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Archive for the ‘Mon point de vue’ Category

Quatre-vingt-cinq magnifiques clichés quasiment inédits , réalisés en 1949 pour le compte de Life Magazine par le photographe américain d’origine polonaise Nat Farbman (1907-1988) sur la ville d’Angers, ont été récemment diffusés sur Internet. La consultation de ce fonds photographique désormais rendu public est une pure merveille.

Elle permet à la génération angevine du baby-boom, éblouie et sous le charme, de retrouver ses premières sensations, celles de sa petite enfance dans le décor d’une ville qui l’a vue naître, une cité provinciale qui, cinq ans auparavant, ployait martyrisée sous l’occupation nazie …

En 1949, Angers encore empreinte du dix-neuvième siècle puritain, coincée entre sa cour d’appel, son université catholique et son tout-puissant évêché, savoure pleinement sa liberté retrouvée, mais elle esquisse à peine sa mue vers une modernité encore hésitante que les Trente Glorieuses confirmeront quelques années plus tard.

A cette heure, les stigmates de la guerre, ceux des bombardements du printemps 1944 et des combats de la Libération sont encore perceptibles dans le paysage urbain. Ainsi, la Maine, la rivière qui arrose la ville, ne peut guère être franchie autrement qu’en empruntant les ponts métalliques provisoires, construits à la hâte par les américains à la mi-août 1944.

Feuilleter ce livre de clichés anciens, témoins d’une époque définitivement révolue – si éloignée idéologiquement de la nôtre qui s’oublie dans l’urgence – s’apparente en fait à une réappropriation du temps long et de la durée, transformant l’intensité émotionnelle de l’instant en une éternité! Un plaisir raffiné d’esthète que d’aucuns assimilent parfois à de la nostalgie, bien qu’elle n’en soit qu’un attribut plaisant et mélancolique!


Parmi ces photographies où cohabitent des « bonnes sœurs » en cornettes, des lavandières s’éreintant à frapper le linge dans des bateaux-lavoirs en bord de Maine, ou encore de bavardes marchandes de quatre saisons s’époumonant, les jours du marché, place Imbach ou boulevard Foch, plusieurs clichés montrent des ateliers de filature, de tissage ou de corderie de chanvre de l’entreprise Bessonneau.

Bessonneau! Une entreprise qui appartient à la légende de nos « anciens » donc au patrimoine commun des angevins. Elle régna presque sans partage sur l’industrie angevine durant la première partie du 20ième siècle, jusqu’à sa liquidation dans les années soixante…

Peut-être influencé par son épouse Pat, elle-même initiée au reportage photographique, Nat Farbman ne semble s’être intéressé qu’aux ouvrières travaillant dans ces immenses halles d’usine encombrées d’alignements de métiers à filer, voire à tisser. Autant de machines en tout cas, alimentées par la force motrice de la vapeur, transmise par des courroies reliées à des réas et des volants d’inertie, dédiés à chaque machine en tous points des ateliers…

Dans cet enchevêtrement de lanières, de longes et de brides, qui entravaient les déplacements des ouvrières majoritaires en nombre, les accidents étaient fréquents, souvent mortels, lorsque un bras, une main ou une mèche de cheveux étaient brutalement happés dans les bandes défilantes des courroies ou dans les fils de chanvre en cours de bobinage !

Pour pallier ce risque, les travailleuses de tous âges, portaient des « fichus » autrement dit des « foulards » qui en ce temps-là n’avaient rien d’islamiques! Pour les mêmes motifs, les quelques hommes des ateliers, notamment ceux affectés au graissage et à l’entretien des métiers, ceux des services d’outillage ou d’ajustage, que le reporter n’a pas cru bon de figer pour la postérité, ne se séparaient jamais de leurs casquettes ou de leurs bérets! A la débauche du soir, reprenant leur couvre-chef de ville, ils déposaient leur chique sur leur machine, qu’il recouvrait de leur coiffe crasseuse et huileuse du jour !

Ayant consacré ici un billet en 2014, aux travailleurs de cette usine qui régissait la vie de tant de gens, je n’y reviendrai pas, sauf à souligner une nouvelle fois que nombre des miens, de tous âges, de toutes générations et de tous sexes y gagnèrent péniblement leur vie à un moment ou à un autre de leur cursus professionnel, à commencer par mes deux grands-pères, mon père ainsi que mes oncles paternels qui y effectuèrent leur apprentissage d’ajusteur. Enfin plusieurs grands-oncles et même une grande tante maternelle y furent ouvriers …Et d’autres encore, familiers du quartier de Saint-Léonard ou de la Madeleine que j’ai croisés, enfant!

C’est précisément vers cette grande tante, sœur aînée de ma grand-mère maternelle que se portèrent spontanément mes pensées en découvrant deux photographies sans concession d’une ouvrière âgée et ridée, rivée sur sa machine.

Evidemment cette pauvre femme ne peut être ma tante, Marie Clémence Venault (1881-1954) que l’on reconnaît parfois au second plan de quelques clichés familiaux des années trente! En 1949, âgée de soixante-huit ans, elle n’était plus en mesure de travailler. Mais quelques années auparavant, j’imagine que le reporter américain eût pu en faire son modèle pour incarner la dure condition des ouvrières dans les manufactures de chanvre, comme Bessonneau, où les patrons héritiers de grandes dynasties industrielles locales, se targuaient de développer un capitalisme social, sous la « bienveillante » et paternelle bénédiction des autorités ecclésiastiques diocésaines! Sans trop se préoccuper d’octroyer des salaires décents pour des durées de travail convenables. Sans trop, non plus, s’intéresser aux conditions exécrables de travail de leurs personnels!

Pour n’avoir entrevu Marie Clémence qu’une ou deux fois à la fin de sa vie, épuisée et grabataire dans une chambre sombre d’un taudis de la cour du Croissant du Faubourg Saint-Michel aujourd’hui disparu, l’image que je conserve d’elle est incertaine et brouillée, mais des témoignages que j’ai pu recueillir à son propos, il apparaît que cette femme au caractère combatif et bien trempé, exprimait la joie de vivre, n’ayant de cesse de manifester sa générosité dans son entourage, jusqu’à ce que les atteintes prématurées de l’âge n’eurent raison de son optimisme et de son sens inné de la solidarité ouvrière.

Originaire de la Gâtine poitevine comme ma grand-mère, sa cadette de treize ans, fille d’un poseur de voies tué par un train, et d’une garde-barrière, elle fut, dès son adolescence, « placée » comme domestique avant de rejoindre la capitale angevine au début du vingtième siècle, pour se faire embaucher comme ouvrière de filature.

C’est sûrement là qu’elle rencontra son premier mari, un forgeron plus âgé qu’elle, des aciéries de Montrejeau. C’est aussi dans l’usine qu’elle fit la connaissance de son second mari après son veuvage… L’usine était son univers, celui de ses souffrances, de ses joies comme de ses amours!

C’est donc à elle que je pensais en regardant ces clichés pris sur le vif  de cette « vieille » ouvrière de filature, qui aurait pu être sa compagne !

Manifestement, Farbman s’y est repris à deux fois pour cadrer le personnage sur la pellicule argentique. Peut-être même lui a-t-il demandé de poser! Il a sûrement cherché à capter son regard. Mais en vain! Sans doute, cette femme se méfiait-elle d’instinct de la considération affichée des hommes de pouvoir, c’est-à-dire de tous ceux qui, à la différence de ses hommes ne portaient pas des bleus de chauffe, mais des cravates et des complets vestons! Dans ces lieux de brutalité, où rien n’est gratuit sauf la sueur des ouvrières, sa pudeur à moins que ce ne fût sa conception de la dignité, lui interdisait de concéder au photographe la moindre complaisance ou de l’entretenir dans une quelconque connivence.

De quel droit, cet étranger voyeur s’arrogeait-il l’autorisation de forcer ainsi son intimité et montrer sans détour les signes annonciateurs de sa déchéance physique prochaine? Il n’était pas présent lorsque sa beauté n’avait pas encore été altérée par les assauts d’un travail répétitif, pénible et quotidien,  de surcroît, payé au « lance-pierre ».

