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Avec de bons yeux, la sécheresse de la vallée de la Dordogne était visible – en tout cas imaginable – du haut de la « Barre » de la Bastide de Domme, ce 30 juillet 2022. Evidemment, il fallait de « très » bons yeux, c’est-à-dire un regard non formaté par l’idéologie du catastrophisme à la mode, et une vision non abusée par des lunettes anti-UV polarisées qui accentuent les contrastes en favorisant certaines couleurs.

En d’autres termes, il fallait des yeux aptes à distinguer sans ambiguïté ce qui relève des terres cultivées récemment moissonnées de celles effectivement brûlées du fait de la canicule décrétée et d’un dérèglement climatique « fourre-tout » responsable de toutes les misères du monde, concurremment avec un coronavirus facétieux mais mortifère, et une guerre coloniale en Ukraine.

Si j’avais été journaliste, j’aurais sûrement sonné l’alerte canicule, mais en tant que simple vacancier, habitué des chaleurs plombées et estivales en Périgord Noir, je me suis naïvement contenté de noter qu’il faisait beau!

En tout cas, je me serais bien gardé de proclamer que l’été de cette année ne présentait aucune singularité par rapport à ceux de mes séjours réguliers en ces contrées depuis près d’un demi-siècle. Pourquoi en effet prendre le risque de déplaire au plus grand nombre en contredisant les nouveaux Savonarole qui rabâchent quotidiennement des records de température par rapport à tous ceux relevés dans le passé? Pourquoi contrarier tous ces prophètes du déclinisme qui nous signalent tous les accidents de la planète en temps réel? « Sachants » par hypothèse ou par présomption, ils savent et pas moi.

Ainsi, le discours dominant qu’il est désormais sacrilège de discuter sous peine d’être accusé d’un climato-scepticisme criminel avant, plus tard, d’être rééduqué, impose de croire – a contrario du doute méthodique qu’on nous enseignait jadis dans les facultés des sciences – que nous sommes en permanence au bord d’un gouffre climatique. Et, de surcroit, c’est de notre faute.

La science météorologique est devenue une religion et gare aux mécréants assimilés fascisants, qui persisteraient à s’arc-bouter sur l’esprit voltairien d’antan et sur celui des Lumières, en discutant les prévisions des modèles mathématiques, leur étalonnage et les constats qui les confirmeraient!

Gare à ceux qui simplement s’interrogeraient sur les corrélations « qualifiées d’évidentes » pour tous, sauf précisément pour les récalcitrants à la pensée unique, entre les monstrueux incendies de l’été dans les forêts françaises, quelle qu’en soit la cause, et les cyclones des Caraïbes ainsi que la montée des températures, couplée à celle des eaux océaniques et à la fonte des glaciers! Sans compter les atteintes sélectives à la biodiversité.

Gare à ceux qui timidement avanceraient que la vapeur d’eau est aussi un gaz à effet de serre aussi perturbant – voire plus que le gaz carbonique, source révélée et quasi-unique des dysfonctionnements météo de notre belle planète. Cet astre unique que les lycéens modernes sont invités à sauver de toute urgence en faisant la grève des cours et en ne consommant que des produits bio.

Ainsi, la photographie sans filtre ci-dessous aurait dû être interprétée comme un paysage de sécheresse. Mieux comme une image aride et menaçante de désertification galopante alors que la saison réputée chaude n’en est qu’à demi parcours!

Et pourtant au même endroit, j’ai continué à siroter avec insouciance sans manifester le moindre émoi autre qu’esthétique, une boisson gazeuse dans l’ombre de la statue de Jacques de Maleville (1741-1824) natif du lieu et rédacteur du Code Civil.

L’heure est pourtant de se convaincre que nous sommes coupables de cet état de délabrement annoncé de notre planète et que le gaz carbonique est le seul responsable des dérèglements de notre environnement et donc de nos sociétés.

Peu importe quand il faut sauver la planète, qu’au passage, on oublie que ce gaz carbonique est un constituant essentiel du « vivant »! Qu’il est le nutriment des plantes qui le fixent dans leurs bois et leurs feuilles – oxydo-réduction – au travers du phénomène de photosynthèse! Peu importe qu’on oublie qu’en l’absence – heureusement totalement improbable – de ce gaz non toxique dans l’atmosphère, la végétation disparaitrait et avec elle une grande partie affamée des espèces vivantes dont nous-mêmes.

Mais qu’en est-il en réalité? Et quelle est l’ampleur de cette menace d’élévation imminente et irréversible des températures qu’on nous annonce du fait de l’effet de serre?

L’organisme d’expertise mondiale en la matière est le Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat ( GIEC). Lequel est à la religion climatique ce qu’est le Vatican à la religion catholique depuis le dogme de 1870 sur l’infaillibilité papale.

Comme la curie romaine, le GIEC est composé d’éminences en l’occurrence universitaires à défaut d’être théologiques, convaincues et sérieuses qui publient régulièrement des rapports. Ceux-ci font scientifiquement autorité et aboutissent tous ou presque à des conclusions alarmantes sur notre avenir climatique.

Il faut bien sûr les lire avec attention mais comme les contrats d’assurances, il faut tout lire, y compris ce qui est écrit en « tout petit ». Et c’est souvent ingrat.

Ainsi on apprend que « les émissions de gaz carbonique du monde entier ont réchauffé la Terre de seulement 0,007 degré Celsius en 2019 avant les confinements liés à la pandémie COVID 19. Et la France, pour sa part, n’en est responsable que de 0,9% soit 0,00007 degré Celsius. »

En réalité, ces chiffres sont publiés dans un ouvrage récent (juin 2022) – Impasses Climatiques et les contradictions du discours alarmiste sur le climat. Son auteur François Gervais est un physicien, professeur émérite d’université et « expert reviewer » des derniers rapports du GIEC. En fait ces résultats ne sont pas directement cités par le GIEC mais ils sont aisément calculables à partir des données publiées par ledit GIEC sur la base des masses cumulées exprimées en milliers de tonnes d’émission annuelle de CO2 dans le monde et de l’augmentation de température moyenne prévue par les modèles dont s’inspire le GIEC. Le détail du calcul figure dans l’ouvrage précité.

Le résultat est sans appel : 0,007 °C +/- 0,003°C en moyenne à la surface du globe sur une année au rythme actuel des émissions de gaz carbonique. Lesquelles, en première approximation sont imputables pour l’essentiel aux énergies fossiles.

En tout cas, ce résultat étonnant permet assurément de tempérer certaines prévisions alarmistes et surtout certaines imputations à court ou moyen terme du dérèglement versus réchauffement climatique. Et ce qui frappe, c’est qu’il résulte directement de données du GIEC lui-même.

 » Au rythme d’émissions actuelles, le réchauffement évalué en reprenant les chiffres du rapport AR6 2021 du GIEC ne dépasserait pas d’ici 2050, année déclarée objectif de neutralité carbone 0,06 °C pour la fraction imputable au principal émetteur, la Chine qui consomme la moitié du charbon mondial » (François Gervais)

Si, malgré tout, les relevés météorologiques montraient une dégradation inquiétante, durable et répétitive du climat dans la période contemporaine considérée, il faudrait, bien sûr, rechercher d’autres relations causales que les seules émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines. Et il n’en manque pas dans l’arsenal de la cosmologie!

De même, cette vision moins pessimiste de la situation climatique n’implique en rien qu’il faille se désintéresser des atteintes répétées que nous portons à notre environnement et causées par la pollution industrielle ou agricole. Rien ne justifie non plus de ne pas se préoccuper de l’intégrité de notre écosystème, sauf à hypothéquer gravement le futur de l’humanité et avec elle, de l’ensemble des espèces vivantes. .

Au fond, notre seul guide doit être, en toutes circonstances, la Raison au sens des Lumières et non le dogme de la révélation!

Demeure malgré tout une question qu’on ne pose qu’en prenant le risque d’être taxé de « complotiste » l’accusation absolue des temps modernes: Pourquoi nous traite-t-on comme des enfants? Pourquoi cherche-t-on à nous faire passer des vessies pour des lanternes?

Jacques de Maleville à Domme

Ref;

Ouvrage de François Gervais, Impasses climatiques – les contradictions du discours alarmiste sur le climat-

Editions l’Artilleur juin 2022- L’ouvrage est parfois un peu technique mais les passages concernés peuvent être aisément contournés sans remettre en cause la pertinence et la compréhension des démonstrations.

Ma mère avait pour habitude – et ce depuis toujours – de renseigner des petits carnets, souvent des agendas, sur lesquels elle mentionnait ses activités, ses rencontres du jour, les fêtes auxquelles elle participait, ainsi que les spectacles auxquels elle assistait. Parfois elle faisait état de ses appréciations, lorsque par exemple elle s’était régalée au cours d’un diner auquel elle avait été invitée.

Pudique, elle faisait cependant rarement état de sentiments personnels et encore moins de ses peines ou de sa détresse face à telle ou telle épreuve de la vie. A la rigueur, si elle s’y résolvait, c’était de manière détournée en signalant ses visites répétitives à ceux ou celles de ses proches, gravement malades. Ses carnets n’étaient donc pas, à proprement parler, des journaux intimes.

Sans prétention littéraire, ces carnets n’avaient, à ses yeux, d’autre vocation que de lui servir d’aides mémoire des événements marquants de sa vie quotidienne. Une ligne suffisait, là où d’autres, plus prolixes auraient rédigé des pages avec une arrière-pensée écrivaine. Pas elle, car elle n’avait pour seule ambition que de rendre compte, à sa manière, du temps qui passe et d’en conserver factuellement la mémoire.

