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Posts Tagged ‘Rose l’Angevine’

Tout le monde, je suppose, aura spontanément compris à la lecture du titre de cet article, que le lit dont il s’agit ici, est celui d’Anatole France (1844-1924), ce fils de libraire parisien devenu académicien et auquel fut attribué le prix Nobel de littérature en 1921.

Pour les progressistes en outre, Anatole France qui ne saurait se résumer à ses seuls écrits, est celui qui, parmi les premiers, dénonça le génocide arménien en 1916. C’est aussi l’ami de Zola et de Jaurès, sympathisant de la première Internationale, et qui fut également un des « dreyfusards » de la première heure. C’est enfin celui qui, avec Francis Charles Dehault de Pressensé (1853-1914) et Ludovic Trarieux (1840-1904), figura au premier rang des fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme en 1898.

Depuis près d’un siècle, Anatole France, poète et écrivain au style éclatant et prolixe bien que venu relativement tardivement à la littérature, est crédité, presque à l’égal de Jaurès et de Clemenceau, d’une stature morale indiscutable. D’ailleurs, la plupart des villes de France lui rendirent hommage en donnant son nom à de nombreuses rues, à des places et à des avenues, en concurrence, non seulement avec les deux personnages historiques précités, mais aussi avec le Maréchal Foch et le Général de Gaulle. Ainsi l’avenue qui longe le Musée d’Orsay sur la rive gauche de la Seine s’appelle l’avenue Anatole France! Elle conduit logiquement à l’Assemblée Nationale, le cœur battant de la France…

Anatole France

Mais, pour l’heure, c’est de son « lit bateau » ou présumé tel, dont il s’agit! Car ce plumard joua un rôle dans la vie de certains de mes proches. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je souhaite évoquer sa singulière histoire aujourd’hui! Ce lit que, pour la cause, je qualifierai désormais d' »historique » est un authentique lit bateau avec sa courbure caractéristique et ses chevets identiques. Il est en tous points semblable à ceux qui firent flores sous le Directoire. Mon sujet du jour en bois fruitier ne remonte peut-être pas à cette lointaine époque, mais, ayant été manifestement façonné par un artisan ébéniste d’antan, il date certainement du milieu du dix-neuvième siècle, peut-être même d’une époque légèrement antérieure, la Restauration ou la fin du Premier Empire, où il était de mode d’en posséder un dans la chambre à coucher parentale des milieux bourgeois de province.

Evidemment, au cours de son existence, Anatole France a du occuper, fréquenter ou emprunter bien d’autres lits, tantôt pour une seule nuit d’ivresse en aimable compagnie, tantôt pour une demi-heure de plaisir furtif et délicieusement « coupable », et, le plus souvent, pour simplement se reposer et s’endormir bourgeoisement.

Ces lits de passage ou de passade en conclusion exquise de marivaudages, plus frivoles et appuyés que littéraires, furent plus nombreux qu’on ne le soupçonnerait en regardant les photographies du patriarche sévère et vieillissant, prises au début du vingtième siècle. De nos jours, notre homme n’échapperait pas au regard inquisiteur des mères la morale antiporcine! En effet, selon ses biographes, Anatole France avait la réputation d’entretenir des relations multiples et complexes avec les femmes ou, si l’on préfère, d’avoir une vie amoureuse assez riche!

Officiellement et officieusement, notre héros national contracta d’ailleurs plusieurs unions connues. Mais de ces lits successifs et parfois simultanés, n’est née – à ma connaissance – qu’une seule enfant, une petite fille prénommée Suzanne (1881-1918) qui mourut à trente sept ans de la grippe espagnole!

Il est plus qu’improbable que cette fille unique de l’écrivain, issue de son mariage peu heureux en 1877 avec Valérie Guérin de Sauville ait été conçue dans ce lit. A moins que ce fût en 1880 ou 1881, au cours de l’une des – sans doute – très rares visites, qu’Anatole aurait effectuées en amoureux en compagnie de son épouse en Anjou dans la famille Thibault, sa famille paternelle.

Car ce « lit » qui attend certainement aujourd’hui un éventuel acheteur chez un brocanteur ou un antiquaire nantais, vient d’Anjou. Si l’on peut raisonnablement présumer qu’Anatole France y a passé quelques nuits lors de ses passages dans le Val de Loire, l’histoire de ce lit s’est prolongée bien au-delà des escapades ligériennes ou des séjours familiaux de l’écrivain.

En fait, au tout début des années vingt, il devint le lit conjugal de Michel Joseph Gallard (1896-1962) et de Germaine Eugénie Turbelier (1896-1990), la sœur de mon grand-père maternel. Ils s’étaient mariés à Angers le 11 février 1920 après que Michel qui s’était très courageusement comporté pendant la guerre et y avait été blessé, fut démobilisé et rendu à la vie civile.

Ainsi, ce lit qui avait peut-être servi en son temps au repos d’un grand écrivain, abrita les amours légitimes de Michel et de Germaine. C’est sans doute dans ce lit que furent conçus leurs trois enfants et c’est entre ses montants de bois que naquirent deux d’entre eux.

On sait aussi que la petite dernière de la fratrie – que les lecteurs de ce blog connaissent sous le pseudonyme de Rose l’Angevine – le récupéra parmi le mobilier de sa mère, lorsqu’elle dut quitter son domicile, il y a environ trente ans. Elle l’adopta et il devint « son » lit  jusqu’en 2018, date à partir de laquelle, elle décida à son tour de quitter sa maison des Couets à Bouguenais dans la banlieue nantaise, et donc de s’en séparer!

Ces aventures et pérégrinations du lit bateau, peu banales ne résultent pas seulement du hasard. Comme en toute chose, intervint aussi la nécessité!

En effet, au lendemain de la première guerre mondiale, un jeune ménage qui ne disposait pas de grands moyens financiers pour se meubler, n’avait guère d’autre option pour se procurer l’essentiel dont le lit conjugal, que d’acheter d’occasion!

Motif des montants : Deux colombes, bec à bec, tenant un rameau

C’est ainsi que Michel Joseph Gallard et Germaine Eugénie Turbelier qui étaient tous les deux, employés de banque à Angers dans une succursale du Crédit Lyonnais, achetèrent à un certain Thibault, leur chef de service, ce lit bateau.

