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Archive for the ‘Pouce-pause’ Category

Quatre ans auparavant, dans l’isolement forcé que les circonstances et sa naïveté lui avaient imposé, celui qui venait de remporter haut la main les élections présidentielles, dès le premier tour avec près de trois quarts des suffrages exprimés, avait écrit en avant-propos d’un essai sur l »extinction du paupérisme » qu’aucun socialiste d’alors ou saint-simonien n’aurait désavoué : «

Je livre mes réflexions au public, dans l’espoir, que développées et mises en pratique, elles pourront être utiles au soulagement de l’humanité. Il est naturel dans le malheur de songer à ceux qui souffrent ».

Nous sommes au soir du 11 décembre 1848 et l’homme qui vient d’être élu Président de la République Française au suffrage universel (5.534.226 suffrages sur 7.487.000 votants) s’appelle Louis Napoléon Bonaparte et c’est le neveu de Napoléon 1er.

C’est un homme jeune, tout juste quadragénaire qui vient ainsi d’être porté triomphalement à la magistrature suprême, de cette seconde République encore balbutiante…

Son score a quasiment humilié les autres concurrents, dont le Général Louis-Eugène Cavaignac qui représente le camp des républicains conservateurs, mais qui traîne la casserole de la répression ouvrière de juin 1848, le démocrate-socialiste officiel Alexandre Ledru-Rollin, le poète Alphonse de Lamartine, « l’illusion lyrique » et le vieux socialiste révolutionnaire, médecin des pauvres, François-Vincent Raspail! Sans compter deux concurrents anecdotiques, monarchiste et indépendant.

Superbe performance d’autant que l’homme est presque novice en politique. Il ne s’était fait élire député pour la première fois, que six mois auparavant.

Louis Napoléon B. en 1848

Le nouvel élu a toutefois un passé, et même un passé de rebelle et d’apprenti putschiste.

A deux reprises, en 1836 et en 1840, il a naïvement et maladroitement tenté de soulever l’armée pour renverser la monarchie constitutionnelle de Louis-Philippe. Mais après la révolution de février 1848 qui instaura la seconde République, ses tentatives avortées de coup d’Etat à l’encontre d’un régime et d’un roi déconsidérés, étaient plutôt perçues comme d’incontestables brevets de ferveur républicaine et d’aspiration démocratique.

L’exil (doré), l’emprisonnement que le jeune président de la République avait dû endurer à la suite de ses diverses péripéties subversives un peu folles, et enfin son évasion en 1846 du Fort de Ham où il était détenu, constituaient en outre des preuves de son courage et de sa force de caractère.

Dépourvu de charisme et doté d’un physique quelconque, l’homme ne séduisait pas a priori. En plus, c’était un médiocre orateur, qui savait, malgré tout, susciter une certaine émotion lors de certaines envolées quasiment mystiques. Financé par sa mère Hortense Beauharnais pour laquelle il nourrissait un amour filial que d’aucuns qualifièrent d’excessif, il eut néanmoins l’habileté de se présenter comme un homme neuf (hors système comme on dirait de nos jours), en mettant en avant sa jeunesse et en se servant de son inexpérience politique à des fonctions de premier plan, comme d’un gage du renouveau dont le pays avait besoin.

Son principe était de constituer une majorité en transgressant les clans politiques de l’époque et en les regroupant sous sa bannière… C’est ainsi qu’il réussit à s’imposer et devint, à quarante ans, le premier président de la République élu au suffrage universel en France.

Personne – à droite ou à gauche de l’échiquier politique – n’a probablement imaginé au soir de ce 11 décembre 1848, qu’il serait aussi celui qui abolirait la République. La gauche socialiste préférait ne voir en lui que l’auteur de son essai sur l’extinction du paupérisme qui demandait « qu’on rende enfin justice à la classe ouvrière ! » tandis que la droite républicaine incarnée pas Adolphe Thiers pensait que cet homme sans parti et sans prestance serait aisément manipulable…

Peu, à l’époque, prirent conscience qu’il avançait masqué vers le pouvoir absolu et vers l’empire. Mais pour l’heure, cultivant habilement sa popularité en s’affichant comme l’arbitre entre le peuple et l’Assemblée nationale, il bénéficia de l’exaspération suscitée dans les classes populaires par la République conservatrice qui avait mâté dans le sang en juin 1848 les manifestations parisiennes de la faim.

Comme bien souvent par la suite, le vote qui le porta au pouvoir ne fut pas un vote d’adhésion à sa personne ou à son programme, mais un vote d’exclusion des autres candidats…

En fin de compte c’est sur une majorité ambiguë et hétéroclite, constituée de rares nostalgiques du premier Empire, « de défenseurs de l’ordre et de la propriété mais aussi de laissés-pour-compte de la révolution industrielle, sensibles à ses idées sociales, qu’il s’appuya, du moins au début, en s’efforçant de contenter tout le monde et son frère!

L’échéance de son mandat se profilant, et ne pouvant se représenter du fait de la Constitution et de l’opposition de L’Assemblée nationale, il fomenta alors le coup d’Etat du 2 décembre 1851, renversa la IIe République et, un an plus tard, instaura le Second Empire !

