Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Actualité’ Category

Des années soixante du siècle dernier, il me revient régulièrement en mémoire, entre autres souvenirs exhumés – Dieu sait comment et surtout pourquoi – de mes « humanités » au lycée David d’Angers, le petit quatrain suivant, un peu abscons, et désormais oublié des élèves, car devenu inutile avec « la Révolution Numérique », la nouvelle Route Nationale du savoir, qui fait tant fantasmer et causer nos politiques en période électorale :

Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages.
Immortel Archimède, Artiste, Ingénieur,
Qui de ton jugement peut briser la valeur ?
Pour moi ton problème eut de pareils avantages. »

Cette ode était généralement associée à un rappel historique bizarre, qu’on se plaisait aussi à répéter :

Les 3 journées de 1830 ont renversé 89 »

Le plus étrange, c’est que ce n’était pas notre prof de français qui nous avait enseigné ces vers, mais le prof de maths, comme moyen mnémotechnique, pour décliner les trente premières décimales du nombre π, (Pi) et pour annoncer son inverse 1/ π sans avoir à le calculer (la division de 1 par un autre nombre avec une virgule est un exercice pénible).

Ainsi, dans le quatrain qui rend hommage à Archimède, il suffit de compter le nombre de lettres de chaque mot, pour approcher « Pi » : Que=3, j=1, aime=4, à=1 etc.

Dans le rappel de la Révolution de juillet 1830, l’inverse de « pi » s’obtient ainsi : « 0, 31830 98 ». Il faut bien sûr trouver le « zéro tout seul » et penser à « renverser 89 en 98 !

Photo internet Canada

Au cours de ma scolarité, je ne fus ni très bon, ni très mauvais en mathématiques.

Sans fausse modestie, plutôt bon que mauvais, mais pas transcendant ! Et c’est ce qui explique sans doute que je ne suis jamais devenu un vrai mathématicien, et que la transcendance ne m’a jamais trop inquiété sauf lorsqu’il s’agissait précisément du nombre « Pi » …qui lui est un nombre « transcendant » !

Pour ceux qui aiment les maths, je rappelle que la définition d’un nombre transcendant est la suivante (selon Wikipédia que je me contente de recopier, comme il l’a fait lui-même d’ouvrages spécialisés) :

« Un nombre transcendant est un nombre réel ou complexe qui n’est racine d’aucune équation polynomiale à coefficients entiers. Comme tout nombre rationnel est algébrique, tout nombre transcendant est donc un nombre irrationnel. »

Intuitivement (!), on sent bien que ça se complique, mais en gros s’agissant de notre fameux « Pi », on peut dire pour simplifier (abusivement) qu’aucune formule, qu’aucune équation, qu’aucun algorithme, même l’ordinateur le plus complexe auquel rêve Benoit Hamon pour supprimer le travail, ne parviendra à fournir une valeur exacte de « Pi », car son nombre de décimales est infini !

Aux dernières nouvelles, les trente chiffres de mon vieux quatrain sont largement dépassés, on aurait aujourd’hui dénombré dix mille milliards de décimales… Et on continue.

Fascinant ! Alors que ça parait si trivial, cette histoire de « Pi »…

N’importe qui avec une règle graduée, une cordelette et, le cas échéant, un compas, peut en faire une mesure approximative : en effet, on a tous appris à l’école que ce nombre était égal au rapport de la circonférence d’un cercle à son diamètre…Quel que soit le cercle, et forcément quel que soit le diamètre, ce rapport est constant ! …

Et ce nombre « irrationnel », qui défie la raison, qui nous échappe et qui nous nargue depuis la nuit des temps, a tracassé tous les mathématiciens depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

Il a colonisé, non seulement, notre bon vieux cercle qui l’a révélé au grand public avec plus d’efficacité mystérieuse qu’une apparition mariale , mais également une grande partie des mathématiques, des probabilités des plus élémentaires aux plus subtiles, des algèbres ou des géométries les plus abordables comme notre respectable euclidienne, jusqu’aux plus complexes.

Partout, il pointe régulièrement le bout de son nez…En physique aussi, sa présence est incontournable, de la mécanique classique où il contribue prosaïquement à expliquer et à formaliser le fonctionnement d’une poulie ou à comprendre le cheminement des ondes sinusoïdales sur notre bassin d’agrément, jusqu’aux monuments conceptuels les plus élaborés comme la relativité einsteinienne ou la mécanique quantique !

Albert Einstein lui-même a eu la bonne idée de naitre le troisième mois de l’année (1879) le 14… « 3,14 » !
Est-ce la raison pour laquelle, le « 14 mars » est désormais la journée internationale des mathématiques, le « Pi-day » ?

Le grand « Albert » aurait 138 ans!

 

Read Full Post »

La publication du rapport annuel de l’Inspecteur général d’EDF pour la Sûreté Nucléaire et la Radioprotection est toujours un événement attendu. Disons, plus précisément, qu’il est attendu du landerneau nucléaire auquel il s’adresse en priorité et, plus généralement, par tous ceux qui s’intéressent à la sécurité nucléaire sans se laisser influencer par le matraquage médiatique des abolitionnistes de l’atome qui hantent les allées du pouvoir depuis trente ans !

Ce rapport – à vocation interne mais qui est mis à la disposition de tous (consultable sur le site EDF) – est rafraîchissant, parce que, précisément, il présente un point de vue, celui d’un expert d’un exploitant, et qu’il ne prétend pas émaner d’une quelconque association de recherche « affranchie des lobbys industriels » ou d’une institution officielle qui brandirait son indépendance, sa compétence et sa volonté de transparence, à chaque détour de phrase…Il est intéressant parce qu’il n’hésite pas à prendre parti, celui d’une entreprise dont l’intérêt bien compris est d’éviter tout accident grave qui ruinerait définitivement son industrie. La teneur de ce document n’est donc pas idéologique, et c’est heureux car, en quelque domaine que ce soit, l’idéologie n’a jamais contribué à garantir la sécurité collective.

Son auteur est un salarié de l’entreprise, et si son travail depuis quelques années rencontre du crédit, c’est qu’il dresse, sans trop sombrer dans la langue de bois, un bilan sans concession des atouts et des faiblesses d’EDF en matière de sûreté nucléaire et de radioprotection et qu’il ne s’embarrasse pas de circonvolutions ampoulées pour décrire les relations, en l’occurrence quasi-conflictuelles, qu’elle entretient avec ses partenaires obligés que sont, en particulier, les pouvoirs publics… Enfin, dernière caractéristique, ce document n’est pas un bréviaire qui s’imposerait comme un recueil de dogmes et de vérités révélées qu’il conviendrait, par opportunisme électoral, de vénérer à l’exemple des études de Greenpeace, et qu’il serait malséant de discuter.

Le rapport de l’année 2016 qui vient d’être rendu public le 3 mars 2017 était particulièrement attendu après les événements très médiatisés de l’automne dernier qui avaient un peu terni l’image de la grande entreprise publique, qui demeure un des principaux acquis de la Libération, en dépit de ses difficultés actuelles artificiellement entretenues, souvent « décrétées ex cathedra »  et dont, par conséquent, elle n’est que partiellement responsable.

A la mi-octobre 2016, l’Autorité de Sûreté Nucléaire avait annoncé « urbi et orbi » qu’elle exigeait l’arrêt de cinq réacteurs nucléaires d’EDF pour effectuer des tests et qu’elle suspendait l’autorisation de redémarrage de sept autres (en maintenance périodique), en raison d’une anomalie suspectée dans l’acier enveloppant les générateurs de vapeur, organes essentiels pour évacuer l’énergie produite par la réaction nucléaire. Cette anomalie pouvait aussi concerner les cuves des réacteurs. Dénommée « ségrégation carbone », elle aurait été potentiellement présente dès la coulée des aciers en fonderie.

Ce phénomène caractérisé par un taux de carbone non conforme aux normes aujourd’hui en vigueur, avait été -disait-on – imprudemment sous-estimé jusqu’à ce jour, et « on » craignait qu’il n’affecte gravement la résistance mécanique des cuves ou de leurs équipements annexes comme les générateurs de vapeur !

Si tel avait été effectivement le cas, c’est la sûreté du parc nucléaire français qui était en péril? C’est en effet au cœur même du confinement de la réaction nucléaire que cette faiblesse génératrice d’accidents était suspectée et parfois détectée. Déjà planait dans la presse hexagonale et dans les chaumières ministérielles, l’ombre portée des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, apportant de l’eau au moulin des antinucléaires qui demandaient l’arrêt « immédiat » de la production d’électricité d’origine nucléaire.

Il y avait vraiment de quoi foutre la trouille au « pékin moyen », d’autant que le porte-drapeau de cette information angoissante était l’instance officielle de contrôle, l’Autorité de Sûreté Nucléaire, qui, arc-boutée sur ses principes sacrés d’indépendance et de transparence, s’était empressée de sonner le tocsin et avait pris les mesures conservatoires drastiques évoquées plus haut !

