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(Suite de mon billet du 29 novembre 2019)

A la suite de la révélation fin novembre 2019 par l’hebdomadaire l’Express du scandale lié aux conditions répugnantes « d’entreposage » des corps des donateurs à la faculté de Médecine Paris Descartes, j’avais rédigé ici un article dans lequel je manifestais mon indignation et mon émotion.

Mon père faisait en effet partie de ces généreux donateurs, qui pensaient, au delà de leur mort, servir la science, la médecine et l’humanité en faisant don de leur corps. Comme tous les autres, il a été honteusement trahi!

Parallèlement à mon article, sans d’ailleurs en faire état, j’interpellais l’actuelle ministre de la santé pour lui faire part de ma colère et de celle de mes proches, et surtout lui dire notre souffrance face à un tel manquement aux règles les plus élémentaires de respect dû à nos défunts.

Lui manifestant ma confiance, je lui demandais quelles mesures, le gouvernement envisageait de prendre pour châtier les coupables responsables de pareilles infamies et pour éviter qu’elles ne se reproduisent…

Cette lettre datée du 29 novembre 2019 n’a reçu à ce jour aucune réponse, ni même un accusé de réception.

Rien! Même pas une réponse type, souvent dilatoire d’un conseiller ministériel lambda peu pressé d’anticiper une consigne présidentielle non encore formulée et d’agir ainsi au détriment de sa propre carrière. Un conseiller toujours prompt en revanche à se construire un destin enviable en ménageant ses arrières! Dans la haute fonction publique qui entretient des liens de concubinage notoire avec la sphère politique, l’inertie est souvent la meilleure stratégie.

Le dépôt récent de plaintes par des familles désemparées de victimes de la faculté de médecine Paris-Descartes relance un dossier qui avait donc tendance à s’assoupir dans un placard de l’avenue Duquesne. Dans la foulée, il m’incite à rendre publique cette correspondance naufragée que j’avais naïvement adressée à la ministre de la santé, Madame Agnès Buzyn et m’invite naturellement à me déclarer pleinement solidaire de l’action judiciaire engagée.

« Madame la Ministre,

J’ai été profondément choqué d’apprendre le 29 novembre 2019, à la lecture de l’hebdomadaire l’Express, l’existence d’un charnier humain au Centre du Don du Corps de l’Université Paris Descartes…

Nous sommes en présence d’un authentique scandale et même d’une faute contre notre civilisation, celle d’une société qui, en dépit de ses inégalités et de ses injustices toujours croissantes, avait au moins – jusqu’à présent – pour principe de respecter ses morts. C’est en tout cas ce qu’on pensait !

A titre personnel, cette nouvelle ahurissante qui symbolise en fait le mépris de certains médecins vis-à-vis des dépouilles des personnes donatrices, m’a littéralement atterré car mon propre père, décédé en 2017, avait fait don de son corps à cette Université. Mon père était un altruiste et un humaniste. Son souhait le plus cher était que son corps rongé par un cancer, puisse encore être utile aux autres, au travers des recherches conduites par les scientifiques et les médecins, et qu’en outre, il contribue à la formation des futurs chirurgiens. Par ce don, il espérait participer à l’évolution des connaissances sur les pathologies dont souffrent nos semblables, et au-delà, soulager l’humanité toute entière!

Telle était son utopie. Elle s’inscrivait dans la continuité de ses engagements passés notamment de catholique pratiquant, de militant syndicaliste et politique de gauche, épris de justice sociale…

Il a été trahi par ceux-là mêmes auxquels il faisait confiance, qui, pour lui, incarnaient la science telle qu’il l’aimait, au service de l’humanité souffrante.. Pour lui, ces désormais sinistres mandarins de la médecine représentaient la science désintéressée au service du progrès humain…

Pour nous, ses enfants, il est mort une deuxième fois ce 29 novembre 2019 lorsqu’on a appris l’innommable, à savoir que son cadavre avait été probablement profané avec beaucoup d’autres dans une salle de dissection ou dans un couloir nauséeux de l’Université Paris Descartes. Et nous n’aurions rien su de cet assassinat posthume, par négligence, par manque de moyens ou par perversion si une journaliste d’investigation de l’hebdomadaire l’Express n’avait pas fait la lumière sur ce « charnier vivant au cœur de Paris » dans lequel notre père avait été « entreposé » deux ans auparavant, juste après son décès!