Or ce Thibaud était le cousin germain d’Anatole France. Lequel, pour l’état civil s’appelait en réalité  »  François Anatole Thibault ». 

Lui était né à Paris, mais son père François Noël Thibault, qui fut le premier à user du pseudonyme « France », avait vu le jour en 1805 à Luigné un petit village angevin du Val de Loire, situé à proximité de Brissac.

C’est ainsi que ma grande-tante d’abord, puis ma cousine ensuite dormirent successivement dans le même lit qu’un prix Nobel de littérature… A tout le moins de son cousin! Mais, en tout bien, tout honneur, hors de la présence du grand séducteur qui l’avait déserté de longue date après y avoir effectué quelques furtives intrusions.

Furent-elle hantées par son fantôme, les nuits sans lune?

Quant au lit, il dort certainement aujourd’hui, anonymement, dans l’entrepôt d’un garde-meuble en attente d’un vide-grenier dominical. Désormais il ne livrera plus ses secrets à quiconque, confondu dans la masse des buffets Henri II ou des armoires normandes, délaissés au profit d’IKEA, qui attendent vainement d’être désirés.

Photo Rose L’Angevine. Carte (verso) adressée à Germaine Turbelier en 1915 par son chef de service Thibault, le cousin d’Anatole, lors d’un séjour à Reims près du Front.

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Ce samedi 15 octobre 1938, les bruits de bottes de l’Allemagne nazie se faisaient de plus en plus menaçants. Les accords de Munich piteusement signés sous la pression d’Hitler – secondé par Mussolini, – quinze jours auparavant, le 30 septembre par la Grande Bretagne et la France, n’avaient évidemment rien résolu. Les deux grandes démocraties européennes représentées par le Premier ministre anglais, Arthur Neville Chamberlain (1869-1940) et le président du Conseil français, Edouard Daladier (1884-1970), ont rivalisé à la fois de fausse naïveté et de lâcheté.

Au nom d’une promesse fallacieuse de sauvegarde de la paix en Europe, la France et l’Angleterre ont ainsi abandonné la Tchécoslovaquie – les Sudètes dans un premier temps – à la sauvagerie nazie et aux appétits criminels et prédateurs d’Hitler, le führer démoniaque de l’Allemagne…

C’était il y a quatre-vingt un ans!

Winston Churchill (1874-1965), le vieux lion (successeur de Chamberlain) qui devint le héros de la résistance de la Grande Bretagne et de l’empire britannique, aurait dit à propos de cet épisode peu glorieux:

« Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre. »

On connait la suite tragique de cet démission et ses funestes conséquences pour l’Europe et pour le monde…

Pourtant, il n’est malheureusement pas certain que toutes les leçons de cette pathétique farce diplomatique aient été comprises. Il semble même qu’elles été oubliées, lorsqu’on mesure l’impuissance aujourd’hui des démocraties, à faire entendre la voix de l’humanité, de la civilisation et de la morale face aux crimes de l’islamisme.

Les leçons du passé semblent vaines lorsque nos Etats, respectueux du droit, se limitent à de modestes réprimandes ou à des sanctions économiques qu’ils n’appliqueront qu’à reculons, à l’encontre d’un dictateur inflexible comme le président turc Erdogan. Lequel faisant fi du droit international, agresse et envahit le nord de la Syrie, son pays voisin, en vue d’y perpétrer un génocide presque revendiqué de la communauté kurde, que viscéralement il ne se cache pas d’exécrer!

Malgré tout, ce samedi 15 octobre 1938, ne fut pas qu’une journée annonciatrice de périls mortels.

Ce fut aussi une journée ordinaire qui, pour beaucoup, prit même le contre-pied du malheur en misant sur le bonheur et sur l’avenir. Ce fut le cas, en particulier, dans les familles, qui accueillirent, ce jour-là, un nouveau-né!

C’est précisément à cette date-là que dans ma bonne ville d’Angers, est née Marie-Thérèse Gallard, dernière d’une fratrie comportant déjà deux garçons, et plus connue par les lecteurs de ce blog, sous le pseudonyme de « Rose l’Angevine »!

Aujourd’hui, c’est son anniversaire et nous lui souhaitons le plus heureux et joyeux possible, entourée de l’affection de ses proches et avec ses amies.

Cousine germaine de ma mère, Rose est, depuis des décennies, une passionnée de généalogie, et à ce titre, elle est à l’origine de la plupart de mes billets sur l’histoire de notre famille…

Mais son horizon ne se limite pas à ses recherches sur nos aïeux communs. Il est et demeure beaucoup plus large, car elle cultive aussi avec soin ses relations avec nos lointains cousins d’Outre Atlantique, installés depuis des générations au Québec, qu’elle visita à plusieurs reprises…Et, elle est enfin une experte reconnue et talentueuse du patchwork!

Ce samedi 15 octobre 1938, quand elle ouvrit un œil curieux et interrogatif sur notre monde étrange et qu’elle prit pour la première fois son souffle, la météo angevine était – selon le Petit-Courrier, le quotidien local – semblable ( à peu près) à celle que l’on observe quatre-vingt et un ans plus tard…Ni chaud, ni froid, ni pluvieux, ni ensoleillé: automnal, avec le délire hystérique du « réchauffement climatique » en moins.

Hormis l’actualité internationale angoissante et les tensions en Europe et en Asie (déjà), rien de notable n’était à signaler à Angers… La ville vivait encore dans le calme d’avant la tempête, vaquant paisiblement à ses occupations habituelles, belle endormie provinciale à l’ombre de sa cathédrale, des tours de son château médiéval et de son tribunal, seulement distraite par les petits faits divers, les annonces légales, les nouvelles de l’état civil du chef-lieu et des cantons environnants, ainsi que des drames domestiques de chiens écrasés…

Sans omettre, les assemblées générales des amicales de jardiniers.