Sous les lambris dorés de l’Elysée, on peut penser que certains conseillers du Président devaient secrètement se féliciter de la perspective que cet incident ouvrait, de respecter enfin une – au moins une – des promesses phares du quinquennat, à savoir la réduction de la part du nucléaire dans le « mix énergétique » … Et en plus, « à l’insu du plein gré » de l’auguste locataire ! Tout bénef…

Heureusement, à l’issue d’investigations approfondies, il est apparu que cet événement n’était pas aussi préoccupant qu’initialement redouté…L’Autorité administrative put alors, fort opportunément et sans trop se déjuger en faisant mine de s’appuyer sur les conclusions inespérées des expertises qu’elle avait diligentées, rapporter sa décision initiale, et permettre le redémarrage des réacteurs concernés.

Cet apparent changement de braquet était raisonnable, mais, comme souvent, de méchantes langues l’assimilèrent à un rétropédalage. Elle eut pour effet favorable d’éviter la pénurie d’électricité, et d’écarter la menace de coupures de courant sur le réseau français, au moment où la demande s’accroissait en ce début d’hiver rigoureux.

Bien entendu, pour faire bonne mesure et peut-être aussi pour sauver la face, l’Autorité de Sûreté Nucléaire imposa à EDF (qui s’en accommoda de bonne grâce)  de prendre quelques « dispositions spécifiques d’exploitation » supplémentaires et d’effectuer des essais complémentaires ! En fin de compte, la sagesse prévalut, attestant – s’il en était besoin – du sens des responsabilités, du pragmatisme et de la bonne compréhension de l’intérêt général (ainsi que du sien) de l’Autorité administrative « indépendante », que d’aucuns persistent parfois à qualifier de « nucléophobe » ou qui est souvent – et injustement – perçue, comme une haute technocratie, hors sol, imbue d’elle-même, et obnubilée par le respect convulsif de procédures superfétatoires, édictées au nom d’une « culture de sûreté » devenue obèse par la multiplication de règles en tous genres !

Cette alerte et ce qui en a finalement résulté, incitèrent certains esprits frondeurs à instruire un second procès à l’encontre de l’Autorité de Sûreté – tout aussi infondé que le premier – aux termes duquel son « indépendance » ne serait en fait que de façade, étant entendu que le gouvernement reprend toujours la main lorsque les affaires sont sérieuses, c’est-à-dire lorsque les prises de position de l’Autorité de Sûreté, trop cassantes, trop « autoritaires » et inutilement anxiogènes risquent de générer plus de désordres à l’ordre public qu’elles n’évitent l’expression de dangers avérés !

En tout cas, à la fin de l’année 2016, l’incident paraissait clos !

Tous paraissaient se féliciter du compromis trouvé. L’Autorité de Sûreté Nucléaire, d’abord qui comprit à cette occasion qu’il ne fallait pas aller trop loin dans sa posture de « gendarme du nucléaire »; EDF, ensuite, qui accepta sans mot dire – sans maudire – les mesures supplémentaires de précaution qu’on lui imposait en contrepartie d’une autorisation de poursuite de sa production d’électricité, et enfin le gouvernement rassuré par le fait qu’on ne viendrait pas le « chercher » en cette fin crépusculaire de quinquennat, en lui rejouant « l’hiver 1954 et l’abbé Pierre » sur fond de privation « administrative » de courant ! Seuls les indécrottables écolos antinucléaires trouvèrent à y redire. Mais, quoiqu’en pense le candidat officiel de la Belle Alliance Populaire à la Présidence de la République, qui fait grand cas de leur amitié, ils ne représentent guère plus de 1%, dont la moitié, mobilisés en permanence dans les « ZAD » à jouer les Robin des Bois face à la maréchaussée !

Cette harmonie de tous les corps constitués a été partiellement rompue, le 18 janvier 2017, lors des vœux à la presse de l’actuel président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Mécontent sans doute d’avoir dû manger son chapeau dans « l’affaire de la ségrégation carbone », ou remonté comme une horloge pour promouvoir le nouveau paradigme nucléaire d’un accident certain, quelle qu’en soit l’occurrence, il s’est en effet livré, en dramatisant la situation, à un véritable réquisitoire contre les exploitants nucléaires dont EDF… et en prédisant l’avenir le plus sombre!

A sa décharge, le désaveu implicite de sa première décision, un camouflet insupportable pour un X-Mines biberonné dans la haute administration, pouvait lui faire craindre que la technostructure qu’il dirige ne soit plus vraiment prise au sérieux et qu’elle se heurte à l’avenir à de fortes réticences de l’Etat lorsqu’il s’agira, comme il le réclame inlassablement, d’accorder une augmentation de ses effectifs d’ingénieurs et d’inspecteurs, ou un accroissement significatif de son budget. On peut même penser car l’homme semble habité par sa mission, qu’il appréhende réellement l’avenir de la sécurité nucléaire, dont il s’estime – probablement à tort – le seul garant.

Quoiqu’il en soit, ce 18 janvier 2017, dans son camp retranché de Montrouge, ses propos – dont on peut intégralement prendre connaissance sur le site de l’Autorité de Sûreté Nucléaire – furent d’une extrême violence : « Concernant les installations nucléaires, il y a un an, le contexte était préoccupant à moyen terme. Si je devais résumer ma pensée aujourd’hui, je dirais que le contexte est préoccupant. J’enlève ‘‘à moyen terme’’ ».  

Un slogan propre à décourager Billancourt, comme aurait dit Maurice Thorez jadis!

Dans ces conditions, face à cette agression frontale, une réponse d’EDF, principal exploitant de réacteurs nucléaires de puissance en France s’imposait, tant sur le fond que sur la forme. Toute la question – le seul suspens – était de savoir par quel vecteur l’entreprise ferait transiter sa riposte et dans quelle mesure, elle privilégierait la conciliation sur l’offensive.

Clairement, les réponses à ces interrogations furent apportées par le rapport 2016 de l’Inspecteur général.

Sur le fond, prenant le contre-pied du président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, l’inspecteur général d’EDF estime – comme il fallait tout de même s’y attendre – que les résultats en matière de sûreté nucléaire, de radioprotection et de prévention sont « encourageants » et même « en constante amélioration », EDF n’ayant pas connu, pour la quatrième année consécutive, « d’événement majeur de sûreté en 2016 » ayant une incidence radiologique; et ce, grâce à « l’implication » de son personnel, dont pourtant  « les programmes d’activités avaient été bouleversés par les interventions liées (notamment) aux affaires «  ségrégation  » – sous-entendu – abusivement montées en épingle !

Il formule cependant des préconisations d’améliorations dans le domaine de la maintenance.

Ce qui étonne, c’est que sur un sujet technique de cette importance, son appréciation globale soit parfaitement contradictoire avec celle du président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire…

Forcément l’un ou l’autre doit donc forcer le trait ou gommer les aspects qui pourraient affaiblir sa thèse ! Qui croire ?  Celui, à l’évidence, qui a le moins d’intérêt à tordre la réalité.

Et dans ce contexte, force est de reconnaître que la position de l’exploitant est robuste, étayée par plusieurs décennies de fonctionnement du parc nucléaire sans déplorer de catastrophe de sûreté ou de radioprotection. Et surtout, il peut arguer qu’en cas d’accident, il serait désigné comme l’unique responsable, en droit comme en fait. En outre, d’un point de vue industriel ou économique, les conséquences ne seraient pas moindres car son activité serait irrémédiablement condamnée. L’intérêt du gendarme du nucléaire est d’un autre ordre, celui d’être reconnu comme un levier indispensable à la police de l’Etat !

Mais l’important ne se trouve pas là, car ces différences d’approche de la prévention d’un risque qui est bien réel, relèvent de la normalité du dialogue contradictoire entre un contrôleur et un contrôlé, entre l’Etat et ses administrés, surtout lorsqu’il ne s’agit que d’un jeu de postures dans un contexte où la peur de l’apocalypse n’est heureusement pas à l’ordre du jour…Les frayeurs de Président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire sont pour une large part virtuelles ou conséquentes de normes excessives qu’il a lui-même édictées, comme celles portant sur la définition des déchets radioactifs.

L’aspect le plus troublant du rapport de l’Inspecteur général réside dans sa critique sans ambages de l’Autorité de Sûreté elle-même, sur sa manière d’exercer sa mission, et même, implicitement sur sa raison d’être en tant qu’entité administrative indépendante…

Intitulant le paragraphe consacré à ce sujet « un besoin de confiance », l’inspecteur général annonce clairement la couleur : si la confiance est présentée comme un besoin, c’est qu’a priori, elle est loin d’être acquise !

