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Pour les enfants, la vie affective de leurs parents est indissociable de leur propre histoire, Cantonnée a priori aux apparences, elle n’a d’autre réalité que d’être à l’origine de leur propre existence et apparait comme évidente et fluide comme le temps qui passe sans qu’on y prenne garde!

Leur intimité de couple n’appelle donc aucun commentaire. Il s’agit même et généralement, d’un sujet tabou. Cependant, lorsque l’occasion s’y prête, notamment à l’école en début d’année scolaire, lorsqu’il faut renseigner les questionnaires sur la famille, on évoque le métier de nos parents; Pour ma part, c’est avec fierté, que je mentionnais que mon père était un ouvrier de la métallurgie, ajusteur outilleur et que ma mère était couturière puis vendeuse et retoucheuse dans un magasin de confection du centre ville d’Angers. Tous les deux étaient titulaires d’un certificat d’aptitude professionnelle réussi avec brio et affecté d’une mention « bien ».

Parfois, au détour d’un souvenir d’enfance, on se rappelle aussi certains des épisodes marquants des carrières professionnelles de nos parents, en particulier lorsqu’ils ont influé sur notre vie quotidienne ou sur nos choix ultérieurs, voire sur notre conception des rapports sociaux et plus généralement du monde, du fait des engagements militants ou des convictions politiques ou religieuses de nos géniteurs!

On aime également se remémorer avec nostalgie au fur et à mesure des décennies, les souvenirs heureux de nos séjours en leur compagnie dans les Villages de Vacances pendant les congés d’été. Enfin, on cite volontiers les anecdotes les plus mémorables survenues lors des fêtes et des banquets qu’ils se faisaient un devoir d’organiser pour maintenir l’unité familiale à l’occasion de Noël, de Pâques, ainsi que de l’anniversaires de leur mariage en 1947, ou encore du passage d’une décennie par l’un ou par l’autre!

Ainsi demeure gravée dans notre mémoire comme un grand moment de bonheur partagé, la fête tenue en juin 2006 pour les quatre vingt ans de notre père, Maurice Pasquier (1926-2017). Il en est de même pour la célébration avec toute la famille et de nombreux amis, des quatre vingt dix ans de notre mère, Adrienne Turbelier (1923-2018) en 2013!

Au-delà de ces souvenirs, y compris des deuils qui frappèrent notre famille dont le décès de Louisette une de mes trois sœurs, il nous arrive d’évoquer certains traits de leurs caractères, de leurs tocades, de leurs lubies voire de leurs marottes. Ainsi, dans les dernières années de sa vie, notre mère aimait raconter ses exploits de jeune femme délurée, les mêmes histoires que l’on écoutait pieusement en souriant comme si c’était la première fois qu’on les entendait. Depuis des lustres, ni le récit ni l’intrigue n’étaient des découvertes mais, désormais qu’elle n’est plus des nôtres, ne plus entendre sa voix, raconter ses prouesses d’antan, nous pèse.

De même, nous manquent nos discussions politiques dans leur salon de Massy au moment de l’apéro du samedi soir. Lequel invariablement, était suivi d’une invitation à diner, toujours improvisée que lançait notre mère pour nous retenir, sans d’ailleurs se préoccuper un seul instant du fait qu’elle n’avait en réserve qu’une ou deux boites de sardines à partager!

Droits dans leurs bottes, notre père et notre mère restèrent fidèles, leur vie durant, à leurs convictions de jeunesse et à leurs engagements militants. Tout d’abord, ensemble, dans les rangs de la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) pendant la seconde guerre mondiale puis dans l’action catholique ouvrière. Enfin, s’agissant plus spécifiquement de notre père Maurice, ses jugements et ses prises de position demeurèrent en cohérence jusqu’au bout avec les responsabilités et les mandats syndicaux qu’il avait exercés quarante ans avant sa disparition, et par son adhésion rocardienne au parti socialiste et à la social-démocratie.

Par pudeur cependant, ni lui, ni elle ne firent jamais étalage, de leur intimité de couple. On savait juste qu’ils s’aimaient et qu’ils nous aimaient.

Désormais qu’ils ne sont plus là – partis à trois mois d’intervalle – deux photos témoignent encore de cet amour réciproque qui ne s’est jamais démenti depuis leur première rencontre, lors d’une fête caritative organisée par la Jeunesse Ouvrière Chrétienne en décembre 1944 à Angers, leur ville natale et de cœur .

C’est ce dont attestent sans ambiguïté ces deux clichés, l’un daté de 1946 et l’autre pris lors dernier repas pris en commun le 10 octobre 2017 dans leur appartement de Massy.

En dépit des décennies qui se sont écoulées et malgré les stigmates du vieillissement, Maurice et Adrienne montrent le même attachement l’un pour l’autre, près de trois quart de siècle après qu’ils se furent déclarés leur amour. La même attitude et la même posture! .

Ainsi manifestent t’ils ostensiblement l’affection qu’ils se portent de la même façon en 1946 dans le jardin des parents de Maurice au 65 rue de la Madeleine à Angers et en 2017 à Massy, moins d’un mois avant la disparition de Maurice.

C’est cet amour durable et cette affection mutuelle qu’ils nous ont transmis comme leur principal héritage. Ce précieux legs qu’il nous appartient, à notre tour de faire prospérer et de transmettre aux générations qui nous suivent, c’est « l’intelligence du cœur  » !

Un legs d’autant plus précieux que les temps que nous traversons sont incertains et menaçants pour l’humanité! Laquelle, par facilité, par lassitude d’elle-même ou par paresse, semble désormais privilégier les rapports de force et la guerre sur la recherche de la paix et la solidarité entre les hommes. Comme si, dans une sorte de hara-kiri planétaire, l’espèce humaine démissionnait, confiant à la technologie, à la robotique et à l’Intelligence artificielle le soin de prendre le relai de principes et de valeurs qu’elle a perdus de vue et qu’elle ne sait plus défendre!

C’est pourtant cette intelligence du cœur, à l’exemple du couple formé par nos parents, qui aujourd’hui encore demeure la voie à suivre. Un exemple dont il convient de s’inspirer. Un exemple où c’est dans l’intelligence du cœur que résident les secrets de notre humanité. Un état de grâce qu’il faut retrouver et cultiver car c’est lui qui a forgé notre personnalité et éveillé notre sentiment d’appartenance à une communauté humaine où le cœur doit primer sur la froide rationalité des seuls rapports de force !

C’est cette intelligence du cœur qui nous renvoie à notre humanité, à la différence de l’explosion technologique qui nous rend esclaves des machines à penser. La dernière en date des innovations inquiétantes – l’intelligence artificielle – est un bon exemple qui, à contre courant de celle du cœur, contribue insidieusement à nous déshumaniser!

Comme nos parents, aurons-nous dans l’avenir, le loisir de demeurer collectivement fidèles à notre condition humaine et aux valeurs humanistes qui sont censées la caractériser ?

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Au siècle dernier, grosso modo jusque dans les années soixante, des prix étaient distribués en fin d’année scolaire aux meilleurs élèves des écoles primaires. Cette cérémonie avait toujours lieu à la fin du mois de juin. Et elle se déroulait selon un rituel bien établi dans la plupart des communes et villages de France. Cette tradition de l’école publique républicaine a prospéré et s’est généralisée après que Jules Ferry (1832 -1893) président du Conseil et Ministre de l’Instruction Publique eut rendu l’enseignement primaire obligatoire, laïc et gratuit par une loi du 28 mars 1882 pour tous les enfants des deux sexes, de six à treize ans.

Cette manifestation solennelle et festive au cours de laquelle les meilleurs élèves étaient honorés en fonction des disciplines scolaires dans lesquelles ils s’étaient distingués, ponctuait chaque fin d’année scolaire. Elle était organisée sur l’initiative et sous le patronage des instituteurs et des responsables de l’établissement, en présence, le plus souvent, des personnalité ou notoriétés locales et, bien sûr, des parents des enfants ainsi récompensés.

