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Archive for the ‘Pouce-pause’ Category

Cette photo a été prise dans le jardinet de façade d’un pavillon aujourd’hui disparu, qui se situait chemin des Musses non loin de la gare Saint-Laud dans un quartier périphérique d’Angers,…Ne subsiste de lui aujourd’hui qu’un « haricot » de carrefour!

C’était à la fin des années cinquante du siècle dernier… En 1958 peut-être. Sans doute avant septembre. Pourtant il faisait manifestement frisquet!

Une sorte de cousinade improvisée à l’occasion d’une visite familiale chez « la tante Germaine », sœur du grand-père maternel des enfants. Et chez son époux, l’oncle Joseph…

Un grand-père, à peine entrevu par les trois plus grands des queniaux! Un grand-père dont d’ailleurs une des petites filles portait, tels un stigmate ou une attestation mémoriels de filiation, le prénom féminisé.

Un aïeul « virtuel » donc, juste croisé autrefois et désormais oublié dans les jeux de « chat perché »…mais néanmoins omniprésent dans ces petites têtes d’enfants du baby-boom et des Trente glorieuses !

Sacré « P’tit Louis », ce grand-père devenu un mythe pieusement entretenu par la famille, et même une « belle » légende forgée à force de prières récitées en sa mémoire, chaque soir avant de dormir, pour améliorer l’ordinaire d’une éternité glorieuse si bien méritée…Du moins le prétendait-on!

Presque un saint de bonté – disait-on aussi – qui, toutefois, avait fait la guerre! Surtout une, avec ses ombres et ses lumières, ses grandeurs et ses servitudes…Il s’en était mieux sorti que son frère en 1918. Pas longtemps malgré tout, car en 1951, âgé de 52 ans, il fut emporté à l’affection des siens par un infarctus, après une vie de devoirs et sûrement aussi, quelques frustrations…

Il avait été ferblantier, « hirondelle municipale » et jardinier, mais aucun des gamins n’avait gardé le moindre souvenir d’avoir été bringuebalé dans sa bérouette du chemin de la Treille, en contrebas du remblai du petit Anjou…

A moins que, parfois, en songe, dans un rêve à la Lewis Carroll!

C’est à cause de lui, en tout cas, que, quelques années auparavant, les aînés qui venaient juste de troquer leurs langes pour des barboteuses – s’étaient vus décorés d’un « brassard noir » sur la manche gauche du manteau ou sur celle de leur gilet tricoté par la veuve éplorée du défunt, leur grand-mère… Ça se faisait en ce temps-là!

Mais, au jour de la photo, en visite chez la sœur du fantôme, et chez l’époux de la sœur du fantôme, bricoleur persévérant d’un émetteur radio nasillard qui renvoyait un son venu des étoiles, ils ne portaient plus le ruban du deuil… Faut bien que ça cesse un jour…Seule la grand-mère était vêtue de noir, de pied en cap, comme il était d’usage alors…

Depuis on a appris sur les bancs de l’université que l’oncle Joseph captait le rayonnement fossile de l’univers. Il n’en demandait certainement pas tant.

Qui c’est « ils » ?

C’était nous, il y a soixante ans!

C’était nous et tous les autres, car, de ce même jour, un autre cliché témoigne. Pères et mères, grand-mère, oncle et tante étaient présents et posaient pour la postérité.

Qui était le ou la photographe?

 

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Non ce n’est pas un poisson d’avril.

Sous peu, pronostique Jean-Louis Borloo, des listes communautaires se présenteront aux élections municipales qui imposeront  localement« la charia». Sans sombrer dans le catastrophisme, on peut s’interroger.

Force est en effet de constater qu’on n’en est peut-être pas si éloigné, quand on observe, ici ou là, la mainmise grandissante des mouvements salafistes sur des populations désorientées par la crise sociale et identitaire, là où il y a peu, le mouvement associatif occupait le terrain culturel, éducatif et sportif !

On frémit à l’idée qu’une frange de la jeunesse issue de l’immigration qui, à bon droit, aspirait auparavant à prendre sa place au sein de la société française et qui s’insurgeait contre les difficultés qui lui étaient opposées, se détourne désormais des principes de la République… Pire, manipulée par l’obscurantisme islamiste, elle ne se réclame même plus de la nationalité française…

Dans ce contexte, l’attentat islamiste de Trèbes qui a coûté la vie à quatre innocents, dont le colonel Arnaud Beltrame, héros de la Nation, ainsi que l’assassinat antisémite d’une vieille dame de confession juive, Mireille Knoll, ne sont pas des épiphénomènes horrifiants dans un ciel serein. Ils témoignent à la suite d’une désormais longue – trop longue – série de tragédies, de crimes et de victimes, que la gangrène de l’obscurantisme religieux et meurtrier gagne du terrain…

Ces massacres nous indiquent qu’il ne faut plus surseoir pour dire « clairement les choses »!  Il faut les énoncer sans tergiverser et sans faux-semblant.  « Tourner autour du pot » ou ne pas désigner explicitement l’ennemi, revient à laisser libre cours aux assassins, voire à les excuser. Retarder la prise de conscience en privilégiant les causes sociétales et sociales à nos malheurs, c’est nous désarmer idéologiquement pour défendre notre conception de la civilisation et notre façon de « vivre » les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité !

Je pensais naïvement que cette récente et tragique leçon – la énième du genre – serait un ultime coup de semonce qui nous ouvrirait les yeux, et qu’au moins nos élus abandonneraient « leur langue de bois » traditionnelle et leurs compromis (compromissions) d’antan, destinées à s’attirer les bonnes grâces d’électeurs circonstanciels, futurs fossoyeurs de leurs propres idéaux et des nôtres!

A ma grande surprise, ce n’est pas le cas !

Dans une petite commune francilienne de la banlieue sud, que je connais, le maire a cru bon d’évoquer dans l’éditorial de sa dernière feuille d’informations municipales – datée d’avril 2018 – les deux drames qui viennent d’endeuiller notre pays (l’attentat islamiste de Trèbes et l’assassinat antisémite de Paris).

Le propos et le projet ne sont, en soi, guère discutables. Et d’ailleurs, l’homme n’est pas dénué de talent, ni de force de conviction, lorsqu’il s’agit de glorifier, des trémolos dans la plume, les valeurs de la République. Il n’a pas, non plus, son pareil pour opérer de grands écarts historiques ou des comparaisons audacieuses avec notre passé révolutionnaire.

Ainsi compare-t-il le colonel Arnaud Beltrame à Joseph Bara, un jeune volontaire originaire de Palaiseau, tambour dans un régiment de hussards, tué à quatorze ans, en 1793, pendant les « Guerres de Vendée » en criant « Vive la République », ou encore au mythique Joseph Agricol Viala, tombé « héroïquement » en Provence dans les rangs des montagnards au début de la Terreur !

Je n’ai évidemment rien à redire à ce lyrisme, parfois un peu pesant, un tantinet sectaire et moralisant « en diable » de ce brave maire. Chacun son truc!  Et, en plus, ça me distrait…J’aime bien ceux qui se prennent pour Victor Hugo!

En outre, ça n’enlève ni n’ajoute rien à sa fonction d’administrateur de la ville et d’édile régional, dont les fidèles semblent vanter l’habilité et les insignes qualités de syndic public, forgées et bonifiées par une longue carrière d’apparatchik au sein d’un grand parti autrefois en vogue.

                                         Extrait -Journal Municipal

En revanche, j’ai franchement tiqué – pour dire vrai, je n’en croyais pas mes yeux – lorsque j’ai lu dans ce bel éditorial, digne d’un tribun de la troisième République, qu’« Arnaud Beltrame et Mireille Knoll sont tous les deux morts des coups de couteaux d’obscurantistes qui n’ont rien à voir avec quelle que religion que ce soit » !

Ces propos sont carrément hallucinants, lorsqu’on sait que le terroriste de Trèbes, qui se revendiquait de l’Etat islamiste, et qui fut par la suite adoubé par Daesh, a tué dans le Supermarché en criant « Allahu akbar » (Dieu est le plus grand).

Révoltant lorsqu’on sait que la vieille dame juive parisienne a été assassinée parce que, précisément, elle était juive !

