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Il m’aura fallu patienter plus d’un demi-siècle pour apprendre l’existence d’un certain Jehan Gelée, né, semble-t-il, en l’an de grâce 1495, quelque part en Gâtine poitevine dans les environs de Parthenay, de Saint-Pardoux ou de Soutiers…

Photo Site officielCommune Mazières en Gâtine

Ph. Site mairie Mazières-en-Gâtine

Ce que je sais de lui est très sommaire ! A vrai dire, presque rien, hormis deux précisions: la première, triviale, eu égard à sa date de naissance, c’est qu’il a vécu sous les règnes de Charles VIII, de Louis XII et François 1er entre 1495 et 1547, et la seconde, forcément plus déterminante pour moi, c’est qu’il est mon lointain aïeul ! Et, même, au hit-parade de mes ancêtres, le plus ancien d’entre eux, à ce jour identifié !

Le fait qu’il soit né, trois ans à peine, après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, donne le vertige, surtout si l’on prend conscience que quinze générations et un peu plus d’un demi-millénaire nous séparent…

Je ne suis pas l’inventeur de cette découverte. C’est à ma cousine, « Rose l’Angevine » qu’il faut attribuer cette bouleversante révélation, récemment exhumée des archives ! Ainsi, sans crier garde, surgit du fond des siècles, un inconnu dont j’aime à croire qu’il me ressemblait comme un frère…ou peut-être pas du tout !

En tout cas, quelqu’un avec lequel je suis censé partager quelques gènes. Sans l’obstination de « Rose » une fidèle habituée de mon blog, il est certain que j’aurais vécu le reste de mon âge sans me préoccuper un seul instant de ce Jehan poitevin… Il faut dire que rares sont ceux, qui, dormant depuis des lustres dans les registres d’état civil ou paroissiaux parviennent à se soustraire aux enquêtes quasi-policières de Rose, une des généalogistes les plus averties du Grand Ouest du royaume de France, et même des provinces de la Nouvelle France. Nombreux en revanche, sont ceux qui cherchent à s’attacher bénévolement ses services pour dessiner les arbres de leurs ascendances et de leurs cousinages, jusqu’aux limites ultimes de la grouillante et mystérieuse canopée ! J’ai ce privilège.

Bref, sans elle, je n’aurais jamais imaginé ma filiation directe avec ce diable d’homme, ce Gelée, miraculeusement sauvé de notre amnésie collective et rappelé dans nos foyers, bien que refroidi depuis des temps immémoriaux…Je n’aurais jamais su que ce lien familial qui nous oblige désormais, emprunte les quartiers de roture de ma grand-mère maternelle, Adrienne Venault (1894-1973) et de sa mère Clémence Fradin (1861-1931), toutes deux poitevines deux-sévriennes, que j’ai abondamment évoquées ici, il y a quelques années…

Et, le plus étonnant en cette affaire, c’est que cette chaîne généalogique ascendante – mi agnatique ou patrilinéaire et mi-cognatique – dont Rose m’a fourni les principales clés, en reconstituant une série ininterrompue d’ancêtres sur les cinq derniers siècles en Poitou, a permis de retrouver, en prime, dans la poussière des vieux grimoires, quelques autres personnages singuliers, parties prenantes de ma lignée, et également ignorés jusqu’à maintenant, mais qui ne correspondent pas tout-à-fait au profil des humbles manants ou des artisans pauvres qui peuplaient presque exclusivement hier les rameaux les plus élevés de mon arbre généalogique…

Ainsi, un arrière-petit-fils de Jehan Gelée, Anthoine Allonneau, un autre de mes aïeux au douzième degré – né en 1600, et « marchand » de son état était propriétaire avec son épouse, du domaine de la Bazonnière qui relevait de la seigneurie de Saint-Pardoux dans la Gâtine parthenaisienne, et dont les traces figurent encore sur le cadastre « napoléonien » établi en 1837 pour la commune de Saint-Pardoux (79)…

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La Bazonnière cadastre de Saint-Pardoux section B -AD 79

Mieux encore, son fils François Allonneau (1630-1690), héritier de la Bazonnière et de ses dépendances, exerçait la charge de notaire du duché de la Meilleraye. Notaire seigneurial et probablement royal par délégation, c’était certainement un notable local incontournable et redouté, car du fait de sa fonction consistant à dresser des actes de vente, d’héritage ou de contrat de mariage et à en garantir l’authenticité dans le ressort de la justice ducale, il devait jouir d’une connaissance assez précise du patrimoine des uns et des autres, et jouer un rôle appréciable dans les alliances entre les familles…

Sans être nécessairement richissime, car le nombre d’actes sur lesquels il prélevait son timbre devait être à la mesure de la richesse locale, François Allonneau disposait au moins des moyens de sa charge et de son office, et devait figurer parmi les familiers et les relations d’affaire du duc. Certainement pas parmi ses intimes, car il n’appartenait pas à la grande noblesse.

Watteau 1664- notaire établissant un contrat de mariage

Watteau 1664- notaire rédigeant un contrat de mariage

Durant la période où François Allonneau exerça sa charge de notaire, le seigneur des lieux, Charles de la Porte (1602-1664) était loin d’être un nobliau provincial anonyme. Il possédait sa chaise à la cour de France, en l’occurrence à celle de Louis XIII d’abord, dont il était d’un an le cadet, puis à celle de Louis XIV sur lequel il exerça une certaine influence presque paternelle au début de son règne….

Issu d’une famille poitevine de haut lignage, Charles était cousin du cardinal de Richelieu. En un temps, où le cumul des mandats ne soulevait aucune émotion – le bon peuple n’ayant guère le loisir de nourrir des états d’âme à propos de la gestion des affaires publiques – le « patron » de François Allonneau trustait allègrement les titres, les fonctions et les distinctions.

Qu’on en juge : ce grand aristocrate fut, à la fois, marquis puis duc de la Meilleraye en Poitou, duc de Réthel, baron de Parthenay et de Saint-Maixent, comte de Secondigny, seigneur du Boisliet, de la Lunardière, de la Jobelinière, de Villeneuve. Il fut en outre nommé lieutenant général de Bretagne, grand maître de l’artillerie de France, lieutenant général des armées du roi, pair de France, gouverneur de Nantes et de Port-Louis, et pour couronner le tout, le roi l’éleva à la dignité de maréchal de France, en remerciement sans doute de ses actions héroïques et de ses faits d’armes pendant la guerre de Trente ans.

Charles de la Porte

Charles de la Porte

Mais le duc n’était pas seulement un soldat avisé, il s’intéressait aussi au nerf de la guerre, l’argent, et pour ce motif, il fut nommé surintendant des finances en 1648… Sur son portrait d’époque, son teint blafard et son visage émacié donnent l’impression que l’homme est un peu las… On comprend pourquoi!

On peut néanmoins penser que les compétences du duc en matière financière influèrent certainement sur les relations qu’il entretint avec ses vassaux dans ses terres poitevines, en particulier avec son notaire, qui fut peut-être aussi son informateur sur l’état moral du duché…On ne serait pas étonné que les deux hommes, bien qu’ayant conscience, conformément à l’étiquette, des distances à respecter du fait de leurs différences de condition, aient su nouer des rapports de confiance, réciproques dans la gestion des biens… Réciproques mais forcément inégalitaires!

