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Posts Tagged ‘Pierre Jérôme Pasquier (1773-1829)’

(Suite du billet du 16 août 2018)

Le 26 février 1815 dans la soirée, Napoléon 1er, trompant la vigilance anglaise, quittait l’Île d’Elbe à bord de « L’Insconstant », un brick armé de canons. Il séjournait depuis le 3 mai 1814 dans cette île méditerranéenne, qui lui avait été concédée par le traité de Fontainebleau après la défaite de Leipzig.

L’empereur déchu et exilé rejoignait la France.

Départ de l’île d’Elbe – tableau (1836) de Joseph Beaume

Le 1er mars 1815, il débarquait à Golfe Juan près d’Antibes avec plusieurs centaines de grenadiers, et, entama dès lors, une remontée fulgurante et triomphale vers Paris, recueillant dans chacune des villes traversées des avalanches de ralliements ! Ainsi débuta l’aventure des Cent Jours.

Cette nouvelle ne fut connue de Louis XVIII que cinq jours plus tard et elle ne parviendra en Vendée que le 10 mars 1815… Au début, le roi ne la prit guère au sérieux, estimant qu’il ne s’agissait que d’une escapade sans lendemain de l’ancien empereur, et qu’elle prendrait fin par l’arrestation de l’intéressé au cours d’une opération de simple police. Ou presque!

Néanmoins, par précaution, il mandata le vieux duc de Bourbon, prince de sang, et père de l’infortuné duc d’Enghien, fusillé sur ordre de Napoléon en 1804 dans les fossés du château de Vincennes, pour ranimer la flamme royaliste des chefs survivants des guerres de Vendée et de la Chouannerie et pour les inciter à remobiliser leurs troupes paysannes qui s’étaient spontanément insurgées en 1793…

Parmi ces chefs revenus en Anjou lors de la première Restauration de 1814, figurait le comte Louis-Marie-Antoine-Auguste-Fortuné d’Andigné de La Blanchaye, (1765-1857), ci-devant chevalier de Sainte-Gemmes, plus connu sous le titre de « général d’Andigné ». L’homme était issu d’une vieille famille du Haut-Anjou des environs du Lion d’Angers.

En 1815, âgé de cinquante ans, il portait beau et jouissait d’une réputation justifiée de royaliste intransigeant et de héros de la Chouannerie, au même titre que Georges Cadoudal (1771-1804), Pierre-Mathurin Mercier-la-Vendée (1774-1801) ou Louis de Frotté (1766-1800). Mais ceux-là étaient morts alors qu’il était vivant.

Ses nombreux séjours en prison sous le Directoire et sous l’Empire, ainsi que ses états de service et faits d’armes en faveur du roi en faisaient un personnage incontournable de la Chouannerie en Anjou. Avant la Révolution, officier de la Royale, il avait pris part à la guerre d’indépendance américaine. Puis, il avait émigré au début de la Révolution et s’était engagé dans l’armée des Princes puis dans celle de Condé pour combattre la Convention. Et enfin en 1795, venant d’Angleterre, il avait débarqué en Bretagne pour rejoindre l’armée des Chouans dont il devint rapidement un des principaux chefs.

En 1799, il avait été nommé commandant en second de l’Armée catholique et royale du Bas-Anjou et de Haute Bretagne…

                  Louis d’Andigné – photo internet

Cependant l’homme n’était pas qu’un guerrier idéaliste, c’était aussi un diplomate et un négociateur habile. En 1799, lors d’une courte trêve des combats, il avait même rencontré Bonaparte, alors premier consul qui avait souhaité s’entretenir avec une délégation de chouans à Paris pour tenter de rétablir la paix, notamment religieuse en Vendée et en Bretagne… Mais les deux parties s’étaient montrées inflexibles sur la question de la restauration de la royauté. Le futur Napoléon 1er pouvait la concevoir, mais un peu comme aujourd’hui Emmanuel Macron (avec le panache en plus), à son seul profit.

Les pourparlers échouèrent à instaurer la paix civile du fait des options en présence, irréconciliables et d’Andigné reprit les armes, malgré les propositions alléchantes du Premier consul pour l’avoir à sa botte. Le verbatim de cette entrevue a été retranscrite par d’Andigné lui-même dans ses Mémoires et ça ne manque pas de sel!

