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On rapporte que Napoléon 1er qui aimait bien l’écrivain, Jacques Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), l’auteur du roman « Paul et Virginie » – dont nous avons commenté les meilleures pages, dans le « Lagarde et Michard » de notre adolescence – était nettement plus réservé sur les travaux du « chercheur scientifique » que ce chantre de la beauté des paysages, et brillant aventurier prétendait être. D’autant moins enthousiaste d’ailleurs, que le romancier se piquait d’être un philosophe « finaliste » de la nature, contrairement à l’empereur qui était probablement plus proche intellectuellement de la conception mécaniste du monde des philosophes des Lumières. Ainsi, un jour que le botaniste, successeur de Buffon à la tête du Muséum d’Histoire Naturelle, se plaignait du peu de considération que lui accordaient les membres de l’Institut – l’Académie des Sciences d’alors – l’empereur lui rétorqua :

« Savez-vous le calcul différentiel, Monsieur Bernardin ? Non, eh bien, allez l’apprendre et vous vous répondrez à vous-même. »

L’empereur parlait de ce qu’il connaissait, car il avait étudié le calcul intégral et différentiel durant sa scolarité à l’école préparatoire militaire de Brienne entre 1779 et 1784, avant d’être intégré comme élève artilleur à l’école militaire de Paris…Il y développa même des facultés exceptionnelles en mathématiques, auxquels il s’adonna bien au-delà de sa scolarité.

A telle enseigne que le 25 décembre 1797 – 5 nivôse an VI – alors qu’il revenait, auréolé de gloire de la campagne d’Italie (1796-1797), promu au grade de général, il fut brillamment élu membre de l’Institut des Sciences et des Arts, classe des Sciences Physiques et Mathématiques, section des Arts Mécaniques.

Il ne s’agissait en rien d’une élection de complaisance, car Bonaparte, mathématicien d’une rare précocité, avait ramené d’Italie, en plus d’une réputation de grand stratège, dont attestaient les victoires de Lodi et du pont d’Arcole, un théorème de géométrie, énoncé par le géomètre et ecclésiastique Lorenzo Mascheroni (1750-1800), aux termes duquel  » toutes les figures construites à l’aide de la règle et du compas, peuvent l’être à l’aide du seul compas »…

Séduit, le jeune officier en avait même fourni une autre démonstration et une application originale – connue depuis sous le nom de « Problème de Napoléon » – qui consistait à retrouver le centre d’un cercle avec seulement un compas !  Son raisonnement fit dire au grand savant, Pierre Simon de Laplace (1749-1827), le « Newton français », admiratif et pourtant de vingt ans son aîné :

« Nous attendions tout de vous, Général, sauf des leçons de géométrie ! »

Problème de Napoléon

Problème de Napoléon

Cet intérêt pour les mathématiques de Napoléon Bonaparte et son appétence pour les sciences, très souvent passés sous silence par les historiens du Premier empire, ne se sont jamais démentis. Jusqu’à son abdication en 1815, l’Empereur participa aussi souvent qu’il le put, aux travaux de l’Académie. Et sa présence n’était pas passive. Il n’hésitait pas à s’investir personnellement dans les débats ou les controverses scientifiques.  Au sein de ce cénacle de savants, lui, l’autocrate impulsif qui se comportait avec brutalité à l’égard de ses opposants politiques, faisait étalage d’une étrange patience et ne tenait nullement grief à ceux qui lui portaient la contradiction sur une question scientifique…Napoléon aimait la science pour la science, et sur ce point, il n’est pas exagéré d’avancer qu’il fut un digne héritier de la philosophie des Lumières et de la Révolution, celle du règne de la Raison, de la Logique déductive et de la Rigueur démonstrative.

Jamais d’ailleurs, en dehors du Premier Empire, les scientifiques, toutes disciplines confondues, ne disposèrent d’autant de moyens matériels et surtout ne jouirent d’une aussi grande considération de la part du pouvoir en place…Jamais, ils ne bénéficièrent d’autant de facilités pour conduire leurs recherches aussi bien théoriques qu’expérimentales, pour exprimer leurs thèses et pour les confronter à la critique de leurs pairs. Le résultat fut à la hauteur des moyens consentis. Cette période fut une des plus brillantes de la science française. Ce « quattrocento » scientifique à la française, a laissé le souvenir d’une ébullition culturelle sans précédent dans notre histoire nationale, et servit de moteur au développement technologique qui s’ensuivit, fondement de l’essor industriel du 19ième siècle.

Jusqu’à sa mort en 1821, le reclus de Longwood House chercha à s’informer sur les découvertes les plus récentes et s’intéressa à l’évolution des connaissances, regrettant presque dans ses Cahiers de Sainte Hélène de n’avoir pas, lui-même, privilégié une carrière académique…

Mais, l’empereur Napoléon 1er demeura une brillante exception… Son exemple est presque unique. Il n’a pas fait école, ni fondé une tradition.

En effet, à de rares exceptions près, les élites politiques de premier plan n’ont guère exprimé, depuis plus de deux siècles, la même passion désintéressée et sincère pour les questions scientifiques et techniques…Ce désintérêt relatif réside sans doute dans les modalités de recrutement de ces « fines fleurs » de la politique, qui a fait la part belle aux formations littéraires et juridiques, et, depuis 1945, aux prétentieux cursus administratifs dispensés à l’Ecole Nationale d’Administration. Et ce, au détriment des parcours scientifiques et techniques, fussent-ils prestigieux comme l’école polytechnique, considérés comme des filières de second ordre pour exercer des responsabilités politiques et surtout pour occuper les premiers rôles.

Depuis l’avènement de la seconde République en 1848, moins d’une dizaine de personnalités ayant exercé une fonction décisionnelle importante, parmi la soixantaine environ de grands dirigeants – dont vingt-quatre présidents de la République – purent se prévaloir de connaissances théoriques, techniques et scientifiques, leur permettant d’aborder avec une certaine compréhension les questions scientifiques.

Parmi celles-ci, on peut citer les hommes d’Etat qui suivent. A des degrés divers, sans être tous d’authentiques savants, du moins présentaient-ils les aptitudes requises pour appréhender les enjeux scientifiques et techniques de leur époque :

  • François Arago(1786-1853), président de la Commission exécutive de la République en 1848, académicien des sciences, astronome et polytechnicien,
  • Eugène Cavaignac (1802-1857), chef de l’Etat en 1848, polytechnicien et général d’artillerie,
  • Sadi Carnot (1837-1894), président de la République, polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées,
  • Paul Doumer (1857-1932), Président de la République, professeur de mathématiques,
  • Albert Lebrun (1871-1950), Président de la République, polytechnicien et ingénieur des mines,
  • Valéry Giscard d’Estaing, Président de la République, polytechnicien
François Arago

François Arago

A cette liste, il convient d’ajouter Georges Clemenceau (1841-1929), le « Père la Victoire », président du Conseil entre 1906 et 1909, puis entre 1917 et 1920. Son cas est des plus singuliers, car le bougre ombrageux ne fut pas seulement un homme politique exceptionnel, principal artisan de la victoire de1918, ni le parlementaire redouté des gouvernements, ni même le journaliste le plus craint de son époque, il était aussi médecin de formation et avide de nouveautés. Ainsi, en parallèle de ses autres activités, presque secrètement, il développa, durant toute sa vie, une insatiable curiosité pour toutes les formes de culture, dont les sciences dites « exactes » et pas seulement la médecine, son premier amour…

