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Posts Tagged ‘Yvette Chauviré’

En vérité, je ne me souviens pas avoir entendu déclamer cette phrase! En tout cas, pas sous cette forme rhétorique un peu pompeuse, comme s’il fallait à tout prix se convaincre par le seul artifice du verbe, d’un cousinage hasardeux!

Je me contente donc de l’imaginer en m’inspirant librement du refrain d’une célèbre comptine enfantine qu’interprétait en sautillant sur les plateaux TV Chantal Goya, l’inoxydable petite fille de la chanson française, il y a un peu plus d’une trentaine d’années.

« Bécassine, c’est ma cousine » !

Mais, cette fois, c’est « Yvette ».

Dont acte! Mais laquelle Yvette? Car nombreuses furent les dames à porter ce prénom un peu désuet, mais fréquemment attribué au cours des premières décennies du siècle dernier.

Reste également à identifier celui ou celle, supposés se revendiquer du même lignage que ladite Yvette. Je précise d’emblée qu’en première intention, il ne s’agit pas de moi…

En revanche, pour ce qui est de la personne, sujet et objet de cette dédicace tapageuse, j’affirme sans barguigner qu’il s’agit d’Yvette Chauviré (1917-2016).

Photo reprise d’Internet

De multiples pages et des livres ont été consacrés à la carrière exceptionnelle d’Yvette Chauviré, ballerine « étincelante » dans le solo de la « Mort du Cygne » et maître de ballet…Très longtemps, elle a ébloui de son talent, les principales scènes du monde, dont l’Opéra de Paris, la Scala de Milan, les Ballets de Monaco ou le Royal Ballet, etc.

Célébrissime dans les milieux de la danse, Yvette Chauviré est surtout connue du grand public pour avoir été danseuse étoile de l’Opéra de Paris…

D’ailleurs, j’appartiens à ce « grand public » qui la connait de réputation mais qui ne l’a jamais vue sur scène… J’avoue même ma totale ignorance des arcanes de cet art complexe pour lequel je n’ai probablement aucune disposition ni authentique inclination. En effet, en quelques soixante années et plus, je ne suis jamais parvenu à marcher au pas cadencé et à esquisser d’autres figures que le slow ou quelques sauts désordonnées de rock improvisé! Et encore, à la condition d’évoluer en lumière tamisée et d’être mu par une forte – et parfois douteuse – motivation !

Cette lacune est certainement imputable  – au moins en partie – à l’environnement culturel de mon enfance. Dans les milieux angevins, catholiques et ouvriers des Trente Glorieuses, les arts comme la musique ou la danse n’apparaissaient pas comme des enjeux primordiaux en comparaison de la réussite scolaire, principal vecteur d’émancipation et d’ascension sociale. La danse n’est pas, de prime abord, assise sur un principe d’égalité!

Mais rien n’est tout-à-fait définitif et l’exemple de mon propre père est à cet égard illustratif. Pudique à l’excès sur ses sentiments intimes qu’il n’exprimait le plus souvent qu’en les agrémentant de références religieuses, avare sur les ressorts de sa sensibilité, et quasiment pudibond dans sa jeunesse face au moindre trémoussement rythmé, il s’était mué, l’âge venu, en un amateur sensible et éclairé, ainsi qu’en expert passionné de la danse classique… Comme quoi, l’affection d’un grand-père pour sa petite-fille peut faire des miracles!

En tout cas, avec un tel passif de retenue héritée, on comprendra qu’il ne me soit pas venu à l’idée d’ambitionner avec outrecuidance, un quelconque partage de gènes -fût-il ténu – avec Yvette Chauviré!

Dans mon hypothétique apostrophe, le « héros »  est en réalité un vieux monsieur disparu, il y a longtemps, croisé à Angers dans les années soixante. Il s’appelait Léon Chauviré. 

