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Le mardi 29 août 1922, le bulletin météorologique publié dans le Petit Courrier, le quotidien républicain de l’Anjou annonçait un temps chaud et nuageux, ponctué d’éclaircies et de quelques ondées, avec une température oscillant entre 16° C au petit matin, 26° à midi et 21° à vingt-et-une heures. En un mot, c’était l’été. Un été, légèrement plus chaud que les années précédentes mais globalement assez classique en régime océanique.

Ce jour-là que rien ne distinguait des autres jours depuis la fin de la guerre, le journal des angevins, qui se revendiquait à la fois d’un ancrage local alimenté par les faits divers de la région, et d’une ligne éditoriale à vocation généraliste et nationale, évoquait en « une », des grèves sur les chantiers navals du Havre. Le journaliste y déplorait qu’elles se soient soldées par des affrontements meurtriers avec les forces de gendarmerie.

La première page revenait par ailleurs sur une nouvelle de la veille : le naufrage d’un cuirassé de la Royale au large de Quiberon à quelques encablures du phare de la Teignouse. Les premiers éléments de l’enquête venaient en effet de montrer que cet infortuné navire de la marine nationale, baptisé « France » s’était éventré sur des récifs à la suite d’une mauvaise indication d’une sonde bathymétrique. On comptait plusieurs disparus., probablement prisonniers de la coque sous quelques dizaines de mètres de fond. .

En première page également, figuraient, parmi les événements importants, des incendies de forêt dans le Var.

Sous forme de « brèves » le lecteur était par ailleurs informé d’opérations militaires conduites au Maroc dans le Moyen Atlas contre des tribus autochtones qualifiées d »insoumises ». Il est peu probable que cette dernière info à propos de combats lointains, ait ému beaucoup d’angevins, sauf sans doute mon grand-père Marcel Pasquier (1892-1956) qui avait servi comme cavalier de première classe dans les chasseurs d’Afrique entre 1910 et 1919. Mais ce jour-là, il avait aussi d’autres motifs d’intérêt au sein même de sa propre famille!

Enfin l’édition du 29 août 1922, comme celle des jours précédents, rappelait les difficiles et lancinantes négociations avec l’Allemagne pour fixer le montant des dommages de guerre et les conditions de réparations, pourtant prévues dans le traité de paix signé avec l’Allemagne en 1919 à Versailles.

D’ailleurs, alors que quatre ans s’étaient écoulés depuis l’armistice du 11 novembre 1918, presque chaque numéro de la presse locale ou nationale, consacrait quelques lignes aux hommages aux soldats, aux commémorations des batailles de la Grande Guerre ainsi qu’aux activités mémorielles des associations d’anciens combattants. Les décorations octroyées à titre posthume aux poilus morts en héros sur le front étaient systématiquement mentionnées. Chaque rapatriement de leurs dépouilles en terre natale à la demande des familles faisait également l’objet d’un court article. A titre d’exemple, le 27 août 1922, le journal informait du retour des cendres d’un soldat tué à Verdun en 1916 et originaire de Beaucouzé (49). Les restes d’un cousin germain de ma grand-mère et de mon grand-père paternels, tué en 1915 à Neuville Saint-Vaast avaient été ramenés au Lion d’Angers dans des conditions similaires, peu de temps auparavant.

En tout état de cause, ce qui frappe à la lecture du Petit Courrier, c’est l’omniprésence rédactionnelle du conflit mondial récent. Manifestement le traumatisme de la Guerre de 14-18 était loin d’être cicatrisé et a fortiori assumé. Chaque numéro s’attardant, d’une manière ou d’une autre, sur la souffrance encore vive de la population qui continuait de pleurer ses « martyrs » dont les noms étaient désormais inscrits sur les monuments aux morts, érigés en leur mémoire dans chaque village. La saignée infligée par la guerre avait été d’autant plus rude que la classe d’âge sacrifiée en grand nombre était précisément constituée de jeunes adultes. Ceux-là même qui auraient dû être, dans ces années d’après-guerre, les forces vives de la Nation, dans les champs comme dans les usines, et d’abord dans les familles.

Heureusement, le journal dont une grande partie de la population prenait connaissance dès l’aube grâce à une distribution de portes à portes, comportait d’autres informations que celles, peu réjouissantes, liées aux conséquences douloureuses de la tragédie passée.

Parmi ces actualités réconfortantes, il y avait d’une part les naissances dont la liste était publiée chaque jour pour celles de la veille et, bien sûr, les manifestations festives, ludiques, voire économiques comme les comices agricoles qui attestaient, chacune à leur manière, de la capacité de résilience collective du pays malgré le deuil qui l’affligeait.

Parmi les « bonnes nouvelles » il y avait les fêtes votives et villageoises, comme le feu d’artifice du Lion d’Angers du 27 août 1922 et la retraite aux flambeaux qui s’ensuivit portée par « une assistance nombreuse et enthousiaste ».

Dans l’édition du 28 août 1922 et les suivantes, un article était également dédié aux courses du Lion d’Angers, bourg d’origine de la plupart de mes aïeux paternels, à l’hippodrome de Durval sur la route de Vern d’Anjou qui avait été rénové pour la circonstance et où furent accueillis des parieurs en grand nombre mais surtout des foules d’amoureux de la race chevaline. Etaient présents lors de l’inauguration tous les notables aristocratiques et les élus de la région, dont le quotidien publia scrupuleusement une liste exhaustive. On se serait cru aux temps heureux de la Belle Epoque, où les toilettes de la comtesse de Tredern et de la duchesses de Brissac rivalisaient avec celles de la baronne de Candé.

Petit Courrier daté du 29 août 1922

S’agissant de l’état civil « heureux », le Petit Courrier publiait le mardi 29 août 1922 la liste des naissances de la veille à Angers. Et parmi celles-ci, était mentionnée celle de Renée Pasquier, le lundi 28 août 1922 au domicile de ses parents. En fait, le couple Pasquier louait depuis quelques semaines seulement un petit appartement au rez-de-chaussée d’un immeuble du 65 de le rue de la Madeleine. Au regard des standards actuels, il serait même considéré comme  » très » modeste car il ne comportait (à ce moment-là) que deux vraies pièces, à savoir une cuisine assez vaste mais sombre, dotée de l’eau courante, ainsi qu’une grande chambre avec fenêtre sur cour, communiquant avec un « bow window » vitré assimilable « avec un peu d’imagination  » à un jardin d’hiver ou à un cabinet de toilettes fictif. Les « commodités » étaient extérieures et collectives, et un jardinet fermé au fond par un puits était mis à la disposition des locataires, charge à eux d’en faire un potager.

C’est en ce lieu que Renée Pasquier qui nous a quittés le 23 octobre 2016, passa son enfance et sa jeunesse en compagnie de ses trois frères et de leurs parents.

Nul ne sait d’ailleurs quand elle décéda, si à 94 ans elle avait gardé le goût de vivre et si cette mort qui l’arrachait à l’affection des siens ne correspondait pas à un souhait qu’elle avait parfois exprimé devant moi à plusieurs reprises, de rejoindre Marcel Pilet (1919-1996) son amour et le père de ses sept enfants. L’âge venu, l’absence de son époux lui pesait et elle s’indignait de ne plus jouir de la liberté de se déplacer comme elle l’entendait. Cette liberté d’être et de se mouvoir qu’elle élevait devant moi au rang de vertu cardinale, qu’incarnaient à ses yeux « Le temps de cerises » de Jean-Baptiste Clément, et son vélo qu’elle enfourchait avec vivacité pour parcourir jadis « la rue Saint-Léonard jusqu’à la Madeleine ».

Mariage de Renée et Marcel – Angers le <6 juin 1943 – les deux familles

Elle avait épousé Marcel Pilet, un gars du quartier de la Madeleine, le 6 juin 1943 à Angers, un beau gaillard de trois ans son ainé, une personnalité chaleureuse, attachante et vif d’esprit, un cheminot aussi doublé d’un talent de jardinier hors pair. Et ils ne se quittèrent plus jusqu’à son décès à l’automne 1996, terrassé par une crise cardiaque en voulant arracher un « putain » de noisetier sauvage qui parasitait le mur de sa maison. Sans rire, Marcel m’a appris deux choses fondamentales dont j’use encore septuagénaire: nouer une cravate et me convaincre que le sécateur était l’outil principal de quiconque souhaite cultiver un jardin!

Depuis la disparition de Marcel, Renée avait, en tout cas, perdu une partie d’elle même et de sa joie de vivre . Mais, ne communiquant que rarement ses peines, ses regrets intimes ou ses secrètes fêlures, elle s’accrocha sans maudire, manifestant au contraire un certain optimisme qu’elle puisait probablement dans l’amour inconditionnel de tous les enfants qu’elle avait mis au monde. De la sorte, sa gaité, sa confiance dans l’avenir et son volontarisme rendaient sa compagnie agréable. Recherchée même par ceux qui l’entouraient. Ses voisins de la rue Charles Péguy!