Durant plusieurs années, la France vivra sous un régime autoritaire… Une des premières mesures en ce sens de Louis Napoléon sera de promulguer une loi de sûreté générale, restreignant de manière drastique la plupart des libertés fondamentales…

Les plus optimistes – les pragmatiques béats – diront que cette période despotique de l’histoire de France, fut aussi une période faste pour réformer le pays et l’industrialiser…

Il est vrai qu’un dictateur n’a nul besoin de s’emberlificoter pas dans des procédures pour décider… Il a juste besoin d’obligés, de clients, de groupies, de courtisans pour entretenir sa notoriété, vanter ses incommensurables mérites et promouvoir ses réformes « nécessaires » de modernisation…Et aussi, d’une police efficace pour faire taire les opposants trop turbulents.

Il suffit de s’accommoder de la disparition du débat démocratique…

Napoléon III y est parvenu à merveille, jusqu’à la défaite finale de 1870 et son abdication …

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Des années soixante du siècle dernier, il me revient régulièrement en mémoire, entre autres souvenirs exhumés – Dieu sait comment et surtout pourquoi – de mes « humanités » au lycée David d’Angers, le petit quatrain suivant, un peu abscons, et désormais oublié des élèves, car devenu inutile avec « la Révolution Numérique », la nouvelle Route Nationale du savoir, qui fait tant fantasmer et causer nos politiques en période électorale :

Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages.
Immortel Archimède, Artiste, Ingénieur,
Qui de ton jugement peut briser la valeur ?
Pour moi ton problème eut de pareils avantages. »

Cette ode était généralement associée à un rappel historique bizarre, qu’on se plaisait aussi à répéter :

Les 3 journées de 1830 ont renversé 89 »

Le plus étrange, c’est que ce n’était pas notre prof de français qui nous avait enseigné ces vers, mais le prof de maths, comme moyen mnémotechnique, pour décliner les trente premières décimales du nombre π, (Pi) et pour annoncer son inverse 1/ π sans avoir à le calculer (la division de 1 par un autre nombre avec une virgule est un exercice pénible).

Ainsi, dans le quatrain qui rend hommage à Archimède, il suffit de compter le nombre de lettres de chaque mot, pour approcher « Pi » : Que=3, j=1, aime=4, à=1 etc.

Dans le rappel de la Révolution de juillet 1830, l’inverse de « pi » s’obtient ainsi : « 0, 31830 98 ». Il faut bien sûr trouver le « zéro tout seul » et penser à « renverser 89 en 98 !

Photo internet Canada

Au cours de ma scolarité, je ne fus ni très bon, ni très mauvais en mathématiques.

Sans fausse modestie, plutôt bon que mauvais, mais pas transcendant ! Et c’est ce qui explique sans doute que je ne suis jamais devenu un vrai mathématicien, et que la transcendance ne m’a jamais trop inquiété sauf lorsqu’il s’agissait précisément du nombre « Pi » …qui lui est un nombre « transcendant » !

Pour ceux qui aiment les maths, je rappelle que la définition d’un nombre transcendant est la suivante (selon Wikipédia que je me contente de recopier, comme il l’a fait lui-même d’ouvrages spécialisés) :

« Un nombre transcendant est un nombre réel ou complexe qui n’est racine d’aucune équation polynomiale à coefficients entiers. Comme tout nombre rationnel est algébrique, tout nombre transcendant est donc un nombre irrationnel. »

Intuitivement (!), on sent bien que ça se complique, mais en gros s’agissant de notre fameux « Pi », on peut dire pour simplifier (abusivement) qu’aucune formule, qu’aucune équation, qu’aucun algorithme, même l’ordinateur le plus complexe auquel rêve Benoit Hamon pour supprimer le travail, ne parviendra à fournir une valeur exacte de « Pi », car son nombre de décimales est infini !

Aux dernières nouvelles, les trente chiffres de mon vieux quatrain sont largement dépassés, on aurait aujourd’hui dénombré dix mille milliards de décimales… Et on continue.

Fascinant ! Alors que ça parait si trivial, cette histoire de « Pi »…

N’importe qui avec une règle graduée, une cordelette et, le cas échéant, un compas, peut en faire une mesure approximative : en effet, on a tous appris à l’école que ce nombre était égal au rapport de la circonférence d’un cercle à son diamètre…Quel que soit le cercle, et forcément quel que soit le diamètre, ce rapport est constant ! …

Et ce nombre « irrationnel », qui défie la raison, qui nous échappe et qui nous nargue depuis la nuit des temps, a tracassé tous les mathématiciens depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

Il a colonisé, non seulement, notre bon vieux cercle qui l’a révélé au grand public avec plus d’efficacité mystérieuse qu’une apparition mariale , mais également une grande partie des mathématiques, des probabilités des plus élémentaires aux plus subtiles, des algèbres ou des géométries les plus abordables comme notre respectable euclidienne, jusqu’aux plus complexes.

Partout, il pointe régulièrement le bout de son nez…En physique aussi, sa présence est incontournable, de la mécanique classique où il contribue prosaïquement à expliquer et à formaliser le fonctionnement d’une poulie ou à comprendre le cheminement des ondes sinusoïdales sur notre bassin d’agrément, jusqu’aux monuments conceptuels les plus élaborés comme la relativité einsteinienne ou la mécanique quantique !

Albert Einstein lui-même a eu la bonne idée de naitre le troisième mois de l’année (1879) le 14… « 3,14 » !
Est-ce la raison pour laquelle, le « 14 mars » est désormais la journée internationale des mathématiques, le « Pi-day » ?