Le contraste est en tout cas saisissant entre la fortune présumée et l’aisance sociale de ce François Allonneau, et la modestie de la condition, deux siècles et demi plus tard, de ses descendantes, mon arrière-grand-mère Clémence Fradin, garde-barrière de la compagnie de chemins de fer, Paris-Orléans, veuve d’un poseur de voies, tué par un train, et ma grand-mère maternelle Adrienne Venault, contrainte pour gagner sa vie de vendre ses services comme domestique puis cuisinière, chez des bourgeois de la région, dès l’obtention de son certificat d’études !

Que s’est-il donc passé dans ce laps de temps qui explique cet appauvrissement progressif – ou brutal – de cette famille, la mienne en partie, au cours des décennies qui ont suivi l’époque « solaire » des Allonneau? Plusieurs explications peuvent être avancées, mais les pistes pour les confirmer font défaut. La révolution française qui a rebattu les cartes et détruit des patrimoines fut-elle un facteur décisif? Ou bien la dispersion des héritages, ou encore des retours imprévus de fortune à la suite de mauvais choix de certains héritiers au fil des générations? Nul ne le sait…

La réponse se trouve peut-être dans la consultation de milliers de pages malaisées à décrypter des minutes notariées, collectionnées au cours de cette période critique. Beaucoup, sont désormais consultables dans les dépôts départementaux d’archives… Mais, à moins d’une trouvaille rapide, qui fournisse d’emblée les réponses attendues, la tâche exige l’abnégation studieuse d’un bénédictin, à laquelle je ne saurais me résoudre!

Peut-être qu’un jour, cette énigme, d’importance toute relative, trouvera néanmoins une réponse crédible, par la grâce d’un robot paléographe qui, en moins de temps qu’il n’en fallut pour initier le big-bang, déchiffrera des milliers d’écrits pertinents et de charabias dialectaux, en analysant parallèlement la composition chimique des parchemins et en interprétant les empreintes génétiques laissées par les tabellions sur les vélins de ces temps-là !

Mais, dans l’attente de cet avenir robotique radieux, alors que moi-même, j’aurai probablement rejoint la masse des archives dormantes en attente d’un hypothétique réveil généalogique, il me faut conclure…

Bien sûr, tout le monde rêve un jour ou l’autre, d’épingler à sa galerie d’ancêtres, des chevaliers compagnons de Saint-Louis partant en croisade contre les sarrasins, ou espère se revendiquer, preuve à l’appui, du courage monastique des chevaliers teutoniques !

Pour l’heure, Rose l’angevine ne m’a fourni pour ancêtre ultime, qu’un seul ressortissant poitevin de la fin du quinzième siècle ! Un seul parmi les 32768 ancêtres directs putatifs, dont je devrais me prévaloir au quinzième degré de mon arbre… Beaucoup moins en réalité, car du fait des croisements de cousinages, un nombre appréciable porte sur sa seule tête, le poids de plusieurs aïeux.

Jehan est seul sur son rameau. Je m’en contente, et m’en satisfais ! Disons qu’étant identifié – autrement dit « mesuré » au sens de la théorie quantique – il est l’unique homme de son époque qui atteste de la réalité de ma filiation. Tous les autres sont demeurés virtuels, et doivent être regardés comme des possibilités qui ne se sont jamais réalisées…Un peu comme une fonction d’onde en mécanique quantique, qui ne rend compte de la réalité physique du monde, qu’à la condition de préciser le contexte métrologique qui a permis de lui donner chair et d’admettre qu’elle n’a pas d’existence propre indépendamment de l’observateur.

Si l’expérience était réalisable, je ne serais pas surpris de découvrir ma très grande proximité génétique avec ce Jehan! La même en toute hypothèse, que celle que j’entretiens avec Saint-Louis et ses compagnons de croisade, avec les chevaliers teutoniques et même avec les sarrasins qu’ils combattaient…

A quoi bon alors s’échiner à rechercher plus avant d’autres aïeux, alors que la grande saga du désir ou de l’amour – ou plus prosaïquement de l’instinct de survie de l’espèce – conjuguée aux lois de la génétique nous désignent tous comme des enfants de Jules César, de Charlemagne et de Vercingétorix ?

Certes! Mais, le plaisir réside dans l’identification besogneuse du balisage et des écueils parsemant le chemin emprunté par les générations qui nous ont précédés, pour nous transmettre la vie! C’est cette recherche qui est passionnante en soi, et c’est ce qui explique notre acharnement et notre émotion à nous abîmer les yeux, des heures durant, sur des écrans affichant des archives publiques numérisées ! Autrefois dans les mairies, on pouvait en plus effleurer le papier et en respirer l’odeur! Aujourd’hui, on l’imagine…

 

 

Si, Si…

Si j’avais un chien pour fidèle compagnon, il est certain que les jours où « le temps s’y prête » je le promènerais sur la plage…Il pataugerait à sa guise en limite d’estran et imprimerait ses pattes en s’ébouriffant, dans les marnes et les sables gris ou blonds du rivage…

Et si, complice de mes pensées, mon chien souhaitait marquer son passage et le mien d’une trace éphémère, propre à ressusciter d’antiques souvenirs, je l’approuverais, tout en sachant qu’à chaque flux et reflux de la mer, d’incessantes petites vaguelettes, déferlant sur la grève, s’échineraient avec constance à noyer sous l’écume, les fétus d’un passé esquissé en rêve et à jamais révolu.

Sa promenade erratique et fouineuse serait la mienne, sur ce rivage soudainement épargné par le temps en plein cœur de l’hiver. Alors, je lui raconterais « l’histoire de ce roi mort de n’avoir pu te rencontrer »! Ce même souverain qu’un grand prince de la chanson chantait encore dans les jukebox des boites de nuit de la côte, à la charnière des années soixante

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Et si ce lieu dont on ne sait le nom – un nom qu’on a fini par oublier à force d’y songer – avait la singulière faculté d’inverser le cours des choses et de nos histoires! Ce serait si génial de rembobiner l’espace-temps de ce jardin secret à rebours des orbites planétaires et de rattraper tant de lustres perdus à s’étourdir dans une course éperdue vers un improbable et indomptable futur! Comment contrer cette croissance entropique de notre univers intime, qui a si souvent perverti – mué – nos pensées les plus folles en un présent banal à peine présentable? Grandeurs et misères du quotidien, dont le poids s’alourdit comme dorénavant notre démarche, comme s’épaissit aussi notre tour de taille au fur et à mesure du temps qui passe, alors que notre longue chevelure brune d’antan s’est clairsemée et qu’elle ne relève plus que de l’imaginaire.

