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Archive for the ‘Mon point de vue’ Category

Les réseaux sociaux abondent de bêtisiers en tous genres, et même de bêtises à part entière, d’ailleurs rarement revendiquées comme telles ! Ces dernières, d’authentiques âneries sont très fréquentes, et souvent les plus dangereuses, parce qu’elles servent de supports ou de justificatifs à toutes les rumeurs et qu’elles peuvent véhiculer les idées les plus folles ! Inutile donc de s’y attarder…

Ce qui est plus intéressant en revanche, ce sont les vrais sottisiers censés nous distraire, le temps d’un clic de souris d’ordinateur…Beaucoup, notamment ceux diffusés en boucle à la télévision sont cependant assez oiseux et même carrément grotesques, surtout lorsque, inlassablement, ils ressassent les mêmes scènes de puces sauteuses, de personnes glissant sur une peau de banane ou se cognant dans un poteau indicateur en consultant leur smartphone…

Mais il y a aussi quelques perles, parmi les réponses ingénues collectionnées dans les écoles !

Ainsi celle-ci, que de nombreux internautes partagent sur Facebook, et qui suggère qu’un élève, confronté à la question de « trouver x », l’hypoténuse d’un triangle rectangle, se contente d’entourer « x » en se dispensant d’en donner la valeur!    

Cette réponse de premier degré, peut-être provocatrice, n’est évidemment pas celle qu’attendait le pédagogue ayant posé le problème, mais force est de constater qu’elle a sa logique, et qu’elle devrait au moins créditer l’impudent du statut de « petit futé ». On peut donc supposer qu’elle lui valu, à la fois, « l’admiration du jury » et un zéro pointé…

C’est en tout cas, cette « admiration du jury » qui lui a ouvertes toutes grandes, les portes de la gloire numérique et qui le gratifie désormais d’un « partage » infini et rigolard sur Internet !

Mais au fait, quelle est la bonne réponse à ce problème élémentaire ?

Si la figure est dessinée à l’échelle, la façon la plus simple de procéder pour fournir la réponse, est de se saisir d’une règle graduée et de mesurer directement la longueur de l’hypoténuse (côté opposé à l’angle droit dans un triangle rectangle). Elle est ici de « cinq », les deux autres côtés ayant respectivement pour longueur « quatre » et « trois » ! (un cas aussi trivial est exceptionnel).

Mais il y a plus élégant! L’application du théorème de Pythagore (-569-475 av JC), connu de tous les collégiens, même des « nuls » en maths, qui postule que le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés.

Dans notre exemple, le carré de l’hypoténuse est égal à :

 32 + 4= 9 +16 = 25 = 52

La longueur de l’hypoténuse est donc de: le résultat confirme la mesure, et tout esprit « normal » devrait s’en satisfaire ! Et s’en tenir là. CQFD.

Certes, mais il y a aussi des pinailleurs qui trouvent à redire sur tout …

Et il arrive même que ce soient eux qui fassent avancer le « schmilblick ».

Ceux-ci se répartissent d’ailleurs en deux catégories :

  • D’une part, les chipoteurs qui se drapent dans l’orthodoxie et le purisme et qui entendent, avant toute chose, préciser que la validité de ce fameux théorème de Pythagore, démontré six siècles avant Jésus-Christ, n’est vérifiée en toute rigueur qu’en géométrie euclidienne…Dont acte
  • D’autre part, les chicaneurs qui, contre toute évidence, estiment que ce serait bien plus facile si la longueur de l’hypoténuse, correspondait à la somme des deux autres côtés du triangle rectangle (au lieu de la somme des carrés)! Ils prétendent que cette hypothèse ne doit pas être écartée et certains vont jusqu’à penser que Pythagore se serait planté ! Et ils entendent le démontrer !

A cette fin, sur un triangle rectangle A, B, C, ils assimilent l’hypoténuse à un toboggan permettant de glisser du « point haut » B au « point bas » C, et de réaliser ainsi un trajet de gauche à droite et de haut en bas. Mais dans le même temps, sensibles probablement aux arguments de postérieurs vieillissants peu enclins à la glissade, ils imaginent un escalier de « B » à « C » coupant et recoupant l’hypoténuse-toboggan.

Miracle! On observe alors que les longueurs additionnées des marches horizontales et des contre-marches verticales correspondent très exactement à la somme des deux côtés du triangle rectangle !

Ce résultat est d’ailleurs le même si les marches et les contre-marches sont de plus en plus petites et même si elles sont inégales, pourvu qu’elles enlacent l’hypoténuse-toboggan dans un slow de plus en plus lascif. La longueur totale de cette ligne brisée, flirtant intimement avec le toboggan-hypoténuse, demeure imperturbablement égale à la somme des deux autres côtés !

Ce résultat est assez déroutant car il contredit notre mesure initiale de l’hypoténuse où la longueur de cette dernière est toujours inférieure à la somme des deux autres côtés du triangle. Il est surtout troublant parce qu’il tendrait à montrer que le théorème de Pythagore n’est pas aussi robuste qu’on le pense, y compris dans le contexte de notre géométrie quotidienne – celle de ce bon vieil Euclide (-300 av JC)… Rien n’interdit en effet de poursuivre l’exercice de pensée en concevant des marches et des contre-marche « infiniment » petites, jusqu’à ce que l’escalier se confonde avec l’hypoténuse, à force de la frôler!

Et c’est précisément là que le bât blesse ! Jamais on ne retrouve (en additionnant ces minuscules marches) la valeur calculée ou mesurée de l’hypoténuse. Où est le prodige? L’erreur de nos présomptueux chicaneurs, apprentis iconoclastes de Pythagore, provient en fait de leur mauvaise perception de l’adverbe « infiniment ».

Sur ce point, les mathématiciens, Luc de Brabandère et Christophe Ribesse qui m’ont inspiré ce petit conte, précisent dans leur merveilleuse « Petite Philosophie des mathématiques vagabondes » (Eyrolles janvier 2012) que « depuis les travaux de Georg Cantor (1845-1918), l’infini est un concept beaucoup plus étendu qu’estimé a priori » … On s’en serait douté!

J’ajouterais volontiers « complexe » et paradoxal, propre à décourager les « finasseurs » du dimanche mais aussi à promouvoir des vocations de mathématiciens ! Il faut se méfier des apparences et des fausses évidences.

Euclide

« L’infini c’est long, surtout sur la fin!  » (Woody Allen/Kafka). … et parfois plus court!

 

 

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Le décès d’Edmond Maire (1931-2017), le 1er octobre dernier nous a naturellement attristés. On avait sans doute oublié l’ancien secrétaire général de la CFDT, mais sa disparition a réveillé en nous de vieux souvenirs… Un peu comme l’annonce de la mort d’une relation familiale, fréquentée autrefois, mais avec laquelle nous ne correspondions plus depuis longtemps…

La veille, on n’aurait même pas su dire, sans l’aide des « Géants du Web », s’il était déjà mort ou encore vivant ! C’est la presse, en nous informant et en s’emparant de sa dépouille pour évoquer son action syndicale, qui a finalement tranché cette question existentielle! Et depuis, à l’image du chat de Schrödinger, il n’a jamais cessé d’être aussi vivant.

En réalité, ce qui nous a peiné dans cette fin, forcément inattendue pour qui n’appartient pas au cercle de ses proches, c’est le sentiment que la génération qui nous précède s’efface irrémédiablement et qu’avec elle, une page de notre propre histoire est en train de se tourner définitivement… Avec elle, s’éloignent des pans entiers de notre jeunesse militante et de nos illusions d’antan! Accessoirement, ça nous rappelle que nous passons en première ligne.

Edmond Maire était en effet un des derniers porte-drapeau d’un syndicalisme « ouvrier », intermédiaire entre le syndicalisme débridé des enfants du baby-boom, exécuteurs testamentaires de mai 1968, et celui de leurs parents, jeunes adultes lors de la Libération et acteurs des Trente Glorieuses!

Cette histoire, celle de l’immédiat après-guerre, comme celle issue de la contestation « soixante-huitarde »  puis de l’Union de la Gauche, appartiennent désormais au passé. Et même à un passé révolu qui ne suscite plus guère, dans les arrière-salles de café, désormais aseptisées, équipées Wi-Fi et désenfumées, que de mélancoliques souvenirs d’anciens combattants sexagénaires, bientôt septuagénaires, considérés avec un brin de condescendance par les modernes « marcheurs » comme des représentants d’espèces en voie de disparition, de jouisseurs impénitents et imprévoyants. Ils s’en réjouissent en oubliant juste, ces procureurs implacables du passé, qu’ils sont nos enfants!