Ainsi quelques années après sa disparition, il est encore possible de reconstituer sans fioritures inutiles, l’essentiel de ses journées. Ou du moins ce qu’elle en retenait ou qui lui apparaissait pertinent, sans le moindre souci de laisser une trace pour la postérité. Sa ligne quotidienne d’écriture, presque une ligne de conduite, était rédigée à son propre usage. Exclusivement dans le secret de sa cuisine!

Etrangère à l’informatique de bureau, qu’elle ne découvrit avec méfiance que devenue octogénaire, ma mère constituait elle-même ses propres fichiers manuscrits, et n’en retenait que ce qu’elle voulait et à sa guise. Dans cette perspective, elle les datait de même que les photographies qu’on lui offrait ou les clichés qu’autrefois elle réalisait elle-même de ses œuvres picturales.

Reprenant ses précieux carnets, je me dis qu’aujourd’hui ce qu’elle racontait de ses déplacements, de ses achats en supermarché, de ses promenades, de ses visites ici ou là et donc par déduction de ce qu’elle aimait ou de ce qu’elle ressentait face à telle ou telle situation, useraient d’autres créneaux que sa plume qui consignait, au jour le jour, quelques mots sur un petit carnet.

Les technologies numériques et les connexions permanentes à une sorte de « Big Brother  » mondialisé et menaçant rendent désormais parfaitement inutile l’exercice synthétique d’introspection quotidienne auquel se livrait ma mère.

Sans s’adresser directement aux intéressés, le monde entier est désormais en capacité de savoir et de stocker en temps réel sur des « data center » de quoi se compose, chaque jour, les existences de chacun. Intrusive, la civilisation numérique qu’on nous présente comme l’indicateur indépassable de la modernité, sait exactement le nombre de litres que consomment nos chasses d’eau, lorsque la nuit on se lève pour satisfaire un besoin pressant. La compagnie des eaux nous a en effet imposé d’autorité un compteur connecté. Il en est de même du fournisseur d’électricité, qui peut compléter l’information de son confrère fontainier en précisant si nous avons éclairé la pièce. Tous les deux connaissent la fréquence de nos pérégrinations nocturnes, indicateurs probables de dysfonctionnements prostatiques à transmettre à un urologue via un serveur approprié!

Sortant de chez moi le matin, les autorités administratives et, le cas échéant, judiciaires, peuvent savoir très précisément où je me rends, grâce aux caméras de surveillance qui filment les rues mais grâce surtout à mon téléphone portable, androïde et imperturbable mouchard, qui bipe à proximité des antennes relais quadrillant le territoire et me localisant à chaque instant.

D’ailleurs, si d’aventure je me livre à un achat même minime comme une baguette de pain « Tradition » avec une carte bancaire bleue, Visa ou autre, l’inspecteur des impôts qui soupçonnerait une fraude déclarative saurait, le moment venu, me confronter à mes possibles turpitudes et en aviser qui de droit. En application d’une obscure et liberticide législation en vigueur, toutes mes économies sont d’ailleurs désormais mises en relation numérique, aux biens que je possède et à mes revenus, au cas où, bénéficiant d’un conflit d’intérêt ou de rentrées d’argent suspectes, je profiterais de mes modestes placements à la Caisse d’Epargne pour blanchir de l’argent sale.

Bien entendu, les péages d’autoroute complèteront cette « nécessaire » vigilance ou suspicion permanente. Il en est de même des caméras routières et autoroutières, signalées ou non, éventuellement installées sur des véhicules privés délégataires inavoués – et inavouables – du service public de la fiscalité, qui apporteront en sus toutes les infos indispensables à l’exhaustivité de mon curriculum vitae infractionnel de délinquant potentiel. On pourra même, si nécessaire, les associer judiciairement à un regard déplacé sur les cuisses du sexe opposé – par définition harcelant – capté par un brave pandore armé d’une paire de jumelles enregistreuses.

Ainsi, sans fournir le moindre effort de concentration et d’écriture comme le faisait ma mère, tout le monde sait tout de moi, mieux que moi, sauf peut-être moi.

Ce qui rassure malgré tout, c’est que cet arsenal monstrueux, cet inquisiteur mais omniprésent dans tous les pans de nos vies intimes et privées, n’a qu’un seul objectif, d’ailleurs hautement louable aux dires des bienveillantes autorités, des ligues de vertu et des associations citoyennes de leçons de maintien. Il vise simplement à assurer et à renforcer ma sécurité et ma quiétude d’éternel assujetti ou d’assisté sous tutelle publique, coupable putatif de fraude, mais présumé innocent. Et dans la foulée, de protéger mes semblables de mes méfaits redoutés!

Rien de plus logique donc à ce que, dans ce contexte, on nous impose un fil à la patte, invisible et permanent, pour prévenir tout écart à la norme et vérifier qu’on ne commet pas d’imprudence condamnable! Big Brother veille.

Photo Internet

Et pour faire bonne mesure et compléter ce tableau numérique de précautions autoritaires, il faudrait ajouter à ce traquenard de bonnes intentions et à ce flicage prétendument salutaire, « le dossier médical partagé » et la carte vitale. Mortifères de nos libertés, ils permettent d’ores et déjà à n’importe quel toubib ou apothicaire connectés d’accéder à une connaissance précise de notre première vérole et ainsi de protéger la société de nos agissements irresponsables de malades présumés contaminants. Et peut-être de nous soigner par téléconsultation si on réside dans un désert médical.

Alors, pourquoi se plaindre d’être en permanence en liberté étroitement surveillée, sauf évidemment à déplorer à l’exemple de Jacques Brel jadis, que « le monde sommeille par manque d’imprudence »?

Tout bien pesé, je préfère finalement les carnets de ma mère aux « data center » centralisateurs et intégrateurs de mes moindres humeurs, qui renseigneront le ministre de l’intérieur, celui de la santé, de la justice et même celui des finances, sur la composition de mon sang et sur les gènes à risque que m’auraient transmis mes ancêtres!

Du triptyque de la République, la liberté souvent décriée comme source d’inégalité devient urgente à défendre.

C’était le 7 juillet 2010, il y a douze ans. Louisette nous quittait, en nous laissant tous orphelins. Qui, d’une maman, qui, d’une épouse, qui, d’une fille et qui d’une sœur. Tous les autres perdaient une amie accueillante, généreuse, imaginative et empressée. Une confidente aussi.

Juillet aout 1953 au Lion d’Angers – Louisette au centre

Un dessin sur la stèle de sa tombe au cimetière de Massy évoque une nuée d’étoiles s’élançant vers le cosmos… Pourquoi pas? Pourquoi ne pas s’imaginer que parmi les quelques deux cents milliards de soleils de notre Voie Lactée, quelques unes d’entre elles, font passer son message d’humanité jusqu’au tréfonds de l’univers.

En tout cas, nous, ce message qui ne peut échoir dans le néant, nous ne l’oublions pas, et, le moment venu, il sera du voyage, avec nous.

 » Les filles » – mes sœurs. Louisette en haut à gauche

Ce billet aurait pu et dû être titré: « la Honte en Anjou « … Car les rafles des juifs qui se déroulèrent, il y a tout juste quatre-vingt ans, à Angers – ma ville natale – constituent bien un des épisodes les plus déshonorants de l’histoire du Val de Loire angevin. Sinon le plus abject et ignominieux de toute la période contemporaine. Et pourtant, il fut longtemps banalisé au rang des drames classiques de la guerre.

Ce n’est heureusement plus le cas. Car les crimes génocidaires ne relèvent plus du droit commun des crimes « ordinaires ». Et de fait, la participation active sous les ordres de l’occupant nazi, du Préfet pétainiste de Maine-et-Loire, du commissaire central de la police locale, du commandant de la gendarmerie départementale et enfin de la plupart des gardiens de la paix de la police municipale à l’arrestation massive des juifs de l’Anjou et des Pays de Loire au cours de l’année 1942 relève indiscutablement d’une entreprise criminelle hors norme.

Une « opération » génocidaire assumée conçue par la folie antisémite d’Hitler et qui visait à éradiquer totalement les juifs d’Europe.

Il est possible – au moins s’agissant de la première rafle importante du 15 juillet 1942, que les différents protagonistes français, hauts gradés et exécutants subalternes, se soient laissés berner par l’illusion arrangeante que les personnes arrêtées – juridiquement coupables d’exister – seraient ensuite transférées dans des camps de travail à l’Est pour soutenir l’économie allemande. Un fantasme évidemment, en forme d’excuse inexcusable, car d’aucuns ne pouvaient ignorer ni la cruauté, le racisme et l’antisémitisme viscéral des nazis, ni la duplicité du régime de Pétain qui avait promulgué dès octobre 1940 des lois racistes excluant de facto les juifs de la communauté nationale.

Sans trop d’états d’âme, une grande majorité de ces consciencieux rond-de-cuir censés incarner l’autorité d’un état français fantoche, avait d’ailleurs fait appliquer les lois ignobles de Vichy et fait sanctionner les contrevenants juifs, c’est-à-dire de braves gens qui, pour tout crime, avaient omis de se déclarer « israélites » ou qui avaient pénétré indûment dans des lieux qui leur étaient désormais interdits.