Très âgé et partiellement retiré à Saint-Vincent-sur-Jard en Vendée, il rédigera même un étonnant et monumental ouvrage intitulé  » Au soir de la pensée » dans lequel il recense et philosophe sur tous les thèmes qui l’ont passionné et inspiré, en particulier sur les grandes thématiques scientifiques de l’heure, la relativité et l’atomistique ! On découvre alors avec surprise que cet homme hyperactif ne s’est pas contenté d’aborder la science en dilettante, mais que sa soif de décrypter la nature l’a incité à se plonger dans les problématiques scientifiques les plus complexes, comme la « relativité restreinte » de son cadet de près de quarante ans, Albert Einstein (1879-1955), qui bouleversa les notions de temps et d’espace absolus de Newton !  Avec admiration, Jean-Pierre Chevènement observait en 2014 dans une émission radio « qu’il y a très peu d’hommes politiques qui pourraient (aujourd’hui) écrire le livre que Clemenceau a écrit très vieux… ».

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Et effectivement, très peu de figures importantes de la politique française actuelle consentiraient un tel investissement intellectuel sans autre but que de prendre un peu de hauteur et de recul par rapport à la masse considérable d’innovations technologiques qui nous assaillent chaque jour… Peu, d’ailleurs, seraient en mesure de le faire. Peu enfin aurait l’humilité de le faire, de peur que l’exercice bouscule nombre de leurs certitudes médiatiques sur la science.

Les raisons d’une telle indifférence de la classe politique pour les questions scientifiques sont multiples. Bien sûr, la formation des protagonistes de la politique déjà évoquée est certainement un facteur à prendre en compte, mais il ne s’agit peut-être que d’une conséquence et non d’une cause…Le principal déterminant de cette désaffection des gouvernants pour les disciplines scientifiques résulte probablement – et en premier lieu – du regard porté par la société contemporaine sur les avancées de la Science. Cette dernière a en effet perdu son statut de secteur protégé des querelles partisanes, entièrement voué à défricher de nouvelles « terra incognita » pour le bonheur de l’humanité…

Les avancées de la science sont de moins en moins perçues comme des conquêtes de la Raison sur l’ignorance, mais de plus en plus, comme des facteurs de menaces potentielles…Le progrès ne semble plus résider dans le triomphe de nouveaux savoirs mais dans la manière de circonvenir les risques que ces nouvelles connaissances pourraient engendrer…L’enjeu n’est d’ailleurs plus tant de développer de nouveaux savoirs, que d’imaginer des protections supplémentaires face aux dangers supputés de toute innovation scientifique ou technologique…La peur supplante l’audace, considérée dans le passé comme une des qualités primordiales des pionniers de la science. Dans notre environnement contemporain, où les technocraties répressives hypocritement qualifiées « d’indépendantes » se multiplient, Pierre et Marie Curie n’auraient pas été autorisés, pour des motifs de sécurité, à poursuivre leurs recherches sur le radium.

Dans ce contexte, la classe politique, ignorante de la science, suit le mouvement plus qu’elle ne le précède, amplifiant délibérément pour des motifs électoraux ou de clientélisme, les dangers signalés par des experts venus de nulle part, qui la mettent en garde sur les conséquences d’options trop hardies, assimilées volontiers à un laxisme coupable. L’acquisition de connaissances nouvelles n’est plus alors un enjeu, mais un alibi de campagne, dans le cadre d’une lutte prétendument sans merci contre tous les méfaits proclamés de la modernité !

A titre anecdotique, mentionnons le cas de ce candidat à l’élection présidentielle en 2017, paré pour tout titre universitaire d’une licence d’histoire, et apparatchik patenté de son parti, qui parcourt les estrades en pérorant devant qui veut l’entendre qu’une de ses premières décisions une fois élu serait « d’interdire les perturbateurs endocriniens ». Evidemment personne n’aurait l’outrecuidance de lui demander des précisions sur ce qu’il entend par là ! Le vocable suffit pour effrayer, surtout si l’on ajoute que ces substances sont à l’origine de cancers et qu’ils ont une incidence sur la fécondité humaine…

Ah! Qu’elle a bon dos, l’épidémiologie, cette discipline de traitement statistique de phénomènes de faible incidence, lorsqu’elle sert de support politiquement orienté aux charlatans de l’apocalypse! Si l’on n’y prend garde, il n’y aurait pas assez de bretons vivant sur des roches granitiques, pour mourir des effets néfastes des émanations du radon radioactif! Et pour le même motif, le Limousin serait un désert humain depuis des millénaires…

Cette conception étriquée du progrès dont le point d’orgue fut l’inscription aberrante du « principe de précaution » dans la constitution de la République, marginalise de fait toute démarche scientifique, au risque de stériliser définitivement toute initiative un peu hardie à force d’encadrement réglementaire et normatif, et dans certains cas, de judiciarisation de l’action de chercheurs intrépides et… imaginatifs. Ces dérives ontologiques vont de pair avec des restrictions budgétaires des crédits de recherche que tout gouvernement depuis plusieurs décennies s’efforce d’obtenir, en reculant toutefois piteusement en rase campagne, lorsque les coupes vraiment trop sombres, provoquent l’indignation bruyante des plus éminentes pointures de la recherche scientifique.

De même, on croit rêver lorsque le Parlement français va jusqu’à interdire  – non l’extraction des gaz de schistes, ce qui pouvait, à la limite, se concevoir – mais toute recherche sur ce sujet ! On frise le retour à l’inquisition lorsque les discours officiels condamnent tout esprit frondeur qui s’aviserait imprudemment d’émettre le moindre doute sur la pertinence des conclusions relatives aux changements climatiques…

La Science devenue officielle et bastion, parmi d’autres, de la pensée unique est relayée par des élus politiques incultes. Du haut de leur tribune, ils invoquent l’autorité que leur confère leur position, pour condamner sans appel, toute expression dissonante qui s’écarterait de la vérité décrétée, et se gaussent sans vergogne de toute référence – fût-elle timide – au doute méthodique, principe cardinal de l’évolution des connaissances depuis des siècles. Dans le même temps, la pensée rationnelle, progressivement gangrenée par des considérations idéologiques, ploie sous les coups de boutoir « d’experts » autoproclamés, qui gesticulent bruyamment en s’exonérant des systèmes classiques de validation scientifiques, et imposent un corpus de dogmes simplistes, dont il faut absolument faire son catéchisme. La non-science remplace alors la science !