Trop tard désormais pour regretter quoi que ce soit, sauf ici parfois – peut-être – dans une posture désormais gratuite, si l’occasion se présente, par procuration également… Seuls face à la mer sombre, et au soleil couchant, terrassés par l’horizon flamboyant du côté de la Catalogne, et épris d’une sourde inquiétude sous un ciel chargé et menaçant, oserons-nous raviver avec mélancolie tant de sentiments évanouis, il y a plus d’un demi-siècle…Oui, s’il s’agit d’entrevoir le bonheur à peine ébauché d’avoir été furtivement et virtuellement quelqu’un, sur ce littoral languedocien! Un rêve nostalgique d’autrefois, pour sourire de soi-même avec délice, avec compassion et douceur, en mesurant le chemin parcouru depuis lors… »Avec le temps, va, tout s’en va… »

Si elles s’en souviennent les vagues vous diront, Comment pour la Fanette s’arrêta la chanson…

 

Périgord Noir …

Admirer la Dordogne des rives de La Roche Gageac, c’est un rituel auquel on ne saurait se dérober! Mais ce ne fut jamais une routine. On a beau, depuis plus de quarante ans, repasser sans cesse à cet endroit, en toutes saisons, le panorama suscite toujours le même émerveillement, éveille toujours de nouveaux rêves et désormais ressuscite, mieux (au moins autant) qu’en tout autre lieu du Périgord Noir, le souvenir de ceux qui ne sont plus!

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Le gitan qui vendait ses paniers sur le quai dans les années quatre-vingt, jusqu’à parfois accrocher sa production aux grilles du monument aux morts, n’est plus là depuis longtemps. Et, non plus Mimi, notre demoiselle, tantine sautillante à talons hauts qui portait un béret pastel à la manière d’un chasseur alpin, et qui l’interpellait familièrement! Mais, au cœur de l’hiver, ils continuent de hanter l’esplanade surplombant la rivière, profitant sans nul doute du calme et du silence de la nature pour reprendre leurs quartiers d’antan. C’est le temps où les souvenirs peuvent s’épancher et se manifester sans entrave avant la furie touristique de l’été.

Les anglais d’avant le Brexit viendront sans doute encore. Progressivement ils prendront de l’âge et se presseront moins nombreux…Ceux d’après en auront désormais moins l’occasion! Mais, à la belle saison, les eaux de la Dordogne continueront néanmoins d’accueillir des aventuriers en sandales pour une croisière en gabarres jusqu’à Castelnaud-la Chapelle ou Beynac à la recherche improbable de la légendaire carpe, qui narguait les pêcheurs de l’avant dernier siècle…

Des nuées de canoës descendront la rivière, tandis que leurs occupants distrairont le temps concédé par une navigation facile, en mitraillant avec leurs Iphones ou Smartphones à tout faire, y compris et surtout des selfies, leurs propres bobines hilares dans le décor des collines riveraines coiffées de leurs châteaux féodaux, dont ils diffuseront immédiatement les images dans l’Europe entière. D’autres, moins aventureux ou plus botanistes musarderont à travers les ruelles à flan de rocher de la Roque, admiratifs du jardin tropical, éteint à la morte saison, avant d’aller se restaurer à la Plume d’Oie d’un menu périgourdin rapporté des brumes nordiques mais plus vrai que nature! A moins qu’ils ne préfèrent un autre bistrot moins coûteux.

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A coup sûr, l’imperturbable Dordogne continuera de rouler ses ondes impétueuses, sans se soucier de nos états d’âme… Immuable et irremplaçable reliquaire, elle évoque pourtant tant de moments précieux de notre jeunesse, et de joies simples et familiales dans ce lieu aujourd’hui déserté, si propice à la nostalgie…

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Il est encore temps d’en profiter avant que des ruées de touristes ne viennent troubler la quiétude de l’endroit dès les premiers vols d’hirondelles dans les charmilles des cafés du bord de l’eau. Pour l’heure, j’aime regarder vers l’amont, plus secret et sauvage.

On rapporte que Napoléon 1er qui aimait bien l’écrivain, Jacques Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), l’auteur du roman « Paul et Virginie » – dont nous avons commenté les meilleures pages, dans le « Lagarde et Michard » de notre adolescence – était nettement plus réservé sur les travaux du « chercheur scientifique » que ce chantre de la beauté des paysages, et brillant aventurier prétendait être. D’autant moins enthousiaste d’ailleurs, que le romancier se piquait d’être un philosophe « finaliste » de la nature, contrairement à l’empereur qui était probablement plus proche intellectuellement de la conception mécaniste du monde des philosophes des Lumières. Ainsi, un jour que le botaniste, successeur de Buffon à la tête du Muséum d’Histoire Naturelle, se plaignait du peu de considération que lui accordaient les membres de l’Institut – l’Académie des Sciences d’alors – l’empereur lui rétorqua :

« Savez-vous le calcul différentiel, Monsieur Bernardin ? Non, eh bien, allez l’apprendre et vous vous répondrez à vous-même. »

L’empereur parlait de ce qu’il connaissait, car il avait étudié le calcul intégral et différentiel durant sa scolarité à l’école préparatoire militaire de Brienne entre 1779 et 1784, avant d’être intégré comme élève artilleur à l’école militaire de Paris…Il y développa même des facultés exceptionnelles en mathématiques, auxquels il s’adonna bien au-delà de sa scolarité.

A telle enseigne que le 25 décembre 1797 – 5 nivôse an VI – alors qu’il revenait, auréolé de gloire de la campagne d’Italie (1796-1797), promu au grade de général, il fut brillamment élu membre de l’Institut des Sciences et des Arts, classe des Sciences Physiques et Mathématiques, section des Arts Mécaniques.

Il ne s’agissait en rien d’une élection de complaisance, car Bonaparte, mathématicien d’une rare précocité, avait ramené d’Italie, en plus d’une réputation de grand stratège, dont attestaient les victoires de Lodi et du pont d’Arcole, un théorème de géométrie, énoncé par le géomètre et ecclésiastique Lorenzo Mascheroni (1750-1800), aux termes duquel  » toutes les figures construites à l’aide de la règle et du compas, peuvent l’être à l’aide du seul compas »…

Séduit, le jeune officier en avait même fourni une autre démonstration et une application originale – connue depuis sous le nom de « Problème de Napoléon » – qui consistait à retrouver le centre d’un cercle avec seulement un compas !  Son raisonnement fit dire au grand savant, Pierre Simon de Laplace (1749-1827), le « Newton français », admiratif et pourtant de vingt ans son aîné :

« Nous attendions tout de vous, Général, sauf des leçons de géométrie ! »

Problème de Napoléon

Problème de Napoléon

Cet intérêt pour les mathématiques de Napoléon Bonaparte et son appétence pour les sciences, très souvent passés sous silence par les historiens du Premier empire, ne se sont jamais démentis. Jusqu’à son abdication en 1815, l’Empereur participa aussi souvent qu’il le put, aux travaux de l’Académie. Et sa présence n’était pas passive. Il n’hésitait pas à s’investir personnellement dans les débats ou les controverses scientifiques.  Au sein de ce cénacle de savants, lui, l’autocrate impulsif qui se comportait avec brutalité à l’égard de ses opposants politiques, faisait étalage d’une étrange patience et ne tenait nullement grief à ceux qui lui portaient la contradiction sur une question scientifique…Napoléon aimait la science pour la science, et sur ce point, il n’est pas exagéré d’avancer qu’il fut un digne héritier de la philosophie des Lumières et de la Révolution, celle du règne de la Raison, de la Logique déductive et de la Rigueur démonstrative.