A leurs yeux, nos combats doivent être rangés au rayon des archaïsmes ridicules, inconciliables avec l’évolution des rapports sociaux dans un univers concurrentiel et impitoyable, où la règle d’or est désormais la mondialisation des biens, des marchandises et des personnes… Un monde sans horizon, donc sans repère selon nous, d’où doivent être artificiellement gommées les « contradictions » à partir desquelles s’organisait autrefois, tant bien que mal, la société. Finie la lutte des classes! Le terme est passé de mode!

Finies les classifications d’antan, entre les exploiteurs et les exploités, entre les détenteurs de richesses et les forçats du travail,  autrefois pertinentes, mais qui ne seraient plus porteuses de sens sous l’ère de la bienveillance autoritaire d’un inspecteur des finances immature, ci-devant banquier d’affaires! Finis enfin les « acquis » des luttes d’hier, qu’il faudrait désormais regarder comme d’inadmissibles privilèges, consentis par faiblesse ou complaisance à une génération – la nôtre – qui se serait délibérément gavée sans vergogne de « délices de Capoue », et qui aurait pillé, la planète au détriment de sa jeunesse !

Ainsi, la revendication de travailler au pays ou d’être justement rétribué, est présentée comme une prétention disproportionnée, empreinte d’un conservatisme malséant! Comme d’ailleurs le travers désuet d’aimer durablement un métier qu’on a choisi, et qu’il faudrait nécessairement condamner comme s’il s’agissait d’un caprice anachronique dans un monde en constante bougeotte, livré aux appétits financiers de spéculateurs cherchant à optimiser leurs profits engrangés ensuite aux antipodes. Dans ce contexte, l’idée, avancée jadis, d’exiger des plus riches une contribution aux charges de la collectivité, proportionnée à leur fortune, apparaît non seulement saugrenue, mais réactionnaire et contre-productive, au motif qu’elle pourrait, décourager l’effort spontané et altruiste, bien que d’expérience, improbable, des ultra-fortunés, à se préoccuper de l’intérêt général! En réalité, l’ère de la modernité s’ouvre en reprenant les vieux poncifs inégalitaires des débuts de l’industrialisation de l’avant-dernier siècle!

N’ayant nulle légitimité à prodiguer des leçons de maintien, je m’en tiendrai juste à signaler à ces nouveaux maîtres à penser, découvreurs ingénus mais méprisants, du fil à couper le beurre – et qui nous gouvernent – que même les accusations d’archaïsmes finissent par se démoder! Et qu’il n’est peut-être plus si loin le temps où les vieilles rengaines des syndicalistes du passé reprendront des couleurs. Elles réapparaîtront comme une impérieuse actualité, quand on s’apercevra que ces fausses nouveautés qu’on nous assène quotidiennement font le lit de toutes les inégalités, de toutes les injustices, et, plus grave encore, de tous les obscurantismes, notamment religieux. Sous couvert d’efficacité économique et d’adaptation à un environnement à tous vents, elles remettent en cause en les travestissant progressivement, des valeurs aussi fondamentales que la liberté notamment de pensée, l’égalité et la fraternité! In fine, la patrie qu’il ne faut plus évoquer, est en danger. La démocratie à coup sûr.

Plus jeune que les autres pionniers du syndicalisme non communiste d’après-guerre, comme Eugène Descamps (1922-1990), fondateur de la CFDT, ou le nantais Gilbert Declercq (1919-2004), Edmond Maire partageait avec eux – au moins dans la première phase de son parcours – une conception du syndicalisme, fondée sur l’exigence démocratique, sur la neutralité confessionnelle et sur l’indépendance programmatique par rapport aux partis politiques…

Sa disparition fournit paradoxalement l’occasion de remettre de l’ordre dans nos souvenirs et de saluer ces militants enthousiastes, désintéressés et motivés – dont mon père Maurice Pasquier – qui refusaient à la fois le diktat des différentes formes d’oppression idéologique, et qui dénonçaient avec autant de force, le goulag et l’imperium capitaliste…

Revendiquant notre droit à la nostalgie, nous persistons à croire que cette ambition de peser sur le cours du monde peut sans dommage concilier la justice sociale, la prospérité économique et le progrès moral, scientifique et technologique… A contre-courant des paradigmes en vogue, nous aimons penser que cette utopie a laissé quelque trace voire quelque germe dans notre histoire contemporaine et qu’elle demeure même la condition du processus de libération de l’espèce humaine, comme en rêvaient déjà les fondateurs de la Première Internationale et que relayèrent nos pères!

Nous fûmes, enfants et jeunes adultes – des spectateurs de cette époque, et parfois, très modestement d’anonymes concertistes!  Ça rassure quand le présent n’est pas manifestement pas à la hauteur des espérances d’hier…

Le départ d’Edmond Maire nous touche donc, car, avec lui, s’évanouit un symbole, celui, désormais passablement écorné, d’un syndicalisme autogestionnaire, théorisé dans les années soixante et soixante-dix du siècle dernier, dont se revendiqua également cette « Deuxième Gauche » qu’incarnaient Michel Rocard (1930-2016), et, dans une moindre mesure, Jacques Delors.

Ceux qui avaient fait de l’autogestion leur corps de doctrine et le ferment du socialisme démocratique, rêvaient d’un monde dans lequel, sans nier les antagonismes structurels entre les travailleurs et les capitalistes, tous les partenaires sociaux consentiraient à conjuguer « équitablement » leurs efforts pour collaborer à l’intérêt général. Ainsi, les travailleurs, reconnus comme des interlocuteurs légitimes et responsables, feraient valoir leur point de vue par la négociation, sans rien rogner de leurs objectifs catégoriels et, sans systématiquement recourir à la grève pour le faire aboutir. Mais sans l’exclure non plus!

Edmond Maire incarna ce pragmatisme syndical qui trouva à l’époque son expression politique au sein du PSU, puis dans le courant rocardien du Parti Socialiste. Les tenants de cette stratégie de transformation douce mais exigeante ne se nourrissaient pas de l’illusion du « grand soir », qui panserait magiquement tous les maux et corrigerait l’ensemble des défauts de la société…Car, l’atteinte de leurs objectifs reposait autant sur une modification des comportements, sur leur force de conviction, que sur le recours à la loi ou sur l’expression agressive d’un rapport de forces, favorisé par la prise d’un pouvoir central.

L’accession du jacobin François Mitterrand à la présidence de la République en mai 1981 sonna « subrepticement » le glas de cette conception pragmatique du socialisme, au profit d’une vision plus traditionnelle, dogmatique et dirigiste, qu’on habilla plus tard du terme ambiguë de « social-démocratie ». Cette social-démocratie – dont se prévalaient aussi bien Friedrich Engels (1820-1895), le compagnon de Marx  que les socialistes libéraux scandinaves – est en effet une « auberge espagnole » idéologique. Elle présente l’avantage de faire cohabiter par les non-dits toutes les tendances du socialisme et donc d’ouvrir la porte à toutes les options, y compris les reniements. C’est aussi un inconvénient majeur, qui ne prospère qu’au détriment de la clarté…

Ainsi, sous l’ère Mitterrand, le projet socialiste s’est progressivement affadi, en s’accommodant de la monarchie républicaine instaurée par la cinquième République, dénoncée auparavant avec talent par le locataire de l’Elysée, (avant de s’en repaître avec gourmandise). Le projet devint tout simplement une fiction idéologique où l’art de la synthèse indolore ou du statu quo stérile, fut porté à son paroxysme à l’occasion de chaque congrès socialiste dans les décennies d’après 1981… jusqu’à la déroute finale de 2017.