Le grand « Albert » aurait 138 ans!

 

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Il m’aura fallu patienter plus d’un demi-siècle pour apprendre l’existence d’un certain Jehan Gelée, né, semble-t-il, en l’an de grâce 1495, quelque part en Gâtine poitevine dans les environs de Parthenay, de Saint-Pardoux ou de Soutiers…

Photo Site officielCommune Mazières en Gâtine

Ph. Site mairie Mazières-en-Gâtine

Ce que je sais de lui est très sommaire ! A vrai dire, presque rien, hormis deux précisions: la première, triviale, eu égard à sa date de naissance, c’est qu’il a vécu sous les règnes de Charles VIII, de Louis XII et François 1er entre 1495 et 1547, et la seconde, forcément plus déterminante pour moi, c’est qu’il est mon lointain aïeul ! Et, même, au hit-parade de mes ancêtres, le plus ancien d’entre eux, à ce jour identifié !

Le fait qu’il soit né, trois ans à peine, après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, donne le vertige, surtout si l’on prend conscience que quinze générations et un peu plus d’un demi-millénaire nous séparent…

Je ne suis pas l’inventeur de cette découverte. C’est à ma cousine, « Rose l’Angevine » qu’il faut attribuer cette bouleversante révélation, récemment exhumée des archives ! Ainsi, sans crier garde, surgit du fond des siècles, un inconnu dont j’aime à croire qu’il me ressemblait comme un frère…ou peut-être pas du tout !

En tout cas, quelqu’un avec lequel je suis censé partager quelques gènes. Sans l’obstination de « Rose » une fidèle habituée de mon blog, il est certain que j’aurais vécu le reste de mon âge sans me préoccuper un seul instant de ce Jehan poitevin… Il faut dire que rares sont ceux, qui, dormant depuis des lustres dans les registres d’état civil ou paroissiaux parviennent à se soustraire aux enquêtes quasi-policières de Rose, une des généalogistes les plus averties du Grand Ouest du royaume de France, et même des provinces de la Nouvelle France. Nombreux en revanche, sont ceux qui cherchent à s’attacher bénévolement ses services pour dessiner les arbres de leurs ascendances et de leurs cousinages, jusqu’aux limites ultimes de la grouillante et mystérieuse canopée ! J’ai ce privilège.

Bref, sans elle, je n’aurais jamais imaginé ma filiation directe avec ce diable d’homme, ce Gelée, miraculeusement sauvé de notre amnésie collective et rappelé dans nos foyers, bien que refroidi depuis des temps immémoriaux…Je n’aurais jamais su que ce lien familial qui nous oblige désormais, emprunte les quartiers de roture de ma grand-mère maternelle, Adrienne Venault (1894-1973) et de sa mère Clémence Fradin (1861-1931), toutes deux poitevines deux-sévriennes, que j’ai abondamment évoquées ici, il y a quelques années…

Et, le plus étonnant en cette affaire, c’est que cette chaîne généalogique ascendante – mi agnatique ou patrilinéaire et mi-cognatique – dont Rose m’a fourni les principales clés, en reconstituant une série ininterrompue d’ancêtres sur les cinq derniers siècles en Poitou, a permis de retrouver, en prime, dans la poussière des vieux grimoires, quelques autres personnages singuliers, parties prenantes de ma lignée, et également ignorés jusqu’à maintenant, mais qui ne correspondent pas tout-à-fait au profil des humbles manants ou des artisans pauvres qui peuplaient presque exclusivement hier les rameaux les plus élevés de mon arbre généalogique…

Ainsi, un arrière-petit-fils de Jehan Gelée, Anthoine Allonneau, un autre de mes aïeux au douzième degré – né en 1600, et « marchand » de son état était propriétaire avec son épouse, du domaine de la Bazonnière qui relevait de la seigneurie de Saint-Pardoux dans la Gâtine parthenaisienne, et dont les traces figurent encore sur le cadastre « napoléonien » établi en 1837 pour la commune de Saint-Pardoux (79)…

la-bazonniere-section-b-cadastre

La Bazonnière cadastre de Saint-Pardoux section B -AD 79

Mieux encore, son fils François Allonneau (1630-1690), héritier de la Bazonnière et de ses dépendances, exerçait la charge de notaire du duché de la Meilleraye. Notaire seigneurial et probablement royal par délégation, c’était certainement un notable local incontournable et redouté, car du fait de sa fonction consistant à dresser des actes de vente, d’héritage ou de contrat de mariage et à en garantir l’authenticité dans le ressort de la justice ducale, il devait jouir d’une connaissance assez précise du patrimoine des uns et des autres, et jouer un rôle appréciable dans les alliances entre les familles…

Sans être nécessairement richissime, car le nombre d’actes sur lesquels il prélevait son timbre devait être à la mesure de la richesse locale, François Allonneau disposait au moins des moyens de sa charge et de son office, et devait figurer parmi les familiers et les relations d’affaire du duc. Certainement pas parmi ses intimes, car il n’appartenait pas à la grande noblesse.

