Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Mon point de vue’ Category

La vie impose à chacun de nous des « figures imposées »auxquelles il est difficile de se soustraire ou de s’affranchir.

Parmi celles-ci, la tâche visant à solder les lieux où vécurent ceux qui nous ont conçus et à y effacer définitivement toute empreinte palpable de leur présence, n’est ni la moindre, ni la plus réjouissante. En effet, rien n’a en principe vocation à échapper à ce coup de balai terminal, ni les objets, ni les photographies, ni les décors, ni les meubles. Les bibliothèques doivent disparaître avec les livres qui peuplaient leurs étagères.

Sans doute, est-ce le plus éprouvant, car ces livres sont l’âme de ce passé qu’il faut maintenant effacer. Ils sont les témoins muets et pourtant si bavards de ces vies emportées, bien qu’ici, encore rassemblés, ils ne parlent plus qu’en balbutiant à notre sensibilité… D’ailleurs faut-il les entendre? Est-il souhaitable de conserver le souvenir des circonstances dans lesquelles, patiemment collectionnés, ils parvinrent ici pour former un « tout »? De quelles rencontres, attestent-ils? De quels coups de cœur, de quelles amitiés ou de quelles inclinations de leurs propriétaires d’antan pourraient-ils encore nous entretenir?

Peu importe au fond les réponses apportées! On sait bien que cette étrange besogne dont nous devons nous acquitter et qui procède avant tout du lessivage ou de la liquidation avant fermeture, consiste à enterrer une seconde fois des êtres chers. Et dans cette phase schizophrénique, on formerait volontiers le vœu que cet agencement de volumes, cordon ténu qui nous relient à ces disparus, ne se rompe pas complètement. On souhaiterait tout garder de ce lien matériel, tout en mesurant avec acuité qu’il serait vain de tenter le contraire.

Et même que ce serait probablement insultant pour ceux qu’on déménage à contrecœur et qui voulurent notre émancipation. On voudrait leur succéder sans les remplacer! Et ce n’est pas possible sans en être profondément troublé.

Pour eux comme pour nous-mêmes, il est pourtant vital de faire du passé table rase. La page doit être tournée. Il est impératif de ne pas refuser ce deuil que personne n’a choisi, et de ne pas nous figer dans le carcan d’un passé à jamais révolu. Cela n’exclut pas qu’on souffre forcément des abandons, à commencer par celui de notre jeunesse, qui, à travers nos défunts, s’efface irréparablement…

Comment en effet peut-on s’accommoder sans broncher de la disparition brutale ou progressive mais irrémédiable des stigmates d’un passé auquel nous sommes si intimement liés, et qui constituait, il y a peu, l’équilibre référent et structurant de notre propre vie, notamment affective?

Même sexagénaires avancés, il faut accepter d’être orphelins, car personne n’a vocation à s’inscrire scrupuleusement dans les pas de ses pères ou mères, sauf à accepter de mourir avec eux!

On sait donc raisonnablement qu’il faut assumer la rupture, y compris face à des objets sur lesquels s’ancrent parfois tant de nos souvenirs. C’est la condition sine qua non, de survie de notre espèce depuis la nuit des temps et du passage de relais des générations …

En ce sens, au-delà de l’obligation qui s’impose à nous de balayer sans délais les scories du passé devant une porte close dont nous héritons, c’est notre devoir de nous y soumettre sans faillir, pour que la symbolique de notre « pas » demeure »accueillante à notre descendance et préserve sa liberté d’être.

Facile à écrire!

Moins à réaliser. A cet égard, chacun comprendra qu’il n’est pas très aisé, de toucher à l’ordonnancement d’une bibliothèque et de rompre délibérément l’imperceptible harmonie d’un ensemble constitué de bouquins rangés sur les rayonnages, sans être effleuré par une irrépressible culpabilité. On pressent, et certainement à bon droit, que leur présence ici et leurs placements respectifs n’ont rien de fortuits!

Comment autrement expliquer que « Les Misérables » de Victor Hugo voisinent avec une biographie de Guy-Marie Riobé (1911-1963) évêque d’Orléans mort mystérieusement dans les années soixante? Comment comprendre que des discours de Jean Jaurès puissent cohabiter sans dommage apparent avec des bouquins de Mitterrand et de Mendès-France, non loin des Évangiles et agrégés aux réflexions d’un prêtre ouvrier des Trente Glorieuse, René Poterie?

Comment concevoir de tels assemblages, si l’on fait l’impasse sur les convictions de celui ou celle qui les a ainsi rangés? Mais ces choix, aussi respectables fussent-ils, sont indissociables des engagements de celui ou celle qui les a disposés ainsi et ils n’ont pas vocation à devenir les nôtres.

On savait déjà tout cela du temps de leur vivant. Désormais on se trouve face à la cruelle réalité et il faut en tirer les conséquences, c’est-à- dire assumer ses responsabilité et tirer un trait final, sans renier ni condamner quiconque! Sans oublier non plus.

Et faire enfin son ultime marché dans ces centaines d’ouvrages, dont la plupart rejoindront les permanences d’Emmaüs ou les brocantes dominicales! D’autres bénéficieront d’une cure de jouvence dans nos propres rayonnages. Sauvés du naufrage, et ressuscités dans un contexte différent!

C’est ainsi qu’au moment d’être « encartonné » vers un destin inconnu, un livre parmi tant d’autres a attiré mon attention! L’ouvrage intitulé « Les pas des Heures » avait pour auteur un certain Léon Néel, un poète français de l’entre-deux guerre, dont j’ignorais jusqu’à ce jour l’existence!

L’édition date de 1935.    

Chacun comprendra que je ne pouvais laisser choir dans une poubelle anonyme, un ouvrage dont je pressentais – peut-être à tort – qu’il abordait sous forme poétique et onirique, la seule question qui vaille, ou mieux, la seule énigme qui résiste encore à notre compréhension du monde, celle du Temps qui passe et de sa réalité! « Les Pas des Heures ».

J’imaginais en tout cas que ce fut le projet et le pari du rimailleur, sans pour autant me bercer d’illusion en pensant que dans ce coin poussiéreux de la bibliothèque parentale désormais désarticulée, je découvrirai la clé du mystère…

Mais je me disais qu’en ces instants de dislocation rédemptrice du passé, une balade mélancolique dans le temps, serait la bienvenue pour échapper à la dictature de l’instant et à ses misères…

L’auteur de ce recueil, Léon Neel, m’était inconnu et d’ailleurs, il le demeure pour l’essentiel. Son existence m’aurait sans doute échappé si je n’étais tombé par hasard sur ce livre. Double hasard au demeurant, car, ayant vu le livre, fallait-il encore que la curiosité m’incite à le compulser, alors qu’il n’attire pas le regard à l’inverse d’autres, provenant d’éditions originales, plus richement illustrés ou mieux conservés…

Versificateur un peu maniéré et oublié, il semble que Néel soit l’auteur de plusieurs ouvrages de poésie. Dans les années 1930, il parvenait même – dit-on – à faire publier quelques-uns de ses poèmes dans une revue littéraire, « La Revue Normande », qui comprenait dans son « comité de patronage » les écrivains et académiciens Georges Duhamel (1884-1966) et André Maurois (1885-1967)!

Sans être une consécration, c’est tout de même une preuve d’existence!

Malheureusement, ce pauvre « Léon Neel » peine manifestement à franchir les barrières de la postérité.

En outre, ses poèmes dont la lecture n’est pas déplaisante, ne suscitent tout de même pas la même « qualité » d’émotion qu’un bijou d »Apollinaire », d’ « Arthur Rimbaud », de « Verlaine » ou même de « Robert Desnos »…  Ses trouvailles linguistiques et les situations qu’il décrit, ne sont pas celles de Prévert.

Bref, ce brave homme qui ne fut pas un génie est inclassable. Il est en effet malaisé de l’inscrire dans un courant de la poésie moderne, ni de le compter parmi les poètes incarnant l’avant-garde artistique de son temps.

Même en s’aidant du regard implacable et inquisiteur des plus puissants moteurs de recherche actuels, on ignore presque tout de sa vie. Son oeuvre – au travers du seul ouvrage que je possède – montre toutefois une indiscutable recherche esthétique, qui semble parfois évoquer celle des parnassiens…Quelquefois lorsqu’il se laisse déborder par sa propension au lyrisme didactique et enfantin, son style évoque les quatrains de Maurice Carême, qu’on apprenait par cœur jadis sur les bancs de notre école primaire! Mais sans le souffle créateur et poétique, qui nous faisait admettre le dur apprentissage de la récitation publique.

Evidemment le discours métaphorique de Neel, un tantinet emphatique, ne procède ni du symbolisme, ni du surréalisme, ni même de l’esprit de résistance d’Éluard ou d’Aragon. Aussi la logique aurait du m’inciter à ne pas embarrasser de ce chef-d’oeuvre.