Dans l’enthousiasme des premières réformes du premier septennat mitterrandien, personne, au sein du mouvement syndical, ne détecta la supercherie sur la marchandise, qu’une jeune et dynamique oligarchie technocratique, « opportunément » à gauche, avait fini par vendre … Cette élite, avide de sauter sur l’aubaine piaffait dans les coursives du pouvoir depuis une dizaine d’années…

Plusieurs secrétaires confédéraux de la CFDT, proches d’Edmond Maire au sein de la commission exécutive de la confédération syndicale, rejoignirent les cabinets ministériels, acceptant de devenir les alibis de ce nouveau pouvoir. Parmi d’autres, ce fut le cas, par exemple, de René Decaillon au ministère du travail, qui, en dépit de son indiscutable bonne volonté et de son dévouement à la cause des salariés, semblait perdu parmi ces jeunes énarques dynamiques qui rédigèrent les lois Auroux, sans se soucier de ses avis de terrain!

Plus tard, on fit même de certains « conféréraux » des ministres ou des conseillers d’Etat, comme le truculent et sympathique leader de la Fédération de la Métallurgie, Jacques Chérèque, ou encore Albert Mercier (1933-2008), alias « Bébert », le grognon et jovial métallo franc-comtois, secrétaire national à l’action revendicative et à l’international…

Nous déchantâmes collectivement, lorsqu’on s’aperçut, mais un peu tard, après le virage de 1983 et le congédiement du Premier ministre, Pierre Mauroy, que le gouvernement avait abandonné certaines des lignes de force de son programme initial en se convertissant au libéralisme financier, et de surcroît presque honteusement sans vraiment l’assumer, et que le socialisme démocratique se résumait désormais à entretenir des écuries électorales pour légitimer la carrière des hauts fonctionnaires politisés, issus de l’Ecole Nationale d’Administration.

Le décès d’Edmond Maire ravive tous ces souvenirs! Ceux de nos débats d’idées, de nos manifs, ceux d’amitiés durables et parfois d’amours furtives, ceux des cris et des slogans que nous hurlions en brandissant nos calicots, mais ceux aussi de nos élucubrations fondatrices, de nos rêves chimériques et des occasions perdues!

Mais pas seulement…

Bien que n’ayant pas connu personnellement l’homme, sa disparition remet ainsi en lumière tant d’épisodes de mon enfance et de ma jeunesse angevine, dans une famille ouvrière catholique, toute entière dévolue (enrôlée) – presque par consentement mutuel – à l’action syndicale du père, de concert avec le culte marial de la mère.

Une famille où les amitiés syndicales – qui ont transcendé les décennies – se nouaient au fil des engagements militants tantôt paroissiaux au sein de l’Action catholique ouvrière, tantôt syndicaux au sein de la CFTC, puis, à partir de 1964 de la CFDT.

Novembre 64: mandat de mon père au congrès fondateur de la CFDT

 

C’est une belle et longue histoire qu’il faudra un jour explorer plus avant ! Celle du mouvement ouvrier dans les pays de Loire dans les années cinquante et soixante du siècle dernier…Pour l’heure, la mort rôde! Elle n’effacera pas cette histoire-là!

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En augmentant le taux de la contribution sociale généralisée (CSG) des retraités prétendument « aisés », c’est-à-dire, tout bonnement, de ceux qui bénéficient d’une retraite de l’Assurance Vieillesse de la Sécurité sociale à taux plein après plus de quarante ans (et quelques) de vie active, le Président de la République, Emmanuel Macron désigne clairement les sacrifiés de son projet politique et économique pour la France: les vieux !

L’objectif est d’ailleurs clairement assumé : il s’agit de favoriser « les actifs » au détriment des inactifs, donc des retraités. Et parmi ceux-ci, en bon gestionnaire de fortune, le président cible les cohortes potentiellement les plus solvables, les plus nombreuses et jusqu’à présent les moins turbulentes, à savoir, les retraités des classes moyennes! C’est tout bénef…La ficelle est habile bien que la méthode soit non seulement classique mais carrément éculée, pour quelqu’un qui prétend vouloir bousculer les standards, les habitudes et les dogmes, et rénover la politique.

Le motif invoqué est, en théorie, sans appel: le président avec une perspicacité qui ne convainc plus guère que ses groupies inconditionnelles, s’est opportunément aperçu que les vieux qu’il entend surtaxer, détiennent – précisément parce qu’ils sont vieux – un patrimoine en général plus élevé que celui de leurs enfants et petits-enfants ! Ce constat d’évidence partagé depuis des lustres par le commun des mortels, est pourtant présenté comme une découverte anthropologique de première importance par les prosélytes et thuriféraires du nouveau maître de l’Elysée. A telle enseigne que cette trouvaille a totalement tétanisé les lobes cérébraux du ministre de l’économie et des finances, une tête d’œuf dans la plus pure tradition technocratique française, qui n’a pas hésité à virer de bord, et à contredire des convictions qu’il s’était évertué à argumenter, la main sur le cœur, dans un document de mille pages, il y a moins d’un an! A l’époque, il jurait ses grands dieux, avec des trémolos de sincérité dans la voix, qu’une de ses premières mesures serait de baisser la CSG pour redonner du « pouvoir d’achat » à tout le monde, y compris aux retraités!

Depuis, cet opportuniste bon chic bon genre, adepte de l’intérêt général à géométrie variable, a rengainé son compliment ainsi que ses critiques à l’égard de celui dont il cire aujourd’hui les pompes et qu’il considérait « avant » comme un homme « sans projet parce que sans conviction ». Ce danseur mondain de la politique qu’on appellera ici Bruno doit désormais se repentir d’un tel jugement définitif qu’il a d’ailleurs renié… et qui, en toute rigueur, n’était pas justifié, car le jeune et roué Emmanuel avait dans ses sacoches un authentique projet, celui notamment de « faire casquer les vieux ». Et qui, mieux est, en ressuscitant une sorte de néopétainisme larmoyant, basé sur l’incrimination de l’indolence passée de ses futures victimes, supposées être responsables de tous les maux du présent.

Du grand art! Car le fanfaron, ci-devant banquier d’affaires, qu’on n’avait pas vu arriver, a même réussi l’exploit d’abuser nombre de ses proies désignées, qui lui apportèrent leurs suffrages, leurs têtes sur un plateau et le corps pour se faire tondre!

Le tour de force réside dans le fait qu’en dépit d’une réduction significative du montant des retraites, conséquence mécanique d’une augmentation de la CSG, les mauvais coucheurs qui s’aviseraient aujourd’hui de protester seraient perçus comme des éléments subversifs, autrement dit de piètres français qui ne souhaiteraient pas « le redressement » de leur pays.  En effet, il n’y a en principe pas lieu de se plaindre, car cette réforme « vendue » comme vertueuse pour l’emploi des actifs, est aussi présentée cyniquement, comme une mesure de justice sociale.

« L’effort » de solidarité que les vieux sont invités à consentir en contrepartie de leur insouciance passée ne serait qu’une disposition compensatoire des dommages qu’ils ont infligés par paresse ou apathie, à la jeunesse dynamique actuelle qui ne demande qu’à produire des richesses, et « réussir », au nez et à la barbe,  des inactifs, « qui ne sont rien » (selon une heureuse expression présidentielle).

Ce durcissement de la fiscalité anti-vieux, n’est en fait qu’un des volets d’une politique globale en défaveur des « anciens », que l’apprenti despote s’apprête à déployer.  D’autres réformes « structurelles » – également au désavantage des catégories les plus âgées – sont à craindre, dans la droite – très droite – ligne des « engagements » de campagne du nouveau tartarin élyséen.

En effet, il a, par exemple, répété à maintes reprises – parfois avec des accents hallucinés de prêcheur évangéliste – qu’il entendait aussi réformer les régimes des retraites ! Pourquoi pas d’ailleurs s’il ne s’agissait que de revisiter des régimes spéciaux imposés par l’histoire dans des secteurs d’activité autrefois pénibles voire stratégiques, et devenus obsolètes du fait de l’évolution des enjeux et des métiers !

En réalité, au-delà des ajustements nécessités par les évolutions de la démographie et de l’espérance de vie depuis plusieurs décennies, le jeune prétendant à la magistrature suprême avait aussi laissé entendre – ou laissé dire – qu’il ne se contenterait pas, comme ses (piteux) prédécesseurs de rechercher l’équilibre des comptes en jouant sur des variables paramétriques comme le niveau des pensions, les cotisations ou l’âge de départ, mais que son intention était de « transformer » fondamentalement la philosophie d’un système issu de la Libération et qui, selon lui, avait vécu ! (Faudra s’y faire car la « transformation en profondeur » d’une société déliquescente est devenu son credo, une sorte de T.O.C.).