Il n’obtiendra pas le plus petit sourire complice! Fût-ce pour la bonne cause!

Armé de son appareil à soufflet, il parviendra pourtant à se faire partiellement oublier et réussira à surprendre son regard perdu dans ses songes d’un ailleurs improbable, et à s’en accaparer suffisamment, pour témoigner de la lassitude, de la détresse et du désabusement de son modèle! Voire de son désenchantement après une vie de labeur.

Ce cliché d’une femme vieillie avant l’âge et néanmoins belle, est à la fois émouvant et exceptionnel, mais exigeant pour l’observateur qui n’a plus le droit de regarder sans voir… Au-delà de ce qu’il laisse entrevoir, c’est l’ensemble de la condition ouvrière au lendemain de la Libération, qu’il nous révèle, si crûment incarnée par cette femme impuissante face à sa machine… Au-delà encore, il nous invite à nous interroger sur la finalité du code du travail que d’aucuns aujourd’hui s’apprête à piétiner au nom d’un hypothétique progrès qu’on n’ose plus qualifier de « social » et dont tout donne à croire qu’il ne serait que le cache-sexe d’intérêts antagonistes à ceux des travailleurs… ..

C’est pour cette femme et pour ses enfants que le droit du travail a été conçu au cours des deux derniers siècles, et pour personne d’autre. Pour les protéger des excès liberticides et mortifères de leur patron, et non pour protéger – « sécuriser » – l’employeur de ses excès de fatigue ou de la « méchanceté » agressive d’une concurrence internationale sans vergogne, qui vend partout et indifféremment des pinces à linge ou des téléviseurs fabriqués à mille lieues d’ici par des gamins!

C’est tout simple à comprendre, pourtant…

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Dans un bouquin publié chez Jean-Claude Lattes en novembre 2015 – « La comédie du climat (comment se fâcher en famille sur le réchauffement climatique) », le journaliste et essayiste Olivier Postel-Vinay fait état de son climato-scepticisme en se fondant sur nombre – presque trop – d’arguments dérangeants mais non dénués de pertinence. Ils vont souvent à l’encontre de la pensée dominante en vigueur…

L’exercice n’est pas sans risque car sur un sujet tel que les variations climatiques de notre globe, dont l’extrême complexité – ce n’est pas un vain mot – devrait inciter à l’humilité, on a vite fait d’être dénoncé comme un demeuré à la solde du lobby pétrolier ou charbonnier – certains plus directs diront crûment qu’on est « con » – si d’aventure on tentait la moindre objection par rapport au savoir standardisé officiel. Tout est bon pour couper le sifflet aux opinions dissonantes, quelles qu’elles fussent. Même notre « deuxième » héros national, Thomas Pesquet  – après Emmanuel Macron – est mis à contribution pour faire taire les effrontés. Il le confirme: de là-haut, il a vu que notre planète était « fragile » et qu’elle était en grand danger!

Sécheresse ici...

Le débat est donc en principe clos, un peu comme l’était la contestation de l’héliocentrisme pour l’Eglise du Moyen Age.

La thèse schismatique d’Olivier Postel-Vinay qui s’est livré à une analyse minutieuse de l’ensemble des données disponibles en y intégrant les dernières en sa possession sur les événements climatiques exceptionnels au moment de la rédaction de son ouvrage, n’est d’ailleurs pas de nier les mutations climatiques défavorables, ni même la contribution anthropique à ce cataclysme qu’on annonce généralement et qu’on présente comme la source de tous nos maux! L’auteur se limite témérairement à observer que la controverse initialement scientifique sur l’alternance multiséculaire des périodes chaudes et froides – comme l’a si bien montré en 1967 l’historien Emmanuel Leroy Ladurie – s’est progressivement muée en une polémique idéologique presque métaphysique, dans laquelle les conflits d’intérêt des différents protagonistes sont loin d’être absents. Et ce, au détriment d’une certaine conception de la rationalité héritée « bêtement » de Descartes..

Observant que de nombreux modèles censés expliquer l’évolution du climat ont été conçus au cours des dernières décennies et que parfois ils se contredisent selon l’importance qu’on donne à tel ou tel facteur anthropique dans les algorithmes de traitement des données collectées, il postule avec impudence qu’il n’existe pas encore de théorie générale d’évolution du climat intégrant toutes « les dynamiques (possibles) à l’œuvre dans l’évolution actuelle (et passée) du climat ».

Bref, selon lui, il nous manquerait une vision d’ensemble. Ainsi, non content de semer  un doute annonciateur de tempêtes médiatiques, l’apostat Olivier Postel-Vinay note, que : « comme les sophistes que dénonçait Socrate, les climatologues prétendent en savoir plus qu’ils ne savent ». De quoi révolter tous les bigots de l’apocalypse climatique!

Aussi, par prudence pour m’éviter le pilori et les volées d’injures et de quolibets que durent subir en leur temps Claude Allègre et bien d’autres, je me garderai bien, faute de disposer d’études scientifiques actualisées et de compétence appropriée, de fournir un point de vue original – encore moins hétérodoxe – sur ce sujet à la fois complexe et sensible… On ne rigole pas avec la doxa officielle, ou alors il faut accepter l’exil et le bannissement!

Je n’émettrai donc pas – pour l’heure – le moindre propos discordant par rapport au consensus qu’on dit « mondial » qui a été si « magnifiquement » sanctionné par la grand-messe des accords de Paris de fin 2015 à la gloire de l’ancien président de la République et de son inoxydable ministre des affaires étrangères (qui a été récompensé depuis). Je me contenterai juste de regretter que désormais la consolidation des connaissances scientifiques s’effectue par consensus et qu’elle soit transformée en dogmes par les politiques ! Mais ce reproche n’est pas spécifique à la climatologie, il s’adresse à de nombreuses autres disciplines scientifiques dont le développement est désormais fondé sur l’accumulation exponentielle de résultats expérimentaux, croisés et corrélés à plus soif et dans tous le sens par de puissants ordinateurs. Du substantifique jus qui en sort, on estime « qu’avec un peu de chance », on mettra bien en évidence une loi générale.

Suivant les conseils de certain(e)s de mes ami(e)s, et me rendant enfin à leurs arguments, j’ai compris qu’il valait mieux cultiver « gentiment » son jardin plutôt que de s’attaquer aux éoliennes (moulins à vent)! Il est vain de se fâcher avec la terre entière sans la moindre chance de faire fléchir les thèses décrétées ex cathedra, dans des instances politiques internationales…

Les questionnements provocants n’ont plus la cote et ils peuvent même se retourner avec violence sur ceux qui bravent le catéchisme des gardiens du temple des savoirs . En un temps, où la religiosité ambiante dont usent abondamment ceux qui nous dirigent pour nous nous assujettir et nous culpabiliser, il n’est pas bon pour notre bien-être individuel de douter des vérités « absolues » qu’on nous assène quotidiennement et d’imaginer un instant – dans un moment d’égarement – qu’elles pourraient être relatives dans un temps donné et dans un espace défini à notre échelle.

Comme tout le monde, par facilité, j’associe donc ma voix à toutes celles qui crient « haro » sur le président américain lorsqu’il exclut son pays de cet accord climatique « historique » de Paris ! De conserve avec l’ensemble de la « communauté mondiale », je consens à m’indigner des foucades de ce héros de Walt Disney, en ne voulant surtout pas apparaître comme étant de « mèche » avec ce gars-là! Je maudis son outrecuidance lorsqu’il ignore le consensus climatique international, censé sauver in extremis l’humanité et la planète d’un naufrage écologique assuré… De même je fais miennes les protestations vertueuses des nombreux investisseurs d’outre-Atlantique de la « transition écologique » contestant la décision présidentielle – y compris de ceux, qui ne juraient hier qu’en termes de développement des « horribles » énergies fossiles! Je me réjouis que, soudainement visités par « l’esprit de la planète » ces industriels qui n’ont jamais brillé par leur altruisme n’aient plus en tête désormais que l’intérêt général de l’humanité, qui, en plus, converge avec leur intérêt particulier!