A cette occasion, les enfants recevaient les félicitations des autorités qui ne manquaient pas, lors de discours de circonstances, de vanter les bienfaits de l’apprentissage scolaire comme moyen privilégié d’émancipation des jeunes générations de futurs citoyens, et de prodiguer des encouragements aux enfants à poursuivre leurs efforts pour acquérir plus tard la place qui leur revient au sein de la société.

Chaque bon élève se voyait remettre, en fonction de ses résultats au cours de l’année scolaire écoulée, de beaux livres d’histoires ou d’aventures à lire pendant les vacances. Outre les prix ciblés sur une matière, ceux qui excellaient sur tout le spectre des enseignements dispensés, pouvaient se voir gratifier d’un prix d’excellence ou d’un prix de « tableau d’honneur.

Prix remis à Maurice Pasquier (1926-2017) dans les années 30

Récompenser et féliciter les élèves les plus doués et les plus valeureux n’a certes pas été inventé par la République, mais force est de constater que c’est sous la troisième République que cette pratique consistant à mettre en valeur les meilleurs élèves est devenue un rituel obligé dans toutes les écoles primaires publiques et même souvent dans les lycées et collèges.

Cependant, après avoir perduré pendant près d’un siècle et sous plusieurs Républiques, ce rendez-vous annuel de remise des prix a progressivement disparu ou a perdu de son aura. Les événements de mai 1968 en ont relativisé la portée ainsi que le prestige, et l’ont en quelque sorte « ringardisé ». Les causes de cette disparition non formellement décrétée sont multiples.

Certains invoqueront des motifs économiques, d’autres le désintérêt actuel pour ce type d’événements « bon enfant » qui distinguaient les « premiers de la classe », mais qui « de facto » ignoraient les élèves besogneux et moins doués. Par différence en outre, ces cérémonies désignaient et peut-être, aux yeux de certains, stigmatisaient les mauvais élèves !

Pour ma part, je pense que la disparition de ce rituel de remise des prix des écoles trouve sa justification dans une remise en cause plus ou moins explicite du rôle d’ascenseur social de l’école et dans une conception trop comptable et statistique de la réussite scolaire. Il contrariait le projet « politique » qui semble être désormais l’affichage d’un taux global de réussite aux examens flirtant les 100% pour une classe d’âge et de prohiber la notion d’élitisme par le savoir. Cela suppose évidemment de renoncer aux classements ainsi qu’aux notations explicites et de refuser, au nom du principe d’égalité, à toute forme de sélection et de distinction lié au travail fourni, à l’assiduité ainsi, bien sûr, qu’à la prise en compte des dons et facilités d’acquisition des savoirs académiques, propres à chaque élève.

De l’égalité des chances que l’école républicaine était censée garantir pour chaque élève, l’objectif semble s’être déplacé vers l’égalité des résultats, quel qu’en soit le coût en termes de connaissances ou de savoir faire réellement appris.

Evidemment cette dérive a eu des conséquences: d’une part la dégradation de l’école française dans les classements internationaux et d’autre part une certaine suspicion sur l’aptitude des diplômés à s’inscrire dans une carrière professionnelle en adéquation avec leur formation présumée. Et donc un certain désenchantement d’une jeunesse qui croyait au « Père Noël »! Et ce, d’autant que la maitrise de la langue française est très souvent loin d’être assurée chez de jeunes diplômés pourtant bardés de titres universitaires,

D’expérience, chacun sait qu’un titulaire du certificat d’études primaires d’avant-guerre maitrisait parfaitement l’orthographe et la syntaxe de la langue française, à la différence d’un actuel diplômé du baccalauréat. Quiconque, lucide, peut en fait le constat dans son environnement familial et professionnel.

Pour ma part, je n’ai en revanche jamais observé chez mes parents, issus pourtant des classes populaires et ouvrières angevines du siècle dernier, et titulaires tous les deux du certificat d’études primaires, de fautes grossières d’orthographes et de grammaire dans les textes qu’ils rédigeaient. Alors qu’à l’inverse, dans la dernière phase de ma carrière professionnelle, dans mon travail qui consistait en partie à relire des thèses avant leur soutenance, j’ai consacré l’essentiel de cette tâche à me préoccuper de la forme et de la lisibilité des mémoires en corrigeant notamment les fautes d’orthographes. Sur le fond des sujets abordés, les doctorants étaient beaucoup plus savants que moi!

Les prix de fin d’année scolaire ne sanctionnaient pas seulement et factuellement l’acquisition des savoirs. Ils manifestaient la reconnaissance de l’institution scolaire envers leurs bons élèves qui s’en souvinrent leurs vies durant.

Mon père Maurice Pasquier (1926-2017) et ma mère Adrienne Turbelier (1923-2018), ne manquèrent jamais, jusqu’à leur dernier souffle de se référer à leur école primaire et d’être fiers d’avoir reçu, plusieurs années de suite, des prix en contrepartie de leur travail en classe. Prix de fin d’année scolaire, dont ils me firent don avant leur disparition, et qu’ils considéraient comme un bien « moral » tout aussi précieux que toute autre forme d’héritage!

Ils disposaient de deux mois pour lire les « beaux livres » qu’on leur donnait à cette occasion, qu’ils commentaient à la rentrée avec leurs copains. Et qu’ils commentèrent ultérieurement avec leurs enfants.

Dommage que cette tradition s’évanouisse dans l’air du temps, victime d’un progressisme « wokiste » souvent dévastateur de note récit national, de notre identité et d’une histoire fondatrice de notre civilisation.

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Dire que je me souvienne précisément de ce 4 juin 1956 – il y a soixante dix ans – ce jour où mon grand-père paternel Marcel Pasquier décéda, serait sans doute excessif car je n’étais alors âgé que de sept ans. Et à cet âge, la mort ne fait pas encore partie du paysage. C’est tout juste si je me rappelle que ce jour-là, ma mère m’invita à réciter la prière du soir en ayant une pensée pour ce grand-père dont elle me dit qu’il était désormais au paradis.

Bien sûr, cette disparition m’attrista mais je le savais très malade depuis un certain temps car son fils, mon père, donnait de ses nouvelles toujours plus alarmantes, le soir quand il rentrait du travail après avoir fait un détour pour visiter son père. Il était atteint d’une ‘longue maladie », pour laquelle la médecine d’alors était impuissante, et était alité chez lui, rue de la Madeleine à Angers, sur son lit de douleur.

Une douleur que seule la morphine à dose de plus en plus en élevée parvenait à calmer avec néanmoins pour contrepartie un état de torpeur permanente.

De ce grand-père que finalement j’ai peu connu, je me souviens néanmoins des quelques apéros pris quelques mois auparavant en sa compagnie et celle de mon père au café qui se trouvait juste en face du domicile de mes grands-parents rue de la Madeleine.

Je me rappelle également des quelques bonbons qu’un jour il m’avait offerts à l’épicerie Quintard qui se trouvait à l’angle de la rue Bourgonnier face au Commissariat de police.

J’ai en revanche un souvenir assez troublant des obsèques qui se déroulèrent dans les jours qui suivirent le décès en l’église de la Madeleine et du corbillard tiré par des chevaux qui transportèrent le cercueil vers le cimetière de l’Est où ses restes reposent encore avec ceux de son épouse – notre grand-mère – Marguerite Cailletreau (1897-1986) et ceux de ses beaux-parents.

Mais ce qui m’impressionna le plus, c’est le cortège funèbre, où quatre des proches et amis du défunt marchaient à côté du corbillard en tenant ce qu’on appelait en ce temps-là les « cordons du poêle ». Il ne s’agissait évidemment pas d’un poêle de chauffage. Autrefois, tenir les cordons du poêle, c’était tenir les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil. Le poêle désignait le drap mortuaire ou le tissu noir ou blanc qui couvrait le cercueil pendant la cérémonie funèbre.