Selon lui, le régime général des retraites versé par la Sécurité Sociale est dépassé, et, par conséquent, pénalisant pour faire entrer la France dans la modernité. Du moins dans sa conception de la modernité, où les places financières dictent leur loi aux Etats. Sans entrer dans le détail des mesures envisagées, qu’il n’a d’ailleurs jamais clairement explicitées, l’idée générale qui semble ressortir des propos d’Emmanuel Macron, serait d’abandonner le principe de solidarité intergénérationnelle, et de fonder un nouveau système de retraite pompeusement qualifié « d’universel » sur un capital de points acquis, où chaque euro cotisé ouvrirait un droit identique à pension.

Dans ces conditions, la réforme peut être annoncée comme la conquête d’une liberté nouvelle puisque la date et l’âge de prise de la retraite peuvent être laissées à la libre appréciation du bénéficiaire, après calcul du montant de la rente à partir du capital de points accumulés… Moyennant quelques adaptations, cela reviendrait, à peu près, à généraliser, le mécanisme des pensions par capitalisation de certaines retraites « complémentaires ». Ce système favorise forcément les carrières professionnelles continûment ascendantes, mais désavantagera ceux qui, du fait des aléas de la vie, de la précarité, du chômage ou des contraintes à la reconversion, ne pourront jouir d’un cursus professionnel ininterrompu et linéaire et subiront des à-coup salariaux.

Dans l’univers macronnien tel qu’il se dessine, ces inconvénients semblent être de second ordre! L’aristocratie de ce nouvel empire n’est pas constituée de cette clientèle de petites gens, fantômes improbables d’un passé à oublier d’urgence. Le devant de la scène est désormais occupé par ces jeunes dirigeants, biberonnés à la « révolution numérique », qui vivent dans l’illusion de « transformer » le monde derrière les écrans tactiles de leurs tablettes. Les choyés du pouvoir sont ceux qui d’un seul clic peuvent disqualifier une entreprise située aux antipodes.

Dans cette perspective, chaque génération d’actifs – idéalement jeune et animatrice de « start up » – constituerait sa propre retraite, sans avoir à se préoccuper de la génération précédente. Une prochaine et salutaire étape de cette nouvelle idéologie serait de limiter le consumérisme médical chez les vieillards devenus trop nombreux et dispendieux, en réduisant par exemple la prise en charge des soins par la sécurité sociale, et d’ouvrir des maisons de suicide assisté pour ceux que cet acharnement discriminatoire finirait par déprimer.

Derrière les arguments comptables ou financiers et les justifications économiques besogneuses avancées, c’est bien d’une mise à l’écart des anciens dont il s’agit, et même d’une véritable guerre qu’on leur mène, presque à visage découvert !

Les vieux n’ont progressivement plus d’autre place que celle du mort dans la société, du moins telle qu’elle semble se définir sous l’ère Macron. Non qu’on nourrisse une animosité ou une hostilité franche à leur égard, mais tout simplement parce que identifiés comme inactifs, ils sont inutiles dans le contexte d’une vision ultralibérale d’un « progrès » où l’essentiel réside dans la production de richesses matérielles et surtout financières…

On frémit à l’idée que cette conception préfigure la réalisation de la société imaginée en 1966 par l’écrivain italien Dino Buzzati (1906-1972) dans une effrayante nouvelle philosophique « Chasseurs de vieux ». Les plus de quarante ans, méprisés par les générations plus jeunes y sont pourchassés de nuit, jusqu’au meurtre ou au suicide ! La morale n’intervient qu’au jour où les chasseurs s’aperçoivent qu’ils vieillissent et qu’ils ont, eux aussi, vocation, à prendre la place du gibier !

Au delà des prétextes de trésorerie qui fondent les réformes en cours à l’encontre des vieux, cette attitude du pouvoir en place de vouloir dresser une classe d’âge contre une autre est une très mauvaise action, car, qu’on le veuille ou non, elle tend sinon à abolir, du moins à fragiliser la solidarité informelle mais réelle qui traverse depuis toujours les générations. Et ce faisant, en plus des souffrances intimes qu’elle ne manquera pas de provoquer, elle risque de porter atteinte à la cohésion de la société. Laquelle repose précisément sur la compréhension transgénérationnelle naturelle, spontanée, et sur la nécessaire complicité des classes d’âges…

Derrière des mesures qui peuvent, en première intention,  apparaître techniques ou anodines, et mêmes « indolores » pour ceux qui observent les difficultés des autres sans les subir, du haut de l’Aventin, c’est la paix sociale, l’harmonie familiale et même une certaine vision humaniste du « vivre ensemble » – à l’origine notamment des droits de l’homme – qui sont mises en péril, au travers de cette guerre civile larvée, voulue et artificiellement déclenchée par les pouvoirs publics …

Personne ne sort jamais vainqueur d’une guerre civile, a fortiori avec son propre père! Et en l’occurrence, pour quelles conquêtes et pour quels bénéfices? 

En augmentant imprudemment la CSG et en s’attaquant aux vieux, il se pourrait bien que le sournois président ait ouvert la boite de Pandore, et montré ainsi les limites de sa clairvoyance. Il peinera à la refermer! D’autant que d’autres sont aussi l’objet de son aversion: les pauvres. Ils sont nombreux également!

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Il y a six ans à quelques jours près, j’inaugurais ce blog intitulé « 6 bis rue de Messine », l’adresse de la maison de mon enfance à Angers dans les années cinquante et soixante du siècle dernier…Et « dans le même temps » comme dirait quelqu’un, je prenais mes quartiers de vieillesse.

Initialement, il s’agissait pour moi d’engager – selon une formule consacrée et discutable – une sorte de « travail de mémoire » à partir de mes propres souvenirs et de ceux collectés au sein de ma propre famille.

L’idée était de rassembler ce qui pouvait encore l’être, traces ténues, parfois incertaines et contradictoires, laissées à leur insu par nos anciens ! Tenter de faire la part de la légende et de la réalité, dans les propos transmis par la tradition orale, rapportant les exploits réels ou arrangés de nos aïeux !

Abandonnant la vie dite « active », je ne souhaitais pas concevoir cette tâche comme une activité de remplacement. C’est la raison pour laquelle je m’y suis consacré sans plan préétabli, sans programme de travail et sans privilégier tel sujet, tel village ou tel personnage de mon panthéon intime. Mais avec obstination tout de même!

Mon seul propos était de parcourir les décennies et les lieux à la manière d’une promenade buissonnière, me laissant guider par mon instinct, ma seule intuition, mon humeur et aussi par les circonstances, postulant que j’érigerai ainsi  progressivement – mine de rien – une sorte de mémorial patrimonial dont j’aimais me convaincre qu’il pourrait être utile à tous ceux qui, d’aventure, accepteraient de s’y perdre et éventuellement de s’en revendiquer dans le cadre d’une recherche identitaire personnelle. A cet égard, je formais secrètement le vœu que mes futurs lecteurs trouvent dans l’évocation de la destinée, modeste ou glorieuse, romanesque ou banale – souvent banale – parfois tragique, de certains de leurs aïeux, matière à répondre à des interrogations existentielles qu’ils se posent à propos d’eux-mêmes.

A tout le moins, je me disais que mon travail pourrait, à leur guise, leur servir de tremplin à leurs propres investigations…

Curieusement, cette besogne m’apparaissait nécessaire à ce moment là! Je nourrissais le vague sentiment, non démenti par la suite, que nous vivions en un temps soumis à la dictature de l’urgence, où le passé était dévalorisé. Qu’il n’était donc plus guère lisible, a fortiori lorsqu’il s’agissait du nôtre et que s’y référer, c’était accepter la ringardise.

Par la force des choses ainsi que des mouvements migratoires durant le dernier siècle, du recul des campagnes et enfin d’une conception nouvelle de la famille, le temps lent « d’avant » semble en effet n’avoir plus droit de cité, sauf comme un inutile fardeau de convenances lors des enterrements. Pour le reste, la vie moderne parait exclure toute mention à la famille comme espace sanctuarisé d’expression de la solidarité transversale et transgénérationnelle.