Le pire, c’est qu’on s’aperçoit, en plus, qu’il ne s’agit pas d’un accident ponctuel. Depuis des décennies, il semble que les responsables de l’Université Paris Descartes, les présidents et les professeurs de la faculté de médecine savaient le sort réservé pitoyable aux dépouilles de leurs donateurs. Tous savaient, y compris les plus prestigieux d’entre eux, les plus médiatiques aussi, les plus éminents et souvent les plus prompts à donner des leçons de maintien !

Ils connaissaient tous cette scandaleuse situation, mais ils détournaient pudiquement le regard… Ils se taisaient, complices ou artisans de ce crime odieux contre la morale. Contre l’idée même qu’en tant que gens civilisés, nous nous faisons du respect dû aux morts!

» J’ai honte pour eux » m’a écrit une de mes sœurs! Je partage ce sentiment. J’y ajoute la colère et je réclame justice au nom des miens contre ces gens méprisables qui ont abusé de nos morts, les ont démembrés sans état d’âme et ont même parfois monnayé leurs organes.

Ils nous ont, en outre, cyniquement cocufiés – nous les familles – lorsqu’ils organisèrent une grandiloquente et rituelle cérémonie du souvenir et d’hommage au cimetière du Père Lachaise pour nous vanter l’héroïsme, la beauté et l’utilité du geste de nos généreux défunts… Et, « dans le même temps », ils laissaient pourrir leurs cadavres dans les locaux insalubres de l’Université, bouffés par les rats! Ils prétendent aujourd’hui s’excuser… Nous nous moquons de leurs excuses, car nous ne retrouverons la sérénité que lorsqu’ils auront été punis par la Justice de la République, si elle existe!

C’est en tout cas, le moins qu’on puisse attendre pour rendre hommage à la mémoire de ces gens généreux, dont mon père.

Notre colère est grande. On doute même aujourd’hui de la véracité des déclarations que nous ont adressées ces fossoyeurs de la générosité, attestant que les cendres anonymisées de nos défunts ont été déposées au cimetière parisien de Thiais. On ne les croit plus, car l’accumulation de leurs fautes morales les a, à nos yeux, disqualifiés.

C’est bien que votre collègue du gouvernement Frédérique Vidal ait pris la décision de fermer enfin ce centre et de diligenter une inspection administrative. Ce qu’il faudrait désormais, c’est que le procureur de la République compétent se saisisse de cette indécente affaire et ouvre une instruction judiciaire, en vue d’identifier les responsabilités respectives des uns et des autres, et de châtier les coupables de ces intolérables dérives.

Veuillez agréer, Madame la Ministre, … » 

Gageons que la saisine de la justice – non par l’Etat qui, en cette affaire, s’est surtout signalé par son inaction et sa passivité – mais par les familles, permette d’apporter quelques apaisements à notre douleur qui demeure encore vive ! Gageons que cette procédure restaure aussi à nos yeux l’image de notre pays, qu’on était fier de considérer jusqu’à présent comme un des phares de la civilisation et de l’humanisme.

Et surtout qu’on ne vienne pas prétendre devant nous que le timide amendement du gouvernement – de portée purement symbolique – voté par le Sénat le 28 janvier 2020 au projet de loi bioéthique constitue une réponse satisfaisante pour encadrer de façon décente les conditions de dons du corps à la science. C’est juste la pose d’un cautère sur une jambe de bois! Au mieux c’est une réponse destinée à faire patienter ceux auxquels on a décidé de ne pas répondre!

Tout se passe en réalité comme s’il fallait à tout prix protéger sous des montagnes de nouvelles procédures en éternelle préparation, les vrais responsables de ces honteuses exactions… Surtout si, d’aventure, certains d’entre eux, transformés en mandarins courtisans du nouveau monde, étaient aujourd’hui aux commandes dans quelque cour ou arrière-cour ministérielle!