Une telle myopie, un tel contresens ou une telle complaisance sous la plume d’un élu respectable sont confondants et surtout inquiétants. Et ce, d’autant que dans la suite de son discours, il s’efforce implicitement mais laborieusement de justifier son propos en se référant au principe républicain de laïcité, qui lui interdirait -es qualité – d’aborder l’explication de ces phénomènes mortifères en questionnant une religion! Tout le monde sait pourtant que là est le terreau du mal. Tout le monde, certes, mais pas lui. Du moins, feint-il de nous le faire croire…

Cette attitude de déni – politiquement correcte, il y a peu – n’est plus tolérable (admissible). Même si elle est motivée par le souci de ne « stigmatiser » personne – pour reprendre une expression à la mode – car elle est, de mon point de vue, dangereusement irresponsable au regard de l’avenir…Et bien sûr, elle énonce une proposition dont tout le monde sait qu’elle est fausse et contredite par les faits…

Qu’un responsable public, soucieux de justice et de paix civile, s’abstienne de jeter le discrédit sur l’ensemble des pratiquants d’une religion et qu’il s’attache à montrer que le radicalisme religieux est une déviance concernant une minorité de croyants, relève sans doute de son devoir ! Et c’est recevable en première analyse, car rien n’est pire que l’incitation à la haine indifférenciée.

Qu’il nie farouchement le lien avec la religion, des attentats islamistes, est une ânerie qui le décrédibilise…Quelle confiance apporter ensuite à quelqu’un dont la lucidité semble faire défaut, ou qui semble délibérément refuser de considérer la réalité telle qu’est, en la confondant avec celle dont il rêve ?

Ce type de discours négationniste est dangereux, parce qu’il fait douter de la démocratie, qui pervertirait à ce point le bon sens des élus, et parce que, dans l’ombre, les manipulateurs, les obscurantistes promoteurs d’illusions mortelles et les charlatans de toutes obédiences sont à l’affût… La charia municipale y fera son marché !

A t-il appréhendé, ce maire, les conséquences délétères de son propos » chèvre et choux »?  Sûrement pas, car on dit que c’est un brave homme!

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Pour les gens de ma génération, c’est-à-dire celle des petits-enfants des soldats de 14-18, celle du baby-boom d’après la seconde guerre mondiale et celle, étudiante, qui, en mai 1968, se révolta contre l’ordre établi, les célébrations de l’armistice mettant fin au premier conflit mondial, sont ancrées tels des rituels laïques et patriotiques, remontant à l’enfance et l’adolescence. C’était dans les années cinquante et soixante du siècle dernier… Et, pour moi, s’y ajoute une composante de religiosité provinciale dans un quartier périphérique d’Angers, celui de la Madeleine!

En ces temps lointains de la quatrième république agonisante et de l’émergence de la cinquième dans les soubresauts de la guerre d’Algérie, nombreux étaient les « poilus de la Grande guerre » encore valides qui défilaient chaque année à l’occasion du « 11 novembre » derrière leurs porte-drapeaux, en arborant fièrement les insignes de leurs régiments et leurs  » accroche-cœurs » gagnés sur les champs de bataille à Verdun ou ailleurs. Parmi eux, il y avait beaucoup de « petits vieux » du quartier, et même mon premier instit’ Ernest Cragné (1887-1965) qui, dans les années trente, avait été aussi celui de mes oncles Albert (1925) et Georges Turbelier (1927-2009)…

Après la « sonnerie aux morts » par le trompettiste attitré de la fanfare du patronage, puis une « Marseillaise » éraillée mais de rigueur, et enfin une minute de recueillement devant le monument dans l’église, où figuraient les noms de leurs camarades de classe « morts pour la France », ils noyaient leur passé ou leur chagrin et parfois leur tacite culpabilité d’avoir survécu à la boucherie, à la buvette du cercle paroissial de « boules de fort ». Là, ils débouchaient en cadence des alignements de fillettes « d’antidérapant » rouge ou blanc, qu’ils descendaient à grandes lampées dans des verres tronconiques à l’angevine.

Et chacun y allait du récit de ses exploits, s’attardant sur les faits d’armes mémorables dont il aurait été l’acteur ou le témoin, au chemin des Dames à la côte 304, à Mort-Homme, en Picardie, dans les Flandres, sur la Marne ou dans les Dardanelles! Depuis quarante ans, leurs narrations étaient patinées par le temps, un peu idéalisées surement, mais si criantes de vérité, lorsqu’elle étaient racontées par ces vieilles trognes qui s’illuminaient, tels des phares gyroscopiques calés sur la victoire de 1918. Le jour du 11 novembre,c’était leur jour de gloire… Le seul de l’année où on les regardait comme des demi-dieux.  Leurs histoires, étaient plus vraies que vraies en somme, puisque, sans s’affranchir de la narration des faits, c’est de leur détresse dont il nous entretenait pudiquement derrière certaines fanfaronnades.

Depuis toujours, ils étaient au rendez-vous de cet anniversaire, qui symbolisait le jour où ils furent délivrés de l’angoisse de la mort immédiate, dans le même temps où ils durent faire le deuil des copains qu’ils laissaient derrière eux. Tous adhérents d’une amicale d’anciens combattants, tous solidaires et à jour de leurs cotisations, ils savaient ce que chacun allait dire! Peu importe d’ailleurs, car ce qui comptait avant tout, c’était d’être là à se serrer les coudes en comptant les rangs. Lesquels, déjà, s’éclaircissaient tristement.

A ce jeu, mon grand-oncle Auguste Cailtreau (1892-1975) – mon « grand-père » par substitution – ne participait pas ou guère. Quand il était exceptionnellement présent à une manifestation d’anciens dans le quartier Sainte Bernadette, il se contentait d’écouter modestement les exploits de ses amis. Ce n’est qu’en le poussant dans ses derniers retranchements, qu’il consentait du bout des lèvres à « avouer » qu’en tant que chauffeur du colonel, il avait conduit le clairon de l’armistice sur les premières lignes du front bulgare à l’aube du onze novembre 1918.

Il n’aurait toutefois pas raté, avec Nini son épouse, le traditionnel repas de l’amitié qu’organisait son amicale dans une auberge des bords de Loire.

Et nous, gamins, à peine incommodés par l’odeur acre de la vinasse et des fumées de tabac qui se déployaient en larges volutes dans l’atmosphère de la salle municipale ou paroissiale, nous assistions, alibis de l’avenir, à cette scénographie dont on savait d’avance le déroulement et l’issue…Dans un coin, les drapeaux, les étendards et les fanions étaient en berne, jusqu’à la prochaine sortie!

Un tantinet insolents, nous écoutions à peine ces pépés qui ressassaient chaque année les mêmes rengaines, dont on ne savait s’il s’agissait d’épisodes réellement vécus ou d’édifiantes fictions patriotiques rodées par des décennies de mémoire sélective. Ce qui est certain, c’est qu’il n’aurait pas fallu nous pousser outre mesure pour qu’on les raconte à leur place, sans omettre ni l’ambiance dans les tranchées avant et après l’attaque, ni la peur des soldats lorsque les « machines à découdre » de l’ennemi arrosaient les premières lignes, ni la répulsion que suscitait la puanteur des cadavres en décomposition oubliés dans les boyaux de première ligne… On riait quand même quand ils évoquaient « la trouillote » et surtout les « boites de singe » infectes, avec lesquelles ils étaient censés s’alimenter dans les rares moments d’oisiveté autorisée. Sans compter le rouge qui tache, la bouffarde, la gnôle, les bandes molletières crasseuses et les ceintures de flanelle!

Parfois leurs regards s’assombrissaient lorsqu’ils évoquaient en regardant du coin de l’œil, les quelques gueules cassées présentes, qui, contre toute attente, avaient déjoué les pronostics médicaux, et survivaient en dépit de tout. Loques humaines pensionnées de l’Etat, ces pauvres éclopés résistaient misérablement aux sévices du temps en masquant le trou béant de leurs mâchoires arrachées par des éclats d’obus, avec des prothèse en cuir. Le reste du temps, calfeutrés été comme hiver dans de minuscules guérites de la Loterie Nationale, ces pauvres mutilés tentaient de conjurer un sort qui leur avait été presque fatal dans les tranchées, en vendant des billets « gagnants » à des badauds sur les boulevards!