Ce jour du 4 juin 1956 reste ainsi gravé dans ma mémoire pour des motifs qui ne sont qu’indirectement liés à la personnalité de mon grand-père paternel que je n’avais pas vraiment eu l’occasion de connaître.

C’est par la suite que je l’ai découvert au travers des témoignages de mon père, de ses autres enfants et bien sûr de mon nombreux cousinage et notamment des plus âgés de mes cousins germains.

Ainsi, sur ces bases, j’ai pu rédiger quelques articles dans ce blog, dédiés à ce grand-père parti trop tôt.

Né à Vervins dans l’Aisne en 1892, il effectua un apprentissage de pâtissier à Givet dans les Ardennes au début du siècle dernier, puis il s’engagea en 1910 – sans qu’il se soit expliqué sur ce choix – comme chasseur à cheval dans l’armée d’Afrique sous l’autorité de Lyautey et Mangin.

A noter qu’à l’époque, aucun président de la République n’aurait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », pour complaire à des tyrans locaux. L’aventure coloniale était au contraire perçue comme un motif de fierté pour ceux qui pensaient promouvoir la civilisation.

A la fin de la première guerre mondiale, Marcel, multi décoré mais discret, épousa une jeune fille du Lion d’Angers commune d’origine d’une partie de sa famille paternelle et sollicita un emploi dans les chemins de fer.

Il passa ensuite le reste de sa carrière professionnelle à Angers où il éleva sa famille, d’abord comme employé au fret à la SNCF puis après sa retraite de cheminot, comme salarié durant quelques années dans la grande entreprise angevine de fabrication de câbles, Bessonneau.

A la gare Saint-Laud à Angers

Ce 4 juillet 2026 offre ainsi une occasion de se souvenir quelques instants de ce grand-père, cet inconnu si proche!

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Mon père, Maurice Pasquier, disparu il y a neuf ans, aurait eu 100 ans, le 1er juin 2026.

Second fils de Marguerite Cailletreau (1897-1986) et de Marcel Emile Pasquier (1892-1956), Maurice vit le jour à Angers au domicile de ses parents, au rez-de-chaussée d’un petit immeuble situé au 65 de la rue de la Madeleine. Il nait ainsi dans un quartier populaire – celui éponyme de la rue de sa naissance ( La Madeleine) périphérique du centre ville et mitoyen vers le nord du quartier « bourgeois » de Saint Joseph et vers l’est de celui, ouvrier de Saint-Léonard. Par la rue Saumuroise qui le traverse, il mène à Trélazé, la commune ardoisière qui jadis était une des richesses de l’Anjou. Actuellement il n’y a plus que de « vieilles carrières » d’ardoise dont l’exploitation a été abandonnée..

L’immeuble natal de Maurice, dans lequel ses parents, locataires, résidèrent jusqu’à leur disparition existe toujours, bien qu’il ait été significativement transformé au cours du siècle écoulé..

Maurice était le troisième enfant d’une fratrie qui en comportait quatre: deux ainés Marcel Charles Pasquier (1920-1999) et Renée Pasquier future épouse Pilet (1922-2016) et un frère cadet Jean Pasquier (1930-2020).

Sa famille était modeste mais faisait face avec courage aux besoins essentiels. Son père Marcel avait été embauché en mars 1920 comme « homme d’équipe » par la Compagnie de Chemins de fer d’Orléans après sa démobilisation du régiment de chasseurs d’Afrique, dans lequel il s’était engagé en 1910 et avec lequel il avait combattu durant la Grande Guerre de 14-18. IL était d’ailleurs honoré de nombreuses citations et décorations, dont il ne se vantait pas, même auprès de ses propres enfants.

A la naissance de Maurice, Marcel était employé au fret des marchandises à la gare d’Angers depuis 1922. Sa première affectation comme cheminot avait été la gare de Saint-Pierre-des-Corps près de Tours, où était né son premier fils.

Marguerite, l’épouse de Marcel était originaire du Lion d’Angers. Depuis la mutation à Angers de son mari – mutation que Marcel avait sollicitée à la demande de sa femme – elle était femme au foyer , mais elle effectuait aussi quelques « ménages » occasionnels chez des particuliers du quartier de la Madeleine pour « mettre du beurre dans les épinards ».

Rue de la Madeleine. Au RDC du 65 aux volets bleus, appartement natal de Maurice

A quelques centaines de mètres du 65, en bout de rue de la Madeleine, on distingue sur la photographie le clocher de l’église paroissiale du Sacré-Cœur-de-la-Madeleine qui domine les toits. C’est dans cette église Basilique construite au 19ième siècle dans un style néogothique, que Maurice fervent catholique, fut baptisé, qu’il fit « sa communion solennelle » et qu’il se maria en 1947 avec Adrienne Turbelier (1923-2018) notre mère,

Adrienne était aussi originaire du quartier. Elle avait vu le jour en 1923 au 20 rue Desmazières, à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau du 65 rue de la Madeleine. Maurice qui fréquentait le patronage paroissial connaissait les frères cadets d’Adrienne, Albert (1925-2023) et Georges Turbelier (1927-2009) mais il ne fit connaissance de sa future épouse qu’en 1944 à l’occasion d’une fête de charité organisée pour Noël par la Jeunesse Ouvrière Chrétienne!

Années 1930 Maurice avec son frère Marcel et sa sœur Renée

1936 – « Communion solennelle » une étape quasi mystique qui comptait beaucoup pour Maurice

Maurice fut scolarisé à l’école publique de la rue de la Madeleine, actuellement dénommée, école Alfred Clément du nom d’un instituteur, résistant angevin, fusillé en 1943 à Angers.

A l’issue de sa scolarité, il obtint avec brio – mention bien – le Certificat d’Etudes Primaires, qui en principe, aurait du lui ouvrir les portes du lycée David d’Angers tout proche. Mais à l’instigation de ses parents, il fut dirigé – comme son frère ainé – vers un apprentissage d’ajusteur mécanicien dans l’entreprise de câblage Bessonneau, une des plus importantes de l’agglomération angevine à l’époque.

A l’issue de son apprentissage, qui lui fit découvrir et aimer un métier, qu’il n’avait pas délibérément choisi, il obtint en 1943, un Certificat d’Aptitude Professionnelle d’ajusteur mécanicien, gratifié également de la Mention Bien.

Dans le même temps, il s’engagea dans le militantisme chrétien au sein de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, et fut même amené au cours de ces années de guerre et malgré son jeune âge (17 ans) à exercer des responsabilités au niveau départemental  » en raison – disait-il avec modestie – non des ses propres talents mais de l’absence de ses ainés, mobilisés dans la Résistance à l’occupation allemande, donc contraints à la clandestinité, parfois internés et déportés ou prisonniers de guerre en Allemagne ».

Après la guerre, il s’orienta tout naturellement, par fidélité à ses camarades disparus mais aussi par conviction et par solidarité avec la classe ouvrière, vers l’action catholique ouvrière et le syndicalisme en adhérant à la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC).

Cet engagement le conduisit, par souci de justice sociale, à prendre des risques pour défendre la cause ouvrière. Risques assumés ultérieurement avec Adrienne, son épouse. Son militantisme lui valut souvent quelques déboires, notamment celui d’être licencié des établissements où son action syndicale n’était guère appréciée d’un patronat local souvent réactionnaire qui se considérait de droit divin! A l’époque, dans les années cinquante, les responsabilités syndicales supposaient en effet un certain courage, surtout pour un père de famille qui devait assurer la sécurité matérielle et morale des siens. A cette époque, Maurice sut concilier les contraires, et jamais nous – ses quatre enfants (Jean-Luc, Marie Brigitte, Louisette et Françoise) – n’avons eu à souffrir de son militantisme, et, aujourd’hui, des décennies plus tard, nous demeurons toujours très fiers de notre père. .