Après la disparition de Mercier-la-Vendée en 1801 et surtout de celle de Cadoudal en 1804, Louis d’Andigné était donc l’un des rares chefs, rescapé sain et sauf de la Chouannerie. C’était, en tout cas, le seul encore fringuant sous l’autorité duquel Pierre Jérôme Pasquier (1773-1829) avait servi et combattu jusqu’au moins en 1799 (voir mon billet du 16 août 2018)… 

Mais en 1815, le général d’Andigné n’était guère plus qu’un chef symbolique d’une armée disparue faute d’effectifs. De longue date en effet, les anciens soldats de la Chouannerie de 1799, tous issus du terroir angevin ou breton étaient retournés dans leurs foyers et à leurs activités dans les champs, dans leurs échoppes ou dans leurs boutiques.

Comme beaucoup d’habitants du Haut-Anjou et de la Haute Bretagne, Pierre Jérôme Pasquier s’était « rangé » et avait remisé ses armes. Sans nécessairement renier ses convictions, il s’était finalement assez bien accommodé de l’Empire, qui lui garantissait la liberté du commerce et la paix religieuse…

Dans ces circonstances, le rétablissement ou la défense des Bourbons lui apparaissait sûrement de second ordre parmi ses préoccupations. Depuis la grande guerre, il s’était en outre marié en 1803 et était devenu père de famille. Il est même possible qu’il ait profité de cette accalmie pour restaurer l’unité familiale et se réconcilier avec certains de ses frères aînés plus sensibles que lui aux idées révolutionnaires.

Surtout, comme tous ceux qui avaient risqué leur vie pour le roi depuis 1793, il jugeait probablement sévèrement l’attitude pitoyable et la lâcheté du comte d’Artois – futur Charles X – lors du débarquement de Quiberon et de l’île d’Yeu en 1795… Pendant que lui, Pierre Jérôme et ses compagnons couraient les plus grands dangers, qu’ils étaient en permanence sur le « qui vive », de jour comme de nuit, dormant dans des étables, dans des greniers, le Prince dormait dans des draps brodés, mangeait dans des couverts d’argent et par couardise, avait craint de prendre leur commandement!

On peut donc supposer que c’est avec cet état d’esprit, mêlé de scepticisme sur l’issue probable de cette nouvelle aventure mais aussi avec un soupçon de fierté, que Pierre Jérôme Pasquier, marchand de fil de chanvre et de filasse au Lion d’Angers, reçut le lundi 25 mars 1815, le brevet de « Capitaine d’infanterie » de l’armée royale, signé, la veille, à Pouancé par le général d’Andigné.

Brevet de capitaine d’infanterie – 24 mars 1815 -cliché famille Garnier 

Prit-il pour autant la décision de quitter immédiatement sa femme et ses enfants, pour rejoindre l’état major du général d’Andigné à Pouancé?

Rien n’est moins sûr, car l’ancien capitaine de paroisse n’est plus dans la même situation qu’en 1793. Il a désormais quarante deux ans, il a affronté la mort à de nombreuses reprises et il sait le prix de la vie. .

Au-delà de ces considérations intimes, on peut présumer qu’il doutait, comme la plupart des paysans et habitants des bourgs, de la réussite de cette nouvelle insurrection, et peut-être même de sa nécessité… Car, dans le même temps, les voyageurs, les marchands ambulants et les colporteurs renseignaient la population sur la remontée foudroyante de l’empereur depuis Golfe Juan. Le 20 mars 1815, il était au palais des Tuileries que le roi avait déserté le 19 mars…

Et ce roi Louis XVIII, pour lequel on lui demandait désormais de se battre et de se sacrifier, s’était piteusement réfugié à Gand en Belgique… Quand Pierre Jérôme reçut son « ordre » de mobilisation, il y était même depuis trois ou quatre jours!

Quant au duc de Bourbon, le mandataire royal, après avoir constaté le peu d’enthousiasme des populations de l’Ouest à la cause royale, il préféra quitter la France vers l’Espagne en embarquant aux Sables d’Olonne.