Watteau 1664- notaire établissant un contrat de mariage

Watteau 1664- notaire rédigeant un contrat de mariage

Durant la période où François Allonneau exerça sa charge de notaire, le seigneur des lieux, Charles de la Porte (1602-1664) était loin d’être un nobliau provincial anonyme. Il possédait sa chaise à la cour de France, en l’occurrence à celle de Louis XIII d’abord, dont il était d’un an le cadet, puis à celle de Louis XIV sur lequel il exerça une certaine influence presque paternelle au début de son règne….

Issu d’une famille poitevine de haut lignage, Charles était cousin du cardinal de Richelieu. En un temps, où le cumul des mandats ne soulevait aucune émotion – le bon peuple n’ayant guère le loisir de nourrir des états d’âme à propos de la gestion des affaires publiques – le « patron » de François Allonneau trustait allègrement les titres, les fonctions et les distinctions.

Qu’on en juge : ce grand aristocrate fut, à la fois, marquis puis duc de la Meilleraye en Poitou, duc de Réthel, baron de Parthenay et de Saint-Maixent, comte de Secondigny, seigneur du Boisliet, de la Lunardière, de la Jobelinière, de Villeneuve. Il fut en outre nommé lieutenant général de Bretagne, grand maître de l’artillerie de France, lieutenant général des armées du roi, pair de France, gouverneur de Nantes et de Port-Louis, et pour couronner le tout, le roi l’éleva à la dignité de maréchal de France, en remerciement sans doute de ses actions héroïques et de ses faits d’armes pendant la guerre de Trente ans.

Charles de la Porte

Charles de la Porte

Mais le duc n’était pas seulement un soldat avisé, il s’intéressait aussi au nerf de la guerre, l’argent, et pour ce motif, il fut nommé surintendant des finances en 1648… Sur son portrait d’époque, son teint blafard et son visage émacié donnent l’impression que l’homme est un peu las… On comprend pourquoi!

On peut néanmoins penser que les compétences du duc en matière financière influèrent certainement sur les relations qu’il entretint avec ses vassaux dans ses terres poitevines, en particulier avec son notaire, qui fut peut-être aussi son informateur sur l’état moral du duché…On ne serait pas étonné que les deux hommes, bien qu’ayant conscience, conformément à l’étiquette, des distances à respecter du fait de leurs différences de condition, aient su nouer des rapports de confiance, réciproques dans la gestion des biens… Réciproques mais forcément inégalitaires!

Le contraste est en tout cas saisissant entre la fortune présumée et l’aisance sociale de ce François Allonneau, et la modestie de la condition, deux siècles et demi plus tard, de ses descendantes, mon arrière-grand-mère Clémence Fradin, garde-barrière de la compagnie de chemins de fer, Paris-Orléans, veuve d’un poseur de voies, tué par un train, et ma grand-mère maternelle Adrienne Venault, contrainte pour gagner sa vie de vendre ses services comme domestique puis cuisinière, chez des bourgeois de la région, dès l’obtention de son certificat d’études !

Que s’est-il donc passé dans ce laps de temps qui explique cet appauvrissement progressif – ou brutal – de cette famille, la mienne en partie, au cours des décennies qui ont suivi l’époque « solaire » des Allonneau? Plusieurs explications peuvent être avancées, mais les pistes pour les confirmer font défaut. La révolution française qui a rebattu les cartes et détruit des patrimoines fut-elle un facteur décisif? Ou bien la dispersion des héritages, ou encore des retours imprévus de fortune à la suite de mauvais choix de certains héritiers au fil des générations? Nul ne le sait…

La réponse se trouve peut-être dans la consultation de milliers de pages malaisées à décrypter des minutes notariées, collectionnées au cours de cette période critique. Beaucoup, sont désormais consultables dans les dépôts départementaux d’archives… Mais, à moins d’une trouvaille rapide, qui fournisse d’emblée les réponses attendues, la tâche exige l’abnégation studieuse d’un bénédictin, à laquelle je ne saurais me résoudre!

Peut-être qu’un jour, cette énigme, d’importance toute relative, trouvera néanmoins une réponse crédible, par la grâce d’un robot paléographe qui, en moins de temps qu’il n’en fallut pour initier le big-bang, déchiffrera des milliers d’écrits pertinents et de charabias dialectaux, en analysant parallèlement la composition chimique des parchemins et en interprétant les empreintes génétiques laissées par les tabellions sur les vélins de ces temps-là !

Mais, dans l’attente de cet avenir robotique radieux, alors que moi-même, j’aurai probablement rejoint la masse des archives dormantes en attente d’un hypothétique réveil généalogique, il me faut conclure…

Bien sûr, tout le monde rêve un jour ou l’autre, d’épingler à sa galerie d’ancêtres, des chevaliers compagnons de Saint-Louis partant en croisade contre les sarrasins, ou espère se revendiquer, preuve à l’appui, du courage monastique des chevaliers teutoniques !

Pour l’heure, Rose l’angevine ne m’a fourni pour ancêtre ultime, qu’un seul ressortissant poitevin de la fin du quinzième siècle ! Un seul parmi les 32768 ancêtres directs putatifs, dont je devrais me prévaloir au quinzième degré de mon arbre… Beaucoup moins en réalité, car du fait des croisements de cousinages, un nombre appréciable porte sur sa seule tête, le poids de plusieurs aïeux.

