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La magie de Noël, c’est la lumière... C’est celle du sapin qui, dans la nuit, se reflète à l’infini sur les vitres de la véranda et dans les yeux des enfants.

C’est cette lumière qui illumine l’espace et donne la mesure du temps qui passe… Celle de l’insaisissable présent mais aussi des promesses d’un avenir possible. A Noël, la lumière scintillante des bougies électriques et des boules évoque surtout les souvenirs délicieusement mélancoliques de notre enfance.

Mais la lumière est bien plus extraordinaire et mystérieuse encore…

Au-delà de nos rêves les plus débridés et les plus étincelants, la lumière nous accompagne depuis l’origine du monde … Elle est même probablement la principale trace initiale de cet univers primordial dont ne nous sommes que les derniers avatars en date et en lice. Quoique!

Les spéculations de tous ordres sur sa nature (corpusculaire/ondulatoire ou sur sa vitesse dans un vide « à peu près vide ») ont alimenté depuis toujours nos questionnements sur la réalité objective du monde et elles furent à la base de toutes les révolutions conceptuelles échafaudées par les savants pour comprendre et interpréter l’univers!

Et ce, depuis, la plus haute antiquité jusqu’à la « période historique » contemporaine, où de purs génies comme Nicolas Copernic (1473-1543), Galilée (1564-1642), Isaac Newton (1643-1727) et enfin James Clerk Maxwell (1831-1879), Albert Einstein (1879-1955) et tant d’autres, écrivirent de nouveaux et resplendissants chapitres de l’histoire du monde en galopant joyeusement sur des rais flamboyants de lumière…

Beaucoup de charlatans et d’escrocs se sont, au passage infiltrés, prétendant détenir une vérité absolue et simpliste sur la « Lumière du monde ». Ces récits furent peut-être nécessaires pour surmonter notre angoisse du néant et notre peur du vide. Pour donner un prétendu sens à ce qu’on ne comprenait pas. On en veut néanmoins à ces bonimenteurs qui firent de nous leurs esclaves, en muselant et en anesthésiant notre intelligence et en promettant, en contrepartie, la « lune » éternelle. Beaucoup ont tué, massacré les récalcitrants au nom de leurs chimères et ils continuent de faire des dégâts, y compris sur les esprits, en imposant un obscurantisme stérilisant sans rapport avec une quelconque approche raisonnée de la lumière.

Mais, faute de nous avoir révélé quoi que ce soit sur l’essence et la quintessence de la lumière, on leur sait gré de l’avoir apprivoisée dans des cathédrales, des mosquées, des synagogues et de splendides temples qu’ils ont construits à leur propre gloire, où la décomposition spectrale des rayons du soleil  canalisés, tamisés et transfigurés par des vitraux, colore et donne vie à la pierre en lui ouvrant la fenêtre sur l’éternité. Ou sur rien, ou sur si peu!

J’ai dans l’idée, malgré tout, que cette Histoire de la Lumière n’en est pas à son dernier épisode. Je pense même, au vu des travaux fondamentaux conduits actuellement qu’elle n’en est qu’à ses prolégomènes.

La Nativité christique – notre prétexte du jour – n’apparaît dans ce contexte que comme un joli conte, incarnant symboliquement, parmi mille autres possibilités, cette soif ardente et inextinguible de l’humanité d’élucider le mystère de la lumière !

Fiat Lux!

Faire du solstice d’hiver un événement festif alors que les nuits trop longues nous cassent le moral et que le soleil – faiblement éclairant et médiocrement chauffant – se défausse, fut certainement une très riche idée de nos plus lointains ancêtres…

Riche désormais, des dindes farcies, des foies gras ou des poulardes aux cèpes. Riche des vins fins – d’Anjou en ce qui me concerne – qu’on s’autorise à boire sans modération, au cours d’un réveillon réparateur de Noël!

Riche enfin des cadeaux d’un père Noël dont l’existence est avérée jusqu’à au moins l’âge de six ans sonnant. Mais un père Noël dont la réalité bienveillante réside précisément dans son invisibilité… comme une lumière qu’on ne verrait pas ! De cette lumière « noire » ou  » invisible sans être noire » dont l’existence ne fait plus aucun doute. Elle est même aussi présente que celle que l’on perçoit avec nos sens.

