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Archive for the ‘Témoignage’ Category

Notre ami et collègue Jacques Ballay s’est éteint le 20 août 2022 à Ploemeur dans le Morbihan. Breton d’adoption, il ne reviendra pas. Mais on gardera de lui le souvenir d’un personnage à la fois singulier et chaleureux. Un épicurien heureux de vivre. Et vivre pour lui, ce n’était pas s’économiser au coin du feu ou s’attarder dans des jérémiades d’un passé révolu, mais s’enrichir des expériences de tous ordres qui ont jalonné son parcours d’homme de bien. Et c’était effectivement un « honnête homme » au sens du dix-huitième siècle, c’est-à-dire quelqu’un de cultivé et curieux, qui par sa nature généreuse et sa gouaille, comme par sa manière d’être ainsi que par son sens de la convivialité, abolissait spontanément toutes les barrières et attirait la sympathie.

Nos chemins se sont croisés pour la première fois au Vésinet au début de l’année 1995. Je venais tout juste de prendre mes fonctions à l’Office de Protection contre les Rayonnements Ionisants (OPRI) créé six mois auparavant en remplacement du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI) en charge depuis 1956 du contrôle de la radioprotection en France.

Avec sa « bouille » de patriarche biblique, à moins que ce fût celle d’un motard fan de Harley Davidson nostalgique de la route 66 ou encore d’un routard post-soixante-huitard rêvant d’élever des chèvres dans le Larzac, Jacques possédait ce petit « plus » rafraichissant qu’ont tous ceux qui, transgressant le formalisme des convenances communes, font rêver de grands espaces et de liberté. Pour l’heure, il exerçait des fonctions d’informaticien.

C’est donc tout naturellement, en faisant le tour des services hérités du SCPRI, que je le découvris dans son petit bureau encombré du premier étage du bâtiment « C1-C2, l’immeuble amiral de l’Office qui hébergeait également le service de la dosimétrie de mon ami et regretté Alain Biau (1949-2021) l’inspection des installations de radiologie médicale, la reprographie et, au rez-de-chaussée, les services fonctionnels et financiers ainsi que la présidence de l’OPRI.

Immédiatement le courant passa entre nous. Le hasard n’y était pour rien, car dès cette première rencontre, en évoquant sa carrière dont il entrevoyait déjà le terme, il me fit part de ces hivernages quelques décennies auparavant, dans les Terres Australes et Antarctiques françaises, en particulier aux îles Kerguelen.

Or, il se trouvait qu’en 1973 lors d’une mission océanographique du CNRS dans l’océan Indien, le « Marion-Dufresne », le navire des Messageries Maritimes qui ravitaillait les Terres Australes françaises , avait mouillé dans la baie de Kerguelen. Etant à bord comme étudiant de troisième cycle, j’eus ainsi l’occasion de débarquer et de crapahuter plusieurs jours à la base de Port-aux-Français, la seule station permanente, à vocation scientifique et technique, de ces îles du bout du monde. Celle où précisément il avait effectué deux hivernages dans les années soixante, et où il revint une dernière fois en 1996 pour y installer une sonde de mesure en continu de la radioactivité ambiante (Téléray)

Ainsi, assez paradoxalement, notre premier échange au Vésinet ne fut pas consacré ou très peu à l’informatique héritée du Professeur Pellerin l’ancien patron du SCPRI! Mais aux éléphants de mer s’affrontant à la période des amours sur les grèves caillouteuses de Kerguelen, aux manchots royaux, à la familiarité des cormorans et des albatros s’approchant de la base scientifique en quête de nourriture et enfin aux dangers des tourbières ou des souilles de l’archipel lors de la cueillette des lichens ou des feuilles des « choux de Kerguelen » consommés en raison de leurs propriétés antiscorbutiques et spécifiques des régions australes par leur résistance au froid et aux incessantes bourrasques des vents. On parla aussi du glacial et terrible Mont Ross, point culminant de l’archipel qui fut le dernier sommet français à être conquis en 1975 par une expédition à laquelle participait Georges Polian dont j’avais partagé le bureau au Centre des Faibles Radioactivités de Gig-sur-Yvette en 1972.

Ces souvenirs en partie communs introduisirent d’emblée une certaine connivence qui excédait très largement le périmètre de nos fonctions professionnelles du moment.

Mais cet homme qui était né à Paris en mars 1937 était alors âgé de 58 ans.

Avait-il toujours été le personnage sympathique et peu conventionnel que je découvrais, peut-être un peu désabusé, et avec lequel je fus amené à travailler épisodiquement au cours de cette unique année qui précéda sa retraite?

Tous les témoignages, dont celui de Michel Paulat, son collègue et ami de presque soixante ans, s’accordent à dire que Jacques Ballay demeura jusqu’au terme de sa vie, et ce en dépit des atteintes de la maladie, un homme original, un insatiable dilettante avide de paysages inexplorés et d’aventures nouvelles, et en plus un copain chaleureux et amateur de bonne chère. En quelque sorte, un vrai disciple d’Epicure égaré dans les vingtième et vingt-et-unième siècles!

Ce qui ne l’empêchait pas d’être à la fois sérieux et rigoureux dans ses activités, passionné mais éclectique dans ces choix de vie, et de demeurer fidèle en amitié. Eclectique, aussi bien d’un point de vue professionnel que dans ses loisirs.

Comme tout à chacun mais probablement plus que beaucoup d’autres, Jacques Ballay a en effet vécu intensément plusieurs vies sans compter ses jardins secrets familiaux !

Formé à l’école hôtelière à la fin des années cinquante, il devint météorologiste lors de son service militaire. Ce qui le conduisit à assister en février 1960 au premier essai nucléaire français « Gerboise bleue » dans le ciel de Reggane en plein Sahara algérien.

Cette compétence à interpréter les humeurs de l’atmosphère et les mouvements erratiques des nuages, sera le fil rouge des différents métiers qu’il exerça, d’abord à la Météorologie Nationale comme radariste puis comme opérateur des premiers sondages météo de très haute altitude dans la perspective des futurs vols de l’avion commercial supersonique Concorde. C’est à cette époque qu’il rencontra sa future épouse.

Et c’est également dans les années soixante, qu’il fut appelé par son ancien chef de service de la météo, muté au ministère de la santé pour participer à la création d’un service de météorologie au sein du SCPRI en pleine croissance et nouvellement installé au Vésinet dans le parc de la Princesse. Dans ce contexte, il fut étroitement associé à l’installation des stations dites de « référence » de surveillance de la radioactivité ambiante dans les différentes régions climatiques définies sur le territoire français par le Professeur Pellerin.

C’est également au cours de cette période, qu’il effectua par deux fois des hivernages de plusieurs mois dans les Terres Australes qui devinrent une authentique inclination. Inclination durable d’un paradis gelé en limite de l’océan Antarctique sur des terres désolées. Il devint d’ailleurs le président de l’amicale des anciens des Terres Australes et Antarctiques Françaises.

Jacques et son épouse : un même regard complice hors du temps

« Ce fut aussi le temps des amis et des sorties en famille » rappelle Michel Paulat qui poursuit :

« Nos mêmes passions avaient créé des liens d’amitiés très forts. Le sport automobile tout d’abord où nous effectuâmes ensemble quatre rallyes régionaux. La pêche et le bateau également. S’intéressant à tout, il était doté d’une mémoire d’éléphant et était incollable sur bien des sujets. Il pouvait, par exemple, citer « au débotté » et sans se tromper, le podium du quatre cents mètres haies des jeux olympiques de Melbourne en 1956! « 
Jacques était en outre un sportif accompli et un charmeur, plutôt « beau gosse ». Skieur performant, il avait, dans sa jeunesse, terminé second d’une descente à Megève derrière Hermano João da Silva Ramos, un pilote automobile franco-brésilien de formule 1 dans les années cinquante.

Coureur de fond, son principal titre de gloire fut de terminer second d’une course à Vanves dernière un très grand champion international du 1500 mètres, un certain Michel Jazy d’un an son ainé.

Il fut aussi pilote de planeur où sa connaissance des masses d’air et de l’étude prévisionnelle des courants fut certainement un atout!

Il est probable que cette heureuse disposition d’esprit qui le poussa à s’intéresser à des domaines des plus variés et à s’initier à des disciplines multiples, fut une marque de fabrique familiale. Une sorte d’héritage dont bénéficia aussi son frère ainé Hubert Ballay (1928-2013) qui fut, à la fois, diplomate en Afrique, parolier à succès , directeur des éditions Barclay puis directeur du palais des congrès de Nice.

Accessoirement – si j’ose dire – Hubert Ballay vécut quelques mois en 1959 avec la chanteuse Barbara (1930-1997) qui composa à son adresse après leur séparation la célèbre chanson  » Dis quand reviendras-tu ». Pudique quant à ses affections intimes, Jacques aimait son frère et l’admirait

Ni Jacques, ni Hubert, ni Barbara ne reviendront désormais. Ils ne sont plus mais chacun dans son registre laisse le souvenir d’êtres d’exception!

Jacques avait épousé Paule. Ils eurent quatre enfants! Des petits enfants et au-delà! La suite est assurée!

Bon vent l’ami là où tu es, si tant est que là où tu es, il existe un paradis bleu et glacé qui ne soit pas simplement le néant. On m’a dit que quelques jours avant que tu ne t’esquives définitivement au-delà des océans et des continents des antipodes, on t’avait annoncé qu’un courrier te serait adressé, posté de Kerguelen aux bons soins du commandant du Marion-Dufresne, Tu ne le liras pas mais je suis certain que cette nouvelle t’a réchauffé le cœur avant que tu ne tires ta révérence.


PS : Merci à Michel Paulat, son complice de toujours de m’avoir fourni, de sa résidence estivale de Jard-sur-Mer, les éléments biographiques nécessaires à l’écriture de ce modeste hommage.

Les photographies – sauf la dernière provenant d’Internet – sont issues de la page Facebook de Jacques, désormais orpheline

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Ce billet aurait pu et dû être titré: « la Honte en Anjou « … Car les rafles des juifs qui se déroulèrent, il y a tout juste quatre-vingt ans, à Angers – ma ville natale – constituent bien un des épisodes les plus déshonorants de l’histoire du Val de Loire angevin. Sinon le plus abject et ignominieux de toute la période contemporaine. Et pourtant, il fut longtemps banalisé au rang des drames classiques de la guerre.

Ce n’est heureusement plus le cas. Car les crimes génocidaires ne relèvent plus du droit commun des crimes « ordinaires ». Et de fait, la participation active sous les ordres de l’occupant nazi, du Préfet pétainiste de Maine-et-Loire, du commissaire central de la police locale, du commandant de la gendarmerie départementale et enfin de la plupart des gardiens de la paix de la police municipale à l’arrestation massive des juifs de l’Anjou et des Pays de Loire au cours de l’année 1942 relève indiscutablement d’une entreprise criminelle hors norme.

