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Archive for the ‘Souvenirs familiaux’ Category

Des années soixante du siècle dernier, il me revient régulièrement en mémoire, entre autres souvenirs exhumés – Dieu sait comment et surtout pourquoi – de mes « humanités » au lycée David d’Angers, le petit quatrain suivant, un peu abscons, et désormais oublié des élèves, car devenu inutile avec « la Révolution Numérique », la nouvelle Route Nationale du savoir, qui fait tant fantasmer et causer nos politiques en période électorale :

Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages.
Immortel Archimède, Artiste, Ingénieur,
Qui de ton jugement peut briser la valeur ?
Pour moi ton problème eut de pareils avantages. »

Cette ode était généralement associée à un rappel historique bizarre, qu’on se plaisait aussi à répéter :

Les 3 journées de 1830 ont renversé 89 »

Le plus étrange, c’est que ce n’était pas notre prof de français qui nous avait enseigné ces vers, mais le prof de maths, comme moyen mnémotechnique, pour décliner les trente premières décimales du nombre π, (Pi) et pour annoncer son inverse 1/ π sans avoir à le calculer (la division de 1 par un autre nombre avec une virgule est un exercice pénible).

Ainsi, dans le quatrain qui rend hommage à Archimède, il suffit de compter le nombre de lettres de chaque mot, pour approcher « Pi » : Que=3, j=1, aime=4, à=1 etc.

Dans le rappel de la Révolution de juillet 1830, l’inverse de « pi » s’obtient ainsi : « 0, 31830 98 ». Il faut bien sûr trouver le « zéro tout seul » et penser à « renverser 89 en 98 !

Photo internet Canada

Au cours de ma scolarité, je ne fus ni très bon, ni très mauvais en mathématiques.

Sans fausse modestie, plutôt bon que mauvais, mais pas transcendant ! Et c’est ce qui explique sans doute que je ne suis jamais devenu un vrai mathématicien, et que la transcendance ne m’a jamais trop inquiété sauf lorsqu’il s’agissait précisément du nombre « Pi » …qui lui est un nombre « transcendant » !

Pour ceux qui aiment les maths, je rappelle que la définition d’un nombre transcendant est la suivante (selon Wikipédia que je me contente de recopier, comme il l’a fait lui-même d’ouvrages spécialisés) :

« Un nombre transcendant est un nombre réel ou complexe qui n’est racine d’aucune équation polynomiale à coefficients entiers. Comme tout nombre rationnel est algébrique, tout nombre transcendant est donc un nombre irrationnel. »

Intuitivement (!), on sent bien que ça se complique, mais en gros s’agissant de notre fameux « Pi », on peut dire pour simplifier (abusivement) qu’aucune formule, qu’aucune équation, qu’aucun algorithme, même l’ordinateur le plus complexe auquel rêve Benoit Hamon pour supprimer le travail, ne parviendra à fournir une valeur exacte de « Pi », car son nombre de décimales est infini !

Aux dernières nouvelles, les trente chiffres de mon vieux quatrain sont largement dépassés, on aurait aujourd’hui dénombré dix mille milliards de décimales… Et on continue.

Fascinant ! Alors que ça parait si trivial, cette histoire de « Pi »…

N’importe qui avec une règle graduée, une cordelette et, le cas échéant, un compas, peut en faire une mesure approximative : en effet, on a tous appris à l’école que ce nombre était égal au rapport de la circonférence d’un cercle à son diamètre…Quel que soit le cercle, et forcément quel que soit le diamètre, ce rapport est constant ! …

Et ce nombre « irrationnel », qui défie la raison, qui nous échappe et qui nous nargue depuis la nuit des temps, a tracassé tous les mathématiciens depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

Il a colonisé, non seulement, notre bon vieux cercle qui l’a révélé au grand public avec plus d’efficacité mystérieuse qu’une apparition mariale , mais également une grande partie des mathématiques, des probabilités des plus élémentaires aux plus subtiles, des algèbres ou des géométries les plus abordables comme notre respectable euclidienne, jusqu’aux plus complexes.

Partout, il pointe régulièrement le bout de son nez…En physique aussi, sa présence est incontournable, de la mécanique classique où il contribue prosaïquement à expliquer et à formaliser le fonctionnement d’une poulie ou à comprendre le cheminement des ondes sinusoïdales sur notre bassin d’agrément, jusqu’aux monuments conceptuels les plus élaborés comme la relativité einsteinienne ou la mécanique quantique !

Albert Einstein lui-même a eu la bonne idée de naitre le troisième mois de l’année (1879) le 14… « 3,14 » !
Est-ce la raison pour laquelle, le « 14 mars » est désormais la journée internationale des mathématiques, le « Pi-day » ?

Le grand « Albert » aurait 138 ans!

 

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Il m’aura fallu patienter plus d’un demi-siècle pour apprendre l’existence d’un certain Jehan Gelée, né, semble-t-il, en l’an de grâce 1495, quelque part en Gâtine poitevine dans les environs de Parthenay, de Saint-Pardoux ou de Soutiers…

Photo Site officielCommune Mazières en Gâtine

Ph. Site mairie Mazières-en-Gâtine

Ce que je sais de lui est très sommaire ! A vrai dire, presque rien, hormis deux précisions: la première, triviale, eu égard à sa date de naissance, c’est qu’il a vécu sous les règnes de Charles VIII, de Louis XII et François 1er entre 1495 et 1547, et la seconde, forcément plus déterminante pour moi, c’est qu’il est mon lointain aïeul ! Et, même, au hit-parade de mes ancêtres, le plus ancien d’entre eux, à ce jour identifié !

Le fait qu’il soit né, trois ans à peine, après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, donne le vertige, surtout si l’on prend conscience que quinze générations et un peu plus d’un demi-millénaire nous séparent…

Je ne suis pas l’inventeur de cette découverte. C’est à ma cousine, « Rose l’Angevine » qu’il faut attribuer cette bouleversante révélation, récemment exhumée des archives ! Ainsi, sans crier garde, surgit du fond des siècles, un inconnu dont j’aime à croire qu’il me ressemblait comme un frère…ou peut-être pas du tout !