Et pourtant, il a pris place dans ma bibliothèque déjà passablement encombrée!

En dépit des maladresses et des lourdeurs qui lestent l’ensemble , j’aime en effet à croire qu’à lui seul, son titre  » Les Pas des Heures » sauve le recueil et mérite le respect du aux gens d’esprit !

Plusieurs interprétations sont possibles au mot « pas ».

Pour ma part, je privilégie celle qui insinue que le Temps, principal facteur qui taraude nos vies, s’écoulerait de manière hélicoïdale, à l’exemple d’un « pas de vis » qui permet d’enfoncer cette dernière dans la matrice de matière par un mouvement de rotation-translation… Belle allégorie de l’espace et du temps, ainsi que du changement dans la permanence!

Mais ce n’est pas le seul motif qui m’a conduit à sauver le livre du sacrifice assuré!

Page 101, Léon Néel dédie un poème à Marie Curie (1867-1934), probablement écrit dans les mois qui suivirent son décès?

 

Elle fut une femme humble et silencieuse, 

Dans son labeur secret, nuit et jour, s’enfermant 

Pour surprendre et capter l’âme mystérieuse 

Qui veille dans l’atome et dort dans l’élément.

……

D’autres ont su jadis se tailler un royaume

Avec des fleurs d’azur dans leur palais vermeil;

Elle, a choisi d’ouvrir un caillou dans sa paume

Et d’en tirer pour nous un morceau de soleil.

….

Et de ce feu que nul rayonnement n’épuise

Et de cette clarté que nul souffle n’éteint,

Elle a fait, par un geste qui l’immortalise

Contre un mal fugitif un remède certain.

Et c’est cette humble femme, unique en son génie,

Qui versait ce rayon sur ce monde étonné

Et qui, même ayant clos le livre de sa vie,

Nous donne encor ce que nul n’a jamais donné. 

….

Cette poésie aux rimes un peu mièvres, aurait été récitées par son auteur au cours d’une soirée organisée en souvenir de l’illustre scientifique!

Oserait-on le lire publiquement de nos jours et le publier?  Probablement pas..

Ces vers traduisent à la fois l’image d’icone nationale et le culte, dont bénéficiait Marie Curie, après la première guerre mondiale, en tant que scientifique, titulaire de deux prix Nobel , mais également comme figure du patriotisme français et polonais, et initiatrice de la radioscopie diagnostique sur le front.

Dessin de David Antram -EDP Sciences

Ce poème rend assez bien compte également de l’engouement que suscitaient alors les découvertes scientifiques, notamment celle du radium, qui, en ces temps reculés, portait les plus grands espoirs de l’humanité souffrante…

Maintenant, sous l’effet et l’action conjugués des pourfendeurs du progrès scientifique, des ignares endoctrinés et des peureux qui ont fait de la précaution, un principe d’abstinence, le radium appartient à cette famille de radioéléments qu’il faut traquer et éliminer, soupçonnés de provoquer l’apocalypse!

Certes le discours de Neel apparaît un peu boursouflé et la forme souvent inutilement déclamatoire et quelque peu empruntée.

N’empêche, qu’en dépit de ces défauts de style à contre-courant de nos « bavardages modernes » ce sacré Neel semblait avoir tout compris de la radioactivité, en tant que propriété intrinsèque au cœur de la matière et de la part de hasard intervenant dans l’émission de cette lumière jusqu’alors inconnue, puissante et généreuse, dont on attendait les plus grands bienfaits.

Au-delà de la dimension métaphysique qu’il esquisse pour donner sens à cette réserve sans limite d’énergie, le poète rend ainsi un bel hommage à la science de son temps et au progrès que certains individus d’élite comme Marie Curie se chargeaient de décrypter et de promouvoir par un travail acharné et désintéressé…

Une belle leçon d’humanisme encore d’actualité, formulée,  il y a plus de quatre-vingt ans, et avec élégance par un poète ignoré!

Rien que pour elle, il fallait trier avant de jeter! Il n’y a rien à regretter.

 

____ 

 

PS : il ne semble pas que cet auteur soit apparenté au physicien français, Louis Neel (1904-2000), dont l’oeuvre fut également sanctionnée d’un prix Nobel en 1970! Jusqu’à preuve du contraire.

 

 

 

 

 

 

Publicités

Read Full Post »

Non ce n’est pas un poisson d’avril.

Sous peu, pronostique Jean-Louis Borloo, des listes communautaires se présenteront aux élections municipales qui imposeront  localement« la charia». Sans sombrer dans le catastrophisme, on peut s’interroger.

Force est en effet de constater qu’on n’en est peut-être pas si éloigné, quand on observe, ici ou là, la mainmise grandissante des mouvements salafistes sur des populations désorientées par la crise sociale et identitaire, là où il y a peu, le mouvement associatif occupait le terrain culturel, éducatif et sportif !

On frémit à l’idée qu’une frange de la jeunesse issue de l’immigration qui, à bon droit, aspirait auparavant à prendre sa place au sein de la société française et qui s’insurgeait contre les difficultés qui lui étaient opposées, se détourne désormais des principes de la République… Pire, manipulée par l’obscurantisme islamiste, elle ne se réclame même plus de la nationalité française…

Dans ce contexte, l’attentat islamiste de Trèbes qui a coûté la vie à quatre innocents, dont le colonel Arnaud Beltrame, héros de la Nation, ainsi que l’assassinat antisémite d’une vieille dame de confession juive, Mireille Knoll, ne sont pas des épiphénomènes horrifiants dans un ciel serein. Ils témoignent à la suite d’une désormais longue – trop longue – série de tragédies, de crimes et de victimes, que la gangrène de l’obscurantisme religieux et meurtrier gagne du terrain…

Ces massacres nous indiquent qu’il ne faut plus surseoir pour dire « clairement les choses »!  Il faut les énoncer sans tergiverser et sans faux-semblant.  « Tourner autour du pot » ou ne pas désigner explicitement l’ennemi, revient à laisser libre cours aux assassins, voire à les excuser. Retarder la prise de conscience en privilégiant les causes sociétales et sociales à nos malheurs, c’est nous désarmer idéologiquement pour défendre notre conception de la civilisation et notre façon de « vivre » les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité !

Je pensais naïvement que cette récente et tragique leçon – la énième du genre – serait un ultime coup de semonce qui nous ouvrirait les yeux, et qu’au moins nos élus abandonneraient « leur langue de bois » traditionnelle et leurs compromis (compromissions) d’antan, destinées à s’attirer les bonnes grâces d’électeurs circonstanciels, futurs fossoyeurs de leurs propres idéaux et des nôtres!

A ma grande surprise, ce n’est pas le cas !

Dans une petite commune francilienne de la banlieue sud, que je connais, le maire a cru bon d’évoquer dans l’éditorial de sa dernière feuille d’informations municipales – datée d’avril 2018 – les deux drames qui viennent d’endeuiller notre pays (l’attentat islamiste de Trèbes et l’assassinat antisémite de Paris).

Le propos et le projet ne sont, en soi, guère discutables. Et d’ailleurs, l’homme n’est pas dénué de talent, ni de force de conviction, lorsqu’il s’agit de glorifier, des trémolos dans la plume, les valeurs de la République. Il n’a pas, non plus, son pareil pour opérer de grands écarts historiques ou des comparaisons audacieuses avec notre passé révolutionnaire.

Ainsi compare-t-il le colonel Arnaud Beltrame à Joseph Bara, un jeune volontaire originaire de Palaiseau, tambour dans un régiment de hussards, tué à quatorze ans, en 1793, pendant les « Guerres de Vendée » en criant « Vive la République », ou encore au mythique Joseph Agricol Viala, tombé « héroïquement » en Provence dans les rangs des montagnards au début de la Terreur !

Je n’ai évidemment rien à redire à ce lyrisme, parfois un peu pesant, un tantinet sectaire et moralisant « en diable » de ce brave maire. Chacun son truc!  Et, en plus, ça me distrait…J’aime bien ceux qui se prennent pour Victor Hugo!

En outre, ça n’enlève ni n’ajoute rien à sa fonction d’administrateur de la ville et d’édile régional, dont les fidèles semblent vanter l’habilité et les insignes qualités de syndic public, forgées et bonifiées par une longue carrière d’apparatchik au sein d’un grand parti autrefois en vogue.

                                         Extrait -Journal Municipal

En revanche, j’ai franchement tiqué – pour dire vrai, je n’en croyais pas mes yeux – lorsque j’ai lu dans ce bel éditorial, digne d’un tribun de la troisième République, qu’« Arnaud Beltrame et Mireille Knoll sont tous les deux morts des coups de couteaux d’obscurantistes qui n’ont rien à voir avec quelle que religion que ce soit » !