Le Petit Courrier de l’Anjou du 15 octobre 1938 -AD 49 – capture d’écran  

Un bonheur d’insouciance et d’inconscience du danger…

Rien de notable donc, si ce n’est, peut-être, parmi les événements sortant de l’ordinaire, un salon de la TSF qui ouvrit ses portes, ce jour-là. Salle Chemellier tout près de la mairie d’Angers. C’est justement là que le père de Rose dut se rendre, ce samedi, pour déclarer l’enfant à l’Etat civil! Il n’est pas douteux qu’à cette occasion Michel Joseph Gallard fit un « court » détour par le salon, car c’était un homme de progrès, fasciné par la radio et les transmissions par les ondes.

Ce n’est cependant que dans l’édition du Petit Courrier datée du lundi 17 octobre 1938 que la naissance de « Rose » fut mentionnée, mais de telle sorte que la méprise était permise sur la date exacte de l’accouchement…

En regard de la liste des bébés du jour, un encadré annonçait la projection au cinéma Le Vauban sur le boulevard Foch, d’un film Paramount de 1937 : « Une étoile est née ».

Juste et opportune observation!

Le Petit Courrier de l’Anjou du 17 octobre 1938 -AD 49 capture d’écran

Coïncidence?

En tout cas, une annonce en phase avec les circonstances, à moins que ce ne soit le vœu d’une fée bienveillante! Sûrement un présage sympathique et une perspective prémonitoire du destin de Rose !

Les étoiles scintillent!

 

PS: Pour moi qui suis parvenu à l’automne de ma vie, mais peut-être pas encore au crépuscule, ce jour du 15 octobre renvoie en outre à certains de mes plus lointains souvenirs, enfouis par un demi-siècle d’amnésie… Des souvenirs qui évoquent irrésistiblement  » les Passantes » de Georges Brassens…

Allez savoir pourquoi!

 

 

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Rose l’Angevine, quasi-coauteure de ce blog; en tout cas, une de ses principales inspiratrices et correspondantes, et la plus fidèle de ses lectrices, doublée d’une généalogiste érudite de la famille, vient de m’adresser deux cartes de vœux échangées par ces parents en 1917.

  • Lui était sous officier en guerre sur le front français; il s’appelait Michel Joseph Gallard (1896-1962). 
  • Elle travaillait au Crédit Lyonnais à Angers et s’appelait  Germaine Eugénie Turbelier (1896-1990). 

Elle était une des premières angevines à exercer un métier de bureau dans une banque. C’était aussi une des sœurs de mon grand-père maternel.

Ils s’aimaient…

Pour clore cette année 2018, celle du centième anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre, et aborder la suivante, quoi de plus approprié que de reproduire ici, ces deux émouvants témoignages de vie et de tendresse! Et d’espoir aussi, au-delà des vicissitudes d’une actualité souvent préoccupante, voire oppressante. Leurs serments demeureront toutefois du domaine de leur intimité…

Ces deux êtres misaient sur leur amour pour s’isoler du fracas assourdissant des armes et triompher de la mort omniprésente.  Ils eurent la chance d’y parvenir. Ils se marièrent et eurent trois enfants…

…dont une petite dernière, Marie-Thérèse, dite Rose!

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« Quatre fois vingt ans », c’est le cap que franchit ce jour -15 octobre 2018 – Rose l’Angevine, une des lectrices les plus assidues de ce blog, la plus prolifique en commentaires, et sans nul doute, une de mes plus avisées exégètes!

C’est aujourd’hui établi, Rose est bien angevine! Ce n’est d’ailleurs pas une découverte pour ceux qui se régalent de ses pertinentes incises, de ses précisions chronologiques et aussi de ses anecdotes toujours bienvenues sur l’histoire de notre famille…

Une « Angevine de la diaspora » sans doute, qui, bien que ne résidant plus dans la capitale des Plantagenêt(s) n’a cependant jamais vraiment quitté son Anjou natal!  Elle appartient en effet à cette génération qui, contredisant le tonitruant Danton, postule à bon droit qu’on peut « transporter sa patrie à la semelle de ses souliers »… Elle en est convaincue et sa vie en apporte la démonstration.

Désormais habitante du Pays nantais, c’est de Saint-Sébastien-sur-Loire – après avoir longtemps séjourné à Bouguenais, et auparavant dans la région parisienne – qu’elle exerce ses talents d’éditorialiste de ce blog, d’érudite et de conteuse de l’histoire familiale.

Jamais, son cœur, ancré dans les coteaux schisteux et les terres alluviales du val de Loire, ne déserterait le fief des comtes d’Anjou ou du Maine! Pas plus d’ailleurs qu’il ne saurait oublier le quartier Saint-Laud à Angers, celui de l’enfance de Rose, celui de « la Madeleine » ou le rocher de la Baumette.

Retraitée, Rose continue de consacrer une partie appréciable de son temps à rechercher dans les livres paroissiaux d’Ancien Régime – aujourd’hui numérisés – ou dans les registres d’état civil du dix-neuvième siècle, quelques rameaux inexplorés d’un arbre généalogique déjà passablement foisonnant. Elle n’a pas sa pareille pour y dénicher d’improbables cousinages sur les deux rives de la Loire angevine, dans le Bas-Maine ou dans les Mauges…

Et même au-delà, si nécessaire ou en cas d’affinité « élective »!Mais toujours avec la rigueur et l’exigence d’une généalogiste patentée.

Et elle s’adonne à cette tâche avec la même passion juvénile, le même enthousiasme de chercheuse ou la même émotion qu’il y a dix, vingt, trente ou quarante ans!

Évoquer ceux des siens qui périrent durant les Guerres de Vendée, se souvenir des drames qui affligèrent ses aïeux mais également honorer leurs actes de bravoure au cours des conflits meurtriers auxquels ils durent participer, relève pour elle, d’une même et ardente obligation de sauvegarde de la « mémoire »! Et ce, pas seulement pour le plaisir de se bercer des malheurs du passé, mais pour transmettre leur exemple aux générations futures, au cas où elles consentiraient encore à s’en saisir.