La suite de son exposé le démontre. Après avoir rappelé – presque pour forme – « qu’un dispositif de sûreté nucléaire efficace comporte nécessairement une Autorité de sûreté forte qui entretient des échanges équilibrés avec les exploitants » l’inspecteur observe qu’en France, « les relations entre EDF et l’Autorité de sûreté ne sont pas satisfaisantes depuis plusieurs années ».

Il poursuit l’offensive en observant que « chacun campe sur ses positions » et que « les causes (de cette absence de dialogue) sont multiples ». Mais, selon lui, elles sont d’abord le fait de l’Autorité qui limite, pour l’essentiel les échanges, « à débattre de la conformité réglementaire à des textes qui ne peuvent traduire la diversité des situations et des problématiques, au détriment du dialogue technique indispensable pour progresser ». Sévère!

Le plaidoyer se transforme même en un réquisitoire accablant:

« Des incompréhensions surviennent inévitablement et créent un climat préjudiciable à la sûreté. Une activité aussi complexe et sensible que l’industrie électronucléaire doit évidemment être fortement encadrée, mais vouloir tout écrire est illusoire. Cela conduit à une pléthore de textes, toujours imparfaits et en évolution permanente. Pire, un corpus d’une telle complexité dépasse les capacités d’assimilation humaine et ne renforce pas la sûreté. Il (me) paraît préférable d’élaborer des textes qui posent les principes, fournissent des règles générales et prévoient des procédures particulières pour les cas non envisagés. L’application de tels textes passe par un dialogue soutenu où la technique tient la part principale, et où les conséquences pour la sûreté sont le critère décisif. Ce dialogue technique, ces échanges sur le fond, me paraissent une condition d’un retour à des rapports plus équilibrés et responsabilisant pour l’exploitant. Cela permettra d’amorcer une logique de cercle vertueux mais prendra du temps : la confiance ne s’impose pas mais se construit en commun, progressivement »…

La charge est d’autant plus cruelle que l’inspecteur compare l’action de l’Autorité de sûreté nucléaire française à son homologue britannique, avec laquelle EDF entretiendrait des relations confiantes, respectueuses des responsabilités mutuelles, et au bout du compte, profitables…

Cette attaque est par ailleurs malvenue alors que les « Autorités prétendument indépendantes » semblent passées de mode et même contestées jusqu’aux échelons les plus élevés de l’Etat et dans les commissions parlementaires… Si la classe politique a trouvé autrefois commode de se décharger de ses responsabilités sur des sujets sensibles et complexes, en en confiant la gestion à de fidèles serviteurs présentés comme autonomes, désormais qu’elle est confrontée à l’accusation d’inutilité, elle s’interroge sur le gain de tels dispositifs cache-sexe et sur l’intérêt de les faire perdurer…

Le fait que l’Inspecteur général ait pu diffuser pareil pamphlet anti-Autorité pour le compte d’une entreprise dont le capital est détenu à 85% par l’Etat, est à cet égard significatif. Ne fait-il pas écho à certaines réflexions conduites, ici ou là, en sous-main, sur la pertinence de maintenir l’autonomie d’une telle technostructure?  L’inspecteur n’a-t’il pas bénéficié, a minima, d’une bienveillante neutralité de la part de ceux, en haut-lieu, qui estiment qu’il n’y a pas de motif majeur pour persister à déléguer à l’Autorité de Sûreté Nucléaire des missions quasi-réglementaires relevant des prérogatives régaliennes de l’Etat?

Ne s’interroge-t-on pas, de facto et par personne interposée, sur la valeur ajoutée d’une Autorité autonome par rapport à une administration centrale classique, disposant des compétences techniques effectivement nécessaires pour procéder au contrôle d’une activité industrielle ou médicale intrinsèquement dangereuse?  N’est-ce pas de la sorte que l’Etat administre le pays depuis la nuit des temps?

L’avenir nous dira si ce rapport 2016 n’est qu’un coup de semonce sans lendemain, ou le signe précurseur d’une réforme de la sûreté nucléaire vers un droit commun réaménagé des risques industriels, et plus généralement vers une organisation des pouvoirs publics plus conforme aux standards de la démocratie. Laquelle postule qu’en principe le dernier mot revient toujours à des élus du suffrage universel et non à des technocrates, fussent-ils compétents et honnêtes!

Le vent tournerait-il, sonnant enfin le glas des administrations « indépendantes » ? L’exemple de l’Autorité de Sûreté Nucléaire n’étant qu’un exemple parmi d’autres, car cette dérive de la défausse vers des experts indépendants est une marque de fabrique du manque de courage de la classe politique depuis deux ou trois décennies…

  • PS: On aura sans doute compris qu’à titre personnel, je suis défavorable à la création de ces Autorités indépendantes, qui se substituent aux représentants élus et qui, étant d’authentiques dénis de démocratie, pourraient bien échapper un jour aux apprentis sorciers qui les ont portées sur les fonds baptismaux. Bien sûr, la probité, de désintéressement et le dévouement à la cause publique de leurs personnels – généralement fonctionnaires – ne sont en rien mis en cause, et c’est la raison pour laquelle je n’ai évoqué ici que des fonctions et n’ai cité aucune personnalité.

Read Full Post »

Il n’aura sans doute échappé à personne que nous sommes en pleine campagne électorale des « Présidentielles » et qu’une des notions qui fait le « buzz » – comme on dit maintenant – est celle « d’emploi fictif ».

Merci à Ph. Bouvard pour ce prêt "involontaire" de saillie.

Merci à Philippe Bouvard auquel j’ai emprunté cet aphorisme

On pourrait même dire sans exagérer qu’avec l’appui d’une autorité judiciaire peut-être complaisante et partisane, c’est la principale arme que les candidats s’envoient mutuellement dans les jarrets pour entraver la marche de leurs concurrents vers une hypothétique victoire…

Autrefois, on aurait plutôt évoqué la corruption ou le népotisme… On aurait sûrement privilégié l’accusation de clientélisme contre ceux – qu’on connaît tous – qui usent exagérément de leur position pour s’attirer les bonnes grâces de l’électeur…On ne se serait sans doute pas privé de citer les fils des copains rémunérés pour réaliser un rapport bidon dans le cadre d’un stage obligatoire de fin d’études.

Mais, désormais, les charmes de ces mots compliqués sont épuisés. Ils ne surprennent plus. Même pénalement, c’est de la routine. Le concept « d’emploi fictif » est devenu le nec plus ultra des joutes médiatiques et le terrain privilégié des coups bas. Il recouvre d’ailleurs toutes les autres notions, et occulte même les programmes électoraux qui, dans le passé, faisaient les beaux jours des vendeurs de promesses…

Souvenons-nous avec émotion du discours du Bourget de janvier 2012 de l’actuel président de la République – alors candidat – qui avait réveillé en nous les mânes de Jaurès, pour accoucher cinq ans plus tard d’un Emmanuel Macron ! L’un fut reçu premier en 1878 à l’Ecole Normale Supérieure et devint agrégé de philosophie, l’autre, élevé chez les jésuites, échoua au même concours, mais devint inspecteur des finances et banquier d’affaires…et ministre de gauche.

Nul n’était besoin dans ces époques lointaines d’agiter le spectre devenu monstrueux de l’emploi fictif.

Faut-il s’en plaindre ? Je n’en sais rien, et de toute manière, il faudra bien voter… Et comme on ne peut plus le faire en faveur de Jean Jaurès !

A propos de ce « sacré » Jean Jaurès, on peut penser, quelle que soit sa puissance d’analyse et sa maîtrise incomparable de notre langue, qu’il aurait sans doute été sidéré et qu’il aurait ouvert des yeux ahuris, si, lors de ses controverses légendaires avec Georges Clemenceau, au début du vingtième siècle à la Chambre des Députés, on l’avait accusé de voler la République en rémunérant des emplois fictifs!

Lui-même n’aurait certainement pas usé de cet argument – surréaliste sous la troisième république  – y compris en 1885, lorsqu’il fut élu pour la première fois, député du Tarn, face au caricatural baron René Reille, qui tenait depuis toujours les « Montagnes Noires » sous son emprise féodale.

Il n’est même pas sûr  que lui, l’homme intègre et cultivé aurait compris de quoi il s’agissait! Aurait-il déduit qu’il pouvait être question de l’argent qu’il donnait parfois sur sa cagnotte de parlementaire aux militants de la SFIO en difficulté, ou aux ouvriers de Carmaux en grève? Lesquels, en contrepartie rendaient quelques menus services officieux pour la diffusion de l’Humanité? Sa générosité gratuite aurait t-elle été une faute?

De la même manière, il est quasi-certain, que Clemenceau qui n’était pourtant pas avare de coups tordus en politique, ne se serait pas livré à ce type de persiflage ou de clabaudage.