A l’inverse de ce Tartarin de Donald, qui s’est transformé progressivement en « Schmürz » mondialisé…Il faut reconnaître que ce caricatural « bâtisseur d’empire » y met carrément du sien pour se faire détester ! Pour peu, il deviendrait le bouc-émissaire de toutes les bonnes âmes!

Inondations là…

Comme tous les « bobos », je suis devenu un admirateur inconditionnel de cet ancien reporter globetrotter, grand producteur repenti de « gaz à effets de serre », devenu le gourou de l’écologie et, depuis peu, le ministre de l’écologie militante et rédemptrice….

Bref, j’ai compris – bien que tardivement – que le panurgisme intellectuel était la meilleure façon de vivre peinard !  Et ce en dépit de l’opinion de certains qui estiment au contraire que c’est un fléau social et le terreau de la démagogie.

Comparaison n’est pas raison, mais l’autoritarisme climatique qui ne souffre plus aucune discussion de fond, n’est pas sans rappeler la « Macronmania » qui, dans le domaine politique, contamine actuellement la société française. Depuis son élection, le nouveau président de la République est encensé quoique il fasse ou dise – même s’il ne dit rien. Ce culte de la personnalité qui se déploie sous nos yeux, montre d’ailleurs que le panurgisme politique comme son équivalent climatique – que d’aucuns confondent méchamment, avec de l’opportunisme de placement ou de prébendes – a malheureusement de beaux jours devant lui !

Finirais-je par y succomber aussi pour assurer mon bien-être personnel ?

J’en doute un peu, car pour ce faire, il me faudrait m’asseoir allègrement sur les idées auxquelles je crois depuis plus de quarante ans et admettre qu’il est devenu assez jouissif d’être instrumentalisé à condition d’être du bon côté du manche! Un peu de patience, monsieur le bourreau, j’attends au moins une bonne vingtaine d’années, juste le temps de devenir un vieillard chenu manipulable, torturé par la soif irrépressible d’être toujours à la page et même à l’avant garde.

Mais c’est un autre sujet…

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On dit – et sans doute à bon droit – que l’enfumage n’est ni bon pour l’avenir biologique de la planète, ni bon pour notre santé et que même les deux sont étroitement dépendants. Mais on pourrait aussi ajouter que c’est particulièrement nocif pour notre libre arbitre, notre intelligence collective et individuelle, bref pour notre faculté de raisonner logiquement et de façon autonome…

Que ce soit à propos des questions climatiques sur lesquelles le Tartarin de Washington a pris hier des décisions – effectivement – paradoxales et incompréhensibles au regard des intérêts de son propre pays, ou encore, à propos des prochaines législatives où le seul mot d’ordre tolérable est de donner « une majorité absolue au nouveau Président de la République », le doute cartésien n’est plus permis. L’esprit et le ricanement voltairiens n’ont plus droit de cité au moment même où la promotion Voltaire sort de l’Histoire!

Il est même fortement recommandé d’abandonner toute forme d’esprit critique, de s’abstenir de prendre toute espèce de recul en rejoignant « en marchant », sans mot dire et sans maudire le « camp du progrès » ! Et ce faisant, ne se perd-on pas un peu soi-même ?

Le « cogito ergo sum » semble passé de mode !

Ne doit-on pas, malgré tout s’inquiéter, à tout le moins s’interroger, lorsqu’on observe le désolant spectacle de ces personnes estimables, qui se revendiquaient jadis de fortes convictions et qui ressassent désormais inlassablement les mêmes poncifs, en usant tous des mêmes superlatifs pour caractériser l’action du nouveau guide suprême de la République et pour vanter sa clairvoyance ?

Si ce n’est pas un recul de la pensée, ça y ressemble quand même un peu !

Aussi ne luttera-t-on  jamais assez contre la pollution sous toutes ses formes, à commencer par celle des cerveaux!

Ne faut-il pas en effet s’insurger, tant que c’est encore possible, contre cette tentative de corruption de nos esprits par le biais d’une pensée uniforme,  qu’on nous insuffle désormais quotidiennement au nom d’une recomposition politique prétendue nécessaire?

Ne doit-on pas s’étonner du recyclage du vieux slogan révolutionnaire de l’Internationale (« Du passé faisons table rase ») pour nous familiariser au culte insensé de la personnalité du nouveau et jeune père du peuple, qui se déploie sous nos yeux ? Personne n’est en effet en capacité aujourd’hui de prédire si les lendemains promis chantants ne déchanteront pas! Surtout pour nos libertés…

Pour contrer « l’enfumage », la seule méthode qui reste à notre disposition, c’est la démocratie ! Aussi ne blâmons pas les gens de Droite qui votent à Droite, ou les socialistes non opportunistes qui persistent à voter socialiste !

Ils sont notre rempart contre le despotisme. Ne nous laissons pas enfumer.

 

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Ébranlée par les coups de boutoir répétés et menaçants du terrorisme islamiste, notre société est-elle en passe de perdre la bataille idéologique que nous livre l’obscurantisme?

Cette interrogation à laquelle une seule réponse, en l’occurrence négative, devrait être possible, mérite toutefois d’être posée clairement, car ce qui devrait être évident n’est pas nécessairement patent. Si chacun mesure bien que le terrorisme qui vise à instaurer par la terreur, des normes sociétales totalement incompatibles avec les valeurs républicaines qui nous animent, il n’est pas certain qu’en dépit des dénonciations unanimes des tribuns de toutes observances qui parlent en notre nom, et qu’en dépit de leurs moulinets de fiers-à-bras, de leurs postures guerrières avantageuses ainsi que de leurs assurances trompeuses, ce ne soit pas, malgré tout, les fossoyeurs déclarés de notre civilisation qui gagnent subrepticement, graduellement mais irréversiblement la bataille de l’idéologie…

Certes, chaque attentat ou exaction monstrueuse soulève l’indignation générale que soulignent les multiples marques officielles ou privées de sympathie, d’affection et d’empathie à l’égard des victimes, dont la révoltante immolation est en outre systématiquement commémorée. Mais insensiblement progresse aussi l’idée aberrante d’une responsabilité collective dans l’apparition de ces actes de sauvagerie, comme si cette barbarie d’un autre temps nous était pour partie imputable. Ces massacres aveugles seraient, « quelque part », la conséquence atroce de notre passé de colonisateur, mais également de la dégradation et de la dépravation de nos mœurs. Ainsi, nos malheurs seraient dus à une crise de « moralité », ou, si l’on préfère, à l’abandon d’un certain « Ordre Moral » autrefois encadré par une église catholique conservatrice et toute puissante! Le propos des terroristes étant de le rétablir sous le sceau d’autres confessions aujourd’hui plus conquérantes.

Autrement dit, si le terrorisme est inexcusable, on en viendrait presque à postuler, par un retournement dialectique aussi inattendu que suicidaire, que ce sont nos propres turpitudes qui lui offriraient le terreau favorable pour s’épanouir et prospérer!

Cette intériorisation de la « faute » est, stricto sensu, désarmante, car elle met de fait en accusation les principes qui sont notre force, à savoir la liberté d’être, l’égalité de tous et la fraternité entre les citoyens, qui fondent notre pacte républicain. La pression culpabilisante est telle, qu’il n’est plus rare d’observer que ceux qu’on devrait soutenir sans faillir parce qu’ils s’indignent de cette situation, sont dénoncés comme des intolérants rétifs à toute forme de diversité culturelle. Ainsi en est-il de ceux et surtout de celles, que l’on accuse régulièrement de xénophobie, parce qu’ils ou elles refusent le statut d’apartheid social – voire pire – réservé aux femmes dans certains quartiers périphériques des grandes villes. Ainsi en est-il de ceux qu’on vilipende pour blasphème, en les accusant de phobie religieuse, désormais assimilable à du racisme!