En tout cas, quelqu’un avec lequel je suis censé partager quelques gènes. Sans l’obstination de « Rose » une fidèle habituée de mon blog, il est certain que j’aurais vécu le reste de mon âge sans me préoccuper un seul instant de ce Jehan poitevin… Il faut dire que rares sont ceux, qui, dormant depuis des lustres dans les registres d’état civil ou paroissiaux parviennent à se soustraire aux enquêtes quasi-policières de Rose, une des généalogistes les plus averties du Grand Ouest du royaume de France, et même des provinces de la Nouvelle France. Nombreux en revanche, sont ceux qui cherchent à s’attacher bénévolement ses services pour dessiner les arbres de leurs ascendances et de leurs cousinages, jusqu’aux limites ultimes de la grouillante et mystérieuse canopée ! J’ai ce privilège.

Bref, sans elle, je n’aurais jamais imaginé ma filiation directe avec ce diable d’homme, ce Gelée, miraculeusement sauvé de notre amnésie collective et rappelé dans nos foyers, bien que refroidi depuis des temps immémoriaux…Je n’aurais jamais su que ce lien familial qui nous oblige désormais, emprunte les quartiers de roture de ma grand-mère maternelle, Adrienne Venault (1894-1973) et de sa mère Clémence Fradin (1861-1931), toutes deux poitevines deux-sévriennes, que j’ai abondamment évoquées ici, il y a quelques années…

Et, le plus étonnant en cette affaire, c’est que cette chaîne généalogique ascendante – mi agnatique ou patrilinéaire et mi-cognatique – dont Rose m’a fourni les principales clés, en reconstituant une série ininterrompue d’ancêtres sur les cinq derniers siècles en Poitou, a permis de retrouver, en prime, dans la poussière des vieux grimoires, quelques autres personnages singuliers, parties prenantes de ma lignée, et également ignorés jusqu’à maintenant, mais qui ne correspondent pas tout-à-fait au profil des humbles manants ou des artisans pauvres qui peuplaient presque exclusivement hier les rameaux les plus élevés de mon arbre généalogique…

Ainsi, un arrière-petit-fils de Jehan Gelée, Anthoine Allonneau, un autre de mes aïeux au douzième degré – né en 1600, et « marchand » de son état était propriétaire avec son épouse, du domaine de la Bazonnière qui relevait de la seigneurie de Saint-Pardoux dans la Gâtine parthenaisienne, et dont les traces figurent encore sur le cadastre « napoléonien » établi en 1837 pour la commune de Saint-Pardoux (79)…

la-bazonniere-section-b-cadastre

La Bazonnière cadastre de Saint-Pardoux section B -AD 79

Mieux encore, son fils François Allonneau (1630-1690), héritier de la Bazonnière et de ses dépendances, exerçait la charge de notaire du duché de la Meilleraye. Notaire seigneurial et probablement royal par délégation, c’était certainement un notable local incontournable et redouté, car du fait de sa fonction consistant à dresser des actes de vente, d’héritage ou de contrat de mariage et à en garantir l’authenticité dans le ressort de la justice ducale, il devait jouir d’une connaissance assez précise du patrimoine des uns et des autres, et jouer un rôle appréciable dans les alliances entre les familles…

Sans être nécessairement richissime, car le nombre d’actes sur lesquels il prélevait son timbre devait être à la mesure de la richesse locale, François Allonneau disposait au moins des moyens de sa charge et de son office, et devait figurer parmi les familiers et les relations d’affaire du duc. Certainement pas parmi ses intimes, car il n’appartenait pas à la grande noblesse.

Watteau 1664- notaire établissant un contrat de mariage

Watteau 1664- notaire rédigeant un contrat de mariage

Durant la période où François Allonneau exerça sa charge de notaire, le seigneur des lieux, Charles de la Porte (1602-1664) était loin d’être un nobliau provincial anonyme. Il possédait sa chaise à la cour de France, en l’occurrence à celle de Louis XIII d’abord, dont il était d’un an le cadet, puis à celle de Louis XIV sur lequel il exerça une certaine influence presque paternelle au début de son règne….

Issu d’une famille poitevine de haut lignage, Charles était cousin du cardinal de Richelieu. En un temps, où le cumul des mandats ne soulevait aucune émotion – le bon peuple n’ayant guère le loisir de nourrir des états d’âme à propos de la gestion des affaires publiques – le « patron » de François Allonneau trustait allègrement les titres, les fonctions et les distinctions.

Qu’on en juge : ce grand aristocrate fut, à la fois, marquis puis duc de la Meilleraye en Poitou, duc de Réthel, baron de Parthenay et de Saint-Maixent, comte de Secondigny, seigneur du Boisliet, de la Lunardière, de la Jobelinière, de Villeneuve. Il fut en outre nommé lieutenant général de Bretagne, grand maître de l’artillerie de France, lieutenant général des armées du roi, pair de France, gouverneur de Nantes et de Port-Louis, et pour couronner le tout, le roi l’éleva à la dignité de maréchal de France, en remerciement sans doute de ses actions héroïques et de ses faits d’armes pendant la guerre de Trente ans.

Charles de la Porte

Charles de la Porte

Mais le duc n’était pas seulement un soldat avisé, il s’intéressait aussi au nerf de la guerre, l’argent, et pour ce motif, il fut nommé surintendant des finances en 1648… Sur son portrait d’époque, son teint blafard et son visage émacié donnent l’impression que l’homme est un peu las… On comprend pourquoi!

On peut néanmoins penser que les compétences du duc en matière financière influèrent certainement sur les relations qu’il entretint avec ses vassaux dans ses terres poitevines, en particulier avec son notaire, qui fut peut-être aussi son informateur sur l’état moral du duché…On ne serait pas étonné que les deux hommes, bien qu’ayant conscience, conformément à l’étiquette, des distances à respecter du fait de leurs différences de condition, aient su nouer des rapports de confiance, réciproques dans la gestion des biens… Réciproques mais forcément inégalitaires!