Il restait néanmoins le général d’Andigné, quelques anciens chefs comme le général Charles-Marie d’Autichamp (1770-1859), les frères de Monsieur « Henri » de la Roquejaquelein ainsi qu’une poignée de chouans et de fidèles dans un château des environs de Pouancé…

La situation aurait pu en rester là et l’insurrection royaliste dans l’Ouest aurait fait certainement long feu, si Napoléon, de nouveau investi du pouvoir, ne s’était pas trouvé confronté à ses ennemis autrichiens et anglais qui, de nouveau, menaçaient de franchir les frontières dans le but affiché de le renverser!

Pour faire face aux puissances étrangères qui se liguaient contre lui, il fut contraint de relancer la conscription militaire qui avait enflammé les provinces en 1793, dont, au premier chef, la Vendée, l’Anjou et la Bretagne! Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les paysans excités par les chefs royalistes se révoltèrent, mais dans un mouvement de bien moins grande ampleur que lors de la « guerre des géants »…

Nous sommes désormais fin avril ou début mai 1815, et c’est probablement dans ces moments que Pierre Jérôme Pasquier reprit du service!

S’ensuivirent des escarmouches entre les troupes bonapartistes et royalistes, plus ou moins sanglantes, et des négociations régulièrement avortées, auxquelles la défaite de Waterloo du 18 juin 1815 mit un terme définitif.

Pierre Jérôme participa probablement à la plupart de ces batailles ou échauffourées notamment à celle de Cossé-le-Vivien le 29 mai 1815 dans la Mayenne sous le commandement du général d’Andigné. Ce jour-là, les troupes de la chouannerie, sans munitions suffisantes se dirigeaient vers Château-Gontier, quand elles furent opposées à une unité de l’armée bonapartiste, nombreuse, fortement armée et déterminée. Battant en retraite, les chouans déplorèrent une vingtaine de morts et de nombreux blessés, dont peut-être notre héros …

Rendu à la vie civile après les « Cent Jours », Pierre Jérôme reprit son métier de marchand de fils, de filasse et même, selon certains témoignages, de chevaux…

A son décès en 1829, il était aussi débitant de tabac au Lion d’Angers dans la Grande Rue. Cette fonction assez rémunératrice, qui relevait d’un monopole d’État, était souvent confiée, à l’époque, à d’anciens militaires ou à des personnes ayant  » accompli dans un intérêt public des actes de courage ou de dévouement ».

C’était justement le cas de Pierre Jérôme Pasquier…

Ce critère de bravoure et de fidélité lui avait été confirmé par un acte du roi rédigé aux Tuileries le 17 février 1821.

Reconnaissance du roi pour Pierre Jérôme Pasquier – doc. famille Garnier

Texte du roi

 » Louis par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre,

Sur le compte qui nous a été rendu du dévouement et de la fidélité dont le sieur Pasquier (Pierre) marchand de la commune du Lion d’Angers, département de Maine-et-Loire, nous a donné des preuves en combattant avec valeur dans nos armées royales de l’Ouest;

Voulant témoigner au-dit Sieur Pasquier la satisfaction que nous éprouvons de ses services et lui en donner une marque qui en conserve le souvenir dans sa famille, Nous avons résolu de lui adresser la présente, signée de notre main, comme un gage de notre bienveillance royale…

Donné au château des Tuileries le 11 juillet de l’an de grâce … et de notre Règne

Louis 

Par le Roi,  Le ministre Secrétaire d’Etat de la Guerre, Monsieur de Latour-Maubourg, le 17 février 1821″  

 

Comme le suggérait le vœu royal, ce document exceptionnel ainsi que le brevet de capitaine de 1815, furent effectivement transmis à la descendance de Pierre Jérôme Pasquier. Et ce, par l’intermédiaire d’une de ses filles Narcisse Perrine Pasquier (1816-1872) qui épousa René Garnier au Lion d’Angers… Il sont pieusement conservés actuellement par les arrière arrière petits enfants de Narcisse…

 

Remerciements:

Ce bref rappel historique de la vie et des aventures de Pierre Jérôme Pasquier – mon grand oncle au sixième degré – à la charnière des 18ième et 19ième siècle n’aurait pas pu être réalisé, sans le travail acharné de recherche de Rose L’Angevine – ma correspondante habituelle sur ce blog – qui par le biais, notamment, de Généanet est parvenue à se mettre en rapport avec Yvonne Guinel-Garnier, épouse d’un descendant Garnier, qui a bien voulu nous communiquer une copie des précieux documents, témoignages factuels des faits d’armes de Pierre Jérôme Pasquier pendant les guerres de Vendée et de la Chouannerie.