En tout cas, elle ne confiait pas ses tracas au neveu que j’étais et qui ne la rencontrait qu’épisodiquement lors de mes rares passages à Angers. Elle se contentait de m’accueillir les bras ouverts, le sourire aux lèvres. Et si, malgré tout, elle faisait part de sa lassitude, c’était sur un ton badin ou implicitement au détour d’une remarque générale sur la dureté de la vie. Le plus souvent pour évoquer les difficultés notamment de santé, de tel ou tel des siens, et au premier chef, de ses enfants.

Ce dont je peux attester sans forcer le trait, c’est que ce n’était pas par devoir qu’on se rendait chez elle, dans le quartier de Saint-Léonard, mais par plaisir d’échanger avec elle et d’entendre des nouvelles de la famille. Elle était, à cet égard, l’incontournable référence, la mieux informée et même fréquemment l’ultime recours, en particulier pour les rameaux les plus éloignés dans notre arbre généalogique commun, comme ceux du Lion d’Angers des années trente ou quarante du siècle dernier.

Sœur ainée de mon père Maurice Pasquier (1926-2017) elle lui portait une affection profonde et protectrice. Et ce, depuis toujours. Lui-même lui téléphonait régulièrement de Massy où il résidait depuis de nombreuses décennies, et ses derniers voyages à Angers, malgré les handicaps de la vieillesse lui étaient en grande partie consacrés. Cette affection réciproque, fondée sur une complicité jamais démentie et une grande connivence depuis l’enfance, se prolongea jusque dans les dernières étapes de leur vie.

Le 28 aout 2022 elle aurait eu cent ans.

Elle était le deuxième enfant et la seule fille d’une fratrie qui en comprendra quatre. Sa mère Marguerite Cailletreau (1897-1986), native du Lion d’Angers était couturière et son père Marcel Pasquier (1892-1956), cheminot à la gare Saint-Laud d’Angers. Bien que né à Vervins dans l’Aisne, ce dernier était lui-même issu d’une famille implantée de très longue date sur les rives de l’Oudon, au Lion d’Angers et dans ses environs. Engagé dans un régiment de chasseur d’Afrique en 1910, il avait été affecté sur le front français durant la Grande Guerre, et c’est à l’occasion d’une permission en décembre 1917 au Lion d’Angers chez un de ses oncles, qu’il rencontra Marguerite.

Tout indique que ce fut le coup de foudre puisqu’ils se marièrent au Lion d’Angers le 21 octobre 1918 moins de trois semaines avant l’armistice. Après avoir participé aux derniers combats en Alsace et en Lorraine, et à l’occupation de la Rhénanie et du duché de Bade, Marcel fut démobilisé au cours de l’été 1919 non sans avoir contracté entre temps la redoutable « grippe espagnole » qui lui valut plusieurs semaines d’hospitalisation à Strasbourg et en région parisienne.

De cette union naquit en août 1920 à Saint-Pierre-Corps, un premier fils, Marcel Pasquier (1920-1999)…

Tel était l’environnement affectif de Renée lorsqu’elle vit le jour, il y a cent ans.

Renée à 19 ans en 1941

Son existence par la suite ne fut pas toujours un long fleuve tranquille et son moral fut à plusieurs reprises mis à l’épreuve, car elle fut confrontée au malheur, notamment en 1955 lorsqu’elle perdit un enfant quelques jours après l’accouchement. Elle sut surmonter ces épreuves avec courage et fut pour tous, en exemple.

C’est la raison pour laquelle, il m’apparait juste de lui rendre hommage et d’évoquer sa mémoire au moment où la fuite du temps lui fait virtuellement franchir le cap des cent ans. Échéance que la providence qui est rarement « sainte », lui a refusé.

Il y a évidemment bien plus légitime et plus qualifié que moi pour marquer ce passage virtuel qui ne peut plus se matérialiser. J’espère qu’aucun de ses cinq enfants encore de ce monde – enfants dont elle ne cessait de se déclarer fière – ne me feront pas grief, de cette libre évocation mais très subjective de leur maman.

Je sais que ça ne se fait pas de « sabrer » le champagne dans les cimetières en parlant des défunts sans qu’ils puissent répliquer. Ou de parier sur une occurrence fictive qui ne se concrétisera pas. J’ai le sentiment que je le devais à ma chère marraine.

Bon anniversaire, malgré tout, « Tante Renée » confidente proustienne de notre « recherche du temps perdu »! Témoin d’une époque si lointaine et pourtant si proche. Si comparable par les balbutiements de l’Histoire qu’elle charrie sans relâche.

Dans sa cuisine dans les années 2000

Avec de bons yeux, la sécheresse de la vallée de la Dordogne était visible – en tout cas imaginable – du haut de la « Barre » de la Bastide de Domme, ce 30 juillet 2022. Evidemment, il fallait de « très » bons yeux, c’est-à-dire un regard non formaté par l’idéologie du catastrophisme à la mode, et une vision non abusée par des lunettes anti-UV polarisées qui accentuent les contrastes en favorisant certaines couleurs.

En d’autres termes, il fallait des yeux aptes à distinguer sans ambiguïté ce qui relève des terres cultivées récemment moissonnées de celles effectivement brûlées du fait de la canicule décrétée et d’un dérèglement climatique « fourre-tout » responsable de toutes les misères du monde, concurremment avec un coronavirus facétieux mais mortifère, et une guerre coloniale en Ukraine.

Si j’avais été journaliste, j’aurais sûrement sonné l’alerte canicule, mais en tant que simple vacancier, habitué des chaleurs plombées et estivales en Périgord Noir, je me suis naïvement contenté de noter qu’il faisait beau!

En tout cas, je me serais bien gardé de proclamer que l’été de cette année ne présentait aucune singularité par rapport à ceux de mes séjours réguliers en ces contrées depuis près d’un demi-siècle. Pourquoi en effet prendre le risque de déplaire au plus grand nombre en contredisant les nouveaux Savonarole qui rabâchent quotidiennement des records de température par rapport à tous ceux relevés dans le passé? Pourquoi contrarier tous ces prophètes du déclinisme qui nous signalent tous les accidents de la planète en temps réel? « Sachants » par hypothèse ou par présomption, ils savent et pas moi.

Ainsi, le discours dominant qu’il est désormais sacrilège de discuter sous peine d’être accusé d’un climato-scepticisme criminel avant, plus tard, d’être rééduqué, impose de croire – a contrario du doute méthodique qu’on nous enseignait jadis dans les facultés des sciences – que nous sommes en permanence au bord d’un gouffre climatique. Et, de surcroit, c’est de notre faute.

La science météorologique est devenue une religion et gare aux mécréants assimilés fascisants, qui persisteraient à s’arc-bouter sur l’esprit voltairien d’antan et sur celui des Lumières, en discutant les prévisions des modèles mathématiques, leur étalonnage et les constats qui les confirmeraient!

Gare à ceux qui simplement s’interrogeraient sur les corrélations « qualifiées d’évidentes » pour tous, sauf précisément pour les récalcitrants à la pensée unique, entre les monstrueux incendies de l’été dans les forêts françaises, quelle qu’en soit la cause, et les cyclones des Caraïbes ainsi que la montée des températures, couplée à celle des eaux océaniques et à la fonte des glaciers! Sans compter les atteintes sélectives à la biodiversité.

Gare à ceux qui timidement avanceraient que la vapeur d’eau est aussi un gaz à effet de serre aussi perturbant – voire plus que le gaz carbonique, source révélée et quasi-unique des dysfonctionnements météo de notre belle planète. Cet astre unique que les lycéens modernes sont invités à sauver de toute urgence en faisant la grève des cours et en ne consommant que des produits bio.

Ainsi, la photographie sans filtre ci-dessous aurait dû être interprétée comme un paysage de sécheresse. Mieux comme une image aride et menaçante de désertification galopante alors que la saison réputée chaude n’en est qu’à demi parcours!

Et pourtant au même endroit, j’ai continué à siroter avec insouciance sans manifester le moindre émoi autre qu’esthétique, une boisson gazeuse dans l’ombre de la statue de Jacques de Maleville (1741-1824) natif du lieu et rédacteur du Code Civil.

L’heure est pourtant de se convaincre que nous sommes coupables de cet état de délabrement annoncé de notre planète et que le gaz carbonique est le seul responsable des dérèglements de notre environnement et donc de nos sociétés.

Peu importe quand il faut sauver la planète, qu’au passage, on oublie que ce gaz carbonique est un constituant essentiel du « vivant »! Qu’il est le nutriment des plantes qui le fixent dans leurs bois et leurs feuilles – oxydo-réduction – au travers du phénomène de photosynthèse! Peu importe qu’on oublie qu’en l’absence – heureusement totalement improbable – de ce gaz non toxique dans l’atmosphère, la végétation disparaitrait et avec elle une grande partie affamée des espèces vivantes dont nous-mêmes.

Mais qu’en est-il en réalité? Et quelle est l’ampleur de cette menace d’élévation imminente et irréversible des températures qu’on nous annonce du fait de l’effet de serre?