Son projet se résume en fait, au travers de l’existence de ceux dont nous sommes issus, à conserver autant que faire se peut, un patrimoine familial fragilisé par les coups de boutoir d’une modernité devenue non seulement amnésique mais indifférente au terreau ancestral qui l’a porté…

Dans ce contexte, ignorer cet héritage culturel – alors qu’on assiste au saccage de notre histoire nationale noyée dans une repentance dévastatrice de notre passé – c’est s’exposer à ne rien comprendre à ce qui a forgé notre identité. C’est abandonner les références d’une civilisation faite de valeurs et de principes, dont on n’ose plus être fier, ni affirmer, au moins sous nos latitudes, son indiscutable supériorité pour interpréter le monde et vivre ensemble sans sombrer dans la barbarie!

Pour elle, cette préservation patrimoniale s’impose d’urgence, d’autant que les contraintes de notre époque, interdisant dorénavant la cohabitation de plusieurs générations, brouillent la transmission de la mémoire et l’image du passé.

Il est essentiel dans ce contexte que des personnes comme Rose l’Angevine se dressent contre ces dérives qui mènent à la régression, et qu’elles s’investissent du rôle de gardiennes d’une certaine tradition. Laquelle va de pair avec un art de vivre provincial que personne de bon sens ne souhaite abandonner sous la pression obscurantiste ambiante. C’est sans doute aussi le prétexte à toutes les nostalgies mais c’est surtout le garant d’un avenir qui refuse délibérément les tendances autodestructrices et mortifères d’une violence moyenâgeuse en grande partie importée. Rose incarne la douceur angevine et la tempérance assimilatrice au sein de la République, là où d’autres préfèrent la confrontation des cultures qu’ils masquent sous le terme équivoque faussement inoffensif de  » multiculturalisme »!

Première fille et dernière des trois enfants de Germaine Turbelier (1896-1990) et de son époux Michel Joseph Gallard (1896-1962), un combattant et héros de la première guerre mondiale, officier de réserve et blessé, elle vit le jour à Angers le 15 octobre 1938, dans le quartier Saint-Laud, non loin de la gare du même nom.

On la prénomma Marie Thérèse Germaine Adrienne. « Germaine » comme sa mère, et « Adrienne », comme sa jeune marraine, Adrienne Turbelier (1923-2018)…Laquelle était sa cousine (germaine) et devint ultérieurement ma mère.

Ainsi, née juste avant la seconde guerre mondiale, elle sait tout des tragédies du siècle dernier, d’une part par les témoignages de ses proches et d’autre part par sa propre perception des événements…

Au cours de sa petite enfance à Angers pendant l’occupation allemande, elle fut en effet bercée – fût-ce de manière inconsciente – par les échos de la guerre. Son père, lieutenant de réserve fut en effet mobilisé dès septembre 1939, moins d’un an après sa naissance, puis démobilisé, la débâcle consommée, un peu plus d’un an plus tard ( décembre 1940) et de nouveau appelé sous les drapeaux en 1945…

A l’instar de tous les enfants de son quartier, on peut penser que son sommeil de petite fille d’à peine six ans ans, fut fortement perturbé dans la nuit des 28 au 29 mai 1944 par le mugissement des sirènes de la DCA allemande et par le vrombissement des bombardiers Lancasters de la Royal Air Force, lorsqu’ils déversèrent des centaines de tonnes de bombes et d’explosifs illuminant le ciel angevin à quelques centaines mètres du chemin des Musses où elle habitait à Angers, détruisant la gare toute proche et de nombreux immeubles alentour…

Ce traumatisme est toujours présent, comme en atteste cette partie d’une fresque en patchwork (ci-dessous) dédiée à la Résistance, qu’elle réalisa dans les années 2000. Elle y montre, comme si c’était encore l’actualité du jour, les dégâts occasionnés lors de cette nuit d’horreur de la Pentecôte 1944, qui causa la mort de plusieurs centaines d’Angevins.

« Quatre fois vingt ans » c’est l’âge actuel de Marie Thérèse, alias Rose l’Angevine, mais c’est aussi le titre d’un livre de mémoires, publié en 1974 par l’académicien et écrivain Jacques Chastenet (1893-1978)…

S’il fallait situer sa naissance dans cet ouvrage oublié, ce serait au chapitre XI intitulé « Les nuages crèvent » qu’on placerait son premier vagissement !

Traitant de l’année 1938, l’auteur qui fut diplomate et journaliste, décrit la montée des périls en Europe et la marche accélérée vers une guerre voulue par Hitler, que les puissances occidentales timorées ne sauront pas enrayer.

Le début de l’année 1938 fut marqué par l’Anschluss, c’est-à-dire l’annexion de l’Autriche par les nazis. Le deuxième semestre fut encore plus dramatique et moralement condamnable puisqu’il consacra le piteux abandon à Hitler de la Tchécoslovaquie par les démocraties occidentales – dont la France et l’Angleterre – à Munich les 29 et 30 septembre 1938….Une quinzaine de jours seulement avant la naissance de Marie-Thérèse!

Autant dire qu’à l’époque, ce n’est pas tant les fées qui se penchaient sur les berceaux des nouveau nés, que les sombres présages qui s’accumulaient dans une France vivant les derniers avatars d’un Front populaire dont on ne rêvait plus parce qu’il s’était détourné de ses utopies initiales de justice sociale et avait trahi ses engagements de 1936. C’est cependant dans cette période que le roman d’André Malraux « l’Espoir » publié en décembre 1937, et qui relatait les débuts de la guerre d’Espagne du côté républicain, fut disponible dans les librairies angevines! Sans pour autant réveiller les consciences républicaines endormies.

Vint ensuite le temps de la guerre, puis de la défaite française, de l’occupation avec ses privations et ses cruautés , et enfin de la Libération en août 1944, de l’exaltation des populations, à laquelle une petite fille ne pouvait être insensible, et de la Quatrième République…

Toute l’enfance de Marie-Thérèse ainsi que de sa scolarité au collège de l’Immaculée Conception et ses premiers pas dans la vie professionnelle à la Chambre de Commerce d’Angers, s’inscrivent dans cette période qui inaugure  » les Trente glorieuses » …

Ananas – Patchwork offert à Syllia, sa petite fille

L’année de ses vingt ans -1958 – marque le retour aux affaires du Général de Gaulle et de son élection comme président de la République au mois de décembre. En juin, il avait prononcé le fameux et ambiguë  » Je vous ai compris » devant une foule en délire à Alger depuis le balcon du Gouvernement Général.