En octobre 1942, lors de la seconde vague d’arrestations en Anjou, les fonctionnaires locaux du régime de collaboration en Anjou, préfet régional en tête, ne pouvaient plus miser sur leur innocence ou sur leur candeur quant aux intentions criminelles de leurs donneurs d’ordre. Ils savaient ou pressentaient l’horreur qui attendait ces malheureux à la sortie des trains et des wagons réquisitionnés et insalubres dans lesquels ils les avaient poussés à la hâte. Le lieu d’embarquement, le quai dit « du Maroc » proche de la gare Saint-Laud d’Angers, grouillait de monde, incrédule et apeuré. Mais les responsables savaient, grâce notamment aux informations que diffusaient clandestinement les mouvements de Résistance en particulier communistes que l’avenir de ces pauvres gens était très sombre. Pour ne pas dire plus!

Les autorités françaises ne pouvaient donc ignorer la tragédie qui se jouait ici et le sort réservé à ces innocents qu’on dépouillait sous leurs yeux. Elles n’eurent aucune excuse sauf celle de leur lâcheté. Elles ne furent – quoiqu’elles déclarèrent ultérieurement pour atténuer leur responsabilité – que de pitoyables complices d’un crime contre l’humanité, en d’autres termes, des supplétifs du nazisme et de l’ennemi.

C’est d’autant plus évident qu’il est désormais établi que la collaboration effective et même volontariste avec les SS et la Feldkommandantur, de la haute administration française fut indispensable à la réalisation de ces infâmies. Chez ces fidèles « serviteurs de l’Etat » elle atteste monstrueusement d’une perte totale d’humanité et même de sens civique, alors que deux ans auparavant ils vivaient encore en République et jouissaient, hors des heures de bureau, d’une réputation de bons maris – ou presque – de bons pères de famille et de bons chrétiens.

Comme les rafles du Vel d’Hiv à Paris – mais dans des proportions bien moindres – les arrestations angevines concernèrent tous les juifs résidant en Anjou, qu’ils soient réfugiés ayant fui les persécutions antisémites du Troisième Reich en Allemagne, qu’ils aient quitté les pays de l’Est envahis en 1939 et 1940, ou qu’ils soient habitants de longue date la capitale des ducs d’Anjou.

Comme partout ailleurs, ces rafles constituèrent en Anjou, province pourtant réputée pour sa douceur de vivre, la première phase de la « solution finale de la question juive », promulguée par Hitler et Himmler. La seconde – finalité ultime de cette barbarie – étant l’assassinat programmé des juifs d’Europe dans des camps d’extermination comme celui d’Auschwitz-Birkenau en Pologne.

L’ouvrage de l’historien Alain Jacobzone, « L’éradication tranquille » édité dans la collection Faits et Gestes aux éditions Ivan Davy en avril 2002 est à cet égard sans ambiguïté et parfaitement démonstratif. A lire et relire à l’occasion de ce triste anniversaire, car il dresse un tableau glaçant et documenté de cette collaboration servile de l’administration française locale avec les bourreaux.

Sans la contribution de la police municipale angevine et de la gendarmerie nationale locale, les nazis n’auraient pas pu, en effet, mener à bien ces sinistres opérations. Le chef des SS angevins admettait sans ambages que  » les SS ont actuellement trop d’occupations pour procéder eux-mêmes aux arrestations »!

On ne dira donc jamais assez la répulsion rétrospective qu’inspire globalement l’action de la police municipale d’Angers et de la gendarmerie française d’alors. A quelques exceptions près de gardiens de la paix ayant manifesté une bienveillance protectrice à l’égard de victimes, les deux institutions policières locales jouèrent un rôle déterminant dans la concrétisation de ce crime de masse.

Ce constat et ce sentiment ne remettent pas en cause l’audace de certains fonctionnaires, proches des milieux résistants ou catholiques, qui, bravant leur hiérarchie, tentèrent de prévenir quelques juifs et parvinrent à leur faciliter la fuite après les avoir convaincus de quitter leur domicile.

Chacun a entendu parler, parfois au sein de sa propre famille, de personnes courageuses et discrètes qui, du fait de leur fonction, purent fournir des faux papiers à des fuyards. Certains autres enfin éprouvèrent une réelle compassion à l’égard de ceux qu’on expulsait de leurs foyers sans autre motif que leur judéité.

Dans son ouvrage, Alain Jacobzone fait en outre état, archives à l’appui, de l’hésitation de quelques responsables politiques à collaborer avec l’occupant. Quoiqu’il en soit le crime fut commis!

La principale rafle de grande envergure eut lieu le 15 juillet 1942, vingt-quatre heures avant le déclenchement de la tristement célèbre rafle du Vel d’Hiv à Paris, et la seconde le 20 octobre 1942.

Globalement, elles furent exécutées avec zèle par les policiers et les gendarmes.

Au-delà des souhaits et des demandes explicites, exprimés par les occupants nazis qui ne visaient dans un premier temps que les étrangers, la police et la gendarmerie, accompagnées de soldats allemands, arrêtèrent sans distinction les juifs de nationalité française et tous ceux qui s’étaient réfugiés en France en provenance des pays d’Europe centrale. De surcroit, elles ne tinrent pas compte du critère d’âge, raflant indifféremment, enfants et vieillards, et même ceux qui étaient handicapés.

Consignes en français du Service SD (Sicherheitsdienst) – Service de maintien de l’ordre des SS

Une fois arrêtées, toutes les personnes furent internées dans des conditions inhumaines au Grand Séminaire de la Rue Barra à Angers, où elles furent délestées de leurs bijoux ainsi que des maigres biens qu’elles avaient apportés en toute hâte dans les minutes précédant l’expulsion de leur domicile et sa mise sous scellés.

Deux jours plus tard, traversant la ville dans des bus affrétés par la police angevine, elles furent entassées sans ménagement, sans nourriture et sans installation d’hygiène dans des wagons qui les conduisirent directement vers les camps d’extermination, en particulier celui d’Auschwitz-Birkenau.

Ainsi, le convoi n°8 quitta Angers le 20 juillet 1942...Au total, sur les cinq-cents « israélites » recensés par les services de police angevins à la demande des allemands, moins d’une trentaine aurait échappé au massacre à Auschwitz, tantôt gazés dès leur arrivée, tantôt exécutés, tantôt affamés.

Horrible statistique!

Tout juste, quatre vingt ans après la réunion du 30 juin 1942 à Paris, à laquelle furent conviés les commandants SS de province afin d’organiser les grandes rafles de juillet et inciter Vichy à mettre à disposition ses quelques 100000 policiers, que reste t-il dans notre mémoire collective de cet épisode lamentable de notre histoire? Et quelles leçons en a t-on tiré pour prévenir à l’avenir les crimes contre l’humanité et châtier les coupables de génocides.

Aujourd’hui le droit pénal international s’est enrichi. Il permet en principe de réprimer ce type de dérives mortifères. Mais quel que soit l’arsenal de mesures juridiques adoptées depuis la dernière guerre mondiale, et l’existence d’un tribunal pénal international châtier les coupables, les exactions racistes ou les crimes de guerre n’ont jamais cessé comme en témoigne la montée actuelle en France de l’antisémitisme sous la pression d’un islamisme salafiste de plus en plus envahissant. Comme en témoigne également la guerre d’agression en Ukraine décidée avec cynisme par le dictateur russe Poutine. Et tant d’autres crimes ou génocides à travers le monde au cours du dernier demi-siècle!

Les rafles de juillet 1942 sombrent dans l’oubli, la totalité des acteurs a aujourd’hui disparu, seuls demeurent quelques rares témoins qui se souviennent de ces événements qu’ils ont entrevus pendant leur tendre enfance. Hormis ceux qui connurent directement des victimes de ces épouvantables tueries et qui peuvent encore évoquer quelques souvenirs, seuls certains proches de témoins, alors tétanisés par la peur et impuissants face à l’impensable, l’inconcevable et l’indicible peuvent en parler en leur donnant chair.

Et justement, c’est là que se situe notre « devoir de mémoire » ! Rappeler que l’impensable peut être pensé. Que l’improbable peut arriver. Que l’horreur est une menace permanente. L’actualité nous le prouve quotidiennement. Le devoir de mémoire, c’est donc, avant tout, un devoir de vigilance!

Plaque commémorative de gare d’Angers

Depuis soixante-treize ans que je traîne mes guêtres ici-bas sans me faire d’illusion sur l’au-delà, j’ai entendu des milliers de fois, de savants personnages, experts en sociologie politique ou en girouettes aérodynamiques, affirmer avec l’autorité d’éminents et médiatiques universitaires, que nous vivions une époque de « transition ». D’autres parlaient plutôt de « mutation ».

Ils n’avaient – stricto sensu – pas tort. Car que faisons-nous au cours de notre existence, sinon osciller entre deux états stables – entre deux dates reliées par un tiret – dans l’attente de laisser la place aux suivants et de constater que le monde évolue, parfois avec nous mais le plus souvent sans nous? Soyons déjà contents quand ce n’est pas carrément contre nous. Tout transite et tout mute, y compris, comme on l’a éprouvé récemment à nos dépens, nos cousins les virus, pourtant si éloignés de nous dans l’échelle de l’évolution des espèces.

Mais, depuis quelques années, cette transition est devenue urgemment climatique et le vocabulaire la qualifiant s’est enrichi d’adjectifs ou de tautologies proches du truisme ! Désormais, en effet, il n’y a guère d’épisodes ponctuant cette interminable transition ou mutation – ce tricotage et détricotage du monde – qui échappent à la qualification devenue classique « d’historique » et « d’inédite ».