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D’ordinaire, je n’ouvre un nouveau chapitre de la laborieuse déclinaison de mon histoire familiale, que lorsque mes recherches personnelles, des témoignages jusqu’alors ignorés ou des travaux récents de mes compères traditionnels, m’en fournissent l’occasion…Preuves documentaires à l’appui de préférence !

Dans ces conditions, je pense pouvoir, sans trop trahir, retracer tel ou tel épisode marquant de l’existence d’un personnage avec lequel on me dit apparenté – fût-ce à un degré si élevé que sa présence en serait quasiment indétectable par un œil non averti dans le foisonnement feuillu d’un arbre généalogique au cœur de l’été!

Le plus souvent, les faits relatés sont contemporains d’événements tragiques de la Grande Histoire, dans laquelle mes aïeux ou leurs alliés n’occupent généralement qu’une toute petite place. Au mieux, ils y jouent d’improbables seconds rôles, voire pour leur malheur, celui de victimes innocentes de barbaries collatérales perpétrées au nom d’enjeux qui leur étaient étrangers… Triste fatalité, lot de toutes les révolutions ou insurrections. Cette occurrence fréquente jalonne malheureusement toutes les histoires du monde, l’actuelle ne faisant pas exception!

A cet égard, de la même manière que la première guerre mondiale a « impacté » la quasi-totalité des familles françaises, les guerres de Vendée et de la Chouannerie, qui ont enflammé tout l’Ouest de la France et des pays de Loire à partir du printemps 1793, ont marqué d’une empreinte encore sensible, la plupart des familles paysannes et des habitants des bourgs des régions concernées… En ce qui concerne les « miens », c’est presque un cas d’école que de le constater, bien que je doute de la persistance de cette mémoire, « indélébile » cicatrice, dans les années qui viennent! Elle disparaîtra comme bien d’autres « valeurs » que l’on croyait universelles.

Pour l’heure, me contenterai-je donc de rappeler – fût-ce dans un désert culturel « en marche » – que très nombreux furent les membres de ma famille qui, à un titre ou à un autre, du côté des insurgés « vendéens militaires » ou dans le camp de la Convention républicaine, furent enrôlés de gré ou de force, et toujours à leur détriment, dans les armées en présence. Ils furent parfois entraînés loin de leurs foyers dans ces douloureuses aventures, qui ensanglantèrent les provinces de l’Anjou, du Poitou, le Pays Maraîchin et les marches de Bretagne durant presque deux décennies…

Dans ce contexte, malgré toutes les réserves méthodologiques que je m’impose sur l’authenticité des faits rapportés, je m’autorise de temps en temps, à reconstituer quelques éléments biographiques de personnages de ma parentèle, quitte à imaginer certains chaînons manquants. Bien sûr, je m’efforce d’être convaincant et plausible, en particulier lorsque j’évoque les « exploits » que la tradition familiale essentiellement orale – mais en voie d’extinction – leur prête …

Le cas de Pierre Jérôme Pasquier (1773-1829) est singulier : il échappe pour partie au schéma de principe que je viens d’évoquer, et aux exigences dont je m’encombre avant de passer quelques heures en compagnie d’un de mes héros à pianoter à coups de clics et de « claques » sur mon écritoire électronique…

Beaucoup de questions demeurent à son propos quant à son implication effective et ses responsabilités dans les combats de la Chouannerie sur la rive droite de la Loire et ceux de la Vendée militaire sur la rive gauche. Malgré mes nombreuses tentatives, je ne suis pas parvenu à tout élucider et à lever l’ensemble des incertitudes.

Aussi, ma modeste contribution, ce jour, à la saga familiale à travers les siècles, vise autant à informer mes lecteurs putatifs, qu’à solliciter leur aide éventuelle pour exhumer d’éventuels trouvailles encore enfouies dans des malles oubliées, qui permettraient de préciser des zones d’ombre, persistantes.