L’organisme d’expertise mondiale en la matière est le Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat ( GIEC). Lequel est à la religion climatique ce qu’est le Vatican à la religion catholique depuis le dogme de 1870 sur l’infaillibilité papale.

Comme la curie romaine, le GIEC est composé d’éminences en l’occurrence universitaires à défaut d’être théologiques, convaincues et sérieuses qui publient régulièrement des rapports. Ceux-ci font scientifiquement autorité et aboutissent tous ou presque à des conclusions alarmantes sur notre avenir climatique.

Il faut bien sûr les lire avec attention mais comme les contrats d’assurances, il faut tout lire, y compris ce qui est écrit en « tout petit ». Et c’est souvent ingrat.

Ainsi on apprend que « les émissions de gaz carbonique du monde entier ont réchauffé la Terre de seulement 0,007 degré Celsius en 2019 avant les confinements liés à la pandémie COVID 19. Et la France, pour sa part, n’en est responsable que de 0,9% soit 0,00007 degré Celsius. »

En réalité, ces chiffres sont publiés dans un ouvrage récent (juin 2022) – Impasses Climatiques et les contradictions du discours alarmiste sur le climat. Son auteur François Gervais est un physicien, professeur émérite d’université et « expert reviewer » des derniers rapports du GIEC. En fait ces résultats ne sont pas directement cités par le GIEC mais ils sont aisément calculables à partir des données publiées par ledit GIEC sur la base des masses cumulées exprimées en milliers de tonnes d’émission annuelle de CO2 dans le monde et de l’augmentation de température moyenne prévue par les modèles dont s’inspire le GIEC. Le détail du calcul figure dans l’ouvrage précité.

Le résultat est sans appel : 0,007 °C +/- 0,003°C en moyenne à la surface du globe sur une année au rythme actuel des émissions de gaz carbonique. Lesquelles, en première approximation sont imputables pour l’essentiel aux énergies fossiles.

En tout cas, ce résultat étonnant permet assurément de tempérer certaines prévisions alarmistes et surtout certaines imputations à court ou moyen terme du dérèglement versus réchauffement climatique. Et ce qui frappe, c’est qu’il résulte directement de données du GIEC lui-même.

 » Au rythme d’émissions actuelles, le réchauffement évalué en reprenant les chiffres du rapport AR6 2021 du GIEC ne dépasserait pas d’ici 2050, année déclarée objectif de neutralité carbone 0,06 °C pour la fraction imputable au principal émetteur, la Chine qui consomme la moitié du charbon mondial » (François Gervais)

Si, malgré tout, les relevés météorologiques montraient une dégradation inquiétante, durable et répétitive du climat dans la période contemporaine considérée, il faudrait, bien sûr, rechercher d’autres relations causales que les seules émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines. Et il n’en manque pas dans l’arsenal de la cosmologie!

De même, cette vision moins pessimiste de la situation climatique n’implique en rien qu’il faille se désintéresser des atteintes répétées que nous portons à notre environnement et causées par la pollution industrielle ou agricole. Rien ne justifie non plus de ne pas se préoccuper de l’intégrité de notre écosystème, sauf à hypothéquer gravement le futur de l’humanité et avec elle, de l’ensemble des espèces vivantes. .

Au fond, notre seul guide doit être, en toutes circonstances, la Raison au sens des Lumières et non le dogme de la révélation!

Demeure malgré tout une question qu’on ne pose qu’en prenant le risque d’être taxé de « complotiste » l’accusation absolue des temps modernes: Pourquoi nous traite-t-on comme des enfants? Pourquoi cherche-t-on à nous faire passer des vessies pour des lanternes?

Jacques de Maleville à Domme

Ref;

Ouvrage de François Gervais, Impasses climatiques – les contradictions du discours alarmiste sur le climat-

Editions l’Artilleur juin 2022- L’ouvrage est parfois un peu technique mais les passages concernés peuvent être aisément contournés sans remettre en cause la pertinence et la compréhension des démonstrations.

Ma mère avait pour habitude – et ce depuis toujours – de renseigner des petits carnets, souvent des agendas, sur lesquels elle mentionnait ses activités, ses rencontres du jour, les fêtes auxquelles elle participait, ainsi que les spectacles auxquels elle assistait. Parfois elle faisait état de ses appréciations, lorsque par exemple elle s’était régalée au cours d’un diner auquel elle avait été invitée.

Pudique, elle faisait cependant rarement état de sentiments personnels et encore moins de ses peines ou de sa détresse face à telle ou telle épreuve de la vie. A la rigueur, si elle s’y résolvait, c’était de manière détournée en signalant ses visites répétitives à ceux ou celles de ses proches, gravement malades. Ses carnets n’étaient donc pas, à proprement parler, des journaux intimes.

Sans prétention littéraire, ces carnets n’avaient, à ses yeux, d’autre vocation que de lui servir d’aides mémoire des événements marquants de sa vie quotidienne. Une ligne suffisait, là où d’autres, plus prolixes auraient rédigé des pages avec une arrière-pensée écrivaine. Pas elle, car elle n’avait pour seule ambition que de rendre compte, à sa manière, du temps qui passe et d’en conserver factuellement la mémoire.

Ainsi quelques années après sa disparition, il est encore possible de reconstituer sans fioritures inutiles, l’essentiel de ses journées. Ou du moins ce qu’elle en retenait ou qui lui apparaissait pertinent, sans le moindre souci de laisser une trace pour la postérité. Sa ligne quotidienne d’écriture, presque une ligne de conduite, était rédigée à son propre usage. Exclusivement dans le secret de sa cuisine!

Etrangère à l’informatique de bureau, qu’elle ne découvrit avec méfiance que devenue octogénaire, ma mère constituait elle-même ses propres fichiers manuscrits, et n’en retenait que ce qu’elle voulait et à sa guise. Dans cette perspective, elle les datait de même que les photographies qu’on lui offrait ou les clichés qu’autrefois elle réalisait elle-même de ses œuvres picturales.

Reprenant ses précieux carnets, je me dis qu’aujourd’hui ce qu’elle racontait de ses déplacements, de ses achats en supermarché, de ses promenades, de ses visites ici ou là et donc par déduction de ce qu’elle aimait ou de ce qu’elle ressentait face à telle ou telle situation, useraient d’autres créneaux que sa plume qui consignait, au jour le jour, quelques mots sur un petit carnet.

Les technologies numériques et les connexions permanentes à une sorte de « Big Brother  » mondialisé et menaçant rendent désormais parfaitement inutile l’exercice synthétique d’introspection quotidienne auquel se livrait ma mère.

Sans s’adresser directement aux intéressés, le monde entier est désormais en capacité de savoir et de stocker en temps réel sur des « data center » de quoi se compose, chaque jour, les existences de chacun. Intrusive, la civilisation numérique qu’on nous présente comme l’indicateur indépassable de la modernité, sait exactement le nombre de litres que consomment nos chasses d’eau, lorsque la nuit on se lève pour satisfaire un besoin pressant. La compagnie des eaux nous a en effet imposé d’autorité un compteur connecté. Il en est de même du fournisseur d’électricité, qui peut compléter l’information de son confrère fontainier en précisant si nous avons éclairé la pièce. Tous les deux connaissent la fréquence de nos pérégrinations nocturnes, indicateurs probables de dysfonctionnements prostatiques à transmettre à un urologue via un serveur approprié!

Sortant de chez moi le matin, les autorités administratives et, le cas échéant, judiciaires, peuvent savoir très précisément où je me rends, grâce aux caméras de surveillance qui filment les rues mais grâce surtout à mon téléphone portable, androïde et imperturbable mouchard, qui bipe à proximité des antennes relais quadrillant le territoire et me localisant à chaque instant.

D’ailleurs, si d’aventure je me livre à un achat même minime comme une baguette de pain « Tradition » avec une carte bancaire bleue, Visa ou autre, l’inspecteur des impôts qui soupçonnerait une fraude déclarative saurait, le moment venu, me confronter à mes possibles turpitudes et en aviser qui de droit. En application d’une obscure et liberticide législation en vigueur, toutes mes économies sont d’ailleurs désormais mises en relation numérique, aux biens que je possède et à mes revenus, au cas où, bénéficiant d’un conflit d’intérêt ou de rentrées d’argent suspectes, je profiterais de mes modestes placements à la Caisse d’Epargne pour blanchir de l’argent sale.

Bien entendu, les péages d’autoroute complèteront cette « nécessaire » vigilance ou suspicion permanente. Il en est de même des caméras routières et autoroutières, signalées ou non, éventuellement installées sur des véhicules privés délégataires inavoués – et inavouables – du service public de la fiscalité, qui apporteront en sus toutes les infos indispensables à l’exhaustivité de mon curriculum vitae infractionnel de délinquant potentiel. On pourra même, si nécessaire, les associer judiciairement à un regard déplacé sur les cuisses du sexe opposé – par définition harcelant – capté par un brave pandore armé d’une paire de jumelles enregistreuses.