Relatés avec gourmandise par les chaines télévisuelles d’information continue et par les réseaux sociaux, tous les événements sont réputés inaugurer une ère nouvelle, qui quoiqu’on prétende est étrangement semblable à celle que nous connaissons depuis toujours, juste écornée par l’érosion d’un temps qui nous échappe. Semblable en particulier par les comportements qu’elle induit et les questionnements qu’elle adresse à l’humanité! Laquelle imbue de sa prétention à incarner l’universel est trop fréquemment myope sur la marche réelle du monde qui nous entoure jusqu’aux confins de l’univers.

L’espèce humaine n’a en réalité guère évolué depuis des millénaires. Et les « Lettres à Lucilius » écrites par Sénèque, le stoïcien, au cours du premier siècle de notre ère apparaissent toujours d’une étonnante modernité. Ses écrits font toujours sens, car l’homme qu’il décrit, vivant du premier siècle est aussi celui du vingt-et-unième…

Tricotage : un point à l’envers, un point à l’endroit

A telle enseigne, que nous ne sommes plus vraiment en capacité de dire si ce que nous percevons relève du réel ou du virtuel, ou des deux à la fois. Et, cerise sur le gâteau, nous ne savons même pas si nous en sommes les acteurs, les spectateurs tolérés et obligés, ou simplement des voyeurs dociles, indolents et impatients, avides de déroutantes infos.

Notre seule certitude, c’est l’incertitude face à l’agitation du monde et au mouvement continu censé produire de la nouveauté « disruptive ». En bref, on considère comme acquis que rien n’est pérenne, rien n’est banal, pas même certains phénomènes cycliques qui jadis relevaient de l’ordinaire. L’exceptionnel devient la règle, relayé par une communication intrusive qui, à chaque instant, gouverne nos destins et nos pensées.

Ainsi, en est-il de la météo mondiale dont le moindre caprice aux antipodes est désormais entendu comme le symptôme d’un futur apocalyptique. Interprété, sur le champ, comme un phénomène cataclysmique autrefois rarissime mais dont la fréquence qu’on pressent croissante, est (serait) annonciatrice de grands et brutaux dérèglements. A cet égard, les prêches des experts sont d’autant plus convaincants et inquiétants qu’ils sont légitimés par de laborieux consensus conciliant à la fois d’indiscutables constats et leurs causes présumées ainsi que les intérêts à agir des parties prenantes dans leur élaboration. Construits au cours de colloques internationaux, ces compromis requièrent un unanimisme partisan, mondialisé et fréquemment de façade, et servent de cadre à de nouveaux paradigmes sur « l’avenir de la planète ». De ces travaux, émerge une conception idéologique de la modernité fondée sur ce qu’il est convenu d’appeler la sobriété consumériste, en réalité sur des interdictions, un refus plus ou moins explicite du progrès et des restrictions aux libertés individuelles.

Il serait malséant, dans ce contexte, de s’interroger sur la pertinence de cette pensée unique, ainsi que sur les prévisions surréalistes et les déluges, qu’elle nous promet en cas d’insoumission au dogme. Et surtout, il serait condamnable de se revendiquer du « doute méthodique » de la science et de réfléchir à d’éventuelles autres causes que celles qu’on nous assène. Il faut donc se persuader que, demain, par un effet papillon illustré par nos jeux de dominos, les toitures de nos demeures ne résisteront pas aux intempéries monstrueuses qui nous menacent depuis l’autre bout du monde. Pas plus d’ailleurs que les fleurs de nos jardinets de banlieue ! Les images diffusées à la télé, de braves gens écopant l’eau dans la chambre inondée de leurs enfants sont évidemment effrayantes, suffisamment éloquentes et démonstratives pour nous convaincre de notre responsabilité dans ces dérèglements « infligés à la planète ».

Sans rire, il faut se convaincre qu’après plus de quatre milliards et demi d’années d’existence, et après en avoir vu de toutes les couleurs en matière de réchauffements torrides, d’atmosphère saturée en gaz carbonique et en anhydride sulfureux, de refroidissements intenses, de volcans dévastateurs, de séismes destructeurs, de dérives des continents et de percussions avec des météorites provenant du fin fond des âges et de la galaxie, la terre – mère – doit être assurément chagrinée de l’insouciance séculaire de l’espèce humaine. Elle doit être furieuse que la dite espèce quelle considère sûrement comme sa réussite la plus grandiose, celle qui correspond au mieux à la finalité ultime dont elle s’était dotée en matière de vivant, lui fasse encore quelque misère en la réchauffant indûment!

Sauvons la planète!

Trêve d’ironie! Cette surenchère interprétative qui repose sur la confiance dont on doit créditer les grands-prêtres de cette modernité révélée et souvent accusatrice, vise presque tous les domaines de l’activité humaine et pas seulement le climat! Nous sommes cernés par l’extraordinaire, l’historique et l’inédit, en un mot par l’outrance verbale qui gangrène l’intelligence.

Tout y passe, depuis les transferts à des prix exorbitants de joueurs de foot analphabètes et starisés, dans les clubs des théocraties pétrolières jusqu’aux cours erratiques du commerce mondial imputables aux guerres impérialistes d’Etats rapaces et agresseurs comme la Russie ou la Chine.

La vie politique n’échappe pas à cette inflation d’excès de langage.

Les seuls secteurs qui paradoxalement semblent échapper à cette perception d’un renouvèlement « jamais observé auparavant » dans l’Histoire du monde, ou plus modestement dans celle du monde contemporain, sont précisément ceux où il se passe quelque chose qui tranche vraiment par rapport au passé, comme la croissance non maitrisée de la démographie mondiale, source probable des principaux dérèglements climatiques, alimentaires, sécuritaires et énergétiques. On cherche en vain les instances internationales qui abordent cette question sans sombrer dans la barbarie!

L’innovation authentique générée par la recherche scientifique singulièrement par la recherche fondamentale, passe également, trop souvent, inaperçue, sans doute considérée comme « normale », sauf lorsqu’elle peut servir d’argument à un « élu du peuple » pour vanter la pertinence de son action volontariste en faveur de l’accroissement des connaissances!  

Ainsi, logiquement, le printemps politique 2022 et ce début d’été peuvent être qualifiés d’historiques et d’inédits. La République française n’a pas vacillé alors que certains l’ont probablement souhaité. Et ce n’est pas la première fois que les équilibres entre les différentes forces politiques ont été modifiés par les électeurs. Non! La nouveauté réside dans le fait que le Président de la République, reconduit en mai sur la base d’un projet que ses détracteurs déclarent inexistant et néfaste, ne dispose pas d’une majorité absolue pour gouverner à sa guise et sans à-coup avec l’Assemblée Nationale mais d’une majorité relative que les oppositions, prenant quelque liberté avec l’arithmétique, assimilent à une minorité.

Cette conjoncture – pourtant classique – amène l’ensemble les commentateurs à écrire, à grand renfort d’éditoriaux que cette situation est exceptionnelle. Une analyse confortée, pour faire bonne mesure par des avalanches de « petites phrases assassines » échangées de part et d’autre des barricades fictives dressées pour marquer les frontières des grands principes.

Dans cette scène et ce scénario, où chacun joue un rôle de composition, la seule surprise ne tient que dans les appréciations portées sur les prestations surjouées des mauvais perdants de tous bords et par la découverte, à cette occasion, de nouveaux ringards/braillards siégeant sur les bancs de l’Assemblée Nationale.

En fait, la seule surprise attendre au-delà de ces jeux d’acteurs, ce serait l’élection le 28 juin 2022 pour la première fois dans l’épopée républicaine française, d’une femme à la Présidence de L’Assemblée Nationale. Ca ne changerait rien et ça changerait tout.

Depuis quelque temps, notamment depuis deux ans, nous avons pris conscience de l’importance de la biodiversité et de la préservation légitime de nos écosystèmes. Tout le monde y a d’ailleurs mis du sien pour nous le faire comprendre! Ainsi nous sommes parvenus à assimiler, bon gré, mal gré que la biodiversité était consubstantielle à nos existences. Et que ce postulat ne souffrait d’aucune nuance ni discussion. A ce titre, le foisonnement débridé des espèces végétales ou animales ne doit plus être artificiellement entravé.

D’ailleurs, honte à ceux qui, insensibles à l’ambiance générale, douteraient de l’universalité de cette vérité même s’il est incontestable que la biodiversité en péril ici peut se porter à merveille ailleurs. Tout dépend du contexte et de la dimension des organismes attestant du monde vivant!

Exception faite de la diversité d’opinion qui n’est plus guère tolérée hors la pensée dominante, il est impératif pour son confort personnel, de se déclarer en toutes circonstances, militant intransigeant de la préservation de la biodiversité. Pour ceux qui sollicitent en outre le suffrage populaire, c’est même devenu électoralement payant!

Biodiversité militante ; herbes folles masquant une rivière – les insectes batifolent

S’il est manifeste que certaines espèces animales ou végétales sont indûment menacées, victimes des activités humaines, d’autres formes microscopiques de vie relevant aussi de la grande famille du « vivant », prolifèrent. Insigne paradoxe rarement souligné, car ces formes le plus souvent invisibles et indétectables nous sont sans doute moins familières, sauf lorsque nous les redoutons parce qu’elles nous agressent et portent atteinte à la santé humaine à l’échelle mondiale.

