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Archive for the ‘Pouce-pause’ Category

Les réseaux sociaux abondent de bêtisiers en tous genres, et même de bêtises à part entière, d’ailleurs rarement revendiquées comme telles ! Ces dernières, d’authentiques âneries sont très fréquentes, et souvent les plus dangereuses, parce qu’elles servent de supports ou de justificatifs à toutes les rumeurs et qu’elles peuvent véhiculer les idées les plus folles ! Inutile donc de s’y attarder…

Ce qui est plus intéressant en revanche, ce sont les vrais sottisiers censés nous distraire, le temps d’un clic de souris d’ordinateur…Beaucoup, notamment ceux diffusés en boucle à la télévision sont cependant assez oiseux et même carrément grotesques, surtout lorsque, inlassablement, ils ressassent les mêmes scènes de puces sauteuses, de personnes glissant sur une peau de banane ou se cognant dans un poteau indicateur en consultant leur smartphone…

Mais il y a aussi quelques perles, parmi les réponses ingénues collectionnées dans les écoles !

Ainsi celle-ci, que de nombreux internautes partagent sur Facebook, et qui suggère qu’un élève, confronté à la question de « trouver x », l’hypoténuse d’un triangle rectangle, se contente d’entourer « x » en se dispensant d’en donner la valeur!    

Cette réponse de premier degré, peut-être provocatrice, n’est évidemment pas celle qu’attendait le pédagogue ayant posé le problème, mais force est de constater qu’elle a sa logique, et qu’elle devrait au moins créditer l’impudent du statut de « petit futé ». On peut donc supposer qu’elle lui valu, à la fois, « l’admiration du jury » et un zéro pointé…

C’est en tout cas, cette « admiration du jury » qui lui a ouvertes toutes grandes, les portes de la gloire numérique et qui le gratifie désormais d’un « partage » infini et rigolard sur Internet !

Mais au fait, quelle est la bonne réponse à ce problème élémentaire ?

Si la figure est dessinée à l’échelle, la façon la plus simple de procéder pour fournir la réponse, est de se saisir d’une règle graduée et de mesurer directement la longueur de l’hypoténuse (côté opposé à l’angle droit dans un triangle rectangle). Elle est ici de « cinq », les deux autres côtés ayant respectivement pour longueur « quatre » et « trois » ! (un cas aussi trivial est exceptionnel).

Mais il y a plus élégant! L’application du théorème de Pythagore (-569-475 av JC), connu de tous les collégiens, même des « nuls » en maths, qui postule que le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés.

Dans notre exemple, le carré de l’hypoténuse est égal à :

 32 + 4= 9 +16 = 25 = 52

La longueur de l’hypoténuse est donc de: le résultat confirme la mesure, et tout esprit « normal » devrait s’en satisfaire ! Et s’en tenir là. CQFD.

Certes, mais il y a aussi des pinailleurs qui trouvent à redire sur tout …

Et il arrive même que ce soient eux qui fassent avancer le « schmilblick ».

Ceux-ci se répartissent d’ailleurs en deux catégories :

  • D’une part, les chipoteurs qui se drapent dans l’orthodoxie et le purisme et qui entendent, avant toute chose, préciser que la validité de ce fameux théorème de Pythagore, démontré six siècles avant Jésus-Christ, n’est vérifiée en toute rigueur qu’en géométrie euclidienne…Dont acte
  • D’autre part, les chicaneurs qui, contre toute évidence, estiment que ce serait bien plus facile si la longueur de l’hypoténuse, correspondait à la somme des deux autres côtés du triangle rectangle (au lieu de la somme des carrés)! Ils prétendent que cette hypothèse ne doit pas être écartée et certains vont jusqu’à penser que Pythagore se serait planté ! Et ils entendent le démontrer !

A cette fin, sur un triangle rectangle A, B, C, ils assimilent l’hypoténuse à un toboggan permettant de glisser du « point haut » B au « point bas » C, et de réaliser ainsi un trajet de gauche à droite et de haut en bas. Mais dans le même temps, sensibles probablement aux arguments de postérieurs vieillissants peu enclins à la glissade, ils imaginent un escalier de « B » à « C » coupant et recoupant l’hypoténuse-toboggan.

Miracle! On observe alors que les longueurs additionnées des marches horizontales et des contre-marches verticales correspondent très exactement à la somme des deux côtés du triangle rectangle !

Ce résultat est d’ailleurs le même si les marches et les contre-marches sont de plus en plus petites et même si elles sont inégales, pourvu qu’elles enlacent l’hypoténuse-toboggan dans un slow de plus en plus lascif. La longueur totale de cette ligne brisée, flirtant intimement avec le toboggan-hypoténuse, demeure imperturbablement égale à la somme des deux autres côtés !

Ce résultat est assez déroutant car il contredit notre mesure initiale de l’hypoténuse où la longueur de cette dernière est toujours inférieure à la somme des deux autres côtés du triangle. Il est surtout troublant parce qu’il tendrait à montrer que le théorème de Pythagore n’est pas aussi robuste qu’on le pense, y compris dans le contexte de notre géométrie quotidienne – celle de ce bon vieil Euclide (-300 av JC)… Rien n’interdit en effet de poursuivre l’exercice de pensée en concevant des marches et des contre-marche « infiniment » petites, jusqu’à ce que l’escalier se confonde avec l’hypoténuse, à force de la frôler!

Et c’est précisément là que le bât blesse ! Jamais on ne retrouve (en additionnant ces minuscules marches) la valeur calculée ou mesurée de l’hypoténuse. Où est le prodige? L’erreur de nos présomptueux chicaneurs, apprentis iconoclastes de Pythagore, provient en fait de leur mauvaise perception de l’adverbe « infiniment ».

Sur ce point, les mathématiciens, Luc de Brabandère et Christophe Ribesse qui m’ont inspiré ce petit conte, précisent dans leur merveilleuse « Petite Philosophie des mathématiques vagabondes » (Eyrolles janvier 2012) que « depuis les travaux de Georg Cantor (1845-1918), l’infini est un concept beaucoup plus étendu qu’estimé a priori » … On s’en serait douté!

J’ajouterais volontiers « complexe » et paradoxal, propre à décourager les « finasseurs » du dimanche mais aussi à promouvoir des vocations de mathématiciens ! Il faut se méfier des apparences et des fausses évidences.