Jamais d’ailleurs, en dehors du Premier Empire, les scientifiques, toutes disciplines confondues, ne disposèrent d’autant de moyens matériels et surtout ne jouirent d’une aussi grande considération de la part du pouvoir en place…Jamais, ils ne bénéficièrent d’autant de facilités pour conduire leurs recherches aussi bien théoriques qu’expérimentales, pour exprimer leurs thèses et pour les confronter à la critique de leurs pairs. Le résultat fut à la hauteur des moyens consentis. Cette période fut une des plus brillantes de la science française. Ce « quattrocento » scientifique à la française, a laissé le souvenir d’une ébullition culturelle sans précédent dans notre histoire nationale, et servit de moteur au développement technologique qui s’ensuivit, fondement de l’essor industriel du 19ième siècle.

Jusqu’à sa mort en 1821, le reclus de Longwood House chercha à s’informer sur les découvertes les plus récentes et s’intéressa à l’évolution des connaissances, regrettant presque dans ses Cahiers de Sainte Hélène de n’avoir pas, lui-même, privilégié une carrière académique…

Mais, l’empereur Napoléon 1er demeura une brillante exception… Son exemple est presque unique. Il n’a pas fait école, ni fondé une tradition.

En effet, à de rares exceptions près, les élites politiques de premier plan n’ont guère exprimé, depuis plus de deux siècles, la même passion désintéressée et sincère pour les questions scientifiques et techniques…Ce désintérêt relatif réside sans doute dans les modalités de recrutement de ces « fines fleurs » de la politique, qui a fait la part belle aux formations littéraires et juridiques, et, depuis 1945, aux prétentieux cursus administratifs dispensés à l’Ecole Nationale d’Administration. Et ce, au détriment des parcours scientifiques et techniques, fussent-ils prestigieux comme l’école polytechnique, considérés comme des filières de second ordre pour exercer des responsabilités politiques et surtout pour occuper les premiers rôles.

Depuis l’avènement de la seconde République en 1848, moins d’une dizaine de personnalités ayant exercé une fonction décisionnelle importante, parmi la soixantaine environ de grands dirigeants – dont vingt-quatre présidents de la République – purent se prévaloir de connaissances théoriques, techniques et scientifiques, leur permettant d’aborder avec une certaine compréhension les questions scientifiques.

Parmi celles-ci, on peut citer les hommes d’Etat qui suivent. A des degrés divers, sans être tous d’authentiques savants, du moins présentaient-ils les aptitudes requises pour appréhender les enjeux scientifiques et techniques de leur époque :

  • François Arago(1786-1853), président de la Commission exécutive de la République en 1848, académicien des sciences, astronome et polytechnicien,
  • Eugène Cavaignac (1802-1857), chef de l’Etat en 1848, polytechnicien et général d’artillerie,
  • Sadi Carnot (1837-1894), président de la République, polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées,
  • Paul Doumer (1857-1932), Président de la République, professeur de mathématiques,
  • Albert Lebrun (1871-1950), Président de la République, polytechnicien et ingénieur des mines,
  • Valéry Giscard d’Estaing, Président de la République, polytechnicien
François Arago

François Arago

A cette liste, il convient d’ajouter Georges Clemenceau (1841-1929), le « Père la Victoire », président du Conseil entre 1906 et 1909, puis entre 1917 et 1920. Son cas est des plus singuliers, car le bougre ombrageux ne fut pas seulement un homme politique exceptionnel, principal artisan de la victoire de1918, ni le parlementaire redouté des gouvernements, ni même le journaliste le plus craint de son époque, il était aussi médecin de formation et avide de nouveautés. Ainsi, en parallèle de ses autres activités, presque secrètement, il développa, durant toute sa vie, une insatiable curiosité pour toutes les formes de culture, dont les sciences dites « exactes » et pas seulement la médecine, son premier amour…

Très âgé et partiellement retiré à Saint-Vincent-sur-Jard en Vendée, il rédigera même un étonnant et monumental ouvrage intitulé  » Au soir de la pensée » dans lequel il recense et philosophe sur tous les thèmes qui l’ont passionné et inspiré, en particulier sur les grandes thématiques scientifiques de l’heure, la relativité et l’atomistique ! On découvre alors avec surprise que cet homme hyperactif ne s’est pas contenté d’aborder la science en dilettante, mais que sa soif de décrypter la nature l’a incité à se plonger dans les problématiques scientifiques les plus complexes, comme la « relativité restreinte » de son cadet de près de quarante ans, Albert Einstein (1879-1955), qui bouleversa les notions de temps et d’espace absolus de Newton !  Avec admiration, Jean-Pierre Chevènement observait en 2014 dans une émission radio « qu’il y a très peu d’hommes politiques qui pourraient (aujourd’hui) écrire le livre que Clemenceau a écrit très vieux… ».

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Et effectivement, très peu de figures importantes de la politique française actuelle consentiraient un tel investissement intellectuel sans autre but que de prendre un peu de hauteur et de recul par rapport à la masse considérable d’innovations technologiques qui nous assaillent chaque jour… Peu, d’ailleurs, seraient en mesure de le faire. Peu enfin aurait l’humilité de le faire, de peur que l’exercice bouscule nombre de leurs certitudes médiatiques sur la science.

Les raisons d’une telle indifférence de la classe politique pour les questions scientifiques sont multiples. Bien sûr, la formation des protagonistes de la politique déjà évoquée est certainement un facteur à prendre en compte, mais il ne s’agit peut-être que d’une conséquence et non d’une cause…Le principal déterminant de cette désaffection des gouvernants pour les disciplines scientifiques résulte probablement – et en premier lieu – du regard porté par la société contemporaine sur les avancées de la Science. Cette dernière a en effet perdu son statut de secteur protégé des querelles partisanes, entièrement voué à défricher de nouvelles « terra incognita » pour le bonheur de l’humanité…

Les avancées de la science sont de moins en moins perçues comme des conquêtes de la Raison sur l’ignorance, mais de plus en plus, comme des facteurs de menaces potentielles…Le progrès ne semble plus résider dans le triomphe de nouveaux savoirs mais dans la manière de circonvenir les risques que ces nouvelles connaissances pourraient engendrer…L’enjeu n’est d’ailleurs plus tant de développer de nouveaux savoirs, que d’imaginer des protections supplémentaires face aux dangers supputés de toute innovation scientifique ou technologique…La peur supplante l’audace, considérée dans le passé comme une des qualités primordiales des pionniers de la science. Dans notre environnement contemporain, où les technocraties répressives hypocritement qualifiées « d’indépendantes » se multiplient, Pierre et Marie Curie n’auraient pas été autorisés, pour des motifs de sécurité, à poursuivre leurs recherches sur le radium.