Ainsi, dans le même temps où nombre de grands mammifères des forêts ou des savanes tropicales ou subtropicales ne survivent plus que dans des réserves animalières ou des parcs zoologiques sévèrement gardés, des microorganismes, peu ou prou pathogènes se jouent allègrement des obstacles médicaux ou vaccinaux qu’on leur oppose.

Devenant mutants pour contrer nos défenses, ils affichent parfois une insolente biodiversité dont nous sommes les proies et eux, les prédateurs.

La pandémie virale que nous venons péniblement d’affronter et qui – dit-on – persisterait à nous menacer, constitue à cet égard un bel exemple de cette ambivalence du vivant. Au point qu’on est parfaitement en droit de s’interroger sur la fragilité des équilibres des espèces vivantes et sur les conséquences favorables ou défavorables à terme, des modifications qui se déploient sous nos yeux. Nul en réalité ne sait répondre à ces interrogations autrement qu’au travers d’extrapolations hasardeuses ou de spéculations peu ou prou fondées.

On sait cependant avec certitude que cette pandémie virale n’est qu’une parmi d’autres tout aussi inquiétantes et qu’elle est imputable à un coronavirus d’autant plus vicieux que son génome se modifie au fur et à mesure que des parades vaccinales et médicamenteuses sont développées pour contrer son expansion, sa transmission interhumaine et sa viralité. En tout état de cause, cette COVID 19 – tel est son nom – incarne de manière éclatante la complexité et l’ambiguïté de la notion de biodiversité. Ce faisant, elle disqualifie tout discours ou doctrine manichéenne sur ce sujet.

Pour peu que nous adoptions la seule attitude qui vaille, celle socratique et raisonnable du « sachant » qui ne sait pas grand chose, nous pouvons postuler qu’au sein de l’arbre multiséculaire du vivant ou de « l’odyssée des gènes » ( ouvrage d’Evelyne Heyer ») , il faudra s’accommoder de l’idée selon laquelle nous n’occupons probablement pas une place privilégiée dans l’univers de la vie. Il n’y a en effet aucun motif autre qu’irrationnel et religieux, de penser que nous ayons vocation, plus que tous les autres organismes vivants, microscopiques ou non, à prospérer sous le soleil…

Nous ne sommes pas l’aboutissement de « l’évolution ». Juste un instant dans l’histoire du monde.

Evidemment, appartenant à l’espèce humaine, nous hésitons à faire la promotion d’une révolution copernicienne appliquée à la biologie. De tout temps, pour donner du sens à son existence, l’humanité a eu effectivement tendance à se penser comme le centre de la « création ». Et pour se doter d’un statut spécifique de l’humain, certains ont même prétendu que nous étions « créés » à l’image de « Dieu ».

Les mythes ayant la vie dure, au-delà même des liturgies désuètes qui les ont inventés, on comprend que nous éprouvions, encore aujourd’hui, beaucoup de difficultés à nous cantonner à la modeste place de « partie prenante » dans un univers du vivant en permanence remanié, sous l’effet du hasard et de la nécessité. Et comble de disgrâce, concurremment avec tous les autres êtres vivants, quelles que soient leurs natures. Et même au-delà, concurremment avec l’ensemble des représentations mouvantes et insaisissables du réel!

Ignorant tout de la finalité de ce chambardement incessant – si tant est qu’il y en ait une – et de la quintessence de cet inexplicable assemblage, nous nous bornons, par commodité et paresse intellectuelle, à circonscrire le périmètre de ce que nous dénommons la « biodiversité » aux espèces qui nous ressemblent et avec lesquelles nous aspirons cohabiter harmonieusement en conformité avec la théorie darwinienne de l’évolution. Ou plus exactement, en conformité avec la vision mécanistique de cette évolution réinterprétée à notre convenance!

Cette biodiversité revendiquée mais amputée d’une partie d’elle-même, considérée comme pathogène, invisible et sournoise, ne retient donc que les espèces « qui nous parlent », c’est-à-dire celles avec lesquelles on pense entretenir quelque connivence et défendre des intérêts communs et réciproques.

L’autre biodiversité – la sombre, celle souterraine des micro-organismes, celle de certains germes, de certaines bactéries n’appartenant pas notre biotope ou celle des virus qui colonisent l’ADN de nos cellules – est exclue de facto de ce schéma bien qu’elle procède fondamentalement des mêmes processus vitaux et de la même chimie. D’ailleurs, cette biodiversité obscure se porte plutôt bien. Présumée nous être intrinsèquement défavorable, elle est, par hypothèse, étrangère à notre solidarité d’êtres vivants et ne saurait donc entrer de plein droit dans la définition « politique » des espèces à préserver au nom de l’écologie. A détruire ou à neutraliser, elle relève alors de la médecine, curative ou préventive et non plus du projet ou planification écologiques des bateleurs d’estrades électorales. Avec elle on fait la guerre, on ne transige pas.

Pourtant, qu’on le veuille ou non, de part et d’autre de cette frontière artificielle entre la préservation de la biodiversité et la lutte contre la multiplication des mutations infectieuses, tous les organismes vivants ont pour seul objectif de pérenniser la vie en puisant, sans état d’âme, l’énergie et les ressources nécessaires, voire les machineries de leur reproduction là où elles se trouvent. Et il en est ainsi depuis la nuit des temps!

Bien entendu, il arrive que cette lutte pour la vie se conduise à notre détriment et que nous soyons temporairement démunis face aux stratégies parasitaires développées par certains microorganismes « en toute innocence ».

Dans ce contexte d’incertitudes multiples, l’espèce humaine n’a nulle raison d’abandonner le combat, de se laisser aller à la fatalité et de sacrifier sa position au profit d’une nature livrée à elle-même, considérée sans doute à tort comme la régulatrice ultime des intérêts communs de l’ensemble du vivant! Sa mission n’est pas non plus de dicter sa loi à l’ensemble des espèces, sauf à s’exposer à de cruelles désillusions ou déconvenues.

Au fond, notre raison d’être est simplement celle, universelle, de vivre au mieux. Elle n’est pas de postuler à partir de schémas utopiques, un avenir pavé de repentances et de privations castratrices et se priver du plaisir de vivre. D’ailleurs, faut-il vraiment croire que tous les dérèglements observés à notre échelle ne soient imputables qu’à l’insouciance coupable de notre seule espèce, en faisant abstraction du « mouvement » et des forces qui agitent agitent en permanence l’univers dans son ensemble.

Ce type de contresens est fréquent. C’est en particulier celui de l’idéologie de l’écologie politique, qui prend en otage la science, en transformant les savants en experts, en assimilant les lois de la nature en prescriptions d’ordre public opposables à la seule espèce humaine, et en défigurant des paysages à la française en jungle équatoriale nauséeuse, foyer de fermentations infectieuses.

Cette écologie politique fait en effet fi – croyant de surcroît, bien faire – de l’unité du vivant et de l’attitude d’humilité à adopter face à des phénomènes dont la logique n’est pas nécessairement la notre. Sans chercher à comprendre au-delà d’équations simplistes et en faisant l’impasse sur ce qui ne colle pas avec ses thèses, elle édicte des règles souvent liberticides qui consiste d’abord à confesser nos fautes à l’égard de la Nature et à faire pénitence pour notre négligence et insouciance « condamnables ».

Sous les ronces était une rivière qui chantait dans la vallée

Cette idéologie politique – désormais leitmotiv incontournable de toute propagande électorale – a pour principale conséquence, de remettre en cause les succès technologiques de jadis, de justifier une certaine inaction bienfaitrice et d’alimenter la méfiance à l’encontre du progrès. Bref de nous pourrir la vie.

Faute de procéder à une analyse globale des écosystèmes et de leurs constantes évolutions, elle n’ouvre enfin aucune perspective crédible vers l’avenir. Sauf à enjoindre à chacun d’adopter des comportements « vertueux » autrement dit conformes à la religiosité répressive de notre temps, sans espérer en escompter un quelconque bénéfice collectif mesurable.

Pour conclure et illustrer mon propos, je ne citerai qu’un exemple, celui d’une petite rivière qui serpentait jadis au fond de la vallée de la petite commune où je réside depuis plus d’un quart de siècle.

Il y a quelques années un chemin la longeait, régulièrement entretenu et débarrassé des herbes folles qui au printemps cherchaient à conquérir ses berges. Des canards ou des poules d’eau s’y posaient en quête d’insectes ou de vers de vase, voire pour chercher fortune. Ce tableau que n’aurait pas désavoué un Jean-Jacques Rousseau solitaire, a désormais disparu sous le prétexte de préserver la biodiversité des rives et de favoriser la nidation des colonies d’insectes qui sont censés s’y implanter. On ne fauche plus de crainte d’importuner la nature. Et désormais, les ronciers masquent le cours d’eau dont on ne perçoit la présence que par le biais des moustiques tigres en résidence d’été, qui s’en donnent à cœur joie pour nous piquer en complément des tiques, si, d’aventure, on pénètre cette nouvelle jungle. Mais les canards sauvages de passage ou les hérons ne savent plus se poser!

Fauchage tardif – très tardif – et biodiversité sélective obligent! Et en plus c’est moche et incommode de sa balader avec sa moustiquaire et en tenue de safari au cœur de l’Ile de France!

