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Posts Tagged ‘Révolte’

Paysans dont la simple histoire
Chante en nos cœurs et nos cerveaux
L’exquise douceur de la Loire
Et la bonté des vins nouveaux,
Allons-nous, esclaves placides,
Dans un sillon où le sang luit
Rester à piétiner au bruit
Des Marseillaises fratricides ?…

En route ! Allons les gâs! Jetons nos vieux sabots
Marchons,
Marchons,
En des sillons plus larges et plus beaux  !

Ce sont ces quelques vers du poète beauceron Gaston Couté (1880-1911) qui me viennent à l’esprit, au moment où l’épopée des « gilets jaunes » semble s’essouffler et qu’elle risque de sombrer progressivement dans les brouillards glacials de novembre et les frimas annonciateurs de l’hiver.

Les braseros brûlent leurs derniers pneus et leurs dernières palettes tandis que les révoltés de la « Sociale », se réchauffent comme ils peuvent, encore réfractaires à l’ordre nouveau d’un monde de traders cupides, ambitieux et apatrides… Ils s’efforcent de croire que leurs dérisoires barrages résisteront aux escouades de CRS du Vidocq réincarné – dans tous les sens du terme – qui plastronne désormais place Beauveau!

Ces mots de Gaston Couté, le « gâs qu’a mal tourné », infortuné chantre de l’anarchie à la charnière des deux derniers siècles, résonne, tel le glas illustrant l’agonie d’une révolte de gueux, sacrifiés au bon plaisir d’un monarque entêté qui se prend pour un dieu.

Rien ne change sous le soleil, hormis les prétextes de la répression, qui s’adaptent aux circonstances. Là, le faux-fuyant des puissants – ou faux-semblant – serait plutôt d’appeler de toute urgence, à l’émergence d’un nouveau paradigme de l’avenir, tantôt dénommé  »  transition écologique » tantôt  » énergétique », et auquel tout un chacun est prié de se plier sans condition parce que le « guide » en a décidé ainsi!

Evidemment, il ne s’agit que d’une habile dérobade pour masquer une autre motivation beaucoup moins vertueuse consistant tout simplement à faire les poches des français pour soutenir le train de vie d’un Etat inutilement dépensier et inefficace. Le catastrophisme climatique est abondamment alimenté depuis deux ou trois décennies par les déclarations alarmistes de scientifiques en mal d’idées et de financements, qui ne doivent leur notoriété, qu’à leur obéissance aux ordres et à leurs intérêts subalternes de fidèles animaux de compagnie. La finalité de ce scénario qui s’apparente à une fable manichéenne, n’a donc que très peu de rapport avec le bien commun. Il vise en outre à camoufler l’appétit sans limite d’intérêts financiers internationaux dont le guide français du moment n’est que le zélé prosélyte…

Malheur en tout cas à celui qui douterait du bien fondé d’invoquer la seule révélation écologique et mondialiste pour imposer l’austérité aux moins riches et généraliser le racket fiscal! Celui-là devra immédiatement être rangé dans le camp des « bérets basques obtus, litron de rouge et baguette en bandoulière »… En d’autres termes, expulsé à jamais des rangs progressistes vers ceux des indécrottables réacs.

Et pourtant, qui ne s’est rendu compte que depuis près d’un demi-siècle, la pratique d’un dumping social décomplexé et mondialisé a conduit à l’assèchement, voire à la disparition d’une grande part de l’industrie européenne, et « accessoirement » à tenir en esclavage les travailleurs pauvres des antipodes?

Qui ne s’est rendu compte qu’il ne peut plus acheter à un prix raisonnable, un simple tire-bouchon, une pince à linge, un  téléphone portable ou même un cotillon pour les fêtes, qui ne soient fabriqués à l’étranger dans des conditions dégradantes pour notre espèce, et masquées pudiquement par nos vendeurs d’illusions?

Rien ne change effectivement sous le soleil, quoiqu’en disent nos nouveaux prophètes en trottinettes électriques.

Avec le même acharnement que jadis, ceux qui se sont accaparés le pouvoir d’Etat, par des moyens proches du putsch institutionnel, font toujours taire les trimardeurs, les miteux, les galvaudeux et les grands jacques qui protestent de leur difficulté de vivre! Et ce, dès qu’ils l’ouvrent un peu trop fort!

Il faut déconsidérer à tout prix le mouvement, et mater sans faiblesse – tout en se déclarant compréhensif – cette France victime des dégâts du capitalisme financier. Il faut frapper dès que cette masse « inorganisée » a l’outrecuidance de l’ouvrir pour crier sa détresse et sa difficulté de vivre, et réclamer justice…

Les politologues et philosophes mondains, et tout ce que la France de 2018 comporte de commentateurs ou sociologues donneurs de leçons s’en donnent d’ailleurs à cœur joie pour condamner l’amateurisme dangereux d’un mouvement désordonné, « girondin » et spontané, sans leader identifié et sans autre programme que celui de surmonter la rigueur des temps… « Surmonter la rigueur des temps » n’est pas un programme sérieux pour ces gens -là, crispés sur leur certitudes de classe privilégiée, qui regardent les claque-faim et les besogneux, avec une sorte d’étonnement ennuyé d’entomologistes.