Dans ce contexte, la classe politique, ignorante de la science, suit le mouvement plus qu’elle ne le précède, amplifiant délibérément pour des motifs électoraux ou de clientélisme, les dangers signalés par des experts venus de nulle part, qui la mettent en garde sur les conséquences d’options trop hardies, assimilées volontiers à un laxisme coupable. L’acquisition de connaissances nouvelles n’est plus alors un enjeu, mais un alibi de campagne, dans le cadre d’une lutte prétendument sans merci contre tous les méfaits proclamés de la modernité !

A titre anecdotique, mentionnons le cas de ce candidat à l’élection présidentielle en 2017, paré pour tout titre universitaire d’une licence d’histoire, et apparatchik patenté de son parti, qui parcourt les estrades en pérorant devant qui veut l’entendre qu’une de ses premières décisions une fois élu serait « d’interdire les perturbateurs endocriniens ». Evidemment personne n’aurait l’outrecuidance de lui demander des précisions sur ce qu’il entend par là ! Le vocable suffit pour effrayer, surtout si l’on ajoute que ces substances sont à l’origine de cancers et qu’ils ont une incidence sur la fécondité humaine…

Ah! Qu’elle a bon dos, l’épidémiologie, cette discipline de traitement statistique de phénomènes de faible incidence, lorsqu’elle sert de support politiquement orienté aux charlatans de l’apocalypse! Si l’on n’y prend garde, il n’y aurait pas assez de bretons vivant sur des roches granitiques, pour mourir des effets néfastes des émanations du radon radioactif! Et pour le même motif, le Limousin serait un désert humain depuis des millénaires…

Cette conception étriquée du progrès dont le point d’orgue fut l’inscription aberrante du « principe de précaution » dans la constitution de la République, marginalise de fait toute démarche scientifique, au risque de stériliser définitivement toute initiative un peu hardie à force d’encadrement réglementaire et normatif, et dans certains cas, de judiciarisation de l’action de chercheurs intrépides et… imaginatifs. Ces dérives ontologiques vont de pair avec des restrictions budgétaires des crédits de recherche que tout gouvernement depuis plusieurs décennies s’efforce d’obtenir, en reculant toutefois piteusement en rase campagne, lorsque les coupes vraiment trop sombres, provoquent l’indignation bruyante des plus éminentes pointures de la recherche scientifique.

De même, on croit rêver lorsque le Parlement français va jusqu’à interdire  – non l’extraction des gaz de schistes, ce qui pouvait, à la limite, se concevoir – mais toute recherche sur ce sujet ! On frise le retour à l’inquisition lorsque les discours officiels condamnent tout esprit frondeur qui s’aviserait imprudemment d’émettre le moindre doute sur la pertinence des conclusions relatives aux changements climatiques…

La Science devenue officielle et bastion, parmi d’autres, de la pensée unique est relayée par des élus politiques incultes. Du haut de leur tribune, ils invoquent l’autorité que leur confère leur position, pour condamner sans appel, toute expression dissonante qui s’écarterait de la vérité décrétée, et se gaussent sans vergogne de toute référence – fût-elle timide – au doute méthodique, principe cardinal de l’évolution des connaissances depuis des siècles. Dans le même temps, la pensée rationnelle, progressivement gangrenée par des considérations idéologiques, ploie sous les coups de boutoir « d’experts » autoproclamés, qui gesticulent bruyamment en s’exonérant des systèmes classiques de validation scientifiques, et imposent un corpus de dogmes simplistes, dont il faut absolument faire son catéchisme. La non-science remplace alors la science !

Cette tendance à nier la complexité du réel, à établir des relations délibérément réductrices entre des effets et des causes, et à limiter le champ scientifique aux exigences politiques du moment, est évidemment contraire à l’esprit même de la recherche scientifique, et de fil en aiguille, conduit à tarir les ressources morales nécessaires à toute recherche, qu’elle soit fondamentale, théorique ou appliquée…

Le résultat, c’est que la science est plus en plus absente des grands débats de société ! Ou lorsqu’elle est évoquée, c’est sous forme de caricature, dépouillée de tout ce qui fait sa force mais aussi son charme et chassée de la place qu’elle occupait depuis toujours dans notre imaginaire collectif, pour simplement épancher la soif de comprendre le monde, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, manifestée par l’humanité dès ces premiers balbutiements d’intelligence…

La science n’est plus guère alors qu’une posture, une diversion mondaine justifiant, pour des motifs fallacieux de sécurité, la restriction des libertés… Certains raisonnements sont à cet égard éloquents, comme celui, par exemple, des opposants au nucléaire qui usent de concepts possédant la saveur du savoir académique, mais qui détournés de leur sens originel, ne sont utilisés que pour dérouler des argumentaires sectaires, scientifiquement discutables et frôlant l’obscurantisme !

Le pire au fond, ce n’est pas la méconnaissance, c’est le simulacre de science et de rationalité, dont le personnel politique use, volontairement ou non, pour abuser le citoyen…

Le fil est bien perdu ou s’est cassé depuis ce temps, où le futur empereur des français se passionnait comme un gamin, « gratuitement » juste pour satisfaire son goût des maths, dans la recherche du centre d’un cercle au moyen de son seul compas ! Pourquoi les faux sérieux des temps modernes s’échineraient-ils dans de pareils amusements, alors que l’exercice est trivial si l’on se sert en plus d’une règle? Ce plaisir de la recherche existe encore, mais il n’est plus valorisé socialement dans la gouvernance opportuniste de nos sociétés !

Finirons-nous par nous réveiller de ce mauvais rêve, et donner tort à Pierre-Gilles de Gennes (1932-2007), prix Nobel de physique, qui fut mon professeur à la faculté des sciences d’Orsay au début des années 1970, et qui, pessimiste, pensait en 1998 que « l’approche scientifique était en régression » et déplorait que « les dogmes les plus sectaires (anciens et modernes) prennent le pouvoir » ?  Espérons…

 

 

Evidemment, en pleine campagne électorale des « présidentielles », période privilégiée où chacun de ceux qui sollicitent nos suffrages, s’évertue à montrer l’universalité de son programme et de ses engagements, mon propos du jour, par sa banalité, frôle l’anachronisme ! Pour être franc, il parait même un peu fade voire carrément décalé, presque impudent, quand d’autres déclament Jaurès et Aristide Briand et dissertent savamment sur les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat et les valeurs de la République!

Comment, dans ces conditions, oser mobiliser toutes les ressources qu’offre de nos jours, la technologie numérique, pour simplement évoquer la mémoire d’un pauvre gars, domestique agricole de son état, décédé, sans doute accidentellement, il y a cent-trente-trois ans, jour pour jour, dans une métairie située au lieu-dit  » La Fougueleraie » du village du Ménil, riverain de la Mayenne, et dépendant historiquement de la province d’Anjou?

Transcription de l'acte de décès sur le registre de Saint-Martin-du Bois (49)

Transcription: acte de décès sur le registre de St-Martin-du Bois (49)

En fait, s’il fallait rechercher un soupçon – une aune – d’universel dans le destin tragique d’Henri Joseph Coltreau (1863-1884), manifestement brisé à l’âge de vingt-et-un ans au domicile de son patron, le sieur « Houdin », ce ne serait guère qu’es qualité de porte-drapeau décrété de ces millions d’anonymes qui, les deux pieds dans la glèbe, ne laissèrent jamais d’autre trace de leur passage sur notre planète bleue, que quelques lignes sur les registre des naissances ou des baptêmes de leur village d’origine, quelques-unes supplémentaires lorsqu’ils se mariaient, et pas plus de quinze pour signifier qu’ils ont définitivement pris congé des plaisirs de la vie.