L’un et l’autre, en fins lettrés qu’ils étaient, et médusés par l’attaque, se seraient certainement précipités sur un dictionnaire pour tenter de préciser le méfait dont on les aurait accusés. Non pas tant pour élucider la notion d' »emploi » que pour clarifier le qualificatif « fictif »…

Si l’on fait abstraction de la jurisprudence judiciaire, certainement abondante, exubérante, par conséquent contradictoire, selon les sources, et, comme toujours, quasiment incompréhensible, la définition de l’adjectif  » fictif » est assez classique…

 » Le Petit Larousse » précise que « fictif »  est issu du latin « fictus » qui signifie « inventé ». Deux acceptions sont fournies: la première, synonyme d’imaginaire, s’accommode de tout ce qui est créé par l’imagination et qui n’a rien de réel, et la seconde, qui assimile  le mot « fictif » à  » conventionnel », caractérise ce qui n’existe que par convention…

Un exemple permet de mieux saisir la seconde définition :  » Les billets de banque n’ont qu’une valeur fictive »! Cet exemple résonne d’ailleurs étrangement dans le contexte actuel!  Devrait-il nous inciter à déposer une plainte auprès du Parquet national financier contre les banques qui exploitent des billetteries!  On frémit à l’idée qu’en tant qu’utilisateur de ces machines, on s’approvisionne régulièrement en monnaies de singe, autrement dit en argent fictif d’une pension qu’on croyait réelle. Il est vrai, que depuis quelque temps, je nourrissais le vague sentiment que mon pouvoir d’achat se transformait progressivement en une variable d’ajustement réellement décroissante, avant de devenir peut-être un attribut virtuel.

Bref, il résulte de cette recherche documentaire que le caractère « fictif » d’une action est une notion hautement relative, dont on peut user et abuser sans dommage au gré des circonstances!

J’en veux pour preuve ma propre expérience: pendant plus de quarante ans, on m’a rémunéré pour simplement réfléchir, avec pour seule obligation de résultat d’écrire de temps en temps, deux ou trois choses, censées faire date mais que la plupart ont oublié depuis fort longtemps… Personne en revanche n’a osé formuler à aucun moment que mon emploi dans les différentes fonctions que j’ai occupées, pouvait être en partie fictif…Evidemment, tous avaient de bonnes raisons d’éviter ce type de questionnement existentiel, puisque leur situation était identique à la mienne… Réfléchir était donc une occupation en soi, qui devait être rémunérée en conséquence…

L’âge de la retraite ayant sonné, j’ai pensé naïvement qu’il me suffirait – pour m’occuper – de poursuivre mes petites réflexions entamées plusieurs décennies auparavant et, par essence, inachevées. Et surtout, je croyais que mon changement de statut social ne modifierait en rien, la perception qu’auraient les autres de mon activité. Je concevais, qu’à ce titre, on persisterait, au moins moralement, de me créditer d’une activité réelle, sinon utile! Il n’en fut rien.

J’ai rapidement compris qu’on n’attendait plus du tout cela de moi. Et que mon activité d’avant s’était soudainement muée en spéculations hasardeuses de « recopiage ». Un vieil inactif ne peut en toute rigueur espérer exister et retrouver une sorte de crédibilité d’actif que s’il abandonne sa spécificité d’antan – de modeste intellectuel en l’occurrence – et que s’il se précipite avec enthousiasme dans toutes les fonctions domestiques ou de bricolage manuel qu’il avait délaissées autrefois par incompétence, par manque de goût, ou parce qu’il était entièrement mobilisé par son métier…

Poursuivre ces efforts antérieurs et faire partager par l’écriture le fruit de ses petits travaux, devient un non-sens, et n’est plus considéré comme un travail. Ce n’est rien. Ce qui était réel est désormais fictif!

On ne consentira – à la rigueur – à admettre qu’un vieux grigou se livre encore à une activité réelle, au delà de son nécessaire assujettissement – de préférence librement consenti – aux obligations quotidiennes de sa condition d’inactif, que s’il se lance, à corps perdu, dans le bénévolat associatif et l’action caritative… Son travail intellectuel d’antan ne sera plus toléré que comme un aimable violon d’Ingres, dans les temps morts laissés par le mouvement brownien des tâches matérielles incontournables!

« Faire » pour un retraité de classe moyenne ou modeste, c’est produire du mouvement visible, comme si « faire », c’était ne plus « rien faire » d’autre, jusqu’à en perdre la raison…

La conclusion, c’est d’abord qu’il faut conclure, car mon activité en rédigeant ce libelle est, bien sûr, fictive, et ensuite que la frontière entre le réel et la fiction, est d’abord liée à l’observateur…Elle est relative. Là où ça pose problème, c’est quand l’observateur est un juge qui veut se faire mousser, ou un média malveillant!

Ça rappelle quelque chose?

Vive la France, Vive la République…

Read Full Post »

On rapporte que Napoléon 1er qui aimait bien l’écrivain, Jacques Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814), l’auteur du roman « Paul et Virginie » – dont nous avons commenté les meilleures pages, dans le « Lagarde et Michard » de notre adolescence – était nettement plus réservé sur les travaux du « chercheur scientifique » que ce chantre de la beauté des paysages, et brillant aventurier prétendait être. D’autant moins enthousiaste d’ailleurs, que le romancier se piquait d’être un philosophe « finaliste » de la nature, contrairement à l’empereur qui était probablement plus proche intellectuellement de la conception mécaniste du monde des philosophes des Lumières. Ainsi, un jour que le botaniste, successeur de Buffon à la tête du Muséum d’Histoire Naturelle, se plaignait du peu de considération que lui accordaient les membres de l’Institut – l’Académie des Sciences d’alors – l’empereur lui rétorqua :

« Savez-vous le calcul différentiel, Monsieur Bernardin ? Non, eh bien, allez l’apprendre et vous vous répondrez à vous-même. »

L’empereur parlait de ce qu’il connaissait, car il avait étudié le calcul intégral et différentiel durant sa scolarité à l’école préparatoire militaire de Brienne entre 1779 et 1784, avant d’être intégré comme élève artilleur à l’école militaire de Paris…Il y développa même des facultés exceptionnelles en mathématiques, auxquels il s’adonna bien au-delà de sa scolarité.

A telle enseigne que le 25 décembre 1797 – 5 nivôse an VI – alors qu’il revenait, auréolé de gloire de la campagne d’Italie (1796-1797), promu au grade de général, il fut brillamment élu membre de l’Institut des Sciences et des Arts, classe des Sciences Physiques et Mathématiques, section des Arts Mécaniques.

Il ne s’agissait en rien d’une élection de complaisance, car Bonaparte, mathématicien d’une rare précocité, avait ramené d’Italie, en plus d’une réputation de grand stratège, dont attestaient les victoires de Lodi et du pont d’Arcole, un théorème de géométrie, énoncé par le géomètre et ecclésiastique Lorenzo Mascheroni (1750-1800), aux termes duquel  » toutes les figures construites à l’aide de la règle et du compas, peuvent l’être à l’aide du seul compas »…

Séduit, le jeune officier en avait même fourni une autre démonstration et une application originale – connue depuis sous le nom de « Problème de Napoléon » – qui consistait à retrouver le centre d’un cercle avec seulement un compas !  Son raisonnement fit dire au grand savant, Pierre Simon de Laplace (1749-1827), le « Newton français », admiratif et pourtant de vingt ans son aîné :

« Nous attendions tout de vous, Général, sauf des leçons de géométrie ! »

Problème de Napoléon

Problème de Napoléon

Cet intérêt pour les mathématiques de Napoléon Bonaparte et son appétence pour les sciences, très souvent passés sous silence par les historiens du Premier empire, ne se sont jamais démentis. Jusqu’à son abdication en 1815, l’Empereur participa aussi souvent qu’il le put, aux travaux de l’Académie. Et sa présence n’était pas passive. Il n’hésitait pas à s’investir personnellement dans les débats ou les controverses scientifiques.  Au sein de ce cénacle de savants, lui, l’autocrate impulsif qui se comportait avec brutalité à l’égard de ses opposants politiques, faisait étalage d’une étrange patience et ne tenait nullement grief à ceux qui lui portaient la contradiction sur une question scientifique…Napoléon aimait la science pour la science, et sur ce point, il n’est pas exagéré d’avancer qu’il fut un digne héritier de la philosophie des Lumières et de la Révolution, celle du règne de la Raison, de la Logique déductive et de la Rigueur démonstrative.