En 1964, il participa, en tant que délégué du Maine-et-Loire, au congrès confédéral extraordinaire de la CFTC et qui présida à la fondation de la CFDT.

Comment ne pas se souvenir, de ce moment inoubliable – au soir du 7 novembre 1964 – au retour des congressistes angevins à la gare Saint Laud d’Angers, et de l’enthousiasme des familles qui les attendaient pour fêter avec eux l’évolution démocratique de la CFTC vers une nouvelle forme d’organisation, la CFDT, censée mieux représenter la diversité des travailleurs et répondre à leurs aspiration?

Cette évolution du syndicalisme français était nécessaire et elle fut perçue comme telle en contrepoint de la CGT, considérée à l’époque comme idéologiquement figée et largement influencée voire carrément contrôlée par le Parti communiste français. Lequel Parti Communiste, qui se présentait comme le parti des 70000 fusillés, était inféodé au Parti Communiste Soviétique et appliquait sans discussion les directives néostaliniennes émanant de Moscou! La déstalinisation et le débat démocratique n’étaient pas encore à l’ordre du jour dans les cellules du « Parti » et dans les sections syndicales cégétistes. A tout le moins, dans la pratique des « camarades »!

En tant que leader syndical et démocrate intransigeant, Maurice fut amené à de nombreuses reprises à combattre cette mainmise communiste sur le mouvement ouvrier, et à développer sa position au cours de stages de formation destinés aux adhérents.

En 1957, il fut en embauché comme ajusteur-outilleur par l’entreprise Thomson, qui implantait à Angers, la principale usine de fabrication de postes de télévision en France. C’est d’ailleurs dans cette usine que les ingénieurs et techniciens furent les premiers à mettre au point le procédé SECAM (Séquentiel couleur à mémoire », de codage couleur du signal vidéo analogique, inventé par l’ingénieur français Henri de France.

Maurice s’engagea avec ardeur dans cette aventure technologique sans pour autant remettre en cause son combat pour une amélioration des conditions de travail sur les chaines de montage des platines de télévision.

Maurice travailla à Thomson jusqu’en 1970. Mais c’est surtout le responsable syndical, le délégué du personnel, le secrétaire du comité d’établissement puis le secrétaire du comité central d’entreprise que l’on retiendra de son passage dans ce fleuron aujourd’hui disparu de l’industrie française, où il anima le mouvement de grève local lors des événements de mai 1968.

Il conservera, sa vie durant, un souvenir empreint de nostalgie de son passage à Thomson. Lors de son dernier voyage à Angers quelques semaines avant son décès, il demandera avec une émotion non feinte, qu’on l’arrête quelques instants devant la grille d’entrée de l’usine qui fut un des établissements phares de l’industrie électronique en France mais qui, en 2017, était devenu une friche industrielle.

Lui qui laissait rarement paraître sa tristesse, eut quelque difficulté à masquer les quelques larmes qui perlaient sur son visage.

Maurice en mai 1968 s’adressant aux travailleurs sur le parvis de l’usine Thomson en grève

En 1970, il décida de changer de voie et de métier, et il choisit de s’investir dans le tourisme social avec la même passion de servir la collectivité et de promouvoir la justice sociale. En l’occurrence d’être utile en permettant à des familles ouvrières de partir en vacances dans de bonne conditions et à des coûts accessibles. Le projet Village Vacances Familles (VVF) initié quelques années plus tôt par André Guignand (1923-2013), un ancien de la JOC, avec le concours de la Caisse des Dépôts et Consignations l’avait séduit. Il resta à VVF jusqu’à sa retraite en 1986.

Bien sûr ce bref et très succinct rappel de la carrière et de la vie de Maurice Pasquier est très insuffisant pour décrire un personnage complexe qui fut, avant tout, et pour nous, notre père.

Un père aimant et présent en tant que de besoin, pour nous aider et nous soutenir. C’était aussi un passionné de photographie. Un homme épris de progrès scientifique et technique, mais aussi de justice sociale, qui pensait que rien n’était jamais perdu et que la société, certes injuste pour les plus faibles, pouvait progresser sans violence. Il pensait, en tant que chrétien, que l’humanité disposait de larges marges d’amélioration dès lors que chacun y mettait du sien sans arrière-pensées dans un esprit de tolérance à l’égard de ceux qui pensent différemment.

Son crédo, c’était l’humain!

Maurice était aussi un homme de paradoxes, qui pouvait s’exprimer sans difficulté devant un large auditoire mais qui dans l’intimité familiale demeurait discret presque timide, et pudique, répugnant à exprimer en privé et de façon ostentatoire, ses états d’âme et même ses sentiments et sa profonde affection à l’égard de ceux qu’il aimait. Pour ce faire, Maurice privilégiait le biais de l’écrit.

Fondamentalement, Maurice était en effet un littéraire et c’est avec sa plume qu’ii ouvrait son cœur. Et il s’y employait remarquablement de sa belle écriture. Celle dont il avait hérité, tant sur le fond que sur la forme de son école primaire de la rue de La Madeleine.

C’était aussi un homme fidèle en amitié, comme en témoignèrent tous ceux qui eurent la chance de le croiser et de tisser avec lui des liens durables. Un homme toujours présent pour ses enfants, ses petits-enfants et ses arrières petits enfants dont étonnamment il mémorisait toutes les dates de naissance.

Débat philosophique sur le temps qui passe

avec Robin, un de ses arrière petits fils en 2012

Les dernières années de sa vie furent à cet égard consacrées à consolider ce qu’il estimait primordial, à savoir l’unité de sa nombreuse famille. Et avec la complicité d’Adrienne, il profitait de toutes les occasions potentiellement festives ou commémoratives pour la réunir, tantôt à Massy dans leur grand appartement banlieusard, tantôt à Onville près de Pithiviers où ils avaient acquis une fermette et un jardin qu’il cultiva tant qu’il en eut la force. .

Tel était le père qui nous aimait et que nous aimions. Nous, c’est-à-dire ses quatre enfants : Marie-Brigitte, Louisette , Françoise et moi-même Jean-Luc .

Au delà de la mort qui n’était pour lui – qui était habité d’une foi du charbonnier – qu’un passage vers le Dieu créateur, il témoigna jusqu’au bout des engagements de sa vie, caractérisés par une conception exigeante et altruiste de l’existence, notamment en faisant don, comme un ultime symbole, de son corps à la science.

Notre père était un humaniste au sens le plus noble du terme. Et un humaniste chrétien, qui ne manquait jamais d’évoquer la miséricorde divine et son espoir de la rédemption/

Le 1er juin 2026, dans quelques jours, il aurait eu cent ans! Et nous pensons à lui, alors que nous-mêmes aujourd’hui affrontons les affres du vieillissement. Et que nous validons désormais nombre des questions existentielles qu’il se posait et auxquelles jadis nous n’accordions guère d’intérêt.