Ce qui est certain, à propos de Pierre Jérôme Pasquier, c’est qu’il s’agit bien d’un membre de ma famille, plus précisément d’un mes très anciens grands oncles. Et pas à la mode de Bretagne, un authentique oncle! Je l’avais d’ailleurs identifié comme tel, il y a plus d’une quarantaine d’années, en consultant avec fébrilité les registres paroissiaux de Montreuil-sur-Maine et du Lion d’Angers au 18ième siècle, dans la salle des Archives Départementales du Maine-et-Loire, qui se trouvaient alors à l’angle de la rue Saint-Aubin et du Boulevard Foch à Angers…

AD 49 – 1773 – Montreuil-sur-Maine

A l’époque, ces documents n’étaient pas encore numérisés et il fallait se rendre sur place pour les feuilleter. Mais, en contrepartie, on avait accès aux registres que nos ancêtres avaient signés, on fleurait presque charnellement les péripéties familiales de nos aïeux, on pouvait caresser leur paraphe et sentir les effluves du passé au travers des vieux parchemins. C’était il y a très longtemps. Aujourd’hui, nous ne pouvons guère que dépoussiérer nos écrans !

J’avais noté le nom de Pierre Jérôme Pasquier mais je n’y avais pas prêté attention. Pour moi, il n’était qu’un des nombreux frères cadets de Charles Pasquier (1857-1811), mon aïeul direct au cinquième degré, qui, sous la Révolution, était closier à la Bellauderie, un hameau dépendant de la « paroisse » du Lion d’Angers.

A l’époque, je m’intéressais surtout à mon ascendance directe et cherchait à gravir au plus vite, l’escalier remontant du temps sans trop m’attarder en route… Je ne concevais son écoulement qu’exempt de turbulence et calé en priorité sur mon ascendance. Je me souviens cependant m’être ému du décès de la première femme dudit « papy » Charles, Françoise Lemesle (1770-1796) moins d’un an après la naissance de son premier fils, un autre Charles Pasquier (1795-1832) – lui-même disparu fort jeune – qui incidemment se trouve être l’arrière-grand-père de mon grand-père Marcel Pasquier (1892-1956).

                     Le Lion d’Angers au début du 20ième siècle

A priori, je n’avais donc pas affaire avec Pierre Jérôme ! Il avait par conséquent toutes les chances de passer inaperçu, d’autant que j’avais noté dans les archives paroissiales de Montreuil-sur-Maine, qu’il n’était qu’un des dix-sept enfants, nés entre 1756 et 1776 à la métairie de Charré, d’un couple particulièrement fécond formé par Jean Pasquier (1727-1787) et Renée Prézelin (1731- décédée après 1805). J’avais également observé qu’à peine trois ou quatre de ses frères et sœurs avaient, avec lui-même, concouru ultérieurement à assurer la descendance de la lignée !

J’avais enfin été frappé par le fait que Jean Pasquier, son père, ait très largement précédé son épouse Renée Prézelin dans la tombe: si l’on exclut une action malveillante de celle accablée de grossesses répétitives depuis vingt ans, tentant de calmer les ardeurs conjugales de son éjaculateur prodige par une décoction ciblée de « cerise du diable », on est conduit à suggérer que le mari, disparu trop tôt, est peut-être mort des suites d’une queue d’épidémie de dysenterie qui frappait encore le nord de l’Anjou et le Bas Maine à ce moment-là. A moins qu’il ait été victime d’un accident dans les prairies qu’il exploitait à Montreuil-sur-Maine sur les rives de l’Oudon.