Ces propos sont carrément hallucinants, lorsqu’on sait que le terroriste de Trèbes, qui se revendiquait de l’Etat islamiste, et qui fut par la suite adoubé par Daesh, a tué dans le Supermarché en criant « Allahu akbar » (Dieu est le plus grand).

Révoltant lorsqu’on sait que la vieille dame juive parisienne a été assassinée parce que, précisément, elle était juive !

Une telle myopie, un tel contresens ou une telle complaisance sous la plume d’un élu respectable sont confondants et surtout inquiétants. Et ce, d’autant que dans la suite de son discours, il s’efforce implicitement mais laborieusement de justifier son propos en se référant au principe républicain de laïcité, qui lui interdirait -es qualité – d’aborder l’explication de ces phénomènes mortifères en questionnant une religion! Tout le monde sait pourtant que là est le terreau du mal. Tout le monde, certes, mais pas lui. Du moins, feint-il de nous le faire croire…

Cette attitude de déni – politiquement correcte, il y a peu – n’est plus tolérable (admissible). Même si elle est motivée par le souci de ne « stigmatiser » personne – pour reprendre une expression à la mode – car elle est, de mon point de vue, dangereusement irresponsable au regard de l’avenir…Et bien sûr, elle énonce une proposition dont tout le monde sait qu’elle est fausse et contredite par les faits…

Qu’un responsable public, soucieux de justice et de paix civile, s’abstienne de jeter le discrédit sur l’ensemble des pratiquants d’une religion et qu’il s’attache à montrer que le radicalisme religieux est une déviance concernant une minorité de croyants, relève sans doute de son devoir ! Et c’est recevable en première analyse, car rien n’est pire que l’incitation à la haine indifférenciée.

Qu’il nie farouchement le lien avec la religion, des attentats islamistes, est une ânerie qui le décrédibilise…Quelle confiance apporter ensuite à quelqu’un dont la lucidité semble faire défaut, ou qui semble délibérément refuser de considérer la réalité telle qu’est, en la confondant avec celle dont il rêve ?

Ce type de discours négationniste est dangereux, parce qu’il fait douter de la démocratie, qui pervertirait à ce point le bon sens des élus, et parce que, dans l’ombre, les manipulateurs, les obscurantistes promoteurs d’illusions mortelles et les charlatans de toutes obédiences sont à l’affût… La charia municipale y fera son marché !

A t-il appréhendé, ce maire, les conséquences délétères de son propos » chèvre et choux »?  Sûrement pas, car on dit que c’est un brave homme!

Read Full Post »

En mon for intérieur, je leur avais promis que leurs souffrances ne seraient pas oubliées, que leurs fins ne passeraient pas par profit et pertes, et qu’il y aurait une suite.

Voici donc, ci-dessous, la lettre que j’ai adressée, ce jour, à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, à propos de la fin de vie des personnes très âgées, et des conditions peu acceptables dans lesquelles on meurt aujourd’hui en France, quand on n’est plus productif :

 »  La tribune publiée dans le Journal Le Monde (1er mars 2018), dans laquelle un collectif de députés appelle à réviser la loi Claeys-Léonetti sur la fin de vie, n’aurait suscité de ma part qu’un intérêt discret, il y a un ou deux ans…

Il se trouve qu’elle fait désormais écho à deux épreuves que j’ai dû affronter récemment et qui me conduisent à porter un regard différent, sans doute moins philosophique mais plus réaliste, sur la question de la fin de vie des personnes très âgées…

Plus généralement, ces deux épisodes douloureux m’ont amené – ainsi que mes proches – à m’interroger sur la place que notre société, pourtant pétrie de « principes », entendait réserver à ses grands vieillards. Ayant observé que ce sujet constituait aussi une préoccupation de votre ministère, je me permets brièvement de vous rapporter mon expérience et vous livrer ma réflexion…

Mes deux parents, respectivement âgés de 91 et 94 ans, sont décédés l’un en novembre 2017 des suites d’un cancer du pancréas diagnostiqué en août, et l’autre en février 2018 victime d’une infection pulmonaire délibérément non soignée dans l’EHPAD où elle résidait depuis deux mois.

J’ai pu ainsi constater – à deux reprises dans un laps de temps limité – que les conditions dans lesquelles on meurt actuellement en France ne sont pas convenables. Je partage, à cet égard, la critique exprimée par les parlementaires.

De fait, les choix des patients, qu’ils soient de mourir dans la dignité, ou à l’inverse de vivre, ne sont pas vraiment respectés, ni dans les unités de soins palliatifs, ni dans les structures d’accueil des personnes dépendantes.

Et je n’ai pas le sentiment qu’il s’agit seulement d’une question de moyens, car ce qui me semble en cause, c’est le regard que portent les responsables notamment médicaux, sur les personnes qui leur sont confiées. Sous couvert de bienveillance et d’empathie, ils abusent d’un magistère ou d’une prétendue expertise, qui dépossèdent les patients de toute possibilité de demeurer maitres de leur destin…

De mon point de vue, tout se passe comme si les « Droits de l’Homme » perdaient toute validité dès lors qu’on franchit le seuil d’une unité de soins palliatifs ou d’un EHPAD…Tout se passe comme si, les médecins en responsabilité dans ces structures oubliaient le serment d’Hippocrate et n’avaient, pour préoccupation principale, que d’assurer en toute bonne conscience, une bonne gestion des effectifs !

Mon père est ainsi mort de faim et de soif en souffrant le martyr, cinq jours après avoir été hospitalisé (il a juste eu le temps de livrer un court témoignage écrit de sa détresse et sa douleur) et ma mère est morte faute de soins parce qu’un médecin avait décrété, contre son gré, qu’en raison de son veuvage, elle n’avait plus le goût de vivre !

Depuis, j’ai pu observer que nombreux sont ceux qui partagent ce point de vue…

Mon propos rejoint donc celui des députés.

Alors que notre pays se félicite, à juste titre, de l’augmentation de l’espérance de vie, grâce aux progrès de la médecine et aux actions de prévention (dont la vaccination), il serait regrettable que ce bilan soit terni par le manque d’humanisme dont pâtissent manifestement nos grands vieillards en fin de vie…Vous savez, comme moi, qu’on mesure le degré d’une civilisation à la manière dont elle traite ses anciens et dont elle les entoure au moment où ils partent…

Je me tiens bien entendu à la disposition de vos services et de vous-même, pour préciser certains aspects de cette correspondance, étant entendu que mon objectif n’est pas tant de stigmatiser le rôle de certains, que de contribuer – fût-ce modestement – à améliorer une situation qui ne m’apparaît pas humainement satisfaisante. Accessoirement, en souvenir de mes parents qui furent des militants engagés des « Droits de l’Homme »….

Vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien accorder …. »

Read Full Post »

Le numéro 533 de mars 1978 du mensuel « La Recherche » signale la découverte à la fin de l’année 2017, d’une nouvelle espèce d’orang-outan au nord de l’île de Sumatra, que les primatologues ont appelée «Pongo Tapanuliensis ». Pour les  profanes de mon espèce, rien que son nom quasi imprononçable est une curiosité. En tout cas, tout un programme!

Mais au-delà de ce curieux nom de patricien de l’empire romain décadent, et qui constitue sans doute une difficulté pour devenir intimes, il faut être lucide: ce n’est pas parce que les « taxonomistes » l’auraient affublé d’un patronyme plus parlant dans le genre « Marcel » ou « Dupon avec un « t » ou un « d » terminal, qu’on se serait plus réjoui de sa venue dans la grande famille des homininés et même des hominidés, nos chers aïeux. 

Tous les passionnés de généalogie le savent : c’est toujours la fête, lorsqu’au détour d’archives, on déniche un fil d’Ariane qui laisse entrevoir un nouveau cousinage. Comment en effet ne pas s’enthousiasmer lorsque notre arbre s’enrichit sur une de ses plus hautes branches de rameaux jusqu’alors masqués par les frondaisons foisonnantes des embranchements plus accessibles?

N’empêche que dans le cas de notre « Pongo », il était plus que temps qu’on fasse sa connaissance, car, selon les scientifiques, on n’en dénombrerait plus guère actuellement que huit-cents à l’état sauvage ! Autant dire qu’on découvre ce lointain cousin au moment où la branche sur laquelle il est assis est en train de pourrir. L’espèce des « Pongo Tapanuliensis » est en train de disparaître sous les coups de boutoir destructeurs de la civilisation envahissante de l’Homo Sapiens, qui détruit irrémédiablement son écosystème… Devenu « migrant » ou « SDF » dans sa propre forêt, notre malheureux Pongo se retire silencieusement de l’Histoire du monde alors qu’il n’a pas encore franchi le pas de la porte!