Ainsi, sans fournir le moindre effort de concentration et d’écriture comme le faisait ma mère, tout le monde sait tout de moi, mieux que moi, sauf peut-être moi.

Ce qui rassure malgré tout, c’est que cet arsenal monstrueux, cet inquisiteur mais omniprésent dans tous les pans de nos vies intimes et privées, n’a qu’un seul objectif, d’ailleurs hautement louable aux dires des bienveillantes autorités, des ligues de vertu et des associations citoyennes de leçons de maintien. Il vise simplement à assurer et à renforcer ma sécurité et ma quiétude d’éternel assujetti ou d’assisté sous tutelle publique, coupable putatif de fraude, mais présumé innocent. Et dans la foulée, de protéger mes semblables de mes méfaits redoutés!

Rien de plus logique donc à ce que, dans ce contexte, on nous impose un fil à la patte, invisible et permanent, pour prévenir tout écart à la norme et vérifier qu’on ne commet pas d’imprudence condamnable! Big Brother veille.

Photo Internet

Et pour faire bonne mesure et compléter ce tableau numérique de précautions autoritaires, il faudrait ajouter à ce traquenard de bonnes intentions et à ce flicage prétendument salutaire, « le dossier médical partagé » et la carte vitale. Mortifères de nos libertés, ils permettent d’ores et déjà à n’importe quel toubib ou apothicaire connectés d’accéder à une connaissance précise de notre première vérole et ainsi de protéger la société de nos agissements irresponsables de malades présumés contaminants. Et peut-être de nous soigner par téléconsultation si on réside dans un désert médical.

Alors, pourquoi se plaindre d’être en permanence en liberté étroitement surveillée, sauf évidemment à déplorer à l’exemple de Jacques Brel jadis, que « le monde sommeille par manque d’imprudence »?

Tout bien pesé, je préfère finalement les carnets de ma mère aux « data center » centralisateurs et intégrateurs de mes moindres humeurs, qui renseigneront le ministre de l’intérieur, celui de la santé, de la justice et même celui des finances, sur la composition de mon sang et sur les gènes à risque que m’auraient transmis mes ancêtres!

Du triptyque de la République, la liberté souvent décriée comme source d’inégalité devient urgente à défendre.

C’était le 7 juillet 2010, il y a douze ans. Louisette nous quittait, en nous laissant tous orphelins. Qui, d’une maman, qui, d’une épouse, qui, d’une fille et qui d’une sœur. Tous les autres perdaient une amie accueillante, généreuse, imaginative et empressée. Une confidente aussi.

Juillet aout 1953 au Lion d’Angers – Louisette au centre

Un dessin sur la stèle de sa tombe au cimetière de Massy évoque une nuée d’étoiles s’élançant vers le cosmos… Pourquoi pas? Pourquoi ne pas s’imaginer que parmi les quelques deux cents milliards de soleils de notre Voie Lactée, quelques unes d’entre elles, font passer son message d’humanité jusqu’au tréfonds de l’univers.

En tout cas, nous, ce message qui ne peut échoir dans le néant, nous ne l’oublions pas, et, le moment venu, il sera du voyage, avec nous.

 » Les filles » – mes sœurs. Louisette en haut à gauche

Ce billet aurait pu et dû être titré: « la Honte en Anjou « … Car les rafles des juifs qui se déroulèrent, il y a tout juste quatre-vingt ans, à Angers – ma ville natale – constituent bien un des épisodes les plus déshonorants de l’histoire du Val de Loire angevin. Sinon le plus abject et ignominieux de toute la période contemporaine. Et pourtant, il fut longtemps banalisé au rang des drames classiques de la guerre.

Ce n’est heureusement plus le cas. Car les crimes génocidaires ne relèvent plus du droit commun des crimes « ordinaires ». Et de fait, la participation active sous les ordres de l’occupant nazi, du Préfet pétainiste de Maine-et-Loire, du commissaire central de la police locale, du commandant de la gendarmerie départementale et enfin de la plupart des gardiens de la paix de la police municipale à l’arrestation massive des juifs de l’Anjou et des Pays de Loire au cours de l’année 1942 relève indiscutablement d’une entreprise criminelle hors norme.

Une « opération » génocidaire assumée conçue par la folie antisémite d’Hitler et qui visait à éradiquer totalement les juifs d’Europe.

Il est possible – au moins s’agissant de la première rafle importante du 15 juillet 1942, que les différents protagonistes français, hauts gradés et exécutants subalternes, se soient laissés berner par l’illusion arrangeante que les personnes arrêtées – juridiquement coupables d’exister – seraient ensuite transférées dans des camps de travail à l’Est pour soutenir l’économie allemande. Un fantasme évidemment, en forme d’excuse inexcusable, car d’aucuns ne pouvaient ignorer ni la cruauté, le racisme et l’antisémitisme viscéral des nazis, ni la duplicité du régime de Pétain qui avait promulgué dès octobre 1940 des lois racistes excluant de facto les juifs de la communauté nationale.

Sans trop d’états d’âme, une grande majorité de ces consciencieux rond-de-cuir censés incarner l’autorité d’un état français fantoche, avait d’ailleurs fait appliquer les lois ignobles de Vichy et fait sanctionner les contrevenants juifs, c’est-à-dire de braves gens qui, pour tout crime, avaient omis de se déclarer « israélites » ou qui avaient pénétré indûment dans des lieux qui leur étaient désormais interdits.

En octobre 1942, lors de la seconde vague d’arrestations en Anjou, les fonctionnaires locaux du régime de collaboration en Anjou, préfet régional en tête, ne pouvaient plus miser sur leur innocence ou sur leur candeur quant aux intentions criminelles de leurs donneurs d’ordre. Ils savaient ou pressentaient l’horreur qui attendait ces malheureux à la sortie des trains et des wagons réquisitionnés et insalubres dans lesquels ils les avaient poussés à la hâte. Le lieu d’embarquement, le quai dit « du Maroc » proche de la gare Saint-Laud d’Angers, grouillait de monde, incrédule et apeuré. Mais les responsables savaient, grâce notamment aux informations que diffusaient clandestinement les mouvements de Résistance en particulier communistes que l’avenir de ces pauvres gens était très sombre. Pour ne pas dire plus!

Les autorités françaises ne pouvaient donc ignorer la tragédie qui se jouait ici et le sort réservé à ces innocents qu’on dépouillait sous leurs yeux. Elles n’eurent aucune excuse sauf celle de leur lâcheté. Elles ne furent – quoiqu’elles déclarèrent ultérieurement pour atténuer leur responsabilité – que de pitoyables complices d’un crime contre l’humanité, en d’autres termes, des supplétifs du nazisme et de l’ennemi.

C’est d’autant plus évident qu’il est désormais établi que la collaboration effective et même volontariste avec les SS et la Feldkommandantur, de la haute administration française fut indispensable à la réalisation de ces infâmies. Chez ces fidèles « serviteurs de l’Etat » elle atteste monstrueusement d’une perte totale d’humanité et même de sens civique, alors que deux ans auparavant ils vivaient encore en République et jouissaient, hors des heures de bureau, d’une réputation de bons maris – ou presque – de bons pères de famille et de bons chrétiens.

Comme les rafles du Vel d’Hiv à Paris – mais dans des proportions bien moindres – les arrestations angevines concernèrent tous les juifs résidant en Anjou, qu’ils soient réfugiés ayant fui les persécutions antisémites du Troisième Reich en Allemagne, qu’ils aient quitté les pays de l’Est envahis en 1939 et 1940, ou qu’ils soient habitants de longue date la capitale des ducs d’Anjou.

Comme partout ailleurs, ces rafles constituèrent en Anjou, province pourtant réputée pour sa douceur de vivre, la première phase de la « solution finale de la question juive », promulguée par Hitler et Himmler. La seconde – finalité ultime de cette barbarie – étant l’assassinat programmé des juifs d’Europe dans des camps d’extermination comme celui d’Auschwitz-Birkenau en Pologne.

L’ouvrage de l’historien Alain Jacobzone, « L’éradication tranquille » édité dans la collection Faits et Gestes aux éditions Ivan Davy en avril 2002 est à cet égard sans ambiguïté et parfaitement démonstratif. A lire et relire à l’occasion de ce triste anniversaire, car il dresse un tableau glaçant et documenté de cette collaboration servile de l’administration française locale avec les bourreaux.

Sans la contribution de la police municipale angevine et de la gendarmerie nationale locale, les nazis n’auraient pas pu, en effet, mener à bien ces sinistres opérations. Le chef des SS angevins admettait sans ambages que  » les SS ont actuellement trop d’occupations pour procéder eux-mêmes aux arrestations »!

On ne dira donc jamais assez la répulsion rétrospective qu’inspire globalement l’action de la police municipale d’Angers et de la gendarmerie française d’alors. A quelques exceptions près de gardiens de la paix ayant manifesté une bienveillance protectrice à l’égard de victimes, les deux institutions policières locales jouèrent un rôle déterminant dans la concrétisation de ce crime de masse.