Ces gens-là ont tout simplement vécu, souvent durement, puis sans chichi, s’en sont allés, évaporés vers un monde « meilleur », un insondable ailleurs à propos duquel toutes les spéculations sont possibles…Pour la plupart, on ne sait plus rien d’eux, même pas qu’ils furent des nôtres…

Je suis donc conscient que cet article sur cet ignoré de l’Histoire, ne saurait susciter qu’un intérêt poli auprès de ceux qui pourraient se réclamer d’un cousinage lointain avec cet Henri Joseph Coltreau. Il est en revanche improbable que, par là, je fidélise un quelconque lectorat au-delà du périmètre familial de l’intéressé, au demeurant assez flou, et auquel – pour être juste – il faudrait tout de même associer tous les accros de la généalogie! Ces bénévoles des vieux grimoires, qui adoptent avec empathie, tous les trépassés auxquels ils rendent visite. Les disparus des écrans radar, qui depuis des décennies, sont terrés dans les registres d’états civils ou religieux, désormais numérisés, retrouvent ainsi une famille!

On ne dira jamais assez toute la reconnaissance que l’on doit à ces soutiers de l’Histoire, qui déchiffrent avec opiniâtreté des milliers de pages souvent illisibles pour nous restituer les grandes dates jalonnant l’existence de nos parentèles ! Personne ne sait si ces ancêtres, invités chez nous, l’espace d’un clic, et sollicités pour franchir le Styx à rebours du temps, apprécient cette résurrection aussi inattendue qu’imposée mais qui les exhume de l’oubli. Qui sait s’ils nous sont gré de ces recherches, qui, parfois, permettent d’entrevoir des aspects de leur biographie qu’ils avaient préféré taire de leur vivant !

Je le confesse, il m’arrive de me livrer avec délice à cet exercice généalogique et de parcourir les siècles à contretemps en quête d’ancêtres prestigieux ou atypiques, et de goûter la découverte d’un rameau jusqu’alors inconnu sur un arbre partiellement reconstitué et multiséculaire…

C’est ainsi que Henri Joseph Coltreau m’est apparu par hasard au détour d’un registre d’état-civil  de son village natal de Saint-Martin-du Bois en Haut-Anjou… En fait, je m’intéressais à sa mère et sa grand-mère, mes aïeules au quatrième et cinquième degré. Ainsi, ce jour-là, je découvris à la fois son existence et sa disparition à quelques kilomètres de là, plus au nord , au village du Ménil en Mayenne… Et surtout, je m’aperçus que cet humble personnage dont aucun ancien ne m’entretint jamais, était tout simplement l’oncle de ma grand-mère paternelle, Marguerite Cailletreau, épouse Pasquier, et de ses deux frères Auguste et Joseph auxquels j’ai consacré ici plusieurs articles…

Henri Joseph Coltreau était donc le frère cadet de mon arrière-grand-père Joseph Pierre Cailtreau (1859-1946) … Et, par une sorte de facétie résiliente imputable probablement à l’érudition très relative des secrétaires de mairie de l’époque, le « nom de famille » des deux frères n’étaient pas tout-à-fait semblable… Cette étrange instabilité du nom patronymique s’est d’ailleurs perpétuée et fut transmise à la génération suivante, avec toutefois un moindre écart phonétique, mais elle devint récurrente, jusqu’à affubler la même personne d’un nom orthographié différemment au cours des différentes étapes de sa vie administrative !

Peut-être parce qu’il a disparu bien avant la naissance de ma grand-mère en 1897 et qu’il ne figure – en première approximation – dans aucun des registres de nomenclature militaire des départements du Maine-et-Loire ou de la Mayenne, Henri Joseph Coltreau fut totalement effacé de la mémoire familiale, si ce n’est dans la survivance de certains prénoms qui semble l’évoquer insensiblement mais implicitement …

C’est sûrement de la sorte que fut certainement ponctuée pendant des millénaires, l’existence des « damnés de la terre », des serfs et autres vilains attachés à leur maîtres, sans autre événement notable à leur créditer et de mention à signaler sur les registres, que leur date de naissance et celle de leur mort, assortie, s’agissant de cette dernière d’une indication sommaire sur leur profession de « domestique » ou de « journalier »… Exploités de la terre, avant de devenir ceux de l’industrie, ils sont maintenant victimes de l' »ubérisation » de la société!

Et dire que nos modernes technocrates voudraient présenter comme un indice de progrès et de modernité, l’abandon des quelques garanties péniblement acquises par ces anonymes paysans et ouvriers au cours du dernier siècle, en compensation de la misère millénaire de leurs ancêtres…

Le jeune Henri Joseph Coltreau devait appartenir à la catégorie de ces paysans pauvres et sans terre, dont la survie au quotidien – surtout en Anjou – était subordonnée au bon vouloir de ces riches aristocrates légitimistes retirés dans les campagnes de l’ouest après la chute de Charles X. Ça sentait bon le parfum des histoires édifiantes de la comtesse de Ségur! Mais seulement, pour ceux qui étaient admis au château, sans avoir à se plier aux caprices des seigneurs. Les autres, affectés au service dans les offices des châteaux ou des demeures cossues des bourgs, étaient invisibles!

On dit – c’est tout ce qu’on sait de lui – qu’Henri Joseph Coltreau est mort au petit matin du 15 janvier 1884 – comme en attestèrent les deux témoins qui se présentèrent devant le maire – quasi-héréditaire – du Ménil, Edmond-Marie-Zozine de Pontavès, comte de Sabran (1841-1903), propriétaire du château de Magnanne.

Château de Magnanne

Château de Magnanne au Ménil 

Maigre empreinte à commémorer en cette date anniversaire d’une vie écourtée dont, même le souvenir s’était perdu ! Pour autant, on n’en écrira pas plus, de peur de le trahir. Son nom au moins parcourra le monde.

Avec une bêche à l’épaule,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à l’âme, un grand courage,
Il s’en allait trimer aux champs!

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terr’, creuse le temps!…. (Georges Brassens)

 

Il y a exactement deux ans – 7 janvier 2015 – deux salopards se revendiquant de l’Islam – Al Qaïda au Yémen – massacraient douze personnes à Charlie Hebdo dont huit membres de la rédaction. Parmi ceux-ci, cinq dessinateurs emblématiques Charb, Cabu, Wolinski, Honoré et Tignous. Les tueurs voulaient ainsi tuer l’âme de l’hebdomadaire satirique, et par là, porter un coup mortel à la liberté d’expression, ce principe non négociable des nations civilisées de pouvoir rire et se moquer de tout, ironiser sur tout, y compris des religions et des religieux, dont l’Islam et les islamistes!