Cette tendance à nier la complexité du réel, à établir des relations délibérément réductrices entre des effets et des causes, et à limiter le champ scientifique aux exigences politiques du moment, est évidemment contraire à l’esprit même de la recherche scientifique, et de fil en aiguille, conduit à tarir les ressources morales nécessaires à toute recherche, qu’elle soit fondamentale, théorique ou appliquée…

Le résultat, c’est que la science est plus en plus absente des grands débats de société ! Ou lorsqu’elle est évoquée, c’est sous forme de caricature, dépouillée de tout ce qui fait sa force mais aussi son charme et chassée de la place qu’elle occupait depuis toujours dans notre imaginaire collectif, pour simplement épancher la soif de comprendre le monde, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, manifestée par l’humanité dès ces premiers balbutiements d’intelligence…

La science n’est plus guère alors qu’une posture, une diversion mondaine justifiant, pour des motifs fallacieux de sécurité, la restriction des libertés… Certains raisonnements sont à cet égard éloquents, comme celui, par exemple, des opposants au nucléaire qui usent de concepts possédant la saveur du savoir académique, mais qui détournés de leur sens originel, ne sont utilisés que pour dérouler des argumentaires sectaires, scientifiquement discutables et frôlant l’obscurantisme !

Le pire au fond, ce n’est pas la méconnaissance, c’est le simulacre de science et de rationalité, dont le personnel politique use, volontairement ou non, pour abuser le citoyen…

Le fil est bien perdu ou s’est cassé depuis ce temps, où le futur empereur des français se passionnait comme un gamin, « gratuitement » juste pour satisfaire son goût des maths, dans la recherche du centre d’un cercle au moyen de son seul compas ! Pourquoi les faux sérieux des temps modernes s’échineraient-ils dans de pareils amusements, alors que l’exercice est trivial si l’on se sert en plus d’une règle? Ce plaisir de la recherche existe encore, mais il n’est plus valorisé socialement dans la gouvernance opportuniste de nos sociétés !

Finirons-nous par nous réveiller de ce mauvais rêve, et donner tort à Pierre-Gilles de Gennes (1932-2007), prix Nobel de physique, qui fut mon professeur à la faculté des sciences d’Orsay au début des années 1970, et qui, pessimiste, pensait en 1998 que « l’approche scientifique était en régression » et déplorait que « les dogmes les plus sectaires (anciens et modernes) prennent le pouvoir » ?  Espérons…

 

 

Evidemment, en pleine campagne électorale des « présidentielles », période privilégiée où chacun de ceux qui sollicitent nos suffrages, s’évertue à montrer l’universalité de son programme et de ses engagements, mon propos du jour, par sa banalité, frôle l’anachronisme ! Pour être franc, il parait même un peu fade voire carrément décalé, presque impudent, quand d’autres déclament Jaurès et Aristide Briand et dissertent savamment sur les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat et les valeurs de la République!

Comment, dans ces conditions, oser mobiliser toutes les ressources qu’offre de nos jours, la technologie numérique, pour simplement évoquer la mémoire d’un pauvre gars, domestique agricole de son état, décédé, sans doute accidentellement, il y a cent-trente-trois ans, jour pour jour, dans une métairie située au lieu-dit  » La Fougueleraie » du village du Ménil, riverain de la Mayenne, et dépendant historiquement de la province d’Anjou?

Transcription de l'acte de décès sur le registre de Saint-Martin-du Bois (49)

Transcription: acte de décès sur le registre de St-Martin-du Bois (49)

En fait, s’il fallait rechercher un soupçon – une aune – d’universel dans le destin tragique d’Henri Joseph Coltreau (1863-1884), manifestement brisé à l’âge de vingt-et-un ans au domicile de son patron, le sieur « Houdin », ce ne serait guère qu’es qualité de porte-drapeau décrété de ces millions d’anonymes qui, les deux pieds dans la glèbe, ne laissèrent jamais d’autre trace de leur passage sur notre planète bleue, que quelques lignes sur les registre des naissances ou des baptêmes de leur village d’origine, quelques-unes supplémentaires lorsqu’ils se mariaient, et pas plus de quinze pour signifier qu’ils ont définitivement pris congé des plaisirs de la vie.

Ces gens-là ont tout simplement vécu, souvent durement, puis sans chichi, s’en sont allés, évaporés vers un monde « meilleur », un insondable ailleurs à propos duquel toutes les spéculations sont possibles…Pour la plupart, on ne sait plus rien d’eux, même pas qu’ils furent des nôtres…

Je suis donc conscient que cet article sur cet ignoré de l’Histoire, ne saurait susciter qu’un intérêt poli auprès de ceux qui pourraient se réclamer d’un cousinage lointain avec cet Henri Joseph Coltreau. Il est en revanche improbable que, par là, je fidélise un quelconque lectorat au-delà du périmètre familial de l’intéressé, au demeurant assez flou, et auquel – pour être juste – il faudrait tout de même associer tous les accros de la généalogie! Ces bénévoles des vieux grimoires, qui adoptent avec empathie, tous les trépassés auxquels ils rendent visite. Les disparus des écrans radar, qui depuis des décennies, sont terrés dans les registres d’états civils ou religieux, désormais numérisés, retrouvent ainsi une famille!

On ne dira jamais assez toute la reconnaissance que l’on doit à ces soutiers de l’Histoire, qui déchiffrent avec opiniâtreté des milliers de pages souvent illisibles pour nous restituer les grandes dates jalonnant l’existence de nos parentèles ! Personne ne sait si ces ancêtres, invités chez nous, l’espace d’un clic, et sollicités pour franchir le Styx à rebours du temps, apprécient cette résurrection aussi inattendue qu’imposée mais qui les exhume de l’oubli. Qui sait s’ils nous sont gré de ces recherches, qui, parfois, permettent d’entrevoir des aspects de leur biographie qu’ils avaient préféré taire de leur vivant !

Je le confesse, il m’arrive de me livrer avec délice à cet exercice généalogique et de parcourir les siècles à contretemps en quête d’ancêtres prestigieux ou atypiques, et de goûter la découverte d’un rameau jusqu’alors inconnu sur un arbre partiellement reconstitué et multiséculaire…

C’est ainsi que Henri Joseph Coltreau m’est apparu par hasard au détour d’un registre d’état-civil  de son village natal de Saint-Martin-du Bois en Haut-Anjou… En fait, je m’intéressais à sa mère et sa grand-mère, mes aïeules au quatrième et cinquième degré. Ainsi, ce jour-là, je découvris à la fois son existence et sa disparition à quelques kilomètres de là, plus au nord , au village du Ménil en Mayenne… Et surtout, je m’aperçus que cet humble personnage dont aucun ancien ne m’entretint jamais, était tout simplement l’oncle de ma grand-mère paternelle, Marguerite Cailletreau, épouse Pasquier, et de ses deux frères Auguste et Joseph auxquels j’ai consacré ici plusieurs articles…

Henri Joseph Coltreau était donc le frère cadet de mon arrière-grand-père Joseph Pierre Cailtreau (1859-1946) … Et, par une sorte de facétie résiliente imputable probablement à l’érudition très relative des secrétaires de mairie de l’époque, le « nom de famille » des deux frères n’étaient pas tout-à-fait semblable… Cette étrange instabilité du nom patronymique s’est d’ailleurs perpétuée et fut transmise à la génération suivante, avec toutefois un moindre écart phonétique, mais elle devint récurrente, jusqu’à affubler la même personne d’un nom orthographié différemment au cours des différentes étapes de sa vie administrative !

