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Archive for the ‘Actualité’ Category

Autrefois, « lorsque je m’en allais, les poings dans mes poches crevées »(1), je n’aurais pas associé Nogent, à d’autres visions que celle des guinguettes des bords de Marne, dont celle du mythique Gégène, où pourtant je n’ai jamais mis les pieds, ni, a fortiori, esquissé le moindre pas de danse musette  !

Plus tard – bien plus tard – je sus qu’à cent kilomètres plus à l’est sur les rives de la Seine, aux confins de la Brie et de la Champagne se trouvait un autre Nogent dans une région qu’on appelait alors la « Champagne-Ardenne » et qui se trouve dorénavant dans le « Grand Est ».

L’ignorer eut été une quasi-faute professionnelle, alors qu’une phase significative de mon parcours professionnel fut dédiée à la « sécurité nucléaire ». C’est ici en effet sur la rive droite du fleuve qu’a été implantée à la fin des années quatre-vingt, la centrale nucléaire la plus proche de l’agglomération parisienne ! On ne peut d’ailleurs pas la rater car ses « tours de refroidissement » se repèrent d’assez loin dans la campagne en approche de Nogent-sur-Seine !

De même, on ne peut pénétrer dans la ville sans voir les immenses bâtiments et les silos des anciens grands moulins à blé, qui barrent l’horizon depuis plus de deux siècles.

La petite cité endormie de Nogent, en cette fin de matinée pluvieuse d’août 2017, n’est pas sans intérêt pour qui recherche l’ambiance paisible des petites villes provinciales, en tout cas telles qu’on les imagine en lisant les grandes épopées du réalisme balzacien du dix-neuvième siècle! On dit d’ailleurs que ses ruelles un peu sombres, bordées de maisons à colombages ont inspiré Gustave Flaubert qui y séjourna, quand il rédigeait l’Education Sentimentale : « La cloche de Saint-Laurent tintait et il y avait sur la place, devant l’église, un rassemblement de pauvres… ». On doit s’y ennuyer un peu aussi! Mais c’est si bon…

Malheureusement pour les passionnés d’histoire littéraire, la demeure de l’écrivain accueille désormais la succursale un peu criarde d’une banque « populaire », flanquée d’un distributeur de billets à l’emplacement (sûrement) de l’anneau d’attache des chevaux, et du grattoir à bottes des cavaliers !

Dommage et tant pis !

Car ce n’était pas les mânes de Flaubert que nous étions venus réveiller pour tromper notre désœuvrement d’estivants leurrés par un changement climatique déconcertant. C’est chez Camille Claudel (1864-1943) que nous nous invitions, qui vécut là entre 1876 et 1879, lieu d’affectation de son père, austère fonctionnaire de l’enregistrement et conservateur des hypothèques. A moins que ce fût l’inverse, que ce soit elle qui nous ait conviés! On ne se la représente pas en effet, se faisant forcer la main par les premiers venus. Et nous étions parmi les premiers venus.   

C’est donc ici, dans la maison qu’elle occupa avec ses parents, son frère cadet, le dramaturge et diplomate Paul Claudel (1868-1955) et sa sœur Louise, que ce révéla, sous l’égide d’un premier « maître d’apprentissage », le sculpteur Alfred Boucher (1850-1934), son fascinant talent pour la sculpture et son génie inspiré de statuaire. A juste titre, Alfred Boucher qui n’était pas lui-même un sculpteur de second rang et qui fut, en son temps, un des plus appréciés des commandes publiques, figure en bonne place dans le musée.

Cependant, en dépit de ses propres travaux qui ornent encore nombre de lieux de passage ou de monuments, on retiendra surtout de lui qu’il fut le découvreur de Camille Claudel; celui qui le premier sut, en guidant sa main, sa gouge et son ciseau, s’émerveiller de ce génie précoce, de son exceptionnelle prédisposition pour la sculpture et de cette incroyable sensibilité artistique qui ne demandait qu’à s’épanouir.  Camille n’était alors âgée que de douze ans et vivait dans un contexte familial très éloigné de l’univers artistique!

Baigneuse – Alfred Boucher

Ses parents, peu complices entre eux, mais néanmoins très conventionnels en matière de mœurs, bien que républicains et laïcs, étaient en outre, avares de manifestations de tendresse à l’égard de leurs enfants, notamment la mère qui semble s’être désintéressée presque totalement des dons que développait Camille. Par la suite, elle vécut la carrière artistique de sa fille comme une contrainte qui s’imposait à elle, et même comme un insupportable dérangement, voire comme un traumatisme. Si l’on en juge par le buste assez peu flatteur que Camille fit d’elle en 1888-1890, on peut penser qu’effectivement le courant entre elles était de faible intensité et la tension vive.

Louise Athanaïse Claudel (1840-1929) 

Pour les parents de Camille, la création artistique n’entrait pas dans leur schéma de la vie et de sa réussite. C’est d’ailleurs peut-être dans cet étrange héritage parental, qu’il faut rechercher une explication, bien des années plus tard, au comportement inexplicable voire scandaleux de l’immense écrivain et académicien, que fut Paul Claudel, le frère bien-aimé qui laissa pratiquement tomber sa sœur déchue et exilée durant trente ans en psychiatrie. Il ne daigna même pas assister à ses obsèques ou lui offrir une tombe décente ! En 1952, il concluait pour « solde de tout compte », alors qu’on l’interrogeait:  » Ma sœur Camille avait une beauté extraordinaire, une volonté tout à fait exceptionnelle. Et tous ces dons superbes n’ont servi à rien: après une vie extrêmement douloureuse, elle a abouti à un échec complet »

Faisant abstraction de l’oeuvre de sa sœur, le romancier – pourtant rimbaldien de la première heure et catholique illuminé – s’était rangé au jugement ancien de ses parents: le talent artistique n’était rien à côté du viol que Camille avait, à leurs yeux, perpétré en révélant et en modelant de ses mains ses « secrètes fêlures » et les leurs par cette occasion…

Les parents Claudel n’admettaient guère comme expression artistique tolérable que l’exécution besogneuse de quelques gammes au piano par leur autre fille Louise, la moins douée de la fratrie mais la préférée!

La postérité leur donna tort

La maison familiale restaurée a été agrandie d’une aile supplémentaire et convertie en musée de la sculpture française à la charnière des dix-neuvième et vingtième siècle. Mais c’est surtout un hymne au génie de Camille Claudel! Un peu plus d’une quarantaine de ses œuvres y sont présentées, parmi cent cinquante sculptures de ses confrères contemporains.

Un majestueux écrin pour une artiste incomparable à laquelle nul ne saurait rester insensible, car au-delà de la maîtrise des formes, des expressions et des ressemblances, en dépit d’une technique parfaitement apprivoisée, acquise en principe par tout statuaire talentueux, l’œuvre de Camille interpelle par son caractère indomptable, presque par sa sauvagerie. Par sa brutalité, son ingénuité et son ingéniosité!

D’ailleurs, ce n’est pas aux sens que la statuaire s’adresse, ni même à l’esprit de géométrie! Elle exige beaucoup plus de ses visiteurs! De la finesse et de l’empathie. La plupart des invités se contenteraient – comme on procède d’ordinaire dans un musée – d’une caresse furtive du regard et d’une appréciation élogieuse. Pour Camille, c’est insuffisant. Elle veut capter leurs pulsions et leurs sentiments. Elle s’efforce de les ensorceler en les provoquant et en les étourdissant dans ses cris de détresse et ses élans passionnés et passionnels. On la vénère, on l’aime mais on ne la juge pas!

A tout coup, la magie opère dès lors qu’on se laisse entraîner et qu’on accepte de s’attarder, de se laisser embrasser par ses statues et de se perdre dans leur mouvement… Camille, omniprésente et invisible, se moque des experts et n’accepte finalement que l’expression brute de fonderie des cœurs qui s’emballent face à la fulgurance et le flamboiement étincelant de la matière torturée, dans un instant d’éternité qui se confond avec le présent!