Euclide

« L’infini c’est long, surtout sur la fin!  » (Woody Allen/Kafka). … et parfois plus court!

 

 

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Il y a six ans à quelques jours près, j’inaugurais ce blog intitulé « 6 bis rue de Messine », l’adresse de la maison de mon enfance à Angers dans les années cinquante et soixante du siècle dernier…Et « dans le même temps » comme dirait quelqu’un, je prenais mes quartiers de vieillesse.

Initialement, il s’agissait pour moi d’engager – selon une formule consacrée et discutable – une sorte de « travail de mémoire » à partir de mes propres souvenirs et de ceux collectés au sein de ma propre famille.

L’idée était de rassembler ce qui pouvait encore l’être, traces ténues, parfois incertaines et contradictoires, laissées à leur insu par nos anciens ! Tenter de faire la part de la légende et de la réalité, dans les propos transmis par la tradition orale, rapportant les exploits réels ou arrangés de nos aïeux !

Abandonnant la vie dite « active », je ne souhaitais pas concevoir cette tâche comme une activité de remplacement. C’est la raison pour laquelle je m’y suis consacré sans plan préétabli, sans programme de travail et sans privilégier tel sujet, tel village ou tel personnage de mon panthéon intime. Mais avec obstination tout de même!

Mon seul propos était de parcourir les décennies et les lieux à la manière d’une promenade buissonnière, me laissant guider par mon instinct, ma seule intuition, mon humeur et aussi par les circonstances, postulant que j’érigerai ainsi  progressivement – mine de rien – une sorte de mémorial patrimonial dont j’aimais me convaincre qu’il pourrait être utile à tous ceux qui, d’aventure, accepteraient de s’y perdre et éventuellement de s’en revendiquer dans le cadre d’une recherche identitaire personnelle. A cet égard, je formais secrètement le vœu que mes futurs lecteurs trouvent dans l’évocation de la destinée, modeste ou glorieuse, romanesque ou banale – souvent banale – parfois tragique, de certains de leurs aïeux, matière à répondre à des interrogations existentielles qu’ils se posent à propos d’eux-mêmes.

A tout le moins, je me disais que mon travail pourrait, à leur guise, leur servir de tremplin à leurs propres investigations…

Curieusement, cette besogne m’apparaissait nécessaire à ce moment là! Je nourrissais le vague sentiment, non démenti par la suite, que nous vivions en un temps soumis à la dictature de l’urgence, où le passé était dévalorisé. Qu’il n’était donc plus guère lisible, a fortiori lorsqu’il s’agissait du nôtre et que s’y référer, c’était accepter la ringardise.

Par la force des choses ainsi que des mouvements migratoires durant le dernier siècle, du recul des campagnes et enfin d’une conception nouvelle de la famille, le temps lent « d’avant » semble en effet n’avoir plus droit de cité, sauf comme un inutile fardeau de convenances lors des enterrements. Pour le reste, la vie moderne parait exclure toute mention à la famille comme espace sanctuarisé d’expression de la solidarité transversale et transgénérationnelle.

Hors du cercle étroit de la famille « nucléaire », toute relation se retrouve médiatisée (transposée) dans une modernité uniforme et impersonnelle sévissant de part et d’autre de l’hexagone et bien au-delà. La famille tribale d’antan n’est plus un cadre de référence…

Au moins – me disais-je de façon présomptueuse – pourrais-je modestement contribuer à la conception d’un lieu – certes virtuel et numérique – au sein duquel le temps long des siècles passés prendrait le pas sur notre époque échevelée, où le seul mot d’ordre semble être d’accélérer toutes choses sans trop se préoccuper du cap à prendre.

Dans ce contexte, je pensais qu’il me revenait en ma qualité de dinosaure survivant d’un monde d’ores et déjà disparu, de définir un espace et un temps, informels, où la durée ferait sens. Ce qui n’est manifestement plus le cas lorsque, arc-boutés sur nos objets connectés et nos messageries électroniques, on peine à entrevoir les contours d’un projet d’avenir qui engage… Autrement dit, d’un projet dans lequel chaque génération pourrait se reconnaître, y trouver sa place et où elle pourrait se projeter sans faire de l’ombre à l’autre. N’est-il pas démotivant de ne savoir désormais envisager l’avenir qu’à travers les variations d’indicateurs économiques et statistiques imprévisibles? Et faute de comprendre notre histoire, l’enseigner et la connaitre, de s’embourber avec constance dans des fausses pistes, dénoncées depuis des lustres et pourtant présentées comme des innovations bouleversantes! La promotion actuelle du néolibéralisme en est un exemple parmi d’autres.

Et encore, la religion des indicateurs n’est pas la pire pour obscurcir l’horizon.  Ce n’est même qu’un moindre mal par rapport à la montée agressive des communautarismes et des obscurantismes religieux et liberticides… Ne doit-on pas sérieusement s’interroger sur notre passivité, lorsqu’on observe ces perversions sociétales envahissantes, qui laissent augurer les plus sombres perspectives pour notre civilisation et, d’abord, pour notre jeunesse en panne d’avenir, qui, dans ses franges les plus marginales et désespérées, ne sait plus parier que sur la mort à l’aube de son existence…

La poussée monarchique actuelle, foncièrement réactionnaire – et coupable de détournement de l’idée de progrès -incarne de manière exemplaire ce dérèglement de notre rapport au temps, qui, de mon point de vue, est une des causes primordiales de nombre de nos maux. Confondre le passé, le présent et le futur nous fragilise dans notre représentation de l’avenir et dans notre aptitude à nous y investir sur le long terme…

En l’été 2011, lors de l’ouverture de ce blog, les circonstances géostratégiques, politiques et morales étaient différentes. Intégrant implicitement cette analyse sans encore mesurer avec lucidité toutes ses conséquences, je me disais très prosaïquement que l’évocation de nos anciens – dont (qu’on l’accepte ou non) nous sommes les héritiers et parfois les victimes, était aussi une façon de les faire revivre, ne serait-ce qu’en citant leur nom et leur situation géographique dans l’arborescence foisonnante, à jamais incomplète de nos arbres généalogiques ! Et les ressuscitant, je revendiquais le droit de leur demander éventuellement des comptes, partant du principe que leur vertu n’avait probablement rien à envier à la nôtre, ni leurs turpitudes!