Comme Céline Dion dans une de ses célèbres chansons et pour des motifs comparables, mon père aujourd’hui me manque, ainsi que nos discussions parfois animées sur la politique. Nos différences d’appréciation aussi. Nos divergences même. Bref,  » je voudrais oublier le temps, pour un soupir, pour un instant » … « Je voudrais parler à mon père »

Adrienne et Maurice en 1946 dans le jardin du 65 rue de la Madeleine

Maurice et Adrienne dans les années 2010 : une de leur dernières photographies, ensemble, unis et complices dans leur appartement de Massy: la même attitude de tendresse qu’en 1946

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PS: Ci-dessous, quelques articles du blog, consacrés à Maurice Pasquier et quelques textes de sa propre plume

Allocution de mon père, Maurice Pasquier (1926-2017) lors de l’anniversaire de mes 60 ans en février 2009 | 6bisruedemessine

Note sur l’action syndicale de Maurice Pasquier (1926-2017) | 6bisruedemessine

« Grand Père  – Texte de Maurice Pasquier (1926-2017) | «6bisruedemessine

Allocution de Maurice Pasquier (1926-2017) au mariage d’Audrey et Gilles Bonnet – Clamart le 10 Juillet 2009 | 6bisruedemessine

Fête pour le quatre vingtième anniversaire de Maurice Pasquier – 4 juin 2006 | 6bisruedemessine

Lettre du 16 juillet 1944 de Marcel Pasquier (1920-1999) à son frère Maurice (1926-2017) | 6bisruedemessine

« Comme un beau fleuve de vie… » Maurice Pasquier | 6bisruedemessine

SOUVENIRS – 1926-1985 – de Maurice Pasquier | 6bisruedemessine

Ajusteur | 6bisruedemessine

Les 6 et 7 novembre 1964, les jours où un congrès accoucha d’un syndicat | 6bisruedemessine

La dernière photo… | 6bisruedemessine

Le Boléro de Ravel | 6bisruedemessine

« Pêcheurs d’hommes et Premier de cordée  | «6bisruedemessine

Le chantier 1607 du camp de Beauregard à Clefs d’Anjou – juin 1944 | 6bisruedemessine

La montre au radium de mon père ! J’y tiens … | 6bisruedemessine

Au cours de son court séjour en Algérie les 13 et 14 avril 2026, le pape Léon XIV s’est rendu à Annaba, une ville portuaire au nord-est de l’Algérie. Cette visite n’est évidemment pas le fruit du hasard.

En fait si le pape, chef de l’Eglise catholique mondiale en visite officielle dans un Etat se réclamant très majoritairement de la confession musulmane, a souhaité faire étape à Annaba, cette ville de 600.000 habitants qui, jadis s’appelait Hippone, c’est pour s’inscrire dans les pas de Saint Augustin (354-430), celui dont il se réclame et qui vécut ici au cinquième siècle de notre ère.

Augustin est effectivement, et à bon droit, considéré comme un penseur majeur de la théologie chrétienne et comme un des Pères de l’Eglise latine.

Le pape qui se présente comme un « fils spirituel de Saint Augustin » est d’ailleurs entré en religion en prononçant ses vœux dans l’ordre de Saint Augustin , dont il n’omet jamais de se réclamer.

Mais au-delà du théologien chrétien qui est réputé avoir concilié la culture grecque et latine au christianisme, Saint Augustin est un des philosophes importants de l’Occident et de l’humanité toute entière, dont la pensée en quête permanente de vérité est étonnamment moderne. Elle continue encore aujourd’hui d’influencer et de nourrir la réflexion politique, spirituelle et philosophique occidentale, au delà même des milieux qui se revendiquent explicitement de la foi catholique.

Son ouvrage majeur  » Les Confessions » demeure plus d’un millénaire après avoir été rédigé un livre de référence pour tous ceux qui cherchent à percer les mystères de la nature et qui s’interrogent sur le sens de l’existence humaine et sur notre perception de la transcendance au fur et à mesure du temps qui passe.

Pour ma part, Saint Augustin est présent dans ma vie, depuis mon école primaire dans les années cinquante du siècle dernier. C’est en effet dans l’école Saint Augustin d’Angers, que j’ai appris à lire, à écrire et à compter – et même à penser un peu – sous l’autorité bienveillante mais exigeante des frères des écoles chrétiennes de l’ordre de Saint Gabriel.

Mais c’est ultérieurement, que j’ai découvert les « Confessions » de Saint Augustin, l’évêque d’Hippone. Cet ouvrage, abondamment traduit a probablement joué un rôle dans mes choix ultérieurs d’étudiant ambitionnant de comprendre le monde. Et ce, indépendamment de toute considération religieuse.

Le modeste physicien que je fus demeure encore aujourd’hui fasciné par la pertinence et la modernité des réflexions de Saint Augustin sur la nature du temps, telles qu’il les a développées dans le livre XI des Confessions, dans une forme parfaitement accessible au commun des mortels. Comme chacun d’entre nous confronté à l’indéfinissable et à l’éternité, Saint Augustin fait état de ses interrogations sur le temps, auxquelles les travaux des savants contemporains les plus éminents comme Einstein n’ont pu apporter de réponse définitive.

Qu’on en juge, au travers des quelques extraits qui suivent, tirés des Confessions :

Eh oui! Sans être pape, je suis aussi « un augustinien » mais un augustinien laïc, presque de stricte observance, qui honore Saint Augustin, à la manière dont il rend hommage à tous les fondateurs et penseurs de la science et physique modernes du présocratique Anaximandre de Milet à Aristote, de Pythagore à Galilée en passant par Einstein et Niels Bohr!

Pourquoi? Parce que l’évêque d’Hippone, alimente notre pensée en s’appuyant sur notre raison, sans tout mettre sur le compte de la pure et insaisissable révélation. Ainsi, il nous ressemble. Il est des nôtres autant par ses certitudes que par ses doutes. La science et la démarche rationnelle qu’elle implique est à l’origine de notre liberté mais elle n’a pas et n’est pas la clé de tout!

Bien vu Léon d’avoir fait un détour par Annaba pour saluer notre ami commun Augustin évêque d’Hippone!

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Pâques

Le jour de Pâques a toujours bénéficié d’un statut particulier dans notre famille. Du moins, du vivant de mes parents, Maurice Pasquier (1926-2017) et de son épouse Adrienne Turbelier (1924-2018) notre maman.

Sur leur initiative, le jour de Pâques fut pendant des décennies celui où, traditionnellement, l’ensemble de la famille se réunissait dans leur appartement massicois pour un déjeuner pascal. Une nombreuse tablée rassemblait les enfants et leurs conjoints, les petits enfants et dans les années les plus récentes, précédant la disparition de Maurice et Adrienne, les arrière petits enfants.

Parfois, des amis, seuls ce jour-là, étaient également conviés de même que d’autres membres de la famille, venus des provinces de l’Ouest, et de passage à Massy !

La table des festivités de Pâques en 2002

Ainsi Pâques était systématiquement fêté dans la famille Pasquier.

Se dérober à l’invitation de Maurice et Adrienne n’était d’ailleurs guère concevable, sauf à vouloir les contrarier et surtout les chagriner. Sans motif au demeurant. Ainsi, sauf empêchement sauf cas de force majeure, tout le monde était présent chaque année dans la grande salle de séjour de l’appartement familial à Massy, aux alentours de midi. On s’en serait voulu de manquer le rendez-vous!

Auparavant, dans la matinée, tout en préparant les agapes avec ceux venus de province et hébergés chez eux, Maurice et Adrienne avaient suivi à la télévision, la messe de Pâques célébrant la Résurrection du Christ. Ils avaient en outre assisté à la bénédiction papale Urbi et Orbi (à la ville et au monde) et écouté attentivement le message diffusé à cette occasion par le souverain pontife.

A quelques détails près, le rituel était chaque fois le même. Reproductible quasi identique d’une année sur l’autre.

Il fut abandonné après le décès de Maurice et Adrienne dès l’année 2018, car, sans eux, la magie fédératrice qu’ils impulsèrent pendant des décennies s’était évanouie. Ce sont eux qui l’avaient initiée depuis près d’un demi-siècle. Depuis l’époque où ils résidaient encore à Angers, leur ville natale, celle où ils s’étaient connus, où ils découvrirent l’amour, où ils s’étaient épousés en 1947 et conçu leurs quatre enfants.

Angers qu’Adrienne ne sut jamais évoquer autrement que comme un paradis perdu!