Ph. création AP diffusée sans autorisation du sapin. « Lumière et obscurité ». 

Pour l’heure, je souhaite, avec toute la sincérité encore accessible à un vieux cynique, un excellent et joyeux Noël, à tous ceux et celles, qui ont bien voulu m’accorder l’insigne honneur et le redoutable privilège de s’intéresser à mes petites balades buissonnières, un tantinet intrusives dans leur vie et dans celle de nos anciens… qui ne demandaient rien et n’en tirent aucun avantage.

A tous ceux et celles qui, parfois, prennent la peine d’apporter un commentaire aux petites historiettes que je m’efforce naïvement de leur faire partager, j’adresse une remerciement reconnaissant, car c’est grâce à eux que j’ai persisté dans mon entreprise. Je les prie au passage de m’excuser si certaines de mes foucades ont pu les blesser ou les choquer: je sais d’ailleurs qu’ils s’en remettront.

Je les remercie aussi pour les précisions qu’ils m’ont apportées et qui souvent s’imposaient. Elles éclairent de leur propre regard, les faits relatés dans mes articles et leur confère une perspective inattendue et enrichissante.

Ce vœu d’un Noël heureux est destiné également – et même en priorité – aux plus anciens et plus anciennes d’entre nous et aux plus solitaires! Plus généralement, à tous ceux, qui n’auront pas la chance d’être entourés de l’affection des leurs, de festoyer ou de réveillonner pendant cette nuit de tous les miracles! En principe, cette nuit n’est en effet réussie que si elle est illuminée par la présence de ceux qu’on aime, rituellement rassemblés autour de soi et du sapin décoré.

Du fond du cœur, on voudrait donc qu’elle soit festive pour tous -au moins par la pensée – surtout après une année dont on peut dire, sans prendre parti – même si j’ai une petite idée sur les causes probables –  qu’elle fut complexe pour la plupart et parfois pénible et douloureuse pour certains!

Elle ne fut certes pas « rose » pour tout le monde.

Raison de plus pour profiter sans retenue de cette parenthèse de bonheur!

Reflets, diffractions et réflexions

 

PS : L’année 2019 fut une année prolifique en matière de publications de « vulgarisation » sur les théories structurant la pensée scientifique, notamment sur la lumière. La plupart de ces ouvrages sont abordables car les auteurs traitent ces questions en faisant l’économie de leurs développements mathématiques. Ça demande malgré tout un petit effort de concentration…Mais quelle jouissance! 

Beaucoup d’auteurs sont étrangers, mais il y a quelques français. Je n’en citerai qu’un, Etienne Klein, philosophe des sciences et physicien qui a publié en septembre 2019 un petit ouvrage assez décoiffant aux éditions Actes Sud  » Ce qui est sans être tout à fait » 

Un beau voyage plein de surprises au pays de la lumière et de tout ce qui va avec!  

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Au début des années soixante du siècle dernier, messieurs Brun et Dabin, deux de nos mythiques profs – en l’occurrence d’allemand – au Lycée David d’Angers d’Angers, n’usaient pas de circonvolutions ampoulées voire d’hypocrites circonlocutions à la manière de notre « moderne » ministre de l’éducation nationale pour évoquer Noël… Ils disaient tout simplement Noël pour parler de Noël, mais en allemand:  » Weihnachten » ! Comme tout un chacun…

C’était une époque où l’on osait encore appeler « un chat », un chat, et prononcer le mot « Noël » sans encourir l’accusation suprême de xénophobie. La notion de laïcité n’était pas tiraillée dans tous les sens. Elle n’était pas encore à géométrie variable pour servir des intérêts partisans. On pouvait parler de coutumes ancestrales sans se demander si, par là, on ne « stigmatisait » pas ceux qui croient en un autre ciel que celui des chrétiens…On pouvait même se gausser sans complexe des superstitions en tous genres ou développer des phobies antireligieuses sans être immédiatement taxé de raciste et craindre les foudres de la bien-pensance…