Jamais d’ailleurs, en dehors du Premier Empire, les scientifiques, toutes disciplines confondues, ne disposèrent d’autant de moyens matériels et surtout ne jouirent d’une aussi grande considération de la part du pouvoir en place…Jamais, ils ne bénéficièrent d’autant de facilités pour conduire leurs recherches aussi bien théoriques qu’expérimentales, pour exprimer leurs thèses et pour les confronter à la critique de leurs pairs. Le résultat fut à la hauteur des moyens consentis. Cette période fut une des plus brillantes de la science française. Ce « quattrocento » scientifique à la française, a laissé le souvenir d’une ébullition culturelle sans précédent dans notre histoire nationale, et servit de moteur au développement technologique qui s’ensuivit, fondement de l’essor industriel du 19ième siècle.

Jusqu’à sa mort en 1821, le reclus de Longwood House chercha à s’informer sur les découvertes les plus récentes et s’intéressa à l’évolution des connaissances, regrettant presque dans ses Cahiers de Sainte Hélène de n’avoir pas, lui-même, privilégié une carrière académique…

Mais, l’empereur Napoléon 1er demeura une brillante exception… Son exemple est presque unique. Il n’a pas fait école, ni fondé une tradition.

En effet, à de rares exceptions près, les élites politiques de premier plan n’ont guère exprimé, depuis plus de deux siècles, la même passion désintéressée et sincère pour les questions scientifiques et techniques…Ce désintérêt relatif réside sans doute dans les modalités de recrutement de ces « fines fleurs » de la politique, qui a fait la part belle aux formations littéraires et juridiques, et, depuis 1945, aux prétentieux cursus administratifs dispensés à l’Ecole Nationale d’Administration. Et ce, au détriment des parcours scientifiques et techniques, fussent-ils prestigieux comme l’école polytechnique, considérés comme des filières de second ordre pour exercer des responsabilités politiques et surtout pour occuper les premiers rôles.

Depuis l’avènement de la seconde République en 1848, moins d’une dizaine de personnalités ayant exercé une fonction décisionnelle importante, parmi la soixantaine environ de grands dirigeants – dont vingt-quatre présidents de la République – purent se prévaloir de connaissances théoriques, techniques et scientifiques, leur permettant d’aborder avec une certaine compréhension les questions scientifiques.

Parmi celles-ci, on peut citer les hommes d’Etat qui suivent. A des degrés divers, sans être tous d’authentiques savants, du moins présentaient-ils les aptitudes requises pour appréhender les enjeux scientifiques et techniques de leur époque :

  • François Arago(1786-1853), président de la Commission exécutive de la République en 1848, académicien des sciences, astronome et polytechnicien,
  • Eugène Cavaignac (1802-1857), chef de l’Etat en 1848, polytechnicien et général d’artillerie,
  • Sadi Carnot (1837-1894), président de la République, polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées,
  • Paul Doumer (1857-1932), Président de la République, professeur de mathématiques,
  • Albert Lebrun (1871-1950), Président de la République, polytechnicien et ingénieur des mines,
  • Valéry Giscard d’Estaing, Président de la République, polytechnicien
François Arago

François Arago

A cette liste, il convient d’ajouter Georges Clemenceau (1841-1929), le « Père la Victoire », président du Conseil entre 1906 et 1909, puis entre 1917 et 1920. Son cas est des plus singuliers, car le bougre ombrageux ne fut pas seulement un homme politique exceptionnel, principal artisan de la victoire de1918, ni le parlementaire redouté des gouvernements, ni même le journaliste le plus craint de son époque, il était aussi médecin de formation et avide de nouveautés. Ainsi, en parallèle de ses autres activités, presque secrètement, il développa, durant toute sa vie, une insatiable curiosité pour toutes les formes de culture, dont les sciences dites « exactes » et pas seulement la médecine, son premier amour…

Très âgé et partiellement retiré à Saint-Vincent-sur-Jard en Vendée, il rédigera même un étonnant et monumental ouvrage intitulé  » Au soir de la pensée » dans lequel il recense et philosophe sur tous les thèmes qui l’ont passionné et inspiré, en particulier sur les grandes thématiques scientifiques de l’heure, la relativité et l’atomistique ! On découvre alors avec surprise que cet homme hyperactif ne s’est pas contenté d’aborder la science en dilettante, mais que sa soif de décrypter la nature l’a incité à se plonger dans les problématiques scientifiques les plus complexes, comme la « relativité restreinte » de son cadet de près de quarante ans, Albert Einstein (1879-1955), qui bouleversa les notions de temps et d’espace absolus de Newton !  Avec admiration, Jean-Pierre Chevènement observait en 2014 dans une émission radio « qu’il y a très peu d’hommes politiques qui pourraient (aujourd’hui) écrire le livre que Clemenceau a écrit très vieux… ».

p1160266

Et effectivement, très peu de figures importantes de la politique française actuelle consentiraient un tel investissement intellectuel sans autre but que de prendre un peu de hauteur et de recul par rapport à la masse considérable d’innovations technologiques qui nous assaillent chaque jour… Peu, d’ailleurs, seraient en mesure de le faire. Peu enfin aurait l’humilité de le faire, de peur que l’exercice bouscule nombre de leurs certitudes médiatiques sur la science.

Les raisons d’une telle indifférence de la classe politique pour les questions scientifiques sont multiples. Bien sûr, la formation des protagonistes de la politique déjà évoquée est certainement un facteur à prendre en compte, mais il ne s’agit peut-être que d’une conséquence et non d’une cause…Le principal déterminant de cette désaffection des gouvernants pour les disciplines scientifiques résulte probablement – et en premier lieu – du regard porté par la société contemporaine sur les avancées de la Science. Cette dernière a en effet perdu son statut de secteur protégé des querelles partisanes, entièrement voué à défricher de nouvelles « terra incognita » pour le bonheur de l’humanité…

Les avancées de la science sont de moins en moins perçues comme des conquêtes de la Raison sur l’ignorance, mais de plus en plus, comme des facteurs de menaces potentielles…Le progrès ne semble plus résider dans le triomphe de nouveaux savoirs mais dans la manière de circonvenir les risques que ces nouvelles connaissances pourraient engendrer…L’enjeu n’est d’ailleurs plus tant de développer de nouveaux savoirs, que d’imaginer des protections supplémentaires face aux dangers supputés de toute innovation scientifique ou technologique…La peur supplante l’audace, considérée dans le passé comme une des qualités primordiales des pionniers de la science. Dans notre environnement contemporain, où les technocraties répressives hypocritement qualifiées « d’indépendantes » se multiplient, Pierre et Marie Curie n’auraient pas été autorisés, pour des motifs de sécurité, à poursuivre leurs recherches sur le radium.

Dans ce contexte, la classe politique, ignorante de la science, suit le mouvement plus qu’elle ne le précède, amplifiant délibérément pour des motifs électoraux ou de clientélisme, les dangers signalés par des experts venus de nulle part, qui la mettent en garde sur les conséquences d’options trop hardies, assimilées volontiers à un laxisme coupable. L’acquisition de connaissances nouvelles n’est plus alors un enjeu, mais un alibi de campagne, dans le cadre d’une lutte prétendument sans merci contre tous les méfaits proclamés de la modernité !

A titre anecdotique, mentionnons le cas de ce candidat à l’élection présidentielle en 2017, paré pour tout titre universitaire d’une licence d’histoire, et apparatchik patenté de son parti, qui parcourt les estrades en pérorant devant qui veut l’entendre qu’une de ses premières décisions une fois élu serait « d’interdire les perturbateurs endocriniens ». Evidemment personne n’aurait l’outrecuidance de lui demander des précisions sur ce qu’il entend par là ! Le vocable suffit pour effrayer, surtout si l’on ajoute que ces substances sont à l’origine de cancers et qu’ils ont une incidence sur la fécondité humaine…

Ah! Qu’elle a bon dos, l’épidémiologie, cette discipline de traitement statistique de phénomènes de faible incidence, lorsqu’elle sert de support politiquement orienté aux charlatans de l’apocalypse! Si l’on n’y prend garde, il n’y aurait pas assez de bretons vivant sur des roches granitiques, pour mourir des effets néfastes des émanations du radon radioactif! Et pour le même motif, le Limousin serait un désert humain depuis des millénaires…

Cette conception étriquée du progrès dont le point d’orgue fut l’inscription aberrante du « principe de précaution » dans la constitution de la République, marginalise de fait toute démarche scientifique, au risque de stériliser définitivement toute initiative un peu hardie à force d’encadrement réglementaire et normatif, et dans certains cas, de judiciarisation de l’action de chercheurs intrépides et… imaginatifs. Ces dérives ontologiques vont de pair avec des restrictions budgétaires des crédits de recherche que tout gouvernement depuis plusieurs décennies s’efforce d’obtenir, en reculant toutefois piteusement en rase campagne, lorsque les coupes vraiment trop sombres, provoquent l’indignation bruyante des plus éminentes pointures de la recherche scientifique.