130 ans…

Le 16 mai 1892, naissait au Lion d’Angers, Auguste Cailletreau, dit « Tonton Henri » (1892-1975). A de nombreuses reprises ici, j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer sa mémoire. Celle d’un petit bonhomme qui ne payait pas de mine et n’aurait pas « fait de mal à une mouche » mais qui nourrissait une passion inconditionnelle pour ses chiens, les chevaux des haras de l’Isle Briand sur les rives de l’Oudon, et les chevaux-vapeurs des automobiles.

Son permis de conduire – 1920 –

Souvent, j’ai également parlé de ses malheurs, notamment de la disparition de son fils unique, mécanicien doué, décédé à 17 ans, emporté par une méningite cérébro-spinale brutale et cruelle.

Apprenti galochier au Lion d’Angers à douze ans, il est finalement devenu, par amour de la mécanique, chauffeur-mécanicien après « sa » Grande Guerre sur le front des Dardanelles, puis camionneur parcourant les routes de France en compagnie de son chien Denis! Et ce, bien au-delà de l’âge légal de la retraite! Lequel à son époque était fixé à soixante-cinq ans.

En ce jour anniversaire de sa venue au monde, cet ancien « Poilu d’Orient » fidèle à tous ceux qu’il aimait, attentif et hypersensible, discret, trop timide aussi, mais toujours disponible, aurait eu 130 ans! Inconcevable quand on se souvient qu’on l’a connu!

Sans réécrire ce que j’ai déjà écrit à son propos, je souhaite simplement profiter de l’occasion pour rappeler que cet homme – mon grand-oncle paternel – assura auprès de moi, une fonction essentielle, qui s’apparentait à celle de mes grands-pères disparus, l’un et l’autre, prématurément. Il m’a appris ‘la bricole » mais je fus un piètre disciple! Pour lui, homme d’avant l’explosion consumériste des Trente Glorieuses, un clou, même tordu, demeurait un clou et il le conservait.

Mentionner son âge désormais virtuel, car les morts ne vieillissent plus, c’est évidemment se souvenir de lui et signifier qu’il fut des nôtres sur cette planète. C’est en outre lui rendre une sorte d’hommage filial que la fatalité lui a cruellement confisqué. Enfin, c’est évoquer implicitement le mien – mon âge – en prenant soudainement et concrètement conscience de la marche du temps et des décennies qui, s’accumulant, ont progressivement mais sûrement, transformé le jeune homme qu’Auguste a connu et que j’étais encore quand il vivait, en un presque vieil homme!

Un monsieur en cours de vieillissement qui mesure quotidiennement les stigmates de l’entropie croissante sur sa propre chair. Qui regarde, impuissant les désordres s’installer et qui sait les renoncements auxquels, de gré ou de force, il doit consentir et qui vont de pair avec l’appréciation clairvoyante des années restantes beaucoup moins nombreuses que celles déjà écoulées.

Un ensemble de perspectives qui quoiqu’on en dise, n’est ni réjouissant ni affligeant, mais qui s’inscrit dans le cycle normal et ininterrompu de la vie et sa permanence. Lequel mise sur l’avenir en relativisant et même en soldant progressivement toute ambition qui s’écarterait de la seule obligation qui compte : celle de transmettre notre savoir ou notre ignorance, nos certitudes et nos doutes, aux générations suivantes, censées poursuivre la tache. Un schéma, de prime abord un peu absurde, digne du regretté Sisyphe, mais qui, au bout du bout, gomme toutes les inégalités, bien plus efficacement que les gesticulations puériles des prophètes narcissiques de l’insoumission braillarde ou les promesses fallacieuses des prédicateurs d’un au-delà radieux.

« Salut donc Tonton Henri ! J’ai appris de toi qu’il fallait prendre soin des moteurs à explosion et de ses animaux domestiques. Toi tu les bichonnais. Moi, j’aime surtout qu’ils me transportent sans trop broncher. Mais j’ajoute que l’énergie devenue rare, ne peut plus reposer, comme de ton temps, sur le recours quasi-exclusif au pétrole, au charbon et au gaz. D’autant qu’on les prétend dangereux pour l’avenir biologique de la planète.

Il faut donc aussi faire appel à l’énergie électrique pour une grande part, produite à partir de la fission nucléaire et peut-être un jour de la fusion. Je sais que le petit galochier du Lion que tu fus, confiant dans le progrès humain, n’aurait certainement pas désapprouvé ces évolutions dictées par la nécessité. Les pieds sur terre mais en harmonie avec les éléments, tu n’appréciais que modérément les bourrasques imprévisibles du vent, qui arrachaient ta légendaire casquette.

PS: Quelques articles de ce blog dédiés à Auguste Henri Cailletreau( 1892-1975) :

  • Un gâs du Lion -Auguste Cailletreau – 20/9/2011
  • Nini la Belloprataine -6/2/2012
  • Camionneur en ceinture de flanelle – 28/10/2012
  • Trois jeunes du Lion dans la tourmente de la guerre – 3/10/2011

On disait jadis que le muguet du 1er mai portait « bonheur ». Puisse ce bienveillant postulat se vérifier encore aujourd’hui, malgré les multiples menaces qui pèsent sur nous en ce printemps 2022 et les sombres augures qui nous parviennent de l’Est de l’Europe…

Faisons malgré tout comme si!

Comme si ce muguet du 1er mai possédait encore cette vertu apaisante d’arrêter la folie meurtrière des assassins qui ne rêvent que de nous engloutir sous le feu nucléaire, ou des malfaisants de toutes observances qui misent sur notre docilité et notre asservissement.

Allons donc à la manif après avoir acheté un brin de muguet aux étals du « Parti »!

Allons-y, sinon physiquement, bras dessus bras dessous, comme autrefois, sous les banderoles et calicots syndicaux, du moins par la pensée solidaire que nous autorisent toujours nos vieux os!

Tous mes souhaits de bonheur en ce printemps 2022 vont à mes proches, à ma famille et à mes copains ainsi qu’à tous ceux qui m’ont fait l’honneur de s’intéresser ici depuis onze ans, à mes petites chroniques et divagations oniriques, glanées ici ou là dans le grand livre des siècles et des générations. Rédigées également en m’inspirant d’une actualité, qui n’est jamais bien loin, inquiétante ou menaçante, plus rarement réjouissante! Une actualité qui n’est d’ailleurs que la conséquence des erreurs, des négligences ou des succès d’un passé qu’un hasard facétieux ressuscite tantôt à notre détriment lorsqu’il réveille de funestes démons, tantôt à notre avantage lorsqu’il nous contraint à la réflexion sur notre place dans une Nature dont nous ne sommes qu’une des composantes.

Chaque génération a apporté sa pierre, parfois glorieuse, parfois moins, à cet édifice fragile et quelquefois déprimant qu’on appelle la condition humaine.

Sans sombrer dans une sorte de moralisme larmoyant, le 1er mai et les clochettes de son muguet nous rappellent depuis la nuit des temps que l’aspiration au bonheur individuel et collectif n’est pas une grossièreté. Ils nous offrent surtout l’occasion d’espérer dans l’avenir, sous un soleil renaissant et militant, entre Bastille, République et Nation.

Ce n’est peut-être qu’une illusion! Tant pis car c’est bon pour le moral.

L’impérialisme russe est une constante de l’histoire de l’Europe de l’Est, Cette dernière en effet semble parfois bafouiller notamment lorsqu’elle reproduit les horreurs du passé. En témoigne l’insurrection polonaise de janvier 1863 qui visait à desserrer l’étau russe qui tenait le pays en quasi-esclavage. C’était quatre ans avant la naissance de Marie Curie. Les polonais réclamaient juste un peu plus d’autonomie et de libertés collectives et individuelles, alors que les garnisons russes occupaient l’ensemble du territoire et « punissaient » avec férocité toute forme de contestation. Poussant le sadisme jusqu’à enrôler de force les jeunes polonais dans l’armée tsariste.

Une répression sauvage s’ensuivit en février 1863, en tous points, comparable aux massacres et aux atrocités, perpétrés actuellement en Ukraine par la soldatesque poutinienne.

C’est dans ces circonstances tragiques, qu’un journaliste russe Alexandre Herzen (1812-1870), rédacteur du Journal Kolokol, un périodique d’inspiration socialiste libertaire, réfugié à Londres puis à Genève, écrivit à Victor Hugo lui-même proscrit du fait de son opposition farouche au régime impérial de Louis Napoléon Bonaparte et exilé dans sa résidence de Hauteville House à Guernesey.

Alexandre Herzen

En fait, il s’agissait plutôt d’un appel au secours, car cette lettre ne comportait qu’une simple ligne:

« Grand frère, au secours ! Dites le mot de la civilisation. »

En réponse à ce cri de détresse, Victor Hugo publia le 11 février 1863 dans les journaux libres d’Europe, un texte magnifique, conçu comme une adresse aux soldats russes qui se comportaient comme des soudards en Pologne. Cet écrit d’une plume sublime de troublantes anaphores demeure malheureusement d’actualité en Ukraine en ce printemps 2022.

Victor Hugo à cette époque

 » Soldats russes, redevenez des hommes.