C’est aussi l’année de la mort du très conservateur et contesté pape Pie XII et de son remplacement par un prélat italien, ancien nonce apostolique en France, Angelo Giuseppe Roncalli, sous le nom de Jean XXIII. Lequel sera l’initiateur du concile Vatican qui réforma l’Eglise catholique…

Ce fut un événement important dans les provinces de l’Ouest, singulièrement en Anjou, où le catholicisme, par ses rituels et l’exercice séculaire du culte romain, encadrait étroitement et rythmait la vie quotidienne de populations qui, sous la Révolution, avaient pris les armes pour défendre leur conception de la liberté religieuse, et qui, en 1906, s’étaient barricadées dans les églises pour s’opposer « aux inventaires ».

Mais au delà de l’Au-delà,  la jeune femme ne fut certainement pas insensible, cette année-là à la sortie au cinéma « Les Variétés » sur le boulevard Foch – à moins que ce fût au Palace ou au Vauban – du film de Jacques Tati, « Mon oncle »…

Il n’est pas certain en revanche qu’elle se sentit vraiment concernée par le beau parcours de l’équipe de France de football en Suède lors de la coupe de monde, remportée par le Brésil grâce à un joueur d’exception de dix-sept ans, Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé!

Les années soixante qui suivront seront celles du décès de son père en 1962, puis de son mariage en 1963 avec un « Gadzarts », talentueux ingénieur de l’école nationale supérieure d’Arts et Métiers d’Angers. Ils eurent deux garçons nés respectivement en 1963 et 1968, et aujourd’hui médecins!

Automne patchwork

En 1978, l’année de ses « deux fois vingt ans », Rose qui s’intéressait déjà activement à la généalogie, occupait une partie de ses temps libres dans les salles de consultation des services d’archives départementaux, à feuilleter d’antiques registres où elle respirait la poussière des presbytères de jadis et pouvait effleurer les maladroits paraphes de ses ancêtres.

Pour ce travail parfois fastidieux, elle mobilisait sa famille, ses enfants jusqu’à sa mère Germaine qui d’ailleurs y prit goût! J’ai conservé de cette époque, les longs tableaux synthétiques de noms qu’elle avait collectionnés à la suite de ses recherches, et classés sur les multiples branches de notre arbre généalogique commun…Et ses démonstrations de parenté!

Elle me les adressait régulièrement, avec ses remarques jubilatoires quand la trouvaille était d’importance à ses yeux, et assorties des copies des actes d’état civil photocopiés… que j’ai aussi archivés.

1978, ce fut également l’année de la disparition de Jacques Brel, de Claude François et du navigateur Alain Colas qui périt en mer avec son trimaran Manureva pendant la Route du Rhum! Ce fut également celle du naufrage de l’Amoco Cadiz au large de la Bretagne, dont la pollution des côtes par le mazout reste gravée dans les mémoires comme une des premières catastrophes environnementales qui ait ému l’opinion publique!

L’année de ses « trois fois vingt ans » – 1998 – fut celle des « 35 heures » et des RTT, dont Rose ne profita guère, m’a-t’elle dit, un jour!

Mais c’est à elle qu’il revient d’évoquer cette époque et les épreuves de tous ordres, qu’elle dut alors courageusement affronter et qu’elle sut surmonter. Ces « misères » et ces temps de souffrance intime couvrirent plusieurs années à la charnière du vingtième au vingt-et-unième siècle…

Extrait du Patchwork Résistance – Les sanglots longs des violons de l’automne

Nous ne retiendrons ici que les trois ‘passions » versus « Violons d’Ingres », qui probablement furent des viatiques essentiels en complément de son volontarisme et de sa force de caractère, pour envisager la vie sous un jour nouveau, après la phase des tempêtes:

La généalogie, le Québec et le patchwork…

Sans compter le soutien des cercles d’amis fidèles qu’elle se constitua en ces occasions, sur les deux rives de l’Atlantique… Cette période fut ponctuée, notamment (mais pas seulement) dans le cadre de l’Association Québec-France et de l’association Loire-Mauges-Québec dont elle est une fidèle adhérente, de plusieurs voyages dans la Nouvelle France, dont le plus récent de cinq semaines au cours de l’été 2017…

Le temps a passé! Quatre vingts ans se sont écoulés depuis ce samedi 15 octobre 1938.

D’après les relevés météo de l’époque, la journée fut globalement ensoleillée et douce sur Angers, avec toutefois de forts brouillards en matinée et quelques frimas à l’aube dans les campagnes. Un temps exceptionnellement tempéré pour un mois d’octobre. Mais en décembre la Loire – notre Loire – était figée dans des blocs de glace…

Ce samedi 15 octobre 1938, le Petit Courrier, quotidien local d’information mentionnait qu’un Salon de la T.S.F. s’ouvrait à Angers salle Chemellier. On peut penser que Joseph Michel Gallard, son père, passionné de radiophonie – à moins que ce fût l’aîné de ses frères –  y fit un tour pour admirer « la gamme des appareils modernes de radiodiffusion, « des plus simples ou plus luxueux » présentés pour la circonstance par les vingt-et-une firmes présentes, toutes angevines ».

Depuis ce jour, la planète bleue a parcouru quatre vingts fois son orbite sur le plan de son écliptique autour du soleil! Une broutille à l’échelle de l’univers.

Pour Rose, pour Marie Thérèse, la vie continue, avec la même intensité et la même curiosité, et pour très longtemps encore!

Albert Einstein, le maître de nos horloges n’écrivait-il pas à sa sœur  :  » Pour ceux d’entre nous qui croient en la physique, la distinction entre passé, présent et futur n’est qu’une illusion obstinément persistante »… Autant donc faire comme si le temps n’existait pas, et s’en jouer durablement… C’est le vœu qu’on peut former pour Rose en ce jour…

Très bon anniversaire, Rose, et merci! 

Très bon anniversaire, Marie Thérèse, notre cousine. 

Fresque sur la Résistance – Pachtwork Marie-Thérèse Taudin-Gallard

PS:

les illustrations de ce billet sont des échantillons des œuvres de patchwork, réalisées ces dernières années par Marie Thérèse Gallard-Taudin, alias Rose l’Angevine.