De même, on croit rêver lorsque le Parlement français va jusqu’à interdire  – non l’extraction des gaz de schistes, ce qui pouvait, à la limite, se concevoir – mais toute recherche sur ce sujet ! On frise le retour à l’inquisition lorsque les discours officiels condamnent tout esprit frondeur qui s’aviserait imprudemment d’émettre le moindre doute sur la pertinence des conclusions relatives aux changements climatiques…

La Science devenue officielle et bastion, parmi d’autres, de la pensée unique est relayée par des élus politiques incultes. Du haut de leur tribune, ils invoquent l’autorité que leur confère leur position, pour condamner sans appel, toute expression dissonante qui s’écarterait de la vérité décrétée, et se gaussent sans vergogne de toute référence – fût-elle timide – au doute méthodique, principe cardinal de l’évolution des connaissances depuis des siècles. Dans le même temps, la pensée rationnelle, progressivement gangrenée par des considérations idéologiques, ploie sous les coups de boutoir « d’experts » autoproclamés, qui gesticulent bruyamment en s’exonérant des systèmes classiques de validation scientifiques, et imposent un corpus de dogmes simplistes, dont il faut absolument faire son catéchisme. La non-science remplace alors la science !

Cette tendance à nier la complexité du réel, à établir des relations délibérément réductrices entre des effets et des causes, et à limiter le champ scientifique aux exigences politiques du moment, est évidemment contraire à l’esprit même de la recherche scientifique, et de fil en aiguille, conduit à tarir les ressources morales nécessaires à toute recherche, qu’elle soit fondamentale, théorique ou appliquée…

Le résultat, c’est que la science est plus en plus absente des grands débats de société ! Ou lorsqu’elle est évoquée, c’est sous forme de caricature, dépouillée de tout ce qui fait sa force mais aussi son charme et chassée de la place qu’elle occupait depuis toujours dans notre imaginaire collectif, pour simplement épancher la soif de comprendre le monde, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, manifestée par l’humanité dès ces premiers balbutiements d’intelligence…

La science n’est plus guère alors qu’une posture, une diversion mondaine justifiant, pour des motifs fallacieux de sécurité, la restriction des libertés… Certains raisonnements sont à cet égard éloquents, comme celui, par exemple, des opposants au nucléaire qui usent de concepts possédant la saveur du savoir académique, mais qui détournés de leur sens originel, ne sont utilisés que pour dérouler des argumentaires sectaires, scientifiquement discutables et frôlant l’obscurantisme !

Le pire au fond, ce n’est pas la méconnaissance, c’est le simulacre de science et de rationalité, dont le personnel politique use, volontairement ou non, pour abuser le citoyen…

Le fil est bien perdu ou s’est cassé depuis ce temps, où le futur empereur des français se passionnait comme un gamin, « gratuitement » juste pour satisfaire son goût des maths, dans la recherche du centre d’un cercle au moyen de son seul compas ! Pourquoi les faux sérieux des temps modernes s’échineraient-ils dans de pareils amusements, alors que l’exercice est trivial si l’on se sert en plus d’une règle? Ce plaisir de la recherche existe encore, mais il n’est plus valorisé socialement dans la gouvernance opportuniste de nos sociétés !

Finirons-nous par nous réveiller de ce mauvais rêve, et donner tort à Pierre-Gilles de Gennes (1932-2007), prix Nobel de physique, qui fut mon professeur à la faculté des sciences d’Orsay au début des années 1970, et qui, pessimiste, pensait en 1998 que « l’approche scientifique était en régression » et déplorait que « les dogmes les plus sectaires (anciens et modernes) prennent le pouvoir » ?  Espérons…

 

 

Read Full Post »

Evidemment, en pleine campagne électorale des « présidentielles », période privilégiée où chacun de ceux qui sollicitent nos suffrages, s’évertue à montrer l’universalité de son programme et de ses engagements, mon propos du jour, par sa banalité, frôle l’anachronisme ! Pour être franc, il parait même un peu fade voire carrément décalé, presque impudent, quand d’autres déclament Jaurès et Aristide Briand et dissertent savamment sur les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat et les valeurs de la République!

Comment, dans ces conditions, oser mobiliser toutes les ressources qu’offre de nos jours, la technologie numérique, pour simplement évoquer la mémoire d’un pauvre gars, domestique agricole de son état, décédé, sans doute accidentellement, il y a cent-trente-trois ans, jour pour jour, dans une métairie située au lieu-dit  » La Fougueleraie » du village du Ménil, riverain de la Mayenne, et dépendant historiquement de la province d’Anjou?

Transcription de l'acte de décès sur le registre de Saint-Martin-du Bois (49)

Transcription: acte de décès sur le registre de St-Martin-du Bois (49)

En fait, s’il fallait rechercher un soupçon – une aune – d’universel dans le destin tragique d’Henri Joseph Coltreau (1863-1884), manifestement brisé à l’âge de vingt-et-un ans au domicile de son patron, le sieur « Houdin », ce ne serait guère qu’es qualité de porte-drapeau décrété de ces millions d’anonymes qui, les deux pieds dans la glèbe, ne laissèrent jamais d’autre trace de leur passage sur notre planète bleue, que quelques lignes sur les registre des naissances ou des baptêmes de leur village d’origine, quelques-unes supplémentaires lorsqu’ils se mariaient, et pas plus de quinze pour signifier qu’ils ont définitivement pris congé des plaisirs de la vie.

Ces gens-là ont tout simplement vécu, souvent durement, puis sans chichi, s’en sont allés, évaporés vers un monde « meilleur », un insondable ailleurs à propos duquel toutes les spéculations sont possibles…Pour la plupart, on ne sait plus rien d’eux, même pas qu’ils furent des nôtres…

Je suis donc conscient que cet article sur cet ignoré de l’Histoire, ne saurait susciter qu’un intérêt poli auprès de ceux qui pourraient se réclamer d’un cousinage lointain avec cet Henri Joseph Coltreau. Il est en revanche improbable que, par là, je fidélise un quelconque lectorat au-delà du périmètre familial de l’intéressé, au demeurant assez flou, et auquel – pour être juste – il faudrait tout de même associer tous les accros de la généalogie! Ces bénévoles des vieux grimoires, qui adoptent avec empathie, tous les trépassés auxquels ils rendent visite. Les disparus des écrans radar, qui depuis des décennies, sont terrés dans les registres d’états civils ou religieux, désormais numérisés, retrouvent ainsi une famille!

On ne dira jamais assez toute la reconnaissance que l’on doit à ces soutiers de l’Histoire, qui déchiffrent avec opiniâtreté des milliers de pages souvent illisibles pour nous restituer les grandes dates jalonnant l’existence de nos parentèles ! Personne ne sait si ces ancêtres, invités chez nous, l’espace d’un clic, et sollicités pour franchir le Styx à rebours du temps, apprécient cette résurrection aussi inattendue qu’imposée mais qui les exhume de l’oubli. Qui sait s’ils nous sont gré de ces recherches, qui, parfois, permettent d’entrevoir des aspects de leur biographie qu’ils avaient préféré taire de leur vivant !

Je le confesse, il m’arrive de me livrer avec délice à cet exercice généalogique et de parcourir les siècles à contretemps en quête d’ancêtres prestigieux ou atypiques, et de goûter la découverte d’un rameau jusqu’alors inconnu sur un arbre partiellement reconstitué et multiséculaire…

C’est ainsi que Henri Joseph Coltreau m’est apparu par hasard au détour d’un registre d’état-civil  de son village natal de Saint-Martin-du Bois en Haut-Anjou… En fait, je m’intéressais à sa mère et sa grand-mère, mes aïeules au quatrième et cinquième degré. Ainsi, ce jour-là, je découvris à la fois son existence et sa disparition à quelques kilomètres de là, plus au nord , au village du Ménil en Mayenne… Et surtout, je m’aperçus que cet humble personnage dont aucun ancien ne m’entretint jamais, était tout simplement l’oncle de ma grand-mère paternelle, Marguerite Cailletreau, épouse Pasquier, et de ses deux frères Auguste et Joseph auxquels j’ai consacré ici plusieurs articles…

Henri Joseph Coltreau était donc le frère cadet de mon arrière-grand-père Joseph Pierre Cailtreau (1859-1946) … Et, par une sorte de facétie résiliente imputable probablement à l’érudition très relative des secrétaires de mairie de l’époque, le « nom de famille » des deux frères n’étaient pas tout-à-fait semblable… Cette étrange instabilité du nom patronymique s’est d’ailleurs perpétuée et fut transmise à la génération suivante, avec toutefois un moindre écart phonétique, mais elle devint récurrente, jusqu’à affubler la même personne d’un nom orthographié différemment au cours des différentes étapes de sa vie administrative !