Et on pourrait multiplier les cas, où, sous prétexte de garantir les libertés, y compris celles des ennemis de la liberté, on se plie implicitement aux injonctions d’individus fanatisés, qui cherchent par la violence et l’intimidation à infliger un Ordre moral, qui n’a, en principe, rien à voir avec les droits de l’homme, encore moins avec ceux de la femme, et pas du tout avec les « valeurs » de la République. Lesquelles sont trop souvent invoquées comme des « clauses de style hors sol », justifiant paradoxalement des comportements communautaristes ou claniques, qui précisément leurs sont antinomiques.

La « laïcité » léguée par les générations qui nous ont précédés, est un bien précieux et de combat contre toutes les formes d’obscurantisme religieux et sectaire. Mais elle est aussi régulièrement détournée de son sens pour en faire un principe d’acceptation de ce que l’on aurait considéré, il y a peu, comme « inacceptable » en matière de restriction des libertés individuelles et d’inégalités.

Que faut-il, par exemple, penser de l’étrange myopie qui nous affecte, devant le pitoyable spectacle de ces femmes de plus en plus nombreuses, tenues de se conformer aux assignations phallocratiques du voile, de respecter de stricts codes vestimentaires ou de s’interdire la fréquentation de certains espaces publics au nom d’un conception rétrograde de la « pudeur »et d’un hypothétique « respect »? Que penser de notre attitude, lorsque nous adoptons le même discours que leurs bourreaux en prétendant que leur servitude est volontaire?

N’y a-t-il pas, derrière cette « tolérance suspecte », l’expression d’un « compromis du moindre mal » avec la barbarie et l’idéologie perverse des terroristes pour s’assurer la paix civile. Le plus choquant, c’est que cette attitude de démission se sert parfois de la laïcité comme d’un cheval de Troie !

Cependant, il y a plus insidieux encore en matière de grignotage idéologique, car, malgré tout, pour les atteintes trop voyantes aux libertés, le discours public officiel demeure de regretter de telles dérives, faute de véritablement les combattre !

Il y a plus retors et sans doute – à terme – plus destructeur de notre civilisation, lorsque l’Ordre public tend à se confondre avec l’Ordre moral, ou plus exactement lorsque ceux qui aspirent à nous diriger et à nous informer estiment – parlant abusivement en notre nom – que l’Ordre public ne saurait être assuré qu’à la condition qu’un certain Ordre moral le soit aussi ! Cette pétition de principe est contraire aux principes d’émancipation républicaine!

L’Ordre public n’a en effet pas mission de sonder nos âmes, mais de juguler la violence au sein de la société, et donc de réduire autant se faire que peu, les facteurs de désordre qui l’entretiennent et que sont les inégalités ou les atteintes illégitimes aux libertés individuelles. La question du « Bien » et du « Mal », prétexte à l’élaboration de prescriptions morales liées aux convictions religieuses que chacun est en droit de revendiquer, ne relève donc pas des compétences de la République et la « morale » ou l’exigence de vertu n’ont par conséquent nulle vocation à investir l’action publique. La République n’est pas immorale, elle est amorale ! Et ce principe a été constamment réaffirmé depuis la loi sur la laïcité de 1905 !

Ce ne fut d’ailleurs pas toujours le cas, notamment aux tous débuts de la troisième République en 1871, où l’assimilation de l’Ordre Public et de l’Ordre Moral était clairement affichée comme une finalité de l’action publique. L’objectif alors n’était pas tant de conforter la République renaissante que de restaurer un régime monarchique aboli depuis 1848!

C’est le premier Président de la troisième République, le maréchal Mac-Mahon (1808-1893), ancien chef de l’armée versaillaise et massacreur de la Commune de Paris, qui, dans un discours du 28 avril 1873, fut à cet égard le plus explicite:

« Avec l’aide de Dieu, le dévouement de notre armée, qui sera toujours l’esclave de la loi, avec l’appui de tous les honnêtes gens, nous continuerons l’œuvre de la libération de notre territoire, et le rétablissement de l’ordre moral de notre pays. Nous maintiendrons la paix intérieure et les principes sur lesquels repose notre société ».

Tout est dit, « l’ordre moral est à la fois une reconquête religieuse de la société et une lutte politique sans concession contre le radicalisme républicain, ennemi de la société. » (Ref Wikipedia). On en conviendra: ce mot d’ordre que le Maréchal Pétain reprit à son compte au début des années 1940, n’est guère éloigné du projet des radicalismes religieux de notre époque!

Force est de reconnaître que l’obsession moralisatrice  qui semble avoir colonisé les esprits de nos dirigeants n’est pas sans rappeler ces temps anciens totalitaires d’une société sous contrôle permanent où la suspicion généralisée servait de prétexte aux restrictions des libertés individuelles les plus élémentaires et de celles des citoyens entravés dans leur capacité de choisir démocratiquement leurs élites. Les dernières élections présidentielles en France symbolisent cette dérive démocratique mortifère, où des candidats furent disqualifiés au nom d’une certaine conception de la morale et non en raison de la critique de leurs projets.

Cette frénésie moralisatrice de l’action publique – au prétexte de délits ( corruption, népotisme, détournement d’argent public, recel)  commis par certains et parfaitement punissables à droit pénal constant – associée à la rage de la transparence, certifiant de la qualité morale « absolue » des prétendants aux responsabilités, conduira tout droit vers l’abolition des processus démocratiques. Et ce, pour différents motifs, notamment l’absence de candidats pour des fonctions électives devenues à trop haut risque personnel.

Merci Plantu pour cet emprunt...

Les nominations sur critères de moralité par des sages auto-désignés, nouveaux DRH de l’action publique, remplaceront « avantageusement » les élections.  On y est presque!

Le fait que le premier geste législatif d’un président de la République nouvellement élu, soit précisément de proposer des règles de moralisation de la vie publique n’est-il pas symptomatique de cette idéologie gangreneuse qui sape sournoisement la démocratie en décrédibilisant le processus électoral s’il n’est pas au préalable sévèrement encadré pour forcer le citoyen à choisir des gens « bien sous tous rapports », c’est-à-dire, conforme aux standards des maîtres à penser du moment !

Pour restaurer l’Ordre public, à supposer qu’il soit en péril ou dégradé, le même Président aurait pu tout aussi bien inaugurer son mandat en traquant les ruptures flagrantes d’égalité qui constituent autant de facteurs de déstabilisation du corps social, et en s’affranchissant de toute considération morale relevant, le cas échéant, de la transcendance, mais certainement pas de la problématique républicaine.

Ne doit-on pas s’inquiéter, à tout le moins, s’étonner quand une ministre de la santé, dont chacun reconnait l’honnêteté et la probité, doit demander à être déchargée de la tutelle d’un organisme public de recherche médicale alimentant son ministère en données sanitaires et en innovations médicales, parce que son mari dirige cet organisme? Le fait que cette ministre ait été « auscultée » par des « sages » qui ont attesté de sa droiture et de sa loyauté, n’apparaît pas suffisant pour écarter  tout risque de conflit d’intérêt, si jamais un méchant démon la tracassait! La défiance prévaut sur la confiance! Précaution d’autant plus ridicule qu’au regard des missions de son ministère et de l’organisme en question, il ne peut, structurellement, y avoir de conflit d’intérêt, dès lors qu’il s’agit d’améliorer la santé publique!

Depuis quelques années, on pourrait multiplier les exemples d’ingérence artificieuse des pensées liberticides et autoritaires qui remettent en cause les principes de la République, au  nom d’une vertu orientée et sulpicienne.

Là est certainement la vraie victoire du terrorisme, celle de l’idéologie, qu’on ne saura plus guère enrayer demain qu’en se barricadant dans ses convictions d’antan et sa nostalgie de la liberté perdue! Et on passera pour des ringards…

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Depuis l’élection d’un jeune président de la République, la vieille querelle des anciens et des modernes, qui avait tant agité les élites intellectuelles et littéraires du 17ième siècle, semble ranimée. La polémique portait alors sur le fait de savoir si les écrits des auteurs de l’Antiquité étaient supérieurs à ceux des écrivains vivants, ou si à l’inverse, partant du postulat d’un perpétuel « progrès » de la création littéraire et artistique, il convenait de donner l’avantage aux écrivains du présent sur ceux du passé !