J’espérais de la sorte, retisser un lien émoussé -distendu – avec notre passé et éveiller la curiosité des générations montantes de la famille, celle de mes petits-enfants notamment. Ainsi durant ces six ans, j’ai labouré le champ spatio-temporel de mes ancêtres, de leurs parentèles et de leurs cousinages.

J’ai vécu à leurs côtés certains des drames des siècles passés, comme les deux guerres mondiales du 20ième siècle, mais également les guerres de Vendée sous la Révolution française où des membres de ma famille guerroyaient dans les différents camps qui s’affrontaient avec sauvagerie.

Chemin faisant, j’ai cherché à percer le secret de leurs motivations et même de leurs amours. Je me suis efforcé de comprendre les épreuves qu’ils avaient endurées. J’ai souffert les tragédies qu’ils durent surmonter. Parfois, rarement, j’ai croisé des personnages dont l’histoire a retenu les noms et dont ils étaient les compagnons…

Cette recherche m’a permis aussi d’approcher au plus près certains métiers d’autrefois : les couteliers de Châtellerault, les notaires du Poitou sous l’ancien régime, les bateliers de la Loire et de l’Oudon, les tailleurs de pierre du Lion d’Angers ou encore les meuniers de Picardie… Mais aussi les cheminots du début du siècle dernier dans la Gâtine poitevine ou en Anjou, les poseurs de voies de la Compagnie Paris Orléans…

Je me suis longuement attardé sur le destin de ceux qui furent confrontés à la guerre, en particulier celui, dramatique, des poilus de 14-18, en particulier ceux qui me furent familiers dans mon enfance, mais aussi ceux d’entre eux – dont mes grands oncles notamment – qui furent tués dans les offensives de la Somme en 1918 ou ailleurs… Et bien d’autres, en compagnie desquels j’ai parcouru les champs de bataille meurtriers de Verdun, ceux de Belgique à l’été 1914 ou de la Marne quelques semaines plus tard !

Un peu plus d’un quinquennat s’est écoulé depuis mes premières « dissertations », un peu moins d’un septennat ! Une durée décidément atypique (qui ne devrait pas durer) puisqu’en dépit de mes efforts, je n’ai rien trouvé qui atteste qu’un tel laps de temps ait été affublé d’un nom.

Aussi pour fêter dignement l’événement, attablé à mon bureau, un verre de Cointreau dans une main et de l’autre une coupe de coteau du Layon, des breuvages du pays de mon enfance, j’en suis contraint à créer le néologisme, « sextennat », dont j’espère qu’il satisfera les rares linguistes ou grammairiens, qui, par inadvertance prendraient la peine de lire mes petits exercices de style.

Exercices qu’on pourrait tout aussi bien qualifier de « gammes » car un des buts, contingent et vain de cette activité littéraire, à laquelle je me livre depuis six ans, était de ralentir le vieillissement irréversible de mes neurones ! Pour l’heure, le succès n’est pas patent, vu l’effort que je dois déployer pour rédiger trois phrases!

Depuis lors, près de trois cents billets ont été ainsi mis en ligne.

Au-delà de « mon projet éditorial » beaucoup d’autres sujets ont été traités – ou maltraités – d’actualité et/ou de société, ou tout simplement, en rapport avec ma carrière professionnelle passée. A ce titre, Marie Curie, à l’exhumation de laquelle j’ai assisté en 1995, et avec laquelle j’entretiens, depuis lors, une relation affective singulière, a été l’héroïne d’au moins deux de mes articles – les plus lus – dont un a été repris dans une revue britannique d’histoire de la radiologie par un historien de Philadelphie…Ça donne le tournis!

Au total, « mon » blog a été visité près de deux-cent mille fois par environ cinquante mille lecteurs réguliers, répartis sur les différents continents, dont une majorité résidant en France et dans les pays francophones. Evidemment ces scores d’audience, me comblent d’aise et de fierté. Ils me donnent le sentiment d’exister hors de mes quatre murs de banlieue. Je les mentionne parce que c’est l’occasion ou jamais de le faire, mais je sais qu’ils sont modestes par rapport aux stars de la chanson ou du football! Ou même par rapport à des sites spécialisés sur le rempaillage des chaises ou sur le tricot! A ma décharge, « faire du chiffre » ne relevait pas de mes ambitions. Durer, si!

De manière plus qualitative, ce travail n’aurait pas pu se réaliser sans les nombreux commentaires d’encouragement, et les recommandations, qui m’ont été très souvent prodigués. Sans les précisions apportées par certains de mes lecteurs, qui ont fourni de précieux compléments à mes textes et en ont amélioré la facture. Nombre d’articles ont par ailleurs trouvé leur origine dans les travaux en amont de la généalogiste de la famille qui s’identifie ici sous le pseudonyme de Rose l’Angevine… Allez savoir pourquoi?

Mon propos désormais – pour les années qui suivent – est de poursuivre…Y compris en m’entêtant dans les travaux de débroussaillage des chemins de traverse généalogique. Et ce, en dépit des difficultés croissantes à dénicher de nouvelles perles dans les archives numérisées des départements, ou tout simplement des données originales accessibles…

Mais au préalable, avant d’entamer cette activité automnale, peut-être est-il nécessaire de prendre un peu de champ ! L’occasion m’en fut donnée, en cette période estivale, par la lecture d’un tout petit et merveilleux opuscule de l’astrophysicien américain d’origine franco-vietnamienne Trinh Xuan Thuan – Face à L’univers – (Editions Pluriel Fayard avril 2017).

Magistralement, sans avoir recours à la moindre équation, l’auteur nous entretient en quelques pages, lisibles par tout un chacun, de l’histoire de notre univers depuis son origine. Depuis ce fameux Big Bang, dont l’hypothèse fut émise sur la base des observations astronomiques d’Edwin Powell Hubble (1889-1953) qui mit en évidence, dans les années 1920, l’éloignement des galaxies lointaines, et qui fut confirmée par la découverte du rayonnement fossile de l’univers en 1965 par les deux physiciens américains Aron Allan Penzias et Robert Woodrow Wilson.