Peut-être parce qu’il a disparu bien avant la naissance de ma grand-mère en 1897 et qu’il ne figure – en première approximation – dans aucun des registres de nomenclature militaire des départements du Maine-et-Loire ou de la Mayenne, Henri Joseph Coltreau fut totalement effacé de la mémoire familiale, si ce n’est dans la survivance de certains prénoms qui semble l’évoquer insensiblement mais implicitement …

C’est sûrement de la sorte que fut certainement ponctuée pendant des millénaires, l’existence des « damnés de la terre », des serfs et autres vilains attachés à leur maîtres, sans autre événement notable à leur créditer et de mention à signaler sur les registres, que leur date de naissance et celle de leur mort, assortie, s’agissant de cette dernière d’une indication sommaire sur leur profession de « domestique » ou de « journalier »… Exploités de la terre, avant de devenir ceux de l’industrie, ils sont maintenant victimes de l' »ubérisation » de la société!

Et dire que nos modernes technocrates voudraient présenter comme un indice de progrès et de modernité, l’abandon des quelques garanties péniblement acquises par ces anonymes paysans et ouvriers au cours du dernier siècle, en compensation de la misère millénaire de leurs ancêtres…

Le jeune Henri Joseph Coltreau devait appartenir à la catégorie de ces paysans pauvres et sans terre, dont la survie au quotidien – surtout en Anjou – était subordonnée au bon vouloir de ces riches aristocrates légitimistes retirés dans les campagnes de l’ouest après la chute de Charles X. Ça sentait bon le parfum des histoires édifiantes de la comtesse de Ségur! Mais seulement, pour ceux qui étaient admis au château, sans avoir à se plier aux caprices des seigneurs. Les autres, affectés au service dans les offices des châteaux ou des demeures cossues des bourgs, étaient invisibles!

On dit – c’est tout ce qu’on sait de lui – qu’Henri Joseph Coltreau est mort au petit matin du 15 janvier 1884 – comme en attestèrent les deux témoins qui se présentèrent devant le maire – quasi-héréditaire – du Ménil, Edmond-Marie-Zozine de Pontavès, comte de Sabran (1841-1903), propriétaire du château de Magnanne.

Château de Magnanne

Château de Magnanne au Ménil 

Maigre empreinte à commémorer en cette date anniversaire d’une vie écourtée dont, même le souvenir s’était perdu ! Pour autant, on n’en écrira pas plus, de peur de le trahir. Son nom au moins parcourra le monde.

Avec une bêche à l’épaule,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à l’âme, un grand courage,
Il s’en allait trimer aux champs!

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terr’, creuse le temps!…. (Georges Brassens)

 

Read Full Post »

Il y a exactement deux ans – 7 janvier 2015 – deux salopards se revendiquant de l’Islam – Al Qaïda au Yémen – massacraient douze personnes à Charlie Hebdo dont huit membres de la rédaction. Parmi ceux-ci, cinq dessinateurs emblématiques Charb, Cabu, Wolinski, Honoré et Tignous. Les tueurs voulaient ainsi tuer l’âme de l’hebdomadaire satirique, et par là, porter un coup mortel à la liberté d’expression, ce principe non négociable des nations civilisées de pouvoir rire et se moquer de tout, ironiser sur tout, y compris des religions et des religieux, dont l’Islam et les islamistes!

Ces pitres et piètres assassins ont échoué car la rédaction décimée de Charlie Hebdo a été reconstituée, après l’épouvantable et inexcusable tuerie et elle continue de publier!

numéro du 14 janvier 2015

Numéro du 14 janvier 2015

Chaque année désormais, un hommage est rendu aux victimes du carnage… Les officiels, l’air compassé, y vont de leur dépôt de gerbe sur les lieux des crimes et de leur minute de silence..Mais qu’en est-il vraiment de l’éradication du terrorisme? S’est-t’on donné les moyens d’éliminer cette barbarie islamiste, qui n’a rien à envier à celle des nazis?

A-t’on été, jusqu’à présent, efficace pour vaincre – à tout le moins empêcher de nuire – l’obscurantisme moyenâgeux dans cette lutte à mort qu’il nous livre? Pas suffisamment sans doute puisque d’autres massacres de masse ont été perpétrés depuis par d’autres égorgeurs se réclamant de l’Islam!

On prétend cependant que certaines boucheries démentes auraient été évitées du fait de l’état d’urgence, en vigueur depuis le 14 novembre 2015! Mais sur le fond, le discours reste celui du déni de réalité quant à l’ampleur de la menace et sur ses causes…

On comprend que pour des raisons d’ordre public, le langage des autorités préconise l’apaisement entre les différentes catégories de la société française, mais ne faudrait-il pas aussi s’abstenir d’infantiliser en permanence le citoyen en lui fournissant des explications tronquées sur les causes de ce fléau…Ne conviendrait-il pas de rappeler à chacun son devoir d’extrême vigilance – si besoin de méfiance – plutôt que de ressasser des slogans anesthésiants sur le « vivre ensemble »? Le mot d’ordre consistant à bannir toute forme d’amalgame entre les musulmans de « bonne foi » et ceux qualifiés de « radicaux » (dont on pense qu’ils sont en délicatesse avec l’Islam), est certainement le bienvenu pour des motifs de justice et de simple humanité, mais insuffisant pour analyser la situation et y faire face! Refuser la stigmatisation à l’égard des musulmans est également indispensable mais à la condition de ne pas s’entêter – contre toute évidence – à affirmer que la violence que nous subissons, n’a aucun lien avec leur religion, et surtout à ignorer les liens entre certains prêcheurs de banlieue appartenant à la mouvance salafiste ou à celle des « frères musulmans », et les groupes terroristes. Toutes les religions monothéistes fondées sur la révélations sont source de violence.

Il est par conséquent des circonstances où le discours systématiquement « politiquement correct » et la bien-pensance émolliente deviennent socialement mortifères…Affronter la réalité telle qu’elle est, n’est jamais ouvrir la porte au fascisme… Dire la vérité n’est pas semer la haine. C’est tout le contraire!

Concrètement, on finit par s’affoler de tout, par « faire gaffe » à tout ce qu’on dit pour ne heurter quiconque! On fait attention à la manière dont on regarde nos congénères croyants ou mécréants selon l’endroit où l’on se trouve, et, in fine, on se méfierait presque de sa propre pensée!

De fil en aiguille, on finit par réduire la laïcité à une peau de chagrin, à un principe vaguement globalisant et moralisant – aussi mobilisateur que le mystère de la « Sainte Trinité » – qui n’oblige plus personne à rien, surtout pas ceux qui, par provocation, s’évertuent à le contourner sous nos yeux! Conformément aux prêches des curés d’antan et aux harangues enflammés des Frères Musulmans, on finit donc par s’accommoder de la coexistence agressive de communautés religieuses antagonistes sur des territoires confisqués de la République. Et le pire, sans même se rendre compte qu’on fait contresens et qu’on s’est fait manipuler!

On en serait presque à admettre sans trop protester que l’égalité juridique des hommes et des femmes, pourtant garantie par la Constitution, soit remise en cause au nom du droit coutumier…

Tignous - la femme musulmane qu'on aime

Tignous CH 14 janvier 2015 

Le résultat, c’est que de plus en plus de jeunes filles voilées errent comme des fantômes désincarnés dans nos villes sous le regard inquisiteur de leurs grands frères barbus et enturbannés!

Les fossoyeurs de nos libertés gagnent ainsi chaque jour du terrain, avec l’assentiment général implicite, dans le sillage des tueurs patentés de l’Islam radical… Leur victoire est d’ailleurs idéologiquement acquise – consommée- lorsqu’ils parviennent à faire accepter leurs injonctions machistes et liberticides à leurs propres victimes… Ainsi, voyons-nous s’épancher, de plus en plus fréquemment sur les plateaux de télévision, des femmes alibis disant porter le voile sur leur propre initiative et présenter comme des conquêtes féministes, les sujétions esclavagistes prétendument imposées par l’Islam, et auxquelles elles se soumettent en invoquant leur liberté d’être!

Tignous CH 14 janvier 2015

Tignous CH 14 janvier 2015

Dans ce contexte, inquiétant à tous égards, antinomique avec notre aspiration à une civilisation humaniste, il n’est pas de meilleur hommage à rendre aux dessinateurs de Charlie que de reprendre et diffuser certaines de leurs œuvres, qui pour la plupart demeurent d’une criante actualité…

Outre qu’elles conservent leur caractère subversif face à l’omniprésence des différentes formes d’obscurantisme – un peu comme les aphorismes des regrettés Coluche ou Pierre Desproges – elles nous rappellent qu’il fut un temps pas si éloigné, où l’on croyait encore aux bienfaits de la libre expression comme outil de libération de l’humanité!

Comment en effet ne pas partager sans réserve la vision de la laïcité de Wolinski?