Parfois, certains vétérans versaient une larme qui laissait une trace blanchâtre sur leurs visages râpeux en se perdant dans les méandres de leurs rides! Alors on s’émouvait aussi à l’écoute pour la énième fois de l’insupportable attente que devaient endurer leurs potes moribonds, embrochés par une « Rosalie »boche ou une « tachette » teutonne… La « valise diplomatique » du chirurgien chargé de faire le ménage dans les chairs déchiquetées arrivait toujours trop tard, sauf à panser un mort, tandis qu’au loin l’artillerie ennemie lançait sa « musique » infernale sur les copains montant en première ligne en vue du prochain assaut…

J’appartiens à cette génération, la dernière à avoir approché ces hommes au courage contraint qui traînaient leur misère depuis si longtemps. Désabusés sur l’espèce humaine, ils s’efforçaient de faire diversion en se congratulant mutuellement… Peu communicatifs finalement sur leur détresse intime, ils préféraient ressasser les mêmes histoires de guerre, sans trop s’attarder sur leurs illusions perdues dès l’automne 1914…On leur avait volé la jeunesse et tout ce qui la caractérise, la joie, la confiance, l’ingénuité et l’amour. Les femmes. Bref le gout de vivre!

Ces hommes de chair et d’os, guerriers par devoir s’étaient mués en héros malgré eux, et ce faisant, étaient devenus des symboles sans l’avoir recherché. Mais ils demeuraient hantés par le souvenir de tous ceux, moins chanceux qu’eux qui avaient été assassinés à leurs côtés, victimes de la même imposture sur la justification de ce premier conflit meurtrier – quasi génocidaire – de l’ère moderne!

Pour moi, l’armistice de 1918 reste indissociable de ces hommes vieillissants, qui ne parvenaient pas à cicatriser les blessures physiques et morales qu’on leur avait infligés pour le bon plaisir de « va-t-en-guerre » des différents camps en présence!

En cette année du centenaire, c’est d’abord vers eux que vont mes pensées… Eux que je tutoyais autrefois et qui sont aujourd’hui des mythes à usage multiple et tous des soldats inconnus.

Ceci explique cela. Je conserve depuis quarante ans dans mon portefeuille, la carte de poilu d’Orient de mon grand-oncle! Une manière de relayer leur témoignage en me revendiquant de l’un d’entre eux! Une manière aussi de me positionner comme le légataire et l’héritier de ces troufions de 14-18, qui, par leur sacrifice, imposèrent une certaine idée de la Nation, fière de ses principes humanistes et de la civilisation qu’elle incarne. Une Nation qui rejette avec détermination toutes les formes d’obscurantisme notamment religieux, et qui sait se mobiliser quand c’est nécessaire pour défendre sans concession, les principes des Lumières. .

Les décennies ont fini par avoir raison du souffle des derniers témoins directs de cette guerre d’extinction massive, qui priva la France et l’Europe d’une part importante de leur jeunesse mâle. Le dernier survivant de cette guerre, Lazarre Ponticelli s’est éteint, il y a tout juste dix ans. Le temps est donc venu de procéder aux commémorations sans le support des témoignages directs de « poilus »…

Désormais, grand-parents, c’est à nous qu’il revient de contrecarrer l’amnésie tendancieuse, qui, depuis quelques cycles scolaires, a privé notre jeunesse de ce passé pourtant si proche et de lui transmettre ce pan de notre récit national! En ce sens, les manifestations patriotiques officielles du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918 sont non seulement utiles mais nécessaires.

Non pour se complaire dans l’évocation morbide de cette longue parenthèse qui a ensanglanté notre sol et qui a endeuillé presque toutes les familles françaises entre 1914 et 1918, mais pour rappeler que la guerre n’est pas une fiction. Pour rappeler aussi que la paix n’est pas une donnée naturelle mais qu’elle se gagne laborieusement à partir d’équilibres précaires susceptibles à tout moment d’être remis en cause par la folie meurtrière de quelques-uns ou par des idéologies perverses et mortifères comme le nazisme ou, actuellement, l’islamisme!

Ces poilus d’antan auraient voulu que leur guerre fût la « der des der »: ce ne fut pas le cas.

Par nature, la guerre est sale. De ce point de vue, celle de 14-18 a ouvert le ban d’une série ininterrompue jusqu’à nos jours, de massacres et d’atrocités en tous genres…L’année du centenaire de l’armistice de 1918 offre l’opportunité de redire que la guerre ne saurait jamais se résumer à la manipulation de consoles électroniques pour détruire des figurines virtuelles sur un écran vidéo!

Au-delà de leur folklore et de rites surannés qui ne parleront sans doute plus aux jeunes générations, les cérémonies d’antan avaient le mérite de souder la Nation autour de leurs héros, dans un hommage collectif rendu à ceux qui l’avaient défendue au détriment de leurs vies… et de se solidariser avec les rescapés, mutilés, gazés, estropiés!

Il s’agit désormais d’entendre la parole de ceux qui nous crient d’outre tombe, leur horreur de la guerre… Aucun survivant de la Grande Guerre ne vécut paisiblement par la suite. Tous passèrent le restant de leur existence dans la hantise de ce cauchemar, en compagnie des fantômes de leurs frères, de leurs maris ou de leurs amis emportés dans la tourmente. Mon grand-père paternel privilégia le mutisme.

Ma grand-mère maternelle – Adrienne Venault (1894-1973) – ne se remit jamais de la mort de son frère Albert et de son « chéri », Alexis, tués tous les deux à quelques semaines d’intervalle au cours des ultimes offensives allemandes du printemps 1918 dans la Somme.

Ne pas les oublier, c’est faire nôtre leurs mises en garde, car la menace d’une conflagration généralisée demeure aussi prégnante que jadis. Sous des formes différentes par rapport au début du siècle dernier, mais avec une efficacité mortifère décuplée, grâce aux progrès de la technologie! Pas plus actuellement qu’hier, nous ne sommes donc prémunis contre une explosion d’horreurs et de barbaries, qui fut la signature tragique du siècle précédent…L’actualité nous montre que c’est même précisément le contraire. Mais nous sommes prévenus!

Comment s’interdire à l’avenir « d’enrichir » les monuments aux morts de nos villes et villages, d’interminables litanies de noms? Comment s’empêcher d’en ériger de nouveaux sur les avenues de nos villes pour honorer les victimes du terrorisme imbécile? Comment surtout, face à la montée des périls, vaincre en sauvegardant les valeurs de notre civilisation?

Un siècle s’est écoulé depuis l’arrêt des hostilités de la première Guerre Mondiale. Un laps de temps sans signification à l’échelle des espèces vivantes! Et c’est précisément ce qui fait craindre que les pulsions de mort demeurent inchangées…L’homme de 1914 ressemble comme un frère à celui de 2018. L’un et l’autre ressentent les mêmes souffrances dans les mêmes circonstances, avec la même intensité qu’il y deux mille ou trente mille ans!

A Mort-Homme près de Verdun en 1916 -Cote 304

A ce titre, le devoir d’histoire est incontournable. Et il est légitime que ces cérémonies du centenaire revêtent un certain faste, d’autant que cette inimaginable tragédie de 14-18 a conditionné l’ensemble du vingtième siècle et servi de marchepied à la barbarie nazie des années trente et quarante…

Personne ne trouvera donc à redire dans le fait que des manifestations en grandes pompes soient organisées un peu partout en France, même si d’aucuns – dont je suis – craignent, que, comme à l’accoutumée, les responsables politiques du moment ne confisquent ce moment de communion nationale et qu’ils n’en profitent pour transformer ces soldats « bleu horizon » – ces soldats de la République – en porte-flambeaux de leurs propres ambitions. Ils nous ont si souvent montré que ce « fameux devoir de mémoire »dont ils nous rebattent les oreilles avec une sorte de délectation suspecte n’est le plus souvent qu’un outil de communication à leur profit!