                   La Valse 

Ainsi, on ne regarde pas ses sculptures, on s’en imprègne! On les trouve belles sans trop savoir pourquoi, tout en se disant qu’on ne pourrait pas cohabiter avec elles, de crainte d’en perdre la raison! On s’insère tout simplement dans l’oeuvre jusqu’à en être incommodé et troublé. Gêné d’un voyeurisme obsédant dont on ne peut se défaire, et qui s’égarant au-delà de la perception sensuelle, met à nu, dans un même élan incontrôlé, l’intimité de l’artiste et un peu la nôtre…

Moi qui n’ai jamais su tirer d’un bout de glaise à modeler, la moindre ébauche d’objet ressemblant à quelque chose, moi qui ne suis jamais parvenu à produire d’autres formes que d’infâmes boudins ou de ridicules bouses, je n’ai évidemment pas qualité pour juger de la recherche esthétique académique de Camille, ni apprécier le succès de son entreprise auprès de ses pairs, comme le ferait un homme de métier couronné d’un prix de Rome! Je ne saurais non plus me prononcer avec autorité sur l’appartenance de Camille à telle ou telle école de statuaires.

                         L’âge mûr

Mais, ce que je sais en revanche, c’est que Camille est totalement investie dans ses œuvres où son fantôme continue d’errer sans relâche, traquant les contresens. On la retrouve partout, généreuse et spontanée, exigeante et fantasque, fidèle et indépendante, originale et unique. C’est son mal-être, sa tragédie personnelle ou la fugacité du bonheur, qu’elle nous invite sans cesse à partager. Toute réalisation est prétexte à transmettre un florilège d’émotions, d’exaltation et de jouissance dans la création… De découragement et de désespoir aussi d’une femme meurtrie et « implorante » peut-être délaissée! Concernée enfin par  » l’âge mûr » de son infortuné compagnon qui s’en va sans un dernier regard, vaincu par la fuite du temps.

La femme implorante

Bien sûr, Auguste Rodin (1840-1917) est également présent. Le seul, vraiment à sa mesure, qu’elle a sans doute aimé et qu’elle a détesté passionnément jusqu’à la folie !

Il fut son mentor sans être son maître. Elle fut sa maîtresse, son égérie et son inspiratrice. Il fut passionné d’elle, plus probablement qu’elle ne le pensa! Après leur séparation, il ne la méprisa pas et accepta de jouer secrètement le mauvais rôle. Elle ne lui pardonna jamais une faute qu’il n’avait peut-être pas commise et vécut le reste de son âge dans la haine inexpiable de celui avec lequel elle conçut tant de chefs d’œuvre à quatre mains.

Ces deux-là, malgré tout, persistent à dialoguer, à se quereller et à s’inspirer dans les vitrines du musée : ainsi « la femme accroupie » de Rodin fait écho à celles de Camille et inversement.

Il en est de même de leurs représentations respectives de la vieillesse, si semblables dans cette volonté de communiquer sa dimension tragique, et si différente pour chacun d’entre nous…

Comment ne pas entrevoir ici, la vision hallucinée d’Arthur Rimbaud (1854-1891)? Foudroyé comme Camille au faîte de son oeuvre, et son vrai frère en poésie. Comme elle, le poète de Charleville est habité de la même exigence, de la même audace, du même réalisme et du sens du fantastique ainsi que de la trouvaille déstabilisante!  

« Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leurs fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S’entrelacent pour les matins et pour les soirs !

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud… »
(Extrait des Assis 1871)

On l’aura compris! Ce musée, nouvellement ouvert, est à visiter d’urgence par tous les dingues fous de Camille en complément de la salle qui lui est réservée au musée Rodin à Paris…Sans préjugé, sans a priori et sans modération. Juste pour le plaisir de rencontrer un être d’exception.

Mais il serait injuste de passer sous silence les performances esthétiques des autres artistes présentés, qui apaisent le regard et l’esprit, après les désordres que provoquent nécessairement la fréquentation trop assidue du génie !

Chanteur florentin de Paul Dubois

 

(1) Extrait de « Ma Bohême » de Rimbaud -1870

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Le tabac n’a plus vraiment bonne presse de nos jours…

Aussi, est-il téméraire, intrépide ou inconscient de l’évoquer avec des vibratos dans la plume ou des trémolos dans la voix ! Est-il vraiment convenable de se le remémorer avec nostalgie, au même titre que d’autres produits ou manies, dont, par la force des choses et surtout celle du temps qui passe, il a fallu se défaire?

Et pourtant, ce foutu tabac – qu’on distribuait aux jeunes conscrits d’antan pour les consoler de quitter leur mère – fut le témoin et le support de toute une époque et d’une certaine insouciance, où, à la satisfaction de l’Etat qui en faisait son beurre et ses choux blancs, on prenait vraiment plaisir à griller une cigarette et à se perdre en réflexions sur les méandres de la transcendance, en regardant les volutes de fumée se perdre et se dissoudre dans l’atmosphère apaisée d’une nuit d’été, telles celles entourant le tambourin et l’éventail de la gitane qui illustrait notre paquet.

La clope avait aussi un petit côté « piège à filles » qui n’était pas pour nous déplaire! Surtout les blondes…Adolescent, j’étais régulièrement fourni en cigarettes par d’adorables grandes-tantes célibataires, sœurs de mon défunt grand-père maternel, qui trouvaient, par là, un moyen peu onéreux de s’attacher ma présence distrayante, épisodique et intéressée…Du tabac à priser des anciens ou de leur chique mâchouillée à plus soif, à la pipe des militants syndicaux et des curés (en tout honneur ici) jusqu’à la cigarette roulée ou conditionnée des jeunes godelureaux, le tabac était encore bon marché…

La salle du congrès de la scission socialiste de Tours en 1920 étaient enfumée. On croyait à l’époque que le tabac nous aidait à réfléchir. Force est de constater qu’on avait raison, puisque désormais, ne fumant plus, on peine à penser juste…L’actualité en fournit en permanence la démonstration. Mais bien entendu, je ne me risquerai pas à approfondir cette thèse iconoclaste de peur d’encourir les foudres de la bien-pensance officielle qui menace de procès, quiconque s’aviserait de rire ou de ricaner des peurs que nourrissent tous les hypocondriaques de la nouvelle classe moyenne, souhaitant vivre à tout prix le plus longtemps possible et en marathonien! D’ailleurs, on se demande bien pourquoi. Eux aussi sans doute! Car « dans le même temps » (périphrase à placer désormais au moins une fois par écrit ou discours), ces adorateurs narcissiques de leur propre vie s’obligent quotidiennement à toutes les « mortifications » imaginables pour se maintenir en forme, souffrant sans relâche dans de multiples contorsions censées réparer les affres du temps, ramant et courant sous toutes les latitudes, et même chez eux, sur leur tapis roulant …

Passe encore – dit-on – puisque, ce faisant, ils prennent réellement leur pied sous l’effet des endomorphines qu’ils produisent… Mais en plus, ils s’interdisent de consommer tout ce qui n’est pas bio, tout ce qui a du goût, du gras, du sel, du sucre, du gluten et qui n’est pas fabriqué et conditionné conformément aux normes en vigueur édictées par l’Etat, en adéquation avec les recommandations européennes et celles de l’Organisation mondiale de la Santé! Sans parler du Conseil de l’Europe…. Il reste les salades à l’eau d’Evian.

Dans ces conditions – je veux dire, dans cette ambiance aseptisée qui a colonisé tous les médias, les collectivités publiques et les lieux de travail, les jardins publics et bientôt les chambres à coucher privées ou collectives, un « mézigue » – autrement dit un quidam impertinent – qui s’aventurerait à allumer sa bouffarde, a tout intérêt à se faire discret! De même, s’il sort sa clope ou sa sèche de son paquet en souriant en dépit des horreurs de l’étiquette à faire vomir un médecin légiste …

Dans tous les cas, il vaut mieux qu’il évite de s’exhiber… Et s’il lui prend, dans un geste forcément provocateur, d’allumer vraiment sa cigarette avec un briquet à essence, sans s’être assuré que personne ne sera physiquement et « psychologiquement » incommodé, le risque est grand que la populace se ligue contre lui! Et lui enjoigne dans l’instant de rengainer son étui sous peine de lynchage et d’aller polluer ailleurs!