Désormais, la controverse investit le champ de la société dans son ensemble, les tenants de la « modernité autoproclamée », prétendant que les formes antérieures d’organisation politique constitueraient le principal frein au progrès. De la sorte, la confrontation des idées, qui structurait jusqu’à présent le débat politique et qui était censé aboutir à des majorités de gouvernance, doit être non seulement perçue comme désuète et anachronique, mais néfaste en ce qu’elle aurait pour seul effet tangible de neutraliser toute évolution positive en accentuant artificiellement les antagonismes.

Aidés des techniques de communication les plus élaborées et probablement de soutiens inavoués sinon inavouables, les adeptes de cette nouvelle « modernité », forts des ambiguïtés d’un projet que le Président lui-même peine à rendre original et surtout à définir clairement, se sont emparés des principaux leviers du pouvoir.

Et dans le même mouvement, tout ce qui relevait de la gouvernance précédente est rejeté dans les brocantes de l’histoire et s’est retrouvé démonétisé, dévalorisé, et ringardisé par la magie d’un suffrage universel aux résultats indiscutables mais abusivement surinterprétés. La référence au passé devenant une faute contre l’esprit – à tout le moins, une erreur d’analyse – la dictature d’un présent associé à l’idée d’une jeunesse forcement « progressiste » et acquise au renouveau, prend en otage un avenir indéfini. Chacun, faute de cap global identifiable hors des sentiers battus ou des propos convenus, peut en entrevoir les lignes de force, à sa convenance et selon ses rêves… Un peu à la manière d’une auberge espagnole, tout nouveau converti à cette méthode est d’autant plus satisfait qu’il y trouve ce qu’il a apporté et que sa foi évangélisatrice et virulente repose pour l’essentiel sur la révélation de ses propres désirs (d’avenir).

Ce syndrome fut celui dont souffrirent dans le passé nombre de soixante-huitards qui crurent au père Noel en s’auto-convaincant qu’il existe!

Le seul mot d’ordre qui vaille est dorénavant le changement par le renouveau des hommes! Mais le changement pour aboutir à quoi ? A des lendemains qui chantent évidemment! Mais, personne parmi les nouvelles élites dont certaines ont été sauvées in extremis de l’obsolescence définitive grâce à un instinct de survie confinant à un opportunisme darwinien proche du reniement, ne s’avise pourtant à en décrire les contours, autrement que par une tautologie, en invoquant la nécessité d’un changement pour le changement et d’une nécessité de la nécessité; lesquels consistent pour l’essentiel – et sans doute seulement – en une « recomposition » de la classe politique par la mise au rencart des élus précédemment en charge des affaires publiques. Lesquels, pour forme, sont globalement accusés d’avoir été défaillants et versatiles. Et en un mot, d’être responsables de tous les maux dont pâtit notre pays…

Le couplet est connu : « Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage… ». Il fait merveille avec le vieux slogan révolutionnaire;  » Du passé, faisons table rase »!

Dans ce grand chambardement idéologique, la distinction historique entre la « droite » et la « gauche » sur la base de laquelle la France fut dirigée, bon an, mal an, depuis deux siècles, n’apparaîtrait plus pertinente. L’objectif serait de revenir à ce que dans notre jeunesse marxiste, on appelait avec dédain la « collaboration de classes » et qui serait devenu la posture théorique la plus aboutie…Dans sa version moderne, elle se concrétise par le fait que le président « tend la main » à tous ceux sans exclusive, qui veulent bien se soumettre à sa volonté et à sa manière de réformer la France, sans se soucier de leurs positionnements politiques antérieurs !

Que n’avait-on songé plus tôt que les contradictions ou les conflits d’intérêts entre les différentes strates de la société pouvaient se dissoudre magiquement dans une nouvelle forme de gouvernance, la « bienveillance » présidentielle ?

Que n’a-t-on découvert plus tôt que les querelles idéologiques, autrefois considérées comme fécondes entre les partisans de la liberté et les défenseurs de l’égalité, entre les « exploiteurs » et les « exploités » ne seraient que des vues de l’esprit, de surcroît démobilisatrices, donc réactionnaires ?

Dans une perspective de recomposition qui suppose de tourner le dos à l’ancien monde et de miser sur la jeunesse, le nouveau Président eut l’intuition géniale de concevoir un parti unique d’union nationale, créé à sa dévotion et qui s’efforcerait idéalement d’éradiquer les partis politiques « traditionnels ». Et ce, en dépit du concours, pourtant prévu par la Constitution, que ces partis sont censés apporter à l’exercice de la démocratie…

Dans la pratique des institutions au fil de l’eau, ceux qui refuseraient de se fondre dans la majorité présidentielle ne disposeraient plus que d’une voix marginale dans le débat public. Les partis rétifs au changement se verraient qualifiés honteusement de « partis radicalisés », et seraient ainsi rejetés aux confins extrêmes et nauséabonds du paysage politique. Du côté des défaitistes et des « populistes » inconséquents!

Ces « partis du passé » dont le sort désespéré serait irrémédiablement scellé, n’auraient plus vocation ni légitimité à participer aux arbitrages entre les différentes options économiques, sociétales et sécuritaires, auxquelles une Nation est en permanence et naturellement confrontée. Considérés comme fossilisés sur leurs convictions d’antan, ils n’auraient même plus la possibilité d’évoluer, car reconnus inaptes à se réformer, et condamnés par la société française et la République « en marche » !

On l’aura compris, le discours officiel est donc de considérer que les clivages anciens sont révolus. Il serait temps d’adopter d’autres schémas plus dynamiques de réflexion politique, qui mettent en présence les « progressistes » dévoués à la pensée présidentielle et tous les autres, les conservateurs, les vieux tocards, les corrompus, les ergoteurs, et d’une manière générale tous ceux qui font obstacle à la renaissance de la vie politique française. De la sorte, la France prendrait enfin pied dans le vingt-et-unième siècle, selon des modalités et vers un objectif que, le moment venu, les vestales présidentielles décrypteront aux organes de presse convenablement choisis pour diffuser la « parole » !

L’heure serait par conséquent venue de s’affranchir de toutes les postures partisanes et de communier sans réserve à la gamberge présidentielle. De même, convient-il,  faisant le pari de la jeunesse d’esprit contre un vieux monde rebelle qui l’aurait trahie, de conforter durablement le renouvellement de la pensée politique par un renforcement médiatisé de la moralisation de la vie publique. D’où l’idée d’offrir en pâture aux foules réclamant justice, quelques opportunes mesures en trompe l’œil, des amuse-gueule ou des exutoires pour stigmatiser un passé désormais honni !

Mais il y a mieux encore en vitrine, la jeunesse du Président, celle de son parti et le recours à des hommes et des femmes issues de la « société dite civile » sont présentés comme des viatiques et des garanties irrécusables pour la réussite d’un projet en grande partie ignoré.

Tout juste sait-on ce qu’on doit savoir de ce projet pour avancer – être « en marche » – et que ressassent toutes les gazettes : il est novateur et serait l’ultime chance de la France pour échapper au déclin. Par un étrange raisonnement, « la société civile », composite par essence, apparaît comme la panacée pour initier avec succès l’animation de cette nouvelle « Renaissance » !

Tout semble se passer, en outre, comme si, par quintessence, elle était lucide et détentrice de vérités sur les « caps » à prendre, que le jeu de la démocratie classique, prosaïquement fondée sur le suffrage universel et la représentativité des élus, n’aurait jamais permis d’identifier !  Dans ce monde qui se dessine sous nos yeux, et dont on prétend qu’il incarne la société prospère du futur, mieux vaut donc être vierge de tout engagement politique antérieur pour mener une action politique dans ce cadre présidentiel rénové !

L’appartenance à la « société civile » est présentée comme la caution indiscutable de celui ou celle de ses membres, qui demain servira l’intérêt général sans jamais se compromettre comme les piètres professionnels de la politique qui l’ont précédé.