 

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Notre père Maurice Pasquier (1926-2017) est décédé le 7 novembre 2017 dans le service des soins palliatifs du Centre hospitalier de Bligny dans l’Essonne. Conformément à son vœu réitéré à plusieurs reprises dans les derniers mois de sa vie, et formalisé par une carte qu’il portait sur lui, il fut transporté dès le lendemain matin au Centre du Don des Corps de l’Université Paris-Descartes à Paris dans le Quartier Latin non loin de l’église Saint-Germain-des-Prés.

Notre père était un altruiste, un humaniste philanthrope et de surcroît c’était un fervent catholique qui croyait en la survie des âmes et à la résurrection des corps… Mais en attendant, son souhait le plus cher était que ce corps décharné, affaibli et torturé par la maladie puisse encore être utile aux autres, et qu’il serve de support aux recherches conduites par les scientifiques, les médecins et les étudiants pour mieux appréhender et soigner les pathologies dont souffrent nos semblables… Et à travers ce don, contribuer à soulager l’humanité toute entière!

Telle était son utopie au moment où il est parti. Elle s’inscrivait logiquement dans la continuité de ses engagements passés de mari aimant, de père attentif, de copain et d’ami, de chrétien et enfin de militant syndicaliste et politique épris de justice sociale…

Il a été trahi, post mortem, par les mandarins de la médecine, ceux-là mêmes auxquels il faisait confiance en faisant don de son corps. Pour lui, ces désormais sinistres personnages représentaient la science désintéressée au service du progrès humain… La science telle qu’il l’aimait, porteuse de tous les espoirs de libération de l’homme des maux qui l’assaillent.

Pour nous, ses enfants, il est mort une deuxième fois ce 29 novembre 2019 lorsqu’on a appris l’innommable, la profanation probable de ses restes dans une salle de dissection ou dans un couloir nauséeux de l’Université Paris Descartes! Et nous n’aurions rien su de cet assassinat posthume par négligence ou perversion si une journaliste d’investigation de l’hebdomadaire l’Express (n°3569 semaine du 27 novembre au 3 décembre 2019), n’avait pas fait la lumière sur ce « charnier vivant au cœur de Paris » dans lequel notre père avait été certainement « entreposé » dans des conditions indicibles, deux ans auparavant!

Depuis des décennies, les responsables successifs de l’Université Paris Descartes, les présidents et les professeurs de la faculté de médecine savaient le sort réservé à la plupart des donateurs défunts. Tous savaient, y compris les plus prestigieux d’entre eux, les plus médiatiques, les plus éminents et souvent les plus moralisants des professeurs de médecine!

Ils connaissaient cette scandaleuse situation, mais ils détournaient pudiquement le regard… Ils se taisaient, complices ou artisans de ce crime odieux contre la morale. Contre l’idée même qu’en tant que gens civilisés on se fait du respect dû aux morts!

 » J’ai honte pour eux » écrit une de mes sœurs! Je partage ce sentiment. J’y ajoute la colère et j’enrage en réclamant justice au nom des miens contre ces gens méprisables qui ont abusé de nos morts, les ont démembrés sans état d’âme et ont même monnayé leurs organes.

Ils se moquaient de notre détresse et naïvement on gobait 

Ils nous ont en outre cocufiés lorsque, comble de cynisme, ils organisèrent une grandiloquente et rituelle  cérémonie du souvenir et d’hommage au cimetière du Père Lachaise pour nous vanter l’héroïsme, la beauté et l’utilité du geste de nos généreux défunts… Dans le même temps, ils laissaient pourrir leurs cadavres dans les locaux insalubres de l’Université, bouffés par les rats!

Ils ont violé ceux qu’on aimait en nous gavant de leur hypocrisie.

Ils prétendent aujourd’hui s’excuser… Nous nous en moquons et ne retrouverons la sérénité pour poursuivre notre travail de deuil, que lorsqu’ils auront été punis par la Justice de la République!

C’est le moins qu’on puisse attendre pour rendre hommage à la mémoire de notre père… dont on ne sait même plus où se trouvent aujourd’hui ses cendres, si tant est qu’il ait effectivement été incinéré!

On ne les croit plus. Ils ont avili la médecine qu’ils disent servir et pratiquer…

 

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