Il se trouvera en outre toujours quelqu’un, s’affichant comme plus savant que les autres pour affirmer à la cantonade en pointant l’impudent que la pollution par ce petit cylindre puant, cancérogène et ennemi déclaré de notre système cardiovasculaire, n’a pas de frontière … « comme on l’a bien vu lors de la catastrophe de Tchernobyl »…

Malheur à celui qui, pour « faire l’intéressant », ferait observer que Tchernobyl n’a pas de rapport avec le tabac ! Il se verrait immédiatement mis au ban du groupe de ces penseurs imprévus du bien public, qui, avec la même profondeur de pensée, s’empresseront enthousiastes d’applaudir le recrutement d’un gamin de vingt-cinq ans tapant dans une baballe et rémunéré à prix de wagons de lingots d’or par des soutiens inavoués de la barbarie islamiste ! A cet instant, on se prend à regretter qu’ils ne fument pas.

Bien que n’étant plus fumeur, je ne saurais me départir d’une certaine mélancolie à l’évocation de ce tabac qui fut, en son temps, libérateur et facteur d’affirmation de notre identité. Et ce sentiment est d’autant plus prégnant qu’il contraste avec cette dictature bestiale de l’hygiène de vie qu’on nous impose désormais, et à l’intolérance brutale de nos semblables qui piétinent sans cesse notre intimité en se réclamant de notre bien-être.

A l’évocation de ces soirées étudiantes enfumées dans les arrière-salles de café, comment ne pas se souvenir avec émotion de ces paquets de Gauloises ou de Parisiennes qui accompagnaient nos soirées et nos travaux jusque dans les amphis de la fac de Nantes? Pourquoi cracher sur cet attribut qui fut celui de la convivialité au cours de notre jeunesse, lorsque, tantôt, nous nous assimilions à Rimbaud, tantôt à Einstein, sans jamais parvenir à approcher réellement ni l’un, ni l’autre, autrement que dans la saveur acre de nos fumées ?

Bien sûr, je me garderai bien de faire l’apologie du tabac, même si, par jeu ou par bravade un peu puérile, je m’y livrais, il y a quelques années encore, auprès d’une de mes très estimées collègues, cancérologue, devenue depuis ministre de la santé…

Plus prosaïquement, je souhaite préserver mes abattis judiciaires. Pour acter concrètement ma reddition sans contrition mais aussi sans condition aux principes hypocrites de moralité publique qu’on cherche à nous inculquer, je ne défierai pas les ligues de vertu, bien en cour, toujours prêtes à dégainer une plainte pour incitation à la débauche comportementale et châtier les coupables d’incivisme et d’homicide involontaire par imprudence verbale. Donc je la ferme et range mes pipes au rayon des curiosités d’un passé d’ignorance…

Je dis simplement qu’autrefois je prenais plaisir à fumer et que je n’en nourris aucun regret ni remord . Je ne vois pas en effet pour quel motif, je devrais désormais me repentir de ce fait en me gâchant rétroactivement le plaisir, même si certains des inconvénients que j’ai eu à subir ensuite étaient probablement et pour partie, dus à cette habitude que les censeurs prosélytes actuels d’une modernité à leur convenance, qualifient de funeste.

Je ne vois pas non plus de quel droit et même en m’appuyant sur quels principes universels, je me déguiserais en Savonarole halluciné qui prodiguerait des leçons de morale et de maintien à tout ce qui bouge! Pourquoi devrais-je pourrir la vie de ceux qui fument, de ceux qui conduisent trop vite, de ceux qui boivent de l’alcool, de ceux qui utilisent des pesticides, de ceux qui se moquent comme d’une guigne des perturbateurs endocriniens, et j’en passe…?

Bref, pourquoi devrais-je me désolidariser de tous ceux qui se disent asphyxiés par l’accumulation des interdits que l’on s’échine à placer sur leur route au nom de la préservation de leur intégrité physique et mentale, dans le dessein cynique de contraindre leur liberté d’être et de les tenir en état de sujétion et de culpabilisation permanentes! Pourquoi devrais-je me réjouir des tentatives d’infantilisation que l’on fomente à notre endroit, dans le but encore inavouable de nous accoutumer au despotisme et ainsi de lui ouvrir la voie? Comme dans un meilleur des mondes!

Aussi – le cacherais-je ? – ai-je éprouvé une réelle satisfaction, récemment à Angers, en me promenant rue de la Chaussée-Saint-Pierre, près de la place du Ralliement, en constatant que le café tabac qui nous fournissait en clopes, les soirs de fêtes avec mon pote tragiquement disparu de la rue des Deux-Haies, avait résisté à l’épreuve du temps, des liquidations et des successions ! Je fus heureux d’observer qu’il avait réussi à surmonter toutes les épreuves administratives et les tentatives probablement multiples de destruction pour raison d’Etat. A-t-il été sauvé par les chinois?

6 août 2017

Sauf erreur de ma part en tout cas, sur un demi-siècle, il semble qu’il soit un des rares petits commerces du quartier à avoir gardé la même enseigne de débitant de tabac… En fait, il est même plus ancien encore. Une photographie prise sous l’Occupation allemande lors de la seconde guerre mondiale (publiée dans un bouquin édité par Ouest-France en 1981) atteste déjà de sa présence à cet endroit ! A l’époque, il était sous monopole d’Etat !

J’aimerais bien que le jour où l’Etat interdira le tabac, abandonnant ainsi son métier juteux de trafiquant ou de dealer de cigarettes au profit du cannabis légalisé pour satisfaire d’incontrôlables banlieues, l’enseigne soit, malgré tout, préservée. Même si les pouvoirs publics décident, en vertu de la tendance « mode », d’en faire une salle de shoot sous contrôle médical et télévisuel.

Ça rappellerait ad aeternam  le bon vieux temps.

                      1944 au même endroit 

 

 

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Il y a six ans à quelques jours près, j’inaugurais ce blog intitulé « 6 bis rue de Messine », l’adresse de la maison de mon enfance à Angers dans les années cinquante et soixante du siècle dernier…Et « dans le même temps » comme dirait quelqu’un, je prenais mes quartiers de vieillesse.

Initialement, il s’agissait pour moi d’engager – selon une formule consacrée et discutable – une sorte de « travail de mémoire » à partir de mes propres souvenirs et de ceux collectés au sein de ma propre famille.

L’idée était de rassembler ce qui pouvait encore l’être, traces ténues, parfois incertaines et contradictoires, laissées à leur insu par nos anciens ! Tenter de faire la part de la légende et de la réalité, dans les propos transmis par la tradition orale, rapportant les exploits réels ou arrangés de nos aïeux !

Abandonnant la vie dite « active », je ne souhaitais pas concevoir cette tâche comme une activité de remplacement. C’est la raison pour laquelle je m’y suis consacré sans plan préétabli, sans programme de travail et sans privilégier tel sujet, tel village ou tel personnage de mon panthéon intime. Mais avec obstination tout de même!

Mon seul propos était de parcourir les décennies et les lieux à la manière d’une promenade buissonnière, me laissant guider par mon instinct, ma seule intuition, mon humeur et aussi par les circonstances, postulant que j’érigerai ainsi  progressivement – mine de rien – une sorte de mémorial patrimonial dont j’aimais me convaincre qu’il pourrait être utile à tous ceux qui, d’aventure, accepteraient de s’y perdre et éventuellement de s’en revendiquer dans le cadre d’une recherche identitaire personnelle. A cet égard, je formais secrètement le vœu que mes futurs lecteurs trouvent dans l’évocation de la destinée, modeste ou glorieuse, romanesque ou banale – souvent banale – parfois tragique, de certains de leurs aïeux, matière à répondre à des interrogations existentielles qu’ils se posent à propos d’eux-mêmes.