Trente-cinq ans après ces premières « découvertes », fort de l’aubaine de la numérisation de certains dossiers d’archives départementales, j’ai pu jouir du plaisir nostalgique que ne manque pas de susciter la lecture en direct des œuvres du passé, en particulier des « cahiers de doléances »de 1789. Dans mon cas, ceux de Montreuil-sur-Maine et du Lion d’Angers, berceaux de ma famille paternelle. Pour faire bonne mesure, j’ai même cru bon d’adjoindre à ma studieuse lecture, les comptes-rendus scrupuleusement établis par les notaires royaux locaux, des assemblées provinciales précédant les Etats Généraux au printemps 1789. Je n’y ai bien entendu rien détecté de scabreux, mais, à mon grand dam, je n’y ai pas trouvé, non plus, trace de Pierre Jérôme Pasquier ou de son frère Charles, mon aïeul, parmi les signataires des procès-verbaux…

L’affaire était donc, selon moi, conclue : dans cette branche-là de ma famille, sur ce rameau-là de ma parentèle paternelle, il ne fallait pas rêver. Sous réserve de démenti ultérieur, mes aïeux sous la Révolution ne semblaient avoir été des acteurs de premier plan des insurrections vendéennes ou chouannes ! Ce n’était d’ailleurs pas une surprise ni illogique, car, à la différence des Mauges ou des bourgades de la rive gauche de la Loire, le Segréen, le pays lionnais et le Bas Maine, moins soumis aux prêches d’un clergé assez « rétro », campé sur ses privilèges  (genre imans salafistes hallucinés actuels) étaient plutôt favorables à la révolution jacobine et à la République…Et quand ce n’était pas le cas dans les hameaux reculés ravitaillés par les corbeaux, c’est la sorcellerie plutôt que le curé qui prenait le relais du sens.

Sans état d’âme particulier, j’en serais resté là, si, mu par une inexplicable intuition, je n’avais feuilleté, sans but précis ou fil conducteur, le fameux et pharaonique Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, désormais mis en ligne sur Internet, et dont la première édition fut publiée entre 1876 et 1878 par Célestin Port (1828-1901), archiviste départemental. Cet ouvrage monumental couronnait plus de quarante de ses recherches historiques sur l’Anjou au dix neuvième siècle.

Dans cette première édition Pierre Jérôme Pasquier ne figurait pas…

En revanche dans les éditions suivantes, réalisées à partir des données rassemblées, mais non exploitées, faute de temps, par Célestin Port, un article est consacré à Pierre Jérôme Pasquier et c’est une surprise. Il y est écrit qu’il était connu sous le pseudonyme de « Charrette » dans la Chouannerie et qu’il avait été capitaine (de paroisse) au Lion d’Angers entre 1793 et 1800 et pendant les Cent Jours.

Enfin, au nombre des autres informations d’importance, les auteurs signalaient qu’il avait participé à la bataille mythique « du Pont Barré » le 20 septembre 1793 sur le Layon près de Saint-Lambert-du-Lattay ! En ce lieu, une importante unité de l’armée vendéenne, commandée par le chevalier Duhoux avait mis en déroute les divisions républicaines dirigées par le général Duhoux, son parent !

Au-delà de l’anecdote, cette bataille sanglante, à l’issue de laquelle les républicains durent battre en retraite vers les Ponts-de-Cé et Angers, permit de desserrer momentanément l’étau des armées républicaines sur les rebelles vendéens. Elle fit de très nombreux morts de part et d’autre, et de nombreux blessés dont, semble-t-il, Pierre Jérôme Pasquier. Il y aurait contracté sept blessures. Sans doute légères puisqu’il leur survécut et devint père d’une nombreuse famille qu’il éleva grâce à son travail.

Le grand-oncle anonyme devint en quelques lignes un héros de la Vendée Militaire et de la Chouannerie!

Cette histoire – que ne conforte malheureusement aucun autre document aisément consultable – atteste en tout cas que Pierre Jérôme Pasquier était présent dans les troupes vendéennes dès les débuts de l’insurrection. Mais on ignore ses motivations et les circonstances de ce ralliement alors qu’il n’avait qu’il n’était âgé que de vingt ans.

Aucun des ouvrages classiques de référence sur la Vendée Militaire ou la Chouannerie ne mentionne son nom dans les index.

S’il n’est pas permis de douter de la pertinence des données avancées par Célestin Port et ses successeurs, on aimerait cependant disposer des bases documentaires, qui leur ont servi à étayer leur récit.

On aimerait notamment percer l’énigme de son enrôlement dans le corps d’armée du général vendéen Charles Melchior Artus de Bonchamps (1760-1793), probablement aux côtés de son compatriote du Lion d’Angers,  Pierre Mathurin Mercier (1774-1801), plus connu sous le nom de Mercier-La-Vendée. 

