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Posts Tagged ‘Omar Khayyam’

Les tombes des gars de Charlie Hebdo assassinés par des djihadistes « islamo-nazis » – comme les qualifie avec beaucoup de pertinence le député Malek Boutih – sont à peine refermées, que déjà les « exégètes » patentés de la pensée divine, relais médiatiquement choyés de la « bien-pensance », de toutes les obédiences, leurs crachent dessus.

Même Papy François est de la partie. Du haut de sa calotte pontificale, en goguette dans le ciel des Philippines, c’est tout juste s’il concédait hier que « tuer au nom de Dieu est une aberration » – juste une aberration, pas vraiment un crime ! – et il s’empressait d’ajouter à l’adresse de ceux qui osent encore ironiser sur le « sacré », « qu’on ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision »… De la sorte, la papauté – mine de rien et sans trop froisser sa soutane – a rejoint le camp de ceux qui estiment que « certains usages de la liberté d’expression sont offensants (Le Monde du 16 janvier 2015)…

Finalement, selon eux, les journaleux et dessinateurs de Charlie Hebdo l’auraient bien cherché ! D’accord, tous ces braves gens veulent bien « être Charlie » car c’est dans l’air du temps, mais un « Charlie aseptisé », dénaturé et sans saveur, qui se contenterait de faire des blagues à la Toto, en s’autorisant juste à jeter des confettis sur les soutanes ou les niqabs, mais en s’interdisant de regarder en dessous…

Le nouveau crédo est d’éviter à tout prix de « stigmatiser » les croyants et de procéder à des amalgames, en passant sous silence que la principale confusion provient précisément de l’instrumentalisation actuelle des religions par le terrorisme international…Le phénomène n’est pas récent mais son ampleur est sans précédent, servie par les moyens technologiques inconnus autrefois.

L’hymne à la Liberté poussé, le 11 janvier 2015, par des millions de personnes en France et dans le Monde est en voie d’être estompé, et le si touchant unanimisme de façade auquel certains tyrans s’étaient ralliés sur le pavé parisien, commence à sérieusement s’effriter.

L’important ne semble plus désormais de refuser l’insoutenable fascisme religieux, mais de ne pas choquer les fidèles qui en sont les prisonniers et les prosélytes innocents. A l’inverse, on notera que personne ne se formalise du traumatisme subi par ceux, accrochés au radeau en dérive des Lumières, qui doivent supporter quotidiennement la propagande politico-religieuse de superstitions qui imposent leurs discours, leurs comportements publics et leurs rythmes…Personne ne s’inquiète de la sidération imposée à ceux qui soudainement voient remises en cause les heures de gloire de leur Histoire et de la République, et qui, pire encore, constatent que des théories scientifiques validées par des décennies de recherche méthodique sont contestées par des diktats religieux, qui progressivement cherchent à contaminer les programmes scolaires et parfois y parviennent: c’est le cas, entre autres, de la théorie de l’évolution des espèces de Darwin.

C’est dans ce contexte délétère que les « docteurs des églises » – les « pharisiens » des temps modernes – considèrent que la page de couverture du « Charlie Hebdo » du 14 janvier est vraiment « trop » provocante, alors même d’ailleurs qu’elle ne fait que suggérer sans nommer quiconque!

Les nouveaux amis de Charlie qui s’étaient « miraculeusement » convertis à la liberté d’expression et de pensée, font fi que ce « numéro » a été conçu par les rescapés du massacre, qui ont encore à l’esprit la vision ensanglantée de leurs potes agonisant. Ces faux amis de circonstance ont vite repris leurs marques liberticides et intolérantes, en interdisant la diffusion du journal dans une grande partie du Moyen Orient, de l’Afrique du Nord et de l’Afrique sub-saharienne. Pour faire bonne mesure, des manifestations outragées ont été suscitées un peu partout dans ces régions, pour protester contre cette « une » prétendument offensante et blasphématoire…

Le comble du cynisme est atteint lorsque des religieux européens et la hiérarchie vaticane, réputés raisonnables font crédit à ces protestations savamment orchestrées en regrettant que la rédaction décimée du journal satirique n’ait toujours pas compris, qu’il ne fallait pas aborder le sacré avec désinvolture et en ricanant. Il en faudrait peu pour que ces « maitres à penser » proposent que le blasphème et l’outrance deviennent des délits pénaux.