Mais, on a beau être mécréant et laïc jusqu’au bout des orteils – et c’est mon cas – Noël n’est pas qu’une « belle fête » ordinaire pour reprendre la ridicule mais « prudente » expression euphémique de la ministre au sourire carnassier, c’est d’abord l’expression d’une tradition fortement ancrée dans l’histoire de notre pays et de l’Europe.

sapin

Y a pas de loup! C’est en fait la métaphore christianisée d’une promesse de renouveau de la nature après le solstice d’hiver alors que la lumière se fait naturellement rare. Noël au fond ce n’est peut-être rien d’autre qu’un élément de culture liée à notre environnement, dont l’importance ne se mesure vraiment que dans les zones climatiques où les saisons se différencient clairement. Mais c’est aussi l’incarnation d’un modèle de civilisation qui rend grâce à l’esprit de famille, et qui place l’homme et la femme, dotés de droits imprescriptibles au centre de l’Histoire. Autant de facteurs explicatifs qui d’ailleurs ne sont sûrement pas indépendants entre eux.

Il serait par conséquent dommage de devoir y renoncer au nom d’une sorte d’œcuménisme attrape-tout, faussement moralisant et souvent culpabilisant, dont on perçoit bien les limites et dont on sait qu’il peut parfois nous conduire à la barbarie. Peu importe que le mythe de Noël en tant que tel soit nié par naïveté, ingénuité incongrue ou myopie coupable de la ministre, voire par sectarisme provocateur ou bêtement par inculture, la promotion par effet de miroir d’une contre-culture moyenâgeuse par une responsable politique est dangereuse. Dans le cas d’espèce, c’est même carrément irresponsable pour qui veut « rassembler », car la banalisation/disparition de Noël dans des vocables génériques sans mémoire et sans contenu, porte atteinte de facto à notre roman national et européen ainsi qu’aux rites laïcs ou confessionnels qui le structurent depuis la nuit des temps! Roman constitutif d’une Nation, contre lequel, il est vrai, l’ambitieuse jeune femme s’insurge régulièrement! A tort, évidemment.

Pourtant, c’est précisément au nom de cette conception humaniste de l’Europe et de notre histoire, à laquelle l’ouverture d’esprit de nos profs d’allemand d’autrefois nous a permis d’accéder , que mon ultime billet d’avant réveillon 2016 est dédié aux Noëls de tradition allemande!

A cette Allemagne d’Hansel et Gretel, de l’intelligence, des lumières et de la sensibilité, qui, sans qu’on en prenne conscience, a influencé notre imaginaire enfantin et entretenu subtilement, la légende de nos propres veillées et réveillons familiaux…

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Moins de vingt ans après les crimes du nazisme, nos profs d’allemands nous enseignaient les arcanes complexes de la langue allemande en nous faisant entonner dans la langue de Goethe ou de Heine, des chants traditionnels comme « Stille Nacht, Heilige Nacht » ou encore « Oh Tannebaum« ! Mais, dans le même temps, ils nous faisaient aussi découvrir les grands poètes et philosophes germaniques, au travers des textes commentés de la collection « Deutschland » de L. Bodevin et P. Isler « pour l’enseignement du second degré »

Voilà l’Allemagne que nous aimons, celle délivrée des démons nazis et du joug soviétique, réunifiée en 1990, celle des collines romantiques de la Rhénanie-Palatinat jusqu’aux landes et forêts du Brandebourg, celle du Danube bavarois au septentrional Schleswig-Holstein ou à la Poméranie…Celle enfin d’Emmanuel Kant (1724-1804) et de sa critique de la raison pure. C’est cette Allemagne de la culture et de la diversité, qui vient d’être frappée par la sauvagerie islamiste en plein cœur de Berlin, près de l’église du Souvenir !

Et, c’est avec cette Allemagne là, généreuse et meurtrie, que nous voulons fêter Noël! Et avec laquelle nous sommes solidaires.