Jehan est seul sur son rameau. Je m’en contente, et m’en satisfais ! Disons qu’étant identifié – autrement dit « mesuré » au sens de la théorie quantique – il est l’unique homme de son époque qui atteste de la réalité de ma filiation. Tous les autres sont demeurés virtuels, et doivent être regardés comme des possibilités qui ne se sont jamais réalisées…Un peu comme une fonction d’onde en mécanique quantique, qui ne rend compte de la réalité physique du monde, qu’à la condition de préciser le contexte métrologique qui a permis de lui donner chair et d’admettre qu’elle n’a pas d’existence propre indépendamment de l’observateur.

Si l’expérience était réalisable, je ne serais pas surpris de découvrir ma très grande proximité génétique avec ce Jehan! La même en toute hypothèse, que celle que j’entretiens avec Saint-Louis et ses compagnons de croisade, avec les chevaliers teutoniques et même avec les sarrasins qu’ils combattaient…

A quoi bon alors s’échiner à rechercher plus avant d’autres aïeux, alors que la grande saga du désir ou de l’amour – ou plus prosaïquement de l’instinct de survie de l’espèce – conjuguée aux lois de la génétique nous désignent tous comme des enfants de Jules César, de Charlemagne et de Vercingétorix ?

Certes! Mais, le plaisir réside dans l’identification besogneuse du balisage et des écueils parsemant le chemin emprunté par les générations qui nous ont précédés, pour nous transmettre la vie! C’est cette recherche qui est passionnante en soi, et c’est ce qui explique notre acharnement et notre émotion à nous abîmer les yeux, des heures durant, sur des écrans affichant des archives publiques numérisées ! Autrefois dans les mairies, on pouvait en plus effleurer le papier et en respirer l’odeur! Aujourd’hui, on l’imagine…

 

 

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Si, Si…

Si j’avais un chien pour fidèle compagnon, il est certain que les jours où « le temps s’y prête » je le promènerais sur la plage…Il pataugerait à sa guise en limite d’estran et imprimerait ses pattes en s’ébouriffant, dans les marnes et les sables gris ou blonds du rivage…

Et si, complice de mes pensées, mon chien souhaitait marquer son passage et le mien d’une trace éphémère, propre à ressusciter d’antiques souvenirs, je l’approuverais, tout en sachant qu’à chaque flux et reflux de la mer, d’incessantes petites vaguelettes, déferlant sur la grève, s’échineraient avec constance à noyer sous l’écume, les fétus d’un passé esquissé en rêve et à jamais révolu.

Sa promenade erratique et fouineuse serait la mienne, sur ce rivage soudainement épargné par le temps en plein cœur de l’hiver. Alors, je lui raconterais « l’histoire de ce roi mort de n’avoir pu te rencontrer »! Ce même souverain qu’un grand prince de la chanson chantait encore dans les jukebox des boites de nuit de la côte, à la charnière des années soixante

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Et si ce lieu dont on ne sait le nom – un nom qu’on a fini par oublier à force d’y songer – avait la singulière faculté d’inverser le cours des choses et de nos histoires! Ce serait si génial de rembobiner l’espace-temps de ce jardin secret à rebours des orbites planétaires et de rattraper tant de lustres perdus à s’étourdir dans une course éperdue vers un improbable et indomptable futur! Comment contrer cette croissance entropique de notre univers intime, qui a si souvent perverti – mué – nos pensées les plus folles en un présent banal à peine présentable? Grandeurs et misères du quotidien, dont le poids s’alourdit comme dorénavant notre démarche, comme s’épaissit aussi notre tour de taille au fur et à mesure du temps qui passe, alors que notre longue chevelure brune d’antan s’est clairsemée et qu’elle ne relève plus que de l’imaginaire.

Trop tard désormais pour regretter quoi que ce soit, sauf ici parfois – peut-être – dans une posture désormais gratuite, si l’occasion se présente, par procuration également… Seuls face à la mer sombre, et au soleil couchant, terrassés par l’horizon flamboyant du côté de la Catalogne, et épris d’une sourde inquiétude sous un ciel chargé et menaçant, oserons-nous raviver avec mélancolie tant de sentiments évanouis, il y a plus d’un demi-siècle…Oui, s’il s’agit d’entrevoir le bonheur à peine ébauché d’avoir été furtivement et virtuellement quelqu’un, sur ce littoral languedocien! Un rêve nostalgique d’autrefois, pour sourire de soi-même avec délice, avec compassion et douceur, en mesurant le chemin parcouru depuis lors… »Avec le temps, va, tout s’en va… »

Si elles s’en souviennent les vagues vous diront, Comment pour la Fanette s’arrêta la chanson…

 

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Admirer la Dordogne des rives de La Roche Gageac, c’est un rituel auquel on ne saurait se dérober! Mais ce ne fut jamais une routine. On a beau, depuis plus de quarante ans, repasser sans cesse à cet endroit, en toutes saisons, le panorama suscite toujours le même émerveillement, éveille toujours de nouveaux rêves et désormais ressuscite, mieux (au moins autant) qu’en tout autre lieu du Périgord Noir, le souvenir de ceux qui ne sont plus!

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Le gitan qui vendait ses paniers sur le quai dans les années quatre-vingt, jusqu’à parfois accrocher sa production aux grilles du monument aux morts, n’est plus là depuis longtemps. Et, non plus Mimi, notre demoiselle, tantine sautillante à talons hauts qui portait un béret pastel à la manière d’un chasseur alpin, et qui l’interpellait familièrement! Mais, au cœur de l’hiver, ils continuent de hanter l’esplanade surplombant la rivière, profitant sans nul doute du calme et du silence de la nature pour reprendre leurs quartiers d’antan. C’est le temps où les souvenirs peuvent s’épancher et se manifester sans entrave avant la furie touristique de l’été.

