lui comme thésard.

Ses responsables de thèse, qu’il évoquait toujours avec beaucoup de gratitude, étaient Andrée Dutreix chef du service de physique médicale de l’Institut Gustave Roussy à Villejuif et Nicole Parmentier pour la partie expérimentale dans le département du docteur Jammet au CEA de Fontenay aux Roses.

Pour gagner sa vie, il devint assistant de biophysique à la faculté de médecine Paris-Ouest auprès du Professeur Pierre Pellerin. Le souvenir qu’il conserva de Pierre Pellerin enseignant, était celui d’un brillant professeur, charmeur, cultivé et attentif à ses étudiants et d’ailleurs, Alain a toujours refusé de s’associer à l’hallali général d’après Tchernobyl. Et, c’est même avec un certain agacement qu’il ne cessa de s’insurger contre ses médiocres détracteurs et accusateurs.

Le 10 novembre 1973, Alain soutint sa thèse à Toulouse et fut intégré dans la foulée comme ingénieur au Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants au Vésinet, dans le département de Radiophysique du Professeur Moroni.

De 1973 à 1994, il dirigea alors le laboratoire de dosimétrie photographique individuelle, tout en assurant l’expertise des incidents/accidents de radiologie et la gestion de la dosimétrie des patients. Il fut en outre un des précurseurs de l’évaluation des expositions des populations aux rayonnements ionisants d’origine naturelle, y compris cosmiques pour les vols commerciaux supersoniques. 

Progressivement, il devint le référent et le conseil de tous les médecins du travail en charge du suivi médical des travailleurs exposés. De multiples exemples de son action dans ce domaine peuvent être cités, au nombre desquels figurent quelques cas emblématiques comme l’irradiation gravissime des ouvriers d’un accélérateur industriel à Forbach en 1991 où il a su mettre en évidence l’importance de l’exposition alors même que l’accident était nié par leur employeur.

Le 26 avril 1986, lors de la catastrophe de Tchernobyl, Alain fut mobilisé sans relâche de fin avril à fin juin – comme toute l’équipe des cadres et salariés du SCPRI – pour procéder à des analyses d’urgence d’échantillons prélevés dans l’environnement en France, établir des cartographies des zones contaminées par le nuage radioactif et effectuer, région par région des calculs de dose.

Comme tous ceux qui ont participé, nuit et jour, à ce travail harassant, c’est avec amertume qu’il a vécu le lynchage médiatique qui a suivi. Pour Alain, ce fut une réelle souffrance d’observer que son honnêteté intellectuelle et celle de ses collègues, ainsi que leurs compétences aient pu être suspectées par des ignorants et relayées par d’autres ignorants. A bon droit, il vécut cet épisode comme une injuste stigmatisation de leur travail et de leurs personnes.  

En 1994, Alain est tout naturellement intégré à l’Office de Protection contre les Rayonnements Ionisants, nouvel établissement public, où, dans la continuité des responsabilités qu’il exerçait auparavant, ses responsabilités s’accroissent comme sous-directeur de la radioprotection.

Il assume alors le rôle de correspondant principal des centres nucléaires en cas d’incidents de rejets d’effluents radioactifs pouvant impacter l’environnement ou nuire à la santé des travailleurs ou des populations. 

Ses qualités humaines alliées à son expertise technique firent de lui l’interlocuteur naturel et incontournable du public. Son expérience a également été mise à profit par l’administration lorsqu’il a fallu faire évoluer la réglementation de radioprotection. Il participa ainsi à de nombreux groupes de travail. Peu le savent, mais c’est lui, « l’inventeur « de la base de données SISERI qui collecte les doses reçues par les travailleurs exposés.

Pour lui, la radioprotection fut avant tout une discipline de santé publique et de santé au travail, qui doit certes s’appuyer sur des moyens techniques performants, sans faire l’économie de connaissances scientifiques en permanence actualisées, mais sa raison d’être est la prévention. Ses enjeux doivent être compréhensibles par tous, et elle doit donc être avant tout une discipline humaine, opérationnelle et utile. Dans cette perspective, Alain se fit un devoir de consacrer une part importante de son temps à la formation et à l’enseignement.

Comme on le voit, la radioprotection fut évidemment le fil rouge de sa vie professionnelle. Mais elle ne bornait pas tout son univers. Pas plus d’ailleurs que sa maladie ! 