Peut-être parce qu’il a disparu bien avant la naissance de ma grand-mère en 1897 et qu’il ne figure – en première approximation – dans aucun des registres de nomenclature militaire des départements du Maine-et-Loire ou de la Mayenne, Henri Joseph Coltreau fut totalement effacé de la mémoire familiale, si ce n’est dans la survivance de certains prénoms qui semble l’évoquer insensiblement mais implicitement …

C’est sûrement de la sorte que fut certainement ponctuée pendant des millénaires, l’existence des « damnés de la terre », des serfs et autres vilains attachés à leur maîtres, sans autre événement notable à leur créditer et de mention à signaler sur les registres, que leur date de naissance et celle de leur mort, assortie, s’agissant de cette dernière d’une indication sommaire sur leur profession de « domestique » ou de « journalier »… Exploités de la terre, avant de devenir ceux de l’industrie, ils sont maintenant victimes de l' »ubérisation » de la société!

Et dire que nos modernes technocrates voudraient présenter comme un indice de progrès et de modernité, l’abandon des quelques garanties péniblement acquises par ces anonymes paysans et ouvriers au cours du dernier siècle, en compensation de la misère millénaire de leurs ancêtres…

Le jeune Henri Joseph Coltreau devait appartenir à la catégorie de ces paysans pauvres et sans terre, dont la survie au quotidien – surtout en Anjou – était subordonnée au bon vouloir de ces riches aristocrates légitimistes retirés dans les campagnes de l’ouest après la chute de Charles X. Ça sentait bon le parfum des histoires édifiantes de la comtesse de Ségur! Mais seulement, pour ceux qui étaient admis au château, sans avoir à se plier aux caprices des seigneurs. Les autres, affectés au service dans les offices des châteaux ou des demeures cossues des bourgs, étaient invisibles!

On dit – c’est tout ce qu’on sait de lui – qu’Henri Joseph Coltreau est mort au petit matin du 15 janvier 1884 – comme en attestèrent les deux témoins qui se présentèrent devant le maire – quasi-héréditaire – du Ménil, Edmond-Marie-Zozine de Pontavès, comte de Sabran (1841-1903), propriétaire du château de Magnanne.

Château de Magnanne

Château de Magnanne au Ménil 

Maigre empreinte à commémorer en cette date anniversaire d’une vie écourtée dont, même le souvenir s’était perdu ! Pour autant, on n’en écrira pas plus, de peur de le trahir. Son nom au moins parcourra le monde.

Avec une bêche à l’épaule,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à l’âme, un grand courage,
Il s’en allait trimer aux champs!

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terr’, creuse le temps!…. (Georges Brassens)

 

Il y a exactement deux ans – 7 janvier 2015 – deux salopards se revendiquant de l’Islam – Al Qaïda au Yémen – massacraient douze personnes à Charlie Hebdo dont huit membres de la rédaction. Parmi ceux-ci, cinq dessinateurs emblématiques Charb, Cabu, Wolinski, Honoré et Tignous. Les tueurs voulaient ainsi tuer l’âme de l’hebdomadaire satirique, et par là, porter un coup mortel à la liberté d’expression, ce principe non négociable des nations civilisées de pouvoir rire et se moquer de tout, ironiser sur tout, y compris des religions et des religieux, dont l’Islam et les islamistes!

Ces pitres et piètres assassins ont échoué car la rédaction décimée de Charlie Hebdo a été reconstituée, après l’épouvantable et inexcusable tuerie et elle continue de publier!

numéro du 14 janvier 2015

Numéro du 14 janvier 2015

Chaque année désormais, un hommage est rendu aux victimes du carnage… Les officiels, l’air compassé, y vont de leur dépôt de gerbe sur les lieux des crimes et de leur minute de silence..Mais qu’en est-il vraiment de l’éradication du terrorisme? S’est-t’on donné les moyens d’éliminer cette barbarie islamiste, qui n’a rien à envier à celle des nazis?

A-t’on été, jusqu’à présent, efficace pour vaincre – à tout le moins empêcher de nuire – l’obscurantisme moyenâgeux dans cette lutte à mort qu’il nous livre? Pas suffisamment sans doute puisque d’autres massacres de masse ont été perpétrés depuis par d’autres égorgeurs se réclamant de l’Islam!

On prétend cependant que certaines boucheries démentes auraient été évitées du fait de l’état d’urgence, en vigueur depuis le 14 novembre 2015! Mais sur le fond, le discours reste celui du déni de réalité quant à l’ampleur de la menace et sur ses causes…

On comprend que pour des raisons d’ordre public, le langage des autorités préconise l’apaisement entre les différentes catégories de la société française, mais ne faudrait-il pas aussi s’abstenir d’infantiliser en permanence le citoyen en lui fournissant des explications tronquées sur les causes de ce fléau…Ne conviendrait-il pas de rappeler à chacun son devoir d’extrême vigilance – si besoin de méfiance – plutôt que de ressasser des slogans anesthésiants sur le « vivre ensemble »? Le mot d’ordre consistant à bannir toute forme d’amalgame entre les musulmans de « bonne foi » et ceux qualifiés de « radicaux » (dont on pense qu’ils sont en délicatesse avec l’Islam), est certainement le bienvenu pour des motifs de justice et de simple humanité, mais insuffisant pour analyser la situation et y faire face! Refuser la stigmatisation à l’égard des musulmans est également indispensable mais à la condition de ne pas s’entêter – contre toute évidence – à affirmer que la violence que nous subissons, n’a aucun lien avec leur religion, et surtout à ignorer les liens entre certains prêcheurs de banlieue appartenant à la mouvance salafiste ou à celle des « frères musulmans », et les groupes terroristes. Toutes les religions monothéistes fondées sur la révélations sont source de violence.

Il est par conséquent des circonstances où le discours systématiquement « politiquement correct » et la bien-pensance émolliente deviennent socialement mortifères…Affronter la réalité telle qu’elle est, n’est jamais ouvrir la porte au fascisme… Dire la vérité n’est pas semer la haine. C’est tout le contraire!

Concrètement, on finit par s’affoler de tout, par « faire gaffe » à tout ce qu’on dit pour ne heurter quiconque! On fait attention à la manière dont on regarde nos congénères croyants ou mécréants selon l’endroit où l’on se trouve, et, in fine, on se méfierait presque de sa propre pensée!

De fil en aiguille, on finit par réduire la laïcité à une peau de chagrin, à un principe vaguement globalisant et moralisant – aussi mobilisateur que le mystère de la « Sainte Trinité » – qui n’oblige plus personne à rien, surtout pas ceux qui, par provocation, s’évertuent à le contourner sous nos yeux! Conformément aux prêches des curés d’antan et aux harangues enflammés des Frères Musulmans, on finit donc par s’accommoder de la coexistence agressive de communautés religieuses antagonistes sur des territoires confisqués de la République. Et le pire, sans même se rendre compte qu’on fait contresens et qu’on s’est fait manipuler!

On en serait presque à admettre sans trop protester que l’égalité juridique des hommes et des femmes, pourtant garantie par la Constitution, soit remise en cause au nom du droit coutumier…

Tignous - la femme musulmane qu'on aime

Tignous CH 14 janvier 2015 

Le résultat, c’est que de plus en plus de jeunes filles voilées errent comme des fantômes désincarnés dans nos villes sous le regard inquisiteur de leurs grands frères barbus et enturbannés!