Mieux qu’un long développement, on se contentera, quelques décennies après les avoir étudiées en classe, de citer, en hommage aux victimes berlinoises et à leurs familles qui, plus jamais, ne fêterons Noël joyeusement, quelques lignes d’ambiance de l’écrivain et poète allemand Hans Theodor Woldsen Storm (1817-1888) :

Théodore Storm (1870)

     Théodore Storm (1870)

« Endlich ertönt der Klang der silbernen Glocke. Wir stürzen die Treppe hinunter, die Flügeltüren fliegen auf, wir treten ein, jung und alt. Ein starker Duft von Tannen, brennenden Lichtern und braunen Weihnachtskuchen schlägt uns entgegen – und da steht er, der brennende Baum, im vollen Lichterglanz…

Mein Bruder ...

Mein Bruder setzt sich ans Klavier und stimmt leise an: « Stille Nacht, heilige Nacht.Wir singen alle mit » stimmen ein. Das Weihnachtslied ist verklungen, wir stehen um den Baum und lassen die Wunder der Weihnacht still auf uns wirken. Vater führt, wie immer, unsere Mutter zuerst zu ihren Gaben, die geheimnisvoll umhüllt sind. » 

« Enfin, le son de la cloche d’argent retentit. Nous nous précipitons dans les escaliers, les portes doubles volent, nous entrons, jeunes et vieux. Une forte odeur de pins, de bougies allumées et d’un brun gâteau de Noël nous frappe – et là, se tient l’arbre brûlant, en pleine flambée de lumière….

….Mon frère est assis au piano et entonne doucement: « Douce Nuit, Sainte Nuit ». Nous chantons avec lui. La chanson de Noël terminée, nous nous regroupons autour de l’arbre et laissons opérer la magie de la nuit de Noël. Notre père, les bras autour de notre mère, nous conduit vers leurs cadeaux pleins de mystère… »

Voilà ce qu’on entend généralement par Noël dans la tradition occidentale et qui demeure notre repère au cœur de l’hiver, en dépit du temps qui passe…Et j’ai fait l’impasse sur la crèche et la « messe de minuit ». Disons que je m’en suis dispensé! Faut pas exagérer, tout de même.

Joyeux Noël à tous, et notamment, à ceux qui, épisodiquement, m’honorent de leur intérêt pour mes modestes divagations oniriques!

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Pour peu que les ans accumulés pèsent sur nos épaules, il est de rigueur d’évoquer ce jour et avec une petite larme à l’œil, les « Noël » de notre enfance !

Au « 6 bis rue de Messine » à Angers, dans les années cinquante ou soixante du siècle dernier, la crèche était toujours érigée, dans les deux ou trois jours précédant la Nativité ! Réalisée avec du « papier rocher » froissé, elle était installée sur une table dans un coin de la salle à manger, et ressemblait à une sorte de grotte de Lourdes décorée, transformée pour la circonstance en une étable encombrée. Conformément aux « Saintes Écritures », elle était systématiquement surmontée d’une étoile en alu, censée être la plus brillante. En fait, l’étoile des mages était plutôt placée à la cime du sapin mitoyen.

Plus visible, elle cohabitait avec des étoiles plus petites accrochées en dégradé sur les branches du sapin, en alternance avec des boules de verre scintillantes et des guirlandes…En affleurement, à même la roche qui surplombait la crèche, un croissant de lune également en alu – fabriqué par notre père à l’usine – complétait le tableau. Au début, il n’y avait pas de torsades électriques lumineuses…Et le croissant de lune n’attestait pas avant l’heure d’une forme d’œcuménisme complaisant avec une autre religion…

Enfin, pour finaliser le décor de Noël, on ajoutait un peu de coton hydrophile pour figurer la neige, quelques mottes de mousse et des branches de houx récupérées sur les chemins du côté de Saint-Gabriel. Et, chaque année, la scène était rituellement renouvelée, presque à l’identique…« Presque » mais avec de sensibles variantes, d’un exercice à l’autre, notamment dans le placement des personnages qui se dirigeaient en colonne vers le nouveau-né. Lequel n’était déposé dans son berceau de fortune qu’au milieu de la fameuse « Heilige Nacht » !