A tout le moins, je me disais que mon travail pourrait, à leur guise, leur servir de tremplin à leurs propres investigations…

Curieusement, cette besogne m’apparaissait nécessaire à ce moment là! Je nourrissais le vague sentiment, non démenti par la suite, que nous vivions en un temps soumis à la dictature de l’urgence, où le passé était dévalorisé. Qu’il n’était donc plus guère lisible, a fortiori lorsqu’il s’agissait du nôtre et que s’y référer, c’était accepter la ringardise.

Par la force des choses ainsi que des mouvements migratoires durant le dernier siècle, du recul des campagnes et enfin d’une conception nouvelle de la famille, le temps lent « d’avant » semble en effet n’avoir plus droit de cité, sauf comme un inutile fardeau de convenances lors des enterrements. Pour le reste, la vie moderne parait exclure toute mention à la famille comme espace sanctuarisé d’expression de la solidarité transversale et transgénérationnelle.

Hors du cercle étroit de la famille « nucléaire », toute relation se retrouve médiatisée (transposée) dans une modernité uniforme et impersonnelle sévissant de part et d’autre de l’hexagone et bien au-delà. La famille tribale d’antan n’est plus un cadre de référence…

Au moins – me disais-je de façon présomptueuse – pourrais-je modestement contribuer à la conception d’un lieu – certes virtuel et numérique – au sein duquel le temps long des siècles passés prendrait le pas sur notre époque échevelée, où le seul mot d’ordre semble être d’accélérer toutes choses sans trop se préoccuper du cap à prendre.

Dans ce contexte, je pensais qu’il me revenait en ma qualité de dinosaure survivant d’un monde d’ores et déjà disparu, de définir un espace et un temps, informels, où la durée ferait sens. Ce qui n’est manifestement plus le cas lorsque, arc-boutés sur nos objets connectés et nos messageries électroniques, on peine à entrevoir les contours d’un projet d’avenir qui engage… Autrement dit, d’un projet dans lequel chaque génération pourrait se reconnaître, y trouver sa place et où elle pourrait se projeter sans faire de l’ombre à l’autre. N’est-il pas démotivant de ne savoir désormais envisager l’avenir qu’à travers les variations d’indicateurs économiques et statistiques imprévisibles? Et faute de comprendre notre histoire, l’enseigner et la connaitre, de s’embourber avec constance dans des fausses pistes, dénoncées depuis des lustres et pourtant présentées comme des innovations bouleversantes! La promotion actuelle du néolibéralisme en est un exemple parmi d’autres.

Et encore, la religion des indicateurs n’est pas la pire pour obscurcir l’horizon.  Ce n’est même qu’un moindre mal par rapport à la montée agressive des communautarismes et des obscurantismes religieux et liberticides… Ne doit-on pas sérieusement s’interroger sur notre passivité, lorsqu’on observe ces perversions sociétales envahissantes, qui laissent augurer les plus sombres perspectives pour notre civilisation et, d’abord, pour notre jeunesse en panne d’avenir, qui, dans ses franges les plus marginales et désespérées, ne sait plus parier que sur la mort à l’aube de son existence…

La poussée monarchique actuelle, foncièrement réactionnaire – et coupable de détournement de l’idée de progrès -incarne de manière exemplaire ce dérèglement de notre rapport au temps, qui, de mon point de vue, est une des causes primordiales de nombre de nos maux. Confondre le passé, le présent et le futur nous fragilise dans notre représentation de l’avenir et dans notre aptitude à nous y investir sur le long terme…

En l’été 2011, lors de l’ouverture de ce blog, les circonstances géostratégiques, politiques et morales étaient différentes. Intégrant implicitement cette analyse sans encore mesurer avec lucidité toutes ses conséquences, je me disais très prosaïquement que l’évocation de nos anciens – dont (qu’on l’accepte ou non) nous sommes les héritiers et parfois les victimes, était aussi une façon de les faire revivre, ne serait-ce qu’en citant leur nom et leur situation géographique dans l’arborescence foisonnante, à jamais incomplète de nos arbres généalogiques ! Et les ressuscitant, je revendiquais le droit de leur demander éventuellement des comptes, partant du principe que leur vertu n’avait probablement rien à envier à la nôtre, ni leurs turpitudes!

J’espérais de la sorte, retisser un lien émoussé -distendu – avec notre passé et éveiller la curiosité des générations montantes de la famille, celle de mes petits-enfants notamment. Ainsi durant ces six ans, j’ai labouré le champ spatio-temporel de mes ancêtres, de leurs parentèles et de leurs cousinages.

J’ai vécu à leurs côtés certains des drames des siècles passés, comme les deux guerres mondiales du 20ième siècle, mais également les guerres de Vendée sous la Révolution française où des membres de ma famille guerroyaient dans les différents camps qui s’affrontaient avec sauvagerie.

Chemin faisant, j’ai cherché à percer le secret de leurs motivations et même de leurs amours. Je me suis efforcé de comprendre les épreuves qu’ils avaient endurées. J’ai souffert les tragédies qu’ils durent surmonter. Parfois, rarement, j’ai croisé des personnages dont l’histoire a retenu les noms et dont ils étaient les compagnons…

Cette recherche m’a permis aussi d’approcher au plus près certains métiers d’autrefois : les couteliers de Châtellerault, les notaires du Poitou sous l’ancien régime, les bateliers de la Loire et de l’Oudon, les tailleurs de pierre du Lion d’Angers ou encore les meuniers de Picardie… Mais aussi les cheminots du début du siècle dernier dans la Gâtine poitevine ou en Anjou, les poseurs de voies de la Compagnie Paris Orléans…

Je me suis longuement attardé sur le destin de ceux qui furent confrontés à la guerre, en particulier celui, dramatique, des poilus de 14-18, en particulier ceux qui me furent familiers dans mon enfance, mais aussi ceux d’entre eux – dont mes grands oncles notamment – qui furent tués dans les offensives de la Somme en 1918 ou ailleurs… Et bien d’autres, en compagnie desquels j’ai parcouru les champs de bataille meurtriers de Verdun, ceux de Belgique à l’été 1914 ou de la Marne quelques semaines plus tard !

Un peu plus d’un quinquennat s’est écoulé depuis mes premières « dissertations », un peu moins d’un septennat ! Une durée décidément atypique (qui ne devrait pas durer) puisqu’en dépit de mes efforts, je n’ai rien trouvé qui atteste qu’un tel laps de temps ait été affublé d’un nom.

Aussi pour fêter dignement l’événement, attablé à mon bureau, un verre de Cointreau dans une main et de l’autre une coupe de coteau du Layon, des breuvages du pays de mon enfance, j’en suis contraint à créer le néologisme, « sextennat », dont j’espère qu’il satisfera les rares linguistes ou grammairiens, qui, par inadvertance prendraient la peine de lire mes petits exercices de style.

Exercices qu’on pourrait tout aussi bien qualifier de « gammes » car un des buts, contingent et vain de cette activité littéraire, à laquelle je me livre depuis six ans, était de ralentir le vieillissement irréversible de mes neurones ! Pour l’heure, le succès n’est pas patent, vu l’effort que je dois déployer pour rédiger trois phrases!

Depuis lors, près de trois cents billets ont été ainsi mis en ligne.

Au-delà de « mon projet éditorial » beaucoup d’autres sujets ont été traités – ou maltraités – d’actualité et/ou de société, ou tout simplement, en rapport avec ma carrière professionnelle passée. A ce titre, Marie Curie, à l’exhumation de laquelle j’ai assisté en 1995, et avec laquelle j’entretiens, depuis lors, une relation affective singulière, a été l’héroïne d’au moins deux de mes articles – les plus lus – dont un a été repris dans une revue britannique d’histoire de la radiologie par un historien de Philadelphie…Ça donne le tournis!