En soi, ce pan de la connaissance universelle, mis à la portée de tous, suffirait à conseiller la lecture de cet essai à la portée de toutes les bourses (six euros cinquante dans les bonnes librairies).  Mais, Trinh Xuan Thuan va bien au-delà de ces rappels figurant désormais dans tous les bons manuels! Il nous montre que l’univers – celui dans lequel nous vivons – a une histoire et qu’il a aussi un avenir… Et surtout que nous sommes totalement partie prenante de cette histoire débutée, il y a environ quatorze milliards d’années, et dépendons totalement de cet avenir.

Qu’on fasse appel au hasard ou non, notre généalogie est donc d’abord une généalogie cosmique commune à toute matière… Et tout s’est joué – ou presque – dès les premiers milliardièmes, milliardièmes de milliardièmes de seconde après le Big Bang, où l’espace-temps s’organisait tandis que les interactions fondamentales de la physique jouaient, à tour de rôle, leur partition…

 » Nous sommes tous les enfants de l’infiniment petit et de l’infiniment grand », dont le mariage a engendré les étoiles géantes et les galaxies, qui, il y a des milliards d’années, furent à l’origine de la synthèse par réactions nucléaires de fusion, des atomes dont nous sommes tous constitués …

Autrement dit, que ça plaise ou non, nous ne sommes de A à Z, que des produits de recyclage de déchets nucléaires, répartis dans tout l’univers après l’explosion des supernovas, ces cocottes minute célestes, témoins d’un lointain passé et arrivées en fin de vie, faute de combustible…

Nous ne sommes donc que des « poussières d’étoiles » refroidies !

L’originalité de ce petit livre réside enfin dans le fait, que ce scénario de l’univers, aujourd’hui validé, ouvre la voie à nombreuses questions philosophiques, morales et même esthétiques. Ainsi la parole est ensuite donnée à des philosophes, des biologistes, des écrivains et des artistes. Chacun s’exprime avec les cordes de son art ou de son arc, sur les réflexions que lui inspire cette confusion de notre propre histoire et de notre généalogie avec celle de l’univers, et aux destins liés qui en découlent!

Je reviendrai certainement un jour sur cette dimension inattendue de notre généalogie qui relativise nos différences… Pour l’heure, j’en conclus, sans faire appel à des considérations métaphysiques, que nous étions potentiellement présents – mais pas certains – il y a quatorze milliards d’années! Nous disparaîtrons à coup sûr d’ici quelques milliards d’années…

Mais, sans doute bien avant, car rien ne justifie en l’état actuel de la science, que notre place soit unique et privilégiée, et que nous représentions le stade final et le plus abouti de l’évolution des espèces vivantes… L’abandon de l’anthropocentrisme par Galilée, Kepler et Copernic demeure plus vrai que jamais!

A méditer, avant de reprendre la routine et nos travaux sur le temps qui passe! Car,en vérité, ce blog n’est rien d’autre qu’une besogneuse réflexion sur le temps qui passe. Le seul sujet qui vaille…

Chat perplexe face à l’univers

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Quatre ans auparavant, dans l’isolement forcé que les circonstances et sa naïveté lui avaient imposé, celui qui venait de remporter haut la main les élections présidentielles, dès le premier tour avec près de trois quarts des suffrages exprimés, avait écrit en avant-propos d’un essai sur l »extinction du paupérisme » qu’aucun socialiste d’alors ou saint-simonien n’aurait désavoué : «

Je livre mes réflexions au public, dans l’espoir, que développées et mises en pratique, elles pourront être utiles au soulagement de l’humanité. Il est naturel dans le malheur de songer à ceux qui souffrent ».

Nous sommes au soir du 11 décembre 1848 et l’homme qui vient d’être élu Président de la République Française au suffrage universel (5.534.226 suffrages sur 7.487.000 votants) s’appelle Louis Napoléon Bonaparte et c’est le neveu de Napoléon 1er.

C’est un homme jeune, tout juste quadragénaire qui vient ainsi d’être porté triomphalement à la magistrature suprême, de cette seconde République encore balbutiante…

Son score a quasiment humilié les autres concurrents, dont le Général Louis-Eugène Cavaignac qui représente le camp des républicains conservateurs, mais qui traîne la casserole de la répression ouvrière de juin 1848, le démocrate-socialiste officiel Alexandre Ledru-Rollin, le poète Alphonse de Lamartine, « l’illusion lyrique » et le vieux socialiste révolutionnaire, médecin des pauvres, François-Vincent Raspail! Sans compter deux concurrents anecdotiques, monarchiste et indépendant.

Superbe performance d’autant que l’homme est presque novice en politique. Il ne s’était fait élire député pour la première fois, que six mois auparavant.

Louis Napoléon B. en 1848

Le nouvel élu a toutefois un passé, et même un passé de rebelle et d’apprenti putschiste.

A deux reprises, en 1836 et en 1840, il a naïvement et maladroitement tenté de soulever l’armée pour renverser la monarchie constitutionnelle de Louis-Philippe. Mais après la révolution de février 1848 qui instaura la seconde République, ses tentatives avortées de coup d’Etat à l’encontre d’un régime et d’un roi déconsidérés, étaient plutôt perçues comme d’incontestables brevets de ferveur républicaine et d’aspiration démocratique.

L’exil (doré), l’emprisonnement que le jeune président de la République avait dû endurer à la suite de ses diverses péripéties subversives un peu folles, et enfin son évasion en 1846 du Fort de Ham où il était détenu, constituaient en outre des preuves de son courage et de sa force de caractère.

Dépourvu de charisme et doté d’un physique quelconque, l’homme ne séduisait pas a priori. En plus, c’était un médiocre orateur, qui savait, malgré tout, susciter une certaine émotion lors de certaines envolées quasiment mystiques. Financé par sa mère Hortense Beauharnais pour laquelle il nourrissait un amour filial que d’aucuns qualifièrent d’excessif, il eut néanmoins l’habileté de se présenter comme un homme neuf (hors système comme on dirait de nos jours), en mettant en avant sa jeunesse et en se servant de son inexpérience politique à des fonctions de premier plan, comme d’un gage du renouveau dont le pays avait besoin.

Son principe était de constituer une majorité en transgressant les clans politiques de l’époque et en les regroupant sous sa bannière… C’est ainsi qu’il réussit à s’imposer et devint, à quarante ans, le premier président de la République élu au suffrage universel en France.