Le contraste est en tout cas saisissant entre la fortune présumée et l’aisance sociale de ce François Allonneau, et la modestie de la condition, deux siècles et demi plus tard, de ses descendantes, mon arrière-grand-mère Clémence Fradin, garde-barrière de la compagnie de chemins de fer, Paris-Orléans, veuve d’un poseur de voies, tué par un train, et ma grand-mère maternelle Adrienne Venault, contrainte pour gagner sa vie de vendre ses services comme domestique puis cuisinière, chez des bourgeois de la région, dès l’obtention de son certificat d’études !

Que s’est-il donc passé dans ce laps de temps qui explique cet appauvrissement progressif – ou brutal – de cette famille, la mienne en partie, au cours des décennies qui ont suivi l’époque « solaire » des Allonneau? Plusieurs explications peuvent être avancées, mais les pistes pour les confirmer font défaut. La révolution française qui a rebattu les cartes et détruit des patrimoines fut-elle un facteur décisif? Ou bien la dispersion des héritages, ou encore des retours imprévus de fortune à la suite de mauvais choix de certains héritiers au fil des générations? Nul ne le sait…

La réponse se trouve peut-être dans la consultation de milliers de pages malaisées à décrypter des minutes notariées, collectionnées au cours de cette période critique. Beaucoup, sont désormais consultables dans les dépôts départementaux d’archives… Mais, à moins d’une trouvaille rapide, qui fournisse d’emblée les réponses attendues, la tâche exige l’abnégation studieuse d’un bénédictin, à laquelle je ne saurais me résoudre!

Peut-être qu’un jour, cette énigme, d’importance toute relative, trouvera néanmoins une réponse crédible, par la grâce d’un robot paléographe qui, en moins de temps qu’il n’en fallut pour initier le big-bang, déchiffrera des milliers d’écrits pertinents et de charabias dialectaux, en analysant parallèlement la composition chimique des parchemins et en interprétant les empreintes génétiques laissées par les tabellions sur les vélins de ces temps-là !

Mais, dans l’attente de cet avenir robotique radieux, alors que moi-même, j’aurai probablement rejoint la masse des archives dormantes en attente d’un hypothétique réveil généalogique, il me faut conclure…

Bien sûr, tout le monde rêve un jour ou l’autre, d’épingler à sa galerie d’ancêtres, des chevaliers compagnons de Saint-Louis partant en croisade contre les sarrasins, ou espère se revendiquer, preuve à l’appui, du courage monastique des chevaliers teutoniques !

Pour l’heure, Rose l’angevine ne m’a fourni pour ancêtre ultime, qu’un seul ressortissant poitevin de la fin du quinzième siècle ! Un seul parmi les 32768 ancêtres directs putatifs, dont je devrais me prévaloir au quinzième degré de mon arbre… Beaucoup moins en réalité, car du fait des croisements de cousinages, un nombre appréciable porte sur sa seule tête, le poids de plusieurs aïeux.

Jehan est seul sur son rameau. Je m’en contente, et m’en satisfais ! Disons qu’étant identifié – autrement dit « mesuré » au sens de la théorie quantique – il est l’unique homme de son époque qui atteste de la réalité de ma filiation. Tous les autres sont demeurés virtuels, et doivent être regardés comme des possibilités qui ne se sont jamais réalisées…Un peu comme une fonction d’onde en mécanique quantique, qui ne rend compte de la réalité physique du monde, qu’à la condition de préciser le contexte métrologique qui a permis de lui donner chair et d’admettre qu’elle n’a pas d’existence propre indépendamment de l’observateur.

Si l’expérience était réalisable, je ne serais pas surpris de découvrir ma très grande proximité génétique avec ce Jehan! La même en toute hypothèse, que celle que j’entretiens avec Saint-Louis et ses compagnons de croisade, avec les chevaliers teutoniques et même avec les sarrasins qu’ils combattaient…

A quoi bon alors s’échiner à rechercher plus avant d’autres aïeux, alors que la grande saga du désir ou de l’amour – ou plus prosaïquement de l’instinct de survie de l’espèce – conjuguée aux lois de la génétique nous désignent tous comme des enfants de Jules César, de Charlemagne et de Vercingétorix ?

Certes! Mais, le plaisir réside dans l’identification besogneuse du balisage et des écueils parsemant le chemin emprunté par les générations qui nous ont précédés, pour nous transmettre la vie! C’est cette recherche qui est passionnante en soi, et c’est ce qui explique notre acharnement et notre émotion à nous abîmer les yeux, des heures durant, sur des écrans affichant des archives publiques numérisées ! Autrefois dans les mairies, on pouvait en plus effleurer le papier et en respirer l’odeur! Aujourd’hui, on l’imagine…

 

 

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Admirer la Dordogne des rives de La Roche Gageac, c’est un rituel auquel on ne saurait se dérober! Mais ce ne fut jamais une routine. On a beau, depuis plus de quarante ans, repasser sans cesse à cet endroit, en toutes saisons, le panorama suscite toujours le même émerveillement, éveille toujours de nouveaux rêves et désormais ressuscite, mieux (au moins autant) qu’en tout autre lieu du Périgord Noir, le souvenir de ceux qui ne sont plus!

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Le gitan qui vendait ses paniers sur le quai dans les années quatre-vingt, jusqu’à parfois accrocher sa production aux grilles du monument aux morts, n’est plus là depuis longtemps. Et, non plus Mimi, notre demoiselle, tantine sautillante à talons hauts qui portait un béret pastel à la manière d’un chasseur alpin, et qui l’interpellait familièrement! Mais, au cœur de l’hiver, ils continuent de hanter l’esplanade surplombant la rivière, profitant sans nul doute du calme et du silence de la nature pour reprendre leurs quartiers d’antan. C’est le temps où les souvenirs peuvent s’épancher et se manifester sans entrave avant la furie touristique de l’été.