Ce constat et ce sentiment ne remettent pas en cause l’audace de certains fonctionnaires, proches des milieux résistants ou catholiques, qui, bravant leur hiérarchie, tentèrent de prévenir quelques juifs et parvinrent à leur faciliter la fuite après les avoir convaincus de quitter leur domicile.

Chacun a entendu parler, parfois au sein de sa propre famille, de personnes courageuses et discrètes qui, du fait de leur fonction, purent fournir des faux papiers à des fuyards. Certains autres enfin éprouvèrent une réelle compassion à l’égard de ceux qu’on expulsait de leurs foyers sans autre motif que leur judéité.

Dans son ouvrage, Alain Jacobzone fait en outre état, archives à l’appui, de l’hésitation de quelques responsables politiques à collaborer avec l’occupant. Quoiqu’il en soit le crime fut commis!

La principale rafle de grande envergure eut lieu le 15 juillet 1942, vingt-quatre heures avant le déclenchement de la tristement célèbre rafle du Vel d’Hiv à Paris, et la seconde le 20 octobre 1942.

Globalement, elles furent exécutées avec zèle par les policiers et les gendarmes.

Au-delà des souhaits et des demandes explicites, exprimés par les occupants nazis qui ne visaient dans un premier temps que les étrangers, la police et la gendarmerie, accompagnées de soldats allemands, arrêtèrent sans distinction les juifs de nationalité française et tous ceux qui s’étaient réfugiés en France en provenance des pays d’Europe centrale. De surcroit, elles ne tinrent pas compte du critère d’âge, raflant indifféremment, enfants et vieillards, et même ceux qui étaient handicapés.

Consignes en français du Service SD (Sicherheitsdienst) – Service de maintien de l’ordre des SS

Une fois arrêtées, toutes les personnes furent internées dans des conditions inhumaines au Grand Séminaire de la Rue Barra à Angers, où elles furent délestées de leurs bijoux ainsi que des maigres biens qu’elles avaient apportés en toute hâte dans les minutes précédant l’expulsion de leur domicile et sa mise sous scellés.

Deux jours plus tard, traversant la ville dans des bus affrétés par la police angevine, elles furent entassées sans ménagement, sans nourriture et sans installation d’hygiène dans des wagons qui les conduisirent directement vers les camps d’extermination, en particulier celui d’Auschwitz-Birkenau.

Ainsi, le convoi n°8 quitta Angers le 20 juillet 1942...Au total, sur les cinq-cents « israélites » recensés par les services de police angevins à la demande des allemands, moins d’une trentaine aurait échappé au massacre à Auschwitz, tantôt gazés dès leur arrivée, tantôt exécutés, tantôt affamés.

Horrible statistique!

Tout juste, quatre vingt ans après la réunion du 30 juin 1942 à Paris, à laquelle furent conviés les commandants SS de province afin d’organiser les grandes rafles de juillet et inciter Vichy à mettre à disposition ses quelques 100000 policiers, que reste t-il dans notre mémoire collective de cet épisode lamentable de notre histoire? Et quelles leçons en a t-on tiré pour prévenir à l’avenir les crimes contre l’humanité et châtier les coupables de génocides.

Aujourd’hui le droit pénal international s’est enrichi. Il permet en principe de réprimer ce type de dérives mortifères. Mais quel que soit l’arsenal de mesures juridiques adoptées depuis la dernière guerre mondiale, et l’existence d’un tribunal pénal international châtier les coupables, les exactions racistes ou les crimes de guerre n’ont jamais cessé comme en témoigne la montée actuelle en France de l’antisémitisme sous la pression d’un islamisme salafiste de plus en plus envahissant. Comme en témoigne également la guerre d’agression en Ukraine décidée avec cynisme par le dictateur russe Poutine. Et tant d’autres crimes ou génocides à travers le monde au cours du dernier demi-siècle!

Les rafles de juillet 1942 sombrent dans l’oubli, la totalité des acteurs a aujourd’hui disparu, seuls demeurent quelques rares témoins qui se souviennent de ces événements qu’ils ont entrevus pendant leur tendre enfance. Hormis ceux qui connurent directement des victimes de ces épouvantables tueries et qui peuvent encore évoquer quelques souvenirs, seuls certains proches de témoins, alors tétanisés par la peur et impuissants face à l’impensable, l’inconcevable et l’indicible peuvent en parler en leur donnant chair.

Et justement, c’est là que se situe notre « devoir de mémoire » ! Rappeler que l’impensable peut être pensé. Que l’improbable peut arriver. Que l’horreur est une menace permanente. L’actualité nous le prouve quotidiennement. Le devoir de mémoire, c’est donc, avant tout, un devoir de vigilance!

Plaque commémorative de gare d’Angers

Depuis soixante-treize ans que je traîne mes guêtres ici-bas sans me faire d’illusion sur l’au-delà, j’ai entendu des milliers de fois, de savants personnages, experts en sociologie politique ou en girouettes aérodynamiques, affirmer avec l’autorité d’éminents et médiatiques universitaires, que nous vivions une époque de « transition ». D’autres parlaient plutôt de « mutation ».

Ils n’avaient – stricto sensu – pas tort. Car que faisons-nous au cours de notre existence, sinon osciller entre deux états stables – entre deux dates reliées par un tiret – dans l’attente de laisser la place aux suivants et de constater que le monde évolue, parfois avec nous mais le plus souvent sans nous? Soyons déjà contents quand ce n’est pas carrément contre nous. Tout transite et tout mute, y compris, comme on l’a éprouvé récemment à nos dépens, nos cousins les virus, pourtant si éloignés de nous dans l’échelle de l’évolution des espèces.

Mais, depuis quelques années, cette transition est devenue urgemment climatique et le vocabulaire la qualifiant s’est enrichi d’adjectifs ou de tautologies proches du truisme ! Désormais, en effet, il n’y a guère d’épisodes ponctuant cette interminable transition ou mutation – ce tricotage et détricotage du monde – qui échappent à la qualification devenue classique « d’historique » et « d’inédite ».

Relatés avec gourmandise par les chaines télévisuelles d’information continue et par les réseaux sociaux, tous les événements sont réputés inaugurer une ère nouvelle, qui quoiqu’on prétende est étrangement semblable à celle que nous connaissons depuis toujours, juste écornée par l’érosion d’un temps qui nous échappe. Semblable en particulier par les comportements qu’elle induit et les questionnements qu’elle adresse à l’humanité! Laquelle imbue de sa prétention à incarner l’universel est trop fréquemment myope sur la marche réelle du monde qui nous entoure jusqu’aux confins de l’univers.

L’espèce humaine n’a en réalité guère évolué depuis des millénaires. Et les « Lettres à Lucilius » écrites par Sénèque, le stoïcien, au cours du premier siècle de notre ère apparaissent toujours d’une étonnante modernité. Ses écrits font toujours sens, car l’homme qu’il décrit, vivant du premier siècle est aussi celui du vingt-et-unième…

Tricotage : un point à l’envers, un point à l’endroit

A telle enseigne, que nous ne sommes plus vraiment en capacité de dire si ce que nous percevons relève du réel ou du virtuel, ou des deux à la fois. Et, cerise sur le gâteau, nous ne savons même pas si nous en sommes les acteurs, les spectateurs tolérés et obligés, ou simplement des voyeurs dociles, indolents et impatients, avides de déroutantes infos.

Notre seule certitude, c’est l’incertitude face à l’agitation du monde et au mouvement continu censé produire de la nouveauté « disruptive ». En bref, on considère comme acquis que rien n’est pérenne, rien n’est banal, pas même certains phénomènes cycliques qui jadis relevaient de l’ordinaire. L’exceptionnel devient la règle, relayé par une communication intrusive qui, à chaque instant, gouverne nos destins et nos pensées.

Ainsi, en est-il de la météo mondiale dont le moindre caprice aux antipodes est désormais entendu comme le symptôme d’un futur apocalyptique. Interprété, sur le champ, comme un phénomène cataclysmique autrefois rarissime mais dont la fréquence qu’on pressent croissante, est (serait) annonciatrice de grands et brutaux dérèglements. A cet égard, les prêches des experts sont d’autant plus convaincants et inquiétants qu’ils sont légitimés par de laborieux consensus conciliant à la fois d’indiscutables constats et leurs causes présumées ainsi que les intérêts à agir des parties prenantes dans leur élaboration. Construits au cours de colloques internationaux, ces compromis requièrent un unanimisme partisan, mondialisé et fréquemment de façade, et servent de cadre à de nouveaux paradigmes sur « l’avenir de la planète ». De ces travaux, émerge une conception idéologique de la modernité fondée sur ce qu’il est convenu d’appeler la sobriété consumériste, en réalité sur des interdictions, un refus plus ou moins explicite du progrès et des restrictions aux libertés individuelles.