Au total, « mon » blog a été visité près de deux-cent mille fois par environ cinquante mille lecteurs réguliers, répartis sur les différents continents, dont une majorité résidant en France et dans les pays francophones. Evidemment ces scores d’audience, me comblent d’aise et de fierté. Ils me donnent le sentiment d’exister hors de mes quatre murs de banlieue. Je les mentionne parce que c’est l’occasion ou jamais de le faire, mais je sais qu’ils sont modestes par rapport aux stars de la chanson ou du football! Ou même par rapport à des sites spécialisés sur le rempaillage des chaises ou sur le tricot! A ma décharge, « faire du chiffre » ne relevait pas de mes ambitions. Durer, si!

De manière plus qualitative, ce travail n’aurait pas pu se réaliser sans les nombreux commentaires d’encouragement, et les recommandations, qui m’ont été très souvent prodigués. Sans les précisions apportées par certains de mes lecteurs, qui ont fourni de précieux compléments à mes textes et en ont amélioré la facture. Nombre d’articles ont par ailleurs trouvé leur origine dans les travaux en amont de la généalogiste de la famille qui s’identifie ici sous le pseudonyme de Rose l’Angevine… Allez savoir pourquoi?

Mon propos désormais – pour les années qui suivent – est de poursuivre…Y compris en m’entêtant dans les travaux de débroussaillage des chemins de traverse généalogique. Et ce, en dépit des difficultés croissantes à dénicher de nouvelles perles dans les archives numérisées des départements, ou tout simplement des données originales accessibles…

Mais au préalable, avant d’entamer cette activité automnale, peut-être est-il nécessaire de prendre un peu de champ ! L’occasion m’en fut donnée, en cette période estivale, par la lecture d’un tout petit et merveilleux opuscule de l’astrophysicien américain d’origine franco-vietnamienne Trinh Xuan Thuan – Face à L’univers – (Editions Pluriel Fayard avril 2017).

Magistralement, sans avoir recours à la moindre équation, l’auteur nous entretient en quelques pages, lisibles par tout un chacun, de l’histoire de notre univers depuis son origine. Depuis ce fameux Big Bang, dont l’hypothèse fut émise sur la base des observations astronomiques d’Edwin Powell Hubble (1889-1953) qui mit en évidence, dans les années 1920, l’éloignement des galaxies lointaines, et qui fut confirmée par la découverte du rayonnement fossile de l’univers en 1965 par les deux physiciens américains Aron Allan Penzias et Robert Woodrow Wilson.

En soi, ce pan de la connaissance universelle, mis à la portée de tous, suffirait à conseiller la lecture de cet essai à la portée de toutes les bourses (six euros cinquante dans les bonnes librairies).  Mais, Trinh Xuan Thuan va bien au-delà de ces rappels figurant désormais dans tous les bons manuels! Il nous montre que l’univers – celui dans lequel nous vivons – a une histoire et qu’il a aussi un avenir… Et surtout que nous sommes totalement partie prenante de cette histoire débutée, il y a environ quatorze milliards d’années, et dépendons totalement de cet avenir.

Qu’on fasse appel au hasard ou non, notre généalogie est donc d’abord une généalogie cosmique commune à toute matière… Et tout s’est joué – ou presque – dès les premiers milliardièmes, milliardièmes de milliardièmes de seconde après le Big Bang, où l’espace-temps s’organisait tandis que les interactions fondamentales de la physique jouaient, à tour de rôle, leur partition…

 » Nous sommes tous les enfants de l’infiniment petit et de l’infiniment grand », dont le mariage a engendré les étoiles géantes et les galaxies, qui, il y a des milliards d’années, furent à l’origine de la synthèse par réactions nucléaires de fusion, des atomes dont nous sommes tous constitués …

Autrement dit, que ça plaise ou non, nous ne sommes de A à Z, que des produits de recyclage de déchets nucléaires, répartis dans tout l’univers après l’explosion des supernovas, ces cocottes minute célestes, témoins d’un lointain passé et arrivées en fin de vie, faute de combustible…

Nous ne sommes donc que des « poussières d’étoiles » refroidies !

L’originalité de ce petit livre réside enfin dans le fait, que ce scénario de l’univers, aujourd’hui validé, ouvre la voie à nombreuses questions philosophiques, morales et même esthétiques. Ainsi la parole est ensuite donnée à des philosophes, des biologistes, des écrivains et des artistes. Chacun s’exprime avec les cordes de son art ou de son arc, sur les réflexions que lui inspire cette confusion de notre propre histoire et de notre généalogie avec celle de l’univers, et aux destins liés qui en découlent!

Je reviendrai certainement un jour sur cette dimension inattendue de notre généalogie qui relativise nos différences… Pour l’heure, j’en conclus, sans faire appel à des considérations métaphysiques, que nous étions potentiellement présents – mais pas certains – il y a quatorze milliards d’années! Nous disparaîtrons à coup sûr d’ici quelques milliards d’années…

Mais, sans doute bien avant, car rien ne justifie en l’état actuel de la science, que notre place soit unique et privilégiée, et que nous représentions le stade final et le plus abouti de l’évolution des espèces vivantes… L’abandon de l’anthropocentrisme par Galilée, Kepler et Copernic demeure plus vrai que jamais!

A méditer, avant de reprendre la routine et nos travaux sur le temps qui passe! Car,en vérité, ce blog n’est rien d’autre qu’une besogneuse réflexion sur le temps qui passe. Le seul sujet qui vaille…

Chat perplexe face à l’univers

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Quatre-vingt-cinq magnifiques clichés quasiment inédits , réalisés en 1949 pour le compte de Life Magazine par le photographe américain d’origine polonaise Nat Farbman (1907-1988) sur la ville d’Angers, ont été récemment diffusés sur Internet. La consultation de ce fonds photographique désormais rendu public est une pure merveille.

Elle permet à la génération angevine du baby-boom, éblouie et sous le charme, de retrouver ses premières sensations, celles de sa petite enfance dans le décor d’une ville qui l’a vue naître, une cité provinciale qui, cinq ans auparavant, ployait martyrisée sous l’occupation nazie …

En 1949, Angers encore empreinte du dix-neuvième siècle puritain, coincée entre sa cour d’appel, son université catholique et son tout-puissant évêché, savoure pleinement sa liberté retrouvée, mais elle esquisse à peine sa mue vers une modernité encore hésitante que les Trente Glorieuses confirmeront quelques années plus tard.

A cette heure, les stigmates de la guerre, ceux des bombardements du printemps 1944 et des combats de la Libération sont encore perceptibles dans le paysage urbain. Ainsi, la Maine, la rivière qui arrose la ville, ne peut guère être franchie autrement qu’en empruntant les ponts métalliques provisoires, construits à la hâte par les américains à la mi-août 1944.

Feuilleter ce livre de clichés anciens, témoins d’une époque définitivement révolue – si éloignée idéologiquement de la nôtre qui s’oublie dans l’urgence – s’apparente en fait à une réappropriation du temps long et de la durée, transformant l’intensité émotionnelle de l’instant en une éternité! Un plaisir raffiné d’esthète que d’aucuns assimilent parfois à de la nostalgie, bien qu’elle n’en soit qu’un attribut plaisant et mélancolique!


Parmi ces photographies où cohabitent des « bonnes sœurs » en cornettes, des lavandières s’éreintant à frapper le linge dans des bateaux-lavoirs en bord de Maine, ou encore de bavardes marchandes de quatre saisons s’époumonant, les jours du marché, place Imbach ou boulevard Foch, plusieurs clichés montrent des ateliers de filature, de tissage ou de corderie de chanvre de l’entreprise Bessonneau.

Bessonneau! Une entreprise qui appartient à la légende de nos « anciens » donc au patrimoine commun des angevins. Elle régna presque sans partage sur l’industrie angevine durant la première partie du 20ième siècle, jusqu’à sa liquidation dans les années soixante…

Peut-être influencé par son épouse Pat, elle-même initiée au reportage photographique, Nat Farbman ne semble s’être intéressé qu’aux ouvrières travaillant dans ces immenses halles d’usine encombrées d’alignements de métiers à filer, voire à tisser. Autant de machines en tout cas, alimentées par la force motrice de la vapeur, transmise par des courroies reliées à des réas et des volants d’inertie, dédiés à chaque machine en tous points des ateliers…

Dans cet enchevêtrement de lanières, de longes et de brides, qui entravaient les déplacements des ouvrières majoritaires en nombre, les accidents étaient fréquents, souvent mortels, lorsque un bras, une main ou une mèche de cheveux étaient brutalement happés dans les bandes défilantes des courroies ou dans les fils de chanvre en cours de bobinage !