Un billet du 8 octobre 2013 mis en ligne sur ce blog signalait « Les trois quarts de siècle de Rose l’Angevine »

 

 

 

 

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La dernière fois que ma grand-mère paternelle, Marguerite Cailletreau (1897-1986) rendit visite à Suresnes à son frère aîné Joseph Cailletreau (1886-1973), ce fut certainement au cours de l’été 1972, en août ou en septembre.

Chaque année depuis très longtemps, en particulier depuis son veuvage en 1956, Marguerite prenait le train au petit matin à la gare Saint-Laud à Angers et débarquait à Montparnasse quelques heures plus tard. Là, le fils de son frère l’attendait à la sortie du quai pour la conduire à travers le quinzième arrondissement, puis le Bois de Boulogne au domicile de son aîné et de son épouse Germaine Pelgrin… Selon les cas, Jean et elle traversaient la Seine au pont de Suresnes ou à celui de Puteaux, pour finalement « atterrir » dans une rue calme de Suresnes – rue de Nanterre – qui dominait le fleuve en contrebas du Mont-Valérien.

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Au passage sur le quai longeant les usines de camions Unic, où son frère avait travaillé une grande partie de sa carrière, Marguerite s’extasiait, presque chaque année avec la même ingénuité, devant le tonnage impressionnant des péniches pleines de sable, de charbon ou de matières premières diverses, qui franchissaient l’écluse de Suresnes à la queue leu-leu… Un trafic sans rapport, ni de fréquence, ni de dimensionnement, avec celui qu’elle connaissait par ses cousins Delhumeau, des gabares ligériennes de l’Oudon, de la Mayenne ou de la Maine dans la traversée d’Angers…

Le rituel était à peu près identique chaque fois.

Ce voyage, généralement l’unique de l’année, était une des rares occasions, où elle pouvait utiliser les billets gratuits dont elle bénéficiait en tant que veuve d’ancien cheminot. C’était aussi la seule opportunité de rencontrer, au moins une fois l’an, son frère qui avait quitté le Lion-d’Angers, leur village natal en 1909 ou 1910, pour faire carrière dans la mécanique automobile sur les bords de Seine à Puteaux (Voir mon billet du 10 janvier 2013,  » De la fabrication de galoches à la mise au point de moteurs« .

Dans ses bagages, elle emportait systématiquement un « pâté-aux-prunes », qu’elle avait acheté, la veille au soir à  la boulangerie Bidet qui se trouvait à quelques pas de chez elle, rue de la Madeleine…  Pour rien au monde, elle n’aurait oublié son gâteau. Pour rien au monde, son frère expatrié de l’Anjou, n’aurait pardonné qu’elle fasse l’impasse sur cette pâtisserie du pays qu’on ne retrouve nulle part ailleurs !

Le « pâté aux prunes » – comme le notent avec humour « des angevins qui ne se prennent pas au sérieux » sur le site Internet qu’ils lui consacrent – est à l’Anjou ce que la frite est à la Belgique, la bouillabaisse à Marseille, le far à la Bretagne, le nougat à Montélimar,  « la tarte au maroilles au cht’i » ou les huîtres à Cancale… Toutefois, à la différence de ces quelques spécialités régionales et de beaucoup d’autres,  – toutes délicieuses et universellement reconnues – le « pâté-aux-prunes » angevin ne peut guère être confectionné ailleurs que dans les limites – d’ailleurs inconnues des accords de Schengen – de la province historique de l’Anjou, c’est-à-dire, grosso modo le Maine-et-Loire, le sud de la Mayenne et quelques arpents des Deux-Sèvres et de la Loire Atlantique.

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Pâté-aux-prunes de Rose L’Angevine -août 2015

En outre, on dit que seuls des angevins peuvent en percevoir la subtile saveur… C’est la raison pour laquelle le « pâté-aux-prunes » ne s’exporte pas, ni ne s’importe du reste. Personne, jusqu’à ce jour, n’a (encore) eu l’idée saugrenue d’en faire fabriquer des milliers d’exemplaires en Chine, qui parviendraient au Havre via le Pakistan dans des containers blindés et qui viendraient encombrer les têtes de gondole des pâtisseries industrielles de l’hexagone.

Bien sûr ces conditions drastiques, qui seules sont en mesure d' »authentifier » un « pâté-aux-prunes » peuvent être interprétées par des esprits chagrins néolibéraux comme d’intolérables entraves au commerce. D’autres y verront l’expression d’une sorte de xénophobie franchouillarde et patoisante. Enfin les bonnes âmes toujours promptes à donner des leçons de morale n’hésiteront pas à qualifier cet ostracisme alimentaire de racisme anti-quelque chose. Peu importe ! Pourvu qu’on se régale de « notre » pâté-aux-prunes, quand il faut et comme il faut…Pour le reste, il suffit de laisser passer la caravane des critiques de toutes obédiences et observances en se bouchant les oreilles, mais sans se voiler la face !

Ces règles nées de la tradition angevine sont suffisamment ancrées dans le patrimoine local pour résister à toute tentative de normalisation œcuménique ! Ainsi, lorsque j’évoque les « pèlerinages » fraternels et annuels de ma grand-mère paternelle en région parisienne pour porter un pâté-aux-prunes à son frère exilé, c’est précisément pour signifier, par contraste, que pareille démarche n’aurait pas effleuré l’esprit de mon autre grand-mère – maternelle – Adrienne Venault (1894-1973) qui, originaire du Haut-Poitou, n’a jamais manifesté le moindre attachement sentimental à ce gâteau, qu’elle trouvait bon mais dont elle n’imaginait pas en faire un marqueur identitaire de sa personne et de sa province.

On dira donc que le pâté-aux-prunes est un gâteau aux prunes, réalisé et dégusté en Anjou à la saison des prunes, c’est-à-dire en juillet, août et septembre – et jamais, en principe, en dehors de cette période. On ajoutera qu’il ne peut être apprécié à sa juste valeur que par des angevins de « pure souche » ou des descendants d’angevins de « pure souche » …de Vigne ! Mais, comme toute tradition ou usage, le rite du « pâté-aux-prunes » souffre de quelques exceptions, s’agissant notamment du lieu où on le savoure. La ville de Suresnes des années soixante et soixante-dix illustre cette dérogation.