Les anglais d’avant le Brexit viendront sans doute encore. Progressivement ils prendront de l’âge et se presseront moins nombreux…Ceux d’après en auront désormais moins l’occasion! Mais, à la belle saison, les eaux de la Dordogne continueront néanmoins d’accueillir des aventuriers en sandales pour une croisière en gabarres jusqu’à Castelnaud-la Chapelle ou Beynac à la recherche improbable de la légendaire carpe, qui narguait les pêcheurs de l’avant dernier siècle…

Des nuées de canoës descendront la rivière, tandis que leurs occupants distrairont le temps concédé par une navigation facile, en mitraillant avec leurs Iphones ou Smartphones à tout faire, y compris et surtout des selfies, leurs propres bobines hilares dans le décor des collines riveraines coiffées de leurs châteaux féodaux, dont ils diffuseront immédiatement les images dans l’Europe entière. D’autres, moins aventureux ou plus botanistes musarderont à travers les ruelles à flan de rocher de la Roque, admiratifs du jardin tropical, éteint à la morte saison, avant d’aller se restaurer à la Plume d’Oie d’un menu périgourdin rapporté des brumes nordiques mais plus vrai que nature! A moins qu’ils ne préfèrent un autre bistrot moins coûteux.

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A coup sûr, l’imperturbable Dordogne continuera de rouler ses ondes impétueuses, sans se soucier de nos états d’âme… Immuable et irremplaçable reliquaire, elle évoque pourtant tant de moments précieux de notre jeunesse, et de joies simples et familiales dans ce lieu aujourd’hui déserté, si propice à la nostalgie…

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Il est encore temps d’en profiter avant que des ruées de touristes ne viennent troubler la quiétude de l’endroit dès les premiers vols d’hirondelles dans les charmilles des cafés du bord de l’eau. Pour l’heure, j’aime regarder vers l’amont, plus secret et sauvage.

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Il y a belle lurette que, sous l’égide du Gui-l’an-neuf, la jeunesse d’Anjou ne parcourt plus bruyamment les rues des villes et des villages au soir de la Saint-Sylvestre pour quémander joyeusement des étrennes ! On dit même que cette tradition d’origine celtique et druidique aurait été bannie par les autorités constituées au dix-huitième siècle, en raison des débordements scabreux et des désordres que parfois elle suscitait, tous sexes confondus!

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Déjà en ce temps-là, alors même que la fête se déroulait sous les auspices de Saint-Sylvestre, le bourgeois replet n’appréciait guère qu’on vînt troubler sa quiétude digestive en braillant sous ses fenêtres, tenant d’une main un rameau de gui, et enlaçant de l’autre, une délurée encanaillée en jupons défaits ! Laquelle, aux dires des rapports d’époque rédigés, après coup, par des pisse-froids de toutes observances, se tortillait inconvenante en hurlant comme une poissonnière !

C’était bien longtemps avant que les canettes de bière et les bouchons de Champagne, substituts modernes du gui d’antan – et beaucoup plus enivrants sinon envoûtants que l’arbrisseau épiphyte – ne jonchent les pavés des Champs Elysées parisiens sous l’œil vigilant et soupçonneux des polices antiterroristes, désormais omniprésentes… C’était avant que les fêtes dites « de fin d’année » ne se transforment en débauches de victuailles en provenance des quatre coins de la planète et qu’on se délecte à pleines bourriches d’huîtres non laiteuses, triploïdes et stériles, nées en écloserie des œuvres scientifiquement contrôlées de super-mâles ostréidés !

Il y a un siècle tout juste, les agapes du réveillon des poilus qui avaient survécu à Verdun ne comportaient ni huîtres, ni foie gras, ni gui pour égayer les tranchées – faute d’arbres encore debout pour lui servir de support – mais dans sa grande bonté, le général en chef des armées agrémenta la « ration ordinaire » du 1er janvier 1917 de quelques compléments gratuits : cent grammes de jambon épaule de porc, deux biscuits secs, cent-vingt-cinq centilitres de gros rouge en sus des allocations journalières,  une bouteille de Champagne pour quatre soldats, un cigare à dix centimes par tête de pipe et deux oranges! De quoi faire bombance pour tenir presque deux ans encore avant la fin de la mal nommée  « Der des Der ».

Petit Courrier d'Angers - 31 décembre 1916.

Petit Courrier d’Angers – 31 déc. 1916.

Plus récemment, quelques années avant 1968, je me souviens qu’on décorait encore de branches de gui – symbole d’éternité et d’immortalité chlorophyllienne au cœur de l’hiver – les murs du foyer des jeunes de La Madeleine à Angers, où nous faisions la fête jusqu’à plus soif et jusqu’à l’aube de la nuit du Nouvel An…

Autant que ma mémoire m’en rende fidèlement compte, les vœux allaient bon train et les embrassades itou! En toute innocence dans l’attente des slows de fin de soirée trop arrosée, et désormais passés de mode, où nos corps adolescents non encore pervertis par les parfums, se frôlaient sans avoir l’air d’y toucher, tandis que « tombait la neige » et que nos mains s’attardaient «sur leurs hanches » consentantes!  La symbolique du gui nous échappait sûrement. Bien plus tard, nous apprîmes que cet étrange végétal toujours vert, qui résiste au temps et aux frimas, n’est en fait qu’un parasite ! Pas de quoi, en effet, en faire un précepte de vie.