Les anglais d’avant le Brexit viendront sans doute encore. Progressivement ils prendront de l’âge et se presseront moins nombreux…Ceux d’après en auront désormais moins l’occasion! Mais, à la belle saison, les eaux de la Dordogne continueront néanmoins d’accueillir des aventuriers en sandales pour une croisière en gabarres jusqu’à Castelnaud-la Chapelle ou Beynac à la recherche improbable de la légendaire carpe, qui narguait les pêcheurs de l’avant dernier siècle…

Des nuées de canoës descendront la rivière, tandis que leurs occupants distrairont le temps concédé par une navigation facile, en mitraillant avec leurs Iphones ou Smartphones à tout faire, y compris et surtout des selfies, leurs propres bobines hilares dans le décor des collines riveraines coiffées de leurs châteaux féodaux, dont ils diffuseront immédiatement les images dans l’Europe entière. D’autres, moins aventureux ou plus botanistes musarderont à travers les ruelles à flan de rocher de la Roque, admiratifs du jardin tropical, éteint à la morte saison, avant d’aller se restaurer à la Plume d’Oie d’un menu périgourdin rapporté des brumes nordiques mais plus vrai que nature! A moins qu’ils ne préfèrent un autre bistrot moins coûteux.

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A coup sûr, l’imperturbable Dordogne continuera de rouler ses ondes impétueuses, sans se soucier de nos états d’âme… Immuable et irremplaçable reliquaire, elle évoque pourtant tant de moments précieux de notre jeunesse, et de joies simples et familiales dans ce lieu aujourd’hui déserté, si propice à la nostalgie…

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Il est encore temps d’en profiter avant que des ruées de touristes ne viennent troubler la quiétude de l’endroit dès les premiers vols d’hirondelles dans les charmilles des cafés du bord de l’eau. Pour l’heure, j’aime regarder vers l’amont, plus secret et sauvage.

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Evidemment, en pleine campagne électorale des « présidentielles », période privilégiée où chacun de ceux qui sollicitent nos suffrages, s’évertue à montrer l’universalité de son programme et de ses engagements, mon propos du jour, par sa banalité, frôle l’anachronisme ! Pour être franc, il parait même un peu fade voire carrément décalé, presque impudent, quand d’autres déclament Jaurès et Aristide Briand et dissertent savamment sur les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat et les valeurs de la République!

Comment, dans ces conditions, oser mobiliser toutes les ressources qu’offre de nos jours, la technologie numérique, pour simplement évoquer la mémoire d’un pauvre gars, domestique agricole de son état, décédé, sans doute accidentellement, il y a cent-trente-trois ans, jour pour jour, dans une métairie située au lieu-dit  » La Fougueleraie » du village du Ménil, riverain de la Mayenne, et dépendant historiquement de la province d’Anjou?

Transcription de l'acte de décès sur le registre de Saint-Martin-du Bois (49)

Transcription: acte de décès sur le registre de St-Martin-du Bois (49)

En fait, s’il fallait rechercher un soupçon – une aune – d’universel dans le destin tragique d’Henri Joseph Coltreau (1863-1884), manifestement brisé à l’âge de vingt-et-un ans au domicile de son patron, le sieur « Houdin », ce ne serait guère qu’es qualité de porte-drapeau décrété de ces millions d’anonymes qui, les deux pieds dans la glèbe, ne laissèrent jamais d’autre trace de leur passage sur notre planète bleue, que quelques lignes sur les registre des naissances ou des baptêmes de leur village d’origine, quelques-unes supplémentaires lorsqu’ils se mariaient, et pas plus de quinze pour signifier qu’ils ont définitivement pris congé des plaisirs de la vie.

Ces gens-là ont tout simplement vécu, souvent durement, puis sans chichi, s’en sont allés, évaporés vers un monde « meilleur », un insondable ailleurs à propos duquel toutes les spéculations sont possibles…Pour la plupart, on ne sait plus rien d’eux, même pas qu’ils furent des nôtres…

Je suis donc conscient que cet article sur cet ignoré de l’Histoire, ne saurait susciter qu’un intérêt poli auprès de ceux qui pourraient se réclamer d’un cousinage lointain avec cet Henri Joseph Coltreau. Il est en revanche improbable que, par là, je fidélise un quelconque lectorat au-delà du périmètre familial de l’intéressé, au demeurant assez flou, et auquel – pour être juste – il faudrait tout de même associer tous les accros de la généalogie! Ces bénévoles des vieux grimoires, qui adoptent avec empathie, tous les trépassés auxquels ils rendent visite. Les disparus des écrans radar, qui depuis des décennies, sont terrés dans les registres d’états civils ou religieux, désormais numérisés, retrouvent ainsi une famille!

On ne dira jamais assez toute la reconnaissance que l’on doit à ces soutiers de l’Histoire, qui déchiffrent avec opiniâtreté des milliers de pages souvent illisibles pour nous restituer les grandes dates jalonnant l’existence de nos parentèles ! Personne ne sait si ces ancêtres, invités chez nous, l’espace d’un clic, et sollicités pour franchir le Styx à rebours du temps, apprécient cette résurrection aussi inattendue qu’imposée mais qui les exhume de l’oubli. Qui sait s’ils nous sont gré de ces recherches, qui, parfois, permettent d’entrevoir des aspects de leur biographie qu’ils avaient préféré taire de leur vivant !