Déjà, on nous annonce que l’actuel locataire de l’Elysée, toujours prompt à donner des leçons au monde, a invité, aux célébrations du centenaire, quatre-vingt chefs d’Etats! Mais peut-on réellement en vouloir à ce jeune homme un tantinet mégalo et narcissique, de saisir l’aubaine pour faire de cet événement l’écrin de sa propre gloire? Peut-on lui reprocher de prendre à témoin de ses propres obsessions d’un nouvel ordre mondial, ces vingt millions de morts et autant de mutilés de la première guerre qualifiée de « mondiale »? Les sondages nous en diront plus, le moment venu! Au moins, faisons lui crédit de l’hommage aux « poilus » – fût-il détourné vers un autre objectif!

Peu importe au fond, les dérisoires postures ou impostures de circonstance des « grands » de ce monde, car les soldats de 14-18 ont déjà été abusés tant de fois qu’ils ne sont plus à cela près… L’important c’est qu’on les ramène sur le devant de la scène, avant, peut-être, de les enterrer définitivement.

Ils méritent bien qu’on se souvienne d’eux quelques instants sur les lieux même des tueries, même si c’est avec la grandiloquence convenue de VIP avides de se mettre en valeur, en récitant des discours faussement compassionnels et truffés d’arrière-pensées.

Il faut se faire une raison et admettre que l’hommage public de la Nation ne pourra guère s’incarner autrement, faute de mieux. Il faudra se satisfaire de ces pantalonnades télévisuelles, ponctuées d’avis aseptisés et de « leçons à tirer » dispensées par des palanquées d’experts militaires et d’historiens médiatiques, le tout, sur fond de « Marseillaise » et de défilés des troupes devant des élus endimanchés!

Dans les temps morts des cérémonies, entre deux interviews de personnalités, on nous expliquera savamment pourquoi le maréchal Foch a manœuvré comme il l’a fait en 1918 pour contrer les offensives d’Hindenburg et de Ludendorff dans la Somme ou en Alsace… On nous « révélera » pourquoi, la victoire n’a été acquise qu’à l’automne, et pas avant…Comme Pétain en son temps, certains regretteront que le cessez-le-feu entériné par l’armistice, ait empêché les alliés d’alors d’occuper par les armes le territoire allemand! De grands classiques…

Mais une fois le calme revenu, l’hommage redeviendra privé...

C’est dans le silence du souvenir et dans les allées des grandes nécropoles, que les familles viendront rechercher l’invisible présence de leur poilu disparu! C’est là que se jouera le second acte de ces commémorations du centenaire, le plus touchant et le plus sincère aussi!

Ce sera l’occasion de faire parler les pauvres objets qui leur appartenaient et qu’on a retrouvé sur leur dépouille au moment de leur mort au combat, comme la plaquette d’identification en alu qu’ils portaient au poignet!

Objets et carte, trouvés sur le corps de l’adjudant Albert Venault (1893-1918) – mon grand-oncle 

On consultera les photos de ces jeunes hommes rigolards en uniforme, qui n’aspiraient qu’à vivre alors qu’ils étaient condamnés par les prédécesseurs de nos dirigeants actuels… On relira leurs correspondances: inconscient ou censure obligent, l’omniprésence de la mort y était systématiquement évacuée au profit de rêves de lendemains improbables qui chantent… On redira les noms de ceux que l’on connait, pour qu’ils ne sombrent pas dans l’oubli de l’hommage universel et collectif..

On se souviendra qu’ils durent tous subir d’intolérables tortures physiques et morales avec pour seul horizon dans la boue des tranchées que l’éclair aveuglant des fusées des artilleries adverses sur des paysages dévastés…Tous s’emmerdaient …

Aussi, au-delà des commémorations de façade,  la meilleure manière de leur redonner vie cent ans après le drame, et « dans le même temps » de se vacciner contre les guerres, serait de consulter les admirables ouvrages de leurs frères d’armes, comme Roland d’Orgelès, Erich Maria Remarque, Henri Barbusse, Maurice Genevoix… Par leur talent, ceux-là surent rendre compte de la cruauté et de l’absurdité de cette guerre, décrire les instants de doute et d’épouvante lors des assauts à la baïonnette où la seule alternative des soldats était de mourir ou de tuer!

Et pourtant, la guerre n’en fit pas des sauvages!

C’est à René-Gustave Nobécourt (1897-1989), un journaliste, écrivain et historien de la Grande Guerre que j’emprunterai en guise de conclusion ou de préambule à cette année du centenaire, les quelques lignes qui suivent, relatives à la poussée victorieuse des troupes françaises en Thiérache à quelques jours de l’armistice:

 » Malgré ce ciel crasseux et dégoutant, et cette terre détrempée qui engluait les godillots, les bandes molletières et le pan des capotes ils pressentaient maintenant la victoire. Non pas encore, certes au bout de cette étape, mais s’y employant ainsi qu’une promesse. N’allaient-ils pas au devant d’elle à travers ce pays de prairies de vergers et de vastes futaies, cette Thiérache où les soldats en pantalon rouge avaient retraité dans les premiers jours de la guerre?  » ( L’année du onze novembre » édité chez Robert Laffont en 1968)…

C’était le 5 novembre 1918. Mon grand-père paternel, chasseur d’Afrique, Marcel Pasquier (1892-1956)  étaient de ces soldats, qui avançaient ce jour-là … dans le pays de sa naissance!

La fête peut commencer! 

 

 

 

 

 

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Il y a des semaines plutôt fastes en manière théâtrale.

Ainsi, en cette fin d’année 2017, qui nous a causé par ailleurs tant de tracas et de malheurs, j’ai eu le privilège d’assister en moins de cinq jours à deux interprétations différentes de Tartuffe.

D’une part, celle imaginée par Molière en 1669, revisitée dans l’esprit de sa folie baroque originelle par Michel Bouquet et Michel Fau au Théâtre de la Porte Saint-Martin, et celle, plus conventionnelle, et pour tout dire, assez fade, glosée depuis le « salon d’angle » du palais de l’Elysée par une sorte de réincarnation moderne du héros assez antipathique du plus célèbre de nos dramaturges.
A la différence de la première version consacrée par le public depuis plus de trois siècles, la seconde plus solennelle, était trop convenue. Ânonnée sans grand talent par un acteur sans aspérité, semblant lire son texte sur un prompteur, elle aurait pu être méchamment assimilée à une contrefaçon, voire à une laborieuse mystification. La prestation « décalée » du comédien cravaté, qui arborait fièrement les insignes de « Grand Maître » de la Légion d’Honneur, transpirait, avec des postures de fausse confidence, le médiocre ersatz d’un scénario déjà produit à maintes reprises sur la même scène par tous ses prédécesseurs.

Mais à la décharge du besogneux et « illustre » interprète, je reconnais ne pas être totalement objectif… Jamais en effet je n’ai aspiré appartenir à la cohorte de ses zélés adorateurs ou thuriféraires. N’est pas Christophe Castaner ou Richard Ferrand qui veut !

Et pour être tout à fait précis, les conditions dans lesquelles j’ai écouté ce prône – énième « remake » des vœux présidentiels – n’étaient pas des plus favorables.  Je ne les ai subis qu’en « différé » sur le petit écran numérique d’un Samsung Galaxy, pour tuer le temps au cœur d’une nuit ventée de la Saint-Sylvestre, en attendant un improbable RER à la station Luxembourg… Et pour couronner le tout, à la lumière blafarde, humide et incertaine des projecteurs réglementaires de la RATP!

Peut-être qu’avec un whisky – douze ans d’âge – et les deux pieds dans mes charentaises, je me serais délecté de ce discours de jeune homme trop sage qui se prend pour le roi du monde ! Pour l’heure, « et dans le même temps », je pestais aussi contre l’attente.

Du coup, ça m’a donné l’idée de présenter – moi aussi – mes vœux pour cette année 2018.

N’étant pas président et ne prétendant pas le devenir, je me sens plus libre dans l’énoncé des considérants.

En tout cas, je ne suis pas tenu, de dire hypocritement qu’en ce jour de fête, mes pensées s’adressent prioritairement à ceux qui souffrent, aux pauvres, aux réfugiés, aux esseulés de la vie. Je ne suis pas contraint de rappeler, pour forme, ma reconnaissance éternelle pour les militaires qui se battent pour nos libertés sur tous les fronts de guerre dans le monde.