Une « opération » génocidaire assumée conçue par la folie antisémite d’Hitler et qui visait à éradiquer totalement les juifs d’Europe.

Il est possible – au moins s’agissant de la première rafle importante du 15 juillet 1942, que les différents protagonistes français, hauts gradés et exécutants subalternes, se soient laissés berner par l’illusion arrangeante que les personnes arrêtées – juridiquement coupables d’exister – seraient ensuite transférées dans des camps de travail à l’Est pour soutenir l’économie allemande. Un fantasme évidemment, en forme d’excuse inexcusable, car d’aucuns ne pouvaient ignorer ni la cruauté, le racisme et l’antisémitisme viscéral des nazis, ni la duplicité du régime de Pétain qui avait promulgué dès octobre 1940 des lois racistes excluant de facto les juifs de la communauté nationale.

Sans trop d’états d’âme, une grande majorité de ces consciencieux rond-de-cuir censés incarner l’autorité d’un état français fantoche, avait d’ailleurs fait appliquer les lois ignobles de Vichy et fait sanctionner les contrevenants juifs, c’est-à-dire de braves gens qui, pour tout crime, avaient omis de se déclarer « israélites » ou qui avaient pénétré indûment dans des lieux qui leur étaient désormais interdits.

En octobre 1942, lors de la seconde vague d’arrestations en Anjou, les fonctionnaires locaux du régime de collaboration en Anjou, préfet régional en tête, ne pouvaient plus miser sur leur innocence ou sur leur candeur quant aux intentions criminelles de leurs donneurs d’ordre. Ils savaient ou pressentaient l’horreur qui attendait ces malheureux à la sortie des trains et des wagons réquisitionnés et insalubres dans lesquels ils les avaient poussés à la hâte. Le lieu d’embarquement, le quai dit « du Maroc » proche de la gare Saint-Laud d’Angers, grouillait de monde, incrédule et apeuré. Mais les responsables savaient, grâce notamment aux informations que diffusaient clandestinement les mouvements de Résistance en particulier communistes que l’avenir de ces pauvres gens était très sombre. Pour ne pas dire plus!

Les autorités françaises ne pouvaient donc ignorer la tragédie qui se jouait ici et le sort réservé à ces innocents qu’on dépouillait sous leurs yeux. Elles n’eurent aucune excuse sauf celle de leur lâcheté. Elles ne furent – quoiqu’elles déclarèrent ultérieurement pour atténuer leur responsabilité – que de pitoyables complices d’un crime contre l’humanité, en d’autres termes, des supplétifs du nazisme et de l’ennemi.

C’est d’autant plus évident qu’il est désormais établi que la collaboration effective et même volontariste avec les SS et la Feldkommandantur, de la haute administration française fut indispensable à la réalisation de ces infâmies. Chez ces fidèles « serviteurs de l’Etat » elle atteste monstrueusement d’une perte totale d’humanité et même de sens civique, alors que deux ans auparavant ils vivaient encore en République et jouissaient, hors des heures de bureau, d’une réputation de bons maris – ou presque – de bons pères de famille et de bons chrétiens.

Comme les rafles du Vel d’Hiv à Paris – mais dans des proportions bien moindres – les arrestations angevines concernèrent tous les juifs résidant en Anjou, qu’ils soient réfugiés ayant fui les persécutions antisémites du Troisième Reich en Allemagne, qu’ils aient quitté les pays de l’Est envahis en 1939 et 1940, ou qu’ils soient habitants de longue date la capitale des ducs d’Anjou.

Comme partout ailleurs, ces rafles constituèrent en Anjou, province pourtant réputée pour sa douceur de vivre, la première phase de la « solution finale de la question juive », promulguée par Hitler et Himmler. La seconde – finalité ultime de cette barbarie – étant l’assassinat programmé des juifs d’Europe dans des camps d’extermination comme celui d’Auschwitz-Birkenau en Pologne.

L’ouvrage de l’historien Alain Jacobzone, « L’éradication tranquille » édité dans la collection Faits et Gestes aux éditions Ivan Davy en avril 2002 est à cet égard sans ambiguïté et parfaitement démonstratif. A lire et relire à l’occasion de ce triste anniversaire, car il dresse un tableau glaçant et documenté de cette collaboration servile de l’administration française locale avec les bourreaux.

Sans la contribution de la police municipale angevine et de la gendarmerie nationale locale, les nazis n’auraient pas pu, en effet, mener à bien ces sinistres opérations. Le chef des SS angevins admettait sans ambages que  » les SS ont actuellement trop d’occupations pour procéder eux-mêmes aux arrestations »!

On ne dira donc jamais assez la répulsion rétrospective qu’inspire globalement l’action de la police municipale d’Angers et de la gendarmerie française d’alors. A quelques exceptions près de gardiens de la paix ayant manifesté une bienveillance protectrice à l’égard de victimes, les deux institutions policières locales jouèrent un rôle déterminant dans la concrétisation de ce crime de masse.

Ce constat et ce sentiment ne remettent pas en cause l’audace de certains fonctionnaires, proches des milieux résistants ou catholiques, qui, bravant leur hiérarchie, tentèrent de prévenir quelques juifs et parvinrent à leur faciliter la fuite après les avoir convaincus de quitter leur domicile.

Chacun a entendu parler, parfois au sein de sa propre famille, de personnes courageuses et discrètes qui, du fait de leur fonction, purent fournir des faux papiers à des fuyards. Certains autres enfin éprouvèrent une réelle compassion à l’égard de ceux qu’on expulsait de leurs foyers sans autre motif que leur judéité.

Dans son ouvrage, Alain Jacobzone fait en outre état, archives à l’appui, de l’hésitation de quelques responsables politiques à collaborer avec l’occupant. Quoiqu’il en soit le crime fut commis!

La principale rafle de grande envergure eut lieu le 15 juillet 1942, vingt-quatre heures avant le déclenchement de la tristement célèbre rafle du Vel d’Hiv à Paris, et la seconde le 20 octobre 1942.

Globalement, elles furent exécutées avec zèle par les policiers et les gendarmes.

Au-delà des souhaits et des demandes explicites, exprimés par les occupants nazis qui ne visaient dans un premier temps que les étrangers, la police et la gendarmerie, accompagnées de soldats allemands, arrêtèrent sans distinction les juifs de nationalité française et tous ceux qui s’étaient réfugiés en France en provenance des pays d’Europe centrale. De surcroit, elles ne tinrent pas compte du critère d’âge, raflant indifféremment, enfants et vieillards, et même ceux qui étaient handicapés.

Consignes en français du Service SD (Sicherheitsdienst) – Service de maintien de l’ordre des SS

Une fois arrêtées, toutes les personnes furent internées dans des conditions inhumaines au Grand Séminaire de la Rue Barra à Angers, où elles furent délestées de leurs bijoux ainsi que des maigres biens qu’elles avaient apportés en toute hâte dans les minutes précédant l’expulsion de leur domicile et sa mise sous scellés.

Deux jours plus tard, traversant la ville dans des bus affrétés par la police angevine, elles furent entassées sans ménagement, sans nourriture et sans installation d’hygiène dans des wagons qui les conduisirent directement vers les camps d’extermination, en particulier celui d’Auschwitz-Birkenau.

Ainsi, le convoi n°8 quitta Angers le 20 juillet 1942...Au total, sur les cinq-cents « israélites » recensés par les services de police angevins à la demande des allemands, moins d’une trentaine aurait échappé au massacre à Auschwitz, tantôt gazés dès leur arrivée, tantôt exécutés, tantôt affamés.

Horrible statistique!

Tout juste, quatre vingt ans après la réunion du 30 juin 1942 à Paris, à laquelle furent conviés les commandants SS de province afin d’organiser les grandes rafles de juillet et inciter Vichy à mettre à disposition ses quelques 100000 policiers, que reste t-il dans notre mémoire collective de cet épisode lamentable de notre histoire? Et quelles leçons en a t-on tiré pour prévenir à l’avenir les crimes contre l’humanité et châtier les coupables de génocides.

Aujourd’hui le droit pénal international s’est enrichi. Il permet en principe de réprimer ce type de dérives mortifères. Mais quel que soit l’arsenal de mesures juridiques adoptées depuis la dernière guerre mondiale, et l’existence d’un tribunal pénal international châtier les coupables, les exactions racistes ou les crimes de guerre n’ont jamais cessé comme en témoigne la montée actuelle en France de l’antisémitisme sous la pression d’un islamisme salafiste de plus en plus envahissant. Comme en témoigne également la guerre d’agression en Ukraine décidée avec cynisme par le dictateur russe Poutine. Et tant d’autres crimes ou génocides à travers le monde au cours du dernier demi-siècle!

Les rafles de juillet 1942 sombrent dans l’oubli, la totalité des acteurs a aujourd’hui disparu, seuls demeurent quelques rares témoins qui se souviennent de ces événements qu’ils ont entrevus pendant leur tendre enfance. Hormis ceux qui connurent directement des victimes de ces épouvantables tueries et qui peuvent encore évoquer quelques souvenirs, seuls certains proches de témoins, alors tétanisés par la peur et impuissants face à l’impensable, l’inconcevable et l’indicible peuvent en parler en leur donnant chair.

Et justement, c’est là que se situe notre « devoir de mémoire » ! Rappeler que l’impensable peut être pensé. Que l’improbable peut arriver. Que l’horreur est une menace permanente. L’actualité nous le prouve quotidiennement. Le devoir de mémoire, c’est donc, avant tout, un devoir de vigilance!

Plaque commémorative de gare d’Angers

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Depuis quelque temps, notamment depuis deux ans, nous avons pris conscience de l’importance de la biodiversité et de la préservation légitime de nos écosystèmes. Tout le monde y a d’ailleurs mis du sien pour nous le faire comprendre! Ainsi nous sommes parvenus à assimiler, bon gré, mal gré que la biodiversité était consubstantielle à nos existences. Et que ce postulat ne souffrait d’aucune nuance ni discussion. A ce titre, le foisonnement débridé des espèces végétales ou animales ne doit plus être artificiellement entravé.

D’ailleurs, honte à ceux qui, insensibles à l’ambiance générale, douteraient de l’universalité de cette vérité même s’il est incontestable que la biodiversité en péril ici peut se porter à merveille ailleurs. Tout dépend du contexte et de la dimension des organismes attestant du monde vivant!

Exception faite de la diversité d’opinion qui n’est plus guère tolérée hors la pensée dominante, il est impératif pour son confort personnel, de se déclarer en toutes circonstances, militant intransigeant de la préservation de la biodiversité. Pour ceux qui sollicitent en outre le suffrage populaire, c’est même devenu électoralement payant!