Personne – à droite ou à gauche de l’échiquier politique – n’a probablement imaginé au soir de ce 11 décembre 1848, qu’il serait aussi celui qui abolirait la République. La gauche socialiste préférait ne voir en lui que l’auteur de son essai sur l’extinction du paupérisme qui demandait « qu’on rende enfin justice à la classe ouvrière ! » tandis que la droite républicaine incarnée pas Adolphe Thiers pensait que cet homme sans parti et sans prestance serait aisément manipulable…

Peu, à l’époque, prirent conscience qu’il avançait masqué vers le pouvoir absolu et vers l’empire. Mais pour l’heure, cultivant habilement sa popularité en s’affichant comme l’arbitre entre le peuple et l’Assemblée nationale, il bénéficia de l’exaspération suscitée dans les classes populaires par la République conservatrice qui avait mâté dans le sang en juin 1848 les manifestations parisiennes de la faim.

Comme bien souvent par la suite, le vote qui le porta au pouvoir ne fut pas un vote d’adhésion à sa personne ou à son programme, mais un vote d’exclusion des autres candidats…

En fin de compte c’est sur une majorité ambiguë et hétéroclite, constituée de rares nostalgiques du premier Empire, « de défenseurs de l’ordre et de la propriété mais aussi de laissés-pour-compte de la révolution industrielle, sensibles à ses idées sociales, qu’il s’appuya, du moins au début, en s’efforçant de contenter tout le monde et son frère!

L’échéance de son mandat se profilant, et ne pouvant se représenter du fait de la Constitution et de l’opposition de L’Assemblée nationale, il fomenta alors le coup d’Etat du 2 décembre 1851, renversa la IIe République et, un an plus tard, instaura le Second Empire !

Durant plusieurs années, la France vivra sous un régime autoritaire… Une des premières mesures en ce sens de Louis Napoléon sera de promulguer une loi de sûreté générale, restreignant de manière drastique la plupart des libertés fondamentales…

Les plus optimistes – les pragmatiques béats – diront que cette période despotique de l’histoire de France, fut aussi une période faste pour réformer le pays et l’industrialiser…

Il est vrai qu’un dictateur n’a nul besoin de s’emberlificoter pas dans des procédures pour décider… Il a juste besoin d’obligés, de clients, de groupies, de courtisans pour entretenir sa notoriété, vanter ses incommensurables mérites et promouvoir ses réformes « nécessaires » de modernisation…Et aussi, d’une police efficace pour faire taire les opposants trop turbulents.

Il suffit de s’accommoder de la disparition du débat démocratique…

Napoléon III y est parvenu à merveille, jusqu’à la défaite finale de 1870 et son abdication …

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Des années soixante du siècle dernier, il me revient régulièrement en mémoire, entre autres souvenirs exhumés – Dieu sait comment et surtout pourquoi – de mes « humanités » au lycée David d’Angers, le petit quatrain suivant, un peu abscons, et désormais oublié des élèves, car devenu inutile avec « la Révolution Numérique », la nouvelle Route Nationale du savoir, qui fait tant fantasmer et causer nos politiques en période électorale :

Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages.
Immortel Archimède, Artiste, Ingénieur,
Qui de ton jugement peut briser la valeur ?
Pour moi ton problème eut de pareils avantages. »

Cette ode était généralement associée à un rappel historique bizarre, qu’on se plaisait aussi à répéter :

Les 3 journées de 1830 ont renversé 89 »

Le plus étrange, c’est que ce n’était pas notre prof de français qui nous avait enseigné ces vers, mais le prof de maths, comme moyen mnémotechnique, pour décliner les trente premières décimales du nombre π, (Pi) et pour annoncer son inverse 1/ π sans avoir à le calculer (la division de 1 par un autre nombre avec une virgule est un exercice pénible).

Ainsi, dans le quatrain qui rend hommage à Archimède, il suffit de compter le nombre de lettres de chaque mot, pour approcher « Pi » : Que=3, j=1, aime=4, à=1 etc.

Dans le rappel de la Révolution de juillet 1830, l’inverse de « pi » s’obtient ainsi : « 0, 31830 98 ». Il faut bien sûr trouver le « zéro tout seul » et penser à « renverser 89 en 98 !

Photo internet Canada

Au cours de ma scolarité, je ne fus ni très bon, ni très mauvais en mathématiques.

Sans fausse modestie, plutôt bon que mauvais, mais pas transcendant ! Et c’est ce qui explique sans doute que je ne suis jamais devenu un vrai mathématicien, et que la transcendance ne m’a jamais trop inquiété sauf lorsqu’il s’agissait précisément du nombre « Pi » …qui lui est un nombre « transcendant » !

Pour ceux qui aiment les maths, je rappelle que la définition d’un nombre transcendant est la suivante (selon Wikipédia que je me contente de recopier, comme il l’a fait lui-même d’ouvrages spécialisés) :

« Un nombre transcendant est un nombre réel ou complexe qui n’est racine d’aucune équation polynomiale à coefficients entiers. Comme tout nombre rationnel est algébrique, tout nombre transcendant est donc un nombre irrationnel. »

Intuitivement (!), on sent bien que ça se complique, mais en gros s’agissant de notre fameux « Pi », on peut dire pour simplifier (abusivement) qu’aucune formule, qu’aucune équation, qu’aucun algorithme, même l’ordinateur le plus complexe auquel rêve Benoit Hamon pour supprimer le travail, ne parviendra à fournir une valeur exacte de « Pi », car son nombre de décimales est infini !

Aux dernières nouvelles, les trente chiffres de mon vieux quatrain sont largement dépassés, on aurait aujourd’hui dénombré dix mille milliards de décimales… Et on continue.

Fascinant ! Alors que ça parait si trivial, cette histoire de « Pi »…

N’importe qui avec une règle graduée, une cordelette et, le cas échéant, un compas, peut en faire une mesure approximative : en effet, on a tous appris à l’école que ce nombre était égal au rapport de la circonférence d’un cercle à son diamètre…Quel que soit le cercle, et forcément quel que soit le diamètre, ce rapport est constant ! …

Et ce nombre « irrationnel », qui défie la raison, qui nous échappe et qui nous nargue depuis la nuit des temps, a tracassé tous les mathématiciens depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

Il a colonisé, non seulement, notre bon vieux cercle qui l’a révélé au grand public avec plus d’efficacité mystérieuse qu’une apparition mariale , mais également une grande partie des mathématiques, des probabilités des plus élémentaires aux plus subtiles, des algèbres ou des géométries les plus abordables comme notre respectable euclidienne, jusqu’aux plus complexes.