Il serait malséant, dans ce contexte, de s’interroger sur la pertinence de cette pensée unique, ainsi que sur les prévisions surréalistes et les déluges, qu’elle nous promet en cas d’insoumission au dogme. Et surtout, il serait condamnable de se revendiquer du « doute méthodique » de la science et de réfléchir à d’éventuelles autres causes que celles qu’on nous assène. Il faut donc se persuader que, demain, par un effet papillon illustré par nos jeux de dominos, les toitures de nos demeures ne résisteront pas aux intempéries monstrueuses qui nous menacent depuis l’autre bout du monde. Pas plus d’ailleurs que les fleurs de nos jardinets de banlieue ! Les images diffusées à la télé, de braves gens écopant l’eau dans la chambre inondée de leurs enfants sont évidemment effrayantes, suffisamment éloquentes et démonstratives pour nous convaincre de notre responsabilité dans ces dérèglements « infligés à la planète ».

Sans rire, il faut se convaincre qu’après plus de quatre milliards et demi d’années d’existence, et après en avoir vu de toutes les couleurs en matière de réchauffements torrides, d’atmosphère saturée en gaz carbonique et en anhydride sulfureux, de refroidissements intenses, de volcans dévastateurs, de séismes destructeurs, de dérives des continents et de percussions avec des météorites provenant du fin fond des âges et de la galaxie, la terre – mère – doit être assurément chagrinée de l’insouciance séculaire de l’espèce humaine. Elle doit être furieuse que la dite espèce quelle considère sûrement comme sa réussite la plus grandiose, celle qui correspond au mieux à la finalité ultime dont elle s’était dotée en matière de vivant, lui fasse encore quelque misère en la réchauffant indûment!

Sauvons la planète!

Trêve d’ironie! Cette surenchère interprétative qui repose sur la confiance dont on doit créditer les grands-prêtres de cette modernité révélée et souvent accusatrice, vise presque tous les domaines de l’activité humaine et pas seulement le climat! Nous sommes cernés par l’extraordinaire, l’historique et l’inédit, en un mot par l’outrance verbale qui gangrène l’intelligence.

Tout y passe, depuis les transferts à des prix exorbitants de joueurs de foot analphabètes et starisés, dans les clubs des théocraties pétrolières jusqu’aux cours erratiques du commerce mondial imputables aux guerres impérialistes d’Etats rapaces et agresseurs comme la Russie ou la Chine.

La vie politique n’échappe pas à cette inflation d’excès de langage.

Les seuls secteurs qui paradoxalement semblent échapper à cette perception d’un renouvèlement « jamais observé auparavant » dans l’Histoire du monde, ou plus modestement dans celle du monde contemporain, sont précisément ceux où il se passe quelque chose qui tranche vraiment par rapport au passé, comme la croissance non maitrisée de la démographie mondiale, source probable des principaux dérèglements climatiques, alimentaires, sécuritaires et énergétiques. On cherche en vain les instances internationales qui abordent cette question sans sombrer dans la barbarie!

L’innovation authentique générée par la recherche scientifique singulièrement par la recherche fondamentale, passe également, trop souvent, inaperçue, sans doute considérée comme « normale », sauf lorsqu’elle peut servir d’argument à un « élu du peuple » pour vanter la pertinence de son action volontariste en faveur de l’accroissement des connaissances!  

Ainsi, logiquement, le printemps politique 2022 et ce début d’été peuvent être qualifiés d’historiques et d’inédits. La République française n’a pas vacillé alors que certains l’ont probablement souhaité. Et ce n’est pas la première fois que les équilibres entre les différentes forces politiques ont été modifiés par les électeurs. Non! La nouveauté réside dans le fait que le Président de la République, reconduit en mai sur la base d’un projet que ses détracteurs déclarent inexistant et néfaste, ne dispose pas d’une majorité absolue pour gouverner à sa guise et sans à-coup avec l’Assemblée Nationale mais d’une majorité relative que les oppositions, prenant quelque liberté avec l’arithmétique, assimilent à une minorité.

Cette conjoncture – pourtant classique – amène l’ensemble les commentateurs à écrire, à grand renfort d’éditoriaux que cette situation est exceptionnelle. Une analyse confortée, pour faire bonne mesure par des avalanches de « petites phrases assassines » échangées de part et d’autre des barricades fictives dressées pour marquer les frontières des grands principes.

Dans cette scène et ce scénario, où chacun joue un rôle de composition, la seule surprise ne tient que dans les appréciations portées sur les prestations surjouées des mauvais perdants de tous bords et par la découverte, à cette occasion, de nouveaux ringards/braillards siégeant sur les bancs de l’Assemblée Nationale.

En fait, la seule surprise attendre au-delà de ces jeux d’acteurs, ce serait l’élection le 28 juin 2022 pour la première fois dans l’épopée républicaine française, d’une femme à la Présidence de L’Assemblée Nationale. Ca ne changerait rien et ça changerait tout.

Depuis quelque temps, notamment depuis deux ans, nous avons pris conscience de l’importance de la biodiversité et de la préservation légitime de nos écosystèmes. Tout le monde y a d’ailleurs mis du sien pour nous le faire comprendre! Ainsi nous sommes parvenus à assimiler, bon gré, mal gré que la biodiversité était consubstantielle à nos existences. Et que ce postulat ne souffrait d’aucune nuance ni discussion. A ce titre, le foisonnement débridé des espèces végétales ou animales ne doit plus être artificiellement entravé.

D’ailleurs, honte à ceux qui, insensibles à l’ambiance générale, douteraient de l’universalité de cette vérité même s’il est incontestable que la biodiversité en péril ici peut se porter à merveille ailleurs. Tout dépend du contexte et de la dimension des organismes attestant du monde vivant!

Exception faite de la diversité d’opinion qui n’est plus guère tolérée hors la pensée dominante, il est impératif pour son confort personnel, de se déclarer en toutes circonstances, militant intransigeant de la préservation de la biodiversité. Pour ceux qui sollicitent en outre le suffrage populaire, c’est même devenu électoralement payant!

Biodiversité militante ; herbes folles masquant une rivière – les insectes batifolent

S’il est manifeste que certaines espèces animales ou végétales sont indûment menacées, victimes des activités humaines, d’autres formes microscopiques de vie relevant aussi de la grande famille du « vivant », prolifèrent. Insigne paradoxe rarement souligné, car ces formes le plus souvent invisibles et indétectables nous sont sans doute moins familières, sauf lorsque nous les redoutons parce qu’elles nous agressent et portent atteinte à la santé humaine à l’échelle mondiale.

Ainsi, dans le même temps où nombre de grands mammifères des forêts ou des savanes tropicales ou subtropicales ne survivent plus que dans des réserves animalières ou des parcs zoologiques sévèrement gardés, des microorganismes, peu ou prou pathogènes se jouent allègrement des obstacles médicaux ou vaccinaux qu’on leur oppose.

Devenant mutants pour contrer nos défenses, ils affichent parfois une insolente biodiversité dont nous sommes les proies et eux, les prédateurs.

La pandémie virale que nous venons péniblement d’affronter et qui – dit-on – persisterait à nous menacer, constitue à cet égard un bel exemple de cette ambivalence du vivant. Au point qu’on est parfaitement en droit de s’interroger sur la fragilité des équilibres des espèces vivantes et sur les conséquences favorables ou défavorables à terme, des modifications qui se déploient sous nos yeux. Nul en réalité ne sait répondre à ces interrogations autrement qu’au travers d’extrapolations hasardeuses ou de spéculations peu ou prou fondées.

On sait cependant avec certitude que cette pandémie virale n’est qu’une parmi d’autres tout aussi inquiétantes et qu’elle est imputable à un coronavirus d’autant plus vicieux que son génome se modifie au fur et à mesure que des parades vaccinales et médicamenteuses sont développées pour contrer son expansion, sa transmission interhumaine et sa viralité. En tout état de cause, cette COVID 19 – tel est son nom – incarne de manière éclatante la complexité et l’ambiguïté de la notion de biodiversité. Ce faisant, elle disqualifie tout discours ou doctrine manichéenne sur ce sujet.

Pour peu que nous adoptions la seule attitude qui vaille, celle socratique et raisonnable du « sachant » qui ne sait pas grand chose, nous pouvons postuler qu’au sein de l’arbre multiséculaire du vivant ou de « l’odyssée des gènes » ( ouvrage d’Evelyne Heyer ») , il faudra s’accommoder de l’idée selon laquelle nous n’occupons probablement pas une place privilégiée dans l’univers de la vie. Il n’y a en effet aucun motif autre qu’irrationnel et religieux, de penser que nous ayons vocation, plus que tous les autres organismes vivants, microscopiques ou non, à prospérer sous le soleil…

Nous ne sommes pas l’aboutissement de « l’évolution ». Juste un instant dans l’histoire du monde.

Evidemment, appartenant à l’espèce humaine, nous hésitons à faire la promotion d’une révolution copernicienne appliquée à la biologie. De tout temps, pour donner du sens à son existence, l’humanité a eu effectivement tendance à se penser comme le centre de la « création ». Et pour se doter d’un statut spécifique de l’humain, certains ont même prétendu que nous étions « créés » à l’image de « Dieu ».