De même, j’eus l’occasion de me soustraire dernièrement à cette « règle » implicite de l’unité de lieu, dans le cadre d’une habitude, qui semble désormais s’institutionnaliser, de déguster un pâté-aux-prunes chez Rose l’Angevine dans la banlieue nantaise. Mais, il est vrai que sa maison peut être assimilée à une ambassade du pays des Plantagenet!

« Rose », ma cousine, correspondante assidue de ce blog et par conséquent, connue de mes lecteurs, est en effet pâtissière à ses heures, et angevine de cœur et de naissance. C’est elle-même , qui avait élaboré un excellent pâté-aux-prunes, en respectant la recette classique mais en y apportant sa petite touche « personnelle » notamment en ce qui concerne sa coloration…Des variantes sont en effet permises et souhaitées, sur la base d’un socle commun indiscutable.

J’imagine qu’à ce stade de mon développement, mon lectorat mis en appétit, voudrait que j’entre enfin dans le vif du sujet et que je fournisse quelques indications sur l’origine, la nature et la recette de cette pâtisserie qui, comme la « boule de fort », ne se pratique qu’en Anjou et dans le Val de Loire de Saumur à Champtoceaux!

J’y viens! Car je dois, bien sûr, m’efforcer de m’acquitter de cette dette « morale » contractée auprès de ceux qui me lisent et que j’ai fait saliver sur les mille vertus de ce fameux pâté. Mais, je ne saurais pour autant singer les guides gastronomiques en exhumant de derrière les fagots, quelque vieille recette attribuée à une « mémé confiture » en tablier à carreaux ! Et je n’ai nulle intention d’enrichir les rayonnages de la FNAC de mes commentaires gastronomiques en concurrençant les ouvrages existants et en commettant un énième bouquin qui fleurerait bon les charmes surannés d’une antique province…L’âge venu, je ne prétends pas tenter une reconversion en imitant pâlement et platement mon éminent compatriote angevin Curnonsky (1872-1956), le critique culinaire le plus renommé de la troisième République !

Le pâté aux prunes est en fait une sorte de « tourte » confectionnée de préférence avec des Reines-Claudes ou des prunes Sainte Catherine, qui arrivent à maturité en août et en septembre. Ces deux variétés rustiques de pruniers, faciles à cultiver et très présents dans les vergers d’Anjou depuis la nuit des temps fournissent en effet des fruits à la chair charnue, ambrée, sucrée, juteuse et parfumée, particulièrement prisés en pâtisserie. Certains prétendent que les Croisés auraient rapporté les premiers plants de pruniers à leur retour de Syrie!

Les prunes convenablement lavées et en principe non dénoyautées – mais pas systématiquement – sont disposées sur une pâte qui est refermée sur les fruits et qui laisse apparaître en son centre un « puits » ou une « cheminée » destinée à conserver l’humidité des prunes pendant la cuisson et à préserver leur moelleux à la consommation.

L’origine de cette « tourte » est probablement très ancienne dans les campagnes angevines, et singulièrement dans le Haut-Anjou, du côté de Segré et du Lion d’Angers où la tradition du « pâté-aux-prunes » fut longtemps la plus vivace. Cette tourte était, dit-on, cuite après le pain, dans les fermes.

Cependant, la fabrication des «pâtés-aux-prunes » à la ferme a progressivement disparu avec l’abandon à la fin du 19ième siècle des fours à pain individuels au profit des boulangeries des bourgs, de telle sorte qu’après la Grande Guerre de 1914-1918, la quasi-totalité des tourtes aux prunes était cuite en boulangerie… Le boulanger ne jouait en l’espèce qu’un rôle de prestataire de service pour la cuisson, car l’initiative de la confection du pâté revenait à celui qui apportait les prunes de son propre verger…

Selon les experts les plus crédibles – je veux parler ici des animateurs du site Internet dédié au pâté-aux-prunes – ce ne serait qu’après la seconde guerre mondiale que les professionnels de la boulange et les pâtissiers prirent complètement la main sur la fabrication, indépendamment de tout donneur d’ordres externe, en proposant de leur propre chef des « pâtés-aux-prunes » à la vente, de conserve avec les commandes des adeptes du « sur mesure », comme ma grand-mère paternelle.

Curieusement, cette fabrication n’a que très peu essaimé hors de l’Anjou.

Pourtant la recette du pâté-aux-prunes est d’apparence simple, transposable et réalisable partout, dès lors qu’on dispose des ingrédients nécessaires et d’un four pour la cuisson. A base de farine, de beurre, d’œufs, de sucre et, bien sûr, de prunes, la réussite de la composition repose en grande partie sur le tour de main de celle ou de celui qui confectionne. Mon épouse qui ne réside pas en Anjou et dont les racines sont périgourdines y parvient!

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Dans mon cas en revanche, je crois qu’un engagement trop formel sur le succès de l’entreprise serait certainement aventureux… sauf pour ce qui est de la dégustation avec un vin d’Anjou, de préférence un grand crû du Layon bien frappé, dans le choix duquel je revendique sans complexe une certaine maîtrise…

Ce qui est certain c’est qu’il n’est pas besoin de faire appel aux prouesses de la génétique ou de l’épigénétique pour retrouver en le goûtant des plaisirs ancestraux. Des papilles gustatives, convenablement formatées, suffisent …assorties au préalable d’une invitation chez Rose l’Angevine…

 

Nota : Les modalités précises de la fabrication du pâté-aux-prunes sont abondamment décrites dans les ouvrages spécialisés (Cuisine du Val de Loire aux éditions Stéphane Bachès) et sur les sites Internet. Pour ma part, je m’y refuse car j’ai déjà beaucoup de difficulté à comprendre la logique de la pâte brisée. J’invite donc ceux qui seraient intéressés par cette pâtisserie typiquement angevine à se reporter aux experts … qui sont « légion à Angers » ou ailleurs!

 

 

 

 

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Ce n’est guère dans mon habitude de fêter ici les anniversaires des personnes n’ayant pas atteint l’âge de cent ans.