Pour pallier ce risque, les travailleuses de tous âges, portaient des « fichus » autrement dit des « foulards » qui en ce temps-là n’avaient rien d’islamiques! Pour les mêmes motifs, les quelques hommes des ateliers, notamment ceux affectés au graissage et à l’entretien des métiers, ceux des services d’outillage ou d’ajustage, que le reporter n’a pas cru bon de figer pour la postérité, ne se séparaient jamais de leurs casquettes ou de leurs bérets! A la débauche du soir, reprenant leur couvre-chef de ville, ils déposaient leur chique sur leur machine, qu’il recouvrait de leur coiffe crasseuse et huileuse du jour !

Ayant consacré ici un billet en 2014, aux travailleurs de cette usine qui régissait la vie de tant de gens, je n’y reviendrai pas, sauf à souligner une nouvelle fois que nombre des miens, de tous âges, de toutes générations et de tous sexes y gagnèrent péniblement leur vie à un moment ou à un autre de leur cursus professionnel, à commencer par mes deux grands-pères, mon père ainsi que mes oncles paternels qui y effectuèrent leur apprentissage d’ajusteur. Enfin plusieurs grands-oncles et même une grande tante maternelle y furent ouvriers …Et d’autres encore, familiers du quartier de Saint-Léonard ou de la Madeleine que j’ai croisés, enfant!

C’est précisément vers cette grande tante, sœur aînée de ma grand-mère maternelle que se portèrent spontanément mes pensées en découvrant deux photographies sans concession d’une ouvrière âgée et ridée, rivée sur sa machine.

Evidemment cette pauvre femme ne peut être ma tante, Marie Clémence Venault (1881-1954) que l’on reconnaît parfois au second plan de quelques clichés familiaux des années trente! En 1949, âgée de soixante-huit ans, elle n’était plus en mesure de travailler. Mais quelques années auparavant, j’imagine que le reporter américain eût pu en faire son modèle pour incarner la dure condition des ouvrières dans les manufactures de chanvre, comme Bessonneau, où les patrons héritiers de grandes dynasties industrielles locales, se targuaient de développer un capitalisme social, sous la « bienveillante » et paternelle bénédiction des autorités ecclésiastiques diocésaines! Sans trop se préoccuper d’octroyer des salaires décents pour des durées de travail convenables. Sans trop, non plus, s’intéresser aux conditions exécrables de travail de leurs personnels!

Pour n’avoir entrevu Marie Clémence qu’une ou deux fois à la fin de sa vie, épuisée et grabataire dans une chambre sombre d’un taudis de la cour du Croissant du Faubourg Saint-Michel aujourd’hui disparu, l’image que je conserve d’elle est incertaine et brouillée, mais des témoignages que j’ai pu recueillir à son propos, il apparaît que cette femme au caractère combatif et bien trempé, exprimait la joie de vivre, n’ayant de cesse de manifester sa générosité dans son entourage, jusqu’à ce que les atteintes prématurées de l’âge n’eurent raison de son optimisme et de son sens inné de la solidarité ouvrière.

Originaire de la Gâtine poitevine comme ma grand-mère, sa cadette de treize ans, fille d’un poseur de voies tué par un train, et d’une garde-barrière, elle fut, dès son adolescence, « placée » comme domestique avant de rejoindre la capitale angevine au début du vingtième siècle, pour se faire embaucher comme ouvrière de filature.

C’est sûrement là qu’elle rencontra son premier mari, un forgeron plus âgé qu’elle, des aciéries de Montrejeau. C’est aussi dans l’usine qu’elle fit la connaissance de son second mari après son veuvage… L’usine était son univers, celui de ses souffrances, de ses joies comme de ses amours!

C’est donc à elle que je pensais en regardant ces clichés pris sur le vif  de cette « vieille » ouvrière de filature, qui aurait pu être sa compagne !

Manifestement, Farbman s’y est repris à deux fois pour cadrer le personnage sur la pellicule argentique. Peut-être même lui a-t-il demandé de poser! Il a sûrement cherché à capter son regard. Mais en vain! Sans doute, cette femme se méfiait-elle d’instinct de la considération affichée des hommes de pouvoir, c’est-à-dire de tous ceux qui, à la différence de ses hommes ne portaient pas des bleus de chauffe, mais des cravates et des complets vestons! Dans ces lieux de brutalité, où rien n’est gratuit sauf la sueur des ouvrières, sa pudeur à moins que ce ne fût sa conception de la dignité, lui interdisait de concéder au photographe la moindre complaisance ou de l’entretenir dans une quelconque connivence.

De quel droit, cet étranger voyeur s’arrogeait-il l’autorisation de forcer ainsi son intimité et montrer sans détour les signes annonciateurs de sa déchéance physique prochaine? Il n’était pas présent lorsque sa beauté n’avait pas encore été altérée par les assauts d’un travail répétitif, pénible et quotidien,  de surcroît, payé au « lance-pierre ».

Il n’obtiendra pas le plus petit sourire complice! Fût-ce pour la bonne cause!

Armé de son appareil à soufflet, il parviendra pourtant à se faire partiellement oublier et réussira à surprendre son regard perdu dans ses songes d’un ailleurs improbable, et à s’en accaparer suffisamment, pour témoigner de la lassitude, de la détresse et du désabusement de son modèle! Voire de son désenchantement après une vie de labeur.

Ce cliché d’une femme vieillie avant l’âge et néanmoins belle, est à la fois émouvant et exceptionnel, mais exigeant pour l’observateur qui n’a plus le droit de regarder sans voir… Au-delà de ce qu’il laisse entrevoir, c’est l’ensemble de la condition ouvrière au lendemain de la Libération, qu’il nous révèle, si crûment incarnée par cette femme impuissante face à sa machine… Au-delà encore, il nous invite à nous interroger sur la finalité du code du travail que d’aucuns aujourd’hui s’apprête à piétiner au nom d’un hypothétique progrès qu’on n’ose plus qualifier de « social » et dont tout donne à croire qu’il ne serait que le cache-sexe d’intérêts antagonistes à ceux des travailleurs… ..

C’est pour cette femme et pour ses enfants que le droit du travail a été conçu au cours des deux derniers siècles, et pour personne d’autre. Pour les protéger des excès liberticides et mortifères de leur patron, et non pour protéger – « sécuriser » – l’employeur de ses excès de fatigue ou de la « méchanceté » agressive d’une concurrence internationale sans vergogne, qui vend partout et indifféremment des pinces à linge ou des téléviseurs fabriqués à mille lieues d’ici par des gamins!

C’est tout simple à comprendre, pourtant…

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Quatre ans auparavant, dans l’isolement forcé que les circonstances et sa naïveté lui avaient imposé, celui qui venait de remporter haut la main les élections présidentielles, dès le premier tour avec près de trois quarts des suffrages exprimés, avait écrit en avant-propos d’un essai sur l »extinction du paupérisme » qu’aucun socialiste d’alors ou saint-simonien n’aurait désavoué : «

Je livre mes réflexions au public, dans l’espoir, que développées et mises en pratique, elles pourront être utiles au soulagement de l’humanité. Il est naturel dans le malheur de songer à ceux qui souffrent ».

Nous sommes au soir du 11 décembre 1848 et l’homme qui vient d’être élu Président de la République Française au suffrage universel (5.534.226 suffrages sur 7.487.000 votants) s’appelle Louis Napoléon Bonaparte et c’est le neveu de Napoléon 1er.