Dessin Hergé (Tintin)

Fort de cet attristant constat, la revue s’efforce alors d’étendre son analyse démographique à l’ensemble des « grands singes » , catégorie générique à laquelle le nouvel arrivant appartient, et dont il est symboliquement le dernier « presque mort-né ».

Le résultat est édifiant. Sur les cinq continents, nos « proches » cousins dans la chaîne de l’évolution, à savoir les orang-outan, les gorilles mais également les bonobo ou les chimpanzés, semblent sérieusement menacés « d’extinction ». Tous ensemble, ils ne seraient plus – au mieux – que 765000 à l’état sauvage.

Bref, on compterait moins d’un million de « grands singes », à comparer avec les 7,44 milliards « d’Homo sapiens » !

Homo sapiens est donc manifestement redoutable!  Car après avoir dominé et éliminé, au cours des quarante mille dernières années, toutes les autres espèces humaines, comme l’homme de Néandertal, l’homme de Denisova et d’autres de ses concurrents potentiels, il s’attaque désormais à l’existence de toutes les autres espèces cousines…

Ce projet criminel – hypocritement non revendiqué – est néanmoins sur le point d’aboutir…Ainsi, ayant éradiqué tous ceux qui lui ressemblent, il jouira d’un fallacieux sentiment de jouissance perverse et de domination du monde vivant…

Et après?

Après, il s’en prendra probablement à lui-même, avec la même efficacité et avec le même cynisme, en inventant de nouvelles classifications ou justifications pour éliminer les plus fragiles. D’ailleurs, cette suite mortifère est déjà bien engagée…

C’est pour l’entraver qu’il faut sauver « les grands singes » en dehors des zoos.  Pour nous sauver nous-mêmes!

PS: Ce billet est complémentaire sur la même thématique de mon papier publié ici en septembre 2014   » Salut les Denisoviens« .

 

Read Full Post »

Deux photographies…

L’une est datée du 19 décembre 2017: on y voit une vieille femme assise dans un fauteuil roulant qui sourit à l’objectif. Sans doute un peu émue, elle vient d’intégrer, de son propre chef, un  » établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes » (EHPAD) à Massy… En fait, sa dépendance n’est liée qu’à son état physique qui ne lui permet plus, depuis son récent veuvage, de faire face en toute autonomie à l’ensemble des taches domestiques.

Mais son dossier médical, préalable à son admission, renseigné par son médecin traitant et entériné, après examen, par le médecin coordonnateur de la « maison de retraite », indique qu’elle jouit d’un « bon état cognitif », qu’elle n’est en rien désorientée et qu’en outre elle ne souffre d’aucune pathologie dégénérative, chronique ou infectieuse, susceptible de mettre en cause son diagnostic vital ou de porter atteinte à la sécurité sanitaire de l’établissement!

Autrement dit, cette personne, en l’occurrence, ma mère Adrienne Turbelier épouse Pasquier, n’est pas une « résidente à risque » pour l’établissement. Les seuls soins spécifiques qui doivent lui être prodigués sont en lien avec sa mobilité réduite, conséquence d’une ostéoporose ancienne, combinée à son grand âge! La facture de l’établissement en contrepartie de son « hébergement » tient d’ailleurs très largement compte de ce handicap…

A noter au passage qu’eu égard au prix de journée, pratiqué, ce type d’établissement est – de facto – interdit aux gens de condition modeste, qui n’auraient pour tout revenu, que la pension de retraite servie par la Sécurité Sociale! Ce coût le rend également inaccessible aux retraités de classe moyenne, qui ne disposeraient pas d’un patrimoine pour faire l’appoint au-delà de leurs pensions! Et pourtant, les services rendus – notamment médicaux – sont assez loin d’égaler l’excellence de résidences à quatre étoiles! 

L’autre cliché a été pris moins de deux mois plus tard, le 13 février 2018 dans le cimetière sud de Massy: il s’agit de la tombe tout juste refermée de la même personne, Adrienne Pasquier (1923-2018)…

Entre temps, elle est décédée le 6 février 2018 dans un hôpital d’Athis Mons, des suites d’une affection pulmonaire initialement « mal soignée ». Elle y avait été admise le 1er février 2018 en provenance du service des urgences de l’hôpital de Massy où, à la demande expresse de la famille, elle avait été hospitalisée, la veille, en dépit des réticences exprimées par le médecin coordonnateur de l’EHPAD.

Que s’est-il donc passé? Comment en est-on arrivé là?

Tous ceux qui ont connu Adrienne savaient qu’elle n’était pas en proie à la neurasthénie. Qu’elle n’avait nullement le goût du suicide! Tous vantaient sa force vitale exceptionnelle et sa confiance presque ingénue dans l’avenir ainsi que sa farouche volonté de vivre malgré les épreuves de l’existence… Comme tout le monde, elle avait connu la souffrance et parfois le malheur comme la mort de Maurice son époux le 7 novembre 2017 à l’issue d’un cancer incurable et après soixante dix ans d’union fusionnelle. Ou la disparition, il y a sept ans et demi, d’une de ses filles…

Mais jamais elle n’avait songé à renoncer à se battre contre la fatalité et à se laisser mourir, comme l’a suggéré de manière péremptoire et inconvenante, le médecin coordonnateur de l’EHPAD.

Son dossier médical d’admission précisait d’ailleurs qu’elle n’était nullement dépressive, qu’elle ne souffrait pas de crise d’angoisse, ni d’hallucinations, qu’elle n’était pas apathique et que ses « comportements moteurs » n’étaient pas aberrants.

Au contraire même! Ainsi, quelques jours avant l’explosion de sa maladie, elle s’était inscrite à toutes les animations et ateliers ludiques ou éducatifs de la maison de retraite. Quelques heures avant sa mort, alors qu’elle était encore pleinement consciente, elle espérait toujours guérir avec une soif de vivre hors du commun. Malheureusement, compte tenu de son état devenu critique, cette perspective apparaissait illusoire à tous ceux qui l’assistaient, y compris au personnel médical de l’hôpital qui avait néanmoins lutté pied à pied contre un mal envahissant irrémédiablement pour tenter de la tirer d’affaire! De l’avis de tous, cette guerre sans merci contre l’infection bronchique était intervenue trop tard!

Personne, hormis le médecin coordonnateur de la maison de retraite, ne s’était donc cru autoriser à affirmer qu’elle « voulait peut-être partir ». Il est vrai que cette scandaleuse posture faussement compassionnelle de l’impudent thérapeute lui permettait de justifier son inertie et sa démission face à la maladie. Sa passivité à soigner n’avait en effet échappé à personne – même pas à ses confrères et consœurs d’ordinaire indulgents.

Cette indolence coupable de la part d’un praticien pourrait même fonder, selon certains de nos conseils, l’ouverture d’une enquête judiciaire pour présomption d’homicide par imprudence ou négligence ou pour non-assistance à personne en danger … Sans compter une autre, parallèle, diligentée par le conseil de l’Ordre des médecins, pour manquement aux principes de la déontologie médicale et pour reniement du serment d’Hippocrate, et éventuellement un signalement auprès de l’Agence Régionale de Santé !

Même si les reproches semblent patents, il faut néanmoins présumer que l’homme malgré sa désinvolture, fut de « bonne foi »!  C’est l’honneur de notre état de droit et de notre civilisation que de ne pas condamner sans procès équitable …

Pour autant, les différentes étapes de l’agonie de ma mère, dont nous avons maintenant reconstitué avec précision  la chronologie sont indiscutables. Les faits et les propos, dont pour l’essentiel nous fûmes nombreux à être témoins, sont têtus.

Notre mère a présenté les premiers symptômes de sa bronchite le samedi 20 janvier 2018, au travers d’un léger toussotement. Dès le lendemain, deux de ses petites filles qui lui rendaient visite, constatèrent une évolution significative de sa maladie, qui nous a conduit à demander l’intervention, dès que possible, de son médecin traitant. Les relevés téléphoniques attestent que cette requête n’a pas été suivie d’effet. Il a fallu qu’une des filles d’Adrienne, se substituant au service médical défaillant de l’EHPAD, en fasse elle-même la demande…

Toujours est-il que le mardi 23 janvier 2018, ma mère n’avait toujours pas vu de médecin, alors que sa toux était de plus en plus grasse, qu’elle peinait à dégager ses bronches et qu’en outre elle disait souffrir de son dos ! Face à mon insistance, le médecin coordonnateur accepta néanmoins de « l’ausculter ».  pour la première fois.  De mauvaise grâce d’ailleurs car il me fit sentir que c’était un privilège qu’il m’accordait, eu égard à sa charge de travail et au fait qu’il n’était pas censé intervenir !