Les fossoyeurs de nos libertés gagnent ainsi chaque jour du terrain, avec l’assentiment général implicite, dans le sillage des tueurs patentés de l’Islam radical… Leur victoire est d’ailleurs idéologiquement acquise – consommée- lorsqu’ils parviennent à faire accepter leurs injonctions machistes et liberticides à leurs propres victimes… Ainsi, voyons-nous s’épancher, de plus en plus fréquemment sur les plateaux de télévision, des femmes alibis disant porter le voile sur leur propre initiative et présenter comme des conquêtes féministes, les sujétions esclavagistes prétendument imposées par l’Islam, et auxquelles elles se soumettent en invoquant leur liberté d’être!

Tignous CH 14 janvier 2015

Tignous CH 14 janvier 2015

Dans ce contexte, inquiétant à tous égards, antinomique avec notre aspiration à une civilisation humaniste, il n’est pas de meilleur hommage à rendre aux dessinateurs de Charlie que de reprendre et diffuser certaines de leurs œuvres, qui pour la plupart demeurent d’une criante actualité…

Outre qu’elles conservent leur caractère subversif face à l’omniprésence des différentes formes d’obscurantisme – un peu comme les aphorismes des regrettés Coluche ou Pierre Desproges – elles nous rappellent qu’il fut un temps pas si éloigné, où l’on croyait encore aux bienfaits de la libre expression comme outil de libération de l’humanité!

Comment en effet ne pas partager sans réserve la vision de la laïcité de Wolinski?

Wolinski

                  Wolinski

A l’heure où les revers militaires de Daesh nous réjouissent, et qu’une à une les villes de Syrie et d’Irak sont libérées de son emprise maléfique, comment ne pas s’inquiéter en revanche – comme le faisait si pertinemment Cabu de façon prémonitoire – du retour en France des petits abrutis analphabètes qui ne peuvent exciper d’autre référence qu’un stage réussi de quelques mois, d’égorgeur sanguinaire en Syrie et en Irak? Cette question, tout à chacun, parfois, se la pose d’instinct quand il pénètre dans un super-marché où, l’état d’urgence obligeant, il se trouve confronté à l’omniprésence des milices privées de sécurité! Et si jamais, parmi ces jeunes garçons qui lui demande de simuler la perversion pédophile en ouvrant largement son manteau, s’était infiltré un djihadiste de la cité d’à côté, revenu de l’enfer du Moyen Orient islamiste!  Faut bien sûr réfléchir sérieusement au traitement social du djihadisme!

 

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Enfin, on ne saurait conclure cet hommage à nos martyrs du stabilo et du crayon feutre, sans évoquer l’au-delà. Leur « au-delà » (eau de là) – où ils sont malheureusement privés « du vin d’ici ». Aux dernières nouvelles, ils communieraient gaillardement avec les seins et accessoirement avec les saints! Même Wolinski, le plus vieux de la bande des écorchés vivants, (re)bande mais c’était aussi le plus obsédé…

Le passage – dit-on – lui aurait réussi, car, par miracle, le Très haut ou Allah lui a permis de retrouver tous les moyens de sa jeunesse et pour l’éternité. Il continue donc d’entretenir consciencieusement une réputation déjà passablement élogieuse auprès de myriades de vierges, ou prétendues telles qui peuplent le paradis! Les autres s’amusent aussi. Ils font en tout cas ce qu’ils peuvent au grand dam de leurs tueurs, du moins ceux qui les ont rejoint par la grâce du GIGN ou du RAID, et qui sont définitivement privés de dessert. Bref, Charb, Cabu, Wolinski, Honoré et Tignous n’ont jamais été aussi vivants dans nos cœurs depuis qu’ils sont morts! 

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Gloire éternelle aux dessinateurs de Charlie, et à leurs compagnons d’infortune…

Amen

Au gui l’an neuf

Il y a belle lurette que, sous l’égide du Gui-l’an-neuf, la jeunesse d’Anjou ne parcourt plus bruyamment les rues des villes et des villages au soir de la Saint-Sylvestre pour quémander joyeusement des étrennes ! On dit même que cette tradition d’origine celtique et druidique aurait été bannie par les autorités constituées au dix-huitième siècle, en raison des débordements scabreux et des désordres que parfois elle suscitait, tous sexes confondus!

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Déjà en ce temps-là, alors même que la fête se déroulait sous les auspices de Saint-Sylvestre, le bourgeois replet n’appréciait guère qu’on vînt troubler sa quiétude digestive en braillant sous ses fenêtres, tenant d’une main un rameau de gui, et enlaçant de l’autre, une délurée encanaillée en jupons défaits ! Laquelle, aux dires des rapports d’époque rédigés, après coup, par des pisse-froids de toutes observances, se tortillait inconvenante en hurlant comme une poissonnière !

C’était bien longtemps avant que les canettes de bière et les bouchons de Champagne, substituts modernes du gui d’antan – et beaucoup plus enivrants sinon envoûtants que l’arbrisseau épiphyte – ne jonchent les pavés des Champs Elysées parisiens sous l’œil vigilant et soupçonneux des polices antiterroristes, désormais omniprésentes… C’était avant que les fêtes dites « de fin d’année » ne se transforment en débauches de victuailles en provenance des quatre coins de la planète et qu’on se délecte à pleines bourriches d’huîtres non laiteuses, triploïdes et stériles, nées en écloserie des œuvres scientifiquement contrôlées de super-mâles ostréidés !

Il y a un siècle tout juste, les agapes du réveillon des poilus qui avaient survécu à Verdun ne comportaient ni huîtres, ni foie gras, ni gui pour égayer les tranchées – faute d’arbres encore debout pour lui servir de support – mais dans sa grande bonté, le général en chef des armées agrémenta la « ration ordinaire » du 1er janvier 1917 de quelques compléments gratuits : cent grammes de jambon épaule de porc, deux biscuits secs, cent-vingt-cinq centilitres de gros rouge en sus des allocations journalières,  une bouteille de Champagne pour quatre soldats, un cigare à dix centimes par tête de pipe et deux oranges! De quoi faire bombance pour tenir presque deux ans encore avant la fin de la mal nommée  « Der des Der ».

Petit Courrier d'Angers - 31 décembre 1916.

Petit Courrier d’Angers – 31 déc. 1916.

Plus récemment, quelques années avant 1968, je me souviens qu’on décorait encore de branches de gui – symbole d’éternité et d’immortalité chlorophyllienne au cœur de l’hiver – les murs du foyer des jeunes de La Madeleine à Angers, où nous faisions la fête jusqu’à plus soif et jusqu’à l’aube de la nuit du Nouvel An…

Autant que ma mémoire m’en rende fidèlement compte, les vœux allaient bon train et les embrassades itou! En toute innocence dans l’attente des slows de fin de soirée trop arrosée, et désormais passés de mode, où nos corps adolescents non encore pervertis par les parfums, se frôlaient sans avoir l’air d’y toucher, tandis que « tombait la neige » et que nos mains s’attardaient «sur leurs hanches » consentantes!  La symbolique du gui nous échappait sûrement. Bien plus tard, nous apprîmes que cet étrange végétal toujours vert, qui résiste au temps et aux frimas, n’est en fait qu’un parasite ! Pas de quoi, en effet, en faire un précepte de vie.