Alors qu’un quidam de la société civile est paré de toutes les vertus de probité, l’idée même qu’un élu de longue date ou un militant consciencieux d’un parti ait pu s’engager dans la politique avec désintéressement et dévouement semble carrément incongrue. La suspicion est de mise et toute conversion au projet présidentiel n’est possible qu’à la condition expresse, que le repenti se débarrasse de son encombrant passé au seuil de cette nouvelle ère de félicité. Tel est en tout cas l’axiome qu’il faut désormais intégrer en cet an « zéro » de la modernité …

Dans un pays traversé depuis une décennie par une crise économique, identitaire et morale, et déstabilisé par un chômage massif de sa jeunesse, l’argument d’une régénération qui pose en préalable de « dégager » les anciens responsables, ne manque évidemment pas de susciter des adhésions en grand nombre, et même un engouement quasi-irrationnel chez tous ceux qui y voient un gage de moralité retrouvée et de réussite assurée.

Ces phénomènes d’exaltation collective n’ont rien d’exceptionnel dans l’histoire du monde…Ils se manifestent depuis toujours au rythme des générations qui se succèdent. La règle d’or veut que les générations en place soient vigoureusement contestées par celles appelées à prendre leur place. Et ces dernières, pour asseoir leur légitimité n’ont de cesse de présenter, sous leur plus mauvais jour, l’œuvre et le bilan de leurs anciens ! Jusqu’au jour où elles subissent à leur tour, les foudres et les pulsions destructrices de leurs enfants….

Souvent ces « révolutions » qu’elles soient violentes ou paisibles, qu’elles soient issues des urnes ou des armes, ou qu’elles aient été héritées, ont été incarnées par des hommes providentiels qui progressivement et habilement ont tissé leur toile pour assujettir leurs concitoyens à leur « bon plaisir » tout en se faisant les chantres de la liberté.

L’histoire regorge de ces hommes, qui, par l’ambiguïté ou la brutalité de leurs doctrines, ont su imposer leur autorité, parfois leur tyrannie en apportant des réponses présentées comme les seules possibles pour surmonter la rigueur du moment. Leur discours apparaît d’autant plus crédible que les populations qui les entendent, aspirent à des changements radicaux, qu’une rotation « normale » des responsabilités ne permettrait pas d’espérer rapidement. Les catégories d’âge les plus jeunes qui piaffent dans l’antichambre sont naturellement les plus accessibles à ces promesses de changement et à cette accélération présumée du cours des choses! Ce sont aussi les plus déçues par la suite!

Les médias « sociaux » aidant, le mouvement d’adhésion s’amplifie, jusqu’à conduire des gens raisonnables à renier des convictions d’antan que la veille, encore, ils défendaient avec âpreté! En mécanique de fluides, on qualifierait le phénomène de « turbulent »!  C’est un peu, ce à quoi l’actualité nous convie…

En mai 1968, alors que nous-mêmes appartenions à cette génération qui aspirait à déloger le gaullisme triomphant des « Trente glorieuses » avions-nous seulement conscience de la portée de slogans, tels « qu’il est interdit d’interdire » ou encore « sous les pavés, la plage » ? N’aurions-nous pas ultérieurement déchanté si un jeune aventurier, talentueux, et issu de rien s’était emparé « avec audace » de notre « mal-être » et, sur sa bonne mine, l’avait artificiellement entretenu pour s’emparer du pouvoir à des fins personnelles ? Il n’en a rien été…

Mais d’autres épisodes historiques ont plus mal tourné !

La jeunesse est certes un atout majeur, mais n’est en rien une qualité ou une garantie.

Adolf Hitler n’était âgé que de quarante-quatre ans lorsqu’il devint démocratiquement chancelier du Reich, avec le soutien d’une frange non négligeable de la jeunesse allemande ! Benito Mussolini n’avait que trente-neuf ans…Les exemples sont multiples des dérives autoritaires et liberticides, voire criminelles des jeunes dirigeants.

La démocratie et le multipartisme braillards sont sans doute des modes imparfaits de gouvernance, susceptibles d’entraîner de regrettables retards dans la gestion des affaires publiques et d’introduire, par excès de formalisme juridique ou procédural, de l’inertie dans la résolution des difficultés collectives. Ils peuvent parfois être des handicaps face aux défis de notre siècle, mais ils préservent nos valeurs et nos principes de vie en commun et garantissent la tolérance à l’égard de tous et de tous les points de vue…

Aussi, est-il sage de réfléchir, avant de donner mandat sans réelle contrepartie autre que rhétorique, à ceux qui nous inciteraient à confier à un seul clan, tous les leviers du pouvoir! Rien ne justifie de se laisser berner par l’argument de disposer d’une « majorité absolue » en échange d’une hypothétique efficacité décisionnelle et réformatrice!

A quel titre devrions-nous nous départir – nous mutiler – délibérément du pouvoir de censurer ou d’enrayer une machine infernale qui, d’aventure, s’attacherait à annihiler ou à réduire nos libertés? Ou tout simplement ferait fausse route, par rapport à son programme annoncé…

En toutes circonstances, il faut savoir tirer des leçons de l’histoire. S’il est impérieux de demeurer constamment vigilant sur les résurgences d’un passé totalitaire et d’en garder la mémoire, il est également essentiel de se garantir contre de nouveaux despotismes ou simplement populismes démagogiques, que nous aurions adoubés, par ingénuité, par distraction ou par défaut!

Dans la période actuelle, s’il n’y a pas encore lieu de « crier au loup » et d’adopter une attitude d’opposition sans rémission, il faut néanmoins regarder avec circonspection cet appel récurrent qui nous est infligé de chausser avec enthousiasme les godillots moutonniers des groupies présidentiels.

Aux prochaines élections législatives, je voterai démocrate, c’est-à-dire, pour le progrès selon l’ancienne mode et selon mes antiques convictions , ou si l’on préfère « conservateur » aux termes de la terminologie actuellement en vigueur. Je suis de ceux qui pensent qu’on peut – et même qu’on doit – concilier ses idées et son positionnement politique…

Je voterai aussi en m’inspirant du bon usage du principe de précaution, partant de l’idée qu’il n’est pas forcément très avisé de mettre tous ces œufs dans le même panier !

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En cette fin de soirée de ce mercredi-là, l’intervention du dernier orateur était à peine achevée qu’un nouveau tribun, conseiller nouvellement désigné, prit la parole en ces termes :

« L’heure n’est pas au discours, mais aux actes. Notre présence dans ce conseil est, pour notre ville, le symbole de la révolution nationale qui s’accomplit. Si le gouvernement (…) a cru devoir nous désigner, c’est sans doute moins pour des considérations individuelles que pour affirmer, par ce geste, le changement profond qui doit se produire en France et rendre ce changement plus aisé, en appelant des hommes affranchis de tout lien avec les traditions et les habitudes du passé et plus libres, et par conséquent, de promouvoir l’esprit nouveau qui doit régner désormais.

« Esprit réaliste et constructeur : le temps des sophismes et des arguties est révolu. Il s’agit de vivre, de réparer les ruines et de bâtir la maison de demain. Pour cela, il faudra briser le formalisme désuet, rompre avec les routines, et choisir des méthodes plus rapides et plus hardies.

« Esprit corporatif et social : ce ne sont plus, comme auparavant, les préférences, les caprices ou les égoïsmes individuels qui dicteront les décisions à prendre, mais le souci d’assurer l’expression et le respect des tous les intérêts légitimes.

« Esprit de concorde et d’union : finies les querelles partisanes que favorisait la triste politique électorale et qu’elle introduisait jusque dans les assemblées municipales, où elle n’aurait jamais dû trouver accès. Finis les persécutions et les ostracismes contre de bons citoyens, dont le seul crime est de ne pas partager l’idéologie officielle.

« Entre (nous), en dehors et au-dessus de toute haine de faction, de tout préjugé mesquin et d’un même cœur, nous voulons faire régner autant que le permettent nos difficultés actuelles, la douceur et l’urbanité traditionnelle de notre province, et faire de notre cité la plus accueillante, la plus fraternelle et la plus élégante des grandes capitales régionales de France.