Cette gloire vous est offerte en ce moment, saisissez-la.
Pendant qu’il en est temps encore, écoutez :
Si vous continuez cette guerre sauvage
, si, vous, officiers, qui êtes de nobles cœurs, mais qu’un caprice peut dégrader et jeter en Sibérie ;

Si, vous, soldats, serfs hier, esclaves aujourd’hui, violemment arrachés à vos mères, à vos fiancées, à vos familles, sujets du knout, maltraités, mal nourris, condamnés pour de longues années et pour un temps indéfini au service militaire, plus dur en Russie que le bagne ailleurs ;

Si, vous, qui êtes des victimes, vous prenez parti contre les victimes ;

Si, à l’heure sainte où la Pologne vénérable se dresse, à l’heure suprême où le choix vous est donné entre Pétersbourg où est le tyran et Varsovie où est la liberté ;

Si, dans ce conflit décisif, vous méconnaissez votre devoir, votre devoir unique, la fraternité ;

Si vous faites cause commune contre les polonais avec le czar, leur bourreau et le vôtre ;

Si, opprimés, vous n’avez tiré de l’oppression d’autre leçon que de soutenir l’oppresseur ;

Si de votre malheur vous faites votre honte.
Si, vous qui avez l’épée à la main, vous mettez au service du despotisme, monstre lourd et faible qui vous écrase tous, russes aussi bien que polonais, votre force aveugle et dupe ;

Si, au lieu de vous retourner et de faire face au boucher des Nations, vous accablez lâchement, sous la supériorité des armes et du nombre, ces héroïques populations désespérées, réclamant le premier des
droits, le droit à la patrie ;

Si, en plein dix-neuvième siècle, vous consommez l’assassinat de la Pologne,

Si vous faites cela, sachez-le, hommes de l’armée russe, vous tomberez, ce qui semble impossible, au-dessous même des bandes américaines du sud, et vous soulèverez l’exécration du monde civilisé !
Les crimes de la force sont et restent des crimes ; l’horreur publique est une pénalité.
Soldats russes, inspirez-vous des polonais, ne les combattez pas. Ce que vous avez devant vous en Pologne, ce n’est pas l’ennemi, c’est l’exemple. »

Puissent les soldats du criminel Poutine entendre cet appel venu du fond des âges et se réveiller enfin du mauvais cauchemar qu’ils infligent sur ordre au peuple ukrainien!

Le mot « vérité » a pour anagramme  » relative » comme le rappelaient justement Etienne Klein et Perry-Salkow, les auteurs d’un petit opuscule « renversant » publié en commun en 2011 sur les étranges singularités des mots et ils ajoutaient, toujours à propos de cette vérité et de son anagramme,  » Nul ne peut dire sans se contredire qu’il est absolument vrai que la vérité est (relative) » !

Le mythique Congrès de Tours de 1920 fut longtemps le référent historique commun de deux conceptions antagonistes du socialisme, celui d’une gauche certes divisée et détentrice de deux vérités contradictoires, mais solidement ancrée dans le paysage politique français. Est-ce toujours le cas, alors que le premier tour de l’élection présidentielle du 10 avril 2022 a quasiment rendu invisible cette gauche séculaire, toutes sensibilités politiques confondues?

Si l’on fait abstraction du score du président, candidat au renouvellement de son mandat, qui arrive en tête avec 27,85 % des suffrages exprimés, les trois candidats qui suivent totalisent ensemble plus de 52% des voix. Or, il s’agit – rien que moins – de trois candidats extrémistes au profil autocratique inquiétant. Cette situation est paradoxale dans une République, en principe, apaisée. Elle révèle manifestement une crise de la démocratie et même, au-delà, de la citoyenneté et plus précisément de la responsabilité citoyenne.

Peu importe que l’un de ces dangereux tartuffes se réclame de la gauche révolutionnaire et que les deux autres appartiennent à la droite populiste assortie d’une variante réactionnaire clairement assumée. Peu importe leur prétendue posture idéologique, car à l’aune du bonheur des peuples, Francisco Franco, Augusto Pinochet ou Antonio de Oliveira Salazar ne valent guère mieux que Fidel Castro, Bruno Chavez ou Nicolas Maduro! Et inversement.

Bien sûr, dans ce contexte sidérant mais également désespérant, il ne manque pas d’antifascistes, souvent d’honnêtes militants réellement effrayés, mais aussi de nouveaux convertis aux Lumières, pour signer des manifestes ou s’indigner frénétiquement via les réseaux sociaux pour « faire barrage au fascisme ». Pourquoi pas! Encore que ce type de sursaut tardif et parfois opportuniste, offre surtout l’occasion à ceux qui s’y livrent, de vanter leur propre audace de résistants et leur lucidité face au péril apocalyptique qui se profile. Le problème c’est qu’il leur arrive d’emprunter à ceux qu’ils disent combattre des modes de protestation, fondés sur la violence, sur la peur ou sur des analyses à l’emporte-pièce et simplificatrices des programmes de ceux-là même qu’ils redoutent. Pour faire bon poids, ils les placent tous sous la bannière fasciste. Les mots même sont détournés de leur sens pour susciter l’indignation: on a même vu un haut responsable socialiste, tout juste tiré de son apathie préélectorale dénoncer comme le stigmate de la honte, « la préférence nationale » dans une élection présidentielle française.

Le résultat risque d’être décevant et d’inciter l’électeur méprisé et finalement excédé par ces donneurs et donneuses de leçon de maintien citoyen, à porter au pouvoir ceux que précisément on ne souhaiterait pas y voir. Car, comble d’ironie, ces pères ou mères la morale de la vingt-cinquième heure, tombent dans le même panneau que ceux qu’ils dénoncent en prenant les électeurs du second tour pour des écervelés voire carrément des abrutis, inaptes à se déterminer vers « le bon choix » si on ne les terrorise pas sur les conséquences délétères d’un mauvais vote!

Ce qui en revanche ne souffre d’aucune ambiguïté ou contestation c’est qu’en France, le premier tour des élections présidentielles 2022 a quasiment gommé – balayé – de la carte électorale le parti socialiste et le parti communiste ainsi d’ailleurs que le parti écologiste (EELV). Ce dernier, nouvellement venu sur l’échiquier politique, était pourtant prometteur depuis que l’humanité a pris conscience à ses dépens que la nature est un tout, qui confère à chaque espèce vivante un droit égal à vivre sous le soleil.

De la sorte, les démocrates se revendiquant des valeurs humanistes de la gauche et de la philosophie des Lumières ont été éliminés des grandes scénographies post-électorales alors que les partis extrémistes prospérant sur la contestation et sur le désarroi des plus pauvres culturellement et matériellement ont engrangé les suffrages et sont sollicités de toutes parts. La droite républicaine a d’ailleurs connu un discrédit comparable celui de la gauche démocratique, comme si les équilibres subtils et métastables entre les trois principes de liberté, d’égalité et de fraternité, fondateurs de notre République, qui structuraient et ponctuaient le débat politique depuis au moins un siècle, n’étaient plus pertinents.

Les raisons d’une telle déroute sont certainement multiples: on en retiendra essentiellement deux:

  • La première est d’ordre conjoncturel. Elle est liée à la personnalité du candidat populiste de l’extrême gauche, qui par son art oratoire, son sens de la répartie ombrageuse à l’égard des « puissants » et ses apparences d’érudit de la Révolution, a réveillé en éructant chez nombre d’électeurs de gauche désemparés par le réformisme mou des gouvernements socialistes d’antan, le mythe du « Grand Soir » dont il se prétendait l’incarnation. « La République, c’est moi » fulmina t’il un jour, la main sur le cœur!
  • la seconde raison est plus préoccupante car elle est structurelle presque d’ordre ontologique, pour une gauche divisée depuis plus d’un siècle et qui n’a pas su, en dépit des bouleversements et des tragédies du monde, construire un nouvel humanisme en accord avec ses valeurs primordiales mais en développent de nouveaux concepts, en phase avec les évolutions ou les menaces de toutes natures, et qui soient propres à regénérer l’utopie motivante d’un monde meilleur.

Tout se passe en fait comme si la gauche vivait toujours et douloureusement sous l’influence des clivages d’un passé révolu, en se fondant sur des analyses dépassées des rapport de force et sur des notions démonétisées, pourtant longtemps considérées comme irrémédiables. La plupart de ces fractures ont été actées lors du Congrès de Tours de 1920. Tout se passe donc comme si la gauche dans son ensemble, négligeant de questionner son corpus idéologique par nostalgie de sa glorieuse histoire, s’était progressivement écartée du réel et se contentait de coller des rustines et des affiches électorales sur des idées surannées.

Elle a oublié, ce faisant, que dans la gouvernance des sociétés, il y a des moments où les vérités de jadis ne collent plus tout-à-fait aux constats ni à l’expérience actuelle. L’espérance même peut changer de nature, a minima, de formulation. Alors, la sagesse devrait commander de revoir la copie, de la moderniser et de s’atteler sans délai à l’élaboration de théories ou de projets plus efficients. A titre d’exemple dans un domaine scientifique que j’ai effleuré au cours de ma carrière professionnelle, en l’occurrence la physique, j’ai pu observer que le génie d’un Einstein ne résidait pas tant dans le fait qu’il était plus intelligent ou meilleur matheux que ses confrères, ni meilleur physicien, mais dans le « culot » dont il fit preuve en admettant un résultat expérimental certes « décoiffant », contre-intuitif mais indiscutable de l’invariance de la vitesse de la lumière. Il n’a pas cherché comme beaucoup d’autres à développer besogneusement des expédients mathématiques douteux pour s’en affranchir. Prenant acte de cette invariance, il décréta qu’il s’agissait d’une constante fondamentale de la physique mais qu’elle impliquait nécessairement de s’interroger sur la nature de l’espace et du temps ( les deux paramètres entrant dans la définition de la vitesse), au besoin en remettant en cause notre perception pourtant millénaire de ces deux phénomènes. Ainsi est née la théorie de la relativité restreinte!