Le gui n’est plus vraiment de la partie de nos jours, hormis dans les jardineries comme un élément de décor, mais la tradition de la fête se perpétue pour ouvrir l’an neuf … En vrai ou par procuration à la télé quand les copains ont disparu dans les méandres fangeux de nos propres histoires ! Les vœux survivent, machinalement, civilement et officiels…

Pour ma part, c’est en parler de chez moi, d’Anjou de mes origines, que j’adresse mes souhaits à ceux qui voudront bien lire ces lignes. Et de surcroît, en empruntant quelques strophes à un rimiau d’Emile Joulain (1900-1989) – alias « L’Gars Mile » – un poète patoisant de la basse vallée de l’Authion, un affluent de la Loère.

Le Gars'Mile

                            L’Gars’Mile

Dans cette langue, brute de terroir, avatar d’une langue d’oïl rabelaisienne, qu’il maîtrisait à la perfection,  le mazeiais Emile Joulain sut transmettre toute la palette des émotions humaines. Point n’est besoin, alors, de traduire quoi que ce soit, sauf à sa manière, s’agissant de l’indicible! Chacun l’imaginant de la lucarne de sa grange ou de la fenêtre à meneaux de sa gentilhommière.

Voilà pourquoi la littérature populaire d’Anjou, revisitée par  » L’Gars Mile » se prête à merveille au rituel des vœux de Nouvel An. Le sens général s’impose d’emblée, mais plusieurs interprétations en précisent la couleur et sont toujours possibles! Des vœux ouverts en quelque sorte, dans une tonalité d’ensemble où la nécessité du dialogue entre les hommes apparaît primordiale. Exigence intemporelle si inaboutie!

Plus quarante ans après avoir été rédigés, les quelques vers qui suivent, issus d’un rimiau intitulé « On s’cause », demeurent, à ce titre, d’une ardente actualité.

Dans tout l’village à la ronde, ceuss’,s qu’ont voéyagé l’diront. En ville, i’s mont’raient su’ l’monde, sans mêm’ lui’ dir’  « Gâr te’ don’ ! ». Nous, on n’a guèr’ d’instruction, On n’le fait point « à la pose », Mais enter’nous, nom de nom, On s’cause !

…..

Vaut-i pas bein mieux s’entend’e, mêm’ si n’on a point l’mêm’ nom? Ça s’ra-i’ pa mieux, j’vous d’mand’e, l’jour où qu’lés homm’s s’entendront? Où qu’tous ensemb’e i’s diront:  » J’sarvons tertous la mêm’ cause; sans mitrailleus’s, ni canons, On s’cause! »

Tout est dit, souhaité et espéré! Y a plus qu’à se forger ses propres, bonnes ou moins bonnes, résolutions…Très bonne année 2017 à tous ! « Forcément, on les aura ». En tout cas, nous les queniaux devenus cacochymes et égrotant, nous le croyions, dur comme fer.

A nous, l’hiver désormais!

Fin décembre dans l'Essonne

Dans l’Essonne, le 31 décembre 2016

Au début des années soixante du siècle dernier, messieurs Brun et Dabin, deux de nos mythiques profs – en l’occurrence d’allemand – au Lycée David d’Angers d’Angers, n’usaient pas de circonvolutions ampoulées voire d’hypocrites circonlocutions à la manière de notre « moderne » ministre de l’éducation nationale pour évoquer Noël… Ils disaient tout simplement Noël pour parler de Noël, mais en allemand:  » Weihnachten » ! Comme tout un chacun…

C’était une époque où l’on osait encore appeler « un chat », un chat, et prononcer le mot « Noël » sans encourir l’accusation suprême de xénophobie. La notion de laïcité n’était pas tiraillée dans tous les sens. Elle n’était pas encore à géométrie variable pour servir des intérêts partisans. On pouvait parler de coutumes ancestrales sans se demander si, par là, on ne « stigmatisait » pas ceux qui croient en un autre ciel que celui des chrétiens…On pouvait même se gausser sans complexe des superstitions en tous genres ou développer des phobies antireligieuses sans être immédiatement taxé de raciste et craindre les foudres de la bien-pensance…

Mais, on a beau être mécréant et laïc jusqu’au bout des orteils – et c’est mon cas – Noël n’est pas qu’une « belle fête » ordinaire pour reprendre la ridicule mais « prudente » expression euphémique de la ministre au sourire carnassier, c’est d’abord l’expression d’une tradition fortement ancrée dans l’histoire de notre pays et de l’Europe.

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Y a pas de loup! C’est en fait la métaphore christianisée d’une promesse de renouveau de la nature après le solstice d’hiver alors que la lumière se fait naturellement rare. Noël au fond ce n’est peut-être rien d’autre qu’un élément de culture liée à notre environnement, dont l’importance ne se mesure vraiment que dans les zones climatiques où les saisons se différencient clairement. Mais c’est aussi l’incarnation d’un modèle de civilisation qui rend grâce à l’esprit de famille, et qui place l’homme et la femme, dotés de droits imprescriptibles au centre de l’Histoire. Autant de facteurs explicatifs qui d’ailleurs ne sont sûrement pas indépendants entre eux.

Il serait par conséquent dommage de devoir y renoncer au nom d’une sorte d’œcuménisme attrape-tout, faussement moralisant et souvent culpabilisant, dont on perçoit bien les limites et dont on sait qu’il peut parfois nous conduire à la barbarie. Peu importe que le mythe de Noël en tant que tel soit nié par naïveté, ingénuité incongrue ou myopie coupable de la ministre, voire par sectarisme provocateur ou bêtement par inculture, la promotion par effet de miroir d’une contre-culture moyenâgeuse par une responsable politique est dangereuse. Dans le cas d’espèce, c’est même carrément irresponsable pour qui veut « rassembler », car la banalisation/disparition de Noël dans des vocables génériques sans mémoire et sans contenu, porte atteinte de facto à notre roman national et européen ainsi qu’aux rites laïcs ou confessionnels qui le structurent depuis la nuit des temps! Roman constitutif d’une Nation, contre lequel, il est vrai, l’ambitieuse jeune femme s’insurge régulièrement! A tort, évidemment.

Pourtant, c’est précisément au nom de cette conception humaniste de l’Europe et de notre histoire, à laquelle l’ouverture d’esprit de nos profs d’allemand d’autrefois nous a permis d’accéder , que mon ultime billet d’avant réveillon 2016 est dédié aux Noëls de tradition allemande!

A cette Allemagne d’Hansel et Gretel, de l’intelligence, des lumières et de la sensibilité, qui, sans qu’on en prenne conscience, a influencé notre imaginaire enfantin et entretenu subtilement, la légende de nos propres veillées et réveillons familiaux…

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Moins de vingt ans après les crimes du nazisme, nos profs d’allemands nous enseignaient les arcanes complexes de la langue allemande en nous faisant entonner dans la langue de Goethe ou de Heine, des chants traditionnels comme « Stille Nacht, Heilige Nacht » ou encore « Oh Tannebaum« ! Mais, dans le même temps, ils nous faisaient aussi découvrir les grands poètes et philosophes germaniques, au travers des textes commentés de la collection « Deutschland » de L. Bodevin et P. Isler « pour l’enseignement du second degré »

Voilà l’Allemagne que nous aimons, celle délivrée des démons nazis et du joug soviétique, réunifiée en 1990, celle des collines romantiques de la Rhénanie-Palatinat jusqu’aux landes et forêts du Brandebourg, celle du Danube bavarois au septentrional Schleswig-Holstein ou à la Poméranie…Celle enfin d’Emmanuel Kant (1724-1804) et de sa critique de la raison pure. C’est cette Allemagne de la culture et de la diversité, qui vient d’être frappée par la sauvagerie islamiste en plein cœur de Berlin, près de l’église du Souvenir !