C’est un homme jeune, tout juste quadragénaire qui vient ainsi d’être porté triomphalement à la magistrature suprême, de cette seconde République encore balbutiante…

Son score a quasiment humilié les autres concurrents, dont le Général Louis-Eugène Cavaignac qui représente le camp des républicains conservateurs, mais qui traîne la casserole de la répression ouvrière de juin 1848, le démocrate-socialiste officiel Alexandre Ledru-Rollin, le poète Alphonse de Lamartine, « l’illusion lyrique » et le vieux socialiste révolutionnaire, médecin des pauvres, François-Vincent Raspail! Sans compter deux concurrents anecdotiques, monarchiste et indépendant.

Superbe performance d’autant que l’homme est presque novice en politique. Il ne s’était fait élire député pour la première fois, que six mois auparavant.

Louis Napoléon B. en 1848

Le nouvel élu a toutefois un passé, et même un passé de rebelle et d’apprenti putschiste.

A deux reprises, en 1836 et en 1840, il a naïvement et maladroitement tenté de soulever l’armée pour renverser la monarchie constitutionnelle de Louis-Philippe. Mais après la révolution de février 1848 qui instaura la seconde République, ses tentatives avortées de coup d’Etat à l’encontre d’un régime et d’un roi déconsidérés, étaient plutôt perçues comme d’incontestables brevets de ferveur républicaine et d’aspiration démocratique.

L’exil (doré), l’emprisonnement que le jeune président de la République avait dû endurer à la suite de ses diverses péripéties subversives un peu folles, et enfin son évasion en 1846 du Fort de Ham où il était détenu, constituaient en outre des preuves de son courage et de sa force de caractère.

Dépourvu de charisme et doté d’un physique quelconque, l’homme ne séduisait pas a priori. En plus, c’était un médiocre orateur, qui savait, malgré tout, susciter une certaine émotion lors de certaines envolées quasiment mystiques. Financé par sa mère Hortense Beauharnais pour laquelle il nourrissait un amour filial que d’aucuns qualifièrent d’excessif, il eut néanmoins l’habileté de se présenter comme un homme neuf (hors système comme on dirait de nos jours), en mettant en avant sa jeunesse et en se servant de son inexpérience politique à des fonctions de premier plan, comme d’un gage du renouveau dont le pays avait besoin.

Son principe était de constituer une majorité en transgressant les clans politiques de l’époque et en les regroupant sous sa bannière… C’est ainsi qu’il réussit à s’imposer et devint, à quarante ans, le premier président de la République élu au suffrage universel en France.

Personne – à droite ou à gauche de l’échiquier politique – n’a probablement imaginé au soir de ce 11 décembre 1848, qu’il serait aussi celui qui abolirait la République. La gauche socialiste préférait ne voir en lui que l’auteur de son essai sur l’extinction du paupérisme qui demandait « qu’on rende enfin justice à la classe ouvrière ! » tandis que la droite républicaine incarnée pas Adolphe Thiers pensait que cet homme sans parti et sans prestance serait aisément manipulable…

Peu, à l’époque, prirent conscience qu’il avançait masqué vers le pouvoir absolu et vers l’empire. Mais pour l’heure, cultivant habilement sa popularité en s’affichant comme l’arbitre entre le peuple et l’Assemblée nationale, il bénéficia de l’exaspération suscitée dans les classes populaires par la République conservatrice qui avait mâté dans le sang en juin 1848 les manifestations parisiennes de la faim.

Comme bien souvent par la suite, le vote qui le porta au pouvoir ne fut pas un vote d’adhésion à sa personne ou à son programme, mais un vote d’exclusion des autres candidats…

En fin de compte c’est sur une majorité ambiguë et hétéroclite, constituée de rares nostalgiques du premier Empire, « de défenseurs de l’ordre et de la propriété mais aussi de laissés-pour-compte de la révolution industrielle, sensibles à ses idées sociales, qu’il s’appuya, du moins au début, en s’efforçant de contenter tout le monde et son frère!

L’échéance de son mandat se profilant, et ne pouvant se représenter du fait de la Constitution et de l’opposition de L’Assemblée nationale, il fomenta alors le coup d’Etat du 2 décembre 1851, renversa la IIe République et, un an plus tard, instaura le Second Empire !

Durant plusieurs années, la France vivra sous un régime autoritaire… Une des premières mesures en ce sens de Louis Napoléon sera de promulguer une loi de sûreté générale, restreignant de manière drastique la plupart des libertés fondamentales…

Les plus optimistes – les pragmatiques béats – diront que cette période despotique de l’histoire de France, fut aussi une période faste pour réformer le pays et l’industrialiser…

Il est vrai qu’un dictateur n’a nul besoin de s’emberlificoter pas dans des procédures pour décider… Il a juste besoin d’obligés, de clients, de groupies, de courtisans pour entretenir sa notoriété, vanter ses incommensurables mérites et promouvoir ses réformes « nécessaires » de modernisation…Et aussi, d’une police efficace pour faire taire les opposants trop turbulents.

Il suffit de s’accommoder de la disparition du débat démocratique…

Napoléon III y est parvenu à merveille, jusqu’à la défaite finale de 1870 et son abdication …

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Dans un bouquin publié chez Jean-Claude Lattes en novembre 2015 – « La comédie du climat (comment se fâcher en famille sur le réchauffement climatique) », le journaliste et essayiste Olivier Postel-Vinay fait état de son climato-scepticisme en se fondant sur nombre – presque trop – d’arguments dérangeants mais non dénués de pertinence. Ils vont souvent à l’encontre de la pensée dominante en vigueur…

L’exercice n’est pas sans risque car sur un sujet tel que les variations climatiques de notre globe, dont l’extrême complexité – ce n’est pas un vain mot – devrait inciter à l’humilité, on a vite fait d’être dénoncé comme un demeuré à la solde du lobby pétrolier ou charbonnier – certains plus directs diront crûment qu’on est « con » – si d’aventure on tentait la moindre objection par rapport au savoir standardisé officiel. Tout est bon pour couper le sifflet aux opinions dissonantes, quelles qu’elles fussent. Même notre « deuxième » héros national, Thomas Pesquet  – après Emmanuel Macron – est mis à contribution pour faire taire les effrontés. Il le confirme: de là-haut, il a vu que notre planète était « fragile » et qu’elle était en grand danger!

Sécheresse ici...

Le débat est donc en principe clos, un peu comme l’était la contestation de l’héliocentrisme pour l’Eglise du Moyen Age.

La thèse schismatique d’Olivier Postel-Vinay qui s’est livré à une analyse minutieuse de l’ensemble des données disponibles en y intégrant les dernières en sa possession sur les événements climatiques exceptionnels au moment de la rédaction de son ouvrage, n’est d’ailleurs pas de nier les mutations climatiques défavorables, ni même la contribution anthropique à ce cataclysme qu’on annonce généralement et qu’on présente comme la source de tous nos maux! L’auteur se limite témérairement à observer que la controverse initialement scientifique sur l’alternance multiséculaire des périodes chaudes et froides – comme l’a si bien montré en 1967 l’historien Emmanuel Leroy Ladurie – s’est progressivement muée en une polémique idéologique presque métaphysique, dans laquelle les conflits d’intérêt des différents protagonistes sont loin d’être absents. Et ce, au détriment d’une certaine conception de la rationalité héritée « bêtement » de Descartes..

Observant que de nombreux modèles censés expliquer l’évolution du climat ont été conçus au cours des dernières décennies et que parfois ils se contredisent selon l’importance qu’on donne à tel ou tel facteur anthropique dans les algorithmes de traitement des données collectées, il postule avec impudence qu’il n’existe pas encore de théorie générale d’évolution du climat intégrant toutes « les dynamiques (possibles) à l’œuvre dans l’évolution actuelle (et passée) du climat ».

Bref, selon lui, il nous manquerait une vision d’ensemble. Ainsi, non content de semer  un doute annonciateur de tempêtes médiatiques, l’apostat Olivier Postel-Vinay note, que : « comme les sophistes que dénonçait Socrate, les climatologues prétendent en savoir plus qu’ils ne savent ». De quoi révolter tous les bigots de l’apocalypse climatique!