Jusque dans les années 80-90, en dépit d’une situation médicale qui continuait d’évoluer défavorablement, ponctuée de crises aigues nécessitant un traitement de plus en plus lourd et provoquant parfois des effets secondaires indésirables, Alain demeura malgré tout autonome. Il dut manifester alors une force de caractère hors du commun, pour assumer la totalité de ses responsabilités. Il semblait même tout faire pour faire oublier son handicap. Parfois, à son détriment, car effectivement, il y parvint souvent!

Mais en 1996, la canne s’imposa pour se déplacer. Se greffèrent alors d’autres ennuis de santé mais son énergie resta la même, ainsi que sa détermination à poursuivre sa mission et à se battre. 

En 2002, à la création de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, il fut reconduit comme chef de service de surveillance de l’exposition médicale et professionnelle. Cependant après la réorganisation de l’Institut, il fut nommé Directeur d’Evaluation et d’Animation Scientifique, dans une fonction, moins directement opérationnelle et moins éprouvante physiquement.

Ce changement salutaire de son propre aveu lui permit au travers du processus d’évaluation qu’il a contribué à mettre en place à l’IRSN, de valoriser son parcours antérieur. 

Mais ses ennuis de santé le rattrapèrent une nouvelle fois en 2005 où il fut victime d’une septicémie. Après plusieurs mois d’hospitalisation, de rééducation et de convalescence, il reprit son travail avec la même motivation, le même enthousiasme juvénile que celui du gamin de Villeneuve sur Lot, de l’étudiant brillant de Toulouse, du thésard de Villejuif ou du chef de service du Vésinet.

Toujours avec cette même soif de comprendre et de transmettre. A la même époque, il est d’ailleurs élu au Conseil d’Administration de la Société Française de Radioprotection.

Là où beaucoup abdiqueraient, lui, au contraire, diversifia et intensifia ses engagements professionnels ou non. Malgré son importante charge de travail, il trouva même le temps et les ressources pour s’impliquer dans la vie associative en particulier pour faciliter l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

Aujourd’hui, Alain Biau n’est plus physiquement parmi nous. Mais ses enseignements et son exemple demeurent, en particulier celui du courage face à l’adversité et aussi cette aptitude à toujours s’émerveiller.

Ces derniers temps, alors qu’il était pleinement conscient de la précarité de son état, il trouvait la force de plaisanter, de s’enquérir de la santé des autres, et se réjouissait au téléphone lorsque la météo clémente du printemps lui offrait l’occasion de sortir dans son jardin pour admirer l’éclosion de la nature, le miroitement du soleil à travers les feuillages des arbres et pour entendre le chant des oiseaux cherchant fortune.

Tel était Alain, un être bien vivant qui fait et fera longtemps la fierté de notre espèce, celle des humains. 

Merci, vieux frère 

Alain Biau Chevalier de l’Ordre National du Mérite

 

PS: Alain Biau était un lecteur assidu de ce blog et un commentateur régulier. 

 

Je ne me souviens pas de la date exacte à laquelle mon grand-père Louis Turbelier (1899-1951) m’a offert le petit camion en bois qui se trouve aujourd’hui sur une étagère de mon bureau, voisinant en bonne intelligence mais sans intention préconçue avec les ouvrages et les biographies de Marie et Pierre Curie, Albert Einstein, Max Planck, Ettore Majorana, Louis de Broglie, ainsi que ceux de Gilles de Gennes (1932-2007), de Roland Omnes ou encore de Vladimir Kourganoff (1912-2006) mes professeurs à la fac des sciences d’Orsay au début des années soixante-dix. 

Je sais juste, parce qu’on me l’a indiqué ultérieurement, que le « pépé » l’avait fait lui-même à partir de planches de bois de cagettes de fruits et légumes récupérées en fin de marché à Angers du côté du boulevard Foch. 

En réalité, cet oubli n’en est pas un. Il n’est pas imputable à l’obsolescence de mes neurones, qui menace impitoyablement tous les baby-boomeurs de mon acabit. Il est simplement dû au fait que ce cadeau, probablement l’unique jouet que mon grand-père maternel eut le loisir de me fabriquer de ses mains, remonterait à Noël 1950 ou, au plus tard, au jour de mon deuxième anniversaire, en février 1951. Et qu’à cet âge très précoce, la mémoire très sélective fonctionne selon des critères qui échappent à la logique des adultes.  