S’agissant des douleurs lombaires, il dit en s’adressant à ma mère avant même de procéder au moindre examen médical: « C’est la vieillesse, et la vieillesse n’est pas une maladie » !

Ensuite, la faisant asseoir au bord du lit, il s’installa auprès d’elle tandis qu’en toute hâte, il l’examinait avec son stéthoscope porté en bandoulière ! Pour finalement conclure au bout de deux minutes d’investigation : « Tout va bien, il s’agit d’un encombrement mineur des voies aériennes supérieures qui disparaîtra de lui-même, si elle crache » !

Il ne prescrivit rien, en rappelant que ça ne relevait pas de ses compétences et s’en alla… Parvenant à le rattraper dans le couloir, je lui fis admettre du bout de lèvres qu’elle pouvait soulager ses douleurs par l’administration d’un antalgique classique dont il se garda bien de préciser la posologie.

Dans la soirée, ceux qui lui rendirent visite, apprirent qu’elle serait tombée de son lit. Ce que les infirmières contestèrent! Ce qui est sûr en revanche, c’est que c’est la famille qui dut l’aider, ce soir-là, à se nourrir!

Le lendemain  24 janvier 2018, la situation de notre mère ne s’améliorait pas mais, pour les infirmières agissant sous l’autorité du médecin coordonnateur, il n’y avait toujours pas lieu de s’inquiéter… Sa respiration devenait de plus en plus malaisée.

Au total, jusqu’au mardi 30 janvier 2018 – soit dix jours après les premiers symptômes de l’infection – ma mère ne bénéficia d’aucun traitement digne de ce nom, propre à combattre cette inflammation infectieuse des poumons. Inflammation pernicieuse, que n’importe qui aurait pu diagnostiquer… N’importe qui, sauf le médecin coordonnateur de la maison de retraite, qui persistait à se désintéresser de la maladie de ma mère, alors que tous les signaux étaient au rouge… A moins qu’il s’agisse d’incompétence…Ou pire encore!

Le mardi 30 janvier 2018, le médecin traitant put enfin intervenir. « Elle » prit immédiatement la mesure de la gravité de l’infection, confirmant qu’il s’agissait d’une bronchite infectieuse grave, qui, pour des sujets très âgés – comme pour des nourrissons – pouvait se révéler impardonnable! La situation lui apparaissait d’autant plus critique que, dans les dix jours précédents, rien n’avait été entrepris pour la combattre. Même un adulte dans la force de l’âge aurait probablement eu des difficultés à s’en sortir dans de telles conditions.

Elle ordonna immédiatement des antibiotiques et des séances de kinésithérapie respiratoire, ainsi que les examens biologiques qui s’imposaient en fait dès le début !

Cette prescription dictée par l’urgence ne plut guère au médecin coordonnateur de la maison de retraite, qui se considérait, à juste titre, comme désavoué par sa jeune consœur. En présence de la famille, il s’évertua même de la déconsidérer et de lui faire – sans succès – une leçon assez malvenue…

Clairement, s’affrontaient deux conceptions antagonistes de la médecine: d’une part celle incarnée par le médecin traitant qui pensait que son métier consistait à soigner sa patiente, indépendamment de son âge, et d’autre part celle du médecin coordonnateur de la maison de retraite, qui, à l’inverse semblait considérer qu’à partir d’un certain âge, la nature doit faire son œuvre! Cette pétition de principe s’appuie sur une certain nombre de règles prétendument éthiques, rassemblées sous le néologisme « d’humanitude », en vogue actuellement dans nombre d’EHPAD.

Sous couvert du respect absolu de la dignité de chacun des pensionnaires, en particulier de ceux dont on peut penser qu’ils abordent la fin de leur vie, « l’humanitude » qui joue de sa similitude sémantique avec « le devoir d’humanité » revient à confier cyniquement aux médecins coordonnateurs des maisons de retraite, le sort ultime des vieillards! Une sorte d’euthanasie passive sans le consentement des intéressés!

Le mercredi 31 janvier 2018,  l’état de notre mère continuait de se dégrader, sans que l’on puisse apprécier si le traitement préconisé par le médecin traitant avait effectivement été respecté… Elle fut placée sous assistance respiratoire et ne voulut plus ni se lever, ni s’habiller, ni s’alimenter!

En fin d’après midi, à la demande insistante de la famille, elle fut transférée aux urgences de l’hôpital de Massy… On connait la suite!

Il est déjà sans doute trop tard pour espérer éradiquer l’infection! Mais, ce sera tout de même tenté par les médecins hospitaliers, dans la continuité des recommandations du médecin traitant deux jours auparavant!

Faute de soins en temps opportun, elle est finalement morte victime de l’entêtement d’un médecin d’une maison de retraite, qui privilégiait ses folles utopies « régulatrices » et sectaires, à la volonté de ses patients dont , quoiqu’il en dise, il avait la charge sur le plan médical…

En effet, l’article D312-158 du Code de l’action sociale et des familles, qui définit les missions médicales et administratives du médecin coordonnateur, stipule notamment « qu’il élabore le projet de soins de l’établissement, qu’il coordonne le travail de l’équipe soignante et des intervenants libéraux, qu’il veille à l’application des bonnes pratiques gériatriques et participe à l’évaluation de la qualité des soins dans l’institution. »

« En cas d’urgence, il peut s’occuper des prescriptions médicales et octroyer des médicaments aux résidents et il élabore le projet de soins individualisé du résident.  »

Nulle part, il n’est précisé qu’il doit en outre, être l’assistant zélé de la Camarde! Ou la voiture-balai des Enfers…

Le moins qu’on puisse espérer désormais, c’est qu’un inventaire sans complaisance soit effectué des pratiques médicales de celui dans les griffes duquel ma mère a eut la malchance de tomber!

Et que toutes les mesures soient prises à l’issue de ce bilan, pour que ce médecin coordonnateur – ainsi que ses confrères qui seraient tentés de l’imiter – ne puisse poursuivre son action mortifère auprès d’autres résidents sans défense… Pour ma mère, c’est évidemment trop tard, mais si son sacrifice pouvait ouvrir les yeux des responsables, elle ne serait pas morte pour rien…

Militante jusqu’au bout, mais cette fois, malgré elle! Pour l’honneur de notre mère, il était de notre devoir de rappeler le martyr qu’elle dut subir du fait de l’inconséquence meurtrière de certains et de principes pseudo-philosophiques s’apparentant à des tartuferies destinées à donner le change!

Mais au-delà de cette écœurante façade, il y a un vrai débat national à conduire d’urgence, compte tenu de la démographie croissante des grands vieillards! Faute de quoi, la barbarie prendra le dessus car elle est déjà à nos portes…

              Vue de la chambre d’hôpital de ma mère, le 6 février 2018

 

PS: J’ai déjà eu l’occasion de formuler sur ce blog – dans un article du 27 juin 2012 intitulé « Sur les hauteurs d’Arromanches » – tout le mal que je pensais de l’action mortifère de ce pitoyable diafoirus de banlieue, que je tenais déjà à l’époque, pour le principal responsable de la mort d’une autre de mes proches…

Read Full Post »

Pour les gens de ma génération, c’est-à-dire celle des petits-enfants des soldats de 14-18, celle du baby-boom d’après la seconde guerre mondiale et celle, étudiante, qui, en mai 1968, se révolta contre l’ordre établi, les célébrations de l’armistice mettant fin au premier conflit mondial, sont ancrées tels des rituels laïques et patriotiques, remontant à l’enfance et l’adolescence. C’était dans les années cinquante et soixante du siècle dernier… Et, pour moi, s’y ajoute une composante de religiosité provinciale dans un quartier périphérique d’Angers, celui de la Madeleine!

En ces temps lointains de la quatrième république agonisante et de l’émergence de la cinquième dans les soubresauts de la guerre d’Algérie, nombreux étaient les « poilus de la Grande guerre » encore valides qui défilaient chaque année à l’occasion du « 11 novembre » derrière leurs porte-drapeaux, en arborant fièrement les insignes de leurs régiments et leurs  » accroche-cœurs » gagnés sur les champs de bataille à Verdun ou ailleurs. Parmi eux, il y avait beaucoup de « petits vieux » du quartier, et même mon premier instit’ Ernest Cragné (1887-1965) qui, dans les années trente, avait été aussi celui de mes oncles Albert (1925) et Georges Turbelier (1927-2009)…

Après la « sonnerie aux morts » par le trompettiste attitré de la fanfare du patronage, puis une « Marseillaise » éraillée mais de rigueur, et enfin une minute de recueillement devant le monument dans l’église, où figuraient les noms de leurs camarades de classe « morts pour la France », ils noyaient leur passé ou leur chagrin et parfois leur tacite culpabilité d’avoir survécu à la boucherie, à la buvette du cercle paroissial de « boules de fort ». Là, ils débouchaient en cadence des alignements de fillettes « d’antidérapant » rouge ou blanc, qu’ils descendaient à grandes lampées dans des verres tronconiques à l’angevine.