Biodiversité militante ; herbes folles masquant une rivière – les insectes batifolent

S’il est manifeste que certaines espèces animales ou végétales sont indûment menacées, victimes des activités humaines, d’autres formes microscopiques de vie relevant aussi de la grande famille du « vivant », prolifèrent. Insigne paradoxe rarement souligné, car ces formes le plus souvent invisibles et indétectables nous sont sans doute moins familières, sauf lorsque nous les redoutons parce qu’elles nous agressent et portent atteinte à la santé humaine à l’échelle mondiale.

Ainsi, dans le même temps où nombre de grands mammifères des forêts ou des savanes tropicales ou subtropicales ne survivent plus que dans des réserves animalières ou des parcs zoologiques sévèrement gardés, des microorganismes, peu ou prou pathogènes se jouent allègrement des obstacles médicaux ou vaccinaux qu’on leur oppose.

Devenant mutants pour contrer nos défenses, ils affichent parfois une insolente biodiversité dont nous sommes les proies et eux, les prédateurs.

La pandémie virale que nous venons péniblement d’affronter et qui – dit-on – persisterait à nous menacer, constitue à cet égard un bel exemple de cette ambivalence du vivant. Au point qu’on est parfaitement en droit de s’interroger sur la fragilité des équilibres des espèces vivantes et sur les conséquences favorables ou défavorables à terme, des modifications qui se déploient sous nos yeux. Nul en réalité ne sait répondre à ces interrogations autrement qu’au travers d’extrapolations hasardeuses ou de spéculations peu ou prou fondées.

On sait cependant avec certitude que cette pandémie virale n’est qu’une parmi d’autres tout aussi inquiétantes et qu’elle est imputable à un coronavirus d’autant plus vicieux que son génome se modifie au fur et à mesure que des parades vaccinales et médicamenteuses sont développées pour contrer son expansion, sa transmission interhumaine et sa viralité. En tout état de cause, cette COVID 19 – tel est son nom – incarne de manière éclatante la complexité et l’ambiguïté de la notion de biodiversité. Ce faisant, elle disqualifie tout discours ou doctrine manichéenne sur ce sujet.

Pour peu que nous adoptions la seule attitude qui vaille, celle socratique et raisonnable du « sachant » qui ne sait pas grand chose, nous pouvons postuler qu’au sein de l’arbre multiséculaire du vivant ou de « l’odyssée des gènes » ( ouvrage d’Evelyne Heyer ») , il faudra s’accommoder de l’idée selon laquelle nous n’occupons probablement pas une place privilégiée dans l’univers de la vie. Il n’y a en effet aucun motif autre qu’irrationnel et religieux, de penser que nous ayons vocation, plus que tous les autres organismes vivants, microscopiques ou non, à prospérer sous le soleil…

Nous ne sommes pas l’aboutissement de « l’évolution ». Juste un instant dans l’histoire du monde.

Evidemment, appartenant à l’espèce humaine, nous hésitons à faire la promotion d’une révolution copernicienne appliquée à la biologie. De tout temps, pour donner du sens à son existence, l’humanité a eu effectivement tendance à se penser comme le centre de la « création ». Et pour se doter d’un statut spécifique de l’humain, certains ont même prétendu que nous étions « créés » à l’image de « Dieu ».

Les mythes ayant la vie dure, au-delà même des liturgies désuètes qui les ont inventés, on comprend que nous éprouvions, encore aujourd’hui, beaucoup de difficultés à nous cantonner à la modeste place de « partie prenante » dans un univers du vivant en permanence remanié, sous l’effet du hasard et de la nécessité. Et comble de disgrâce, concurremment avec tous les autres êtres vivants, quelles que soient leurs natures. Et même au-delà, concurremment avec l’ensemble des représentations mouvantes et insaisissables du réel!

Ignorant tout de la finalité de ce chambardement incessant – si tant est qu’il y en ait une – et de la quintessence de cet inexplicable assemblage, nous nous bornons, par commodité et paresse intellectuelle, à circonscrire le périmètre de ce que nous dénommons la « biodiversité » aux espèces qui nous ressemblent et avec lesquelles nous aspirons cohabiter harmonieusement en conformité avec la théorie darwinienne de l’évolution. Ou plus exactement, en conformité avec la vision mécanistique de cette évolution réinterprétée à notre convenance!

Cette biodiversité revendiquée mais amputée d’une partie d’elle-même, considérée comme pathogène, invisible et sournoise, ne retient donc que les espèces « qui nous parlent », c’est-à-dire celles avec lesquelles on pense entretenir quelque connivence et défendre des intérêts communs et réciproques.

L’autre biodiversité – la sombre, celle souterraine des micro-organismes, celle de certains germes, de certaines bactéries n’appartenant pas notre biotope ou celle des virus qui colonisent l’ADN de nos cellules – est exclue de facto de ce schéma bien qu’elle procède fondamentalement des mêmes processus vitaux et de la même chimie. D’ailleurs, cette biodiversité obscure se porte plutôt bien. Présumée nous être intrinsèquement défavorable, elle est, par hypothèse, étrangère à notre solidarité d’êtres vivants et ne saurait donc entrer de plein droit dans la définition « politique » des espèces à préserver au nom de l’écologie. A détruire ou à neutraliser, elle relève alors de la médecine, curative ou préventive et non plus du projet ou planification écologiques des bateleurs d’estrades électorales. Avec elle on fait la guerre, on ne transige pas.

Pourtant, qu’on le veuille ou non, de part et d’autre de cette frontière artificielle entre la préservation de la biodiversité et la lutte contre la multiplication des mutations infectieuses, tous les organismes vivants ont pour seul objectif de pérenniser la vie en puisant, sans état d’âme, l’énergie et les ressources nécessaires, voire les machineries de leur reproduction là où elles se trouvent. Et il en est ainsi depuis la nuit des temps!

Bien entendu, il arrive que cette lutte pour la vie se conduise à notre détriment et que nous soyons temporairement démunis face aux stratégies parasitaires développées par certains microorganismes « en toute innocence ».

Dans ce contexte d’incertitudes multiples, l’espèce humaine n’a nulle raison d’abandonner le combat, de se laisser aller à la fatalité et de sacrifier sa position au profit d’une nature livrée à elle-même, considérée sans doute à tort comme la régulatrice ultime des intérêts communs de l’ensemble du vivant! Sa mission n’est pas non plus de dicter sa loi à l’ensemble des espèces, sauf à s’exposer à de cruelles désillusions ou déconvenues.

Au fond, notre raison d’être est simplement celle, universelle, de vivre au mieux. Elle n’est pas de postuler à partir de schémas utopiques, un avenir pavé de repentances et de privations castratrices et se priver du plaisir de vivre. D’ailleurs, faut-il vraiment croire que tous les dérèglements observés à notre échelle ne soient imputables qu’à l’insouciance coupable de notre seule espèce, en faisant abstraction du « mouvement » et des forces qui agitent agitent en permanence l’univers dans son ensemble.

Ce type de contresens est fréquent. C’est en particulier celui de l’idéologie de l’écologie politique, qui prend en otage la science, en transformant les savants en experts, en assimilant les lois de la nature en prescriptions d’ordre public opposables à la seule espèce humaine, et en défigurant des paysages à la française en jungle équatoriale nauséeuse, foyer de fermentations infectieuses.

Cette écologie politique fait en effet fi – croyant de surcroît, bien faire – de l’unité du vivant et de l’attitude d’humilité à adopter face à des phénomènes dont la logique n’est pas nécessairement la notre. Sans chercher à comprendre au-delà d’équations simplistes et en faisant l’impasse sur ce qui ne colle pas avec ses thèses, elle édicte des règles souvent liberticides qui consiste d’abord à confesser nos fautes à l’égard de la Nature et à faire pénitence pour notre négligence et insouciance « condamnables ».

Sous les ronces était une rivière qui chantait dans la vallée

Cette idéologie politique – désormais leitmotiv incontournable de toute propagande électorale – a pour principale conséquence, de remettre en cause les succès technologiques de jadis, de justifier une certaine inaction bienfaitrice et d’alimenter la méfiance à l’encontre du progrès. Bref de nous pourrir la vie.

Faute de procéder à une analyse globale des écosystèmes et de leurs constantes évolutions, elle n’ouvre enfin aucune perspective crédible vers l’avenir. Sauf à enjoindre à chacun d’adopter des comportements « vertueux » autrement dit conformes à la religiosité répressive de notre temps, sans espérer en escompter un quelconque bénéfice collectif mesurable.

Pour conclure et illustrer mon propos, je ne citerai qu’un exemple, celui d’une petite rivière qui serpentait jadis au fond de la vallée de la petite commune où je réside depuis plus d’un quart de siècle.

Il y a quelques années un chemin la longeait, régulièrement entretenu et débarrassé des herbes folles qui au printemps cherchaient à conquérir ses berges. Des canards ou des poules d’eau s’y posaient en quête d’insectes ou de vers de vase, voire pour chercher fortune. Ce tableau que n’aurait pas désavoué un Jean-Jacques Rousseau solitaire, a désormais disparu sous le prétexte de préserver la biodiversité des rives et de favoriser la nidation des colonies d’insectes qui sont censés s’y implanter. On ne fauche plus de crainte d’importuner la nature. Et désormais, les ronciers masquent le cours d’eau dont on ne perçoit la présence que par le biais des moustiques tigres en résidence d’été, qui s’en donnent à cœur joie pour nous piquer en complément des tiques, si, d’aventure, on pénètre cette nouvelle jungle. Mais les canards sauvages de passage ou les hérons ne savent plus se poser!

Fauchage tardif – très tardif – et biodiversité sélective obligent! Et en plus c’est moche et incommode de sa balader avec sa moustiquaire et en tenue de safari au cœur de l’Ile de France!

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Le 16 mai 1892, naissait au Lion d’Angers, Auguste Cailletreau, dit « Tonton Henri » (1892-1975). A de nombreuses reprises ici, j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer sa mémoire. Celle d’un petit bonhomme qui ne payait pas de mine et n’aurait pas « fait de mal à une mouche » mais qui nourrissait une passion inconditionnelle pour ses chiens, les chevaux des haras de l’Isle Briand sur les rives de l’Oudon, et les chevaux-vapeurs des automobiles.

Son permis de conduire – 1920 –

Souvent, j’ai également parlé de ses malheurs, notamment de la disparition de son fils unique, mécanicien doué, décédé à 17 ans, emporté par une méningite cérébro-spinale brutale et cruelle.

Apprenti galochier au Lion d’Angers à douze ans, il est finalement devenu, par amour de la mécanique, chauffeur-mécanicien après « sa » Grande Guerre sur le front des Dardanelles, puis camionneur parcourant les routes de France en compagnie de son chien Denis! Et ce, bien au-delà de l’âge légal de la retraite! Lequel à son époque était fixé à soixante-cinq ans.