Natif d’Angers, Léon était architecte mais n’habitait plus la ville depuis de nombreuses années. Après la seconde guerre mondiale, es qualité « d’architecte agréé de la reconstruction », il participa aux travaux de restauration dans des villes sinistrées.  Selon ma mère qui le connaissait, il résidait à la fin des années soixante dans l’est de la France avec son épouse, disparue tragiquement, peu de temps après, dans un accident de la route.

En 1951, avant son mariage, il habitait à Marseille comme en témoigne un tableau « sanguine et pastels » du Vieux Port qu’il signa à l’époque.  Il vivait alors avec sa mère Antoinette Duguet (1882-1951), professeur de piano, qui d’ailleurs décéda dans cette ville au cours de l’été 1951.

Marié tardivement et veuf précocement, Léon n’eut pas d’enfant.

De ce fait, sa famille était très réduite, en particulier en Anjou, son berceau familial, où il ne comptait plus pour toute famille dans les années d’après-guerre, qu’une grand-mère par alliance – Louise Toublanc (1866-1961) alias la « mère Duguet »  – deuxième épouse de son grand-père maternel – elle-même décédée en 1961 – et une cousine germaine de sa mère, Madeleine Duguet (1897-1973) qui vivait célibataire et recluse sur les coteaux bordant la rive gauche de la Loire à Ardenay non loin de Chalonnes.

D’abord agréable, amène, toujours « tiré à quatre épingles » et pétri d’urbanité, Léon avait connu bien des malheurs. A commencer, par le deuil qui l’avait frappé dans sa prime jeunesse, celui de son père Antoine Chauviré (1880-1914), « mort pour la France » en décembre 1914. Il n’avait pas deux ans… L’année suivante, c’est son oncle, Georges Duguet (1895-1915), le demi-frère de sa mère qui disparaîtra à son tour dans la tourmente de la première guerre mondiale! Sa dépouille ne sera jamais retrouvée.

Le nom de l’un et de l’autre sont inscrits sur le monument aux morts érigé dans une des chapelles de l’église paroissiale de la Madeleine à Angers, aux côtés de celui de mon grand-oncle Alexis Turbelier (1897-1918). De leurs vivants, ils se connaissaient car ils étaient proches voisins, rue Desmazières à Angers!

Bien qu’ayant quitté sa ville natale – probablement – dès la fin de ses études d’architecture, Léon revenait au moins une ou deux fois l’an à Angers. Au décès de la « mère Duguet » en 1961, il avait en effet hérité de la propriété de ses grands parents maternels, qui avaient tenu une épicerie et un bistrot dans ladite rue Desmazières. Pour les « valoriser » , il les avait transformés ainsi que leurs dépendances en « turnes » pour des étudiants de la Catho, l’université catholique angevine et en avait confié la gestion à ma mère. Il lui avait délégué la responsabilité du bon fonctionnement de l’ensemble, de son entretien et même du ménage…

Employeur de ma mère, c’était aussi un ami, une personne de confiance, car les deux familles se fréquentaient depuis près d’un siècle.

C’est au cours d’une ces visites en Anjou que Léon apprit à ma mère qu’il pensait être un cousin « éloigné » d’Yvette Chauviré. En confidence, il lui fit part aussi de sa déconvenue, lorsqu’il lui raconta sa mésaventure avec sa cousine putative. S’étant présenté au domicile parisien de la danseuse, il n’avait pu entrevoir qu’un domestique, chargé de lui signifier qu’Yvette Chauviré ne se connaissait aucune famille en Anjou, et qu’il lui apparaissait donc sans objet de faire connaissance.

Il était inutile d’insister!

Le pauvre Léon en était resté là. Il n’avait en effet pas les moyens de passer outre cette fin de non-recevoir, ni de contredire cette péremptoire affirmation… Faute de pouvoir recourir à une mémoire familiale quasi-inexistante et de disposer de documents confirmant son « intuition », il aurait du se livrer à une recherche généalogique approfondie mais il préféra se résigner. La série impressionnante d’épreuves et de malheurs qu’il avait du surmonter dès sa plus tendre enfance, avait non seulement distendu ses relations avec sa famille paternelle d’ailleurs dispersée un peu partout en France, mais surtout l’avait conduit à une certaine forme de renoncement fataliste.