Je le confesse, il m’arrive de me livrer avec délice à cet exercice généalogique et de parcourir les siècles à contretemps en quête d’ancêtres prestigieux ou atypiques, et de goûter la découverte d’un rameau jusqu’alors inconnu sur un arbre partiellement reconstitué et multiséculaire…

C’est ainsi que Henri Joseph Coltreau m’est apparu par hasard au détour d’un registre d’état-civil  de son village natal de Saint-Martin-du Bois en Haut-Anjou… En fait, je m’intéressais à sa mère et sa grand-mère, mes aïeules au quatrième et cinquième degré. Ainsi, ce jour-là, je découvris à la fois son existence et sa disparition à quelques kilomètres de là, plus au nord , au village du Ménil en Mayenne… Et surtout, je m’aperçus que cet humble personnage dont aucun ancien ne m’entretint jamais, était tout simplement l’oncle de ma grand-mère paternelle, Marguerite Cailletreau, épouse Pasquier, et de ses deux frères Auguste et Joseph auxquels j’ai consacré ici plusieurs articles…

Henri Joseph Coltreau était donc le frère cadet de mon arrière-grand-père Joseph Pierre Cailtreau (1859-1946) … Et, par une sorte de facétie résiliente imputable probablement à l’érudition très relative des secrétaires de mairie de l’époque, le « nom de famille » des deux frères n’étaient pas tout-à-fait semblable… Cette étrange instabilité du nom patronymique s’est d’ailleurs perpétuée et fut transmise à la génération suivante, avec toutefois un moindre écart phonétique, mais elle devint récurrente, jusqu’à affubler la même personne d’un nom orthographié différemment au cours des différentes étapes de sa vie administrative !

Peut-être parce qu’il a disparu bien avant la naissance de ma grand-mère en 1897 et qu’il ne figure – en première approximation – dans aucun des registres de nomenclature militaire des départements du Maine-et-Loire ou de la Mayenne, Henri Joseph Coltreau fut totalement effacé de la mémoire familiale, si ce n’est dans la survivance de certains prénoms qui semble l’évoquer insensiblement mais implicitement …

C’est sûrement de la sorte que fut certainement ponctuée pendant des millénaires, l’existence des « damnés de la terre », des serfs et autres vilains attachés à leur maîtres, sans autre événement notable à leur créditer et de mention à signaler sur les registres, que leur date de naissance et celle de leur mort, assortie, s’agissant de cette dernière d’une indication sommaire sur leur profession de « domestique » ou de « journalier »… Exploités de la terre, avant de devenir ceux de l’industrie, ils sont maintenant victimes de l' »ubérisation » de la société!

Et dire que nos modernes technocrates voudraient présenter comme un indice de progrès et de modernité, l’abandon des quelques garanties péniblement acquises par ces anonymes paysans et ouvriers au cours du dernier siècle, en compensation de la misère millénaire de leurs ancêtres…

Le jeune Henri Joseph Coltreau devait appartenir à la catégorie de ces paysans pauvres et sans terre, dont la survie au quotidien – surtout en Anjou – était subordonnée au bon vouloir de ces riches aristocrates légitimistes retirés dans les campagnes de l’ouest après la chute de Charles X. Ça sentait bon le parfum des histoires édifiantes de la comtesse de Ségur! Mais seulement, pour ceux qui étaient admis au château, sans avoir à se plier aux caprices des seigneurs. Les autres, affectés au service dans les offices des châteaux ou des demeures cossues des bourgs, étaient invisibles!

On dit – c’est tout ce qu’on sait de lui – qu’Henri Joseph Coltreau est mort au petit matin du 15 janvier 1884 – comme en attestèrent les deux témoins qui se présentèrent devant le maire – quasi-héréditaire – du Ménil, Edmond-Marie-Zozine de Pontavès, comte de Sabran (1841-1903), propriétaire du château de Magnanne.

Château de Magnanne

Château de Magnanne au Ménil 

Maigre empreinte à commémorer en cette date anniversaire d’une vie écourtée dont, même le souvenir s’était perdu ! Pour autant, on n’en écrira pas plus, de peur de le trahir. Son nom au moins parcourra le monde.

Avec une bêche à l’épaule,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à l’âme, un grand courage,
Il s’en allait trimer aux champs!

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terr’, creuse le temps!…. (Georges Brassens)

 

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Il y a belle lurette que, sous l’égide du Gui-l’an-neuf, la jeunesse d’Anjou ne parcourt plus bruyamment les rues des villes et des villages au soir de la Saint-Sylvestre pour quémander joyeusement des étrennes ! On dit même que cette tradition d’origine celtique et druidique aurait été bannie par les autorités constituées au dix-huitième siècle, en raison des débordements scabreux et des désordres que parfois elle suscitait, tous sexes confondus!

au-gui-l-an-neuf

Déjà en ce temps-là, alors même que la fête se déroulait sous les auspices de Saint-Sylvestre, le bourgeois replet n’appréciait guère qu’on vînt troubler sa quiétude digestive en braillant sous ses fenêtres, tenant d’une main un rameau de gui, et enlaçant de l’autre, une délurée encanaillée en jupons défaits ! Laquelle, aux dires des rapports d’époque rédigés, après coup, par des pisse-froids de toutes observances, se tortillait inconvenante en hurlant comme une poissonnière !

C’était bien longtemps avant que les canettes de bière et les bouchons de Champagne, substituts modernes du gui d’antan – et beaucoup plus enivrants sinon envoûtants que l’arbrisseau épiphyte – ne jonchent les pavés des Champs Elysées parisiens sous l’œil vigilant et soupçonneux des polices antiterroristes, désormais omniprésentes… C’était avant que les fêtes dites « de fin d’année » ne se transforment en débauches de victuailles en provenance des quatre coins de la planète et qu’on se délecte à pleines bourriches d’huîtres non laiteuses, triploïdes et stériles, nées en écloserie des œuvres scientifiquement contrôlées de super-mâles ostréidés !

Il y a un siècle tout juste, les agapes du réveillon des poilus qui avaient survécu à Verdun ne comportaient ni huîtres, ni foie gras, ni gui pour égayer les tranchées – faute d’arbres encore debout pour lui servir de support – mais dans sa grande bonté, le général en chef des armées agrémenta la « ration ordinaire » du 1er janvier 1917 de quelques compléments gratuits : cent grammes de jambon épaule de porc, deux biscuits secs, cent-vingt-cinq centilitres de gros rouge en sus des allocations journalières,  une bouteille de Champagne pour quatre soldats, un cigare à dix centimes par tête de pipe et deux oranges! De quoi faire bombance pour tenir presque deux ans encore avant la fin de la mal nommée  « Der des Der ».