La mine simulant la révélation sur le chemin de Damas, je ne suis pas obligé de dire que j’aime tout particulièrement les fonctionnaires et parmi eux les policiers et les pompiers qui se sacrifient sans compter pour assurer notre sécurité…

Non prisonnier des figures imposées du « discours politiquement correct », rien ne me contraint non plus à exprimer ma compassion à l’adresse de tous les oubliés de la vie, que par ailleurs, je me ferai un plaisir de taxer à la première occasion… Car, malgré tout, si j’étais président,  je n’oublierais pas secrètement – que mon premier réflexe – celui du cœur – fut de considérer que les exclus de la réussite, ceux qui traversent anonymement l’existence et les gares, ne sont fondamentalement rien ! Rien dans la marche du monde…

Libéré de ces préambules qui sont en fait le fond incontournable d’un discours de vœux d’un président, c’est bien volontiers que je m’apprêtais à former, pour tous mes amis, ma famille et au-delà mes concitoyens, des vœux de bonheur, de santé et de pleine félicité…

Et pour illustrer mon propos, je pensais exhumer de derrière les fagots d’un vieux recueil de comptines d’Anjou et des pays de Loire  le pays de mes aïeux – une ritournelle de circonstance !

Las !

Par les temps qui courent, la prudence impose en effet de renoncer à ce téméraire projet, et à placardiser l’idée d’une antienne quelconque pour agrémenter mon compliment! Force est de reconnaître en effet qu’aucun des refrains fredonnés naïvement par nos ancêtres n’apparaît convenable et ne correspond désormais aux standards du « moralement correct » ambiant. Aucun n’évite l’écueil du racisme, de la ségrégation, de la grivoiserie sexiste…

Entre les chansons à boire qui risquent de porter atteinte aux campagnes gouvernementales de sobriété obligatoire et les rengaines faisant l’apologie du marivaudage de « genre », le risque n’est pas négligeable de se retrouver – en s’y référant avec nostalgie – en position d’être accusé de promouvoir le harcèlement sexuel, voire l’incitation à la haine, à l’agression raciste et même au viol !

Oserais-je aujourd’hui chantonner en public « La fille du Labouroux » vieille chansonnette angevine un peu polissonne, qui met en scène un « biau maréchoux » proposant gaillardement à une « belle » de dormir ensemble?

Que dire de cette chanson autrefois populaire en Poitou et en Vendée – « Quand vous pass’rez par Nantes » – qui conseille sans complexe d’aller « mirer les filles, qui sont à marier, ma lurlurette » !

J’en passe … et des meilleures à prohiber de son répertoire, pour cause de mauvais « genre » selon les théories en vigueur!

La conclusion s’impose : pas d’histoire d’amour suspecte dans l’expression des vœux, surtout si elle recèle un soupçon contre nature d’inégalité !

De même, convient-il d’éviter d’user de mots qui « stigmatisent » selon une expression devenue le « nec plus ultra » de la pensée officielle… En 2018 comme en 2017, il demeurera sans doute possible et non répréhensible de « dénoncer son porc », mais de préférence si celui-ci n’appartient pas à une catégorie de la population se revendiquant d’archaïsmes religieux rejetant précisément le porc ! Il restera licite de s’indigner contre l’incivilité de celui qui crache dans les ascenseurs ou se gare sur les parkings pour handicapés, mais de préférence s’il peut, sans dommage, être intégré dans la cohorte des beaufs irrécupérables nostalgiques de la colonisation. Dans le cas contraire, par exemple, s’il appartient à ce qu’il est convenu d’appeler la « diversité », il vaudra mieux s’abstenir… La confusion entre phobie et racisme est plus que jamais dans l’air du temps! Comme il est d’ailleurs dans l’air du temps de masquer un antisémitisme primaire, renaissant et banlieusard en se réfugiant dans l’antisionisme…

Dans ces conditions, on conviendra que former des vœux n’est pas un exercice si aisé qu’il y parait! Il pourrait même être risqué.

Surtout si l’on veut s’écarter des sentiers battus, en ne se limitant pas aux lieux communs œcuméniques, propres à contenter tout le monde et son frère, tels que la santé, la jeunesse d’esprit, l’argent, le bonheur et l’amour, la paix !

D’ailleurs, ce cocktail de bons sentiments est parfaitement acceptable, et certainement préférable à l’inverse !

Pour ma part, j’’y ajouterai un vœu qui me semble primordial si l’on veut survivre – collectivement et individuellement – et se soustraire à la robotisation et à l’asservissement panurgien des cerveaux, dans laquelle on cherche à nous entraîner : l’impertinence…

L’impertinence comme garante de notre liberté, comme bouée de sauvetage de notre libre-arbitre , comme viatique salvateur de notre pensée… Celle qui ne se cache pas derrière les mots pour édulcorer le propos et le rendre digeste par les milices de la bien-pensance qui peuplent les plateaux ! Celle de Coluche, de Hara-Kiri et de Pierre Desproges, versus Pierre Dac…

L’impertinence qui, seule, peut réussir à nous rendre pertinent ! Il y a urgence à la réhabiliter…

Tel est finalement mon seul vœu pour 2018, pour chacun d’entre nous, pour tous et pour l’idée qu’on se fait de la civilisation…

Le risque est en effet de plus en plus manifeste, que la roue qui tourne soit de plus en plus « voilée » !

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Les réseaux sociaux abondent de bêtisiers en tous genres, et même de bêtises à part entière, d’ailleurs rarement revendiquées comme telles ! Ces dernières, d’authentiques âneries sont très fréquentes, et souvent les plus dangereuses, parce qu’elles servent de supports ou de justificatifs à toutes les rumeurs et qu’elles peuvent véhiculer les idées les plus folles ! Inutile donc de s’y attarder…

Ce qui est plus intéressant en revanche, ce sont les vrais sottisiers censés nous distraire, le temps d’un clic de souris d’ordinateur…Beaucoup, notamment ceux diffusés en boucle à la télévision sont cependant assez oiseux et même carrément grotesques, surtout lorsque, inlassablement, ils ressassent les mêmes scènes de puces sauteuses, de personnes glissant sur une peau de banane ou se cognant dans un poteau indicateur en consultant leur smartphone…

Mais il y a aussi quelques perles, parmi les réponses ingénues collectionnées dans les écoles !

Ainsi celle-ci, que de nombreux internautes partagent sur Facebook, et qui suggère qu’un élève, confronté à la question de « trouver x », l’hypoténuse d’un triangle rectangle, se contente d’entourer « x » en se dispensant d’en donner la valeur!    

Cette réponse de premier degré, peut-être provocatrice, n’est évidemment pas celle qu’attendait le pédagogue ayant posé le problème, mais force est de constater qu’elle a sa logique, et qu’elle devrait au moins créditer l’impudent du statut de « petit futé ». On peut donc supposer qu’elle lui valu, à la fois, « l’admiration du jury » et un zéro pointé…

C’est en tout cas, cette « admiration du jury » qui lui a ouvertes toutes grandes, les portes de la gloire numérique et qui le gratifie désormais d’un « partage » infini et rigolard sur Internet !

Mais au fait, quelle est la bonne réponse à ce problème élémentaire ?

Si la figure est dessinée à l’échelle, la façon la plus simple de procéder pour fournir la réponse, est de se saisir d’une règle graduée et de mesurer directement la longueur de l’hypoténuse (côté opposé à l’angle droit dans un triangle rectangle). Elle est ici de « cinq », les deux autres côtés ayant respectivement pour longueur « quatre » et « trois » ! (un cas aussi trivial est exceptionnel).

Mais il y a plus élégant! L’application du théorème de Pythagore (-569-475 av JC), connu de tous les collégiens, même des « nuls » en maths, qui postule que le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés.

Dans notre exemple, le carré de l’hypoténuse est égal à :

 32 + 4= 9 +16 = 25 = 52

La longueur de l’hypoténuse est donc de: le résultat confirme la mesure, et tout esprit « normal » devrait s’en satisfaire ! Et s’en tenir là. CQFD.

Certes, mais il y a aussi des pinailleurs qui trouvent à redire sur tout …

Et il arrive même que ce soient eux qui fassent avancer le « schmilblick ».