Hors du cercle étroit de la famille « nucléaire », toute relation se retrouve médiatisée (transposée) dans une modernité uniforme et impersonnelle sévissant de part et d’autre de l’hexagone et bien au-delà. La famille tribale d’antan n’est plus un cadre de référence…

Au moins – me disais-je de façon présomptueuse – pourrais-je modestement contribuer à la conception d’un lieu – certes virtuel et numérique – au sein duquel le temps long des siècles passés prendrait le pas sur notre époque échevelée, où le seul mot d’ordre semble être d’accélérer toutes choses sans trop se préoccuper du cap à prendre.

Dans ce contexte, je pensais qu’il me revenait en ma qualité de dinosaure survivant d’un monde d’ores et déjà disparu, de définir un espace et un temps, informels, où la durée ferait sens. Ce qui n’est manifestement plus le cas lorsque, arc-boutés sur nos objets connectés et nos messageries électroniques, on peine à entrevoir les contours d’un projet d’avenir qui engage… Autrement dit, d’un projet dans lequel chaque génération pourrait se reconnaître, y trouver sa place et où elle pourrait se projeter sans faire de l’ombre à l’autre. N’est-il pas démotivant de ne savoir désormais envisager l’avenir qu’à travers les variations d’indicateurs économiques et statistiques imprévisibles? Et faute de comprendre notre histoire, l’enseigner et la connaitre, de s’embourber avec constance dans des fausses pistes, dénoncées depuis des lustres et pourtant présentées comme des innovations bouleversantes! La promotion actuelle du néolibéralisme en est un exemple parmi d’autres.

Et encore, la religion des indicateurs n’est pas la pire pour obscurcir l’horizon.  Ce n’est même qu’un moindre mal par rapport à la montée agressive des communautarismes et des obscurantismes religieux et liberticides… Ne doit-on pas sérieusement s’interroger sur notre passivité, lorsqu’on observe ces perversions sociétales envahissantes, qui laissent augurer les plus sombres perspectives pour notre civilisation et, d’abord, pour notre jeunesse en panne d’avenir, qui, dans ses franges les plus marginales et désespérées, ne sait plus parier que sur la mort à l’aube de son existence…

La poussée monarchique actuelle, foncièrement réactionnaire – et coupable de détournement de l’idée de progrès -incarne de manière exemplaire ce dérèglement de notre rapport au temps, qui, de mon point de vue, est une des causes primordiales de nombre de nos maux. Confondre le passé, le présent et le futur nous fragilise dans notre représentation de l’avenir et dans notre aptitude à nous y investir sur le long terme…

En l’été 2011, lors de l’ouverture de ce blog, les circonstances géostratégiques, politiques et morales étaient différentes. Intégrant implicitement cette analyse sans encore mesurer avec lucidité toutes ses conséquences, je me disais très prosaïquement que l’évocation de nos anciens – dont (qu’on l’accepte ou non) nous sommes les héritiers et parfois les victimes, était aussi une façon de les faire revivre, ne serait-ce qu’en citant leur nom et leur situation géographique dans l’arborescence foisonnante, à jamais incomplète de nos arbres généalogiques ! Et les ressuscitant, je revendiquais le droit de leur demander éventuellement des comptes, partant du principe que leur vertu n’avait probablement rien à envier à la nôtre, ni leurs turpitudes!

J’espérais de la sorte, retisser un lien émoussé -distendu – avec notre passé et éveiller la curiosité des générations montantes de la famille, celle de mes petits-enfants notamment. Ainsi durant ces six ans, j’ai labouré le champ spatio-temporel de mes ancêtres, de leurs parentèles et de leurs cousinages.

J’ai vécu à leurs côtés certains des drames des siècles passés, comme les deux guerres mondiales du 20ième siècle, mais également les guerres de Vendée sous la Révolution française où des membres de ma famille guerroyaient dans les différents camps qui s’affrontaient avec sauvagerie.

Chemin faisant, j’ai cherché à percer le secret de leurs motivations et même de leurs amours. Je me suis efforcé de comprendre les épreuves qu’ils avaient endurées. J’ai souffert les tragédies qu’ils durent surmonter. Parfois, rarement, j’ai croisé des personnages dont l’histoire a retenu les noms et dont ils étaient les compagnons…

Cette recherche m’a permis aussi d’approcher au plus près certains métiers d’autrefois : les couteliers de Châtellerault, les notaires du Poitou sous l’ancien régime, les bateliers de la Loire et de l’Oudon, les tailleurs de pierre du Lion d’Angers ou encore les meuniers de Picardie… Mais aussi les cheminots du début du siècle dernier dans la Gâtine poitevine ou en Anjou, les poseurs de voies de la Compagnie Paris Orléans…

Je me suis longuement attardé sur le destin de ceux qui furent confrontés à la guerre, en particulier celui, dramatique, des poilus de 14-18, en particulier ceux qui me furent familiers dans mon enfance, mais aussi ceux d’entre eux – dont mes grands oncles notamment – qui furent tués dans les offensives de la Somme en 1918 ou ailleurs… Et bien d’autres, en compagnie desquels j’ai parcouru les champs de bataille meurtriers de Verdun, ceux de Belgique à l’été 1914 ou de la Marne quelques semaines plus tard !

Un peu plus d’un quinquennat s’est écoulé depuis mes premières « dissertations », un peu moins d’un septennat ! Une durée décidément atypique (qui ne devrait pas durer) puisqu’en dépit de mes efforts, je n’ai rien trouvé qui atteste qu’un tel laps de temps ait été affublé d’un nom.

Aussi pour fêter dignement l’événement, attablé à mon bureau, un verre de Cointreau dans une main et de l’autre une coupe de coteau du Layon, des breuvages du pays de mon enfance, j’en suis contraint à créer le néologisme, « sextennat », dont j’espère qu’il satisfera les rares linguistes ou grammairiens, qui, par inadvertance prendraient la peine de lire mes petits exercices de style.

Exercices qu’on pourrait tout aussi bien qualifier de « gammes » car un des buts, contingent et vain de cette activité littéraire, à laquelle je me livre depuis six ans, était de ralentir le vieillissement irréversible de mes neurones ! Pour l’heure, le succès n’est pas patent, vu l’effort que je dois déployer pour rédiger trois phrases!

Depuis lors, près de trois cents billets ont été ainsi mis en ligne.

Au-delà de « mon projet éditorial » beaucoup d’autres sujets ont été traités – ou maltraités – d’actualité et/ou de société, ou tout simplement, en rapport avec ma carrière professionnelle passée. A ce titre, Marie Curie, à l’exhumation de laquelle j’ai assisté en 1995, et avec laquelle j’entretiens, depuis lors, une relation affective singulière, a été l’héroïne d’au moins deux de mes articles – les plus lus – dont un a été repris dans une revue britannique d’histoire de la radiologie par un historien de Philadelphie…Ça donne le tournis!

Au total, « mon » blog a été visité près de deux-cent mille fois par environ cinquante mille lecteurs réguliers, répartis sur les différents continents, dont une majorité résidant en France et dans les pays francophones. Evidemment ces scores d’audience, me comblent d’aise et de fierté. Ils me donnent le sentiment d’exister hors de mes quatre murs de banlieue. Je les mentionne parce que c’est l’occasion ou jamais de le faire, mais je sais qu’ils sont modestes par rapport aux stars de la chanson ou du football! Ou même par rapport à des sites spécialisés sur le rempaillage des chaises ou sur le tricot! A ma décharge, « faire du chiffre » ne relevait pas de mes ambitions. Durer, si!

De manière plus qualitative, ce travail n’aurait pas pu se réaliser sans les nombreux commentaires d’encouragement, et les recommandations, qui m’ont été très souvent prodigués. Sans les précisions apportées par certains de mes lecteurs, qui ont fourni de précieux compléments à mes textes et en ont amélioré la facture. Nombre d’articles ont par ailleurs trouvé leur origine dans les travaux en amont de la généalogiste de la famille qui s’identifie ici sous le pseudonyme de Rose l’Angevine… Allez savoir pourquoi?