Et, c’est avec cette Allemagne là, généreuse et meurtrie, que nous voulons fêter Noël! Et avec laquelle nous sommes solidaires.

Mieux qu’un long développement, on se contentera, quelques décennies après les avoir étudiées en classe, de citer, en hommage aux victimes berlinoises et à leurs familles qui, plus jamais, ne fêterons Noël joyeusement, quelques lignes d’ambiance de l’écrivain et poète allemand Hans Theodor Woldsen Storm (1817-1888) :

Théodore Storm (1870)

     Théodore Storm (1870)

« Endlich ertönt der Klang der silbernen Glocke. Wir stürzen die Treppe hinunter, die Flügeltüren fliegen auf, wir treten ein, jung und alt. Ein starker Duft von Tannen, brennenden Lichtern und braunen Weihnachtskuchen schlägt uns entgegen – und da steht er, der brennende Baum, im vollen Lichterglanz…

Mein Bruder ...

Mein Bruder setzt sich ans Klavier und stimmt leise an: « Stille Nacht, heilige Nacht.Wir singen alle mit » stimmen ein. Das Weihnachtslied ist verklungen, wir stehen um den Baum und lassen die Wunder der Weihnacht still auf uns wirken. Vater führt, wie immer, unsere Mutter zuerst zu ihren Gaben, die geheimnisvoll umhüllt sind. » 

« Enfin, le son de la cloche d’argent retentit. Nous nous précipitons dans les escaliers, les portes doubles volent, nous entrons, jeunes et vieux. Une forte odeur de pins, de bougies allumées et d’un brun gâteau de Noël nous frappe – et là, se tient l’arbre brûlant, en pleine flambée de lumière….

….Mon frère est assis au piano et entonne doucement: « Douce Nuit, Sainte Nuit ». Nous chantons avec lui. La chanson de Noël terminée, nous nous regroupons autour de l’arbre et laissons opérer la magie de la nuit de Noël. Notre père, les bras autour de notre mère, nous conduit vers leurs cadeaux pleins de mystère… »

Voilà ce qu’on entend généralement par Noël dans la tradition occidentale et qui demeure notre repère au cœur de l’hiver, en dépit du temps qui passe…Et j’ai fait l’impasse sur la crèche et la « messe de minuit ». Disons que je m’en suis dispensé! Faut pas exagérer, tout de même.

Joyeux Noël à tous, et notamment, à ceux qui, épisodiquement, m’honorent de leur intérêt pour mes modestes divagations oniriques!

Raymonde Bonenfant l’épouse d’un de mes oncles maternels, Albert Turbelier, est décédée à Angers aux premières heures du jeudi 15 décembre 2016. Elle était âgée de quatre-vingt-six ans. Pour la deuxième fois en moins d’un trimestre, la Camarde a frappé parmi mes proches: la génération qui me précède, celle de la Libération et des Trente Glorieuses s’éteint inexorablement …

Je n’étais pas, à proprement parler, un intime de Raymonde, mais, mariée à mon oncle depuis plus de soixante cinq ans (8 septembre 1951), elle fut évidemment un des personnages importants de mon environnement d’enfance et d’adolescence…

Lors de nos passages à Angers, nous lui rendions visite – une fois l’an environ – dans la coquette maison qu’elle partageait avec son époux, dans le quartier de Villesicard, à mi-chemin entre La Madeleine et Les Justices.

Personne avenante et courtoise, Raymonde nous recevait toujours agréablement, avec café et petits beurres à l’appui, et s’enquerrait systématiquement de la santé de nos parents, enfants et petits-enfants. A l’occasion, on se montrait mutuellement quelques photographies et elle nous parlait des enfants et petits-enfants de son frère! De son chat aussi lorsqu’il vivait encore. Parfois, elle évoquait certains de ses propres ennuis de santé, mais discrètement, pudiquement comme s’il ne s’agissait que d’épisodes tout à fait secondaires de sa vie quotidienne… Elle nous entretenait surtout de ceux d’Albert! Avec le temps, son dos s’était voûté.

Aujourd’hui, elle n’est plus et nous nous apercevons, que, pour l’essentiel, sa vie est demeurée pour nous un mystère! Nous éprouvons l’étrange sentiment d’être passé à côté de quelqu’un qui fut invisible à nos yeux!  Saurais-je dire finalement si elle-même considérait que son existence fut réussie ou mieux, s’il lui est arrivé de flirter avec le bonheur…

Raymonde n’aimait guère étaler ses sentiments intimes et ne livrait d’elle-même que l’image d’une femme forte qui, en dépit des épreuves, savait garder son rang et son sang-froid… Déterminée sous des dehors amènes! Ses tourments, elle les gardait pour elle, comme si elle s’était résolue à les taire ou à les minimiser pour s’éviter d’en souffrir et de susciter la compassion… Peut-être aussi, n’avons-nous pas su l’entendre ou capter sa confiance!

On peut penser que le fait de n’avoir pas connu la maternité fut pour elle une grande souffrance. En atteste l’intérêt non feint qu’elle manifestait pour les petits enfants!

Hier encore, m’entretenant d’elle au téléphone, je considérais que, n’ayant jamais recueilli de confidence sur ses secrètes fêlures et n’ayant pas entretenu de connivences avec elle, je n’étais guère qualifié pour écrire quoi que ce soit à son propos… Du moins, pour rédiger un hommage, dont elle aurait pu se revendiquer de son vivant. Et ce, sans se vautrer dans des clichés insipides et béatifiants que l’on récite avec une litanie de regrets et de condoléances à chaque fois qu’un « cher disparu » nous tire sa révérence! Je pensais en effet qu’elle méritait plus que ce traitement protocolaire, et à défaut, je pensais préférable de m’abstenir de toute forme de témoignage en trompe l’œil!

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J’en étais là de mes réflexions, lorsqu’un de mes cousins, et également un de ses neveux, qui l’avait vue plus récemment que moi, me dit que ce qui l’avait frappé lors de son ultime entrevue – outre sa maigreur et son aspect maladif – c’était son élégance! Même au bord du gouffre, même confrontée à la maladie et à la vieillesse, Raymonde sut effectivement demeurer coquette … Cette caractéristique qui n’est pas accessoire, n’est pas sans évoquer un vœu formulé par Eve Curie (1904-2007) et rapporté par une de ses biographes Claudine Monteil de « mourir maquillée« !