Ceux-ci se répartissent d’ailleurs en deux catégories :

  • D’une part, les chipoteurs qui se drapent dans l’orthodoxie et le purisme et qui entendent, avant toute chose, préciser que la validité de ce fameux théorème de Pythagore, démontré six siècles avant Jésus-Christ, n’est vérifiée en toute rigueur qu’en géométrie euclidienne…Dont acte
  • D’autre part, les chicaneurs qui, contre toute évidence, estiment que ce serait bien plus facile si la longueur de l’hypoténuse, correspondait à la somme des deux autres côtés du triangle rectangle (au lieu de la somme des carrés)! Ils prétendent que cette hypothèse ne doit pas être écartée et certains vont jusqu’à penser que Pythagore se serait planté ! Et ils entendent le démontrer !

A cette fin, sur un triangle rectangle A, B, C, ils assimilent l’hypoténuse à un toboggan permettant de glisser du « point haut » B au « point bas » C, et de réaliser ainsi un trajet de gauche à droite et de haut en bas. Mais dans le même temps, sensibles probablement aux arguments de postérieurs vieillissants peu enclins à la glissade, ils imaginent un escalier de « B » à « C » coupant et recoupant l’hypoténuse-toboggan.

Miracle! On observe alors que les longueurs additionnées des marches horizontales et des contre-marches verticales correspondent très exactement à la somme des deux côtés du triangle rectangle !

Ce résultat est d’ailleurs le même si les marches et les contre-marches sont de plus en plus petites et même si elles sont inégales, pourvu qu’elles enlacent l’hypoténuse-toboggan dans un slow de plus en plus lascif. La longueur totale de cette ligne brisée, flirtant intimement avec le toboggan-hypoténuse, demeure imperturbablement égale à la somme des deux autres côtés !

Ce résultat est assez déroutant car il contredit notre mesure initiale de l’hypoténuse où la longueur de cette dernière est toujours inférieure à la somme des deux autres côtés du triangle. Il est surtout troublant parce qu’il tendrait à montrer que le théorème de Pythagore n’est pas aussi robuste qu’on le pense, y compris dans le contexte de notre géométrie quotidienne – celle de ce bon vieil Euclide (-300 av JC)… Rien n’interdit en effet de poursuivre l’exercice de pensée en concevant des marches et des contre-marche « infiniment » petites, jusqu’à ce que l’escalier se confonde avec l’hypoténuse, à force de la frôler!

Et c’est précisément là que le bât blesse ! Jamais on ne retrouve (en additionnant ces minuscules marches) la valeur calculée ou mesurée de l’hypoténuse. Où est le prodige? L’erreur de nos présomptueux chicaneurs, apprentis iconoclastes de Pythagore, provient en fait de leur mauvaise perception de l’adverbe « infiniment ».

Sur ce point, les mathématiciens, Luc de Brabandère et Christophe Ribesse qui m’ont inspiré ce petit conte, précisent dans leur merveilleuse « Petite Philosophie des mathématiques vagabondes » (Eyrolles janvier 2012) que « depuis les travaux de Georg Cantor (1845-1918), l’infini est un concept beaucoup plus étendu qu’estimé a priori » … On s’en serait douté!

J’ajouterais volontiers « complexe » et paradoxal, propre à décourager les « finasseurs » du dimanche mais aussi à promouvoir des vocations de mathématiciens ! Il faut se méfier des apparences et des fausses évidences.

Euclide

« L’infini c’est long, surtout sur la fin!  » (Woody Allen/Kafka). … et parfois plus court!

 

 

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Il y a six ans à quelques jours près, j’inaugurais ce blog intitulé « 6 bis rue de Messine », l’adresse de la maison de mon enfance à Angers dans les années cinquante et soixante du siècle dernier…Et « dans le même temps » comme dirait quelqu’un, je prenais mes quartiers de vieillesse.

Initialement, il s’agissait pour moi d’engager – selon une formule consacrée et discutable – une sorte de « travail de mémoire » à partir de mes propres souvenirs et de ceux collectés au sein de ma propre famille.

L’idée était de rassembler ce qui pouvait encore l’être, traces ténues, parfois incertaines et contradictoires, laissées à leur insu par nos anciens ! Tenter de faire la part de la légende et de la réalité, dans les propos transmis par la tradition orale, rapportant les exploits réels ou arrangés de nos aïeux !

Abandonnant la vie dite « active », je ne souhaitais pas concevoir cette tâche comme une activité de remplacement. C’est la raison pour laquelle je m’y suis consacré sans plan préétabli, sans programme de travail et sans privilégier tel sujet, tel village ou tel personnage de mon panthéon intime. Mais avec obstination tout de même!

Mon seul propos était de parcourir les décennies et les lieux à la manière d’une promenade buissonnière, me laissant guider par mon instinct, ma seule intuition, mon humeur et aussi par les circonstances, postulant que j’érigerai ainsi  progressivement – mine de rien – une sorte de mémorial patrimonial dont j’aimais me convaincre qu’il pourrait être utile à tous ceux qui, d’aventure, accepteraient de s’y perdre et éventuellement de s’en revendiquer dans le cadre d’une recherche identitaire personnelle. A cet égard, je formais secrètement le vœu que mes futurs lecteurs trouvent dans l’évocation de la destinée, modeste ou glorieuse, romanesque ou banale – souvent banale – parfois tragique, de certains de leurs aïeux, matière à répondre à des interrogations existentielles qu’ils se posent à propos d’eux-mêmes.

A tout le moins, je me disais que mon travail pourrait, à leur guise, leur servir de tremplin à leurs propres investigations…

Curieusement, cette besogne m’apparaissait nécessaire à ce moment là! Je nourrissais le vague sentiment, non démenti par la suite, que nous vivions en un temps soumis à la dictature de l’urgence, où le passé était dévalorisé. Qu’il n’était donc plus guère lisible, a fortiori lorsqu’il s’agissait du nôtre et que s’y référer, c’était accepter la ringardise.

Par la force des choses ainsi que des mouvements migratoires durant le dernier siècle, du recul des campagnes et enfin d’une conception nouvelle de la famille, le temps lent « d’avant » semble en effet n’avoir plus droit de cité, sauf comme un inutile fardeau de convenances lors des enterrements. Pour le reste, la vie moderne parait exclure toute mention à la famille comme espace sanctuarisé d’expression de la solidarité transversale et transgénérationnelle.

Hors du cercle étroit de la famille « nucléaire », toute relation se retrouve médiatisée (transposée) dans une modernité uniforme et impersonnelle sévissant de part et d’autre de l’hexagone et bien au-delà. La famille tribale d’antan n’est plus un cadre de référence…

Au moins – me disais-je de façon présomptueuse – pourrais-je modestement contribuer à la conception d’un lieu – certes virtuel et numérique – au sein duquel le temps long des siècles passés prendrait le pas sur notre époque échevelée, où le seul mot d’ordre semble être d’accélérer toutes choses sans trop se préoccuper du cap à prendre.

Dans ce contexte, je pensais qu’il me revenait en ma qualité de dinosaure survivant d’un monde d’ores et déjà disparu, de définir un espace et un temps, informels, où la durée ferait sens. Ce qui n’est manifestement plus le cas lorsque, arc-boutés sur nos objets connectés et nos messageries électroniques, on peine à entrevoir les contours d’un projet d’avenir qui engage… Autrement dit, d’un projet dans lequel chaque génération pourrait se reconnaître, y trouver sa place et où elle pourrait se projeter sans faire de l’ombre à l’autre. N’est-il pas démotivant de ne savoir désormais envisager l’avenir qu’à travers les variations d’indicateurs économiques et statistiques imprévisibles? Et faute de comprendre notre histoire, l’enseigner et la connaitre, de s’embourber avec constance dans des fausses pistes, dénoncées depuis des lustres et pourtant présentées comme des innovations bouleversantes! La promotion actuelle du néolibéralisme en est un exemple parmi d’autres.