En ce jour anniversaire de sa venue au monde, cet ancien « Poilu d’Orient » fidèle à tous ceux qu’il aimait, attentif et hypersensible, discret, trop timide aussi, mais toujours disponible, aurait eu 130 ans! Inconcevable quand on se souvient qu’on l’a connu!

Sans réécrire ce que j’ai déjà écrit à son propos, je souhaite simplement profiter de l’occasion pour rappeler que cet homme – mon grand-oncle paternel – assura auprès de moi, une fonction essentielle, qui s’apparentait à celle de mes grands-pères disparus, l’un et l’autre, prématurément. Il m’a appris ‘la bricole » mais je fus un piètre disciple! Pour lui, homme d’avant l’explosion consumériste des Trente Glorieuses, un clou, même tordu, demeurait un clou et il le conservait.

Mentionner son âge désormais virtuel, car les morts ne vieillissent plus, c’est évidemment se souvenir de lui et signifier qu’il fut des nôtres sur cette planète. C’est en outre lui rendre une sorte d’hommage filial que la fatalité lui a cruellement confisqué. Enfin, c’est évoquer implicitement le mien – mon âge – en prenant soudainement et concrètement conscience de la marche du temps et des décennies qui, s’accumulant, ont progressivement mais sûrement, transformé le jeune homme qu’Auguste a connu et que j’étais encore quand il vivait, en un presque vieil homme!

Un monsieur en cours de vieillissement qui mesure quotidiennement les stigmates de l’entropie croissante sur sa propre chair. Qui regarde, impuissant les désordres s’installer et qui sait les renoncements auxquels, de gré ou de force, il doit consentir et qui vont de pair avec l’appréciation clairvoyante des années restantes beaucoup moins nombreuses que celles déjà écoulées.

Un ensemble de perspectives qui quoiqu’on en dise, n’est ni réjouissant ni affligeant, mais qui s’inscrit dans le cycle normal et ininterrompu de la vie et sa permanence. Lequel mise sur l’avenir en relativisant et même en soldant progressivement toute ambition qui s’écarterait de la seule obligation qui compte : celle de transmettre notre savoir ou notre ignorance, nos certitudes et nos doutes, aux générations suivantes, censées poursuivre la tache. Un schéma, de prime abord un peu absurde, digne du regretté Sisyphe, mais qui, au bout du bout, gomme toutes les inégalités, bien plus efficacement que les gesticulations puériles des prophètes narcissiques de l’insoumission braillarde ou les promesses fallacieuses des prédicateurs d’un au-delà radieux.

« Salut donc Tonton Henri ! J’ai appris de toi qu’il fallait prendre soin des moteurs à explosion et de ses animaux domestiques. Toi tu les bichonnais. Moi, j’aime surtout qu’ils me transportent sans trop broncher. Mais j’ajoute que l’énergie devenue rare, ne peut plus reposer, comme de ton temps, sur le recours quasi-exclusif au pétrole, au charbon et au gaz. D’autant qu’on les prétend dangereux pour l’avenir biologique de la planète.

Il faut donc aussi faire appel à l’énergie électrique pour une grande part, produite à partir de la fission nucléaire et peut-être un jour de la fusion. Je sais que le petit galochier du Lion que tu fus, confiant dans le progrès humain, n’aurait certainement pas désapprouvé ces évolutions dictées par la nécessité. Les pieds sur terre mais en harmonie avec les éléments, tu n’appréciais que modérément les bourrasques imprévisibles du vent, qui arrachaient ta légendaire casquette.

PS: Quelques articles de ce blog dédiés à Auguste Henri Cailletreau( 1892-1975) :

  • Un gâs du Lion -Auguste Cailletreau – 20/9/2011
  • Nini la Belloprataine -6/2/2012
  • Camionneur en ceinture de flanelle – 28/10/2012
  • Trois jeunes du Lion dans la tourmente de la guerre – 3/10/2011

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L’impérialisme russe est une constante de l’histoire de l’Europe de l’Est, Cette dernière en effet semble parfois bafouiller notamment lorsqu’elle reproduit les horreurs du passé. En témoigne l’insurrection polonaise de janvier 1863 qui visait à desserrer l’étau russe qui tenait le pays en quasi-esclavage. C’était quatre ans avant la naissance de Marie Curie. Les polonais réclamaient juste un peu plus d’autonomie et de libertés collectives et individuelles, alors que les garnisons russes occupaient l’ensemble du territoire et « punissaient » avec férocité toute forme de contestation. Poussant le sadisme jusqu’à enrôler de force les jeunes polonais dans l’armée tsariste.

Une répression sauvage s’ensuivit en février 1863, en tous points, comparable aux massacres et aux atrocités, perpétrés actuellement en Ukraine par la soldatesque poutinienne.

C’est dans ces circonstances tragiques, qu’un journaliste russe Alexandre Herzen (1812-1870), rédacteur du Journal Kolokol, un périodique d’inspiration socialiste libertaire, réfugié à Londres puis à Genève, écrivit à Victor Hugo lui-même proscrit du fait de son opposition farouche au régime impérial de Louis Napoléon Bonaparte et exilé dans sa résidence de Hauteville House à Guernesey.

Alexandre Herzen

En fait, il s’agissait plutôt d’un appel au secours, car cette lettre ne comportait qu’une simple ligne:

« Grand frère, au secours ! Dites le mot de la civilisation. »

En réponse à ce cri de détresse, Victor Hugo publia le 11 février 1863 dans les journaux libres d’Europe, un texte magnifique, conçu comme une adresse aux soldats russes qui se comportaient comme des soudards en Pologne. Cet écrit d’une plume sublime de troublantes anaphores demeure malheureusement d’actualité en Ukraine en ce printemps 2022.

Victor Hugo à cette époque

 » Soldats russes, redevenez des hommes.

Cette gloire vous est offerte en ce moment, saisissez-la.
Pendant qu’il en est temps encore, écoutez :
Si vous continuez cette guerre sauvage
, si, vous, officiers, qui êtes de nobles cœurs, mais qu’un caprice peut dégrader et jeter en Sibérie ;

Si, vous, soldats, serfs hier, esclaves aujourd’hui, violemment arrachés à vos mères, à vos fiancées, à vos familles, sujets du knout, maltraités, mal nourris, condamnés pour de longues années et pour un temps indéfini au service militaire, plus dur en Russie que le bagne ailleurs ;

Si, vous, qui êtes des victimes, vous prenez parti contre les victimes ;

Si, à l’heure sainte où la Pologne vénérable se dresse, à l’heure suprême où le choix vous est donné entre Pétersbourg où est le tyran et Varsovie où est la liberté ;

Si, dans ce conflit décisif, vous méconnaissez votre devoir, votre devoir unique, la fraternité ;

Si vous faites cause commune contre les polonais avec le czar, leur bourreau et le vôtre ;

Si, opprimés, vous n’avez tiré de l’oppression d’autre leçon que de soutenir l’oppresseur ;

Si de votre malheur vous faites votre honte.
Si, vous qui avez l’épée à la main, vous mettez au service du despotisme, monstre lourd et faible qui vous écrase tous, russes aussi bien que polonais, votre force aveugle et dupe ;

Si, au lieu de vous retourner et de faire face au boucher des Nations, vous accablez lâchement, sous la supériorité des armes et du nombre, ces héroïques populations désespérées, réclamant le premier des
droits, le droit à la patrie ;

Si, en plein dix-neuvième siècle, vous consommez l’assassinat de la Pologne,

Si vous faites cela, sachez-le, hommes de l’armée russe, vous tomberez, ce qui semble impossible, au-dessous même des bandes américaines du sud, et vous soulèverez l’exécration du monde civilisé !
Les crimes de la force sont et restent des crimes ; l’horreur publique est une pénalité.
Soldats russes, inspirez-vous des polonais, ne les combattez pas. Ce que vous avez devant vous en Pologne, ce n’est pas l’ennemi, c’est l’exemple. »

Puissent les soldats du criminel Poutine entendre cet appel venu du fond des âges et se réveiller enfin du mauvais cauchemar qu’ils infligent sur ordre au peuple ukrainien!

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Il parait si j’en crois le petit carnet que tu m’as laissé, que j’ai prononcé le mot  » Maman » aux alentours de mes dix mois, comme d’ailleurs mes trois sœurs cadettes! Mais depuis quatre ans, ce mot empreint de la mélancolie d’un présent désormais orphelin d’un passé révolu, ne relève plus de mon vocabulaire usuel, sauf à des fins littéraires.

Tu es partie quelque part ou nulle part dans un coin perdu du néant ou dans une contrée isolée d’un de ces multivers, ces lieux étranges de l’espace, imaginés par les plus savants de nos théoriciens contemporains en « matière » – si l’on ose dire – de cosmologie. C’est ainsi, que ces érudits d’équations inattendues posées, il y plus d’un siècle, ont désormais tendance à se substituer à nos antiques théologiens, et en plus, sans beaucoup faire mieux! L’avantage malgré tout, c’est qu’ils nous dispensent de leur morale à quatre sous à déposer dans des troncs et qu’ils ne nous promettent rien de paradisiaque ou de cauchemardesque. Au moins d’ici quelques milliards d’années!

Aujourd’hui 31 mars, c’est le jour anniversaire de ta naissance, mais Maman tu n’es plus là pour t’étonner ingénument des stigmates qui attestent du temps qui passe. C’est un constat auquel il faut se faire. Cette absence que d’aucuns appellent le deuil, s’accompagne pourtant d’un curieux paradoxe: tu demeures, malgré tout, à nos côtés, telle une référence ineffaçable ou une source intarissable d’inspiration.

De toi, ma mère – Adrienne Turbelier (1923-2018) épouse par amour de Maurice Pasquier (1926-2017) – je pourrais parler sans retenue à longueur de pages. Plus de soixante ans de complicité filiale, ça compte! Sur toi, je pourrais disserter et même rédiger des livres où finalement, je ne raconterais surtout que ma propre histoire avec toi. Je m’y suis d’ailleurs attelé mille fois, sans d’ailleurs prétendre accéder à ta vérité, hormis le fait que tu nous aimais!

En effet, l’authenticité d’un être n’a probablement qu’un rapport tenu avec la perception qu’on en a. N’en transparait que ce qu’il entend nous en révéler. Comme l’observe le jeune et magnifique philosophe Alexandre Jollien dans sa leçon de vie, cette quintessence de soi se trouve entièrement contenue, mais à jamais inaccessible, dans le tiret qui relie les deux dates encadrant une vie, celle de la naissance et celle de la mort.