Mon propos désormais – pour les années qui suivent – est de poursuivre…Y compris en m’entêtant dans les travaux de débroussaillage des chemins de traverse généalogique. Et ce, en dépit des difficultés croissantes à dénicher de nouvelles perles dans les archives numérisées des départements, ou tout simplement des données originales accessibles…

Mais au préalable, avant d’entamer cette activité automnale, peut-être est-il nécessaire de prendre un peu de champ ! L’occasion m’en fut donnée, en cette période estivale, par la lecture d’un tout petit et merveilleux opuscule de l’astrophysicien américain d’origine franco-vietnamienne Trinh Xuan Thuan – Face à L’univers – (Editions Pluriel Fayard avril 2017).

Magistralement, sans avoir recours à la moindre équation, l’auteur nous entretient en quelques pages, lisibles par tout un chacun, de l’histoire de notre univers depuis son origine. Depuis ce fameux Big Bang, dont l’hypothèse fut émise sur la base des observations astronomiques d’Edwin Powell Hubble (1889-1953) qui mit en évidence, dans les années 1920, l’éloignement des galaxies lointaines, et qui fut confirmée par la découverte du rayonnement fossile de l’univers en 1965 par les deux physiciens américains Aron Allan Penzias et Robert Woodrow Wilson.

En soi, ce pan de la connaissance universelle, mis à la portée de tous, suffirait à conseiller la lecture de cet essai à la portée de toutes les bourses (six euros cinquante dans les bonnes librairies).  Mais, Trinh Xuan Thuan va bien au-delà de ces rappels figurant désormais dans tous les bons manuels! Il nous montre que l’univers – celui dans lequel nous vivons – a une histoire et qu’il a aussi un avenir… Et surtout que nous sommes totalement partie prenante de cette histoire débutée, il y a environ quatorze milliards d’années, et dépendons totalement de cet avenir.

Qu’on fasse appel au hasard ou non, notre généalogie est donc d’abord une généalogie cosmique commune à toute matière… Et tout s’est joué – ou presque – dès les premiers milliardièmes, milliardièmes de milliardièmes de seconde après le Big Bang, où l’espace-temps s’organisait tandis que les interactions fondamentales de la physique jouaient, à tour de rôle, leur partition…

 » Nous sommes tous les enfants de l’infiniment petit et de l’infiniment grand », dont le mariage a engendré les étoiles géantes et les galaxies, qui, il y a des milliards d’années, furent à l’origine de la synthèse par réactions nucléaires de fusion, des atomes dont nous sommes tous constitués …

Autrement dit, que ça plaise ou non, nous ne sommes de A à Z, que des produits de recyclage de déchets nucléaires, répartis dans tout l’univers après l’explosion des supernovas, ces cocottes minute célestes, témoins d’un lointain passé et arrivées en fin de vie, faute de combustible…

Nous ne sommes donc que des « poussières d’étoiles » refroidies !

L’originalité de ce petit livre réside enfin dans le fait, que ce scénario de l’univers, aujourd’hui validé, ouvre la voie à nombreuses questions philosophiques, morales et même esthétiques. Ainsi la parole est ensuite donnée à des philosophes, des biologistes, des écrivains et des artistes. Chacun s’exprime avec les cordes de son art ou de son arc, sur les réflexions que lui inspire cette confusion de notre propre histoire et de notre généalogie avec celle de l’univers, et aux destins liés qui en découlent!

Je reviendrai certainement un jour sur cette dimension inattendue de notre généalogie qui relativise nos différences… Pour l’heure, j’en conclus, sans faire appel à des considérations métaphysiques, que nous étions potentiellement présents – mais pas certains – il y a quatorze milliards d’années! Nous disparaîtrons à coup sûr d’ici quelques milliards d’années…

Mais, sans doute bien avant, car rien ne justifie en l’état actuel de la science, que notre place soit unique et privilégiée, et que nous représentions le stade final et le plus abouti de l’évolution des espèces vivantes… L’abandon de l’anthropocentrisme par Galilée, Kepler et Copernic demeure plus vrai que jamais!

A méditer, avant de reprendre la routine et nos travaux sur le temps qui passe! Car,en vérité, ce blog n’est rien d’autre qu’une besogneuse réflexion sur le temps qui passe. Le seul sujet qui vaille…

Chat perplexe face à l’univers

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Quatre-vingt-cinq magnifiques clichés quasiment inédits , réalisés en 1949 pour le compte de Life Magazine par le photographe américain d’origine polonaise Nat Farbman (1907-1988) sur la ville d’Angers, ont été récemment diffusés sur Internet. La consultation de ce fonds photographique désormais rendu public est une pure merveille.

Elle permet à la génération angevine du baby-boom, éblouie et sous le charme, de retrouver ses premières sensations, celles de sa petite enfance dans le décor d’une ville qui l’a vue naître, une cité provinciale qui, cinq ans auparavant, ployait martyrisée sous l’occupation nazie …

En 1949, Angers encore empreinte du dix-neuvième siècle puritain, coincée entre sa cour d’appel, son université catholique et son tout-puissant évêché, savoure pleinement sa liberté retrouvée, mais elle esquisse à peine sa mue vers une modernité encore hésitante que les Trente Glorieuses confirmeront quelques années plus tard.

A cette heure, les stigmates de la guerre, ceux des bombardements du printemps 1944 et des combats de la Libération sont encore perceptibles dans le paysage urbain. Ainsi, la Maine, la rivière qui arrose la ville, ne peut guère être franchie autrement qu’en empruntant les ponts métalliques provisoires, construits à la hâte par les américains à la mi-août 1944.

Feuilleter ce livre de clichés anciens, témoins d’une époque définitivement révolue – si éloignée idéologiquement de la nôtre qui s’oublie dans l’urgence – s’apparente en fait à une réappropriation du temps long et de la durée, transformant l’intensité émotionnelle de l’instant en une éternité! Un plaisir raffiné d’esthète que d’aucuns assimilent parfois à de la nostalgie, bien qu’elle n’en soit qu’un attribut plaisant et mélancolique!


Parmi ces photographies où cohabitent des « bonnes sœurs » en cornettes, des lavandières s’éreintant à frapper le linge dans des bateaux-lavoirs en bord de Maine, ou encore de bavardes marchandes de quatre saisons s’époumonant, les jours du marché, place Imbach ou boulevard Foch, plusieurs clichés montrent des ateliers de filature, de tissage ou de corderie de chanvre de l’entreprise Bessonneau.

Bessonneau! Une entreprise qui appartient à la légende de nos « anciens » donc au patrimoine commun des angevins. Elle régna presque sans partage sur l’industrie angevine durant la première partie du 20ième siècle, jusqu’à sa liquidation dans les années soixante…

Peut-être influencé par son épouse Pat, elle-même initiée au reportage photographique, Nat Farbman ne semble s’être intéressé qu’aux ouvrières travaillant dans ces immenses halles d’usine encombrées d’alignements de métiers à filer, voire à tisser. Autant de machines en tout cas, alimentées par la force motrice de la vapeur, transmise par des courroies reliées à des réas et des volants d’inertie, dédiés à chaque machine en tous points des ateliers…

Dans cet enchevêtrement de lanières, de longes et de brides, qui entravaient les déplacements des ouvrières majoritaires en nombre, les accidents étaient fréquents, souvent mortels, lorsque un bras, une main ou une mèche de cheveux étaient brutalement happés dans les bandes défilantes des courroies ou dans les fils de chanvre en cours de bobinage !

Pour pallier ce risque, les travailleuses de tous âges, portaient des « fichus » autrement dit des « foulards » qui en ce temps-là n’avaient rien d’islamiques! Pour les mêmes motifs, les quelques hommes des ateliers, notamment ceux affectés au graissage et à l’entretien des métiers, ceux des services d’outillage ou d’ajustage, que le reporter n’a pas cru bon de figer pour la postérité, ne se séparaient jamais de leurs casquettes ou de leurs bérets! A la débauche du soir, reprenant leur couvre-chef de ville, ils déposaient leur chique sur leur machine, qu’il recouvrait de leur coiffe crasseuse et huileuse du jour !

Ayant consacré ici un billet en 2014, aux travailleurs de cette usine qui régissait la vie de tant de gens, je n’y reviendrai pas, sauf à souligner une nouvelle fois que nombre des miens, de tous âges, de toutes générations et de tous sexes y gagnèrent péniblement leur vie à un moment ou à un autre de leur cursus professionnel, à commencer par mes deux grands-pères, mon père ainsi que mes oncles paternels qui y effectuèrent leur apprentissage d’ajusteur. Enfin plusieurs grands-oncles et même une grande tante maternelle y furent ouvriers …Et d’autres encore, familiers du quartier de Saint-Léonard ou de la Madeleine que j’ai croisés, enfant!