Petit Courrier d'Angers - 31 décembre 1916.

Petit Courrier d’Angers – 31 déc. 1916.

Plus récemment, quelques années avant 1968, je me souviens qu’on décorait encore de branches de gui – symbole d’éternité et d’immortalité chlorophyllienne au cœur de l’hiver – les murs du foyer des jeunes de La Madeleine à Angers, où nous faisions la fête jusqu’à plus soif et jusqu’à l’aube de la nuit du Nouvel An…

Autant que ma mémoire m’en rende fidèlement compte, les vœux allaient bon train et les embrassades itou! En toute innocence dans l’attente des slows de fin de soirée trop arrosée, et désormais passés de mode, où nos corps adolescents non encore pervertis par les parfums, se frôlaient sans avoir l’air d’y toucher, tandis que « tombait la neige » et que nos mains s’attardaient «sur leurs hanches » consentantes!  La symbolique du gui nous échappait sûrement. Bien plus tard, nous apprîmes que cet étrange végétal toujours vert, qui résiste au temps et aux frimas, n’est en fait qu’un parasite ! Pas de quoi, en effet, en faire un précepte de vie.

Le gui n’est plus vraiment de la partie de nos jours, hormis dans les jardineries comme un élément de décor, mais la tradition de la fête se perpétue pour ouvrir l’an neuf … En vrai ou par procuration à la télé quand les copains ont disparu dans les méandres fangeux de nos propres histoires ! Les vœux survivent, machinalement, civilement et officiels…

Pour ma part, c’est en parler de chez moi, d’Anjou de mes origines, que j’adresse mes souhaits à ceux qui voudront bien lire ces lignes. Et de surcroît, en empruntant quelques strophes à un rimiau d’Emile Joulain (1900-1989) – alias « L’Gars Mile » – un poète patoisant de la basse vallée de l’Authion, un affluent de la Loère.

Le Gars'Mile

                            L’Gars’Mile

Dans cette langue, brute de terroir, avatar d’une langue d’oïl rabelaisienne, qu’il maîtrisait à la perfection,  le mazeiais Emile Joulain sut transmettre toute la palette des émotions humaines. Point n’est besoin, alors, de traduire quoi que ce soit, sauf à sa manière, s’agissant de l’indicible! Chacun l’imaginant de la lucarne de sa grange ou de la fenêtre à meneaux de sa gentilhommière.

Voilà pourquoi la littérature populaire d’Anjou, revisitée par  » L’Gars Mile » se prête à merveille au rituel des vœux de Nouvel An. Le sens général s’impose d’emblée, mais plusieurs interprétations en précisent la couleur et sont toujours possibles! Des vœux ouverts en quelque sorte, dans une tonalité d’ensemble où la nécessité du dialogue entre les hommes apparaît primordiale. Exigence intemporelle si inaboutie!

Plus quarante ans après avoir été rédigés, les quelques vers qui suivent, issus d’un rimiau intitulé « On s’cause », demeurent, à ce titre, d’une ardente actualité.

Dans tout l’village à la ronde, ceuss’,s qu’ont voéyagé l’diront. En ville, i’s mont’raient su’ l’monde, sans mêm’ lui’ dir’  « Gâr te’ don’ ! ». Nous, on n’a guèr’ d’instruction, On n’le fait point « à la pose », Mais enter’nous, nom de nom, On s’cause !

…..

Vaut-i pas bein mieux s’entend’e, mêm’ si n’on a point l’mêm’ nom? Ça s’ra-i’ pa mieux, j’vous d’mand’e, l’jour où qu’lés homm’s s’entendront? Où qu’tous ensemb’e i’s diront:  » J’sarvons tertous la mêm’ cause; sans mitrailleus’s, ni canons, On s’cause! »

Tout est dit, souhaité et espéré! Y a plus qu’à se forger ses propres, bonnes ou moins bonnes, résolutions…Très bonne année 2017 à tous ! « Forcément, on les aura ». En tout cas, nous les queniaux devenus cacochymes et égrotant, nous le croyions, dur comme fer.

A nous, l’hiver désormais!

Fin décembre dans l'Essonne

Dans l’Essonne, le 31 décembre 2016

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Au début des années soixante du siècle dernier, messieurs Brun et Dabin, deux de nos mythiques profs – en l’occurrence d’allemand – au Lycée David d’Angers d’Angers, n’usaient pas de circonvolutions ampoulées voire d’hypocrites circonlocutions à la manière de notre « moderne » ministre de l’éducation nationale pour évoquer Noël… Ils disaient tout simplement Noël pour parler de Noël, mais en allemand:  » Weihnachten » ! Comme tout un chacun…

C’était une époque où l’on osait encore appeler « un chat », un chat, et prononcer le mot « Noël » sans encourir l’accusation suprême de xénophobie. La notion de laïcité n’était pas tiraillée dans tous les sens. Elle n’était pas encore à géométrie variable pour servir des intérêts partisans. On pouvait parler de coutumes ancestrales sans se demander si, par là, on ne « stigmatisait » pas ceux qui croient en un autre ciel que celui des chrétiens…On pouvait même se gausser sans complexe des superstitions en tous genres ou développer des phobies antireligieuses sans être immédiatement taxé de raciste et craindre les foudres de la bien-pensance…

Mais, on a beau être mécréant et laïc jusqu’au bout des orteils – et c’est mon cas – Noël n’est pas qu’une « belle fête » ordinaire pour reprendre la ridicule mais « prudente » expression euphémique de la ministre au sourire carnassier, c’est d’abord l’expression d’une tradition fortement ancrée dans l’histoire de notre pays et de l’Europe.

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Y a pas de loup! C’est en fait la métaphore christianisée d’une promesse de renouveau de la nature après le solstice d’hiver alors que la lumière se fait naturellement rare. Noël au fond ce n’est peut-être rien d’autre qu’un élément de culture liée à notre environnement, dont l’importance ne se mesure vraiment que dans les zones climatiques où les saisons se différencient clairement. Mais c’est aussi l’incarnation d’un modèle de civilisation qui rend grâce à l’esprit de famille, et qui place l’homme et la femme, dotés de droits imprescriptibles au centre de l’Histoire. Autant de facteurs explicatifs qui d’ailleurs ne sont sûrement pas indépendants entre eux.