Le gui n’est plus vraiment de la partie de nos jours, hormis dans les jardineries comme un élément de décor, mais la tradition de la fête se perpétue pour ouvrir l’an neuf … En vrai ou par procuration à la télé quand les copains ont disparu dans les méandres fangeux de nos propres histoires ! Les vœux survivent, machinalement, civilement et officiels…

Pour ma part, c’est en parler de chez moi, d’Anjou de mes origines, que j’adresse mes souhaits à ceux qui voudront bien lire ces lignes. Et de surcroît, en empruntant quelques strophes à un rimiau d’Emile Joulain (1900-1989) – alias « L’Gars Mile » – un poète patoisant de la basse vallée de l’Authion, un affluent de la Loère.

Le Gars'Mile

                            L’Gars’Mile

Dans cette langue, brute de terroir, avatar d’une langue d’oïl rabelaisienne, qu’il maîtrisait à la perfection,  le mazeiais Emile Joulain sut transmettre toute la palette des émotions humaines. Point n’est besoin, alors, de traduire quoi que ce soit, sauf à sa manière, s’agissant de l’indicible! Chacun l’imaginant de la lucarne de sa grange ou de la fenêtre à meneaux de sa gentilhommière.

Voilà pourquoi la littérature populaire d’Anjou, revisitée par  » L’Gars Mile » se prête à merveille au rituel des vœux de Nouvel An. Le sens général s’impose d’emblée, mais plusieurs interprétations en précisent la couleur et sont toujours possibles! Des vœux ouverts en quelque sorte, dans une tonalité d’ensemble où la nécessité du dialogue entre les hommes apparaît primordiale. Exigence intemporelle si inaboutie!

Plus quarante ans après avoir été rédigés, les quelques vers qui suivent, issus d’un rimiau intitulé « On s’cause », demeurent, à ce titre, d’une ardente actualité.

Dans tout l’village à la ronde, ceuss’,s qu’ont voéyagé l’diront. En ville, i’s mont’raient su’ l’monde, sans mêm’ lui’ dir’  « Gâr te’ don’ ! ». Nous, on n’a guèr’ d’instruction, On n’le fait point « à la pose », Mais enter’nous, nom de nom, On s’cause !

…..

Vaut-i pas bein mieux s’entend’e, mêm’ si n’on a point l’mêm’ nom? Ça s’ra-i’ pa mieux, j’vous d’mand’e, l’jour où qu’lés homm’s s’entendront? Où qu’tous ensemb’e i’s diront:  » J’sarvons tertous la mêm’ cause; sans mitrailleus’s, ni canons, On s’cause! »

Tout est dit, souhaité et espéré! Y a plus qu’à se forger ses propres, bonnes ou moins bonnes, résolutions…Très bonne année 2017 à tous ! « Forcément, on les aura ». En tout cas, nous les queniaux devenus cacochymes et égrotant, nous le croyions, dur comme fer.

A nous, l’hiver désormais!

Fin décembre dans l'Essonne

Dans l’Essonne, le 31 décembre 2016

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Au début des années soixante du siècle dernier, messieurs Brun et Dabin, deux de nos mythiques profs – en l’occurrence d’allemand – au Lycée David d’Angers d’Angers, n’usaient pas de circonvolutions ampoulées voire d’hypocrites circonlocutions à la manière de notre « moderne » ministre de l’éducation nationale pour évoquer Noël… Ils disaient tout simplement Noël pour parler de Noël, mais en allemand:  » Weihnachten » ! Comme tout un chacun…

C’était une époque où l’on osait encore appeler « un chat », un chat, et prononcer le mot « Noël » sans encourir l’accusation suprême de xénophobie. La notion de laïcité n’était pas tiraillée dans tous les sens. Elle n’était pas encore à géométrie variable pour servir des intérêts partisans. On pouvait parler de coutumes ancestrales sans se demander si, par là, on ne « stigmatisait » pas ceux qui croient en un autre ciel que celui des chrétiens…On pouvait même se gausser sans complexe des superstitions en tous genres ou développer des phobies antireligieuses sans être immédiatement taxé de raciste et craindre les foudres de la bien-pensance…

Mais, on a beau être mécréant et laïc jusqu’au bout des orteils – et c’est mon cas – Noël n’est pas qu’une « belle fête » ordinaire pour reprendre la ridicule mais « prudente » expression euphémique de la ministre au sourire carnassier, c’est d’abord l’expression d’une tradition fortement ancrée dans l’histoire de notre pays et de l’Europe.

sapin

Y a pas de loup! C’est en fait la métaphore christianisée d’une promesse de renouveau de la nature après le solstice d’hiver alors que la lumière se fait naturellement rare. Noël au fond ce n’est peut-être rien d’autre qu’un élément de culture liée à notre environnement, dont l’importance ne se mesure vraiment que dans les zones climatiques où les saisons se différencient clairement. Mais c’est aussi l’incarnation d’un modèle de civilisation qui rend grâce à l’esprit de famille, et qui place l’homme et la femme, dotés de droits imprescriptibles au centre de l’Histoire. Autant de facteurs explicatifs qui d’ailleurs ne sont sûrement pas indépendants entre eux.