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Au gré des humeurs, tel pasteur privilégié une année avec sa brebis sur son dos, pouvait ainsi se retrouver en queue de peloton l’année suivante, étant entendu que le maître d’œuvre principal de cette réalisation scénique était toujours notre père. Avec le temps cependant, les enfants entendaient faire entendre leur point de vue ! Et ils le firent…

Dans tous les cas, l’exécution de la crèche et la décoration de l’arbre de Noël constituaient « en soi » une fête. Une fête avant la fête ! D’autant que chacun savait que ce préambule ludique annonçait bien d’autres plaisirs, en particulier la distribution de jouets par l’entremise du Père Noël ou du « Petit Jésus » dans la nuit du 24 au 25 décembre !

Dans les familles chrétiennes de l’Ouest de la France – singulièrement dans l’Anjou très croyante – la question du convoyage des cadeaux jusqu’au seuil de la crèche fut toujours considérée comme une énigme délicate, et sa réponse demeurera à jamais floue. Qui en effet du Père Noël ou du Petit Jésus, devait tenir le premier rôle ?  L’implication du « Petit Jésus », le héros du jour, apparaissait a priori naturelle mais, a contrario, on voyait mal – même avec des yeux d’enfants imprégnés de merveilleux – comment le petit bébé de la crèche, pouvait, tout juste né et dans sa nudité virginale, patrouiller toute une nuit à travers un univers glacé pour distribuer des cadeaux en s’introduisant dans les maisons par les conduits de cheminée. Et ce, pour récompenser des enfants sages dont il ignorait l’existence quelques heures auparavant!

Hormis ce mystère de la pénétration chez l’habitant qui ne fut jamais franchement élucidé et qui nourrit depuis toujours la réflexion philosophique et métaphysique (voire biologique) – l’hypothèse du Père Noël chenu et barbu dans un chariot volant tiré par des rennes semblait plus réaliste mais suscitait manifestement une certaine réticence cléricale, car le bonhomme n’existait que dans des légendes nordiques et, en tout cas, ne figurait dans aucun des Testaments des religions monothéistes ! Comme Saint Nicolas du reste.

Conformément à sa pratique depuis l’aube de la chrétienté, l’Eglise catholique, apostolique et romaine, sous couvert de compassion charitable à l’égard de pauvres pécheurs doutant de la révélation divine, préféra le silence et l’ambiguïté à l’injonction dogmatique! Mais elle n’en pensait pas moins, et ça se savait! Un peu comme actuellement, où elle suggère fortement plus qu’elle n’impose sa conception anachronique de la contraception, de la liberté de la femme, de l’avortement ou du mariage homosexuel. Habileté jésuitique?

De nos jours, le Père Noël semble cependant avoir pris une longueur d’avance sur son traîneau. Mais déjà, certains se demandent si le vieux monsieur à la barbe blanche, emmitouflé dans sa houppelande rouge, qui traverse en frissonnant d’immenses contrées enneigées, résistera, en l’état, au réchauffement climatique !

La crèche de mes parents offrait en outre une étrange singularité : elle comprenait deux vierges sagement agenouillées – prosternées – près de la mangeoire à bestiaux remplie de paille, qui servait de couffin à un Petit Jésus joufflu mais dénudé, brassant l’air de ses petites jambes et de ses bras potelés ! Bizarre tout de même! Deux vierges pour un seul nouveau-né, qui au lieu de le vêtir, s’en remettent à un bœuf et un âne pour le réchauffer. Et un seul Saint Joseph, qui n’est pas le géniteur ! Vêtu comme il était probablement d’usage en Palestine sous l’empereur Auguste, et poilu comme il sied, le brave homme semblait résigné face à cette situation incongrue, par lui incontrôlable…

Les deux vierges et l'enfant

Les deux vierges et l’enfant

Avec le recul des années, j’imagine qu’il réfléchissait à la manière d’affiner un statut qui n’était guère confortable de concubin consentant pour éviter de passer éternellement pour le cocu de l’histoire ! Disons qu’il a plutôt bien réussi dans son entreprise car il s’est vu offrir une place enviable au royaume céleste, et dans notre bas monde, personne n’y a trouvé à redire ! Chacun estime en effet normal qu’un pauvre charpentier de Nazareth glorifie l’Esprit Saint pour avoir « visité » et fécondé sa fiancée par une belle nuit de printemps ! Personne ne commettrait l’insigne sacrilège de penser que sa crédulité ait été abusée ou que par naïveté, il ait pris des vessies pour des lanternes ! Encore moins par intérêt proxénète! Outre une foi de charbonnier chevillée au corps, Saint Joseph présentait sûrement une grande ouverture d’esprit : c’est tout.