C’est précisément vers cette grande tante, sœur aînée de ma grand-mère maternelle que se portèrent spontanément mes pensées en découvrant deux photographies sans concession d’une ouvrière âgée et ridée, rivée sur sa machine.

Evidemment cette pauvre femme ne peut être ma tante, Marie Clémence Venault (1881-1954) que l’on reconnaît parfois au second plan de quelques clichés familiaux des années trente! En 1949, âgée de soixante-huit ans, elle n’était plus en mesure de travailler. Mais quelques années auparavant, j’imagine que le reporter américain eût pu en faire son modèle pour incarner la dure condition des ouvrières dans les manufactures de chanvre, comme Bessonneau, où les patrons héritiers de grandes dynasties industrielles locales, se targuaient de développer un capitalisme social, sous la « bienveillante » et paternelle bénédiction des autorités ecclésiastiques diocésaines! Sans trop se préoccuper d’octroyer des salaires décents pour des durées de travail convenables. Sans trop, non plus, s’intéresser aux conditions exécrables de travail de leurs personnels!

Pour n’avoir entrevu Marie Clémence qu’une ou deux fois à la fin de sa vie, épuisée et grabataire dans une chambre sombre d’un taudis de la cour du Croissant du Faubourg Saint-Michel aujourd’hui disparu, l’image que je conserve d’elle est incertaine et brouillée, mais des témoignages que j’ai pu recueillir à son propos, il apparaît que cette femme au caractère combatif et bien trempé, exprimait la joie de vivre, n’ayant de cesse de manifester sa générosité dans son entourage, jusqu’à ce que les atteintes prématurées de l’âge n’eurent raison de son optimisme et de son sens inné de la solidarité ouvrière.

Originaire de la Gâtine poitevine comme ma grand-mère, sa cadette de treize ans, fille d’un poseur de voies tué par un train, et d’une garde-barrière, elle fut, dès son adolescence, « placée » comme domestique avant de rejoindre la capitale angevine au début du vingtième siècle, pour se faire embaucher comme ouvrière de filature.

C’est sûrement là qu’elle rencontra son premier mari, un forgeron plus âgé qu’elle, des aciéries de Montrejeau. C’est aussi dans l’usine qu’elle fit la connaissance de son second mari après son veuvage… L’usine était son univers, celui de ses souffrances, de ses joies comme de ses amours!

C’est donc à elle que je pensais en regardant ces clichés pris sur le vif  de cette « vieille » ouvrière de filature, qui aurait pu être sa compagne !

Manifestement, Farbman s’y est repris à deux fois pour cadrer le personnage sur la pellicule argentique. Peut-être même lui a-t-il demandé de poser! Il a sûrement cherché à capter son regard. Mais en vain! Sans doute, cette femme se méfiait-elle d’instinct de la considération affichée des hommes de pouvoir, c’est-à-dire de tous ceux qui, à la différence de ses hommes ne portaient pas des bleus de chauffe, mais des cravates et des complets vestons! Dans ces lieux de brutalité, où rien n’est gratuit sauf la sueur des ouvrières, sa pudeur à moins que ce ne fût sa conception de la dignité, lui interdisait de concéder au photographe la moindre complaisance ou de l’entretenir dans une quelconque connivence.

De quel droit, cet étranger voyeur s’arrogeait-il l’autorisation de forcer ainsi son intimité et montrer sans détour les signes annonciateurs de sa déchéance physique prochaine? Il n’était pas présent lorsque sa beauté n’avait pas encore été altérée par les assauts d’un travail répétitif, pénible et quotidien,  de surcroît, payé au « lance-pierre ».

Il n’obtiendra pas le plus petit sourire complice! Fût-ce pour la bonne cause!

Armé de son appareil à soufflet, il parviendra pourtant à se faire partiellement oublier et réussira à surprendre son regard perdu dans ses songes d’un ailleurs improbable, et à s’en accaparer suffisamment, pour témoigner de la lassitude, de la détresse et du désabusement de son modèle! Voire de son désenchantement après une vie de labeur.

Ce cliché d’une femme vieillie avant l’âge et néanmoins belle, est à la fois émouvant et exceptionnel, mais exigeant pour l’observateur qui n’a plus le droit de regarder sans voir… Au-delà de ce qu’il laisse entrevoir, c’est l’ensemble de la condition ouvrière au lendemain de la Libération, qu’il nous révèle, si crûment incarnée par cette femme impuissante face à sa machine… Au-delà encore, il nous invite à nous interroger sur la finalité du code du travail que d’aucuns aujourd’hui s’apprête à piétiner au nom d’un hypothétique progrès qu’on n’ose plus qualifier de « social » et dont tout donne à croire qu’il ne serait que le cache-sexe d’intérêts antagonistes à ceux des travailleurs… ..

C’est pour cette femme et pour ses enfants que le droit du travail a été conçu au cours des deux derniers siècles, et pour personne d’autre. Pour les protéger des excès liberticides et mortifères de leur patron, et non pour protéger – « sécuriser » – l’employeur de ses excès de fatigue ou de la « méchanceté » agressive d’une concurrence internationale sans vergogne, qui vend partout et indifféremment des pinces à linge ou des téléviseurs fabriqués à mille lieues d’ici par des gamins!

C’est tout simple à comprendre, pourtant…

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Dans un bouquin publié chez Jean-Claude Lattes en novembre 2015 – « La comédie du climat (comment se fâcher en famille sur le réchauffement climatique) », le journaliste et essayiste Olivier Postel-Vinay fait état de son climato-scepticisme en se fondant sur nombre – presque trop – d’arguments dérangeants mais non dénués de pertinence. Ils vont souvent à l’encontre de la pensée dominante en vigueur…

L’exercice n’est pas sans risque car sur un sujet tel que les variations climatiques de notre globe, dont l’extrême complexité – ce n’est pas un vain mot – devrait inciter à l’humilité, on a vite fait d’être dénoncé comme un demeuré à la solde du lobby pétrolier ou charbonnier – certains plus directs diront crûment qu’on est « con » – si d’aventure on tentait la moindre objection par rapport au savoir standardisé officiel. Tout est bon pour couper le sifflet aux opinions dissonantes, quelles qu’elles fussent. Même notre « deuxième » héros national, Thomas Pesquet  – après Emmanuel Macron – est mis à contribution pour faire taire les effrontés. Il le confirme: de là-haut, il a vu que notre planète était « fragile » et qu’elle était en grand danger!

Sécheresse ici...

Le débat est donc en principe clos, un peu comme l’était la contestation de l’héliocentrisme pour l’Eglise du Moyen Age.

La thèse schismatique d’Olivier Postel-Vinay qui s’est livré à une analyse minutieuse de l’ensemble des données disponibles en y intégrant les dernières en sa possession sur les événements climatiques exceptionnels au moment de la rédaction de son ouvrage, n’est d’ailleurs pas de nier les mutations climatiques défavorables, ni même la contribution anthropique à ce cataclysme qu’on annonce généralement et qu’on présente comme la source de tous nos maux! L’auteur se limite témérairement à observer que la controverse initialement scientifique sur l’alternance multiséculaire des périodes chaudes et froides – comme l’a si bien montré en 1967 l’historien Emmanuel Leroy Ladurie – s’est progressivement muée en une polémique idéologique presque métaphysique, dans laquelle les conflits d’intérêt des différents protagonistes sont loin d’être absents. Et ce, au détriment d’une certaine conception de la rationalité héritée « bêtement » de Descartes..

Observant que de nombreux modèles censés expliquer l’évolution du climat ont été conçus au cours des dernières décennies et que parfois ils se contredisent selon l’importance qu’on donne à tel ou tel facteur anthropique dans les algorithmes de traitement des données collectées, il postule avec impudence qu’il n’existe pas encore de théorie générale d’évolution du climat intégrant toutes « les dynamiques (possibles) à l’œuvre dans l’évolution actuelle (et passée) du climat ».

Bref, selon lui, il nous manquerait une vision d’ensemble. Ainsi, non content de semer  un doute annonciateur de tempêtes médiatiques, l’apostat Olivier Postel-Vinay note, que : « comme les sophistes que dénonçait Socrate, les climatologues prétendent en savoir plus qu’ils ne savent ». De quoi révolter tous les bigots de l’apocalypse climatique!