En fait, si cette fête de Pâques – comme d’ailleurs celle de Noël – revêtait une si grande importance aux yeux de nos parents, c’est bien sûr en raison de son caractère religieux et du message d’espérance de victoire sur la mort auxquels en tant que fervents catholiques Maurice et Adrienne, militants de la jeunesse ouvrière chrétienne autrefois, puis de l’action catholique ouvrière, croyaient « dur comme fer ».

Et c’est cette foi qui les habita, leur vie durant, « celle du charbonnier », celle des héritiers des Guerres de Vendée, qu’ils voulurent transmettre à leur descendance, non par le biais d’un catéchisme figé et ennuyeux ou d’un traité de théologie appliquée, mais par la joie et par la fête que leur inspirait l’idée de la rédemption christique. Et aussi, par la fraternité chrétienne entre les générations. Tel était leur objectif premier pour ce jour de Pâques.

Mais cette référence religieuse n’était pas la seule qui les motivait! Leur obsession, l’âge venu, était de préserver et d’assurer l’unité de la famille et de faire en sorte, qu’ayant festoyé ensemble, tous leurs enfants, petits-enfants et arrière petits enfants se souviennent les uns des autres en dépit des éloignements géographiques que la vie et les obligations professionnelles imposent! Qu’ils demeurent à jamais solidaires dans les réussites comme dans les épreuves!

Enfin le dernier « prétexte », c’était le patronyme de la famille « Pasquier », qui procède de la même étymologie que le mot Pâques.

« Pâques » a pour origine un mot latin : pascha voire du verbe « pasco » (faire paître les moutons) . Ces termes sont issus du grec et de l’araméen qui désignait la Pâque juive. Pour Maurice, ce patronyme remontant à la nuit des temps, était un moyen de se situer dans l’histoire du monde, un gage de sa propre existence et, à ses yeux, il incarnait la mission dont il s’estimait mandaté, celle d’un « pasteur » veillant sur ses brebis…

Une fois à table, le menu était toujours composé d’un gigot d’agneau accompagné de mogettes vendéennes et toujours précédé d’un apéritif arrosé au vin d’Anjou. En entrée, les rillettes du Mans ou les rillons tourangeaux étaient souvent de la partie, avant de conclure avec un pâté angevin aux prunes ou une tarte aux pommes!

Mais juste avant de se restaurer, les enfants s’étaient lancés dans la « chasse aux œufs en chocolat  » que Maurice avait cachés dans les jardinières de la terrasse!

Année 1996

La bonne humeur était de rigueur ainsi que les rires, les chansons, et les confidences entre frère(s) et sœurs, cousins cousines.

Avant de se quitter, en s’embrassant, on se promettait de se revoir avant l’an nouveau ! On ne tenait d’ailleurs pas toujours promesse.. Peu importe, c’est l’intention qui comptait.

Des années plus tard, ce n’est pas sans nostalgie qu’on prend aujourd’hui acte que ce temps est révolu. Mais il reste les souvenirs qu’il a laissés dans nos mémoires, qui continuent de nourrir notre imaginaire et de réchauffer nos cœurs.

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Qu’on soit croyant ou non, qu’on soit chrétien ou non, catholique ou non, aujourd’hui c’est Vendredi Saint ! Et qu’on le veuille ou non, ces mots « Eli, Eli, lama sabachthani? » prononcés en araméen par le Christ crucifié au moment où il expirait sur la croix du Golgotha continuent d’interpeler deux mille ans plus tard!

Image Internet

Ces mots de circonstance signifient : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ils nous questionnent car ce cri de détresse, poussé par Jésus au moment de mourir, c’est encore le nôtre, face au spectacle affligeant d’un monde qui semble se déchirer sous nos yeux!

Ce monde, où la violence et la brutalité priment et semblent prendre le dessus sur tous les standards de civilisation et réduire à néant les tentatives d’instaurer un ordre mondial laborieusement construit au travers de l’ONU depuis plusieurs décennies pour garantir la paix par la collaboration et le dialogue entre les peuples.

L’objectif – apparemment remis en cause actuellement – était d’éviter de reproduire les tragédies des deux conflits mondiaux qui ont endeuillés le siècle dernier! Il est en partie raté…

Les religions, quelles qu’elles soient, ont en principe vocation, à répondre à la quête de sens, de spiritualité et de transcendance qui habite toute personne humaine, consciente de sa finitude. Une quête à laquelle la science, en dépit des prodigieux progrès réalisés des connaissances acquises depuis Galilée, ne saurait répondre et encore moins satisfaire. Mais, ces religions se sont trop fréquemment éloignées de leur raison d’être, en tournant le dos au principe d’universalité bienveillante de leur message et devinrent ainsi, notamment dans l’histoire récente, des motifs de confrontations sauvages et sanglantes au bénéfice de dérives théocratiques et tyranniques.

L’actualité géopolitique du monde démontre en effet quotidiennement que les différentes confessions et obédiences religieuses ont trop souvent substitué au souffle d’espérance qu’elles étaient censées délivrer au monde, un message de plus en plus agressif de haine de l’autre et qu’elles ont servi d’alibi à des guerres de conquête d’influence aux accents génocidaires prononcés.

Ce cri de désespoir du Christ s’adressant à son Créateur demeure donc malheureusement à l’ordre du jour. Aussi, quelle que soit notre vision ou conception de l’au-delà, il doit nous inciter à nous ressaisir collectivement et à restaurer l’ensemble des principes et des valeurs propres à retrouver le chemin de la civilisation et le refus de la barbarie.

Un chemin de civilisation qui passe d’abord par la reconnaissance de l’autre comme un semblable respectable. Comme un prochain que l’on doit considérer au même titre que soi-même!

Un chemin qui en outre doit être fondé sur la tolérance et qui privilégie l’amitié, la fraternité et la collaboration entre les hommes de bonne volonté. Et ce, en lieu et place de la sauvagerie, de la force brutale et de ce qu’on appelle aujourd’hui ‘la radicalité des opinions et des actes ».

Cette « radicalité ». que certains revendiquent fièrement, semble désormais gangrener les sociétés. Elle pousse les peuples à de perpétuelles guerres. Guerres qu’hypocritement on justifie en les interprétant abusivement comme un mal nécessaire pour faire triompher de prétendues « règles » d’un droit qualifié d’international. Lequel masque difficilement les appétits inextinguibles de puissance de certains despotes.

Ces règles ne sont le plus souvent que des prétextes à des conquêtes impérialistes de territoires ou d’espaces voués au négoce. On s’efforce piteusement d’alléguer le droit en procédant à une sorte d’inversion ontologique des valeurs morales qui définissaient jadis notre humanité, son honneur et sa joie de vivre en harmonie avec l’ensemble des espèces vivantes.

C’est en tout cas à cette coexistence pacifique de l’humanité avec la nature dans son acception la plus large, à laquelle nous adhérions jadis et dont nous rêvions. C’est ce que nous avaient enseigné nos pères! Hélas! Nous sommes en train d’oublier ce passé prometteur.

Puisse ce « Vendredi Saint » des chrétiens qui précède de deux jours la « Résurrection » nous fournir l’occasion de prendre de la hauteur et d’entrevoir la suite de l’aventure humaine sur terre, en postulant d’emblée qu’elle ne soit pas bâtie sur un champ de ruines, sur la violence suicidaire et sur la haine des autres!

Peut-on espérer pour demain une autre utopie que la lutte généralisée et incessante « des classes »? Une lutte que d’aucuns ont théorisée autrefois comme un axe de progrès mais qui nous incite à nous entretuer…

Maman

Comme me l’a rappelé ce jour ma sœur Marie-Brigitte, Maman – Adrienne Turbelier épouse Pasquier – aurait eu 103 ans ce 31 mars 2026.

Elle s’en est allée le 6 février 2018 mais elle ne nous a jamais vraiment quittés!