Ces pitres et piètres assassins ont échoué car la rédaction décimée de Charlie Hebdo a été reconstituée, après l’épouvantable et inexcusable tuerie et elle continue de publier!

numéro du 14 janvier 2015

Numéro du 14 janvier 2015

Chaque année désormais, un hommage est rendu aux victimes du carnage… Les officiels, l’air compassé, y vont de leur dépôt de gerbe sur les lieux des crimes et de leur minute de silence..Mais qu’en est-il vraiment de l’éradication du terrorisme? S’est-t’on donné les moyens d’éliminer cette barbarie islamiste, qui n’a rien à envier à celle des nazis?

A-t’on été, jusqu’à présent, efficace pour vaincre – à tout le moins empêcher de nuire – l’obscurantisme moyenâgeux dans cette lutte à mort qu’il nous livre? Pas suffisamment sans doute puisque d’autres massacres de masse ont été perpétrés depuis par d’autres égorgeurs se réclamant de l’Islam!

On prétend cependant que certaines boucheries démentes auraient été évitées du fait de l’état d’urgence, en vigueur depuis le 14 novembre 2015! Mais sur le fond, le discours reste celui du déni de réalité quant à l’ampleur de la menace et sur ses causes…

On comprend que pour des raisons d’ordre public, le langage des autorités préconise l’apaisement entre les différentes catégories de la société française, mais ne faudrait-il pas aussi s’abstenir d’infantiliser en permanence le citoyen en lui fournissant des explications tronquées sur les causes de ce fléau…Ne conviendrait-il pas de rappeler à chacun son devoir d’extrême vigilance – si besoin de méfiance – plutôt que de ressasser des slogans anesthésiants sur le « vivre ensemble »? Le mot d’ordre consistant à bannir toute forme d’amalgame entre les musulmans de « bonne foi » et ceux qualifiés de « radicaux » (dont on pense qu’ils sont en délicatesse avec l’Islam), est certainement le bienvenu pour des motifs de justice et de simple humanité, mais insuffisant pour analyser la situation et y faire face! Refuser la stigmatisation à l’égard des musulmans est également indispensable mais à la condition de ne pas s’entêter – contre toute évidence – à affirmer que la violence que nous subissons, n’a aucun lien avec leur religion, et surtout à ignorer les liens entre certains prêcheurs de banlieue appartenant à la mouvance salafiste ou à celle des « frères musulmans », et les groupes terroristes. Toutes les religions monothéistes fondées sur la révélations sont source de violence.

Il est par conséquent des circonstances où le discours systématiquement « politiquement correct » et la bien-pensance émolliente deviennent socialement mortifères…Affronter la réalité telle qu’elle est, n’est jamais ouvrir la porte au fascisme… Dire la vérité n’est pas semer la haine. C’est tout le contraire!

Concrètement, on finit par s’affoler de tout, par « faire gaffe » à tout ce qu’on dit pour ne heurter quiconque! On fait attention à la manière dont on regarde nos congénères croyants ou mécréants selon l’endroit où l’on se trouve, et, in fine, on se méfierait presque de sa propre pensée!

De fil en aiguille, on finit par réduire la laïcité à une peau de chagrin, à un principe vaguement globalisant et moralisant – aussi mobilisateur que le mystère de la « Sainte Trinité » – qui n’oblige plus personne à rien, surtout pas ceux qui, par provocation, s’évertuent à le contourner sous nos yeux! Conformément aux prêches des curés d’antan et aux harangues enflammés des Frères Musulmans, on finit donc par s’accommoder de la coexistence agressive de communautés religieuses antagonistes sur des territoires confisqués de la République. Et le pire, sans même se rendre compte qu’on fait contresens et qu’on s’est fait manipuler!

On en serait presque à admettre sans trop protester que l’égalité juridique des hommes et des femmes, pourtant garantie par la Constitution, soit remise en cause au nom du droit coutumier…

Tignous - la femme musulmane qu'on aime

Tignous CH 14 janvier 2015 

Le résultat, c’est que de plus en plus de jeunes filles voilées errent comme des fantômes désincarnés dans nos villes sous le regard inquisiteur de leurs grands frères barbus et enturbannés!

Les fossoyeurs de nos libertés gagnent ainsi chaque jour du terrain, avec l’assentiment général implicite, dans le sillage des tueurs patentés de l’Islam radical… Leur victoire est d’ailleurs idéologiquement acquise – consommée- lorsqu’ils parviennent à faire accepter leurs injonctions machistes et liberticides à leurs propres victimes… Ainsi, voyons-nous s’épancher, de plus en plus fréquemment sur les plateaux de télévision, des femmes alibis disant porter le voile sur leur propre initiative et présenter comme des conquêtes féministes, les sujétions esclavagistes prétendument imposées par l’Islam, et auxquelles elles se soumettent en invoquant leur liberté d’être!

Tignous CH 14 janvier 2015

Tignous CH 14 janvier 2015

Dans ce contexte, inquiétant à tous égards, antinomique avec notre aspiration à une civilisation humaniste, il n’est pas de meilleur hommage à rendre aux dessinateurs de Charlie que de reprendre et diffuser certaines de leurs œuvres, qui pour la plupart demeurent d’une criante actualité…

Outre qu’elles conservent leur caractère subversif face à l’omniprésence des différentes formes d’obscurantisme – un peu comme les aphorismes des regrettés Coluche ou Pierre Desproges – elles nous rappellent qu’il fut un temps pas si éloigné, où l’on croyait encore aux bienfaits de la libre expression comme outil de libération de l’humanité!

Comment en effet ne pas partager sans réserve la vision de la laïcité de Wolinski?

Wolinski

                  Wolinski

A l’heure où les revers militaires de Daesh nous réjouissent, et qu’une à une les villes de Syrie et d’Irak sont libérées de son emprise maléfique, comment ne pas s’inquiéter en revanche – comme le faisait si pertinemment Cabu de façon prémonitoire – du retour en France des petits abrutis analphabètes qui ne peuvent exciper d’autre référence qu’un stage réussi de quelques mois, d’égorgeur sanguinaire en Syrie et en Irak? Cette question, tout à chacun, parfois, se la pose d’instinct quand il pénètre dans un super-marché où, l’état d’urgence obligeant, il se trouve confronté à l’omniprésence des milices privées de sécurité! Et si jamais, parmi ces jeunes garçons qui lui demande de simuler la perversion pédophile en ouvrant largement son manteau, s’était infiltré un djihadiste de la cité d’à côté, revenu de l’enfer du Moyen Orient islamiste!  Faut bien sûr réfléchir sérieusement au traitement social du djihadisme!

 

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Enfin, on ne saurait conclure cet hommage à nos martyrs du stabilo et du crayon feutre, sans évoquer l’au-delà. Leur « au-delà » (eau de là) – où ils sont malheureusement privés « du vin d’ici ». Aux dernières nouvelles, ils communieraient gaillardement avec les seins et accessoirement avec les saints! Même Wolinski, le plus vieux de la bande des écorchés vivants, (re)bande mais c’était aussi le plus obsédé…

Le passage – dit-on – lui aurait réussi, car, par miracle, le Très haut ou Allah lui a permis de retrouver tous les moyens de sa jeunesse et pour l’éternité. Il continue donc d’entretenir consciencieusement une réputation déjà passablement élogieuse auprès de myriades de vierges, ou prétendues telles qui peuplent le paradis! Les autres s’amusent aussi. Ils font en tout cas ce qu’ils peuvent au grand dam de leurs tueurs, du moins ceux qui les ont rejoint par la grâce du GIGN ou du RAID, et qui sont définitivement privés de dessert. Bref, Charb, Cabu, Wolinski, Honoré et Tignous n’ont jamais été aussi vivants dans nos cœurs depuis qu’ils sont morts! 