Ils n’ont pas de mots assez durs, pour dénoncer avec des glaviots dans la voix, les excès d’une révolte qui ne répond pas aux standards des défilés syndicaux ou politiques habituels, qui ronronnent gentiment entre Bastille, République et Nation, précédés de leurs apparatchiks professionnels et indéboulonnables, sous les banderoles fanées de leurs mensonges et de leurs mépris…

En réalité, ces élites autoproclamées de la pensée, qui fermentent leurs rancœurs entre-soi dans les beaux quartiers n’aiment pas cette « France périphérique, rurale ou périurbaine » qu’ils ont laissé tomber depuis des lustres et qui aujourd’hui leur fait reproche de leur inertie et de leurs fausses promesses…Ils campent une posture prétendument « révolutionnaire réaliste » mais qui s’accommode surtout d’un confort intellectuel jacobin et parisien, qui n’a guère évolué depuis 1968. Les noms sont nombreux de ceux qui tiennent le haut de ce pavé-là, usé jusqu’au sable.

« De quoi se plaignent donc ces cuistres, ces rustres et ces ignorants? »pensent-ils tout haut sur les ondes dès qu’on leur tend complaisamment un micro.

Comme au bon vieux temps où leurs rhumatismes ne les empêchaient pas de courir contre les « fafs » d’Ordre Nouveau entre la fac d’Assas et le boulevard Saint-Michel, ils n’hésitent pas à insulter les  » gilets jaunes » sans avoir, pour la plupart, pris la peine de les rencontrer ailleurs que sur leur petit écran!

Les adjectifs accusateurs fusent – « populistes », « fachos », « poujadistes », « homophobes », »xénophobes » et même carrément « racistes ». On a même entendu certains rhétoriciens et moralistes médiatiques parler de  » révolte de petits blancs ».

La coupe d’immondices est donc bien pleine pour ces braves gens qualifiés d’emblée de « beaufs' », qui, initialement, ne manifestaient qu’en raison de l’accumulation des taxes et des impôts, qui, couplée à l’inflation sur les denrées courantes, ne leur permettait plus de boucler leurs fins de mois!

Au mieux, on leur répond que le patron élyséen ne changera pas de cap, et qu’ils devraient se réjouir de cette pression fiscale écologique croissante, qui fera d’eux les acteurs comblés du bonheur climatique de leur arrière-petits enfants. Et ce, dans une France transformée et moralisée après des décennies de gabegies sociales, de jouissances insouciantes et de délices de Capoue…

Au pire, on les rend coupables de tous les désordres de l’époque: à cet instant de ma rédaction, j’ai en tête cet ancien « ami » facebook – un ami dont j’ai du me défaire – qui se livrant à une interprétation sectaire, étrange et discriminante des droits de l’homme (dont il se dit militant) n’hésite pas à porter publiquement de vulgaires accusations, émaillées d’injures ad hominem, pour cracher son venin à l’encontre de tous ceux qui ne partagent pas son point de vue de petit pépère embourgeoisé qui commente de son fauteuil …Il n’aime le peuple que confortablement installé – bien au chaud – dans la section de son parti disparu!

De ce point de vue, ce mouvement fut révélateur de la face sombre de certains « progressistes » historiques ».  A titre d’anecdotes, celui évoqué ci-dessus, est aussi un spécialiste du détournement d’idées: combien de fois l’ai-je pris en flagrant délit de discours proche de l’antisémitisme, sous couvert de dénonciation pro-palestinienne du sionisme!

En conclusion, je postule que ce n’est pas que le froid qui fait reculer ces effrontés d’automne, qui osent braver l’arrogance et la suffisance d’un pouvoir oligarchique sans complexe! Ce n’est même pas principalement la réaction de ce pouvoir!

C’est la trahison de ceux dont ils auraient pu attendre bienveillance et soutien… Avec le temps qui passe, et les ralliements d’opportunité à la cause répressive au nom de l’ordre public, c’est la bourgeoisie mondialisée des « premiers de cordées » qui reprend fermement les rênes…Le petit jeune de la rue du faubourg Saint-Honoré peut continuer à faire tranquillement ses caprices et aiguiser ses dents de lait!

Mais la partie n’est pas terminée! Nous n’en sommes qu’à la première manche…

Restons solidaires des « gilets jaunes ».

En attendant la suite, on peut toujours rêver en relisant la fin du poème de Gaston Couté.

A la clarté des soirs sans voiles,
Regardons en face les cieux ;
Cimetière fleuri d’étoiles
Où nous enterrerons les dieux.
Car il faudra qu’on les enterre
Ces dieux féroces et maudits
Qui, sous espoir de Paradis,
Firent de l’enfer sur la « Terre » !…

Ne déversons plus l’anathème
En gestes grotesques et fous.
Sur tous ceux qui disent :  » Je t’aime « 
Dans un autre patois que nous ;
Et méprisons la gloire immonde
Des héros couverts de lauriers :
Ces assassins, ces flibustiers
Qui terrorisèrent le monde !

Plus -de morales hypocrites
Dont les barrières, chaque jour,
Dans le sentier des marguerites,
Arrêtent les pas de l’amour !…
Et que la fille-mère quitte
Ce maintien de honte et de deuil
Pour étaler avec orgueil
Son ventre où l’avenir palpite  !…

Semons nos blés, soignons nos souches !
Que l’or nourricier du soleil
Emplisse pour toutes nos bouches
L’épi blond, le raisin vermeil !…
Et, seule guerre nécessaire
Faisons la guerre au Capital,
Puisque son Or : soleil du mal,
Ne fait germer que la misère.

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