Adrienne dans la cuisine et la salle de séjour de son appartement de Massy ….

….et en recherche d’ancêtres Pasquier dans les registres anciens de l’état civil du Lion d’Angers (49)

Le temps passe mais notre amour réciproque demeure. Son souvenir, ses rires, son humour et son sens de la répartie, sa passion pour le dessin et la peinture, ses attentions à notre égard ainsi que le soutien sans faille qu’elle prodiguait pour ses enfants, quelques que soient les circonstances, continuent de nous inspirer et d’éclairer le reste du chemin qu’il nous reste à effectuer!

En cette période pascale, il faut aussi rappeler sa dévotion pour la Vierge Marie dont elle collectionnait les images et les statuettes sur une étagère de sa bibliothèque familiale.

Une pensée pour elle s’impose aujourd’hui !

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Quelques références à son passage parmi nous, publiés dans ce blog!

Le vin d’Anjou de « Mamie » Adrienne 17 octobre 2020

« Adrienne Turbelier peut voter ! » – « A voté ! » – Angers 1945 – 23 avril 2014

De fil en aiguille ! Vendeuse en mercerie et retoucheuse chez Joudon (1940-1948) 28 mars 2013

SOUVENIRS – 1926-1985 – de Maurice Pasquier 29 septembre 2011

Pour l’honneur de notre mère 17 février 2018|

1923-2023, plus que le temps d’une vie! 28 mars 2023

De la libération d’Angers à la Roche de Mûrs-Erigné: la République renaissante 24 mars 2014

 » Par les quatre horizons qui crucifient le monde …  » 11 mars 2023

Maman est partie sans finir son verre! « 15 septembre 2018

La loi du 9 décembre 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat – aujourd’hui malmenée, dévoyée et détournée voire carrément contredite sous la pression d’une islamisation invasive et rigoriste de la société française – garantit en principe le libre exercice des cultes et prend acte de l’absence de religion officielle au sein de la République Française. Laquelle ne reconnait donc, ni ne salarie ou ne subventionne aucun culte.

Cette loi de 1905 abrogeait donc, sauf pour l’Alsace- Lorraine sous administration allemande depuis 1870, l’ensemble des clauses du Concordat négocié entre Napoléon et le Vatican en 1801 et qui étaient encore d’application au début du vingtième siècle,

Cette loi fondatrice de la « laïcité à la française » visait au moment de son adoption presque exclusivement le culte catholique. Et ce, dans des formes agressives qui, de nos jours, susciteraient l’ire de certaines mouvances politiques extrémistes en recherche de clientèle électorale importée. Lesquelles mouvances, qui pendant longtemps on fait leur miel en « bouffant du curé » et en se déclarant les chantres intransigeants de la laïcité, sont désormais promptes à traiter « d’islamophobes » – autrement dit « raciste » – toute critique des pratiques conquérantes et liberticides de la religion musulmane tiraillée par l’idéologie islamiste.

Ainsi cette loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat stipulait qu’aucune congrégation religieuse ne pouvait se former sans une autorisation légale déterminant les conditions de son fonctionnement. Elle disposait en outre que les biens et les édifices cultuels construits avant 1905 devenaient les propriétés des communes, et les cathédrales, celles de l’État. Cette dernière disposition vécue comme une spoliation par les catholiques nécessitait évidemment que l’on fasse l’inventaire des biens de l’Eglise et c’est ce à quoi s’attelèrent les pouvoirs publics dans le courant de l’année 1906. Il y a cent vingt ans!

1906 : c’est à la fois très loin et très proche, et c’est même d’actualité face à l’islamisation galopante de l’Europe occidentale dont d’aucuns s’efforcent avec obstination de gommer les racines gréco-latines et judéo-chrétiennes. On imagine le tollé que provoquerait une telle procédure d’inventaire, appliquée aux mosquées et au statut des imans rémunérés à partir de sources étrangères!

Dans les provinces de l’Ouest et particulièrement en Anjou et en Vendée, régions encore traumatisées par les guerres fratricides de Vendée sous la Révolution et par les massacres à caractère génocidaire des colonnes infernales perpétrées par les armées de la Convention, un peu plus d’un siècle auparavant, les inventaires requis par la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat furent assez logiquement perçus comme une nouvelle agression de la République contre les traditions cultuelles ancestrales des populations des campagnes, acquises depuis près d’un millénaire à la foi catholique et romaine. Comme s’il s’agissait d’une confiscation pure et simple d’un patrimoine spirituel ! En quelque sorte d’un viol des consciences!

Assimilés à une sorte de profanation de lieux sacrés, ces inventaires ne s’effectuèrent donc pas sans résistance de la part du clergé et des fidèles. Aussi, les autorités publiques chargées de cette tâche furent très souvent contraintes de recourir à la gendarmerie et à l’armée pour effectuer non sans difficulté le recensement des biens.

Ce fut évidemment le cas à Angers, en particulier dans la paroisse de la Madeleine, celle d’une partie de mes aïeux! .

Le jeudi 1er mars 1906, jour prévu pour l’inventaire, les fidèles dont mon arrière grand-père Alexis Turbelier (1864-1942) qui était alors organiste de l’église, se barricadèrent avec leur curé Félix Fruchaud (1857-1954) originaire des Mauges, dans la basilique du Sacré Cœur pour s’opposer à l’entrée des huissiers et de la police.

L’écrivain angevin, décorateur et homme de théâtre René Rabault (1910-1993) a consacré à cet événement un chapitre de son livre « Sons de Cloches » édité en 1976 aux éditions du Vieux Logis. Moi-même dans ce blog, je l’ai évoqué à plusieurs reprises notamment dans un article du 20 février 2020, intitulé « Stigmates d’inventaire »!

Un de mes oncles maternels Albert Turbelier (1924-2023) a également et longuement exploré ces événements dans un recueil *(non publié) sur l’histoire de la basilique angevine de la Madeleine. Il m’avait fait don d’un exemplaire qu’il avait fait relier et qu’il avait rédigé dans les années 1980 à partir des archives paroissiales. Je n’y reviens pas!

Mon propos aujourd’hui, cent vingt ans après les faits est de m’appuyer sur la mise en ligne en décembre 2025 sur le site Internet des Archives Départementales du Maine-et-Loire, d’une étude fort bien documentée, intitulée « Les Inventaires dans les Mauges » de Gilles Leroy, vice président du Conseil départemental du Maine-et-Loire et professeur de lettres retraité, pour m’intéresser au cas particulier de Beaupréau en Mauges, bourg natal d’Eugénie Chollet (1897-1979) -dite Tante Nini – qui était l’épouse de mon grand-oncle Auguste Cailletreau (1892-1975), frère de ma grand-mère paternelle. Le 6 février 2012 dans ce blog, je lui ai d’ailleurs dédié un article intitulé « Nini la Belloprataine ».

S’agissant des inventaires à Beaupréau, voici le récit que fait Gilles Leroy des « heurts violents » qui s’y déroulèrent en février et mars 1906 et dont la petite Eugénie alors âgée de huit ans, fut très probablement témoin:

« En réparation de l’outrage » ils en firent de petits crucifix (10cm sur 5cm) qui devinrent des reliques que chaque famille de la paroisse put se procurer en contrepartie d’une offrande à l’occasion de la cérémonie de réparation organisée dans le mois qui suivit « ce crime ». Ainsi nombreux furent les habitants du bourg à disposer de cette petite croix mémorielle dans leur oratoire privé.

Ces crucifix réalisés avec les chutes de bois des portes de l’église témoignaient à leurs yeux de ce qu’ils vécurent comme un sacrilège mais aussi comme une épreuve douloureuse destinée à tester leur foi.