Il se trouve qu’à la charnière des années 1950 et 1951, l’hiver et en particulier le mois de février furent très rigoureux en Anjou. Cela explique en partie que, de cette période lointaine de ma prime enfance, je n’ai guère conservé en mémoire qu’une sensation de froid intense. Presque toutes les autres émotions « inoubliables » s’étant diluées dans d’improbables réminiscences de perceptions réelles ou imaginées à partir de récits postérieurs de ma mère ou de ma grand-mère. Ou des deux conjuguées.  

A l’évidence, cette météo exceptionnelle aux antipodes climatiques du réchauffement global aujourd’hui rabâché, m’avait beaucoup plus impressionné que tous les autres évènements de ma vie quotidienne d’alors. Une vie plutôt choyée d’un tout petit garçon, gratifié de l’affection des siens dans une famille modeste, mais ouverte au monde, par les engagements militants de ses parents au sein de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne pendant la guerre, puis dans l’action catholique ouvrière et enfin dans le syndicalisme confessionnel.      

Dans ce contexte, la rudesse du climat dans les logements ouvriers mal chauffés d’après-guerre n’engendrait pas la tristesse ni d’ailleurs la mélancolie, mais elle laissa durablement des traces dans l’imaginaire des petits enfants. Et ce sont elles finalement qui survécurent à l’usure du temps.

Force est de reconnaitre que le contraste entre le confort spartiate de cette époque et celui dont on bénéficie ‘aujourd’hui est saisissant. Il est même inconcevable pour les générations montantes, addicts aux smartphones, à la télé et aux jeux vidéo, qui d’un « clic » peuvent modifier l’ambiance thermostatée de l’endroit où ils se trouvent. 

Jadis, a contrario, en l’absence de chauffage centralisé dans des appartements mal isolés, la lutte contre le froid consistait à vivre calfeutré et emmitouflé dans des pullovers assez raides souvent tricotés avec de la laine récupérée. Restrictions obligent. Et à ne sortir dans les jardins enneigés, que fagotés, de pied en cap, à la manière d’un Paul-Emile-Victor (1901-1995), l’explorateur polaire à la mode du moment. 

L’accoutrement composé en outre de la « capuche » et du « cache-nez » de rigueur, était inconfortable mais il fut à l’origine de souvenirs impérissables. Et encore, notre mère étant couturière, les vêtements étaient bien coupés et à notre taille. 

En outre, la « bouillotte » de brique chauffée dans le four de la cuisinière à bois et à charbon (boulets) permettait les soirs de trop grand froid d’affronter bravement les draps glacés en attendant que l’édredon de coton, gonflé de plumes, réchauffé à la chaleur humaine ne prenne le relai et n’assure l’équilibre thermique du lit, condition indispensable à une nuit de sommeil paisible…   

hiver 1951 Angers

Ainsi, c’est la température ambiante qui dictait sa loi et c’est elle, qui au détriment de toute autre considération, « imprima » durablement sur nos jeunes cerveaux encore vierges. Dans ces conditions, le jouet du grand-père était sans doute de second ordre. 

Confronté à la froidure des temps, tout le reste des sensations voire des émois et des sentiments, y compris ceux considérés légitimement comme essentiels et déterminants pour l’avenir, telle l’affection de nos parents, désertèrent notre conscience instantanée et s’effacèrent dans le bruit de fond des activités obligées donc normales. Comme si ce qui relevait de l’ordinaire était voué à l’oubli dans cet environnement glacial qui mobilisait notre énergie et nous tenait en éveil. Comme si notre regard sur le monde était entièrement circonscrit à la lutte pour se réchauffer.   

Un drame, pourtant, bouleversa cet équilibre et rompit cette harmonie précaire. Il endeuilla toute la famille cette année-là et brouilla nécessairement les repères. 

A l’automne 1951, ce grand-père bricoleur du dimanche, mourut subitement foudroyé par un infarctus alors qu’il n’était âgé que de cinquante-et-un ans. Je n’avais pas eu le temps de le connaitre, de m’approprier consciemment notre parenté, ni celui de nouer avec lui, les rapports de proximité qu’un petit-fils entretient généralement avec son grand-père!  

Louis passa ainsi brutalement du statut de grand-père réel et peut-être de familier attentionné à celui de grand-père virtuel. L’homme théorique supplanta rapidement celui chaleureux de chair, d’os, et de léger embonpoint, auquel le bébé avait dû sourire et babiller. Le garçonnet que j’étais l’effaça de sa mémoire.