Et d’ailleurs, ce dont on se rappelle consciemment aujourd’hui, ce sont tes anecdotes, celles que tu ressassais inlassablement pour nous distraire lors des repas de famille. A chaque fois on s’esclaffait en faisant semblant de les découvrir…Ces historiettes pour la plupart, localisées en terre angevine, nous manquent aujourd’hui, et personne d’entre nous ne saurait les reprendre à son compte en rivalisant avec toi …

Les carnets que tu nous as a laissés, ceux auxquels la jeune femme de la guerre confiait ses espoirs, de même que tes lettres de mère de famille durant les Trente glorieuses ou encore tes indignations de militante et les réflexions que tu livrais en une ou deux phrases dans le secret de tes agendas, nous en apprennent autant de toi que des décennies à tes côtés.

On n’ignorait rien de la singularité de ton caractère « bien trempé » volontiers mutin et révolté en faveur des causes auxquelles tu croyais, on savait la part de ta sensibilité qui s’exprimait au travers des tableaux que tu peignais sans complexe et avec passion, mais en réalité on te ne connaissait guère. Tu masquais tes émotions intimes sous une pudeur presque janséniste. Telle une adolescente découvrant la violence des sentiments et les affres des souffrances de l’âme, tu n’évoquais et n’évacuais tes chagrins que par le biais des petits mots que tu consignais ici ou là en forme d’aphorismes.

Quelques jours avant ton départ, j’ai cru entrevoir cette personne aimée, d’une sensibilité exacerbée et implorante, que je ne connaissais pas. Le masque s’est en partie estompé, lorsque tu m’as dit comme pour t’excuser du tracas que tu pensais nous infliger et pour nous demander timidement d’être là à l’approche de l’irrémédiable que tu pressentais :  » Je vous ai élevé, tout de même! »

Oui Maman tu nous as élevés et surtout tu nous as aimés. Inutile de chercher un autre épilogue à notre histoire commune.

Aujourd’hui, 31 mars 2022, tu aurais eu quatre vingt dix neuf ans. Tu étais née au 20 rue Desmazières à Angers. Angers celle ville que tu as quittée à contrecœur au début des années 70 du siècle dernier et qui est demeurée la ville de toutes tes nostalgies.

Quelques photos de toi aux différentes époques de ta vie suffisent à commémorer cet événement mémoriel intime dont nous sommes désormais les dépositaires.

Massy – Dernier repas en commun 10 octobre 2017

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Il y a vingt ans, le dimanche 20 janvier 2002, par une nuit sans lune, Jean-Marc Salinier (1944-2002) s’éteignait Forcément quand un ami nous quitte, la nuit est toujours « sans lune ». Foudroyé chez lui aux Ulis (91), par un infarctus du myocarde, il n’était âgé que de cinquante sept ans.

Au petit matin, la triste nouvelle diffusa dans la ville comme une trainée de poudre. Elle provoqua la sidération dans le cercle des élus municipaux des Ulis dont il était un des leurs depuis près de vingt ans. Depuis 1989, il était d’ailleurs le premier adjoint au maire et conseiller général du canton constamment réélu – et haut la main – depuis 1988.

Ce fut enfin la consternation dans les rangs de ses très nombreux amis, car Jean-Marc était avant tout un copain, c’est-à-dire quelqu’un de foncièrement chaleureux avec lequel on aimait « partager le pain »! Sans oublier le « bon vin » !

Originaire du Sud-Ouest, né en plein cœur du pays libournais, Jean Marc était en effet un passionné de la vie. Auprès de tous ceux qui l’approchaient, alliés comme adversaires politiques, il manifestait une sorte de convivialité joyeuse, sans pour autant taire de fortes convictions à gauche qu’il défendait avec ténacité. Et aussi avec beaucoup d’élégance!

Militant socialiste de longue date, il n’était pas de ces idéologues doctrinaires qui, depuis 1981, se disputaient la direction du parti socialiste dans le département de l’Essonne. Il n’appartenait en fait à aucune coterie même si, à la fin de sa vie, il se réclamait plutôt de la tendance hostile au tropisme technocratique socio-libéral du parti socialiste, aux côtés du très républicain et rugueux député des Landes Henri Emmanuelli (1945-2017).

A la différence de ses « camarades » essonniens aux egos surdimensionnés, qu’il croisait à la Fédération départementale et qui aspiraient à un destin national à l’avant-garde du mouvement ouvrier, il ne puisait pas, comme eux, la substance et le fil de ses discours dans une histoire instrumentalisée du marxisme ou du bolchévisme trotskyste. Doué d’authentiques talents de tribun populaire, c’était avant tout un pragmatique qui prenait le réel à bras le corps mais qui n’hésitait pas à « pousser un coup de gueule » lorsque les principes de liberté, d’égalité et surtout de fraternité, auxquels il se référait, lui apparaissaient bafoués avec cynisme. Et ce, quels que soient la nationalité, la couleur de peau, la religion ou l’âge de ceux auxquels il s’adressait avec véhémence.

Certes il préférait plutôt convaincre qu’imposer. Et à cet égard, il savait user, avec habileté, de sa voix grave et grumeleuse de fumeur, ainsi que des artifices bien rodés de la rhétorique militante, et même de la ruse, sans abandonner pour autant la logique de bon sens qui l’animait et le caractérisait, et surtout sans reculer d’un pouce sur les valeurs auxquelles il croyait. Valeurs de morale politique, que globalement, nous partagions! Dans ce registre, la rigueur et le travail étaient sa marque de fabrique et c’est ainsi qu’on l’aimait!

Grand affectif, parfois plus sentimental que froidement rationnel, il soutenait volontiers la controverse et ne redoutait pas l’affrontement dialectique, mais il n’en tenait nullement rigueur à ses contradicteurs, car il ne connaissait ni la rancœur, ni la rancune, même si parfois il exprimait certaines déceptions, en particulier après certains échecs. Ces derniers notamment électoraux furent rares au cours de sa carrière mais ils pouvaient l’affecter profondément et peut-être durablement. Ce fut certainement le cas en 1997 lorsqu’il perdit d’extrême justesse le siège de député de la cinquième circonscription de l’Essonne qu’il avait conquis sur la droite, deux ans auparavant à la faveur d’une élection législative partielle.

Le choc fut d’autant plus rude que cette année-là, la gauche devint majoritaire à l’Assemblée Nationale après la dissolution décidée par le Président Chirac et que Lionel Jospin, l’ancien patron des socialistes, devenait Premier ministre.

Sa nomination au Conseil Economique et Social en 1997 jusqu’en 1999 n’effaça pas complètement ce revers qu’il vécut comme une injustice, même s’il s’attela de son mieux, en travailleur consciencieux et homme de dossiers qu’il était, aux travaux très techniques de la section des activités productives, de la recherche et de la technologie, à laquelle il avait été affecté.

A son décès, Jean-Marc exerçait le mandat de premier adjoint au maire des Ulis mais également celui de vice-président du Conseil général de l’Essonne, chargé du sport, de la culture et de la vie associative. Il était en outre le leader local du Parti Socialiste.

Elément fédérateur n’appartenant à aucune des chapelles qui se chicanaient à la direction du parti socialiste en Essonne, il fut même, un temps, le « patron » œcuménique de la fédération socialiste du département.

Aux Ulis en tout cas, il incarnait l’autorité politique de proximité et était le leader incontesté de la gauche, surtout depuis que Paul Loridant (1948-2020), qui exerçait les mandats de maire et de sénateur, avait rejoint un peu moins de dix ans auparavant le Mouvement des Citoyens, cofondé par Jean-Pierre Chevènement et Max Gallo.

L’appartenance des deux personnalités Ulissiennes de la gauche non communiste à des formations politiques différentes, provoqua cependant quelque tension et suscita une certaine rivalité. Pour autant, ils abordaient les questions municipales de manière complémentaires. En outre, faisant preuve l’un comme l’autre, d’un grand sens des responsabilités et conscients que l’intérêt général primait, ils firent en sorte, que cette concurrence ne portât pas préjudice à la ville et n’entravât en rien sa bonne gouvernance.

Le pari fut tenu. En dépit de leurs divergences sur la politique conduite au niveau national, ils demeurèrent solidaires dans la gestion de la ville, y compris dans ses perspectives d’avenir.

Aussi en cette triste matinée du 20 janvier, tous les membres du conseil municipal joignables, quelles que soient leurs tendances ou options politiques, éprouvèrent le besoin de se réunir dans le cabinet du maire pour évoquer la mémoire de celui qui venait de nous quitter sans sommation dans la nuit. Sans autre propos que de rendre hommage à un ami unanimement apprécié. Chacun rappelant une anecdote ou un souvenir en sa compagnie, comme pour conjurer la surprise de sa disparition.

Rien, en tout cas, ne laissait présager une fin si précoce aux yeux de ceux qui le fréquentaient dans l’exercice de ses mandats politiques. Au-delà du militant politique, dynamique et volontaire, un peu « grande gueule » , c’était non seulement un ami fidèle qui nous quittait, mais aussi un homme dont on s’apercevait trop tard qu’il ne laissait rien paraitre de ses difficultés probables de santé et qu’il gardait sans doute pour lui, ses secrètes fêlures. C’est tout juste si certains d’entre nous savaient que quelque temps auparavant, il avait perdu un frère victime d’une crise cardiaque. Sur sa vie privée et intime, Jean-Marc ne discourait pas.

Elu de terrain avec la noblesse que ce statut requiert et dans toute l’acception du terme, Jean Marc était attentif aux accrocs de la vie de ceux qui se confiaient à lui dans ses permanences du samedi matin. Mais sûrement entrainé par son enthousiasme et ses responsabilités, il s’oubliait un peu lui-même.

Côte à côte au Conseil municipal des Ulis – années 1990

Pur produit du Sud-Ouest, émigré en Ile-de-France pour motif initialement professionnel, Jean Marc était, avec un style qui lui était propre, le digne héritier des radicaux-socialistes d’antan, qui fondèrent la République mais qui étaient d’abord d’inflexibles humanistes épris de la philosophie des Lumières. Comme eux, il aurait aimé haranguer le citoyen sous les préaux d’école. A sa manière d’ailleurs, il s’y livrait ne ratant jamais une occasion de débattre avec ses concitoyens. Avec l’accent chantant en prime et de préférence le soleil rasant des soirées estivales préélectorales. Comme eux, il parlait haut et fort et aimait les joutes oratoires.

De métier, Jean-Marc était cadre supérieur de la Poste. Les circonstances de la vie ont fait que la politique, c’est-à-dire, à ses yeux, le service de la collectivité, a fini par monopoliser sa vie. Mais il n’a pas rejoint la politique active tel un haut fonctionnaire formaté à l’art de l’esquive et destiné à prospérer puis à pantoufler sous les ors de la République. Il n’a pas cherché non plus à se transformer en théoricien du marxisme ou en donneur de leçons d’histoire du socialisme.