Aucun, en tout cas, ne s’incline devant l’exceptionnel courage de ces journalistes et dessinateurs, survivants de la tragédie, qui persistent à caricaturer la bêtise, au péril de leur propre sécurité. Et ce, pour défendre notre Liberté. Aussi, avons-nous la responsabilité de les protéger, sans jouer les chochottes. « Nous sommes Charlie » : un point, c’est tout. Hésiter, tergiverser, c’est ouvrir la voie à la barbarie…L’urgence est en effet de ne pas se tromper de victime, car l’outrance mortifère n’a qu’un seul camp, celui des ennemis des « Droits de l’Homme » et des défenseurs de libertés.

Omar Khayyam, poète, mathématicien et oenologue

Omar Khayyam, poète, mathématicien et oenologue

Face à cette furie de l’intolérance, la lecture du poète et mathématicien musulman Omar Khayyâm (1048-1131) est plus que jamais nécessaire ! Son œuvre – comme celle d’autres illustres penseurs de l’Islam, comme le médecin philosophe Avicenne (980-1037) ou le néoplatonicien et musicien Al-Fârâbî (872-950), témoigne de l’humanité et des authentiques valeurs de la culture islamique. Valeurs qui sont les nôtres, car communes à tous les humains, qui ne désirent finalement rien d’autre que de vivre en paix ensemble, en jouissant de la beauté de la nature.

Omar Khayyâm, de son vrai nom Aboul Fath Omar Ibn Ibrahim fut sans conteste un des plus grands savants du Moyen Age, mathématicien, géomètre et astronome, célèbre dans tout l’Orient. Mais il fut aussi philosophe et poète. Un poète ouvert au monde, un poète de la douceur et du plaisir de vivre, qui, sans jamais renier ses convictions religieuses, s’insurgeait avec humour contre tous les sectarismes et fondamentalismes.

Ses « Robaïyat », petits poèmes – quatrains – souvent coquins et même parfois insolents, comptent parmi « les chefs d’œuvre de tous les temps » selon Jean Rullier un de ses derniers traducteurs. Leur lecture non seulement se savoure avec délectation, mais réconcilie avec le monde, en ces temps de violence aveugle et imbécile…C’est donc en citant trois d’entre eux, symboles de réconciliation heureuse avec la vie, que je souhaite conclure ce billet :

« Nul ne sait rien de sa naissance, De sa mort, nul ne sait le jour …Pour oublier tant d’ignorance, Il n’est que l’ivresse et l’amour ! »

« Les savants, sache-le, ne t’apporteront rien. Les longs cils d’une femme aux battements agiles, T’apprendront le bonheur…Las, rien n’est plus fragile ! Qui peut te consoler, alors sinon le vin ?

Et enfin, parmi quelques deux-cent autres quatrains, antidotes à la violence, cette dernière citation, comme gage de sa confiance dans la vie, là où d’autres ne préconisent que la mort :

«Il faut vivre et aimer sous la céleste sphère, Et savourer le jus de la treille avant tout ! Terrien agis en homme habitant sur la terre, Non comme si déjà tu habitais dessous ».

Il faut absolument lire et apprendre Omar Khayyâm, lui dédier des écoles et baptiser en son nom des places dans nos banlieues et dans nos villes. Figure de proue de l’humanisme musulman, c’est-à-dire de la culture universelle, il ne déparerait pas aux côtés des boulevards Voltaire, Montaigne ou Diderot, ou encore Nelson Mandela ou Martin Luther King.

 

PS: Pour en savoir plus sur cet immense savant musulman trop méconnu, lire:

Edition "Le cherche midi" septembre 2000

Edition « Le cherche midi » septembre 2000

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