Tout n’est cependant pas mystère ! Si la crèche de mes parents était dotée de deux vierges, alors qu’une seule, en principe, suffit pour l’immaculée conception, c’est que la plus ancienne des deux, en quelque sorte la « réformée », était héritée de la crèche de mes grands-parents! L’époque n’étant pas au consumérisme dispendieux, on la gardait comme une relique! Pour autant, cette « ancienne » vierge ne s’était pas dévergondée : un peu rabougrie et fripée, elle ferait même figure de symbole en cette année 2015, car habillée comme une nonne d’une longue robe et d’un voile bleu et blanc, elle ressemblait étonnamment à la toute nouvelle « Sainte Mère Téréza » ! Avec le recul, on se félicite qu’elle ne fut dans cette scène familiale, que le mulet de la parturiente, car, en dépit des prestigieuses aptitudes de la religieuse albanaise de Calcutta à surmonter l’impossible, on la conçoit difficilement « dégrafant son corsage » pour donner la tétée à son petit ! Pas sûr que les « gâs » du village auraient été là…là, là, là.

Ce n’était pas le seul personnage présent rescapé des temps anciens : des bergers et des moutons, repérables à leur petite taille et aux peintures flétries, manifestement éreintés par des décennies d’errance, venaient aussi présenter leurs hommages au divin nouveau-né !

Ainsi se déroulèrent les Noël de mon enfance, festifs, joyeux et magiques…En famille!

Jusqu’au jour, où un autre barbu, philosophe oublié et décrié, dessilla ma vision du monde!  » La religion est l’opium du peuple » prétendait Karl Marx en 1843.

Au vu de l’histoire bimillénaire de l’humanité et de celle encore observée quotidiennement, il apparaît que cette formule n’était pas sans fondement… Sa démonstration est même patente! En lieu et place des réponses espérées à la question spirituelle et légitime du sens de la vie et de la transcendance, les religions – particulièrement les monothéistes – ne sont parvenues au cours de leur histoire qu’à produire du non-sens et de la violence! Sous couvert de dogmes, de mystères, de miracles et de promesses dans un au-delà d’opérette, elles n’ont su qu’asservir l’homme sans le libérer de ses angoisses… La science dont ce n’est pas la mission, les a rattrapées, et bien au-delà (si j’ose dire)!

Ainsi, pendant longtemps, j’ai oublié – à bon droit – la beauté et la magie de la nativité christique qui avait bercé ma jeunesse.

Si je reviens à la tradition dorénavant, ce n’est pas pour partager une croyance ingénue, mais c’est sous un angle identitaire afin de préserver un des éléments de notre culture qui a servi de terreau à la plupart de mes réflexions ultérieures. Je n’y reviens pas, du fait d’une merveilleuse révélation qui serait venu éclairer mon « âme » de mécréant assumé sur le chemin de Damas, mais comme un aspect important et nécessaire  de la défense d’une civilisation que je crois en péril, bousculée par la présence obsédante, agressive et ostentatoire d’une religion importée, qui n’a pas su se séculariser et dont les principes sont, à mes yeux, antinomiques de la conception d’une société ouverte, fondée sur l’égalité des personnes, des sexes et des droits pour tous, et sur la liberté d’opinion et de conscience pour tous!

Je reviens enfin vers cette mythique crèche, parce que les contes de Noël – comme la Nativité – ouvrant la porte au rêve, ont toujours amusé les enfants et que cette fête les concerne en priorité! Ainsi, je suis passé – contraint par la conjoncture – de l’indifférence nostalgique à la défense en ligne des crèches de Noël, présentement attaquées de toutes parts au nom d’une laïcité incomprise, instrumentalisée par des confessions sectaires qui cherchent à s’imposer.