Son sens des autres, son empathie spontanée et son besoin d’être utile, autrement dit, son militantisme inné, se sont d’abord exprimés et presque naturellement au sein du mouvement associatif, notamment celui des Jardins Familiaux des Ulis, créés en 1979 au sud de la ville pour permettre aux familles des HLM de s’aérer et retrouver le plaisir ancestral de cultiver la terre. Et de fil en aiguille, via aussi son intérêt pour le sport aux Ulis pour lequel il se mobilisa également, le virus politique a progressivement investi son quotidien puis une grande part de son existence, jusqu’à ce sinistre 20 janvier 2002 où la mort a pris le relai sans crier gare !

Vingt ans après que reste t-il des traces laissées par Jean-Marc Salinier, de ses engagements militants ou de son exemple, au-delà d’un nom à l’entrée d’un stade ?

Pour les plus anciens, des souvenirs demeurent, qui se bousculent comme ces apéros du samedi matin après nos permanences respectives. Nous refaisions le monde, la clope au bec et un verre de whisky à la main! Il reste ces séances mémorables du Conseil municipal jusqu’à tard dans la nuit… Ces tirades ou ces engueulades amicales. Il reste le souvenir de ces réunions de section du PS dans une salle enfumée de la Maison pour tous des Amonts puis dans le local du parti encombré d’affiches et de tracts. Il reste les collages de nuit dans la ville endormie et les tractages du dimanche matin sur le cheminement piétonnier dominant le marché des Ulis à l’angle de la pharmacie.

Même ces lieux ont été aujourd’hui reconfigurés.

Pour les moins de vingt ans, n’appartenant pas au cercle de ceux qui l’ont connu, il est donc possible que son seul nom n’évoque plus rien d’autre que l’adresse d’un stade de foot ou d’une manifestation d’athlétisme ! Le temps qui passe est décidément cruel et ingrat.

De même que reste t-il de la Gauche de Jean-Marc Salinier! Qu’est-elle désormais devenue? Généreuse, progressiste, joyeuse, désintéressée, solidaire et fraternelle, et solidement ancrée sur des principes humanistes, elle est en voie de disparition. Existera-t-elle demain ailleurs que dans les livres d’histoire au chapitre de Jean Jaurès ou de Léon Blum?

Devenue inaudible faute d’avoir su actualiser son discours et sa vision du monde, elle se montre aujourd’hui incapable d’entrevoir l’avenir ou même de susciter la moindre utopie. Pourquoi?

Inaudible et sans voix, à force d’en avoir trop, discordantes et opportunistes. Ne sachant plus trop où elle habite, cette Gauche s’obstine malgré tout à ressasser de vieux poncifs hors d’âge et à nier une réalité démographique, sociale et sécuritaire et même identitaire, à bien des égards troublante, et qui pourtant s’impose à tous. Elle continue de ronronner, reniant, les valeurs mêmes qui l’ont portées et guidée comme la laïcité. Et ce, au nom d’une pseudo-tolérance faisant la part belle à l’intolérance et à l’obscurantisme que nos pères nous avaient appris à rejeter.

Prisonnière de la montée en puissance d’une pensée mystico-religieuse et climato-angoissante, elle renonce à postuler que l’avenir de l’humanité réside dans le progrès, et se transforme en une sorte de caveau d’ambitions subalternes, aussi envahissantes, stériles et finalement nocives que les gaz à effets de serre dans l’atmosphère terrestre.

Aujourd’hui, cette Gauche qui fut le berceau de toutes nos espérances, est moribonde. Suicidaire elle apparait « éparpillée par petits bouts, façon puzzle » comme disait Bernard Blier dans les Tontons Flingueurs. Façon puzzle, mais sans perspective crédible de recomposition.

Jean-Marc Salinier est bien mort, il y a vingt ans, mais on ne parvient pas à faire le deuil de sa conception progressiste de la société et de son évolution. Fut-t-il vraiment un des derniers mohicans socialistes à visage humain? Une dernière lumière à l’approche d’un trou noir. Espérons que non!

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Il y a quelques jours, parcourant sous un timide soleil d’automne, les allées du cimetière parisien de Saint-Ouen, après l’inhumation dans un quasi-anonymat, d’un ancien collègue, je me suis dit qu’au terme de cette sinistre année 2021, mes déambulations de plus en plus fréquentes dans ces havres de paix et d’éternité « concédée », ressemblaient bizarrement aux visites d’appartements témoins que j’effectuais jadis avec mon épouse pour dénicher à un coût acceptable la future résidence de nos rêves…

Nombre de mes amis proches ou de mes connaissances, nombre de personnes que j’ai aimées ont en effet disparu ces dernières années. D’ailleurs, à l’instant même où j’entame la rédaction de ces lignes, on m’apprend un nouveau trépas, celui de la veuve d’un vieux camarade et complice en politique, qui, il y a juste un an, a payé son obole à Charon, le nocher des Enfers.

Terrible année 2021 aux menaces et malheurs accumulés: année inimaginable du temps de ma jeunesse mais que les prémices de la vieillesse amplifient de façon déprimante en en accentuant les stigmates.

La camarde rôde, mais pas seulement dans mes parages. Pas seulement non plus du fait de cette lancinante et interminable pandémie virale qui nous harcèle depuis près de deux ans avec ses vagues déferlantes sur lesquelles surfent « les autorités ».

Des « autorités » qui nous enjoignent, la mine faussement confite, d’accepter la restriction de nos libertés les plus élémentaires, de vivre en ermites comme des cloitrés volontaires et de nous affubler presque partout et en permanence d’une sorte de niqab sanitaire fabriqué en Chine. A faire pâlir de jalousie les machistes en djellaba et en baskets qui prolifèrent en périphérie urbaine, en imposant des lois d’exception anti-républicaine au nom d’un prophète pédophile tout droit exhumé du Haut Moyen Age.

Stupéfiante année 2021 qui tolère sans complexe qu’à quelques centaines de mètres d’un cimetière parisien d’une ancienne banlieue rouge, sous le tablier fangeux d’un boulevard périphérique constamment embolisé, s’étalent au grand jour des monceaux d’immondices au milieu desquels, dans une saleté repoussante, s’agitent comme des mouches désespérées dans des abat-jour, des miséreux venus du monde entier, victimes de passeurs criminels et esclaves de trafics en tous genres. Et ce, sous l’œil apitoyé et larmoyant, volontiers accusateur mais impuissant d’associations prétendument caritatives pour « bénévoles » en quête de rédemption, et financées sur fonds publics.

Au loin, dans le couchant, les premières lumières de la ville s’allument sur fond de Tour Effel, dont aucun de ces pauvres hères ne bénéficiera vraiment, sauf sur un malentendu ou comme alibi d’une bonne conscience mondialiste.

Guernica – Picasso

Déprimante année 2021, aux contours indiscernables dans le brouillard idéologique ambiant, où les vérités progressistes d’hier deviennent d’attentatoires et intolérables inepties aux yeux des nouveaux guides de la pensée convenue. Année orpheline mal-assumée des utopies disparues, qui jadis nous laissaient entrevoir un illusoire Grand Soir, paré de toutes les vertus dont prioritairement celle de nous libérer de notre condition et de nous soustraire à la voracité de ceux qu’on accusait à tort ou à raison, de nous maintenir en état de sujétion. Année de confusion enfin où l’on ne sait plus distinguer l’effet de serre de l’effet de confinement, comme s’il s’agissait des faces d’une même réalité conçue pour nous abuser ou nous amuser.

Passant en revue les alignements de tombes sans y prêter vraiment attention, telles étaient mes réflexions désabusées et, je le reconnais, un tantinet sépulcrales. Le monde semble aller à vau-l’eau. J’en étais presque à me réjouir – tristement malgré tout – que mon avenir forcément prévisible bien qu’incertain, m’épargne d’avoir à supporter cette déroute morale, intellectuelle ou civilisationnelle, qui, aujourd’hui, se manifeste désormais ostensiblement un peu partout. Jusqu’aux abords de ce cimetière, et qui plus est gangrène le monde, en signant ainsi une sorte de délitement généralisé et de retour régressif à une pensée magique mystico-religieuse, rétrograde dénoncée depuis plus de deux millénaires. A tout le moins par ceux qui persistent à se réclamer contre vents et marées, de la tradition humaniste gréco-romaine.

Chemin faisant à travers les pierres tombales, les stèles et les cénotaphes, m’est soudainement revenu à l’esprit un très récent ouvrage (novembre 2021) du philosophe et essayiste Michel Onfray, dont je venais d’achever la lecture,  » La Conversion ».

Contrairement à ce que pourrait laisser entendre son titre de couverture, ce livre ne décrit pas un épisode christique de la vie de l’auteur à la manière d’un Paul de Tarse sur le chemin de Damas. Il se présente plutôt comme une dissertation, citations à l’appui, d’une œuvre majeure de la littérature universelle, le  » De natura rerum » un poème de douze cents vers, écrit un demi siècle avant notre ère par un philosophe et poète latin, Titus Lucretius Carus (98-55 avant JC), passé à la postérité sous le nom de Lucrèce.

Deux motifs m’avaient attiré vers le livre de Michel Onfray, dont je ne suis pas d’ordinaire un lecteur compulsif. Le premier, c’est son sous-titre « Vivre selon Lucrèce » . A cet instant dans ce cimetière, il me semblait en harmonie avec les circonstances et avec mon errance improvisée.

En tout cas, dans la librairie où je l’avais acheté, j’avais perçu ce choix d’ouvrage comme une sorte d’évidence ou d’aboutissement obligé et d’acte de curiosité, Lucrèce appartement de très longue date, à mon univers intime et à mes références incontournables…

La seconde raison, tout aussi impérieuse que la première, résidait dans la phrase que l’auteur avait placée en exergue de son introduction comme un avertissement au lecteur :  » Bien qu’athée, je suis tout de même le produit du catholicisme d’avant le concile de Vatican II ».

C’est aussi mon cas…

Ainsi j’ai lu ce livre à la manière d’un  » Introibo ad altare Lucretii ». Comme une répétition générale avant une seconde rencontre avec Lucrèce, poète si délicieusement impie, après celle effectuée, il y a longtemps, initiatique et existentielle pendant mon adolescence. Une seconde rencontre toujours retardée mais jamais annulée et qui aujourd’hui se présentait…

Mon premier contact avec Lucrèce et son « de natura rerum » fut en effet pour moi – un peu comme pour Michel Onfray – un éblouissement et même un choc émotionnel. C’était à l’époque de mes « humanités » au Lycée David d’Angers d’Angers au milieu des années soixante du siècle dernier. Le  » De natura rerum », l' »épopée philosophique » de Lucrèce m’assura d’ailleurs quelques points supplémentaires en tant que matière optionnelle au bac Math. Elem.