Il serait par conséquent dommage de devoir y renoncer au nom d’une sorte d’œcuménisme attrape-tout, faussement moralisant et souvent culpabilisant, dont on perçoit bien les limites et dont on sait qu’il peut parfois nous conduire à la barbarie. Peu importe que le mythe de Noël en tant que tel soit nié par naïveté, ingénuité incongrue ou myopie coupable de la ministre, voire par sectarisme provocateur ou bêtement par inculture, la promotion par effet de miroir d’une contre-culture moyenâgeuse par une responsable politique est dangereuse. Dans le cas d’espèce, c’est même carrément irresponsable pour qui veut « rassembler », car la banalisation/disparition de Noël dans des vocables génériques sans mémoire et sans contenu, porte atteinte de facto à notre roman national et européen ainsi qu’aux rites laïcs ou confessionnels qui le structurent depuis la nuit des temps! Roman constitutif d’une Nation, contre lequel, il est vrai, l’ambitieuse jeune femme s’insurge régulièrement! A tort, évidemment.

Pourtant, c’est précisément au nom de cette conception humaniste de l’Europe et de notre histoire, à laquelle l’ouverture d’esprit de nos profs d’allemand d’autrefois nous a permis d’accéder , que mon ultime billet d’avant réveillon 2016 est dédié aux Noëls de tradition allemande!

A cette Allemagne d’Hansel et Gretel, de l’intelligence, des lumières et de la sensibilité, qui, sans qu’on en prenne conscience, a influencé notre imaginaire enfantin et entretenu subtilement, la légende de nos propres veillées et réveillons familiaux…

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Moins de vingt ans après les crimes du nazisme, nos profs d’allemands nous enseignaient les arcanes complexes de la langue allemande en nous faisant entonner dans la langue de Goethe ou de Heine, des chants traditionnels comme « Stille Nacht, Heilige Nacht » ou encore « Oh Tannebaum« ! Mais, dans le même temps, ils nous faisaient aussi découvrir les grands poètes et philosophes germaniques, au travers des textes commentés de la collection « Deutschland » de L. Bodevin et P. Isler « pour l’enseignement du second degré »

Voilà l’Allemagne que nous aimons, celle délivrée des démons nazis et du joug soviétique, réunifiée en 1990, celle des collines romantiques de la Rhénanie-Palatinat jusqu’aux landes et forêts du Brandebourg, celle du Danube bavarois au septentrional Schleswig-Holstein ou à la Poméranie…Celle enfin d’Emmanuel Kant (1724-1804) et de sa critique de la raison pure. C’est cette Allemagne de la culture et de la diversité, qui vient d’être frappée par la sauvagerie islamiste en plein cœur de Berlin, près de l’église du Souvenir !

Et, c’est avec cette Allemagne là, généreuse et meurtrie, que nous voulons fêter Noël! Et avec laquelle nous sommes solidaires.

Mieux qu’un long développement, on se contentera, quelques décennies après les avoir étudiées en classe, de citer, en hommage aux victimes berlinoises et à leurs familles qui, plus jamais, ne fêterons Noël joyeusement, quelques lignes d’ambiance de l’écrivain et poète allemand Hans Theodor Woldsen Storm (1817-1888) :

Théodore Storm (1870)

     Théodore Storm (1870)

« Endlich ertönt der Klang der silbernen Glocke. Wir stürzen die Treppe hinunter, die Flügeltüren fliegen auf, wir treten ein, jung und alt. Ein starker Duft von Tannen, brennenden Lichtern und braunen Weihnachtskuchen schlägt uns entgegen – und da steht er, der brennende Baum, im vollen Lichterglanz…

Mein Bruder ...

Mein Bruder setzt sich ans Klavier und stimmt leise an: « Stille Nacht, heilige Nacht.Wir singen alle mit » stimmen ein. Das Weihnachtslied ist verklungen, wir stehen um den Baum und lassen die Wunder der Weihnacht still auf uns wirken. Vater führt, wie immer, unsere Mutter zuerst zu ihren Gaben, die geheimnisvoll umhüllt sind. » 

« Enfin, le son de la cloche d’argent retentit. Nous nous précipitons dans les escaliers, les portes doubles volent, nous entrons, jeunes et vieux. Une forte odeur de pins, de bougies allumées et d’un brun gâteau de Noël nous frappe – et là, se tient l’arbre brûlant, en pleine flambée de lumière….

….Mon frère est assis au piano et entonne doucement: « Douce Nuit, Sainte Nuit ». Nous chantons avec lui. La chanson de Noël terminée, nous nous regroupons autour de l’arbre et laissons opérer la magie de la nuit de Noël. Notre père, les bras autour de notre mère, nous conduit vers leurs cadeaux pleins de mystère… »

Voilà ce qu’on entend généralement par Noël dans la tradition occidentale et qui demeure notre repère au cœur de l’hiver, en dépit du temps qui passe…Et j’ai fait l’impasse sur la crèche et la « messe de minuit ». Disons que je m’en suis dispensé! Faut pas exagérer, tout de même.

Joyeux Noël à tous, et notamment, à ceux qui, épisodiquement, m’honorent de leur intérêt pour mes modestes divagations oniriques!

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Raymonde Bonenfant l’épouse d’un de mes oncles maternels, Albert Turbelier, est décédée à Angers aux premières heures du jeudi 15 décembre 2016. Elle était âgée de quatre-vingt-six ans. Pour la deuxième fois en moins d’un trimestre, la Camarde a frappé parmi mes proches: la génération qui me précède, celle de la Libération et des Trente Glorieuses s’éteint inexorablement …

Je n’étais pas, à proprement parler, un intime de Raymonde, mais, mariée à mon oncle depuis plus de soixante cinq ans (8 septembre 1951), elle fut évidemment un des personnages importants de mon environnement d’enfance et d’adolescence…

Lors de nos passages à Angers, nous lui rendions visite – une fois l’an environ – dans la coquette maison qu’elle partageait avec son époux, dans le quartier de Villesicard, à mi-chemin entre La Madeleine et Les Justices.