A quoi bon révéler une vérité à une personne qui ne souhaite pas l’entendre!

A supposer au surplus qu’Yvette Chauviré ait entendu parler de cet hypothétique cousinage, elle n’avait vraisemblablement, nul intérêt à s’en revendiquer car elle s’était constituée par son travail et son talent, une autre famille autrement plus enrichissante dans le milieu artistique international. Pourquoi ce serait-elle embarrassée de ce pauvre hère, issu de nulle part, qui frappait à sa porte? Derrière cet homme qui se prétendait son cousin, n’y avait-il pas, de surcroît, un imposteur intéressé?

Pendant trente ans, l’affaire fut donc enterrée. Léon est mort à une date inconnue et ce n’est qu’à l’automne 2016 au décès d’Yvette Chauviré que l’histoire m’est revenue en mémoire. Une simple recherche sur Internet attestait de la très grande discrétion de l’artiste sur sa famille et ses origines.

Mais, comme pour toute personne « VIP », les généalogistes se sont emparés de sa filiation – parmi ceux-ci, mon honorable correspondante Rose L’Angevine, assidue de ce blog – et progressivement tous les aïeux et l’ensemble de la famille d’Yvette Chauviré ont été identifiés. Sa généalogie n’a plus guère de secret et est même directement consultable sur Internet… Elle peut-même être enrichie, au gré de chacun, de toutes ses ramifications possibles depuis la numérisation des archives d’état-civil!

Et cet ensemble de données désormais disponibles montrent sans ambiguïté que Léon (l’architecte de la reconstruction) avait raison!

Yvette  » c’était bien sa cousine!

Léon Antoine Chauviré (1880-1914), le père de « mon » Léon et celui d’Yvette, Henri Léon Chauviré (1890-1952) étaient cousins germains. Il en résulte que leurs grands pères paternels, tous deux charpentiers,  étaient frères.

Ainsi le vieil ami de mon enfance et Yvette possédaient en commun un arrière-grand-père, Mathurin Chauviré (1819-1874) et une arrière grand-mère, Anne Tudoux née à Villemoisan en 1820 dans le Segréen.

La famille Chauviré, quant à elle, était originaire de deux petits villages situés dans les actuels Pays de Loire, Belligné et Angrie, à la limite du Haut Anjou et de la Bretagne, à la frontière de la petite et la grande « gabelle ».

L’infortuné fils d’Antoinette Duguet n’aura pourtant jamais connu la démonstration factuelle de son lien de parenté avec Yvette, ni sa reconnaissance. Le temps lui aura manqué!

Ce qu’il ne saura pas non plus et qu’il ne soupçonnait même pas, c’est que son aïeule commune avec Yvette Chauviré, Anne Tudoux  était une descendante en droite ligne d’un certain Louis Bain né en 1579 à Villemoisan.

Lequel se trouve être également un de mes aïeux direct au dixième ou onzième degré dans la haute ramure de ma branche maternelle!

Moi aussi, je pourrais donc affirmer sans avoir recours à une approximation « à la mode de Bretagne » qu’Yvette et Léon étaient mes cousins… mais, je le concède, très très éloignés dans la nuit des temps.

Si distants, que le gène de la danse, comme celui du dessin et de l’architecture se seraient perdus en route! Du moins en ce qui me concerne!

 

Un symbole : la pendule offerte par Léon Chauviré à mes parents

 

PS : J’ai évoqué cette famille amie à plusieurs reprises dans ce blog, entre autres :

  • Le 11 novembre d’un poilu oublié: Georges Duguet – 9 novembre 2011
  • Madeleine Duguet la « solitaire » d’Ardenay – 16 juillet 2012
  • Aux « P’tits gâs » de la Madeleine morts à la guerre de 14-18 – 28 avril 2015

 

signature de Léon Chauviré

 

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