Noel 2015

Merci à l’auteur inconnu de ce dessin

Appartenant en outre à une génération, celle du baby-boom, qui croyait au progrès continu des idées ainsi qu’à celui des sciences et des techniques, et qui fut biberonnée aux aventures de Tintin et Milou, de Bob Morane, de Tanguy et Laverdure ou autres Spirou,  j’aime assez l’idée de transformer la crèche de la Nativité en une plateforme fédératrice de toutes ces influences qui ont forgé nos personnalités et notre savoir-vivre commun  …La fête de Noël devenant, ainsi un des marqueurs identitaires d’une société laïque, mais qui globalement se reconnait dans la tradition d’une société paysanne qui s’était appropriée la crèche de Bethléem, sans s’obliger à croire au ciel… Ciel dont beaucoup pensent – et j’en suis – qu’il est vide! Vide surtout de l’espoir détourné par des petits mecs enturbannés, qui s’obligent à rêver qu’après la mort, la vie serait meilleure!

Bonne fête de Noël à tous – ou presque.

 

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Mes plus fidèles visiteurs du soir, et les lecteurs de mes chroniques penseront peut-être que je radote. Il est possible que certains aillent jusqu’à m’attribuer une sorte de penchant obsessionnel pour le « solstice d’hiver », en observant – non sans motif – que déjà l’an dernier, j’avais déjà abordé cette question…J’espère cependant qu’ils conviendront que c’est présentement sous un angle différent. En effet, il ne s’agit plus désormais de caler mon propos sur l’anniversaire de la naissance d’un lointain ancêtre, maître coutelier châtelleraudais, mais de m’intéresser plus spécifiquement au phénomène physique et à sa signification.

Auparavant, je n’avais pas cru bon préciser la définition – d’ailleurs conventionnelle – de ce fameux « solstice d’hiver », phénomène fondamentalement inconnu du plus grand nombre, et que, pourtant, les hommes fêtent avec constance chaque année depuis la nuit des temps…

Depuis toujours, le solstice d’hiver est perçu comme le début de la reconquête du jour sur la nuit à l’aube de l’hiver. C’est donc le jour de l’année où la nuit est la plus longue et la durée d’ensoleillement théorique la plus courte. Dans l’hémisphère nord, ce phénomène se produit autour du 20 ou 21 décembre.

En général, on s’en tient là en termes d’explications scientifique ou astrophysiques. Ça suffit d’ailleurs largement pour se réjouir de cette « renaissance » de la lumière, car s’il y a bien un invariant jubilatoire auquel l’espèce humaine semble adhérer sans restriction depuis l’homme de Cro-Magnon jusqu’à l’Homo Sapiens, c’est la satisfaction de voir les jours  » rallonger » après une interminable phase de décroissance! Perceptible depuis la fin des vacances d’été!

Du plus rustre des hominidés – sans doute peu enclin à la réflexion existentielle – jusqu’au plus abouti des abrutis modernes, qui, en toutes circonstances, tapotent avec fébrilité des SMS sur leurs smartphones, tout le monde apprécie qu’à un moment précis de l’année, la nuit dominatrice en rabatte et commence à perdre du terrain sur le jour…

Même les religions – du moins celles qui ne font pas de l’obscurantisme moyenâgeux le fondement de leur révélation – ont vu le parti qu’elles pouvaient tirer de cette heureuse conjoncture. Elles se sont engouffrées dans ce renouveau annoncé de la lumière pour y voir la réincarnation de leur divinité. Et une occasion de l’honorer dans l’allégresse! Disent-elles! Bien joué ! Une tradition que déjà les druides celtiques avaient faite leur.

Du coup, devant un tel unanimisme, les indécrottables mécréants dans mon genre auraient mauvaise grâce à dédaigner les fêtes en l’honneur du dieu solaire, de nouveau dominateur et conquérant, et à bouder les agapes qui vont avec. Y compris, celles organisées par les croyants au beau milieu de cette « Heilige Nacht »de la Nativité christique. De même, ils se réjouissent à la vue de leurs petits-enfants s’agiter tout heureux autour d’un « Tannenbaum » enguirlandé !  Et comme tous, ils sacrifient à la tradition des jouets chinois achetés sur Internet ou dans les grandes surfaces de gadgets spécialisés pour enfants sages. De préférence en bois, en oubliant que les bas prix pratiqués correspondent à l’injuste contrepartie de l’esclavage enfantin dans l’Empire du Milieu…

On attend donc avec impatience le solstice d’hiver et les jours de fête qui l’entourent.