Au décès de « tante Nini » en 1979 à Angers, ses neveux et nièces durent libérer la petite maison qu’elle occupait rue Locarno près de l’église Sainte Bernadette. Ils découvrirent dans une cassette, cette petite croix en bois qu’elle conservait jalousement depuis 1906. Une croix qui lui avait peut-être été d’un réel secours spirituel pour affronter les malheurs que lui avait réservés la vie, dont le décès de son fils unique en 1937 des suites d’une méningite, et de.deux guerres, dont une où elle avait subi chez elle les affres d’une occupation par l’armée allemande.

Au dos du crucifix, Nini avait écrit la date : 1906!

Au fond, cette croix commémorative des inventaires de 1906 était un des rares trésors qu’elle possédait! Car l’inventaire de ses propres biens ne révéla qu’un très modeste patrimoine. En dehors de quelques photographies, du livret militaire de son défunt mari, poilu d’Orient pendant la Grande Guerre; quelques souvenirs de son fils et quelques vieux livres et cartes postales qu’on lui adressait, elle ne possédait rien d’autre que quelque mobilier récupéré et bricolé par Auguste son époux!

Et quelques objets pieux… C’est tout!

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* Le recueil d’Albert Turbelier relatif à l’histoire de l’Eglise de la Madeleine à Angers n’a été tiré qu’à une dizaine d’exemplaires. Dactylographié, mis en page et relié par Marie-Brigitte Pasquier, ma sœur, il est illustré de nombreuses photographies de l’intérieur de l’église et de son mobilier, réalisées par Maurice Pasquier (1926-2017), mon père.

S’il est un film qu’il faut absolument voir en ce début d’année 2026; c’est celui sorti dans les salles de cinéma au cours de ce mois de janvier 2026 :  » L’affaire Bojarski », un thriller inspiré assez fidèlement d’une histoire vraie. Celle d’un faussaire, qui a défrayé la chronique des prétoires dans les années soixante du siècle dernier.

Réalisé par le scénariste français Jean-Paul Salomé et interprété dans les rôles principaux par des acteurs au talent reconnu et surtout à la crédibilité indiscutable, comme Reda Kateb dans le costume de Bojarski, un fabriquant de faux billets de banque, Sara Giraudeau dans le rôle de son épouse, mais aussi Bastien Bouillon le commissaire de police judiciaire qui traqua Bojarski durant plusieurs années et enfin Pierre Lottin l’ami qui involontairement provoqua son arrestation.

Ce film relate en effet l’histoire un peu romancée de Ceslam Jan Bojarski, cet architecte et ingénieur polonais, officier de l’armée polonaise durant la seconde guerre mondiale, qui après avoir été fait prisonnier et s’être évadé, s’était réfugié en France. Pour survivre après avoir fondé une famille avec une jeune française, il avait mis à profit ses talents d’inventeur mais également ses dons exceptionnels d’artiste et de graveur pour concevoir et imprimer des faux billets de banque, plus vrais que nature, dans le local de jardin de son pavillon de banlieue en région parisienne.

Ensuite, il les écoulait en prenant mille précautions, en faisant croire à son épouse que l’argent du ménage résultait des gains hypothétiques des brevets d’invention qu’il déposait, qui étaient bien réels mais qui ne lui rapportaient rien.

Après son arrestation en 1964, Bojarski fut condamné à une quinzaine d’années de prison dont il sortit en raison de sa bonne conduite au bout de treize ans. Aujourd’hui, il est considéré par la plupart des spécialistes notamment par le directeur du musée de la Fausse Monnaie comme  » le plus grand faussaire du XXième siècle. Il n’a pas été égalé »!

A telle enseigne, que les faux billets réalisés par Bojarski, qui ont échappé à la destruction requise par la justice après sa condamnation, se négocient désormais à prix d’or dans les enchères sur le marché de l’art.

Exception faite des quelques licences poétiques que le réalisateur du film s’est autorisées, cette histoire romanesque de Jan Bojarski ne m’était pas inconnue.

Autant que la mémoire ne me fasse pas défaut, elle m’avait été racontée par la propre fille de Bojarski, Anne, en juillet 1967 alors que nous exercions avec quelques autres jeunes gens de notre âge, un emploi saisonnier dans un village de vacances à Super-Besse en Auvergne.

A la différence du film où Anne apparait en jeune adolescente brune qui assiste effarée à l’arrestation de son père, celle qui fut ma collègue au VVF de Super Besse en 1967 était une jeune fille blonde de type slave. Plutôt jolie. Bon chic, bon genre. Un peu comme dans « La bicyclette » la célèbre chanson d’Yves Montand,  » nous étions quelques bons copains… On était tous amoureux d’elle, On se sentait pousser des ailes…« 

Les circonstances au cours desquelles Anne nous confia l’histoire hallucinante de ce père qu’elle admirait mais qui, à cette date, était encore incarcéré, furent à ce point singulières qu’après plus d’un demi-siècle, elles demeurent gravées dans ma mémoire, comme une expérience unique, nimbée de la nostalgie d’une époque disparue avec nos rêves de jeunesse!

Ainsi, à la nuit tombante d’une belle journée d’été en cette fin du mois de juillet 1967, nous fûmes quelques-uns – trois ou quatre dans mon souvenir dont Anne Bojarski – à décider de gravir les quelques centaines de mètres de chemin de randonnée, qui séparaient le village de vacances installé à flanc de montagne du sommet du Puy du Chambourguet, un volcan éteint du massif du Sancy.

Notre projet ce soir-là était de nous installer dans le creux d’un ancien cratère pour y observer la Voie Lactée sans subir la lumière parasite de la civilisation. Nous espérions voir quelques étoiles filantes, annonciatrices des Perséides du mois d’aout. Sans grand succès d’ailleurs.

Alors que nous étions blottis les uns contre les autres, pour combattre le froid céleste qui nous envahissait, Anne, mue par je ne sais quel besoin de se confier – peut-être motivée par le spectacle grandiose de notre galaxie et le scintillement des milliers d’étoiles – nous fit part du drame qu’elle vivait secrètement, d’un père qu’elle aimait et dont elle demeurait fière, mais qui était en prison.

Pour permettre à sa famille de prospérer normalement dans le monde de liberté qu’incarnait, à ses yeux, la France d’après-guerre, le pays où il s’était réfugié mais qui n’avait pas su l’accueillir à la mesure de son talent et l’assimiler comme l’un des siens, il avait fabriqué des milliers de faux billets de banque …

Photo internet

Aux premiers feux de l’aube, nous sommes redescendus vers la station. Transis mais complices et riches des secrets échangés. Puis fin juillet, nous nous sommes quittés sans jamais nous revoir ni correspondre. Mais sans oublier cette nuit « épique » dans la montagne auvergnate.

Vers la fin des années 90, un des protagonistes de cette aventure – Gérard B. – qui avait retrouvé ma trace, m’avait adressé un message pour me demander si je savais ce qu’était devenue Anne! Je l’ignorais…

Je l’ai ignoré jusqu’à ce jour de janvier 2026, où elle est apparue à la télévision en compagnie du réalisateur du film et de l’acteur principal, censé jouer le rôle de son père!

S’il lui arrive – occurrence improbable – de lire ces lignes, je prie Anne de ne pas trop m’en vouloir car je ne l’ai pas reconnue!

Au travers du vieil homme au souffle court que je suis devenu, elle n’aurait, sans doute pas, elle non plus, retrouvé les traits du visage du jeune adulte de 18 ans qu’elle avait croisé à Super-Besse en 1967.

Se souvient t’elle seulement que, comme tous les autres, il « était un peu amoureux d’elle »? Sans pouvoir préciser aujourd’hui, s’ils ont échangé quelque baiser…

En conclusion, qu’on ait des raisons d’y aller, ou qu’on n’en n’ait pas, il faut voir le film de Jean-Paul Salomé. Près de deux heures de temps suspendu.

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