Et depuis, il ne m’a jamais vraiment quitté, jouant un rôle essentiel dans ma façon de concevoir le monde. Disons plutôt de l’entrevoir ou, à défaut, de l’imaginer.

C’est peut-être à lui que je dois mon intérêt pour les sciences exactes et c’est sans doute lui qui m’incita à privilégier la physique sur la métaphysique, en me familiarisant à la physique de Démocrite et à la philosophie d’Epicure qu’il s’était donné pour mission de vulgariser.

Bien sûr, la science universaliste de Lucrèce revisitant les théories de Démocrite apparait aujourd’hui datée, eu égard au développement prodigieux des connaissances des deux derniers siècles. Et pourtant l’intuition du poète demeure d’une fascinante actualité lorsqu’on songe par exemple au fait qu’il a théorisé l’évolution des espèces vivantes près de deux mille ans avant la sélection naturelle de Darwin ainsi que l’apparition tardive de l’homme dans l’histoire du vivant et surtout qu’il a développé une théorie atomique  » matérialiste » qui tranchait alors avec l’idéalisme platonicien. Une théorie non fondamentalement remise en cause par les piliers modernes de la physique que sont respectivement la mécanique quantique et dans une moindre mesure la gravitation universelle.

C’est précisément à cet aspect de la physique de atomes dans l’œuvre de Lucrèce que je songeais de retour des obsèques de mon ami: un aspect très important de son apport conceptuel et auquel MicheL Onfray a consacré plusieurs chapitres, dont un, de circonstances en ce funeste jour, intitulé : « la mort, une vie comme une autre ».

Mais qu’on ne s’y trompe pas, dans l’esprit de Lucrèce, il n’est pas question ici, de résurrection vers un hypothétique au-delà, ni de survivance de l’âme. L’éternité n’existe pas pour les individus dans les thèses de Lucrèce. Seules les entités élémentaires que sont les atomes, qui « tombent dans le vide » perdurent indéfiniment en étant en permanence recyclés.

« De fait, comme l’écrit Onfray, le défunt (de Lucrèce) vit sa vie de cadavre comme un vivant vit la sienne, en support au système qui régit les corps ». « Tout n’est qu’agencement d’atomes qui chutent dans le vide » . C’est l’objet du livre II « De la Nature ».

Le mieux pour s’en délecter esthétiquement, serait de le lire en latin. A défaut, d’excellentes traductions en ont été données au cours des âges, qui en respectaient la musicalité.

Malheureusement, plus d’un demi siècle après avoir abandonné Virgile, César et Catulle et même le « De Viris » de l’abbé Lhomond, je ne saurais plus traduire moi-même le « de natura rerum »! Je m’étais pourtant promis de le faire, quand j’aurais recouvré ma liberté et que le temps ne me serait plus décompté.

C’est désormais le cas, mais j’ai perdu le latin d’empire, le plus ardu pour moi, dans les méandres du temps et de la mémoire. Et ironie du sort, le temps m’est forcément et de nouveau compté.

Et le comble pour le mécréant que je suis et que je revendique d’être, c’est que les seuls textes en latin que je sois désormais en mesure de décoder (un peu) sans trop de difficulté, ce sont ceux liturgiques du rite eucharistique de saint Pie X. La mémoire reptilienne a la peau dure!

Ayant pris congé des dieux, inventés jadis pour juguler notre peur du néant, que savons nous au juste de la nature profonde des choses de la Nature, entre le désordre toujours menaçant et l’ordre perpétuellement inconstant, ou plus probablement de l’équilibre à jamais remis en cause entre les deux et pourtant si fécond?

Lucrèce nous a donné sa réponse! Une réponse…

Edition revue et corrigée en 1954

Sorti du cimetière, j’ai retrouvé sans surprise les puanteurs et les fureurs de la ville lumière. Et je suis rentré chez moi, en m’efforçant d’oublier que Lucrèce se serait suicidé! M’efforçant aussi de rester calme face au spectacle désolant d’une rame de RER évacuée après deux stations pour cause « d’incident technique ».

Des centaines de personnes fatiguées au visage masqué piétinaient déjà sur le quai en attendant un nouveau convoi et en redoutant la prochaine vague épidémique annoncée impitoyable par les oracles de l’épidémiologie. Les autorités en prévoyaient la survenue brutale pour Noël ou pour l’année nouvelle, ou même pour après, si affinité… et si nécessaire à la Trinité!

Les alertes numériques sur les smartphones se chargeront d’entretenir l’angoisse et le suspens!

On vit une époque merveilleuse!

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Le 30 novembre dernier, Gérard m’a téléphoné de sa chambre d’hôpital. J’ignorais que ce serait notre dernière conversation. Peut-être, que lui le pressentait, mais il n’en a rien laissé paraitre, en dépit des souffrances que lui infligeait sa maladie et dont il m’a tout de même fait part. Malgré la gravité de son état, il semblait même garder espoir, allant jusqu’à faire diversion et évoquer avec légèreté les peintres impressionnistes dont il était un fan absolu, et disserter à propos des chefs d’œuvre de la collection Morozov exposés actuellement à la Fondation Vuitton. Il se promettait -disait-il – d’y déambuler dès qu’il serait en mesure de le faire..

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En badinant ou presque, nous avons confronté nos vieux souvenirs communs ainsi que certaines figures de notre profession aujourd’hui disparues. Nous avons devisé sur l’actualité politique avec un certain désabusement et même, en ce qui le concernait, un certain détachement. Mais, je n’ai pas perçu au cours de cet échange complice d’une trentaine de minutes, qu’il me disait adieu. J’aurais pourtant dû m’en douter eu égard à la durée inhabituelle de notre entretien et même à sa teneur souvent plus intimiste, plus fataliste aussi que d’ordinaire, nostalgique et en déphasage assez marqué avec sa pudeur coutumière et sa réticence à parler de lui-même.

Gérard était en effet un homme modeste, réservé et chaleureux, mais peu porté aux confidences sur ses états d’âme, en dehors certainement de son cercle familial.

Or ce jour-là, il parlait d’abondance et je l’écoutais, sans pouvoir partager sa souffrance.

C’est donc avec une immense tristesse que j’ai appris ce matin par son épouse, qu’il nous avait quittés le mardi 7 décembre 2021 dans une unité de soins palliatifs d’un hôpital parisien. Il était âgé de soixante-treize ans.

Le moins que l’on puisse faire désormais, c’est de lui rendre l’hommage qu’il mérite et d’assurer à ses proches, à son épouse et à sa fille que nous ne l’oublierons pas. Nous honorerons sa mémoire. En leur présentant nos sincères condoléances, nous nous souvenons que Gérard, fut un des nôtres et qu’il sut à nos yeux incarner l’homme de bien au sens de la philosophie des Lumières. C’était un patriote qui aimait intensément la France et qui admirait le général de Gaulle.

Au-delà de ses convictions politiques que je ne partageais pas nécessairement toutes, et qui ne firent jamais obstacle à notre amitié, nous nous respections. Ce fut enfin un très grand professionnel de la métrologie des rayonnements ionisants tant par sa technicité et le talent qu’il déployait, que par la passion qu’il mettait à faire vivre concrètement la radioprotection afin de garantir, dans l’anonymat de son labo, la sécurité de ses concitoyens et l’intégrité de leur environnement face au risque nucléaire ou radiologique. Sans catastrophisme hors de propos mais sans masquer quoi que ce soit des risques encourus.

Eminent acteur de notre discipline, il en fut un référent circonspect et réservé, sans doute trop méconnu du public mais heureusement reconnu par ses pairs. Et pour nous, il fut un collègue exemplaire – un maitre – et surtout notre compagnon d’aventures. Tout d’un ami en somme, discret mais présent aux moments opportuns!  

Nombreux sont ceux, aujourd’hui endeuillés, qui peuvent témoigner de sa compétence, de la sûreté de ses diagnostics ainsi que de son sens de la pédagogie pour transmettre son expertise métrologique sur des situations incidentelles ou accidentelles. Lesquelles étaient presque systématiquement délicates et techniquement complexes, souvent conflictuelles, du fait de la présence éventuelle de matières radioactives potentiellement disséminées dans la nature. Dans ces circonstances, je peux personnellement attester – comme beaucoup d’autres – de sa détermination et de son courage à soutenir un point de vue qu’il estimait scientifiquement fondé, y compris lorsque de hautes autorités affirmaient le contraire.

C’est donc une personnalité particulièrement attachante que nous perdons. Elle s’en va et c’est une grande tristesse en cette année maudite qui nous a déjà privés récemment d’un autre éminent collègue et ami fidèle, Alain Biau (1949-2021), disparu au printemps.

L’heure est désormais au bilan d’une vie.. Bilan que nous ne saurons, es qualité de collègues, que très partiellement dresser. L’homme était pudique et nous n’avons, bien sûr, pas vocation à pénétrer ce qui relève de l’intime. En revanche, ce que l’on sait avec certitude c’est que tout au long d’une carrière exemplaire à tous égards, Gérard a privilégié son exigence déontologique et éthique ainsi que son expertise, sur les postures grandiloquentes et narcissiques qui n’ont l’heur de satisfaire que les égos. En permanence, de conserve avec Gerno Linden, le responsable de son département, lui-même prématurément disparu, il a recherché à améliorer la qualité et les performances de son laboratoire ainsi que la fiabilité des données scientifiques qu’il produisait. Et ce, sans trop se soucier des controverses médiatiques à visée politicienne que ses résultats pouvaient susciter à tort ou à raison.

Embauché en 1966 dans le Service de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI), fondé par le Professeur Pierre Pellerin, quelques années auparavant, Gérard Fouquet fut l’un des principaux témoins et protagonistes de la radioprotection en France durant le demi-siècle écoulé. La plupart des grandes « affaires » de contamination ou de surexposition de l’homme ou de l’environnement sont passées à un moment ou à un autre entre ses mains de physicien spécialiste de la métrologie des rayonnements ionisants.

Beaucoup de ces « scandales » réels ou fictifs qui ont défrayé l’actualité – sinon la chronique – ont d’ailleurs connu leur épilogue, d’un point de vue analytique, parce que Gérard en a assuré la spectrométrie sans autre considération que de bien faire son travail, en bousculant les idées reçues et les convenances préétablies et au détriment parfois de son propre confort. Dans toutes ces situations, il a fait valoir prioritairement et sans concession, sa position de scientifique et de technicien dès lors qu’il la savait juste et démontrable. Beaucoup d’exemples me viennent à cet instant à l’esprit, depuis les mesures faites en France après la catastrophe de Tchernobyl, jusqu’à la contamination ancienne de locaux d’une « cité sanitaire » de Dordogne où la pertinence de ses analyses spectrométriques et leur interprétation débouchèrent, il y a une vingtaine d’années – et de manière inattendue – sur une authentique découverte historique concernant les circonstances de l’identification par la famille Curie d’un radioélément naturel, l’actinium, un descendant de l’uranium.