Wolinski

                  Wolinski

A l’heure où les revers militaires de Daesh nous réjouissent, et qu’une à une les villes de Syrie et d’Irak sont libérées de son emprise maléfique, comment ne pas s’inquiéter en revanche – comme le faisait si pertinemment Cabu de façon prémonitoire – du retour en France des petits abrutis analphabètes qui ne peuvent exciper d’autre référence qu’un stage réussi de quelques mois, d’égorgeur sanguinaire en Syrie et en Irak? Cette question, tout à chacun, parfois, se la pose d’instinct quand il pénètre dans un super-marché où, l’état d’urgence obligeant, il se trouve confronté à l’omniprésence des milices privées de sécurité! Et si jamais, parmi ces jeunes garçons qui lui demande de simuler la perversion pédophile en ouvrant largement son manteau, s’était infiltré un djihadiste de la cité d’à côté, revenu de l’enfer du Moyen Orient islamiste!  Faut bien sûr réfléchir sérieusement au traitement social du djihadisme!

 

p1160188

Enfin, on ne saurait conclure cet hommage à nos martyrs du stabilo et du crayon feutre, sans évoquer l’au-delà. Leur « au-delà » (eau de là) – où ils sont malheureusement privés « du vin d’ici ». Aux dernières nouvelles, ils communieraient gaillardement avec les seins et accessoirement avec les saints! Même Wolinski, le plus vieux de la bande des écorchés vivants, (re)bande mais c’était aussi le plus obsédé…

Le passage – dit-on – lui aurait réussi, car, par miracle, le Très haut ou Allah lui a permis de retrouver tous les moyens de sa jeunesse et pour l’éternité. Il continue donc d’entretenir consciencieusement une réputation déjà passablement élogieuse auprès de myriades de vierges, ou prétendues telles qui peuplent le paradis! Les autres s’amusent aussi. Ils font en tout cas ce qu’ils peuvent au grand dam de leurs tueurs, du moins ceux qui les ont rejoint par la grâce du GIGN ou du RAID, et qui sont définitivement privés de dessert. Bref, Charb, Cabu, Wolinski, Honoré et Tignous n’ont jamais été aussi vivants dans nos cœurs depuis qu’ils sont morts! 

p1160187

p1160195

Gloire éternelle aux dessinateurs de Charlie, et à leurs compagnons d’infortune…

Amen

Read Full Post »

Il y a belle lurette que, sous l’égide du Gui-l’an-neuf, la jeunesse d’Anjou ne parcourt plus bruyamment les rues des villes et des villages au soir de la Saint-Sylvestre pour quémander joyeusement des étrennes ! On dit même que cette tradition d’origine celtique et druidique aurait été bannie par les autorités constituées au dix-huitième siècle, en raison des débordements scabreux et des désordres que parfois elle suscitait, tous sexes confondus!

au-gui-l-an-neuf

Déjà en ce temps-là, alors même que la fête se déroulait sous les auspices de Saint-Sylvestre, le bourgeois replet n’appréciait guère qu’on vînt troubler sa quiétude digestive en braillant sous ses fenêtres, tenant d’une main un rameau de gui, et enlaçant de l’autre, une délurée encanaillée en jupons défaits ! Laquelle, aux dires des rapports d’époque rédigés, après coup, par des pisse-froids de toutes observances, se tortillait inconvenante en hurlant comme une poissonnière !

C’était bien longtemps avant que les canettes de bière et les bouchons de Champagne, substituts modernes du gui d’antan – et beaucoup plus enivrants sinon envoûtants que l’arbrisseau épiphyte – ne jonchent les pavés des Champs Elysées parisiens sous l’œil vigilant et soupçonneux des polices antiterroristes, désormais omniprésentes… C’était avant que les fêtes dites « de fin d’année » ne se transforment en débauches de victuailles en provenance des quatre coins de la planète et qu’on se délecte à pleines bourriches d’huîtres non laiteuses, triploïdes et stériles, nées en écloserie des œuvres scientifiquement contrôlées de super-mâles ostréidés !

Il y a un siècle tout juste, les agapes du réveillon des poilus qui avaient survécu à Verdun ne comportaient ni huîtres, ni foie gras, ni gui pour égayer les tranchées – faute d’arbres encore debout pour lui servir de support – mais dans sa grande bonté, le général en chef des armées agrémenta la « ration ordinaire » du 1er janvier 1917 de quelques compléments gratuits : cent grammes de jambon épaule de porc, deux biscuits secs, cent-vingt-cinq centilitres de gros rouge en sus des allocations journalières,  une bouteille de Champagne pour quatre soldats, un cigare à dix centimes par tête de pipe et deux oranges! De quoi faire bombance pour tenir presque deux ans encore avant la fin de la mal nommée  « Der des Der ».

Petit Courrier d'Angers - 31 décembre 1916.

Petit Courrier d’Angers – 31 déc. 1916.

Plus récemment, quelques années avant 1968, je me souviens qu’on décorait encore de branches de gui – symbole d’éternité et d’immortalité chlorophyllienne au cœur de l’hiver – les murs du foyer des jeunes de La Madeleine à Angers, où nous faisions la fête jusqu’à plus soif et jusqu’à l’aube de la nuit du Nouvel An…

Autant que ma mémoire m’en rende fidèlement compte, les vœux allaient bon train et les embrassades itou! En toute innocence dans l’attente des slows de fin de soirée trop arrosée, et désormais passés de mode, où nos corps adolescents non encore pervertis par les parfums, se frôlaient sans avoir l’air d’y toucher, tandis que « tombait la neige » et que nos mains s’attardaient «sur leurs hanches » consentantes!  La symbolique du gui nous échappait sûrement. Bien plus tard, nous apprîmes que cet étrange végétal toujours vert, qui résiste au temps et aux frimas, n’est en fait qu’un parasite ! Pas de quoi, en effet, en faire un précepte de vie.

Le gui n’est plus vraiment de la partie de nos jours, hormis dans les jardineries comme un élément de décor, mais la tradition de la fête se perpétue pour ouvrir l’an neuf … En vrai ou par procuration à la télé quand les copains ont disparu dans les méandres fangeux de nos propres histoires ! Les vœux survivent, machinalement, civilement et officiels…

Pour ma part, c’est en parler de chez moi, d’Anjou de mes origines, que j’adresse mes souhaits à ceux qui voudront bien lire ces lignes. Et de surcroît, en empruntant quelques strophes à un rimiau d’Emile Joulain (1900-1989) – alias « L’Gars Mile » – un poète patoisant de la basse vallée de l’Authion, un affluent de la Loère.

Le Gars'Mile

                            L’Gars’Mile

Dans cette langue, brute de terroir, avatar d’une langue d’oïl rabelaisienne, qu’il maîtrisait à la perfection,  le mazeiais Emile Joulain sut transmettre toute la palette des émotions humaines. Point n’est besoin, alors, de traduire quoi que ce soit, sauf à sa manière, s’agissant de l’indicible! Chacun l’imaginant de la lucarne de sa grange ou de la fenêtre à meneaux de sa gentilhommière.

Voilà pourquoi la littérature populaire d’Anjou, revisitée par  » L’Gars Mile » se prête à merveille au rituel des vœux de Nouvel An. Le sens général s’impose d’emblée, mais plusieurs interprétations en précisent la couleur et sont toujours possibles! Des vœux ouverts en quelque sorte, dans une tonalité d’ensemble où la nécessité du dialogue entre les hommes apparaît primordiale. Exigence intemporelle si inaboutie!

Plus quarante ans après avoir été rédigés, les quelques vers qui suivent, issus d’un rimiau intitulé « On s’cause », demeurent, à ce titre, d’une ardente actualité.

Dans tout l’village à la ronde, ceuss’,s qu’ont voéyagé l’diront. En ville, i’s mont’raient su’ l’monde, sans mêm’ lui’ dir’  « Gâr te’ don’ ! ». Nous, on n’a guèr’ d’instruction, On n’le fait point « à la pose », Mais enter’nous, nom de nom, On s’cause !

…..

Vaut-i pas bein mieux s’entend’e, mêm’ si n’on a point l’mêm’ nom? Ça s’ra-i’ pa mieux, j’vous d’mand’e, l’jour où qu’lés homm’s s’entendront? Où qu’tous ensemb’e i’s diront:  » J’sarvons tertous la mêm’ cause; sans mitrailleus’s, ni canons, On s’cause! »

Tout est dit, souhaité et espéré! Y a plus qu’à se forger ses propres, bonnes ou moins bonnes, résolutions…Très bonne année 2017 à tous ! « Forcément, on les aura ». En tout cas, nous les queniaux devenus cacochymes et égrotant, nous le croyions, dur comme fer.

A nous, l’hiver désormais!

Fin décembre dans l'Essonne

Dans l’Essonne, le 31 décembre 2016

Read Full Post »

Older Posts »