Mais, comme chacun le sait, toute règle souffre ses exceptions, au point qu’on prétend que c’est justement à l’aune de ces exceptions qu’on juge de la validité d’une règle ! C’est dans cet état d’esprit qu’il m’a semblé nécessaire de signaler à l’attention générale – mondiale – que Rose l’Angevine qui signe tant de commentaires pertinents sur mes modestes billets, atteindra son trois quarts de siècle d’âge, le 15 octobre prochain. Donc, par anticipation: bon anniversaire Rose !

Rose l’Angevine n’est évidemment pas son vrai nom. C’est un pseudonyme qu’elle s’est choisi par référence à sa ville et à sa région natale, Angers et l’Anjou, qui se trouvent être également les miennes ! En outre, ce n’est qu’un pseudo parmi d’autres, car elle s’est manifestée sur ce blog en usant de différents noms, voire d’acronymes comme MTG.

Peu importe d’ailleurs car ce qui compte ce sont ses remarques toujours bienvenues, notamment lorsqu’elle corrige certaines de mes erreurs dans la transcription enthousiaste d’aspects méconnus de notre histoire familiale ou qu’elle apporte d’utiles précisions à des anecdotes auxquelles elle sait donner chair et densité …

Pour moi, Rose n’est pas une inconnue. Cependant, en réponse à certains qui m’ont interrogé en privé sur son identité, j’indiquerai seulement qu’une lecture attentive de ses écrits en marge de mes articles permet de la dévoiler. Pour ma part, je n’ajouterai rien de plus, sauf à dire que Rose, fille d’une Germaine, est une cousine germaine de ma mère et que par conséquent je la connais depuis l’enfance. Ma mère est en outre « sa marraine », faisant ainsi de mon père « le mari de la marraine » ainsi que de mes sœurs et de moi-même, « les enfants de la marraine » !

Mais la qualité de Rose ne saurait se résumer au rappel circonstancié de son positionnement dans l’arborescence familiale. Habitante de la région nantaise, Rose est sans doute une des meilleures généalogistes non professionnelles de l’Ouest de la France. Ce sont sur ses travaux et recherches, qu’elle a engagés il y a plus de trente ans, que je m’appuie en grande partie lorsque j’évoque des parentés ancestrales! Ou, tout simplement lorsque je m’efforce de situer tel ou tel épisode de la grande histoire dans l’épopée familiale, ou l’inverse !

Avec elle, nos ascendants, même les plus planqués ou les plus labiles, ont  fort à faire pour demeurer discrets, car sa rigueur de détective d’archives parvient presque toujours à les dénicher dans un recoin illisible d’un registre paroissial d’ancien régime, y compris dans les endroits les plus improbables, jusque dans les minutes des anciens notaires de nos lointains parents procéduriers… Mais ce soin apporté à vérifier scrupuleusement les filiations et les cousinages ne l’empêche pas de s’amuser de mes facéties, en particulier, quand, faute de traces évidentes ou d’indiscutables preuves, je procède d’autorité à des « adoptions historiquement assistées » de ceux dont j’aimerais me revendiquer ! D’ailleurs, ils n’ont pas trop à se plaindre ces capricieux aïeux: à force de les traquer et d’en parler, on finit – sous la houlette de Rose – à éprouver de la compassion à leur endroit…

Cette compétence reconnue en généalogie, ascendante comme descendante, est doublée d’une passion – qu’elle a nourrie pendant longtemps – des grandes retrouvailles familiales dans des lieux de mémoire. Là, c’est son talent d’organisatrice de manifestations mémorielles qui fut mis à contribution, notamment  lorsqu’elle conçut dans les années 1980 des rassemblements de plusieurs dizaines de personnes sur la rive droite du val de Loire nantais, du côté de Montrelais et Varades, là où vécut au 17ième siècle le plus ancien de nos ancêtres Turbelier répertoriés.

Une fête des "Turbelier" au début des années 1980

Une fête des « Turbelier » au début des années 1980

A cette fin et pour entretenir le souffle, elle créa en 1981 une association « Des amis et descendants de François Turbelier (1653-1743) », dont elle assuma la présidence et qui prospéra pendant plus d’une dizaine d’années. Dans ce cadre, elle publia jusqu’à la fin 1994 un bulletin de liaison des membres de l’association, qu’elle intitula « La chronique des Turbelier ». Elle en était la rédactrice principale, la nouvelliste, la maquettiste mais également la messagère et la financière : disons qu’elle tenait sa petite revue, toute seule, et à bout de bras…

La disparition de sa revue et la dissolution de l’association au milieu des années 1990 ne la laissèrent pas inactive. Elle s’investit alors dans l’association France-Québec, où, avec d’autres, elle participa au recensement pour le compte de nos cousins d’Outre-Atlantique, de leurs ancêtres angevins ou bas-bretons…Ce fut pour elle, l’occasion de rendre visite à plusieurs reprises – dont une au cours de l’été 2013 – à notre lointain cousinage canadien français !

Rose a eu deux frères plus âgés dont un est décédé. Elle a deux fils, deux petits-fils … et une petite fille  qui d’ailleurs lui ressemble ! C’est dire si le temps lui manque pour biner paisiblement son jardin, non loin – à vol d’oiseau – du pont de Cheviré sur la rive gauche de la Loire… Pourtant, elle dit qu’elle y parvient quand, entre deux voyages en Limousin, en Pays de Loire, à la Rochelle ou au Canada, on arrive à la coincer sur Skype, après qu’elle eut fait son marché ou discuté avec ses amies et voisines ! je la soupçonne d’être un peu bavarde…

Avec elle, mes parents et d’autres, nous avons arpenté les champs de bataille de la Somme où tomba au printemps 1918 notre oncle et grand-oncle commun Alexis Turbelier ! Parcouru la nécropole royale de saint Denis, et surplombé les vestiges des ruelles gallo-romaines de Lutèce …

Longue et heureuse vie à Rose qui a dû aussi surmonter des épreuves particulièrement douloureuses, et qui, optimiste et volontariste, s’est toujours relevée…

Et beaucoup de projets encore, jusqu’à plus soif !

A vos plumes…

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