Et effectivement, aussi loin que remontent mes souvenirs, celui de Raymonde est associé à l’élégance, au tact, à l’harmonie et à la tenue… Non pas ostensiblement avec des paillettes provocatrices, mais avec mesure… Avec bon goût et dignité, une qualité et une aspiration, qu’elle a probablement héritées de sa mère qu’elle chérissait ! Représentante, à sa manière, de la mode à la française sur laquelle surfèrent les grands couturiers juste après-guerre! Et cette recherche esthétique ne portait pas seulement sur la façon de se vêtir, mais aussi sur la manière d’organiser sa maison, de la décorer et de l’entretenir… Un art de vivre en quelque sorte – un marqueur de civilisation et une certaine philosophie de la vie – qui impliquaient forcement certaines contraintes que les enfants que nous étions dans les années cinquante avaient tendance à bousculer et que beaucoup, parmi ses proches, ne percevaient pas nécessairement comme un atout!

La photo souvenir de son mariage à Candé (49) – sa ville natale – le 8 septembre 1951 atteste de ce charme discret de la jeune femme qui, délibérément ou non, cultivait manifestement une certaine ressemblance avec les stars américaines du cinéma de l’époque – Gene Tierney (1920-1991) en l’occurrence – dont l’image était largement diffusée par les films d’outre-atlantique qui occupaient le devant des salles obscures depuis 1944…

Jamais pourtant je ne l’ai jamais entendu évoquer la Libération qu’elle dut connaître ado, ni l’arrivée des troupes américaines à Candé au tout début du mois d’août 1944. Très rarement, elle faisait allusion à sa carrière professionnelle aux « contributions directes » (services fiscaux) en compagnie d’Albert, contrôleur des impôts. Encore moins au métier d’institutrice qu’elle exerça à Candé avant son mariage…

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En toute sobriété, elle est partie comme elle avait vécu, presque sans bruit à bout de souffle d’un cœur qui – dit-on – l’avait déjà beaucoup tracassé et qui fut peut-être trop souvent meurtri…En chemin, avait-il oublié les rêves de la petite princesse candéenne?…

Elle rendit l’âme, espérant sûrement quelque chose de l’éternité, à l’issue d’une nuit d’agonie en présence de son mari et d’une filleule de Montjean-sur-Loire ! Son décès fut constaté par l’équipe du Samu alertée, qui s’apprêtait à la transporter aux urgences de l’hôpital ! Elle n’a dérangé personne! Encore l’élégance…

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J’étais à son mariage en barboteuse, et c’est mon plus lointain souvenir!

PS: Raymonde Bonenfant était née le 8 septembre 1930 à Candé.

Bataclan…

Il y a un peu plus d’un an – le 13 novembre 2015 – la folie meurtrière d’assassins se réclamant de l’Islam frappait le Bataclan ce haut-lieu de la culture musicale d’avant-garde, qui depuis une vingtaine d’années accueillait presque tous les styles musicaux « branchés », électroniques ou « amplifiés », du traditionnel jazz au rock, du post-punk jusqu’à la musique africaine sans omettre le reggae. Le Bataclan, un univers médical à lui tout seul, voltérien par essence!

C’est là que la jeunesse parisienne et banlieusarde aimait faire la fête, car la musique ici, c’était d’abord la fête, le plaisir d’être ensemble, de s’étourdir aux décibels et de danser. Ainsi, au cours de ces années, le Bataclan a vu défiler tant d’artistes et promu tant de concerts! Il fut même un temps, où les plus talentueux interprètes de la culture underground y établirent leurs résidences, d’autres, des disc jockeys célèbres comme David Guetta  y firent leurs armes dans les années quatre-vingt…Des grands noms de la chanson s’y arrêtèrent pour célébrer leur art, dont le regretté Alain Bashung  et plus récemment Stromae s’y assura une halte.

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Et c’est précisément cet endroit, symbole de la liberté de création, de la fraternité et de la tolérance, que des obscurantistes agissant au nom de l’Etat islamique, cheval de Troie du terrorisme international, choisirent pour perpétrer leurs atrocités et massacrer une jeunesse à laquelle ils auraient pu appartenir, si leur fanatisme ne les avait pas transformés en mutants monstrueux déshumanisés et sans pitié!

Malgré une restauration complète des locaux, destinée à effacer les stigmates de l’horrible tuerie et en dépit d’un premier concert courageux du chanteur britannique Sting, le 12 novembre 2016, le nom de « Bataclan » sera à jamais associé aux atrocités commises ici…Rien ne fera vraiment oublier ce carnage sauvage du 13 novembre 2015, qui a causé la mort à bout portant de quatre-vingt-dix personnes.

Quatre vingt-dix jeunes au destin définitivement brisé, sur les cent-trente victimes des attentats en série de cette sinistre soirée de novembre… Ballade funèbre de novembre. Sans compter les autres victimes qui demeureront handicapées à vie, et leurs familles qui ne surmonteront probablement jamais le traumatisme subi ! Sans compter enfin, ce choc émotionnel collectif que ne pourront évacuer d’ici longtemps les amoureux de Paris. Amoureux que nous sommes tous, nous qui autrefois flânions en toute insouciance du côté du boulevard Voltaire – le si bien nommé – de la place de la République où nos yeux se mouillèrent autrefois des vapeurs lacrymogènes, de la Bastille enfin et de sa colonne de Juillet, dont on escaladait le socle, les soirs de manif!

Les soirs d’été, étudiants désœuvrés, nous errions sur les quais du canal Saint-Martin à la recherche du fantôme de François Villon (1431-1463). Et on s’effrayait à bon compte, non loin de la rue de la Grange-aux-Belles, à l’évocation par Marianne du gibet de Montfaucon détruit trois siècles auparavant! Puis nous venions manger un hot-dog, allongés sur le parapet du quai, les pieds calés dans les bites d’amarrages…

C’est l’âme de ce 11ième arrondissement, si divers et vivant, que les assassins ciblaient ce 13 novembre 2015 et qui a effectivement vacillé face à l’horreur! Mais, on sait aujourd’hui qu’ils ont échoué, car la barbarie ne peut qu’échouer face à la civilisation! Le quartier revit et le Bataclan aussi, lui qui tire initialement son nom de Ba-ta-Clan, une opérette d’Offenbach…Avec la suppression des traits d’union, la salle devint « Bataclan » renvoyant implicitement à la variété des musiques et des tonalités des concerts produits là, par une faune si singulière issue des quatre coins du Monde…Tout un attirail en somme pour un « joyeux vacarme »

Un sens que l’on retrouve dans le « Parlez-vous sans culotte » du dictionnaire du Père Duchesne (1790-1794), où son auteur – Michel Biard – introduit le terme « Bataclan » par une phrase tristement prémonitoire du révolutionnaire et journaliste Jacques René Hébert (1757-1794), tirée du numéro 16 de son journal daté de janvier 1791:

 » La barque à Caron a été trop tôt prête et elle a déjà emporté toute le « bataclan » dans les enfers« …

Selon Michel Biard, cette citation visait les prêtres réfractaires à la Constitution civile du clergé, qui refusaient de prêter serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi, et dont le sort devait être scellé – selon Hébert – par la mort!

Bien que n’ayant pas la religion des coïncidences étranges – ni aucune religion d’ailleurs – force est de reconnaître que cette phrase rédigée 225 ans avant le massacre du Bataclan fait froid dans le dos!

N’empêche que confronté à la cruauté du dieu auquel ces petits minables exécuteurs des basses œuvres se référaient, on ne peut qu’afficher sa fierté d’être, à leurs yeux, des mécréants! Et pas seulement à leurs yeux…

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