Partout, il pointe régulièrement le bout de son nez…En physique aussi, sa présence est incontournable, de la mécanique classique où il contribue prosaïquement à expliquer et à formaliser le fonctionnement d’une poulie ou à comprendre le cheminement des ondes sinusoïdales sur notre bassin d’agrément, jusqu’aux monuments conceptuels les plus élaborés comme la relativité einsteinienne ou la mécanique quantique !

Albert Einstein lui-même a eu la bonne idée de naitre le troisième mois de l’année (1879) le 14… « 3,14 » !
Est-ce la raison pour laquelle, le « 14 mars » est désormais la journée internationale des mathématiques, le « Pi-day » ?

Le grand « Albert » aurait 138 ans!

 

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Il m’aura fallu patienter plus d’un demi-siècle pour apprendre l’existence d’un certain Jehan Gelée, né, semble-t-il, en l’an de grâce 1495, quelque part en Gâtine poitevine dans les environs de Parthenay, de Saint-Pardoux ou de Soutiers…

Photo Site officielCommune Mazières en Gâtine

Ph. Site mairie Mazières-en-Gâtine

Ce que je sais de lui est très sommaire ! A vrai dire, presque rien, hormis deux précisions: la première, triviale, eu égard à sa date de naissance, c’est qu’il a vécu sous les règnes de Charles VIII, de Louis XII et François 1er entre 1495 et 1547, et la seconde, forcément plus déterminante pour moi, c’est qu’il est mon lointain aïeul ! Et, même, au hit-parade de mes ancêtres, le plus ancien d’entre eux, à ce jour identifié !

Le fait qu’il soit né, trois ans à peine, après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, donne le vertige, surtout si l’on prend conscience que quinze générations et un peu plus d’un demi-millénaire nous séparent…

Je ne suis pas l’inventeur de cette découverte. C’est à ma cousine, « Rose l’Angevine » qu’il faut attribuer cette bouleversante révélation, récemment exhumée des archives ! Ainsi, sans crier garde, surgit du fond des siècles, un inconnu dont j’aime à croire qu’il me ressemblait comme un frère…ou peut-être pas du tout !

En tout cas, quelqu’un avec lequel je suis censé partager quelques gènes. Sans l’obstination de « Rose » une fidèle habituée de mon blog, il est certain que j’aurais vécu le reste de mon âge sans me préoccuper un seul instant de ce Jehan poitevin… Il faut dire que rares sont ceux, qui, dormant depuis des lustres dans les registres d’état civil ou paroissiaux parviennent à se soustraire aux enquêtes quasi-policières de Rose, une des généalogistes les plus averties du Grand Ouest du royaume de France, et même des provinces de la Nouvelle France. Nombreux en revanche, sont ceux qui cherchent à s’attacher bénévolement ses services pour dessiner les arbres de leurs ascendances et de leurs cousinages, jusqu’aux limites ultimes de la grouillante et mystérieuse canopée ! J’ai ce privilège.

Bref, sans elle, je n’aurais jamais imaginé ma filiation directe avec ce diable d’homme, ce Gelée, miraculeusement sauvé de notre amnésie collective et rappelé dans nos foyers, bien que refroidi depuis des temps immémoriaux…Je n’aurais jamais su que ce lien familial qui nous oblige désormais, emprunte les quartiers de roture de ma grand-mère maternelle, Adrienne Venault (1894-1973) et de sa mère Clémence Fradin (1861-1931), toutes deux poitevines deux-sévriennes, que j’ai abondamment évoquées ici, il y a quelques années…

Et, le plus étonnant en cette affaire, c’est que cette chaîne généalogique ascendante – mi agnatique ou patrilinéaire et mi-cognatique – dont Rose m’a fourni les principales clés, en reconstituant une série ininterrompue d’ancêtres sur les cinq derniers siècles en Poitou, a permis de retrouver, en prime, dans la poussière des vieux grimoires, quelques autres personnages singuliers, parties prenantes de ma lignée, et également ignorés jusqu’à maintenant, mais qui ne correspondent pas tout-à-fait au profil des humbles manants ou des artisans pauvres qui peuplaient presque exclusivement hier les rameaux les plus élevés de mon arbre généalogique…

Ainsi, un arrière-petit-fils de Jehan Gelée, Anthoine Allonneau, un autre de mes aïeux au douzième degré – né en 1600, et « marchand » de son état était propriétaire avec son épouse, du domaine de la Bazonnière qui relevait de la seigneurie de Saint-Pardoux dans la Gâtine parthenaisienne, et dont les traces figurent encore sur le cadastre « napoléonien » établi en 1837 pour la commune de Saint-Pardoux (79)…

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La Bazonnière cadastre de Saint-Pardoux section B -AD 79

Mieux encore, son fils François Allonneau (1630-1690), héritier de la Bazonnière et de ses dépendances, exerçait la charge de notaire du duché de la Meilleraye. Notaire seigneurial et probablement royal par délégation, c’était certainement un notable local incontournable et redouté, car du fait de sa fonction consistant à dresser des actes de vente, d’héritage ou de contrat de mariage et à en garantir l’authenticité dans le ressort de la justice ducale, il devait jouir d’une connaissance assez précise du patrimoine des uns et des autres, et jouer un rôle appréciable dans les alliances entre les familles…

Sans être nécessairement richissime, car le nombre d’actes sur lesquels il prélevait son timbre devait être à la mesure de la richesse locale, François Allonneau disposait au moins des moyens de sa charge et de son office, et devait figurer parmi les familiers et les relations d’affaire du duc. Certainement pas parmi ses intimes, car il n’appartenait pas à la grande noblesse.

Watteau 1664- notaire établissant un contrat de mariage

Watteau 1664- notaire rédigeant un contrat de mariage

Durant la période où François Allonneau exerça sa charge de notaire, le seigneur des lieux, Charles de la Porte (1602-1664) était loin d’être un nobliau provincial anonyme. Il possédait sa chaise à la cour de France, en l’occurrence à celle de Louis XIII d’abord, dont il était d’un an le cadet, puis à celle de Louis XIV sur lequel il exerça une certaine influence presque paternelle au début de son règne….