Et chacun y allait du récit de ses exploits, s’attardant sur les faits d’armes mémorables dont il aurait été l’acteur ou le témoin, au chemin des Dames à la côte 304, à Mort-Homme, en Picardie, dans les Flandres, sur la Marne ou dans les Dardanelles! Depuis quarante ans, leurs narrations étaient patinées par le temps, un peu idéalisées surement, mais si criantes de vérité, lorsqu’elle étaient racontées par ces vieilles trognes qui s’illuminaient, tels des phares gyroscopiques calés sur la victoire de 1918. Le jour du 11 novembre,c’était leur jour de gloire… Le seul de l’année où on les regardait comme des demi-dieux.  Leurs histoires, étaient plus vraies que vraies en somme, puisque, sans s’affranchir de la narration des faits, c’est de leur détresse dont il nous entretenait pudiquement derrière certaines fanfaronnades.

Depuis toujours, ils étaient au rendez-vous de cet anniversaire, qui symbolisait le jour où ils furent délivrés de l’angoisse de la mort immédiate, dans le même temps où ils durent faire le deuil des copains qu’ils laissaient derrière eux. Tous adhérents d’une amicale d’anciens combattants, tous solidaires et à jour de leurs cotisations, ils savaient ce que chacun allait dire! Peu importe d’ailleurs, car ce qui comptait avant tout, c’était d’être là à se serrer les coudes en comptant les rangs. Lesquels, déjà, s’éclaircissaient tristement.

A ce jeu, mon grand-oncle Auguste Cailtreau (1892-1975) – mon « grand-père » par substitution – ne participait pas ou guère. Quand il était exceptionnellement présent à une manifestation d’anciens dans le quartier Sainte Bernadette, il se contentait d’écouter modestement les exploits de ses amis. Ce n’est qu’en le poussant dans ses derniers retranchements, qu’il consentait du bout des lèvres à « avouer » qu’en tant que chauffeur du colonel, il avait conduit le clairon de l’armistice sur les premières lignes du front bulgare à l’aube du onze novembre 1918.

Il n’aurait toutefois pas raté, avec Nini son épouse, le traditionnel repas de l’amitié qu’organisait son amicale dans une auberge des bords de Loire.

Et nous, gamins, à peine incommodés par l’odeur acre de la vinasse et des fumées de tabac qui se déployaient en larges volutes dans l’atmosphère de la salle municipale ou paroissiale, nous assistions, alibis de l’avenir, à cette scénographie dont on savait d’avance le déroulement et l’issue…Dans un coin, les drapeaux, les étendards et les fanions étaient en berne, jusqu’à la prochaine sortie!

Un tantinet insolents, nous écoutions à peine ces pépés qui ressassaient chaque année les mêmes rengaines, dont on ne savait s’il s’agissait d’épisodes réellement vécus ou d’édifiantes fictions patriotiques rodées par des décennies de mémoire sélective. Ce qui est certain, c’est qu’il n’aurait pas fallu nous pousser outre mesure pour qu’on les raconte à leur place, sans omettre ni l’ambiance dans les tranchées avant et après l’attaque, ni la peur des soldats lorsque les « machines à découdre » de l’ennemi arrosaient les premières lignes, ni la répulsion que suscitait la puanteur des cadavres en décomposition oubliés dans les boyaux de première ligne… On riait quand même quand ils évoquaient « la trouillote » et surtout les « boites de singe » infectes, avec lesquelles ils étaient censés s’alimenter dans les rares moments d’oisiveté autorisée. Sans compter le rouge qui tache, la bouffarde, la gnôle, les bandes molletières crasseuses et les ceintures de flanelle!

Parfois leurs regards s’assombrissaient lorsqu’ils évoquaient en regardant du coin de l’œil, les quelques gueules cassées présentes, qui, contre toute attente, avaient déjoué les pronostics médicaux, et survivaient en dépit de tout. Loques humaines pensionnées de l’Etat, ces pauvres éclopés résistaient misérablement aux sévices du temps en masquant le trou béant de leurs mâchoires arrachées par des éclats d’obus, avec des prothèse en cuir. Le reste du temps, calfeutrés été comme hiver dans de minuscules guérites de la Loterie Nationale, ces pauvres mutilés tentaient de conjurer un sort qui leur avait été presque fatal dans les tranchées, en vendant des billets « gagnants » à des badauds sur les boulevards!

Parfois, certains vétérans versaient une larme qui laissait une trace blanchâtre sur leurs visages râpeux en se perdant dans les méandres de leurs rides! Alors on s’émouvait aussi à l’écoute pour la énième fois de l’insupportable attente que devaient endurer leurs potes moribonds, embrochés par une « Rosalie »boche ou une « tachette » teutonne… La « valise diplomatique » du chirurgien chargé de faire le ménage dans les chairs déchiquetées arrivait toujours trop tard, sauf à panser un mort, tandis qu’au loin l’artillerie ennemie lançait sa « musique » infernale sur les copains montant en première ligne en vue du prochain assaut…

J’appartiens à cette génération, la dernière à avoir approché ces hommes au courage contraint qui traînaient leur misère depuis si longtemps. Désabusés sur l’espèce humaine, ils s’efforçaient de faire diversion en se congratulant mutuellement… Peu communicatifs finalement sur leur détresse intime, ils préféraient ressasser les mêmes histoires de guerre, sans trop s’attarder sur leurs illusions perdues dès l’automne 1914…On leur avait volé la jeunesse et tout ce qui la caractérise, la joie, la confiance, l’ingénuité et l’amour. Les femmes. Bref le gout de vivre!

Ces hommes de chair et d’os, guerriers par devoir s’étaient mués en héros malgré eux, et ce faisant, étaient devenus des symboles sans l’avoir recherché. Mais ils demeuraient hantés par le souvenir de tous ceux, moins chanceux qu’eux qui avaient été assassinés à leurs côtés, victimes de la même imposture sur la justification de ce premier conflit meurtrier – quasi génocidaire – de l’ère moderne!

Pour moi, l’armistice de 1918 reste indissociable de ces hommes vieillissants, qui ne parvenaient pas à cicatriser les blessures physiques et morales qu’on leur avait infligés pour le bon plaisir de « va-t-en-guerre » des différents camps en présence!

En cette année du centenaire, c’est d’abord vers eux que vont mes pensées… Eux que je tutoyais autrefois et qui sont aujourd’hui des mythes à usage multiple et tous des soldats inconnus.

Ceci explique cela. Je conserve depuis quarante ans dans mon portefeuille, la carte de poilu d’Orient de mon grand-oncle! Une manière de relayer leur témoignage en me revendiquant de l’un d’entre eux! Une manière aussi de me positionner comme le légataire et l’héritier de ces troufions de 14-18, qui, par leur sacrifice, imposèrent une certaine idée de la Nation, fière de ses principes humanistes et de la civilisation qu’elle incarne. Une Nation qui rejette avec détermination toutes les formes d’obscurantisme notamment religieux, et qui sait se mobiliser quand c’est nécessaire pour défendre sans concession, les principes des Lumières. .

Les décennies ont fini par avoir raison du souffle des derniers témoins directs de cette guerre d’extinction massive, qui priva la France et l’Europe d’une part importante de leur jeunesse mâle. Le dernier survivant de cette guerre, Lazarre Ponticelli s’est éteint, il y a tout juste dix ans. Le temps est donc venu de procéder aux commémorations sans le support des témoignages directs de « poilus »…

Désormais, grand-parents, c’est à nous qu’il revient de contrecarrer l’amnésie tendancieuse, qui, depuis quelques cycles scolaires, a privé notre jeunesse de ce passé pourtant si proche et de lui transmettre ce pan de notre récit national! En ce sens, les manifestations patriotiques officielles du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918 sont non seulement utiles mais nécessaires.

Non pour se complaire dans l’évocation morbide de cette longue parenthèse qui a ensanglanté notre sol et qui a endeuillé presque toutes les familles françaises entre 1914 et 1918, mais pour rappeler que la guerre n’est pas une fiction. Pour rappeler aussi que la paix n’est pas une donnée naturelle mais qu’elle se gagne laborieusement à partir d’équilibres précaires susceptibles à tout moment d’être remis en cause par la folie meurtrière de quelques-uns ou par des idéologies perverses et mortifères comme le nazisme ou, actuellement, l’islamisme!

Ces poilus d’antan auraient voulu que leur guerre fût la « der des der »: ce ne fut pas le cas.