Les mythes ayant la vie dure, au-delà même des liturgies désuètes qui les ont inventés, on comprend que nous éprouvions, encore aujourd’hui, beaucoup de difficultés à nous cantonner à la modeste place de « partie prenante » dans un univers du vivant en permanence remanié, sous l’effet du hasard et de la nécessité. Et comble de disgrâce, concurremment avec tous les autres êtres vivants, quelles que soient leurs natures. Et même au-delà, concurremment avec l’ensemble des représentations mouvantes et insaisissables du réel!

Ignorant tout de la finalité de ce chambardement incessant – si tant est qu’il y en ait une – et de la quintessence de cet inexplicable assemblage, nous nous bornons, par commodité et paresse intellectuelle, à circonscrire le périmètre de ce que nous dénommons la « biodiversité » aux espèces qui nous ressemblent et avec lesquelles nous aspirons cohabiter harmonieusement en conformité avec la théorie darwinienne de l’évolution. Ou plus exactement, en conformité avec la vision mécanistique de cette évolution réinterprétée à notre convenance!

Cette biodiversité revendiquée mais amputée d’une partie d’elle-même, considérée comme pathogène, invisible et sournoise, ne retient donc que les espèces « qui nous parlent », c’est-à-dire celles avec lesquelles on pense entretenir quelque connivence et défendre des intérêts communs et réciproques.

L’autre biodiversité – la sombre, celle souterraine des micro-organismes, celle de certains germes, de certaines bactéries n’appartenant pas notre biotope ou celle des virus qui colonisent l’ADN de nos cellules – est exclue de facto de ce schéma bien qu’elle procède fondamentalement des mêmes processus vitaux et de la même chimie. D’ailleurs, cette biodiversité obscure se porte plutôt bien. Présumée nous être intrinsèquement défavorable, elle est, par hypothèse, étrangère à notre solidarité d’êtres vivants et ne saurait donc entrer de plein droit dans la définition « politique » des espèces à préserver au nom de l’écologie. A détruire ou à neutraliser, elle relève alors de la médecine, curative ou préventive et non plus du projet ou planification écologiques des bateleurs d’estrades électorales. Avec elle on fait la guerre, on ne transige pas.

Pourtant, qu’on le veuille ou non, de part et d’autre de cette frontière artificielle entre la préservation de la biodiversité et la lutte contre la multiplication des mutations infectieuses, tous les organismes vivants ont pour seul objectif de pérenniser la vie en puisant, sans état d’âme, l’énergie et les ressources nécessaires, voire les machineries de leur reproduction là où elles se trouvent. Et il en est ainsi depuis la nuit des temps!

Bien entendu, il arrive que cette lutte pour la vie se conduise à notre détriment et que nous soyons temporairement démunis face aux stratégies parasitaires développées par certains microorganismes « en toute innocence ».

Dans ce contexte d’incertitudes multiples, l’espèce humaine n’a nulle raison d’abandonner le combat, de se laisser aller à la fatalité et de sacrifier sa position au profit d’une nature livrée à elle-même, considérée sans doute à tort comme la régulatrice ultime des intérêts communs de l’ensemble du vivant! Sa mission n’est pas non plus de dicter sa loi à l’ensemble des espèces, sauf à s’exposer à de cruelles désillusions ou déconvenues.

Au fond, notre raison d’être est simplement celle, universelle, de vivre au mieux. Elle n’est pas de postuler à partir de schémas utopiques, un avenir pavé de repentances et de privations castratrices et se priver du plaisir de vivre. D’ailleurs, faut-il vraiment croire que tous les dérèglements observés à notre échelle ne soient imputables qu’à l’insouciance coupable de notre seule espèce, en faisant abstraction du « mouvement » et des forces qui agitent agitent en permanence l’univers dans son ensemble.

Ce type de contresens est fréquent. C’est en particulier celui de l’idéologie de l’écologie politique, qui prend en otage la science, en transformant les savants en experts, en assimilant les lois de la nature en prescriptions d’ordre public opposables à la seule espèce humaine, et en défigurant des paysages à la française en jungle équatoriale nauséeuse, foyer de fermentations infectieuses.

Cette écologie politique fait en effet fi – croyant de surcroît, bien faire – de l’unité du vivant et de l’attitude d’humilité à adopter face à des phénomènes dont la logique n’est pas nécessairement la notre. Sans chercher à comprendre au-delà d’équations simplistes et en faisant l’impasse sur ce qui ne colle pas avec ses thèses, elle édicte des règles souvent liberticides qui consiste d’abord à confesser nos fautes à l’égard de la Nature et à faire pénitence pour notre négligence et insouciance « condamnables ».

Sous les ronces était une rivière qui chantait dans la vallée

Cette idéologie politique – désormais leitmotiv incontournable de toute propagande électorale – a pour principale conséquence, de remettre en cause les succès technologiques de jadis, de justifier une certaine inaction bienfaitrice et d’alimenter la méfiance à l’encontre du progrès. Bref de nous pourrir la vie.

Faute de procéder à une analyse globale des écosystèmes et de leurs constantes évolutions, elle n’ouvre enfin aucune perspective crédible vers l’avenir. Sauf à enjoindre à chacun d’adopter des comportements « vertueux » autrement dit conformes à la religiosité répressive de notre temps, sans espérer en escompter un quelconque bénéfice collectif mesurable.

Pour conclure et illustrer mon propos, je ne citerai qu’un exemple, celui d’une petite rivière qui serpentait jadis au fond de la vallée de la petite commune où je réside depuis plus d’un quart de siècle.

Il y a quelques années un chemin la longeait, régulièrement entretenu et débarrassé des herbes folles qui au printemps cherchaient à conquérir ses berges. Des canards ou des poules d’eau s’y posaient en quête d’insectes ou de vers de vase, voire pour chercher fortune. Ce tableau que n’aurait pas désavoué un Jean-Jacques Rousseau solitaire, a désormais disparu sous le prétexte de préserver la biodiversité des rives et de favoriser la nidation des colonies d’insectes qui sont censés s’y implanter. On ne fauche plus de crainte d’importuner la nature. Et désormais, les ronciers masquent le cours d’eau dont on ne perçoit la présence que par le biais des moustiques tigres en résidence d’été, qui s’en donnent à cœur joie pour nous piquer en complément des tiques, si, d’aventure, on pénètre cette nouvelle jungle. Mais les canards sauvages de passage ou les hérons ne savent plus se poser!

Fauchage tardif – très tardif – et biodiversité sélective obligent! Et en plus c’est moche et incommode de sa balader avec sa moustiquaire et en tenue de safari au cœur de l’Ile de France!

130 ans…

Le 16 mai 1892, naissait au Lion d’Angers, Auguste Cailletreau, dit « Tonton Henri » (1892-1975). A de nombreuses reprises ici, j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer sa mémoire. Celle d’un petit bonhomme qui ne payait pas de mine et n’aurait pas « fait de mal à une mouche » mais qui nourrissait une passion inconditionnelle pour ses chiens, les chevaux des haras de l’Isle Briand sur les rives de l’Oudon, et les chevaux-vapeurs des automobiles.

Son permis de conduire – 1920 –

Souvent, j’ai également parlé de ses malheurs, notamment de la disparition de son fils unique, mécanicien doué, décédé à 17 ans, emporté par une méningite cérébro-spinale brutale et cruelle.

Apprenti galochier au Lion d’Angers à douze ans, il est finalement devenu, par amour de la mécanique, chauffeur-mécanicien après « sa » Grande Guerre sur le front des Dardanelles, puis camionneur parcourant les routes de France en compagnie de son chien Denis! Et ce, bien au-delà de l’âge légal de la retraite! Lequel à son époque était fixé à soixante-cinq ans.

En ce jour anniversaire de sa venue au monde, cet ancien « Poilu d’Orient » fidèle à tous ceux qu’il aimait, attentif et hypersensible, discret, trop timide aussi, mais toujours disponible, aurait eu 130 ans! Inconcevable quand on se souvient qu’on l’a connu!

Sans réécrire ce que j’ai déjà écrit à son propos, je souhaite simplement profiter de l’occasion pour rappeler que cet homme – mon grand-oncle paternel – assura auprès de moi, une fonction essentielle, qui s’apparentait à celle de mes grands-pères disparus, l’un et l’autre, prématurément. Il m’a appris ‘la bricole » mais je fus un piètre disciple! Pour lui, homme d’avant l’explosion consumériste des Trente Glorieuses, un clou, même tordu, demeurait un clou et il le conservait.

Mentionner son âge désormais virtuel, car les morts ne vieillissent plus, c’est évidemment se souvenir de lui et signifier qu’il fut des nôtres sur cette planète. C’est en outre lui rendre une sorte d’hommage filial que la fatalité lui a cruellement confisqué. Enfin, c’est évoquer implicitement le mien – mon âge – en prenant soudainement et concrètement conscience de la marche du temps et des décennies qui, s’accumulant, ont progressivement mais sûrement, transformé le jeune homme qu’Auguste a connu et que j’étais encore quand il vivait, en un presque vieil homme!