Issu d’une famille poitevine de haut lignage, Charles était cousin du cardinal de Richelieu. En un temps, où le cumul des mandats ne soulevait aucune émotion – le bon peuple n’ayant guère le loisir de nourrir des états d’âme à propos de la gestion des affaires publiques – le « patron » de François Allonneau trustait allègrement les titres, les fonctions et les distinctions.

Qu’on en juge : ce grand aristocrate fut, à la fois, marquis puis duc de la Meilleraye en Poitou, duc de Réthel, baron de Parthenay et de Saint-Maixent, comte de Secondigny, seigneur du Boisliet, de la Lunardière, de la Jobelinière, de Villeneuve. Il fut en outre nommé lieutenant général de Bretagne, grand maître de l’artillerie de France, lieutenant général des armées du roi, pair de France, gouverneur de Nantes et de Port-Louis, et pour couronner le tout, le roi l’éleva à la dignité de maréchal de France, en remerciement sans doute de ses actions héroïques et de ses faits d’armes pendant la guerre de Trente ans.

Charles de la Porte

Charles de la Porte

Mais le duc n’était pas seulement un soldat avisé, il s’intéressait aussi au nerf de la guerre, l’argent, et pour ce motif, il fut nommé surintendant des finances en 1648… Sur son portrait d’époque, son teint blafard et son visage émacié donnent l’impression que l’homme est un peu las… On comprend pourquoi!

On peut néanmoins penser que les compétences du duc en matière financière influèrent certainement sur les relations qu’il entretint avec ses vassaux dans ses terres poitevines, en particulier avec son notaire, qui fut peut-être aussi son informateur sur l’état moral du duché…On ne serait pas étonné que les deux hommes, bien qu’ayant conscience, conformément à l’étiquette, des distances à respecter du fait de leurs différences de condition, aient su nouer des rapports de confiance, réciproques dans la gestion des biens… Réciproques mais forcément inégalitaires!

Le contraste est en tout cas saisissant entre la fortune présumée et l’aisance sociale de ce François Allonneau, et la modestie de la condition, deux siècles et demi plus tard, de ses descendantes, mon arrière-grand-mère Clémence Fradin, garde-barrière de la compagnie de chemins de fer, Paris-Orléans, veuve d’un poseur de voies, tué par un train, et ma grand-mère maternelle Adrienne Venault, contrainte pour gagner sa vie de vendre ses services comme domestique puis cuisinière, chez des bourgeois de la région, dès l’obtention de son certificat d’études !

Que s’est-il donc passé dans ce laps de temps qui explique cet appauvrissement progressif – ou brutal – de cette famille, la mienne en partie, au cours des décennies qui ont suivi l’époque « solaire » des Allonneau? Plusieurs explications peuvent être avancées, mais les pistes pour les confirmer font défaut. La révolution française qui a rebattu les cartes et détruit des patrimoines fut-elle un facteur décisif? Ou bien la dispersion des héritages, ou encore des retours imprévus de fortune à la suite de mauvais choix de certains héritiers au fil des générations? Nul ne le sait…

La réponse se trouve peut-être dans la consultation de milliers de pages malaisées à décrypter des minutes notariées, collectionnées au cours de cette période critique. Beaucoup, sont désormais consultables dans les dépôts départementaux d’archives… Mais, à moins d’une trouvaille rapide, qui fournisse d’emblée les réponses attendues, la tâche exige l’abnégation studieuse d’un bénédictin, à laquelle je ne saurais me résoudre!

Peut-être qu’un jour, cette énigme, d’importance toute relative, trouvera néanmoins une réponse crédible, par la grâce d’un robot paléographe qui, en moins de temps qu’il n’en fallut pour initier le big-bang, déchiffrera des milliers d’écrits pertinents et de charabias dialectaux, en analysant parallèlement la composition chimique des parchemins et en interprétant les empreintes génétiques laissées par les tabellions sur les vélins de ces temps-là !

Mais, dans l’attente de cet avenir robotique radieux, alors que moi-même, j’aurai probablement rejoint la masse des archives dormantes en attente d’un hypothétique réveil généalogique, il me faut conclure…

Bien sûr, tout le monde rêve un jour ou l’autre, d’épingler à sa galerie d’ancêtres, des chevaliers compagnons de Saint-Louis partant en croisade contre les sarrasins, ou espère se revendiquer, preuve à l’appui, du courage monastique des chevaliers teutoniques !

Pour l’heure, Rose l’angevine ne m’a fourni pour ancêtre ultime, qu’un seul ressortissant poitevin de la fin du quinzième siècle ! Un seul parmi les 32768 ancêtres directs putatifs, dont je devrais me prévaloir au quinzième degré de mon arbre… Beaucoup moins en réalité, car du fait des croisements de cousinages, un nombre appréciable porte sur sa seule tête, le poids de plusieurs aïeux.

Jehan est seul sur son rameau. Je m’en contente, et m’en satisfais ! Disons qu’étant identifié – autrement dit « mesuré » au sens de la théorie quantique – il est l’unique homme de son époque qui atteste de la réalité de ma filiation. Tous les autres sont demeurés virtuels, et doivent être regardés comme des possibilités qui ne se sont jamais réalisées…Un peu comme une fonction d’onde en mécanique quantique, qui ne rend compte de la réalité physique du monde, qu’à la condition de préciser le contexte métrologique qui a permis de lui donner chair et d’admettre qu’elle n’a pas d’existence propre indépendamment de l’observateur.

Si l’expérience était réalisable, je ne serais pas surpris de découvrir ma très grande proximité génétique avec ce Jehan! La même en toute hypothèse, que celle que j’entretiens avec Saint-Louis et ses compagnons de croisade, avec les chevaliers teutoniques et même avec les sarrasins qu’ils combattaient…

A quoi bon alors s’échiner à rechercher plus avant d’autres aïeux, alors que la grande saga du désir ou de l’amour – ou plus prosaïquement de l’instinct de survie de l’espèce – conjuguée aux lois de la génétique nous désignent tous comme des enfants de Jules César, de Charlemagne et de Vercingétorix ?