Par nature, la guerre est sale. De ce point de vue, celle de 14-18 a ouvert le ban d’une série ininterrompue jusqu’à nos jours, de massacres et d’atrocités en tous genres…L’année du centenaire de l’armistice de 1918 offre l’opportunité de redire que la guerre ne saurait jamais se résumer à la manipulation de consoles électroniques pour détruire des figurines virtuelles sur un écran vidéo!

Au-delà de leur folklore et de rites surannés qui ne parleront sans doute plus aux jeunes générations, les cérémonies d’antan avaient le mérite de souder la Nation autour de leurs héros, dans un hommage collectif rendu à ceux qui l’avaient défendue au détriment de leurs vies… et de se solidariser avec les rescapés, mutilés, gazés, estropiés!

Il s’agit désormais d’entendre la parole de ceux qui nous crient d’outre tombe, leur horreur de la guerre… Aucun survivant de la Grande Guerre ne vécut paisiblement par la suite. Tous passèrent le restant de leur existence dans la hantise de ce cauchemar, en compagnie des fantômes de leurs frères, de leurs maris ou de leurs amis emportés dans la tourmente. Mon grand-père paternel privilégia le mutisme.

Ma grand-mère maternelle – Adrienne Venault (1894-1973) – ne se remit jamais de la mort de son frère Albert et de son « chéri », Alexis, tués tous les deux à quelques semaines d’intervalle au cours des ultimes offensives allemandes du printemps 1918 dans la Somme.

Ne pas les oublier, c’est faire nôtre leurs mises en garde, car la menace d’une conflagration généralisée demeure aussi prégnante que jadis. Sous des formes différentes par rapport au début du siècle dernier, mais avec une efficacité mortifère décuplée, grâce aux progrès de la technologie! Pas plus actuellement qu’hier, nous ne sommes donc prémunis contre une explosion d’horreurs et de barbaries, qui fut la signature tragique du siècle précédent…L’actualité nous montre que c’est même précisément le contraire. Mais nous sommes prévenus!

Comment s’interdire à l’avenir « d’enrichir » les monuments aux morts de nos villes et villages, d’interminables litanies de noms? Comment s’empêcher d’en ériger de nouveaux sur les avenues de nos villes pour honorer les victimes du terrorisme imbécile? Comment surtout, face à la montée des périls, vaincre en sauvegardant les valeurs de notre civilisation?

Un siècle s’est écoulé depuis l’arrêt des hostilités de la première Guerre Mondiale. Un laps de temps sans signification à l’échelle des espèces vivantes! Et c’est précisément ce qui fait craindre que les pulsions de mort demeurent inchangées…L’homme de 1914 ressemble comme un frère à celui de 2018. L’un et l’autre ressentent les mêmes souffrances dans les mêmes circonstances, avec la même intensité qu’il y deux mille ou trente mille ans!

A Mort-Homme près de Verdun en 1916 -Cote 304

A ce titre, le devoir d’histoire est incontournable. Et il est légitime que ces cérémonies du centenaire revêtent un certain faste, d’autant que cette inimaginable tragédie de 14-18 a conditionné l’ensemble du vingtième siècle et servi de marchepied à la barbarie nazie des années trente et quarante…

Personne ne trouvera donc à redire dans le fait que des manifestations en grandes pompes soient organisées un peu partout en France, même si d’aucuns – dont je suis – craignent, que, comme à l’accoutumée, les responsables politiques du moment ne confisquent ce moment de communion nationale et qu’ils n’en profitent pour transformer ces soldats « bleu horizon » – ces soldats de la République – en porte-flambeaux de leurs propres ambitions. Ils nous ont si souvent montré que ce « fameux devoir de mémoire »dont ils nous rebattent les oreilles avec une sorte de délectation suspecte n’est le plus souvent qu’un outil de communication à leur profit!

Déjà, on nous annonce que l’actuel locataire de l’Elysée, toujours prompt à donner des leçons au monde, a invité, aux célébrations du centenaire, quatre-vingt chefs d’Etats! Mais peut-on réellement en vouloir à ce jeune homme un tantinet mégalo et narcissique, de saisir l’aubaine pour faire de cet événement l’écrin de sa propre gloire? Peut-on lui reprocher de prendre à témoin de ses propres obsessions d’un nouvel ordre mondial, ces vingt millions de morts et autant de mutilés de la première guerre qualifiée de « mondiale »? Les sondages nous en diront plus, le moment venu! Au moins, faisons lui crédit de l’hommage aux « poilus » – fût-il détourné vers un autre objectif!

Peu importe au fond, les dérisoires postures ou impostures de circonstance des « grands » de ce monde, car les soldats de 14-18 ont déjà été abusés tant de fois qu’ils ne sont plus à cela près… L’important c’est qu’on les ramène sur le devant de la scène, avant, peut-être, de les enterrer définitivement.

Ils méritent bien qu’on se souvienne d’eux quelques instants sur les lieux même des tueries, même si c’est avec la grandiloquence convenue de VIP avides de se mettre en valeur, en récitant des discours faussement compassionnels et truffés d’arrière-pensées.

Il faut se faire une raison et admettre que l’hommage public de la Nation ne pourra guère s’incarner autrement, faute de mieux. Il faudra se satisfaire de ces pantalonnades télévisuelles, ponctuées d’avis aseptisés et de « leçons à tirer » dispensées par des palanquées d’experts militaires et d’historiens médiatiques, le tout, sur fond de « Marseillaise » et de défilés des troupes devant des élus endimanchés!

Dans les temps morts des cérémonies, entre deux interviews de personnalités, on nous expliquera savamment pourquoi le maréchal Foch a manœuvré comme il l’a fait en 1918 pour contrer les offensives d’Hindenburg et de Ludendorff dans la Somme ou en Alsace… On nous « révélera » pourquoi, la victoire n’a été acquise qu’à l’automne, et pas avant…Comme Pétain en son temps, certains regretteront que le cessez-le-feu entériné par l’armistice, ait empêché les alliés d’alors d’occuper par les armes le territoire allemand! De grands classiques…

Mais une fois le calme revenu, l’hommage redeviendra privé...

C’est dans le silence du souvenir et dans les allées des grandes nécropoles, que les familles viendront rechercher l’invisible présence de leur poilu disparu! C’est là que se jouera le second acte de ces commémorations du centenaire, le plus touchant et le plus sincère aussi!

Ce sera l’occasion de faire parler les pauvres objets qui leur appartenaient et qu’on a retrouvé sur leur dépouille au moment de leur mort au combat, comme la plaquette d’identification en alu qu’ils portaient au poignet!

Objets et carte, trouvés sur le corps de l’adjudant Albert Venault (1893-1918) – mon grand-oncle 

On consultera les photos de ces jeunes hommes rigolards en uniforme, qui n’aspiraient qu’à vivre alors qu’ils étaient condamnés par les prédécesseurs de nos dirigeants actuels… On relira leurs correspondances: inconscient ou censure obligent, l’omniprésence de la mort y était systématiquement évacuée au profit de rêves de lendemains improbables qui chantent… On redira les noms de ceux que l’on connait, pour qu’ils ne sombrent pas dans l’oubli de l’hommage universel et collectif..

On se souviendra qu’ils durent tous subir d’intolérables tortures physiques et morales avec pour seul horizon dans la boue des tranchées que l’éclair aveuglant des fusées des artilleries adverses sur des paysages dévastés…Tous s’emmerdaient …

Aussi, au-delà des commémorations de façade,  la meilleure manière de leur redonner vie cent ans après le drame, et « dans le même temps » de se vacciner contre les guerres, serait de consulter les admirables ouvrages de leurs frères d’armes, comme Roland d’Orgelès, Erich Maria Remarque, Henri Barbusse, Maurice Genevoix… Par leur talent, ceux-là surent rendre compte de la cruauté et de l’absurdité de cette guerre, décrire les instants de doute et d’épouvante lors des assauts à la baïonnette où la seule alternative des soldats était de mourir ou de tuer!

Et pourtant, la guerre n’en fit pas des sauvages!

C’est à René-Gustave Nobécourt (1897-1989), un journaliste, écrivain et historien de la Grande Guerre que j’emprunterai en guise de conclusion ou de préambule à cette année du centenaire, les quelques lignes qui suivent, relatives à la poussée victorieuse des troupes françaises en Thiérache à quelques jours de l’armistice:

 » Malgré ce ciel crasseux et dégoutant, et cette terre détrempée qui engluait les godillots, les bandes molletières et le pan des capotes ils pressentaient maintenant la victoire. Non pas encore, certes au bout de cette étape, mais s’y employant ainsi qu’une promesse. N’allaient-ils pas au devant d’elle à travers ce pays de prairies de vergers et de vastes futaies, cette Thiérache où les soldats en pantalon rouge avaient retraité dans les premiers jours de la guerre?  » ( L’année du onze novembre » édité chez Robert Laffont en 1968)…

C’était le 5 novembre 1918. Mon grand-père paternel, chasseur d’Afrique, Marcel Pasquier (1892-1956)  étaient de ces soldats, qui avançaient ce jour-là … dans le pays de sa naissance!