Et encore, la religion des indicateurs n’est pas la pire pour obscurcir l’horizon.  Ce n’est même qu’un moindre mal par rapport à la montée agressive des communautarismes et des obscurantismes religieux et liberticides… Ne doit-on pas sérieusement s’interroger sur notre passivité, lorsqu’on observe ces perversions sociétales envahissantes, qui laissent augurer les plus sombres perspectives pour notre civilisation et, d’abord, pour notre jeunesse en panne d’avenir, qui, dans ses franges les plus marginales et désespérées, ne sait plus parier que sur la mort à l’aube de son existence…

La poussée monarchique actuelle, foncièrement réactionnaire – et coupable de détournement de l’idée de progrès -incarne de manière exemplaire ce dérèglement de notre rapport au temps, qui, de mon point de vue, est une des causes primordiales de nombre de nos maux. Confondre le passé, le présent et le futur nous fragilise dans notre représentation de l’avenir et dans notre aptitude à nous y investir sur le long terme…

En l’été 2011, lors de l’ouverture de ce blog, les circonstances géostratégiques, politiques et morales étaient différentes. Intégrant implicitement cette analyse sans encore mesurer avec lucidité toutes ses conséquences, je me disais très prosaïquement que l’évocation de nos anciens – dont (qu’on l’accepte ou non) nous sommes les héritiers et parfois les victimes, était aussi une façon de les faire revivre, ne serait-ce qu’en citant leur nom et leur situation géographique dans l’arborescence foisonnante, à jamais incomplète de nos arbres généalogiques ! Et les ressuscitant, je revendiquais le droit de leur demander éventuellement des comptes, partant du principe que leur vertu n’avait probablement rien à envier à la nôtre, ni leurs turpitudes!

J’espérais de la sorte, retisser un lien émoussé -distendu – avec notre passé et éveiller la curiosité des générations montantes de la famille, celle de mes petits-enfants notamment. Ainsi durant ces six ans, j’ai labouré le champ spatio-temporel de mes ancêtres, de leurs parentèles et de leurs cousinages.

J’ai vécu à leurs côtés certains des drames des siècles passés, comme les deux guerres mondiales du 20ième siècle, mais également les guerres de Vendée sous la Révolution française où des membres de ma famille guerroyaient dans les différents camps qui s’affrontaient avec sauvagerie.

Chemin faisant, j’ai cherché à percer le secret de leurs motivations et même de leurs amours. Je me suis efforcé de comprendre les épreuves qu’ils avaient endurées. J’ai souffert les tragédies qu’ils durent surmonter. Parfois, rarement, j’ai croisé des personnages dont l’histoire a retenu les noms et dont ils étaient les compagnons…

Cette recherche m’a permis aussi d’approcher au plus près certains métiers d’autrefois : les couteliers de Châtellerault, les notaires du Poitou sous l’ancien régime, les bateliers de la Loire et de l’Oudon, les tailleurs de pierre du Lion d’Angers ou encore les meuniers de Picardie… Mais aussi les cheminots du début du siècle dernier dans la Gâtine poitevine ou en Anjou, les poseurs de voies de la Compagnie Paris Orléans…

Je me suis longuement attardé sur le destin de ceux qui furent confrontés à la guerre, en particulier celui, dramatique, des poilus de 14-18, en particulier ceux qui me furent familiers dans mon enfance, mais aussi ceux d’entre eux – dont mes grands oncles notamment – qui furent tués dans les offensives de la Somme en 1918 ou ailleurs… Et bien d’autres, en compagnie desquels j’ai parcouru les champs de bataille meurtriers de Verdun, ceux de Belgique à l’été 1914 ou de la Marne quelques semaines plus tard !

Un peu plus d’un quinquennat s’est écoulé depuis mes premières « dissertations », un peu moins d’un septennat ! Une durée décidément atypique (qui ne devrait pas durer) puisqu’en dépit de mes efforts, je n’ai rien trouvé qui atteste qu’un tel laps de temps ait été affublé d’un nom.

Aussi pour fêter dignement l’événement, attablé à mon bureau, un verre de Cointreau dans une main et de l’autre une coupe de coteau du Layon, des breuvages du pays de mon enfance, j’en suis contraint à créer le néologisme, « sextennat », dont j’espère qu’il satisfera les rares linguistes ou grammairiens, qui, par inadvertance prendraient la peine de lire mes petits exercices de style.

Exercices qu’on pourrait tout aussi bien qualifier de « gammes » car un des buts, contingent et vain de cette activité littéraire, à laquelle je me livre depuis six ans, était de ralentir le vieillissement irréversible de mes neurones ! Pour l’heure, le succès n’est pas patent, vu l’effort que je dois déployer pour rédiger trois phrases!

Depuis lors, près de trois cents billets ont été ainsi mis en ligne.

Au-delà de « mon projet éditorial » beaucoup d’autres sujets ont été traités – ou maltraités – d’actualité et/ou de société, ou tout simplement, en rapport avec ma carrière professionnelle passée. A ce titre, Marie Curie, à l’exhumation de laquelle j’ai assisté en 1995, et avec laquelle j’entretiens, depuis lors, une relation affective singulière, a été l’héroïne d’au moins deux de mes articles – les plus lus – dont un a été repris dans une revue britannique d’histoire de la radiologie par un historien de Philadelphie…Ça donne le tournis!

Au total, « mon » blog a été visité près de deux-cent mille fois par environ cinquante mille lecteurs réguliers, répartis sur les différents continents, dont une majorité résidant en France et dans les pays francophones. Evidemment ces scores d’audience, me comblent d’aise et de fierté. Ils me donnent le sentiment d’exister hors de mes quatre murs de banlieue. Je les mentionne parce que c’est l’occasion ou jamais de le faire, mais je sais qu’ils sont modestes par rapport aux stars de la chanson ou du football! Ou même par rapport à des sites spécialisés sur le rempaillage des chaises ou sur le tricot! A ma décharge, « faire du chiffre » ne relevait pas de mes ambitions. Durer, si!

De manière plus qualitative, ce travail n’aurait pas pu se réaliser sans les nombreux commentaires d’encouragement, et les recommandations, qui m’ont été très souvent prodigués. Sans les précisions apportées par certains de mes lecteurs, qui ont fourni de précieux compléments à mes textes et en ont amélioré la facture. Nombre d’articles ont par ailleurs trouvé leur origine dans les travaux en amont de la généalogiste de la famille qui s’identifie ici sous le pseudonyme de Rose l’Angevine… Allez savoir pourquoi?

Mon propos désormais – pour les années qui suivent – est de poursuivre…Y compris en m’entêtant dans les travaux de débroussaillage des chemins de traverse généalogique. Et ce, en dépit des difficultés croissantes à dénicher de nouvelles perles dans les archives numérisées des départements, ou tout simplement des données originales accessibles…

Mais au préalable, avant d’entamer cette activité automnale, peut-être est-il nécessaire de prendre un peu de champ ! L’occasion m’en fut donnée, en cette période estivale, par la lecture d’un tout petit et merveilleux opuscule de l’astrophysicien américain d’origine franco-vietnamienne Trinh Xuan Thuan – Face à L’univers – (Editions Pluriel Fayard avril 2017).

Magistralement, sans avoir recours à la moindre équation, l’auteur nous entretient en quelques pages, lisibles par tout un chacun, de l’histoire de notre univers depuis son origine. Depuis ce fameux Big Bang, dont l’hypothèse fut émise sur la base des observations astronomiques d’Edwin Powell Hubble (1889-1953) qui mit en évidence, dans les années 1920, l’éloignement des galaxies lointaines, et qui fut confirmée par la découverte du rayonnement fossile de l’univers en 1965 par les deux physiciens américains Aron Allan Penzias et Robert Woodrow Wilson.

En soi, ce pan de la connaissance universelle, mis à la portée de tous, suffirait à conseiller la lecture de cet essai à la portée de toutes les bourses (six euros cinquante dans les bonnes librairies).  Mais, Trinh Xuan Thuan va bien au-delà de ces rappels figurant désormais dans tous les bons manuels! Il nous montre que l’univers – celui dans lequel nous vivons – a une histoire et qu’il a aussi un avenir… Et surtout que nous sommes totalement partie prenante de cette histoire débutée, il y a environ quatorze milliards d’années, et dépendons totalement de cet avenir.