Certes! Mais, le plaisir réside dans l’identification besogneuse du balisage et des écueils parsemant le chemin emprunté par les générations qui nous ont précédés, pour nous transmettre la vie! C’est cette recherche qui est passionnante en soi, et c’est ce qui explique notre acharnement et notre émotion à nous abîmer les yeux, des heures durant, sur des écrans affichant des archives publiques numérisées ! Autrefois dans les mairies, on pouvait en plus effleurer le papier et en respirer l’odeur! Aujourd’hui, on l’imagine…

 

 

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Si, Si…

Si j’avais un chien pour fidèle compagnon, il est certain que les jours où « le temps s’y prête » je le promènerais sur la plage…Il pataugerait à sa guise en limite d’estran et imprimerait ses pattes en s’ébouriffant, dans les marnes et les sables gris ou blonds du rivage…

Et si, complice de mes pensées, mon chien souhaitait marquer son passage et le mien d’une trace éphémère, propre à ressusciter d’antiques souvenirs, je l’approuverais, tout en sachant qu’à chaque flux et reflux de la mer, d’incessantes petites vaguelettes, déferlant sur la grève, s’échineraient avec constance à noyer sous l’écume, les fétus d’un passé esquissé en rêve et à jamais révolu.

Sa promenade erratique et fouineuse serait la mienne, sur ce rivage soudainement épargné par le temps en plein cœur de l’hiver. Alors, je lui raconterais « l’histoire de ce roi mort de n’avoir pu te rencontrer »! Ce même souverain qu’un grand prince de la chanson chantait encore dans les jukebox des boites de nuit de la côte, à la charnière des années soixante

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Et si ce lieu dont on ne sait le nom – un nom qu’on a fini par oublier à force d’y songer – avait la singulière faculté d’inverser le cours des choses et de nos histoires! Ce serait si génial de rembobiner l’espace-temps de ce jardin secret à rebours des orbites planétaires et de rattraper tant de lustres perdus à s’étourdir dans une course éperdue vers un improbable et indomptable futur! Comment contrer cette croissance entropique de notre univers intime, qui a si souvent perverti – mué – nos pensées les plus folles en un présent banal à peine présentable? Grandeurs et misères du quotidien, dont le poids s’alourdit comme dorénavant notre démarche, comme s’épaissit aussi notre tour de taille au fur et à mesure du temps qui passe, alors que notre longue chevelure brune d’antan s’est clairsemée et qu’elle ne relève plus que de l’imaginaire.

Trop tard désormais pour regretter quoi que ce soit, sauf ici parfois – peut-être – dans une posture désormais gratuite, si l’occasion se présente, par procuration également… Seuls face à la mer sombre, et au soleil couchant, terrassés par l’horizon flamboyant du côté de la Catalogne, et épris d’une sourde inquiétude sous un ciel chargé et menaçant, oserons-nous raviver avec mélancolie tant de sentiments évanouis, il y a plus d’un demi-siècle…Oui, s’il s’agit d’entrevoir le bonheur à peine ébauché d’avoir été furtivement et virtuellement quelqu’un, sur ce littoral languedocien! Un rêve nostalgique d’autrefois, pour sourire de soi-même avec délice, avec compassion et douceur, en mesurant le chemin parcouru depuis lors… »Avec le temps, va, tout s’en va… »

Si elles s’en souviennent les vagues vous diront, Comment pour la Fanette s’arrêta la chanson…

 

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Admirer la Dordogne des rives de La Roche Gageac, c’est un rituel auquel on ne saurait se dérober! Mais ce ne fut jamais une routine. On a beau, depuis plus de quarante ans, repasser sans cesse à cet endroit, en toutes saisons, le panorama suscite toujours le même émerveillement, éveille toujours de nouveaux rêves et désormais ressuscite, mieux (au moins autant) qu’en tout autre lieu du Périgord Noir, le souvenir de ceux qui ne sont plus!

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Le gitan qui vendait ses paniers sur le quai dans les années quatre-vingt, jusqu’à parfois accrocher sa production aux grilles du monument aux morts, n’est plus là depuis longtemps. Et, non plus Mimi, notre demoiselle, tantine sautillante à talons hauts qui portait un béret pastel à la manière d’un chasseur alpin, et qui l’interpellait familièrement! Mais, au cœur de l’hiver, ils continuent de hanter l’esplanade surplombant la rivière, profitant sans nul doute du calme et du silence de la nature pour reprendre leurs quartiers d’antan. C’est le temps où les souvenirs peuvent s’épancher et se manifester sans entrave avant la furie touristique de l’été.

Les anglais d’avant le Brexit viendront sans doute encore. Progressivement ils prendront de l’âge et se presseront moins nombreux…Ceux d’après en auront désormais moins l’occasion! Mais, à la belle saison, les eaux de la Dordogne continueront néanmoins d’accueillir des aventuriers en sandales pour une croisière en gabarres jusqu’à Castelnaud-la Chapelle ou Beynac à la recherche improbable de la légendaire carpe, qui narguait les pêcheurs de l’avant dernier siècle…

Des nuées de canoës descendront la rivière, tandis que leurs occupants distrairont le temps concédé par une navigation facile, en mitraillant avec leurs Iphones ou Smartphones à tout faire, y compris et surtout des selfies, leurs propres bobines hilares dans le décor des collines riveraines coiffées de leurs châteaux féodaux, dont ils diffuseront immédiatement les images dans l’Europe entière. D’autres, moins aventureux ou plus botanistes musarderont à travers les ruelles à flan de rocher de la Roque, admiratifs du jardin tropical, éteint à la morte saison, avant d’aller se restaurer à la Plume d’Oie d’un menu périgourdin rapporté des brumes nordiques mais plus vrai que nature! A moins qu’ils ne préfèrent un autre bistrot moins coûteux.

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A coup sûr, l’imperturbable Dordogne continuera de rouler ses ondes impétueuses, sans se soucier de nos états d’âme… Immuable et irremplaçable reliquaire, elle évoque pourtant tant de moments précieux de notre jeunesse, et de joies simples et familiales dans ce lieu aujourd’hui déserté, si propice à la nostalgie…

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Il est encore temps d’en profiter avant que des ruées de touristes ne viennent troubler la quiétude de l’endroit dès les premiers vols d’hirondelles dans les charmilles des cafés du bord de l’eau. Pour l’heure, j’aime regarder vers l’amont, plus secret et sauvage.

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