Un monsieur en cours de vieillissement qui mesure quotidiennement les stigmates de l’entropie croissante sur sa propre chair. Qui regarde, impuissant les désordres s’installer et qui sait les renoncements auxquels, de gré ou de force, il doit consentir et qui vont de pair avec l’appréciation clairvoyante des années restantes beaucoup moins nombreuses que celles déjà écoulées.

Un ensemble de perspectives qui quoiqu’on en dise, n’est ni réjouissant ni affligeant, mais qui s’inscrit dans le cycle normal et ininterrompu de la vie et sa permanence. Lequel mise sur l’avenir en relativisant et même en soldant progressivement toute ambition qui s’écarterait de la seule obligation qui compte : celle de transmettre notre savoir ou notre ignorance, nos certitudes et nos doutes, aux générations suivantes, censées poursuivre la tache. Un schéma, de prime abord un peu absurde, digne du regretté Sisyphe, mais qui, au bout du bout, gomme toutes les inégalités, bien plus efficacement que les gesticulations puériles des prophètes narcissiques de l’insoumission braillarde ou les promesses fallacieuses des prédicateurs d’un au-delà radieux.

« Salut donc Tonton Henri ! J’ai appris de toi qu’il fallait prendre soin des moteurs à explosion et de ses animaux domestiques. Toi tu les bichonnais. Moi, j’aime surtout qu’ils me transportent sans trop broncher. Mais j’ajoute que l’énergie devenue rare, ne peut plus reposer, comme de ton temps, sur le recours quasi-exclusif au pétrole, au charbon et au gaz. D’autant qu’on les prétend dangereux pour l’avenir biologique de la planète.

Il faut donc aussi faire appel à l’énergie électrique pour une grande part, produite à partir de la fission nucléaire et peut-être un jour de la fusion. Je sais que le petit galochier du Lion que tu fus, confiant dans le progrès humain, n’aurait certainement pas désapprouvé ces évolutions dictées par la nécessité. Les pieds sur terre mais en harmonie avec les éléments, tu n’appréciais que modérément les bourrasques imprévisibles du vent, qui arrachaient ta légendaire casquette.

PS: Quelques articles de ce blog dédiés à Auguste Henri Cailletreau( 1892-1975) :

  • Un gâs du Lion -Auguste Cailletreau – 20/9/2011
  • Nini la Belloprataine -6/2/2012
  • Camionneur en ceinture de flanelle – 28/10/2012
  • Trois jeunes du Lion dans la tourmente de la guerre – 3/10/2011

On disait jadis que le muguet du 1er mai portait « bonheur ». Puisse ce bienveillant postulat se vérifier encore aujourd’hui, malgré les multiples menaces qui pèsent sur nous en ce printemps 2022 et les sombres augures qui nous parviennent de l’Est de l’Europe…

Faisons malgré tout comme si!

Comme si ce muguet du 1er mai possédait encore cette vertu apaisante d’arrêter la folie meurtrière des assassins qui ne rêvent que de nous engloutir sous le feu nucléaire, ou des malfaisants de toutes observances qui misent sur notre docilité et notre asservissement.

Allons donc à la manif après avoir acheté un brin de muguet aux étals du « Parti »!

Allons-y, sinon physiquement, bras dessus bras dessous, comme autrefois, sous les banderoles et calicots syndicaux, du moins par la pensée solidaire que nous autorisent toujours nos vieux os!

Tous mes souhaits de bonheur en ce printemps 2022 vont à mes proches, à ma famille et à mes copains ainsi qu’à tous ceux qui m’ont fait l’honneur de s’intéresser ici depuis onze ans, à mes petites chroniques et divagations oniriques, glanées ici ou là dans le grand livre des siècles et des générations. Rédigées également en m’inspirant d’une actualité, qui n’est jamais bien loin, inquiétante ou menaçante, plus rarement réjouissante! Une actualité qui n’est d’ailleurs que la conséquence des erreurs, des négligences ou des succès d’un passé qu’un hasard facétieux ressuscite tantôt à notre détriment lorsqu’il réveille de funestes démons, tantôt à notre avantage lorsqu’il nous contraint à la réflexion sur notre place dans une Nature dont nous ne sommes qu’une des composantes.

Chaque génération a apporté sa pierre, parfois glorieuse, parfois moins, à cet édifice fragile et quelquefois déprimant qu’on appelle la condition humaine.

Sans sombrer dans une sorte de moralisme larmoyant, le 1er mai et les clochettes de son muguet nous rappellent depuis la nuit des temps que l’aspiration au bonheur individuel et collectif n’est pas une grossièreté. Ils nous offrent surtout l’occasion d’espérer dans l’avenir, sous un soleil renaissant et militant, entre Bastille, République et Nation.

Ce n’est peut-être qu’une illusion! Tant pis car c’est bon pour le moral.

L’impérialisme russe est une constante de l’histoire de l’Europe de l’Est, Cette dernière en effet semble parfois bafouiller notamment lorsqu’elle reproduit les horreurs du passé. En témoigne l’insurrection polonaise de janvier 1863 qui visait à desserrer l’étau russe qui tenait le pays en quasi-esclavage. C’était quatre ans avant la naissance de Marie Curie. Les polonais réclamaient juste un peu plus d’autonomie et de libertés collectives et individuelles, alors que les garnisons russes occupaient l’ensemble du territoire et « punissaient » avec férocité toute forme de contestation. Poussant le sadisme jusqu’à enrôler de force les jeunes polonais dans l’armée tsariste.

Une répression sauvage s’ensuivit en février 1863, en tous points, comparable aux massacres et aux atrocités, perpétrés actuellement en Ukraine par la soldatesque poutinienne.

C’est dans ces circonstances tragiques, qu’un journaliste russe Alexandre Herzen (1812-1870), rédacteur du Journal Kolokol, un périodique d’inspiration socialiste libertaire, réfugié à Londres puis à Genève, écrivit à Victor Hugo lui-même proscrit du fait de son opposition farouche au régime impérial de Louis Napoléon Bonaparte et exilé dans sa résidence de Hauteville House à Guernesey.

Alexandre Herzen

En fait, il s’agissait plutôt d’un appel au secours, car cette lettre ne comportait qu’une simple ligne:

« Grand frère, au secours ! Dites le mot de la civilisation. »

En réponse à ce cri de détresse, Victor Hugo publia le 11 février 1863 dans les journaux libres d’Europe, un texte magnifique, conçu comme une adresse aux soldats russes qui se comportaient comme des soudards en Pologne. Cet écrit d’une plume sublime de troublantes anaphores demeure malheureusement d’actualité en Ukraine en ce printemps 2022.

Victor Hugo à cette époque

 » Soldats russes, redevenez des hommes.

Cette gloire vous est offerte en ce moment, saisissez-la.
Pendant qu’il en est temps encore, écoutez :
Si vous continuez cette guerre sauvage
, si, vous, officiers, qui êtes de nobles cœurs, mais qu’un caprice peut dégrader et jeter en Sibérie ;

Si, vous, soldats, serfs hier, esclaves aujourd’hui, violemment arrachés à vos mères, à vos fiancées, à vos familles, sujets du knout, maltraités, mal nourris, condamnés pour de longues années et pour un temps indéfini au service militaire, plus dur en Russie que le bagne ailleurs ;

Si, vous, qui êtes des victimes, vous prenez parti contre les victimes ;

Si, à l’heure sainte où la Pologne vénérable se dresse, à l’heure suprême où le choix vous est donné entre Pétersbourg où est le tyran et Varsovie où est la liberté ;

Si, dans ce conflit décisif, vous méconnaissez votre devoir, votre devoir unique, la fraternité ;

Si vous faites cause commune contre les polonais avec le czar, leur bourreau et le vôtre ;

Si, opprimés, vous n’avez tiré de l’oppression d’autre leçon que de soutenir l’oppresseur ;

Si de votre malheur vous faites votre honte.
Si, vous qui avez l’épée à la main, vous mettez au service du despotisme, monstre lourd et faible qui vous écrase tous, russes aussi bien que polonais, votre force aveugle et dupe ;

Si, au lieu de vous retourner et de faire face au boucher des Nations, vous accablez lâchement, sous la supériorité des armes et du nombre, ces héroïques populations désespérées, réclamant le premier des
droits, le droit à la patrie ;

Si, en plein dix-neuvième siècle, vous consommez l’assassinat de la Pologne,

Si vous faites cela, sachez-le, hommes de l’armée russe, vous tomberez, ce qui semble impossible, au-dessous même des bandes américaines du sud, et vous soulèverez l’exécration du monde civilisé !
Les crimes de la force sont et restent des crimes ; l’horreur publique est une pénalité.
Soldats russes, inspirez-vous des polonais, ne les combattez pas. Ce que vous avez devant vous en Pologne, ce n’est pas l’ennemi, c’est l’exemple. »

Puissent les soldats du criminel Poutine entendre cet appel venu du fond des âges et se réveiller enfin du mauvais cauchemar qu’ils infligent sur ordre au peuple ukrainien!