Personne avenante et courtoise, Raymonde nous recevait toujours agréablement, avec café et petits beurres à l’appui, et s’enquerrait systématiquement de la santé de nos parents, enfants et petits-enfants. A l’occasion, on se montrait mutuellement quelques photographies et elle nous parlait des enfants et petits-enfants de son frère! De son chat aussi lorsqu’il vivait encore. Parfois, elle évoquait certains de ses propres ennuis de santé, mais discrètement, pudiquement comme s’il ne s’agissait que d’épisodes tout à fait secondaires de sa vie quotidienne… Elle nous entretenait surtout de ceux d’Albert! Avec le temps, son dos s’était voûté.

Aujourd’hui, elle n’est plus et nous nous apercevons, que, pour l’essentiel, sa vie est demeurée pour nous un mystère! Nous éprouvons l’étrange sentiment d’être passé à côté de quelqu’un qui fut invisible à nos yeux!  Saurais-je dire finalement si elle-même considérait que son existence fut réussie ou mieux, s’il lui est arrivé de flirter avec le bonheur…

Raymonde n’aimait guère étaler ses sentiments intimes et ne livrait d’elle-même que l’image d’une femme forte qui, en dépit des épreuves, savait garder son rang et son sang-froid… Déterminée sous des dehors amènes! Ses tourments, elle les gardait pour elle, comme si elle s’était résolue à les taire ou à les minimiser pour s’éviter d’en souffrir et de susciter la compassion… Peut-être aussi, n’avons-nous pas su l’entendre ou capter sa confiance!

On peut penser que le fait de n’avoir pas connu la maternité fut pour elle une grande souffrance. En atteste l’intérêt non feint qu’elle manifestait pour les petits enfants!

Hier encore, m’entretenant d’elle au téléphone, je considérais que, n’ayant jamais recueilli de confidence sur ses secrètes fêlures et n’ayant pas entretenu de connivences avec elle, je n’étais guère qualifié pour écrire quoi que ce soit à son propos… Du moins, pour rédiger un hommage, dont elle aurait pu se revendiquer de son vivant. Et ce, sans se vautrer dans des clichés insipides et béatifiants que l’on récite avec une litanie de regrets et de condoléances à chaque fois qu’un « cher disparu » nous tire sa révérence! Je pensais en effet qu’elle méritait plus que ce traitement protocolaire, et à défaut, je pensais préférable de m’abstenir de toute forme de témoignage en trompe l’œil!

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J’en étais là de mes réflexions, lorsqu’un de mes cousins, et également un de ses neveux, qui l’avait vue plus récemment que moi, me dit que ce qui l’avait frappé lors de son ultime entrevue – outre sa maigreur et son aspect maladif – c’était son élégance! Même au bord du gouffre, même confrontée à la maladie et à la vieillesse, Raymonde sut effectivement demeurer coquette … Cette caractéristique qui n’est pas accessoire, n’est pas sans évoquer un vœu formulé par Eve Curie (1904-2007) et rapporté par une de ses biographes Claudine Monteil de « mourir maquillée« !

Et effectivement, aussi loin que remontent mes souvenirs, celui de Raymonde est associé à l’élégance, au tact, à l’harmonie et à la tenue… Non pas ostensiblement avec des paillettes provocatrices, mais avec mesure… Avec bon goût et dignité, une qualité et une aspiration, qu’elle a probablement héritées de sa mère qu’elle chérissait ! Représentante, à sa manière, de la mode à la française sur laquelle surfèrent les grands couturiers juste après-guerre! Et cette recherche esthétique ne portait pas seulement sur la façon de se vêtir, mais aussi sur la manière d’organiser sa maison, de la décorer et de l’entretenir… Un art de vivre en quelque sorte – un marqueur de civilisation et une certaine philosophie de la vie – qui impliquaient forcement certaines contraintes que les enfants que nous étions dans les années cinquante avaient tendance à bousculer et que beaucoup, parmi ses proches, ne percevaient pas nécessairement comme un atout!

La photo souvenir de son mariage à Candé (49) – sa ville natale – le 8 septembre 1951 atteste de ce charme discret de la jeune femme qui, délibérément ou non, cultivait manifestement une certaine ressemblance avec les stars américaines du cinéma de l’époque – Gene Tierney (1920-1991) en l’occurrence – dont l’image était largement diffusée par les films d’outre-atlantique qui occupaient le devant des salles obscures depuis 1944…

Jamais pourtant je ne l’ai jamais entendu évoquer la Libération qu’elle dut connaître ado, ni l’arrivée des troupes américaines à Candé au tout début du mois d’août 1944. Très rarement, elle faisait allusion à sa carrière professionnelle aux « contributions directes » (services fiscaux) en compagnie d’Albert, contrôleur des impôts. Encore moins au métier d’institutrice qu’elle exerça à Candé avant son mariage…

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En toute sobriété, elle est partie comme elle avait vécu, presque sans bruit à bout de souffle d’un cœur qui – dit-on – l’avait déjà beaucoup tracassé et qui fut peut-être trop souvent meurtri…En chemin, avait-il oublié les rêves de la petite princesse candéenne?…

Elle rendit l’âme, espérant sûrement quelque chose de l’éternité, à l’issue d’une nuit d’agonie en présence de son mari et d’une filleule de Montjean-sur-Loire ! Son décès fut constaté par l’équipe du Samu alertée, qui s’apprêtait à la transporter aux urgences de l’hôpital ! Elle n’a dérangé personne! Encore l’élégance…

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J’étais à son mariage en barboteuse, et c’est mon plus lointain souvenir!

PS: Raymonde Bonenfant était née le 8 septembre 1930 à Candé.

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