Aussi, par prudence pour m’éviter le pilori et les volées d’injures et de quolibets que durent subir en leur temps Claude Allègre et bien d’autres, je me garderai bien, faute de disposer d’études scientifiques actualisées et de compétence appropriée, de fournir un point de vue original – encore moins hétérodoxe – sur ce sujet à la fois complexe et sensible… On ne rigole pas avec la doxa officielle, ou alors il faut accepter l’exil et le bannissement!

Je n’émettrai donc pas – pour l’heure – le moindre propos discordant par rapport au consensus qu’on dit « mondial » qui a été si « magnifiquement » sanctionné par la grand-messe des accords de Paris de fin 2015 à la gloire de l’ancien président de la République et de son inoxydable ministre des affaires étrangères (qui a été récompensé depuis). Je me contenterai juste de regretter que désormais la consolidation des connaissances scientifiques s’effectue par consensus et qu’elle soit transformée en dogmes par les politiques ! Mais ce reproche n’est pas spécifique à la climatologie, il s’adresse à de nombreuses autres disciplines scientifiques dont le développement est désormais fondé sur l’accumulation exponentielle de résultats expérimentaux, croisés et corrélés à plus soif et dans tous le sens par de puissants ordinateurs. Du substantifique jus qui en sort, on estime « qu’avec un peu de chance », on mettra bien en évidence une loi générale.

Suivant les conseils de certain(e)s de mes ami(e)s, et me rendant enfin à leurs arguments, j’ai compris qu’il valait mieux cultiver « gentiment » son jardin plutôt que de s’attaquer aux éoliennes (moulins à vent)! Il est vain de se fâcher avec la terre entière sans la moindre chance de faire fléchir les thèses décrétées ex cathedra, dans des instances politiques internationales…

Les questionnements provocants n’ont plus la cote et ils peuvent même se retourner avec violence sur ceux qui bravent le catéchisme des gardiens du temple des savoirs . En un temps, où la religiosité ambiante dont usent abondamment ceux qui nous dirigent pour nous nous assujettir et nous culpabiliser, il n’est pas bon pour notre bien-être individuel de douter des vérités « absolues » qu’on nous assène quotidiennement et d’imaginer un instant – dans un moment d’égarement – qu’elles pourraient être relatives dans un temps donné et dans un espace défini à notre échelle.

Comme tout le monde, par facilité, j’associe donc ma voix à toutes celles qui crient « haro » sur le président américain lorsqu’il exclut son pays de cet accord climatique « historique » de Paris ! De conserve avec l’ensemble de la « communauté mondiale », je consens à m’indigner des foucades de ce héros de Walt Disney, en ne voulant surtout pas apparaître comme étant de « mèche » avec ce gars-là! Je maudis son outrecuidance lorsqu’il ignore le consensus climatique international, censé sauver in extremis l’humanité et la planète d’un naufrage écologique assuré… De même je fais miennes les protestations vertueuses des nombreux investisseurs d’outre-Atlantique de la « transition écologique » contestant la décision présidentielle – y compris de ceux, qui ne juraient hier qu’en termes de développement des « horribles » énergies fossiles! Je me réjouis que, soudainement visités par « l’esprit de la planète » ces industriels qui n’ont jamais brillé par leur altruisme n’aient plus en tête désormais que l’intérêt général de l’humanité, qui, en plus, converge avec leur intérêt particulier!

A l’inverse de ce Tartarin de Donald, qui s’est transformé progressivement en « Schmürz » mondialisé…Il faut reconnaître que ce caricatural « bâtisseur d’empire » y met carrément du sien pour se faire détester ! Pour peu, il deviendrait le bouc-émissaire de toutes les bonnes âmes!

Inondations là…

Comme tous les « bobos », je suis devenu un admirateur inconditionnel de cet ancien reporter globetrotter, grand producteur repenti de « gaz à effets de serre », devenu le gourou de l’écologie et, depuis peu, le ministre de l’écologie militante et rédemptrice….

Bref, j’ai compris – bien que tardivement – que le panurgisme intellectuel était la meilleure façon de vivre peinard !  Et ce en dépit de l’opinion de certains qui estiment au contraire que c’est un fléau social et le terreau de la démagogie.

Comparaison n’est pas raison, mais l’autoritarisme climatique qui ne souffre plus aucune discussion de fond, n’est pas sans rappeler la « Macronmania » qui, dans le domaine politique, contamine actuellement la société française. Depuis son élection, le nouveau président de la République est encensé quoique il fasse ou dise – même s’il ne dit rien. Ce culte de la personnalité qui se déploie sous nos yeux, montre d’ailleurs que le panurgisme politique comme son équivalent climatique – que d’aucuns confondent méchamment, avec de l’opportunisme de placement ou de prébendes – a malheureusement de beaux jours devant lui !

Finirais-je par y succomber aussi pour assurer mon bien-être personnel ?

J’en doute un peu, car pour ce faire, il me faudrait m’asseoir allègrement sur les idées auxquelles je crois depuis plus de quarante ans et admettre qu’il est devenu assez jouissif d’être instrumentalisé à condition d’être du bon côté du manche! Un peu de patience, monsieur le bourreau, j’attends au moins une bonne vingtaine d’années, juste le temps de devenir un vieillard chenu manipulable, torturé par la soif irrépressible d’être toujours à la page et même à l’avant garde.

Mais c’est un autre sujet…

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On dit – et sans doute à bon droit – que l’enfumage n’est ni bon pour l’avenir biologique de la planète, ni bon pour notre santé et que même les deux sont étroitement dépendants. Mais on pourrait aussi ajouter que c’est particulièrement nocif pour notre libre arbitre, notre intelligence collective et individuelle, bref pour notre faculté de raisonner logiquement et de façon autonome…

Que ce soit à propos des questions climatiques sur lesquelles le Tartarin de Washington a pris hier des décisions – effectivement – paradoxales et incompréhensibles au regard des intérêts de son propre pays, ou encore, à propos des prochaines législatives où le seul mot d’ordre tolérable est de donner « une majorité absolue au nouveau Président de la République », le doute cartésien n’est plus permis. L’esprit et le ricanement voltairiens n’ont plus droit de cité au moment même où la promotion Voltaire sort de l’Histoire!

Il est même fortement recommandé d’abandonner toute forme d’esprit critique, de s’abstenir de prendre toute espèce de recul en rejoignant « en marchant », sans mot dire et sans maudire le « camp du progrès » ! Et ce faisant, ne se perd-on pas un peu soi-même ?

Le « cogito ergo sum » semble passé de mode !

Ne doit-on pas, malgré tout s’inquiéter, à tout le moins s’interroger, lorsqu’on observe le désolant spectacle de ces personnes estimables, qui se revendiquaient jadis de fortes convictions et qui ressassent désormais inlassablement les mêmes poncifs, en usant tous des mêmes superlatifs pour caractériser l’action du nouveau guide suprême de la République et pour vanter sa clairvoyance ?

Si ce n’est pas un recul de la pensée, ça y ressemble quand même un peu !

Aussi ne luttera-t-on  jamais assez contre la pollution sous toutes ses formes, à commencer par celle des cerveaux!

Ne faut-il pas en effet s’insurger, tant que c’est encore possible, contre cette tentative de corruption de nos esprits par le biais d’une pensée uniforme,  qu’on nous insuffle désormais quotidiennement au nom d’une recomposition politique prétendue nécessaire?

Ne doit-on pas s’étonner du recyclage du vieux slogan révolutionnaire de l’Internationale (« Du passé faisons table rase ») pour nous familiariser au culte insensé de la personnalité du nouveau et jeune père du peuple, qui se déploie sous nos yeux ? Personne n’est en effet en capacité aujourd’hui de prédire si les lendemains promis chantants ne déchanteront pas! Surtout pour nos libertés…

Pour contrer « l’enfumage », la seule méthode qui reste à notre disposition, c’est la démocratie ! Aussi ne blâmons pas les gens de Droite qui votent à Droite, ou les socialistes non opportunistes qui persistent à voter socialiste !

Ils sont notre rempart contre le despotisme. Ne nous laissons pas enfumer.

 

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