Notre connivence mutuelle voire notre complicité naissante s’étaient en fait évanouies au fur et à mesure qu’un autre homme qui, pourtant, lui ressemblait comme un frère, avait pris sa place et comblait le vide de son absence….S’est progressivement dessiné un autre personnage, au travers des histoires bienveillantes et systématiquement édifiantes, qu’on n’a cessé, par la suite, de me raconter à son sujet pour honorer sa mémoire.    

De la sorte, je ne saurais plus aujourd’hui identifier le son de sa voix, si jamais on l’avait effectivement enregistrée. Le temps m’avait manqué pour la mémoriser et elle s’était tue pour toujours à l’automne 1951. Sans le recours de la photographie, j’aurais également oublié son visage. Disparurent également du champ de ma conscience, les gestes d’attention qu’il prodiguait au bébé que j’étais. 

Enfin, ma bibliothèque olfactive élimina rapidement de son thésaurus, l’odeur de tabac froid qu’en qualité de fumeur de « gris » à rouler il diffusait un peu partout et dont il avait forcément imprégné sa capote et son képi de policier municipal ainsi que son tablier de « petit jardinier de la Treille ». 

On m’a raconté qu’il était d’un caractère aimable, paisible, paterne même. Bref, que l’homme était naturellement bon, Je le crois volontiers mais il demeurerait pour moi une sorte d’étranger de ma lignée, en d’autres termes, un inconnu, s’il n’y avait justement ce petit camion verdâtre en bois, confectionné de ses mains qui atteste sans discussion de son existence et de nos échanges d’antan.  

C’est sur ce camion que repose désormais la seule certitude dont je puisse me prévaloir à son propos car à travers ce modeste objet qu’il a façonné minutieusement, et auquel il a consacré quelques heures, je sais que c’est à moi qu’il s’adressait et à personne d’autre…

Notre dialogue qui se poursuit en dépit du temps qui passe, emprunte aujourd’hui ce chemin! Et à travers ce lien intemporel – presque charnel – ce petit camion témoigne de notre histoire commune.

Pour autant, Louis a t-il imaginé – intuité – que, par le biais de ce jouet, il continuerait, bien au-delà de sa propre fin, à irriguer ma réflexion et à m’entretenir de notre héritage commun, celui d’une civilisation aujourd’hui en péril?

Pouvait-il concevoir que ce petit camion constituerait pour moi, plusieurs décennies plus tard, un point d’ancrage et une porte entrouverte sur l’insaisissable et énigmatique « légende des siècles » et sur l’origine du monde?

Rien n’est certain! Car dans la durée, tout est mouvement et tout disparait sauf l’éphémère.  

Je présume en tout cas, sans pouvoir l’expliquer que le choix de ce petit camion de dix-sept centimètres de long sur huit de large aux roues en pièces de monnaies trouées des années 1920, n’est pas anodin. Ni même innocent! Même si, dans cette France d’après-guerre qui n’avait pas encore franchi le cap de la consommation de masse, l’objectif de Louis était initialement – et probablement avant tout – d’offrir un jouet, absent des rayonnages des magasins ou trop couteux, à l’ainé de ses petits-enfants. 

Quoiqu’il en soit, sans peut-être l’avoir clairement anticipé, Louis construisit, une « machine à remonter le temps ». Un cadeau d’autant plus utile et précieux, qu’on engrange les années, qu’elles finissent par peser ostensiblement et que les inconvénients qui en résultent, ont une fâcheuse tendance à se multiplier. 

A ce stade de mon récit, une pause s’impose!

A cet instant, j’imagine que les rares lecteurs de ce billet – ceux qui, indulgents, m’ont accompagné jusque là – envisagent sérieusement de quitter le navire, autrement dit de snober leur écran pour passer à autre chose. Je les comprends car moi-même, je me demande où va me conduire cette histoire de grand-père bricoleur qui colonise ma mémoire impudemment à son insu et à la mienne! 

