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Posts Tagged ‘Regrets’

Juillet s’achève… De plus en plus sec et aride au fur et à mesure qu’on avance en saison. Stérile aussi comme l’inspiration lorsqu’elle n’est plus au rendez-vous, ou comme l’envie d’écrire lorsqu’elle fait défaut, évaporée ou dissoute dans la moiteur sidérante d’un été de dupes. Un été qu’on nous annonce toujours plus chaud! Toujours plus risqué aussi, qui porte tous les stigmates annonciateurs d’une barbarie qui, jour après jour, prend un peu plus ses aises, et d’une réflexion qui déserte le champ de la raison.  

Même les prévisions du temps de la veille sont plus effrayantes que celles qu’on a cru réellement vivre. Et, qu’on a peut-être vécu, aveuglés par notre insouciance, nourrie au constat ancestral, apparemment trivial – donc archaïque et consternant aux yeux des experts – qui voudrait que les canicules soient plus fréquentes en été qu’en hiver!  

Peu importe alors les hauteurs réellement observées des colonnes de mercure des thermomètres et des baromètres de jadis! Ceux qu’on se transmettait comme des outils prévisionnels précieux lors des antiques successions et que de nos jours, on abandonne dans une casse! Ce qui compte désormais c’est le temps météorologique numérisé transmis sur nos smartphones à l’endroit précis où les mécanismes de localisation nous ont « bornés ». Si les algorithmes nous affirment qu’il fait exceptionnellement chaud – chaud comme jamais depuis que l’institution météo relève des températures -, si, en outre, on nous le rabâche, l’air faussement affligé, à l’occasion des multiples bulletins des chaînes d’info en continu, on n’a guère d’autre choix que de se soumettre à ce diagnostic sans appel, de s’en convaincre et surtout de le percevoir comme tel! C’est-à-dire comme la vérité! 

Il serait même malvenu de tenter de vérifier la validité d’un calcul, pourtant trop savant pour être honnête, en se contentant d’un outil désormais antédiluvien fonctionnant au mercure et de surcroît « mauvais pour la planète ». Il serait irresponsable, à la limite, schismatique eu égard aux dogmes à la mode, de simplement regarder autour de soi avec ses propres sens et son bon sens, pour in fine battre le rappel de ses nombreux souvenirs des sécheresses d’antan. 

Dorénavant, l’été doit, chaque année, être celui de tous les records de chaleur, et, en plus, d’une chaleur qui nous serait directement et entièrement imputable du fait en particulier de nos comportements délictueux et de notre négligence coupable à l’égard d’une planète qui maintenant se vengerait! 

Notre devoir est donc d’admettre pour vrai et irréfutable, cette présomption de culpabilité qu’on nous assène en permanence dès l’apparition du premier orage estival assorti de grêlons! Ou pire encore du premier orage tropical, surclassé par précaution, comme d’ailleurs la litanie maintenant habituelle des départements placés sous vigilance colorée à la première averse un peu musclée!  

Dans ces conditions et bien d’autres comme celle d’une indiscutable faute qui, en toutes circonstances (météo ou sanitaires), nous colle désormais aux basques, telle un nouveau péché originel, l’inspiration « littéraire » et surtout la motivation du scribouillard finissent par s’émousser! A quoi bon, batifoler avec les mots quand tout semble s’effondrer dans un immense et universel renoncement! Quand tout ce qui était porteur de progrès et de rationalité semble systématiquement bafoué au profit de la promotion de tous les obscurantismes.

Il n’y a plus guère alors comme ultime refuge pour oublier nos faiblesses assénées et nous libérer de l’obsédante angoisse d’être responsables de tous les malheurs du monde, que le recours à la poésie… 

Les poètes qui n’ont jamais succombé au travers de se considérer comme des entremetteurs obligatoires de la qualité de vies qui ne feraient sens que dans la mortification et l’adoration de leur propre personne,  sont les seuls à ne pas transformer des utopies ou des rêveries en d’indigestes et absurdes catéchismes. Jamais ils n’ont prétendu être des missionnaires inspirés et exaltés censés prêcher une absolue vérité,

Personne ne s’étonnera alors que je privilégie les rimailleurs en ces moments de doute existentiel, et que parmi eux, ma préférence aille vers ceux qui ont enchanté mon enfance angevine. Au tout premier rang, il y a Joachim du Bellay (1522-1560), celui du « Petit Liré »…

Photo Internet

Ainsi, cet extrait – parmi mille – des Regrets qu’il fit publier peu de temps avant sa disparition.

Mine de rien, le jeune poète devient philosophe et, avec un soupçon de mélancolie et de sagesse désabusée, remet les choses à leur place : 

Las, où est maintenant ce mépris de fortune? Où est ce cœur vainqueur de toute adversité, cet honnête désir de l’immortalité, et cette honnête flamme au peuple non commune?

Où sont ces doux plaisirs qu’au soir sous la nuit brune, les muses me donnaient alors qu’en liberté, dessus le vert tapis d’un rivage écarté, je les menais danser aux rayons de la lune?

Maintenant la fortune est maîtresse de moi, et mon cœur qui soulait, être maître de soi, est serf de mille maux et regrets qui m’ennuient,

De la postérité, je n’ai plus de souci, cette divine ardeur, je ne l’ai plus aussi, et les Muses de moi comme étranges, s’enfuient

Il n’y a là, nul enseignement, nulle leçon à tirer. Juste un instant d’introspection et de modestie, hors du temps, et de communion intellectuelle avec un de mes « pays » d’Anjou, disparu il y a quatre siècle et demi! 

 

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