Mais l’explication scientifique de cet événement, dont chacun peut aisément observer les effets, est relativement complexe. Evidemment, il n’est pas dans mon propos ici d’entrer dans le détail. On se contentera juste de souligner que les  solstices – d’hiver et d’été – comme d’ailleurs les équinoxes sont liés à la position relative du plan de l’orbite de la terre (plan de l’écliptique) gravitant en un an autour du soleil  et celle du plan équatorial de la terre, laquelle – c’est bien connu – fait sa révolution en une journée autour d’un axe « oblique » par rapport au plan de l’écliptique.

La combinaison de ces mouvements implique qu’à chaque jour de l’année, la position « apparente » du soleil, vu de la terre est différente.  On conçoit aisément que cette vision dite « géocentique » ou anthropocentrique sera la nôtre – es qualité de terrien – car elle est conforme et cohérente avec notre perception du monde. Mais, on doit aussi admettre qu’elle est relative et qu’une autre vision devrait être possible en prenant beaucoup plus de recul, c’est-à-dire, en analysant la trajectoire de la terre à partir d’un siège qu’on aurait installé sur le soleil. Au risque, bien sûr, de se les chauffer gravement.

Cette relativisation nous rendrait raisonnable et nous conduirait à cette définition désormais classique du « solstice d’hiver », qui figure presque à l‘identique dans tous les dictionnaires des sciences : « Le solstice d’hiver est un événement astronomique qui se produit lorsque la position apparente du Soleil vu de la Terre atteint son extrême septentrional (boréal) en fonction du plan de l’équateur céleste ou terrestre ». Dur, dur!

Le terme important de la phrase précédente est la qualité « apparente », affectant la position du soleil. Il montre que cette nuit qui se prolonge et qui descend sur nous aux environs de 18 heures dans les jours précédant le solstice d’hiver, ne rend pas compte d’une réalité absolue, mais simplement de notre positionnement sur une pseudo sphère inclinée d’environ 23°, qui tourne sur elle-même en 24 heures, dans le même temps où elle gravite autour de son étoile en 365 jours et des broutilles…

Ça rend forcement modeste ! Sauf les religieux qui dans l’histoire du monde n’ont jamais su voir au-delà de leurs livres prétendument sacrés, et qui ont toujours cherché à coller de « l’universel divin » là où un Galilée n’observait qu’une illusion d’optique… Ils ont failli le brûler. Alors il s’est heureusement rétracté… »Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente… » chantait le grand Georges.

Et pourtant elle tourne !

De même, moi, j’aime bien les sapins décorés et les rues illuminées à Noël. J’aime aussi les crèches dans les églises. Seulement dans les églises en principe! Mais si d’aventure, quelqu’un, par provocation ou pour répondre au souhait de ses administrés en place une dans une mairie : je ne m’en soucie guère… Disons que je m’en moque car l’affaire ne me concerne pas, surtout lorsque j’observe que les effarouchés – pas souvent vierges – qui se disent révulsés par cette « attaque indigne contre la laïcité » sont précisément ceux qui passent leur temps à étaler leurs superstitions liberticides et anachroniques sur l’espace public …En outre, que ça plaise ou non, que ça « stigmatise » ou non les intolérants venus d’ailleurs, il faut bien convenir, même s’il est de bon ton de le taire aujourd’hui, que la civilisation européenne puise pour l’essentiel sa spécificité dans une tradition judéo-chrétienne millénaire. Même les impies militants et fiers de l’être – dont je suis – apprécient que Notre-Dame de Paris ne soit pas (encore) Sainte Sophie!

Alors, chers visiteurs et visiteuses, je vous souhaite un Joyeux Noël 2014 … avec ou sans crèche, mais avec une bonne « bouffe » et … un père Noël généreux! Avec des enfants heureux.

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Photo de sapin « piqué » sur Internet: le miracle de Noël

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