Aussi, par prudence pour m’éviter le pilori et les volées d’injures et de quolibets que durent subir en leur temps Claude Allègre et bien d’autres, je me garderai bien, faute de disposer d’études scientifiques actualisées et de compétence appropriée, de fournir un point de vue original – encore moins hétérodoxe – sur ce sujet à la fois complexe et sensible… On ne rigole pas avec la doxa officielle, ou alors il faut accepter l’exil et le bannissement!

Je n’émettrai donc pas – pour l’heure – le moindre propos discordant par rapport au consensus qu’on dit « mondial » qui a été si « magnifiquement » sanctionné par la grand-messe des accords de Paris de fin 2015 à la gloire de l’ancien président de la République et de son inoxydable ministre des affaires étrangères (qui a été récompensé depuis). Je me contenterai juste de regretter que désormais la consolidation des connaissances scientifiques s’effectue par consensus et qu’elle soit transformée en dogmes par les politiques ! Mais ce reproche n’est pas spécifique à la climatologie, il s’adresse à de nombreuses autres disciplines scientifiques dont le développement est désormais fondé sur l’accumulation exponentielle de résultats expérimentaux, croisés et corrélés à plus soif et dans tous le sens par de puissants ordinateurs. Du substantifique jus qui en sort, on estime « qu’avec un peu de chance », on mettra bien en évidence une loi générale.

Suivant les conseils de certain(e)s de mes ami(e)s, et me rendant enfin à leurs arguments, j’ai compris qu’il valait mieux cultiver « gentiment » son jardin plutôt que de s’attaquer aux éoliennes (moulins à vent)! Il est vain de se fâcher avec la terre entière sans la moindre chance de faire fléchir les thèses décrétées ex cathedra, dans des instances politiques internationales…

Les questionnements provocants n’ont plus la cote et ils peuvent même se retourner avec violence sur ceux qui bravent le catéchisme des gardiens du temple des savoirs . En un temps, où la religiosité ambiante dont usent abondamment ceux qui nous dirigent pour nous nous assujettir et nous culpabiliser, il n’est pas bon pour notre bien-être individuel de douter des vérités « absolues » qu’on nous assène quotidiennement et d’imaginer un instant – dans un moment d’égarement – qu’elles pourraient être relatives dans un temps donné et dans un espace défini à notre échelle.

Comme tout le monde, par facilité, j’associe donc ma voix à toutes celles qui crient « haro » sur le président américain lorsqu’il exclut son pays de cet accord climatique « historique » de Paris ! De conserve avec l’ensemble de la « communauté mondiale », je consens à m’indigner des foucades de ce héros de Walt Disney, en ne voulant surtout pas apparaître comme étant de « mèche » avec ce gars-là! Je maudis son outrecuidance lorsqu’il ignore le consensus climatique international, censé sauver in extremis l’humanité et la planète d’un naufrage écologique assuré… De même je fais miennes les protestations vertueuses des nombreux investisseurs d’outre-Atlantique de la « transition écologique » contestant la décision présidentielle – y compris de ceux, qui ne juraient hier qu’en termes de développement des « horribles » énergies fossiles! Je me réjouis que, soudainement visités par « l’esprit de la planète » ces industriels qui n’ont jamais brillé par leur altruisme n’aient plus en tête désormais que l’intérêt général de l’humanité, qui, en plus, converge avec leur intérêt particulier!

A l’inverse de ce Tartarin de Donald, qui s’est transformé progressivement en « Schmürz » mondialisé…Il faut reconnaître que ce caricatural « bâtisseur d’empire » y met carrément du sien pour se faire détester ! Pour peu, il deviendrait le bouc-émissaire de toutes les bonnes âmes!

Inondations là…

Comme tous les « bobos », je suis devenu un admirateur inconditionnel de cet ancien reporter globetrotter, grand producteur repenti de « gaz à effets de serre », devenu le gourou de l’écologie et, depuis peu, le ministre de l’écologie militante et rédemptrice….

Bref, j’ai compris – bien que tardivement – que le panurgisme intellectuel était la meilleure façon de vivre peinard !  Et ce en dépit de l’opinion de certains qui estiment au contraire que c’est un fléau social et le terreau de la démagogie.

Comparaison n’est pas raison, mais l’autoritarisme climatique qui ne souffre plus aucune discussion de fond, n’est pas sans rappeler la « Macronmania » qui, dans le domaine politique, contamine actuellement la société française. Depuis son élection, le nouveau président de la République est encensé quoique il fasse ou dise – même s’il ne dit rien. Ce culte de la personnalité qui se déploie sous nos yeux, montre d’ailleurs que le panurgisme politique comme son équivalent climatique – que d’aucuns confondent méchamment, avec de l’opportunisme de placement ou de prébendes – a malheureusement de beaux jours devant lui !

Finirais-je par y succomber aussi pour assurer mon bien-être personnel ?

J’en doute un peu, car pour ce faire, il me faudrait m’asseoir allègrement sur les idées auxquelles je crois depuis plus de quarante ans et admettre qu’il est devenu assez jouissif d’être instrumentalisé à condition d’être du bon côté du manche! Un peu de patience, monsieur le bourreau, j’attends au moins une bonne vingtaine d’années, juste le temps de devenir un vieillard chenu manipulable, torturé par la soif irrépressible d’être toujours à la page et même à l’avant garde.

Mais c’est un autre sujet…

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On dit – et sans doute à bon droit – que l’enfumage n’est ni bon pour l’avenir biologique de la planète, ni bon pour notre santé et que même les deux sont étroitement dépendants. Mais on pourrait aussi ajouter que c’est particulièrement nocif pour notre libre arbitre, notre intelligence collective et individuelle, bref pour notre faculté de raisonner logiquement et de façon autonome…

Que ce soit à propos des questions climatiques sur lesquelles le Tartarin de Washington a pris hier des décisions – effectivement – paradoxales et incompréhensibles au regard des intérêts de son propre pays, ou encore, à propos des prochaines législatives où le seul mot d’ordre tolérable est de donner « une majorité absolue au nouveau Président de la République », le doute cartésien n’est plus permis. L’esprit et le ricanement voltairiens n’ont plus droit de cité au moment même où la promotion Voltaire sort de l’Histoire!

Il est même fortement recommandé d’abandonner toute forme d’esprit critique, de s’abstenir de prendre toute espèce de recul en rejoignant « en marchant », sans mot dire et sans maudire le « camp du progrès » ! Et ce faisant, ne se perd-on pas un peu soi-même ?

Le « cogito ergo sum » semble passé de mode !

Ne doit-on pas, malgré tout s’inquiéter, à tout le moins s’interroger, lorsqu’on observe le désolant spectacle de ces personnes estimables, qui se revendiquaient jadis de fortes convictions et qui ressassent désormais inlassablement les mêmes poncifs, en usant tous des mêmes superlatifs pour caractériser l’action du nouveau guide suprême de la République et pour vanter sa clairvoyance ?

Si ce n’est pas un recul de la pensée, ça y ressemble quand même un peu !

Aussi ne luttera-t-on  jamais assez contre la pollution sous toutes ses formes, à commencer par celle des cerveaux!

Ne faut-il pas en effet s’insurger, tant que c’est encore possible, contre cette tentative de corruption de nos esprits par le biais d’une pensée uniforme,  qu’on nous insuffle désormais quotidiennement au nom d’une recomposition politique prétendue nécessaire?

Ne doit-on pas s’étonner du recyclage du vieux slogan révolutionnaire de l’Internationale (« Du passé faisons table rase ») pour nous familiariser au culte insensé de la personnalité du nouveau et jeune père du peuple, qui se déploie sous nos yeux ? Personne n’est en effet en capacité aujourd’hui de prédire si les lendemains promis chantants ne déchanteront pas! Surtout pour nos libertés…

Pour contrer « l’enfumage », la seule méthode qui reste à notre disposition, c’est la démocratie ! Aussi ne blâmons pas les gens de Droite qui votent à Droite, ou les socialistes non opportunistes qui persistent à voter socialiste !

Ils sont notre rempart contre le despotisme. Ne nous laissons pas enfumer.

 

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