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Posts Tagged ‘Pierre Froger’

Vagabonder dans le temps et l’espace, comme dans une brocante imaginaire. Flâner sans trop se préoccuper de ce qu’on recherche mais en s’émerveillant d’y découvrir, à peu de frais, des trouvailles aussi ignorées qu’essentielles. Telle est l’ambition de ce blog. Je me plais à imaginer qu’il ressemble à ce grenier mythique que nous avons tous à l’esprit, dans lequel au milieu d’un bric-à-brac de vieilleries, dormiraient des trésors oubliés. S’adressant en priorité aux jeunes générations (des années 2000),  je voudrais que chacun, au gré de ses états d’âme y trouve matière à alimenter sa machine à rêver ou encore à révéler une mémoire méconnue d’une histoire toujours présente ! 

 L’idée de ce travail m’est venue, il y a quelques années, à la suite de la lecture d’un merveilleux petit livre, publié en 1950, intitulé « Autrefois chez nous ». Son auteur Pierre Froger, écrivain et éditorialiste au « Courrier de l’Ouest » y évoquait avec beaucoup de sensibilité, certaines figures de son enfance à Pouancé en Anjou au début du 20ième siècle. Ce livre avait le goût d’une journée d’automne, de ces heures inexprimables où il semble que le passé s’installe discrètement à nos côtés. J’avais différé la réalisation de ce travail, faute d’une maitrise suffisante d’un support adapté comme Internet, et surtout, de pouvoir y consacrer un temps suffisant. Il aura fallu qu’un événement brutal survenu le 18 septembre 2009, premier d’une funeste série, me laisse entrevoir l’éventualité d’une fin possible pour transformer ce qui n’était qu’un vague dessein en une sorte de nécessité. Comme s’il fallait transmettre au plus vite aux générations montantes une sorte de patrimoine mémoriel familial. Raconter un peu de ce passé collectif et intime qui a contribué à nous façonner, souvent à notre insu. S’efforcer avant qu’elles ne disparaissent, d’en identifier les traces encore visibles et de léguer quelques clés de ce monde disparu qui nous a porté, pour mieux comprendre ce que nous sommes. Ainsi ce blog sera constitué de récits un peu décousus exhumés au hasard de ma fantaisie et de ma mémoire. C’est un pari. 

 Il doit donc être regardé comme un des rares avantages de l’infarctus dont je fus victime, qui, me rappelant la fragilité de l’existence, m’a fourni la motivation indispensable pour poursuivre cette prospection identitaire. Il m’en a également donné le loisir en me contraignant à quelque repos forcé, et surtout en plaçant au second plan d’autres pseudo-priorités qui se sont trouvées reléguées au rang d’accessoires ! Un autre élément important fut une réflexion de mon père,Maurice Pasquier, qui constatait un peu désabusé que les rangs de ceux qui se souviennent que le Lion d’Angers fut un des berceaux de la famille, s’éclaircissent irrémédiablement.   

Encore fallait-il cerner le sujet sans se contraindre dans des limites trop strictes, ou s’enfermer dans une conception trop exiguë de cette histoire. En effet, le concept même de famille est difficile à circonscrire. Chacun en cultive sa propre une idée et peut, à juste titre, se revendiquer d’appartenir à plusieurs. Mon propos est simplement de rendre compte de ma propre vision de « notre famille » sur les quelques générations qui nous ont précédés. D’autres, en particulier, mes sœurs, Marie-Brigitte, et Françoise pourront, s’il a lieu, corriger ou compléter mes propos. S’agissant de ma sœur Louisette, elle n’aura malheureusement plus le loisir de le faire car le destin a voulu qu’elle décède le 7 juillet 2010. De contributrice potentielle elle deviendra sujet …Forcément, sa mort a infléchi ma démarche sans la remettre en cause. Il est évident par exemple que les souvenirs consacrés à notre grand-mère maternelle avec laquelle elle entretint des relations complexes en dépit de ressemblances troublantes, aurait gagné en relief si Louisette avait pu y apporter ses commentaires. 

 Je m’appuierai en les intégrant, sur les témoignages rédigés par mon père Maurice Pasquier, par mon oncle Albert Turbelier ou par ma cousine Marie Thérèse Gallard, la généalogiste de la famille, qui sur des modes différents ont conçu un projet analogue au mien et complémentaire. Ainsi, le fil rouge de ce blog est de convier le lecteur à une sorte de balade familiale au siècle dernier, avec une certaine préférence pour l’Anjou, ma province, en tout cas, celle que je connais le mieux. Chemin faisant, je ne me priverai pas de déborder les frontières spatio-temporelles que je me suis fixées. En outre, je ne m’interdis pas d’évoquer certains sujets d’actualités et des personnages alliés ou amis, comme on l’aurait fait au 6 bis rue de Messine dans les années 60.

Deux des personnages importants parmi les plus fréquemment évoqués sont d’ailleurs nés à la fin du 19ième siècle hors de l’Anjou : ma grand-mère maternelle Adrienne Venault  a en effet vu le jour en Poitou en 1894 et Marcel Pasquier, mon grand-père paternel en Thiérache en 1892. Dans leur comportement comme dans leurs valeurs, on mesurera que ce sont bien des personnages d’un monde révolu. Sans nuance, l’une pourrait être qualifiée de « plutôt » conservatrice, et l’autre à l’inverse, de « plutôt » progressiste. Mais cette classification est à bien des égards, trompeuse, car elle s’appuie sur des références devenues aujourd’hui obsolètes. En outre, le traumatisme que subirent l’un et l’autre au cours des deux guerres mondiales, a certainement et profondément ébranlé leurs certitudes d’antan. Ces deux personnalités ont marqué la famille de leur empreinte, au moins symboliquement. L’une et l’autre n’ayant probablement pas révélé la totalité de leurs ressorts intimes.

 La guerre de 1914-1918 a mobilisé nombre des nôtres comme dans toutes les familles françaises. J’ai pensé juste, tant ce drame fut déterminant, presque structurant, pour les décennies qui suivirent, que quelques billets soient consacrés à ces poilus des familles Pasquier, Venault, Turbelier, Cailletreau et autres. Il s’agira d’abord de les recenser car leur souvenir s’estompe mais aussi de leur rendre hommage à partir des éléments biographiques ou bibliographiques dont nous disposons. Pour certains, plus proches par la filiation ou pour lesquels les données sont abondantes, un texte particulier leur est dédié. 

Notre balade nous conduira probablement en des lieux que je qualifierai de fondateurs, et dont mon père redoutait qu’ils fussent oubliés : je pense à Montjean-sur-Loire, au Lion d’Angers, aux quartiers ou aux rues d’Angers comme le quartier de La Madeleine, de Saint Léonard, les rues de Messine, Desmazières, de la Madeleine, le centre Saint Gabriel, l’école Saint Augustin…Des sites enfin seront évoqués: Bouchemaine, La Pointe au confluent de la Maine et de la Loire, la Roche de Mûrs-Erigné et l’église « vendéenne » de Saint Florent Le Vieil. Sans exclure d’autres provinces plus éloignées comme le Périgord Noir ou des villes comme Vervins dans l’Aisne,… Des endroits que le temps et les événements ont remodelés et qui servirent de terreaux à ce petit monde familial. Des lieux qui témoignent des bouleversements industriels, ruraux et citadins du 20ième siècle, dans lesquels nos parents ont parfois frôlé la grande histoire. Seulement frôlé ! Car en dépit de la variété de leurs professions, de leurs convictions politiques ou religieuses et leurs statuts sociaux, tous n’étaient finalement que de petites gens. 

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