Son univers de travail

Gérard savait tout des spectres d’émission des éléments radioactifs. Formé à l’ancienne, il accompagna néanmoins avec talent et une certaine gourmandise, toutes les évolutions de son métier, des équipements modernisés aux logiciels de traitement des signaux les plus élaborés. Il sut non seulement en tirer techniquement le profit escompté mais aussi prendre le recul nécessaire quand les résultats lui semblaient discutables. Ainsi, lorsque l’identification d’un radioélément, fournie par la bibliothèque numérique lui apparaissait aberrante voire incohérente, il élargissait son analyse spectrale en s’intéressant à des raies d’émission sur d’autres bandes d’énergie. S’affranchissant des standards retenus par les concepteurs des algorithmes de traitement de signal, il n’hésitait pas alors à recourir aux méthodes « manuelles » d’antan, plus rigoureuses mais moins rapides que les programmes informatiques prédigérés. C’était en d’autres termes, un vrai pro! Un artiste!

C’est cette rigueur, cette passion du travail bien réalisé, cette soif de comprendre et d’apprendre, qui ont fait du jeune aide-physicien qu’il était en 1966 quand il intégra le service de spectrométrie gamma du Professeur Moroni au SCPRI, l’ingénieur accompli et admiré qu’il devint par la suite, à l’Office de Protection contre les rayonnements ionisants à partir de 1994 puis à l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire en 2002.

Au-delà de cette vie professionnelle aux multiples facettes et développements, dans laquelle la spectrométrie s’apparentait un peu à un art, Gérard Fouquet était aussi un homme de culture authentique, visiteur jamais rassasié des expositions de peinture, de photographies et des musées. C’était également un amoureux de la langue française. Un promeneur infatigable dans les rues de Paris qu’il aimait, à la recherche permanente de l’insolite. Ces derniers temps, la transformation de la capitale l’attristait mais il ne désespérait que cette dégradation qu’il déplorait, finisse un jour par s’inverser… Il ne le verra pas.

Nymphéas de Claude Mo,net

Ce 30 novembre 2021, Claude Monet (1840-1926) s’invita dans notre ultime conversation au travers des Nymphéas qui, pour Gérard, symbolisaient la beauté et l’harmonie suprêmes.

Et à cette occasion, sans que je me souvienne si c’est lui ou moi-même qui aborda la question, nous évoquâmes le geste d’amitié, de douleur et de fureur de Georges Clemenceau lors des obsèques de Claude Monet son ami. Il retira le drap noir qui recouvrait le cercueil du peintre en prononçant ses paroles: « Non ! pas de noir pour Monet. » Et il le remplaça par une étoffe aux couleurs des fleurs.

A chacun de réfléchir au linceul qu’il faudrait enlever en ces instants de tristesse où Gérard, un de nos chers amis, s’en est allé ailleurs ou nulle part. Un de nos amis, dont tout laisse à penser qu’il dédia sa vie à la recherche esthétique de l’harmonie du monde. Fondamentalement Gérard était un artiste!

Pars en paix l’ami. Tu as bien fait ton job! Au-delà du trépas, tu demeures des nôtres.

Siège « anthropo » thorax/thyroïde
Tests au Vésinet – Années 70
J.C Martin (pupitre), A. Biau (siège) –
G. Fouquet près des détecteurs.





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Les vagues successives de la pandémie de Covid 19 déferlent sur la France au rythme fulgurant des annonces ministérielles et des atermoiements présidentiels, les unes comme les autres, agrémentés, sous couvert de science, de bouffées délirantes d’autoritarisme contredisant les affirmations rassurantes de la veille. Quoiqu’il en soit, elles légitiment – du moins c’est ce qu’on dit – nombre d’écarts aux règles qui d’ordinaire encadrent nos libertés individuelles. On vit depuis de nombreux mois sous une législation d’exception. Beaucoup se sont déjà exprimés sur ce point et en ont dénoncé les dérives les plus criantes. En tout cas, celles qui paraissaient disproportionnées à l’ampleur du fléau qui nous accable et qui font peser de lourdes menaces sur notre vie d’après, c’est-à-dire, sur notre manière de vivre, si jamais certaines restrictions se transformaient en habitudes tolérées par lassitude. Ou par la force!

Remettre en cause insidieusement ou simplement égratigner certaines de nos libertés fondamentales serait en principe inacceptable dans une société démocratique évoluée. Mais nous l’avons et docilement admis, car ce qui était en jeu, c’était la vie et la mort de chacun d’entre nous, et dans l’intervalle la souffrance des nôtres. On l’a accepté à l’exception d’irréductibles réfractaires à la notion d’intérêt général ou de ceux perdus dans les rêves chimériques de gourous de la santé. Ainsi, le plus grand nombre d’entre nous s’est fait vacciner.

Une dose, puis deux doses et désormais trois doses !

On a consenti à s’y soumettre presque de plein gré, à défaut de gaité de cœur, dans la fidélité à la démarche pasteurienne qui nous a intellectuellement nourris, en bravant la part d’incertitude que comporte nécessairement toute avancée médicale et scientifique !

On l’a fait finalement sans réelle réticence, surtout lorsqu’on est vieux et qu’on nous rabâche quotidiennement qu’on n’a guère d’autre choix, compte tenu de la faiblesse présumée de nos défenses immunitaires, que le vaccin ou l’entubage pulmonaire pré-mortem.

Et pour faire bon poids, on nous a convaincu que c’était bien pire ailleurs, chez nos « amis européens » non dotés de dirigeants aussi clairvoyants que les nôtres. En outre, pour inciter ceux qui se montreraient rétifs à la troisième dose, on nous a annoncé qu’à défaut, on nous supprimerait le droit d’aller diner au Mc Do avec nos petits-enfants ou de pénétrer avec eux dans un « cinoche » pour voir aux prochaines vacances, le Mystère de Noël, Le Piano Magique ou les Enfants de la Pluie…

Ce type d’injonctions type « carotte et bâton » amalgamant science présumée, santé publique et politique nous a, une fois de plus, mis mal à l’aise! Mais on n’a pas trop protesté! Jouir désormais de droits au rabais à cause d’un microorganisme importé de Chine, c’est sans doute une pénible sujétion. Mais par la force des choses, par civisme aussi, on a fini par s’y habituer au nom du bien commun, gommant délibérément nos souvenirs de jadis où nos mouvements n’étaient pas regardés à la loupe, nos déplacements non masqués, et où le Président de la République ne confondait pas la Défense Nationale, la Santé Publique et son destin personnel…

Mais faut-il, pour autant, profiter de cet aggiornamento généralisé pour abandonner nos classiques normes de civilité, de courtoisie ou de politesse, qui font le sel de la vie, et nous assimiler à des meutes de braillards irresponsables? Faut-il transformer les centres de vaccination qui fleurissent aujourd’hui un peu partout, en des lieux où s’imposerait une discipline excluant toute compassion et « dignes » en la forme des casernements pour conscrits turbulents sous la troisième République?

C’est pourtant ce qui s’est passé ce matin – 22 novembre 2021 – dans un centre de vaccination d’une sous-préfecture de la banlieue Sud d’Ile-de-France.

Le centre ouvrait ses portes à onze heures mais gare à celui ou celle qui en franchissait le seuil, quelques minutes en avance ! Il était vertement sermonné par un individu en tenue de sapeur-pompier aux manières de « juteux » de conseil de révision, qui rappelait à l’impudent que l’heure c’est l’heure, et qu’avant l’heure, il était strictement interdit de franchir le pas! Peu importe, qu’il caille dehors et que la plupart des quidams outrecuidants, effrayés par les menaces ressassées en haut-lieu, avait deux fois l’âge de l’excité dragon en uniforme, et fier de l’être! Rompez !

Pire si les petits vieux, majoritairement septuagénaires – principaux clients du centre à la suite des chantages à la peur, distillés par les autorités manifestement à la peine – s’avisaient de prendre un formulaire parmi ceux étalés, trainant sur une table, le fonctionnaire allumé, seul maître à bord après Dieu, comme il aimait le répéter, aboyait à l’adresse des emmitouflés aux cheveux blancs qu’il était aussi l’unique préposé du centre de vaccination, habilité à distribuer des papiers.

Malheur aux insouciants enfin, dont le grand tort était de n’être que peu ou prou familiers d’Internet et qui, se seraient pointés dans l’antre du cerbère, sur conseil de leur toubib, sans avoir au préalable pianoté sur la plateforme de rendez-vous Doctolib.

De surcroit, le concierge vociférant et impoli tenait à préciser avec fermeté que les médecins et les infirmiers, vacataires du centre, n’avaient qu’une seule tâche, « piquer », et qu’ils n’avaient à prendre aucune autre initiative sans son autorisation ! Non mais ! L’intraitable groom des lieux affirmait à la cantonade, face à de pauvres vieux confus qu’il ne souffrait aucun passe-droit, aucune exception, aucune urgence ! Rompez une deuxième fois !

Finalement, on a fini par s’accommoder des gesticulations de ce sous-fifre de casernement d’ancien régime. On a même souri, en dépit des circonstances, devant le ridicule de ce personnage guignolesque empêtré dans ses procédures et qui s’estimait important. Nous étions trop contents qu’après nous avoir confondu avec du bétail destiné à l’abattoir à plus ou moins brève échéance, il ne nous ait pas imposé, en plus, une « corvée de chiottes ». Ca nous aurait pourtant rappelé le bon temps !

Pour les mutins chroniques – dont l’auteur de ces lignes – la vaccination s’effectuera finalement ailleurs, dans le cabinet du médecin !

La morale de cette histoire est simple. Cet incident montre que le réflexe d’humanité devrait primer sur la nécessité fonctionnelle de fixer les ordres de passage des candidats à la vaccination. Des abrutis peuvent faire l’affaire pour ce travail d’organisation mais pas pour manifester de l’empathie, ou encore de la compréhension voire d’élémentaire politesse. Cette absence totale d’égards et ce mépris pour ses semblables plus âgés sont évidemment condamnables et inquiétants. Ils ne sont pas pour autant illogiques lorsqu’un président paternaliste, hautain et s’identifiant à Napoléon et Newton réunis, décide seul, de questions de santé dans un conseil de défense, confidentiel. Dans ces conditions, on ne doit pas s’étonner qu’en bas de l’échelle, soient confiées à des tyrans de chambrée, soi-disant pompiers, des responsabilités de chefs de centres de santé. Et ce, sans qu’on leur ait au préalable rappelé que les vieux sont encore des humains et que s’ils se déplacent pour se faire vacciner, ce n’est pas par caprice ou pour nouer des rencontres coquines.

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