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Gloire éternelle aux dessinateurs de Charlie, et à leurs compagnons d’infortune…

Amen

Au gui l’an neuf

Il y a belle lurette que, sous l’égide du Gui-l’an-neuf, la jeunesse d’Anjou ne parcourt plus bruyamment les rues des villes et des villages au soir de la Saint-Sylvestre pour quémander joyeusement des étrennes ! On dit même que cette tradition d’origine celtique et druidique aurait été bannie par les autorités constituées au dix-huitième siècle, en raison des débordements scabreux et des désordres que parfois elle suscitait, tous sexes confondus!

au-gui-l-an-neuf

Déjà en ce temps-là, alors même que la fête se déroulait sous les auspices de Saint-Sylvestre, le bourgeois replet n’appréciait guère qu’on vînt troubler sa quiétude digestive en braillant sous ses fenêtres, tenant d’une main un rameau de gui, et enlaçant de l’autre, une délurée encanaillée en jupons défaits ! Laquelle, aux dires des rapports d’époque rédigés, après coup, par des pisse-froids de toutes observances, se tortillait inconvenante en hurlant comme une poissonnière !

C’était bien longtemps avant que les canettes de bière et les bouchons de Champagne, substituts modernes du gui d’antan – et beaucoup plus enivrants sinon envoûtants que l’arbrisseau épiphyte – ne jonchent les pavés des Champs Elysées parisiens sous l’œil vigilant et soupçonneux des polices antiterroristes, désormais omniprésentes… C’était avant que les fêtes dites « de fin d’année » ne se transforment en débauches de victuailles en provenance des quatre coins de la planète et qu’on se délecte à pleines bourriches d’huîtres non laiteuses, triploïdes et stériles, nées en écloserie des œuvres scientifiquement contrôlées de super-mâles ostréidés !

Il y a un siècle tout juste, les agapes du réveillon des poilus qui avaient survécu à Verdun ne comportaient ni huîtres, ni foie gras, ni gui pour égayer les tranchées – faute d’arbres encore debout pour lui servir de support – mais dans sa grande bonté, le général en chef des armées agrémenta la « ration ordinaire » du 1er janvier 1917 de quelques compléments gratuits : cent grammes de jambon épaule de porc, deux biscuits secs, cent-vingt-cinq centilitres de gros rouge en sus des allocations journalières,  une bouteille de Champagne pour quatre soldats, un cigare à dix centimes par tête de pipe et deux oranges! De quoi faire bombance pour tenir presque deux ans encore avant la fin de la mal nommée  « Der des Der ».

Petit Courrier d'Angers - 31 décembre 1916.

Petit Courrier d’Angers – 31 déc. 1916.

Plus récemment, quelques années avant 1968, je me souviens qu’on décorait encore de branches de gui – symbole d’éternité et d’immortalité chlorophyllienne au cœur de l’hiver – les murs du foyer des jeunes de La Madeleine à Angers, où nous faisions la fête jusqu’à plus soif et jusqu’à l’aube de la nuit du Nouvel An…

Autant que ma mémoire m’en rende fidèlement compte, les vœux allaient bon train et les embrassades itou! En toute innocence dans l’attente des slows de fin de soirée trop arrosée, et désormais passés de mode, où nos corps adolescents non encore pervertis par les parfums, se frôlaient sans avoir l’air d’y toucher, tandis que « tombait la neige » et que nos mains s’attardaient «sur leurs hanches » consentantes!  La symbolique du gui nous échappait sûrement. Bien plus tard, nous apprîmes que cet étrange végétal toujours vert, qui résiste au temps et aux frimas, n’est en fait qu’un parasite ! Pas de quoi, en effet, en faire un précepte de vie.

Le gui n’est plus vraiment de la partie de nos jours, hormis dans les jardineries comme un élément de décor, mais la tradition de la fête se perpétue pour ouvrir l’an neuf … En vrai ou par procuration à la télé quand les copains ont disparu dans les méandres fangeux de nos propres histoires ! Les vœux survivent, machinalement, civilement et officiels…

Pour ma part, c’est en parler de chez moi, d’Anjou de mes origines, que j’adresse mes souhaits à ceux qui voudront bien lire ces lignes. Et de surcroît, en empruntant quelques strophes à un rimiau d’Emile Joulain (1900-1989) – alias « L’Gars Mile » – un poète patoisant de la basse vallée de l’Authion, un affluent de la Loère.

Le Gars'Mile

                            L’Gars’Mile

Dans cette langue, brute de terroir, avatar d’une langue d’oïl rabelaisienne, qu’il maîtrisait à la perfection,  le mazeiais Emile Joulain sut transmettre toute la palette des émotions humaines. Point n’est besoin, alors, de traduire quoi que ce soit, sauf à sa manière, s’agissant de l’indicible! Chacun l’imaginant de la lucarne de sa grange ou de la fenêtre à meneaux de sa gentilhommière.

Voilà pourquoi la littérature populaire d’Anjou, revisitée par  » L’Gars Mile » se prête à merveille au rituel des vœux de Nouvel An. Le sens général s’impose d’emblée, mais plusieurs interprétations en précisent la couleur et sont toujours possibles! Des vœux ouverts en quelque sorte, dans une tonalité d’ensemble où la nécessité du dialogue entre les hommes apparaît primordiale. Exigence intemporelle si inaboutie!

Plus quarante ans après avoir été rédigés, les quelques vers qui suivent, issus d’un rimiau intitulé « On s’cause », demeurent, à ce titre, d’une ardente actualité.

Dans tout l’village à la ronde, ceuss’,s qu’ont voéyagé l’diront. En ville, i’s mont’raient su’ l’monde, sans mêm’ lui’ dir’  « Gâr te’ don’ ! ». Nous, on n’a guèr’ d’instruction, On n’le fait point « à la pose », Mais enter’nous, nom de nom, On s’cause !

…..

Vaut-i pas bein mieux s’entend’e, mêm’ si n’on a point l’mêm’ nom? Ça s’ra-i’ pa mieux, j’vous d’mand’e, l’jour où qu’lés homm’s s’entendront? Où qu’tous ensemb’e i’s diront:  » J’sarvons tertous la mêm’ cause; sans mitrailleus’s, ni canons, On s’cause! »

Tout est dit, souhaité et espéré! Y a plus qu’à se forger ses propres, bonnes ou moins bonnes, résolutions…Très bonne année 2017 à tous ! « Forcément, on les aura ». En tout cas, nous les queniaux devenus cacochymes et égrotant, nous le croyions, dur comme fer.

A nous, l’hiver désormais!

Fin décembre dans l'Essonne

Dans l’Essonne, le 31 décembre 2016