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Posts Tagged ‘Table’

Il y a quelques mois, les éditions « Le Robert » publiaient sous la plume d’une écrivaine française répondant au pseudo de Marcelle Ratafia, un curieux recueil de cent-cinquante expressions « drôles » de la cuisine. Des expressions dont souvent nous faisons nos choux gras et qui selon l’auteure « ne manquent pas de sel » ou valent leur « pesant de cacahuètes »!

Parmi ces dernières, figure la périphrase « se mettre à table » à laquelle la rencontre du 7 février 2022 à Moscou entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, fait insensiblement songer. A moins, que l’incroyable table de marbre blanc, seule véritable surprise de cet échange diplomatique atypique n’évoque les mises en scène fantasmatiques des films du défunt et regretté Luis Bunuel (1900-1983) ou les délires surréalistes de Salvador Dali (1904-1989).

L’amphitryon de ce colloque singulier et inspirateur de cet étonnant décor conjugue la qualité d’ancien fonctionnaire du KGB et de maitre tyrannique de la Russie depuis une vingtaine d’années. En apparence, avec son look compassé de sbire des services secrets jouant les gros bras et l’intimidation, il n’a pourtant rien d’un artiste imaginatif débridé. L’autre interlocuteur, le président français qui a fait le voyage de Paris est d’ordinaire plutôt disert et décontracté, mais il apparait ici crispé. A sa décharge il est juste invité à s’asseoir au bout d’une interminable table vide, à portée de mégaphone d’un insaisissable convive! Il ne semble manifestement pas à la fête! Peut-on, pour autant, le rendre responsable de cette sorte de simagrée de discussion à bâtons rompus avec un dictateur madré qui l’attendait au tournant?

On ne lui reprochera rien d’autre, es qualité de président français de l’Union européenne, que d’avoir tenté vainement – naïvement – quelque chose, et peut-être cru, un instant, qu’il pouvait faire fléchir un homme qui n’hésite pas, pour raison d’Etat et par caprice égotiste, à empoisonner ses opposants à la manière, jadis, du clan Borgia.

Par elle-même, cette table en disait donc long sur les possibilités infimes de rapprochement des points de vue, au sens où l’infini est insondable. Emmanuel Macron dont personne – même pas moi – ne doutera ni de la bonne foi, ni du désir de bien faire à l’aube d’une campagne électorale ou de la crédulité n’aura au bout du compte, gagné que le droit d’être contredit publiquement lors d’une conférence de presse! Et ironie du sort, une conférence censée conclure des échanges informels tout en formalisant une esquisse de début de désescalade de la tension internationale initiée par l’un des deux « débatteurs » !

Au mieux, le Français fut invité « à se mettre à table » devant un ancien des services secrets soviétiques. Et c’est là que le recueil d’expressions de cuisine de Marcelle Ratafia, commenté par le chef Yves Campdeborde, aurait été préalablement d’un grand secours pour décrypter les intentions du Russe.

La table

La formule « se mettre à table » introduite dans l’argot au début du vingtième siècle et parfois complétée par  » manger le morceau » consiste à avouer ses prétendus turpitudes en vue d’un éventuel arrangement ou remise de peine avec les « perdreaux » qui vous interrogent. En général, le truand ou le suspecté tel, est le seul invité de la scène…Comme au Kremlin de Poutine!

On aura compris que la présence de cette exorbitante table, de sa couleur, de sa matière et surtout de sa longueur ne doit rien au hasard dans le scénario tragi-comique du thriller politico-stratégique conçu par le tyran russe! Surtout lorsqu’il s’agit de rejouer une scénette qui, jadis, a plongé le monde dans l’apocalypse et l’horreur.

On dit parfois que l’histoire bafouille! Espérons néanmoins que ce ne soit pas le cas avec la crise ukrainienne.

Si la région du Donbass en 2022 n’est sans doute pas tout-à-fait comparable aux Sudètes de 1938 en Tchécoslovaquie, de nombreuses similitudes existent dans l’attitude des dictateurs!

Evidemment, on ne peut comparer l’entrevue glaciale du Kremlin du 7 février 2022 de part et d’autre d’une table interdisant – par conception – toute tentative de rapprochement, avec la pitoyable conférence de Munich des 29 et 30 septembre 1938. En outre, Emmanuel Macron n’est pas Edouard Daladier!

Malgré tout, la remise en cause de la souveraineté, de l’intégrité territoriale de l’Ukraine par Poutine et la menace non voilée de l’annexion de facto de la région ukrainienne du Donbass par la Russie sont assez comparables au scénario du démantèlement de la Tchécoslovaquie en 1938 par Hitler. Les prétextes d’invasion sont étrangement les mêmes!

Gageons avec un optimisme mesuré que Poutine ne soit pas Hitler. Même si, à l’exemple de ce qui s’est passé dans l’entre deux guerres mondiales du vingtième siècle, il bénéficie d’une complaisance suspecte de la part des nationalistes extrêmes français et européens. Osons penser qu’il aura la sagesse de ne pas commettre l’irréparable et entrainer le monde dans une tragédie comparable à la seconde guerre mondiale.

Mais le pire, à court terme, serait que l’on assiste – cartes sur table – comme en 1938, à une capitulation morale des démocraties et que la formule de Churchill ne redevienne d’actualité;

 » Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre »

Espérons en tout cas que nous ne serons pas les « dindons de la farce » de ces gesticulations douteuses.

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