La fête peut commencer! 

 

 

 

 

 

Read Full Post »

Il y a des semaines plutôt fastes en manière théâtrale.

Ainsi, en cette fin d’année 2017, qui nous a causé par ailleurs tant de tracas et de malheurs, j’ai eu le privilège d’assister en moins de cinq jours à deux interprétations différentes de Tartuffe.

D’une part, celle imaginée par Molière en 1669, revisitée dans l’esprit de sa folie baroque originelle par Michel Bouquet et Michel Fau au Théâtre de la Porte Saint-Martin, et celle, plus conventionnelle, et pour tout dire, assez fade, glosée depuis le « salon d’angle » du palais de l’Elysée par une sorte de réincarnation moderne du héros assez antipathique du plus célèbre de nos dramaturges.
A la différence de la première version consacrée par le public depuis plus de trois siècles, la seconde plus solennelle, était trop convenue. Ânonnée sans grand talent par un acteur sans aspérité, semblant lire son texte sur un prompteur, elle aurait pu être méchamment assimilée à une contrefaçon, voire à une laborieuse mystification. La prestation « décalée » du comédien cravaté, qui arborait fièrement les insignes de « Grand Maître » de la Légion d’Honneur, transpirait, avec des postures de fausse confidence, le médiocre ersatz d’un scénario déjà produit à maintes reprises sur la même scène par tous ses prédécesseurs.

Mais à la décharge du besogneux et « illustre » interprète, je reconnais ne pas être totalement objectif… Jamais en effet je n’ai aspiré appartenir à la cohorte de ses zélés adorateurs ou thuriféraires. N’est pas Christophe Castaner ou Richard Ferrand qui veut !

Et pour être tout à fait précis, les conditions dans lesquelles j’ai écouté ce prône – énième « remake » des vœux présidentiels – n’étaient pas des plus favorables.  Je ne les ai subis qu’en « différé » sur le petit écran numérique d’un Samsung Galaxy, pour tuer le temps au cœur d’une nuit ventée de la Saint-Sylvestre, en attendant un improbable RER à la station Luxembourg… Et pour couronner le tout, à la lumière blafarde, humide et incertaine des projecteurs réglementaires de la RATP!

Peut-être qu’avec un whisky – douze ans d’âge – et les deux pieds dans mes charentaises, je me serais délecté de ce discours de jeune homme trop sage qui se prend pour le roi du monde ! Pour l’heure, « et dans le même temps », je pestais aussi contre l’attente.

Du coup, ça m’a donné l’idée de présenter – moi aussi – mes vœux pour cette année 2018.

N’étant pas président et ne prétendant pas le devenir, je me sens plus libre dans l’énoncé des considérants.

En tout cas, je ne suis pas tenu, de dire hypocritement qu’en ce jour de fête, mes pensées s’adressent prioritairement à ceux qui souffrent, aux pauvres, aux réfugiés, aux esseulés de la vie. Je ne suis pas contraint de rappeler, pour forme, ma reconnaissance éternelle pour les militaires qui se battent pour nos libertés sur tous les fronts de guerre dans le monde.

La mine simulant la révélation sur le chemin de Damas, je ne suis pas obligé de dire que j’aime tout particulièrement les fonctionnaires et parmi eux les policiers et les pompiers qui se sacrifient sans compter pour assurer notre sécurité…

Non prisonnier des figures imposées du « discours politiquement correct », rien ne me contraint non plus à exprimer ma compassion à l’adresse de tous les oubliés de la vie, que par ailleurs, je me ferai un plaisir de taxer à la première occasion… Car, malgré tout, si j’étais président,  je n’oublierais pas secrètement – que mon premier réflexe – celui du cœur – fut de considérer que les exclus de la réussite, ceux qui traversent anonymement l’existence et les gares, ne sont fondamentalement rien ! Rien dans la marche du monde…

Libéré de ces préambules qui sont en fait le fond incontournable d’un discours de vœux d’un président, c’est bien volontiers que je m’apprêtais à former, pour tous mes amis, ma famille et au-delà mes concitoyens, des vœux de bonheur, de santé et de pleine félicité…

Et pour illustrer mon propos, je pensais exhumer de derrière les fagots d’un vieux recueil de comptines d’Anjou et des pays de Loire  le pays de mes aïeux – une ritournelle de circonstance !

Las !

Par les temps qui courent, la prudence impose en effet de renoncer à ce téméraire projet, et à placardiser l’idée d’une antienne quelconque pour agrémenter mon compliment! Force est de reconnaître en effet qu’aucun des refrains fredonnés naïvement par nos ancêtres n’apparaît convenable et ne correspond désormais aux standards du « moralement correct » ambiant. Aucun n’évite l’écueil du racisme, de la ségrégation, de la grivoiserie sexiste…

Entre les chansons à boire qui risquent de porter atteinte aux campagnes gouvernementales de sobriété obligatoire et les rengaines faisant l’apologie du marivaudage de « genre », le risque n’est pas négligeable de se retrouver – en s’y référant avec nostalgie – en position d’être accusé de promouvoir le harcèlement sexuel, voire l’incitation à la haine, à l’agression raciste et même au viol !

Oserais-je aujourd’hui chantonner en public « La fille du Labouroux » vieille chansonnette angevine un peu polissonne, qui met en scène un « biau maréchoux » proposant gaillardement à une « belle » de dormir ensemble?

Que dire de cette chanson autrefois populaire en Poitou et en Vendée – « Quand vous pass’rez par Nantes » – qui conseille sans complexe d’aller « mirer les filles, qui sont à marier, ma lurlurette » !

J’en passe … et des meilleures à prohiber de son répertoire, pour cause de mauvais « genre » selon les théories en vigueur!

La conclusion s’impose : pas d’histoire d’amour suspecte dans l’expression des vœux, surtout si elle recèle un soupçon contre nature d’inégalité !

De même, convient-il d’éviter d’user de mots qui « stigmatisent » selon une expression devenue le « nec plus ultra » de la pensée officielle… En 2018 comme en 2017, il demeurera sans doute possible et non répréhensible de « dénoncer son porc », mais de préférence si celui-ci n’appartient pas à une catégorie de la population se revendiquant d’archaïsmes religieux rejetant précisément le porc ! Il restera licite de s’indigner contre l’incivilité de celui qui crache dans les ascenseurs ou se gare sur les parkings pour handicapés, mais de préférence s’il peut, sans dommage, être intégré dans la cohorte des beaufs irrécupérables nostalgiques de la colonisation. Dans le cas contraire, par exemple, s’il appartient à ce qu’il est convenu d’appeler la « diversité », il vaudra mieux s’abstenir… La confusion entre phobie et racisme est plus que jamais dans l’air du temps! Comme il est d’ailleurs dans l’air du temps de masquer un antisémitisme primaire, renaissant et banlieusard en se réfugiant dans l’antisionisme…

Dans ces conditions, on conviendra que former des vœux n’est pas un exercice si aisé qu’il y parait! Il pourrait même être risqué.

Surtout si l’on veut s’écarter des sentiers battus, en ne se limitant pas aux lieux communs œcuméniques, propres à contenter tout le monde et son frère, tels que la santé, la jeunesse d’esprit, l’argent, le bonheur et l’amour, la paix !

D’ailleurs, ce cocktail de bons sentiments est parfaitement acceptable, et certainement préférable à l’inverse !

Pour ma part, j’’y ajouterai un vœu qui me semble primordial si l’on veut survivre – collectivement et individuellement – et se soustraire à la robotisation et à l’asservissement panurgien des cerveaux, dans laquelle on cherche à nous entraîner : l’impertinence…

L’impertinence comme garante de notre liberté, comme bouée de sauvetage de notre libre-arbitre , comme viatique salvateur de notre pensée… Celle qui ne se cache pas derrière les mots pour édulcorer le propos et le rendre digeste par les milices de la bien-pensance qui peuplent les plateaux ! Celle de Coluche, de Hara-Kiri et de Pierre Desproges, versus Pierre Dac…

L’impertinence qui, seule, peut réussir à nous rendre pertinent ! Il y a urgence à la réhabiliter…

Tel est finalement mon seul vœu pour 2018, pour chacun d’entre nous, pour tous et pour l’idée qu’on se fait de la civilisation…

Le risque est en effet de plus en plus manifeste, que la roue qui tourne soit de plus en plus « voilée » !

Read Full Post »

Older Posts »