A force de circonvolutions autour de ce fantomatique camion, on finirait presque par l’oublier sur son étagère. Un peu comme on oublie Arthur Rimbaud quand on lit Rimbaud dans « Une saison en enfer » ou dans les  » Illuminations ».  Un peu comme on rate le génie du poète de Charleville-Mézières  quand on veut, à toute force, donner sens à sa vie erratique et élucider les motifs qui l’ont poussé à s’égarer à Aden et à Harar avant de mourir, cul de jatte, cancéreux et gangreneux à Marseille…Un peu comme si on le croisait sans suspecter la force révolutionnaire de son écriture et surtout sans percer d’autre secret que ceux dont on est soi-même habités!  C’est tout ce qui caractérise mon camion d’enfance, une recherche de réponse à une lancinante interrogation qui n’en exige peut-être pas ….

Peut-être qu’en se baladant un été avec lui, guidé, par exemple, par Sylvain Tesson, ce serait plus clair. Mais rien n’est moins sûr! 

Que puis-je écrire concrètement de ce camion? 

Que c’est en 1975, au décès d’un mes grands oncles paternels, Auguste Cailletreau (1892-1975), chauffeur dans le service de santé des armées pendant la Première guerre mondiale, que je compris grâce à une photo-carte postale datée d’avril 1916, que mon petit camion en bois était une reproduction bricolée et simplifiée du célèbre camion Berliet « CBA ».

Un de ces camions qui circulèrent en grand nombre sur la Voie Sacrée entre Bar-le-Duc et Verdun au cours de cette terrible année 1916.  

Auguste Cailletreau au centre appuyé à son camion

Le plus souvent « carrossé en plateau bâché à ridelles », ce camion fabriqué à grande échelle dans les ateliers Berliet de Lyon et Vénissieux  était destiné en priorité à l’armée française. « Simple et robuste », il pouvait transporter une charge utile de plusieurs tonnes et être équipé de support de batterie DCA. Il fut donc partie prenante des combats, outre sa participation déterminante à l’approvisionnement de Verdun en 1916…Ce camion contribua ainsi à la victoire de la bataille de Verdun.

En tant que véhicule du service de santé des armées, il pouvait également accueillir un bloc opératoire et des appareils de radioscopie, pour localiser les impacts des balles et les éclats d’obus dans les blessures ensanglantées des poilus.

Marie Curie elle-même qui, avec sa fille Irène Curie, mit son savoir faire au service des blessés de guerre sur le Front, fut d’ailleurs photographiée au volant d’un de ces camions, qualifiés pour la circonstance de « Petites Curie« … 

C’est donc assez naturellement que mon grand-père, ancien combattant des derniers mois du conflit trouva là l’inspiration patriotique pour me fabriquer ce petit camion. Le temps aidant, il est devenu, à mes yeux, une sorte d’emblème ou de drapeau d’une Nation française combattante, fière d’elle-même et créative. Une Nation, de nos jours, actuellement controversée dans sa quintessence, sa culture, les principes universels qu’elle donna au monde et son histoire, et dont l’existence même se trouve menacée par des vagues d’obscurantisme importé.  

Mon petit camion désormais symbole de résistance nationale, survivra comme il traversa discrètement toutes les périodes parfois dangereusement turbulentes de l’après-guerre et qu’il résista à tous les changements jusqu’à parfois se faire oublier dans un angle mort des rayonnages de ma bibliothèque…

Jusqu’à se réfugier silencieusement et en bonne compagnie auprès de Marie Curie.

Il n’y a pas de hasard! 

Quelle est, en effet, la part du hasard dans le fait que ma petite-fille âgée de deux ans et demi – du même âge que celui que j’avais en 1951 – découvrant le camion alors qu’elle joue avec des personnages « Lego », reproduise l’équipage d’une « Petite Curie » en plaçant spontanément et sans incitation de ma part, un infirmier aux commandes du camion?  

Avril 2021

Dans la foulée, je me suis permis de lui parler des rayons X, de leurs propriétés et de quelques notions sur les rayonnements ionisants … La base, quoi!

Elle n’y a pas prêté la moindre attention. Elle avait évidemment raison! C’était hors sujet. 

Alors, je me suis dit que si je cassais ma pipe d’ici quelques mois – hypothèse de moins en moins réfutable avec le temps qui passe – elle ne se souviendrait sûrement que du réchauffement climatique et accessoirement du petit camion de mon grand-père, son arrière-arrière grand-père. 

___

PS: Livres évoqués  :

L’œuvre d’Arthur Rimbaud (Un saison en Enfer, Illuminations, etc.) 

Un été avec Rimbaud de Sylvain Tesson – Editeur Equateurs parallèles- avril 2021