« En union absolue avec le gouvernement réparateur qui nous a fait confiance, nous affirmons notre volonté sincère de nous conformer à ce programme et nous prenons l’engagement de le réaliser de notre mieux… »

On peut penser qu’à l’issue d’une lecture attentive de ce beau morceau d’éloquence politique, d’aucuns y verront quelque analogie de forme et de fond avec une certaine mode, qui viserait aujourd’hui à réduire le rôle dévolu par la Constitution aux partis politiques dans l’exercice de la démocratie.

D’autres s’imagineront peut-être que c’est par pure malice que j’exhume ce texte, qui, à bien des égards, fait écho aux efforts déployés en ce début de vingt-et-unième siècle, pour bannir tout débat contradictoire et déclarer « hors-jeu » tous ceux d’esprit voltairien, qui persisteraient à s’en revendiquer. Le mauvais esprit de désunion nationale, la corruption et l’incompétence sont des motifs aussi éternels que recevables pour éliminer les opposants ou les déconsidérer.

Admettons! Les uns comme les autres n’ont peut-être pas tout-à-fait tort de me prêter de si facétieuses et obscures intentions et même de m’accuser de défaitisme à l’aube d’une nouvelle ère de bienveillance et de bienfaisance.

Néanmoins, ce discours, sorti des catacombes, qui semble coller à certaines idées du moment, je le l’ai pas inventé ! Il relève en fait de l’histoire contemporaine et de surcroît, la plus sombre subie par notre pays. Celle d’avant-hier, alors que la France était occupée par les nazis et que la République avait été abolie.

Son auteur s’appelait Marcel de la Bigne de Villeneuve (1889-1958), un éminent juriste qui après avoir été professeur à l’école française du Caire entre 1920 et 1935, enseignait le droit à l’Université catholique d’Angers, sa ville natale. La mienne aussi! Il venait d’être imposé maire-adjoint d’Angers.

C’est le 14 mai 1941 qu’il le prononça devant le nouveau Conseil municipal d’Angers, désigné par le gouvernement de Vichy, lors de sa séance d’installation par le préfet pétainiste. Alors que l’armée allemande était omniprésente dans la ville, l’orateur faisait en quelque sorte allégeance aux autorités du régime de Vichy, à sa politique de collaboration et à sa profession de foi antidémocratique.

Au-delà de ce sinistre rappel, ce texte qui, en soi, pourrait paraître anodin, seulement motivé par un patriotisme désuet, montre que les mots et les phrases n’ont de poids que dans un contexte donné. Et ce contexte, qui le condamne et le rend mortifère est le suivant: ce même mercredi 14 mai 1941 à Paris des milliers de juifs étrangers reçurent une convocation, un « billet vert » les invitant à se présenter» dans divers lieux de rassemblement «pour examen de leur situation».

Leur liste avait été établie grâce au fichier du recensement des autorités françaises, sur ordre de l’occupant allemand. Trois mille sept cent juifs furent arrêtés à cette occasion, parqués à Beaune-La-Rolande avant d’être envoyés dans des camps d’extermination !

Cette rafle du « billet vert » précéda de quatorze mois celle du Vel d’Hiv ! De la Bigne de Villeneuve, si prompt à dénoncer le régime des partis accusés d’avoir sacrifié la France, était, ce jour-là, volontairement ou non, complice des assassins.

Comparaison n’est heureusement pas toujours raison.

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A quelques jours d’une échéance électorale qui pourrait nous être funeste, tant les nuages s’assombrissent au fur et à mesure que les candidats à la Présidence de la République s’entêtent dans leurs bavardages en se regardant le nombril, le temps n’est plus à la publicité comparative entre les uns et les autres !

Les augures sondagiers, qui se trompent presque toujours, nous annoncent régulièrement les pires déconvenues. Puis se ravisent! Au total, on observe que leur apport à notre réflexion pour éclairer nos choix est heureusement dérisoire, ainsi que celui des médias qui s’efforcent pourtant depuis des mois de les orienter dans le sens qui leur sied! Charge, un jour, aux historiens d’élucider leurs réelles motivations. De même, devront-ils certainement se pencher sur le rôle obscur tenu par certaines institutions de la République, censées observer la plus stricte neutralité, mais qui, en la circonstance, ont démontré une étrange aptitude à accélérer leurs procédures, en dépit de leur coutumière inertie et de l’absence chronique de moyens dont elles prétendent souffrir.

Le résultat de ce pitoyable spectacle – que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier d’hallucinant – et qui nous est servi quotidiennement depuis de longs mois, c’est que, pour la première fois dans ma désormais très (trop) longue carrière de citoyen et d’électeur, je m’interroge encore – à quelques jours du scrutin – sur l’identité de celui qui bénéficiera de mon suffrage.

Dans le passé, il m’est déjà arrivé de voter avec enthousiasme pour une personnalité avec laquelle j’avais le sentiment de partager un socle de valeurs communes. Ce fut par exemple le cas en 1981, avec Mitterrand. Par la suite, force est de reconnaître qu’il fut très loin de satisfaire les espoirs que nous avions mis en lui.  A l’époque, j’ignorais qu’il avait été décoré de la francisque par le Maréchal Pétain et qu’il entretenait des relations amicales pérennes et pour le moins discutables avec René Bousquet (1909-1993) l’ex-secrétaire général de la police du régime de Vichy, et principal organisateur de la rafle du Vel’ d’Hiv en juillet 1942 et de la déportation vers les camps d’extermination de treize mille juifs. Enfin, personne avant la fin de son règne ne s’avisa de révéler les dépenses couteuses d’une seconde famille qu’il faisait supporter par l’Etat.

Il m’est arrivé aussi de voter conformément à l’idée que je me faisais du moindre mal : là ce serait plutôt à 2012 qu’il faudrait se référer, lorsque j’ai voté par défaut pour François Hollande. Sans trop d’illusion sur ce que pourrait effectivement réaliser un apparatchik de la politique de son acabit. En un sens, la suite ne m’a pas surpris – sinon déçu – tant ce président au profil de Louis Philippe, sans réelle autorité, fut incapable de transposer en actes significatifs, son discours programmatique sur le « Changement ».

La situation actuelle est carrément inédite… Pour le vieil homme que je suis désormais, il ne s’agit plus de promouvoir par mon vote d’intimes convictions sur l’organisation de notre Nation dans un souci d’une plus grande justice sociale, ni de se prononcer par défaut pour le moindre mal, mais tout simplement de choisir « le moindre pire » ! Et même cette ambition limitée n’est pas un mince challenge, lorsque des candidats issus de rien et sans réel projet sont artificiellement propulsés sur le devant de la scène, tandis que d’autres sont descendus en flamme au nom d’une « éthique » à géométrie variable pour des « fautes de maintien » qu’on pourrait reprocher à presque tous leurs détracteurs ! Tandis que d’autres enfin transforment leur campagne électorale en une suite de spectacles d’illusionnisme, épicés d’effets spéciaux en tous genres.

Comment, dans ces conditions, ne pas être troublé jusqu’à douter de la validité d’une telle caricature de démocratie, alors que notre pays est confronté à un ensemble de périls mortifères comme le terrorisme islamiste, le chômage et la misère de masse, une interminable crise économique et la perte de nombre de ses repères humanistes et identitaires ?

Il est certain que si le vote blanc était comptabilisé parmi les suffrages exprimés et qu’il offrait la faculté de renvoyer à leurs chères études la plupart des « amuseurs » publics, qui colonisent nos antennes à longueur de soirées,  l’option la plus pertinente serait naturellement celle-là ! Aucun en effet ne semble trouver grâce à nos yeux.

Mais la question ne pose pas. Il faudra donc subir l’un ou l’autre de ces prétendants à la magistrature suprême durant un quinquennat, en formant le vœu que ce destin obligé – un sombre tunnel loin des Lumières – ne soit fatal ni à la France, ni à la République, ni à l’idée que l’on se fait de la démocratie et qu’il permette, malgré tout, de panser les maux les plus patents de la société française, dont le chômage, ou qu’à tout le moins, il en atténue les effets… L’heure n’est plus à évaluer le degré de conformité, aujourd’hui et surtout demain, des rustines ou des recettes qu’on nous vante, déclinées à plus soif dans les projets des candidats starisés, avec notre propre vision du bien public. Il s’agit juste de sauver les meubles avant qu’ils ne disparaissent sous des flots de promesses électorales contradictoires ou qu’ils soient bradés sur les places publiques lors d’un vide-poubelles dominical et printanier.