Qu’on fasse appel au hasard ou non, notre généalogie est donc d’abord une généalogie cosmique commune à toute matière… Et tout s’est joué – ou presque – dès les premiers milliardièmes, milliardièmes de milliardièmes de seconde après le Big Bang, où l’espace-temps s’organisait tandis que les interactions fondamentales de la physique jouaient, à tour de rôle, leur partition…

 » Nous sommes tous les enfants de l’infiniment petit et de l’infiniment grand », dont le mariage a engendré les étoiles géantes et les galaxies, qui, il y a des milliards d’années, furent à l’origine de la synthèse par réactions nucléaires de fusion, des atomes dont nous sommes tous constitués …

Autrement dit, que ça plaise ou non, nous ne sommes de A à Z, que des produits de recyclage de déchets nucléaires, répartis dans tout l’univers après l’explosion des supernovas, ces cocottes minute célestes, témoins d’un lointain passé et arrivées en fin de vie, faute de combustible…

Nous ne sommes donc que des « poussières d’étoiles » refroidies !

L’originalité de ce petit livre réside enfin dans le fait, que ce scénario de l’univers, aujourd’hui validé, ouvre la voie à nombreuses questions philosophiques, morales et même esthétiques. Ainsi la parole est ensuite donnée à des philosophes, des biologistes, des écrivains et des artistes. Chacun s’exprime avec les cordes de son art ou de son arc, sur les réflexions que lui inspire cette confusion de notre propre histoire et de notre généalogie avec celle de l’univers, et aux destins liés qui en découlent!

Je reviendrai certainement un jour sur cette dimension inattendue de notre généalogie qui relativise nos différences… Pour l’heure, j’en conclus, sans faire appel à des considérations métaphysiques, que nous étions potentiellement présents – mais pas certains – il y a quatorze milliards d’années! Nous disparaîtrons à coup sûr d’ici quelques milliards d’années…

Mais, sans doute bien avant, car rien ne justifie en l’état actuel de la science, que notre place soit unique et privilégiée, et que nous représentions le stade final et le plus abouti de l’évolution des espèces vivantes… L’abandon de l’anthropocentrisme par Galilée, Kepler et Copernic demeure plus vrai que jamais!

A méditer, avant de reprendre la routine et nos travaux sur le temps qui passe! Car,en vérité, ce blog n’est rien d’autre qu’une besogneuse réflexion sur le temps qui passe. Le seul sujet qui vaille…

Chat perplexe face à l’univers

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Quatre ans auparavant, dans l’isolement forcé que les circonstances et sa naïveté lui avaient imposé, celui qui venait de remporter haut la main les élections présidentielles, dès le premier tour avec près de trois quarts des suffrages exprimés, avait écrit en avant-propos d’un essai sur l »extinction du paupérisme » qu’aucun socialiste d’alors ou saint-simonien n’aurait désavoué : «

Je livre mes réflexions au public, dans l’espoir, que développées et mises en pratique, elles pourront être utiles au soulagement de l’humanité. Il est naturel dans le malheur de songer à ceux qui souffrent ».

Nous sommes au soir du 11 décembre 1848 et l’homme qui vient d’être élu Président de la République Française au suffrage universel (5.534.226 suffrages sur 7.487.000 votants) s’appelle Louis Napoléon Bonaparte et c’est le neveu de Napoléon 1er.

C’est un homme jeune, tout juste quadragénaire qui vient ainsi d’être porté triomphalement à la magistrature suprême, de cette seconde République encore balbutiante…

Son score a quasiment humilié les autres concurrents, dont le Général Louis-Eugène Cavaignac qui représente le camp des républicains conservateurs, mais qui traîne la casserole de la répression ouvrière de juin 1848, le démocrate-socialiste officiel Alexandre Ledru-Rollin, le poète Alphonse de Lamartine, « l’illusion lyrique » et le vieux socialiste révolutionnaire, médecin des pauvres, François-Vincent Raspail! Sans compter deux concurrents anecdotiques, monarchiste et indépendant.

Superbe performance d’autant que l’homme est presque novice en politique. Il ne s’était fait élire député pour la première fois, que six mois auparavant.

Louis Napoléon B. en 1848

Le nouvel élu a toutefois un passé, et même un passé de rebelle et d’apprenti putschiste.

A deux reprises, en 1836 et en 1840, il a naïvement et maladroitement tenté de soulever l’armée pour renverser la monarchie constitutionnelle de Louis-Philippe. Mais après la révolution de février 1848 qui instaura la seconde République, ses tentatives avortées de coup d’Etat à l’encontre d’un régime et d’un roi déconsidérés, étaient plutôt perçues comme d’incontestables brevets de ferveur républicaine et d’aspiration démocratique.

L’exil (doré), l’emprisonnement que le jeune président de la République avait dû endurer à la suite de ses diverses péripéties subversives un peu folles, et enfin son évasion en 1846 du Fort de Ham où il était détenu, constituaient en outre des preuves de son courage et de sa force de caractère.

Dépourvu de charisme et doté d’un physique quelconque, l’homme ne séduisait pas a priori. En plus, c’était un médiocre orateur, qui savait, malgré tout, susciter une certaine émotion lors de certaines envolées quasiment mystiques. Financé par sa mère Hortense Beauharnais pour laquelle il nourrissait un amour filial que d’aucuns qualifièrent d’excessif, il eut néanmoins l’habileté de se présenter comme un homme neuf (hors système comme on dirait de nos jours), en mettant en avant sa jeunesse et en se servant de son inexpérience politique à des fonctions de premier plan, comme d’un gage du renouveau dont le pays avait besoin.

Son principe était de constituer une majorité en transgressant les clans politiques de l’époque et en les regroupant sous sa bannière… C’est ainsi qu’il réussit à s’imposer et devint, à quarante ans, le premier président de la République élu au suffrage universel en France.

Personne – à droite ou à gauche de l’échiquier politique – n’a probablement imaginé au soir de ce 11 décembre 1848, qu’il serait aussi celui qui abolirait la République. La gauche socialiste préférait ne voir en lui que l’auteur de son essai sur l’extinction du paupérisme qui demandait « qu’on rende enfin justice à la classe ouvrière ! » tandis que la droite républicaine incarnée pas Adolphe Thiers pensait que cet homme sans parti et sans prestance serait aisément manipulable…

Peu, à l’époque, prirent conscience qu’il avançait masqué vers le pouvoir absolu et vers l’empire. Mais pour l’heure, cultivant habilement sa popularité en s’affichant comme l’arbitre entre le peuple et l’Assemblée nationale, il bénéficia de l’exaspération suscitée dans les classes populaires par la République conservatrice qui avait mâté dans le sang en juin 1848 les manifestations parisiennes de la faim.

Comme bien souvent par la suite, le vote qui le porta au pouvoir ne fut pas un vote d’adhésion à sa personne ou à son programme, mais un vote d’exclusion des autres candidats…

En fin de compte c’est sur une majorité ambiguë et hétéroclite, constituée de rares nostalgiques du premier Empire, « de défenseurs de l’ordre et de la propriété mais aussi de laissés-pour-compte de la révolution industrielle, sensibles à ses idées sociales, qu’il s’appuya, du moins au début, en s’efforçant de contenter tout le monde et son frère!

L’échéance de son mandat se profilant, et ne pouvant se représenter du fait de la Constitution et de l’opposition de L’Assemblée nationale, il fomenta alors le coup d’Etat du 2 décembre 1851, renversa la IIe République et, un an plus tard, instaura le Second Empire !

Durant plusieurs années, la France vivra sous un régime autoritaire… Une des premières mesures en ce sens de Louis Napoléon sera de promulguer une loi de sûreté générale, restreignant de manière drastique la plupart des libertés fondamentales…

Les plus optimistes – les pragmatiques béats – diront que cette période despotique de l’histoire de France, fut aussi une période faste pour réformer le pays et l’industrialiser…

Il est vrai qu’un dictateur n’a nul besoin de s’emberlificoter pas dans des procédures pour décider… Il a juste besoin d’obligés, de clients, de groupies, de courtisans pour entretenir sa notoriété, vanter ses incommensurables mérites et promouvoir ses réformes « nécessaires » de modernisation…Et aussi, d’une police efficace pour faire taire les opposants trop turbulents.

Il suffit de s’accommoder de la disparition du débat démocratique…

Napoléon III y est parvenu à merveille, jusqu’à la défaite finale de 1870 et son abdication …

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