Pierre Mathurin Mercier La Vendée

D’un an son cadet, Pierre-Mathurin Mercier-La-Vendée entra en effet en résistance dès le printemps 1793 en s’opposant à la levée des trois cent mille hommes, décrétée par la Convention !

En outre, on aimerait savoir si Pierre Jérôme lui emboîta le pas après le désastre vendéen de Savenay en décembre 1793 lorsque Mercier poursuivit son combat en participant à la Virée de Galerne et, si avec lui, il rejoignit les troupes de Georges Cadoudal (1771-1804).

Était-il en compagnie de Mercier lorsque celui-ci entra en contact avec le duc d’Artois qui le nomma maréchal de camp et chevalier de Saint Louis en 1797 ?

Enfin, est-ce après la mort dans une embuscade de Pierre-Mathurin Mercier devenu La Vendée, le 21 janvier 1801 à la Fontaine-aux-Anges près du village de La Motte dans les actuelles Côtes d’Armor, qu’il rejoignit le Lion d’Angers ?

Ces questions sont à ce jour sans réponse.

En revanche, il est certain qu’il n’y eut qu’un seul Pierre Jérôme Pasquier au Lion d’Angers et que, par conséquent, celui mentionné dans le dictionnaire historique de l’Anjou est le même que notre grand-oncle au sixième degré, exhumé des archives d’état civil paroissial, il y quarante ans!

A ce stade, il est d’ailleurs nécessaire de compléter son état-civil, faute de pouvoir en faire autant avec ses faits d’armes présumés :

Pierre Jérôme est né à Montreuil-sur- Maine le 1er juin 1773. Il se maria au Lion d’Angers le 4ième jour complémentaire de l’an 11 (21 septembre 1803) avec Perrine Jeanne Belloin, avec laquelle il eut neuf enfants.

Pierre Jérôme meurt le 13 mars 1829 au Lion d’Angers, où il tenait un bureau de tabac…

 Que conclure ?

Tout d’abord, on peut penser que Pierre-Mathurin Mercier et « notre » Pierre Jérôme Pasquier se connaissaient avant 1793 et on peut présumer qu’ils sont partis ensemble au combat… Mais, naturellement, ce lien d’amitié, à tout le moins, de connaissance réciproque, préalable à l’insurrection vendéenne n’est qu’une présomption!

Un indice milite cependant en ce sens: un des témoins au mariage de Pierre Jérôme Pasquier s’appelait Pierre Mercier : il était tourneur sur bois, et savait signer ce qui, à l’époque attestait d’un certain niveau d’instruction, dispensé dans la famille de Mercier-La-Vendée. Cousin par alliance de l’épouse de Pierre Jérôme, Perrine Belloin, ce Pierre Mercier était certainement apparenté au père de Pierre-Mathurin Mercier-La-Vendée, aubergiste au Lion d’Angers. Il faudrait, bien sûr,le vérifier, mais si tel était le cas, le lien entre nos deux héros serait en grande partie élucidé.

A son mariage, Pierre Jérôme affiche une profession de marchand de fil et de filasse, qui justifie, a posteriori, les nombreux déplacements dans la province qu’il a du effectuer les années précédentes, et dont il n’a peut-être pas envie de décliner le détail sous le règne de Napoléon 1er.

Mais à son décès, le 13 mars 1829, il est présenté comme débitant de tabac. Ce qui donne à penser qu’il a bénéficié à la Restauration d’une reconnaissance de l’Etat monarchique, pour ses actes de bravoure et pour les services rendus. Mais là encore, aucun dossier relatif à une demande ne semble pourtant avoir été déposé auprès de autorités préfectorales à partir de 1814 pour solliciter une pension ou un privilège…

Alors une part de mystère persiste!

Procréateur sans doute moins prodige que ses parents – et moins précoce – il sera quand même le père de neuf enfants. Tous avec Perrine. Un de ses descendants actuels a-t-il la clé de cette histoire ?

Dernier clin d’œil du destin ; son acte de décès en 1829 comporte la signature de Félix Elie Mercier-La-Vendée (1781-1846), notaire, maire du Lion d’Angers et frère de général chouan !

AD 49

Vive la France !

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