Promesses, auxquelles paradoxalement, ceux qui les formulent ne semblent même pas croire vraiment! Que dire d’un candidat, adepte manifeste de la politique de gribouille, qui va jusque préconiser la légalisation du cannabis, au motif que la distribution de cette drogue sous le contrôle de l’Etat serait le meilleur moyen de tarir son commerce illicite qui gangrène les banlieues. Coup double selon ce nouveau Don Quichotte, car ce faisant, l’Etat devenu trafiquant récupérerait une partie d’un « revenu universel » qu’il verserait d’une autre main! On croit rêver… Et de fait, on rêve ou on cauchemarde…

Bien d’autres curiosités, tout aussi fantaisistes, émaillent les programmes des candidats !

Dans ce contexte assez préoccupant, car il s’agit tout de même de l’avenir de la France, c’est-à-dire de celui de nos enfants et de leurs enfants, il ne semble rester que le hasard darwinien et son essoreuse sélective pour sauver la mise d’un pays meurtri, et une fois de plus au bord d’un gouffre. Gouffre virtuel dans lequel on aimerait tant précipiter tous ces modestes braquets de la politique qui s’injurient sous nos yeux.

Le hasard – le « bon heur » –  se joue heureusement de ces petits joueurs qui prétendent nous fixer le cap, sans jamais parvenir à nous rendre intelligible et cohérente leur conception de l’Ordre Public, qu’en principe, la fonction à laquelle ils aspirent, a pour finalité de garantir.

Préoccupés par leurs chamailleries moralisantes, aveuglés par leur égocentrisme ou enivrés par les trouvailles de leurs habiles experts en communication, aucun ne semble attester du fait que la noblesse de la politique – dont tous ont fait un métier – réside d’abord dans sa contribution à juguler la violence au sein de la société humaine et non à la susciter. En langage policé, c’est ce qu’on appelle l’Ordre Public, qui n’est respectable et respecté que s’il est compatible avec les « valeurs » de la République et acceptable par le plus grand nombre !

Aucun des candidats en lice n’a su aborder cette question du « Vivre ensemble » dans sa globalité et n’a su éclairer l’avenir de ce bien précieux, autrement qu’en se calant laborieusement sur ses propres obsessions tantôt sécuritaires, tantôt égalitaristes, tantôt xénophobes. Aucun – exceptés peut-être les marxistes antédiluviens  et dans une certaine mesure l’extrême droite – n’a su faire œuvre de pédagogie pour donner du sens à son projet et esquisser les grandes lignes de l’adaptation toujours nécessaire de cet Ordre public républicain aux contraintes de l’heure. Cet Ordre est pourtant le traceur des démocraties évoluées, dès lors, à l’évidence qu’il résulte de l’adhésion du plus grand nombre. Sa finalité est d’assurer la paix civile en faisant partager un projet commun, de garantir la sécurité collective et individuelle – en particulier des plus faibles – de préserver les libertés et de réduire les inégalités sociétales, sans renoncer aux différences ou à la compétition loyale…

Au lieu de cela, tous se sont perdus dans l’énoncé de tonnes de propositions indigestes et parfois sectaires, qui pour la plupart diviseront ou disséqueront la société, en alimentant les dissensions en son sein.  C’est au demeurant normal, lorsque l’objectif n’est pas tant d’unifier la nation autour d’un avenir commun que de séduire le chaland ou des clientèles, sans être nécessairement habité du souci primordial de servir l’intérêt général !

A cet égard, les positionnements partisans d’autrefois, fondés sur des clivages idéologiques incontestés étaient bien plus confortables, bien qu’avec le recul ils furent souvent factices…

Il se trouve que j’ai retrouvé le fascicule que François Hollande avait fait éditer en 2012 sous le titre alléchant du « Changement c’est maintenant » …Jusqu’alors, il m’avait servi de marque-page dans un bouquin que j’avais oublié sur une étagère sans être jamais parvenu à le lire! Ce qui frappe, cinq ans après, c’est que le seul changement immédiatement visible, est le portrait du candidat ! Pour le reste, il serait cruel de rappeler certains passages présentés comme des engagements qu’on n’attend plus ! J’en recommande néanmoins la lecture pour apprécier le décalage avec la réalité…

Au même moment, j’achevais la lecture d’un bouquin – plus volumineux – de Jean-Louis Debré, publié en collection de poche. L’auteur désormais déchargé de toute obligation de réserve, y rend public un « journal » tenu jusqu’au printemps 2016, au terme de son mandat de président du Conseil Constitutionnel… Cet ouvrage (« Ce que je ne pouvais pas dire ») rédigé comme un dérivatif voire un défouloir par un homme, qui par sa fonction, ne pouvait plus s’exprimer publiquement est d’une étonnante lucidité et d’une grande liberté de ton…Les commentaires ou les jugements qu’il formule à propos de certaines têtes d’affiche du microcosme politique sont souvent très justes… L’ouvrage est finalement plus tendre qu’on n’aurait pu le supposer à l’égard du président sortant, alors qu’il est sans appel pour son prédécesseur.

Ainsi à la date du 24 février 2016, Jean Louis Debré écrit : «  Aujourd’hui les opposants de gauche reprochent à François Hollande, à grand renfort de publicité, sa présumée trahison idéologique en lui faisant grief d’une politique libérale qu’aurait pu bien mener la droite si elle était au pouvoir. Notre histoire contemporaine montre pourtant qu’il en a souvent été ainsi, car dans son principe et sa réalité, l’action gouvernementale sous la cinquième République échappe aux logiques des partis ».

Poursuivant sa démonstration, Jean-Louis Debré montre avec malice que les présidents se sont souvent écartés de leur logique partisane initiale pour conduire de grandes réformes figurant dans le programme de leurs adversaires politiques. Hollande n’a fait rien d’autre – ni de plus – que ses prédécesseurs… Il a réformé à contre-emploi, après que la fonction dans les ors de la République eut créé l’organe !

Ainsi, doit-on rappeler les « réformes de gauche » réalisées par la droite : le vote des femmes, un projet que Léon Blum n’avait pas osé conduire et que de Gaulle a institué, la nationalisation gaullienne des grandes entreprises à la Libération, l’indépendance de l’Algérie, la décolonisation, la reconnaissance de la Chine populaire, l’intéressement et la participation des travailleurs, l’IVG, l’abaissement de la majorité à dix-huit ans, etc.  Et bien d’autres qu’il cite…

Il y a donc de l’espoir ! Même de médiocres candidats peuvent se transformer en présidents supportables… Mais cela suppose qu’ils s’imposent et ne se laissent pas déborder par leur propre majorité ou envahir par la faiblesse de leur caractère… On peut regretter cet axiome, mais tel est l’esprit de la Cinquième république !

Au terme de ce cheminement buissonnier aux travers des grandeurs et turpitudes des candidats à la Présidence, j’ignore, à cette heure, la couleur de mon vote au premier tour des élections présidentielles…

En revanche, je sais comment je voterai aux législatives qui suivront, faute de savoir encore pour qui ! Mon député, je l’espère, sera celui, fidèle aux principes des droits de l’homme, qui se revendiquera et se reconnaîtra dans l’action du président élu, conformément à l’esprit des institutions de la cinquième République… Mes options idéologiques actuelles ou passées seront alors de second ordre, car tout autre choix condamnerait l’élu du suffrage universel à l’impuissance, faute de majorité fiable… C’est ce dont a probablement pâti François Hollande, avec ses « frondeurs ». On en mesure actuellement les conséquences néfastes…

Une autre méthode consisterait à voter « au petit bonheur la chance »… Il n’est pas impossible qu’en fin de compte, les performances s’avèrent équivalentes.

Sans qu’il soit besoin de le préciser, cette stratégie exclut tout compromis avec l’idéologie d’extrême droite.

 

 

 

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