Au lieu de procéder à ce travail, la gauche gouvernementale s’est appliquée à démontrer qu’elle pouvait gérer les affaires publiques aussi bien que la droite et selon une même approche du réel ou du virtuel. De ce fait, elle a mis en place une aristocratie technocratique de gauche, formée dans les mêmes écoles que celles de droite, et qui comme toute noblesse de robe a fini par ne s’intéresser qu’a sa propre survie. Le peuple en a fait le constat et en tiré les conséquences.

Dessin de Wolinski -1980

Mais l’origine du malaise de la gauche remonte à 1920!

Un peu d’histoire donc…

Le 25 décembre 1920 s’ouvrait dans la salle du Manège à Tours le congrès du Parti Socialiste (Section Française de l’internationale Ouvrière) à l’issue duquel fut en effet créé le Parti Communiste français.

Il était dix heures trente-cinq lorsque les 285 délégués représentant 89 des fédérations du Parti Socialiste d’alors -celui du regretté Jean Jaurès (1859-1914) et de Jules Guesdes (1845-1922) – entrèrent en séance et que débutèrent les débats. La veille, de nombreux congressistes, arrivés par le train de Paris à la gare de Saint-Pierre-des-Corps avaient salué les cheminots en particulier les grévistes du mois de mai précédent, avant de rejoindre Tours par la navette ferroviaire,.

C’est certainement à cette occasion que mon grand-père Marcel Pasquier (1892-1956), cheminot depuis sa démobilisation en 1919, aperçut certains des orateurs du congrès, comme Léon Blum, Albert Thomas, Marcel Sembat, Marcel Cachin, Jean Longuet, Ludovic-Oscar Frossard ou Paul-Vailland Couturier …

L’enjeu « historique » de ce dix-huitième congrès de la Section Française de l’Internationale Ouvrière, était d’entériner solennellement l’adhésion du parti socialiste à la Troisième Internationale (Komintern) créée à la suite de la Révolution Russe de 1917 et qui était dirigée depuis Moscou d’une main de fer par les bolchéviques.

Edition 1975 -Gallimard Archives

Forts de leur victoire sur le tsarisme et de l’instauration de ce qu’ils appelaient la « dictature du prolétariat » – concrètement, la dictature des soviets et surtout celle du Parti – les léninistes entendaient « éliminer » du mouvement ouvrier mondial les « réformistes » et les « centristes ». A cet effet, ils avaient posé vingt-et-une conditions que l’on considérerait aujourd’hui comme délirantes voire carrément fascisantes, mais qui étaient non négociables et préalables à toute adhésion d’un parti socialiste national à cette nouvelle Internationale ouvrière.

En fait, la plupart de ces conditions – qui postulaient, entre autres, l’assujettissement du syndicalisme aux décisions du parti communiste mais également la censure de la presse et sa transformation en propagande révolutionnaire – introduisait une tyrannie au sens classique du terme mais maquillée en pouvoir populaire. En vertu de ces conditions, tous les « services d’édition devaient être entièrement soumis au comité central du Parti, que celui-ci soit légal ou illégal ».

Dès l’ouverture des discussions, un télégramme de Zinoviev (1883-1936) dirigeant exécutif du Komintern enfonçait le clou et précisait que l’Internationale ne saurait admettre de demi-mesures de la part de ses organisations adhérentes, et qu’en outre il fallait exclure d’emblée tous ceux qui exprimeraient des réserves sur la rigueur des exigences révolutionnaires…

Prenant récemment connaissance de ce fameux télégramme d’un cynisme consommé, je n’ai pu m’empêcher de l’assimiler au « Parlez sans détour » du dictateur Poutine le 22 février dernier, qui cherchait avec sadisme à humilier « son » chef des renseignements extérieurs, un certain Serguei Narychkine, lors d’un conseil de sécurité télévisé.

De même, la relecture, un siècle après, de ces vingt-et-une conditions provoquerait certainement la nausée chez tout démocrate sincère, notamment lorsqu’elles appellent presque explicitement au meurtre de personnalités considérées comme trop complaisantes avec la bourgeoisie, et qu’elles citent des noms de personnes à « flétrir », parmi lesquels Karl Kautsky (1854-1938) concurrent théoricien de Lénine ou encore Jean Longuet (1876-1938), un des leaders de la SFIO et petit-fils de Karl Marx, jugé trop mou.

Néanmoins, après l’horrible boucherie de la première guerre mondiale, au cours de laquelle certains leaders de la Deuxième Internationale ouvrière s’étaient montrés impuissants et avaient adopté des postures ultra-nationalistes pour le moins ambiguës, les exigences exorbitantes voire l’ultimatum du Komintern furent non seulement perçus comme acceptables et même libérateurs par une large majorité de fédérations socialistes. Cependant, une minorité significative, s’y opposa conduite en particulier par Léon Blum et Marcel Sembat. Dans leurs interventions au cours du Congrès, l’un et l’autre exprimèrent de fortes réticences à l’égard de la conception léniniste du socialisme et manifestèrent résolument leur opposition aux méthodes violentes et radicales pour parvenir au communisme dans sa conception russe.

Le 27 décembre 1920, s’adressant à ses amis majoritaires, partisans de l’adhésion à la Troisième internationale, Léon Blum concluait son discours par ces paroles :  » Nous sommes convaincus, jusqu’au fond de nous-mêmes, que pendant que vous irez courir l’aventure, il faut que quelqu’un garde la vieille maison. Nous sommes convaincus qu’en ce moment, il y a une question plus pressante que de savoir si le socialisme sera uni ou ne le sera pas. C’est la question de savoir si le socialisme sera ou ne le sera pas ».

Le jeudi 30 décembre 1920 à deux heures trente du matin, après trois jours d’échanges de bon niveau entre tous les protagonistes, mais sans réel suspens, le résultat des votes fut annoncé.

Sans surprise, « l’unité socialiste avait vécu » (Annie Kriegel).

Tristement les minoritaires quitteront la salle du Congrès.

Ainsi, depuis plus d’un siècle, deux partis politiques en France se sont disputés l’idée du socialisme et plus généralement le leadership de la gauche. Savent-ils toujours pourquoi?

Car le monde a changé depuis Tours

Le contexte géopolitique, scientifique, technologique, humain n’a aujourd’hui plus rien à voir avec celui qui avait présidé à la scission et à la création du parti communiste français.

Deux épouvantables tragédies ont endeuillé la planète et singulièrement l’Europe au cours du dernier siècle, le fascisme et le nazisme, à l’origine de la seconde guerre mondiale et le stalinisme. Deux formes de perversions collectives qui se sont soldées, presque à part égale, par des dizaines de millions de victimes.

En tant que telle, l’idéologie communiste n’est plus revendiquée en Russie, l’Union Soviétique a disparu. Pour autant, les menaces sur la paix perdurent, la guerre est à nos portes.

Récemment, prenant prétexte d’une histoire de la Grande Russie revisitée à sa guise, Poutine le tyran actuel, ancien officier de la police politique, place même sa dictature néostalinienne et sa soif impérialiste sous la protection de l’église orthodoxe.

Le monde a changé. Les prolétaires eux-mêmes n’ont plus le même profil. Les progrès de la technologie notamment numérique ont rendu possible la délocalisation des productions et introduit un capitalisme financier embryonnaire en 1920 mais qui aujourd’hui dicte sa loi au monde entier.

Fort de ces constats, l’urgence est de « décréter » que la désunion de la gauche depuis le Congrès de Tours en 1920 n’a plus aucune raison d’être et qu’il est désormais urgent de reconstruire l’unité de la gauche, en y associant les écologistes. Et ce, sans condition préalable.

Dans cette perspective, le premier geste en ce sens , serait de créer au soir de l’élection présidentielle, dès le 24 avril 2022, un comité mixte de désignation des investitures, chargé de désigner un seul candidat ou candidate de gauche par circonscription en vue des prochaines élections législatives. Forcément, il ou elle ne plaira pas à tous mais c’est la seule façon crédible de mettre un terme au clivage désormais hors sol et mortifère de la gauche depuis 1920

En route donc pour la réunification et réhabilitation du socialisme

Et dans le foulée, il conviendrait de convoquer pour l’automne, un congrès de réunification de la gauche.

A ce stade, il ne serait pas encore question de gommer les divergences mais déjà de recenser les options communes, de hiérarchiser les questions qui se posent, comme par exemple la démographie mondiale qui a plus que triplé depuis 1920, ses liens avec l’écologie, et leurs degrés de priorité.

Ce serait un début motivant, prélude à la conception d’une nouvelle utopie et d’un humanisme à la hauteur de nos ambitions pour les générations futures. Et pour faire vivre dès maintenant les valeurs et principes primordiaux dont nous nous réclamons.

Sinon on peut aussi se contenter de s’agiter avec sa pancarte pour « faire barrage au fascisme »! Et ensuite d’aller se recoucher en laissant la bride sur le cou au président reconduit!

On disposera alors du temps nécessaire pour réfléchir mélancoliquement sur la cruauté du monde, résignés seuls dans notre coin, et sur le caractère relatif de toute vérité. Surtout lorsqu’elle est régulièrement et formellement démentie par les faits et la fatalité!