Il serait par conséquent dommage de devoir y renoncer au nom d’une sorte d’œcuménisme attrape-tout, faussement moralisant et souvent culpabilisant, dont on perçoit bien les limites et dont on sait qu’il peut parfois nous conduire à la barbarie. Peu importe que le mythe de Noël en tant que tel soit nié par naïveté, ingénuité incongrue ou myopie coupable de la ministre, voire par sectarisme provocateur ou bêtement par inculture, la promotion par effet de miroir d’une contre-culture moyenâgeuse par une responsable politique est dangereuse. Dans le cas d’espèce, c’est même carrément irresponsable pour qui veut « rassembler », car la banalisation/disparition de Noël dans des vocables génériques sans mémoire et sans contenu, porte atteinte de facto à notre roman national et européen ainsi qu’aux rites laïcs ou confessionnels qui le structurent depuis la nuit des temps! Roman constitutif d’une Nation, contre lequel, il est vrai, l’ambitieuse jeune femme s’insurge régulièrement! A tort, évidemment.

Pourtant, c’est précisément au nom de cette conception humaniste de l’Europe et de notre histoire, à laquelle l’ouverture d’esprit de nos profs d’allemand d’autrefois nous a permis d’accéder , que mon ultime billet d’avant réveillon 2016 est dédié aux Noëls de tradition allemande!

A cette Allemagne d’Hansel et Gretel, de l’intelligence, des lumières et de la sensibilité, qui, sans qu’on en prenne conscience, a influencé notre imaginaire enfantin et entretenu subtilement, la légende de nos propres veillées et réveillons familiaux…

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Moins de vingt ans après les crimes du nazisme, nos profs d’allemands nous enseignaient les arcanes complexes de la langue allemande en nous faisant entonner dans la langue de Goethe ou de Heine, des chants traditionnels comme « Stille Nacht, Heilige Nacht » ou encore « Oh Tannebaum« ! Mais, dans le même temps, ils nous faisaient aussi découvrir les grands poètes et philosophes germaniques, au travers des textes commentés de la collection « Deutschland » de L. Bodevin et P. Isler « pour l’enseignement du second degré »

Voilà l’Allemagne que nous aimons, celle délivrée des démons nazis et du joug soviétique, réunifiée en 1990, celle des collines romantiques de la Rhénanie-Palatinat jusqu’aux landes et forêts du Brandebourg, celle du Danube bavarois au septentrional Schleswig-Holstein ou à la Poméranie…Celle enfin d’Emmanuel Kant (1724-1804) et de sa critique de la raison pure. C’est cette Allemagne de la culture et de la diversité, qui vient d’être frappée par la sauvagerie islamiste en plein cœur de Berlin, près de l’église du Souvenir !

Et, c’est avec cette Allemagne là, généreuse et meurtrie, que nous voulons fêter Noël! Et avec laquelle nous sommes solidaires.

Mieux qu’un long développement, on se contentera, quelques décennies après les avoir étudiées en classe, de citer, en hommage aux victimes berlinoises et à leurs familles qui, plus jamais, ne fêterons Noël joyeusement, quelques lignes d’ambiance de l’écrivain et poète allemand Hans Theodor Woldsen Storm (1817-1888) :

Théodore Storm (1870)

     Théodore Storm (1870)

« Endlich ertönt der Klang der silbernen Glocke. Wir stürzen die Treppe hinunter, die Flügeltüren fliegen auf, wir treten ein, jung und alt. Ein starker Duft von Tannen, brennenden Lichtern und braunen Weihnachtskuchen schlägt uns entgegen – und da steht er, der brennende Baum, im vollen Lichterglanz…

Mein Bruder ...

Mein Bruder setzt sich ans Klavier und stimmt leise an: « Stille Nacht, heilige Nacht.Wir singen alle mit » stimmen ein. Das Weihnachtslied ist verklungen, wir stehen um den Baum und lassen die Wunder der Weihnacht still auf uns wirken. Vater führt, wie immer, unsere Mutter zuerst zu ihren Gaben, die geheimnisvoll umhüllt sind. » 

« Enfin, le son de la cloche d’argent retentit. Nous nous précipitons dans les escaliers, les portes doubles volent, nous entrons, jeunes et vieux. Une forte odeur de pins, de bougies allumées et d’un brun gâteau de Noël nous frappe – et là, se tient l’arbre brûlant, en pleine flambée de lumière….

….Mon frère est assis au piano et entonne doucement: « Douce Nuit, Sainte Nuit ». Nous chantons avec lui. La chanson de Noël terminée, nous nous regroupons autour de l’arbre et laissons opérer la magie de la nuit de Noël. Notre père, les bras autour de notre mère, nous conduit vers leurs cadeaux pleins de mystère… »

Voilà ce qu’on entend généralement par Noël dans la tradition occidentale et qui demeure notre repère au cœur de l’hiver, en dépit du temps qui passe…Et j’ai fait l’impasse sur la crèche et la « messe de minuit ». Disons que je m’en suis dispensé! Faut pas exagérer, tout de même.

Joyeux Noël à tous, et notamment, à ceux qui, épisodiquement, m’honorent de leur intérêt pour mes modestes divagations oniriques!

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