Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘naissance’

Il y a sept ans, j’inaugurais ce blog avec un article intitulé  » Ma nuit du 4 août ».

Nuit symbolique s’il en fut, qui, en 1789 mit fin aux privilèges féodaux et ouvrit la porte à des temps nouveaux, ceux des Droits de l’Homme, des valeurs de l’humanisme et de l’apprentissage de la démocratie! Ceux de l’abolition de l’esclavage au 19ième siècle.

Cette mutation d’une société régie par une monarchie injuste et discriminatoire, vers une République inspirée par les principes de liberté, d’égalité et de fraternité ne s’est toutefois pas réalisée sans à-coup ou sans régressions liberticides et meurtières… La tragédie fut souvent au rendez-vous …

Néanmoins, en dépit des dramatiques soubresauts de l’histoire, la notion de progrès semblait faire sens et c’est une des raisons pour laquelle, j’indiquais dans mon premier billet du 4 août 2011 que mon projet était de contribuer, modestement mais avec détermination, à préserver ce qui était à ma portée, à savoir « mon » patrimoine mémoriel familial et à assurer sa transmission. Mon propos était de le faire revivre au profit des générations qui nous suivent, sans nostalgie excessive et sans l’imposer à quiconque.

J’estimais à l’époque que mon nouveau statut de retraité était une aubaine pour jouer ce rôle de médiateur ou de passeur de mémoire, que je m’étais attribué. Histoire d’évoquer un passé qui avait bercé mon enfance et dont j’estimais, non sans motif, qu’il était fondateur de ce que nous sommes devenus. Cette « louable » intention subsiste en partie malgré les nombreux aléas familiaux, qui ont parsemé mon ouvrage durant cette période. Singulièrement au cours de l’année écoulée, éprouvante à de nombreux égards…

La finalité du blog demeure donc, même si elle a évolué. Il se trouve en effet que je n’accorde plus la même définition à ce patrimoine mémoriel intime, et que je n’y attache peut-être plus la même importance qu’autrefois, à l’aune d’un passé récent et au regard des perspectives d’un avenir devenu quasiment indécodable… Par ailleurs la notion moderne de « devoir de mémoire » à connotation essentiellement idéologique a en quelque sorte « ringardisé » nos souvenirs, parfois en instruisant d’absurdes et anachroniques procès à l’encontre d’aïeux accusés d’avoir contrevenu, malgré eux et en toute innocence, à l’humanisme et aux principes anticolonialistes d’un vingtième siècle paradoxal et tragique!

On ne peut reprocher à Lucrèce du « Natura Rerum », le visionnaire de l’atomisme au premier siècle de notre ère, d’avoir « négligé » l’interaction nucléaire forte ou faible…

Cette tendance ridicule et mortifère à la repentance généralisée s’est accélérée durant la dernière décennie pour répondre à des enjeux sociétaux dictés par les circonstances et mis en oeuvre par des politiques opportunistes. Faut-il, pour autant, taire et fouler au passage des traditions qui faisaient la fierté de nos aïeux?

Si l’on ajoute à ce tableau que beaucoup d’événements ou d’épreuves heureuses ou malheureuses personnelles ont transformé mon environnement proche, on comprend mieux que mon ingénu projet initial ait été amendé. Ainsi, à mon corps défendant et un peu à mon détriment, je me suis douloureusement déniaisé à propos de l’unité familiale et de la chaleur fraternelle du cocon tant vanté par nos parents. Mon regard sur la mythique et illusoire transmission intergénérationnelle, s’est, ipso facto, modifié! Liquéfié pour respecter l’esprit et l’air du temps…

Tout bouge, comme le suggérait Montaigne (1533-1592) dans ses Essais.

J’aime ses mots;  » Le monde n’est qu’une branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse, la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’Egypte; et du branle public et du leur. La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant ».

Ce mouvement perpétuel qui agite la matière sans épargner nos sens, modifie tout, y compris notre rapport au temps et, par la force des choses, tout ce qui est soumis à cette turbulence spatio-temporelle de notre perception. Tout y passe: de nos émotions jusqu’à nos sentiments qu’on croyait éternels et qui se fracassent lorsqu’ils sont confrontés à la dure réalité des égoïsmes provinciaux ou des rancœurs individuelles.

Après un septennat d’écriture besogneuse, le « temps », complice incontournable et moteur de mes premiers billets ne semble plus s’écouler si harmonieusement que je le suggérais jadis, à partir d’un passé lointain supposé serein vers un avenir linéaire dont nous serions les promoteurs, les acteurs et les réalisateurs… Un avenir à propos duquel nous exprimions collectivement le souhait contradictoire mais rassurant, qu’il soit, à la fois, inattendu et surprenant, mais aussi prévisible dans la félicité qu’il était censé nous assurer, grâce aux acquis de l’histoire et aux avancées scientifiques et sociétales…Comme si l’homme avait profondément changé depuis Cromagnon et que ses mœurs s’étaient adoucies.

De la sorte, ce blog avait été initialement conçu à partir d’une vision bienveillante du temps, dont j’usais sans complexe comme d’un référentiel absolu pour mes petites narrations. Tel était donc le temps dans lequel s’inscrivaient tout naturellement les vies échues que je m’attachais alors à réanimer.

Désormais, ce déterminisme historique d’une marche vers un progrès continu, est passé de mode, et nous n’accordons plus de places privilégiées à nos propres existences dans un univers qui défie désormais toute forme d’entendement anthropocentriste.

En fait, rien ne démontre que le temps existe en soi et que le principal dessein du passé était de nous enfanter et de faire de nous le modèle abouti de l’évolution…Et s’il tel est le cas, force serait alors d’admettre que je suis sûrement le seul inventeur des multiples dimensions temporelles, dans lesquelles je traque inlassablement les « braves » gens, sujets de mes historiettes.

Personne ne sait au juste si ces ancêtres ressuscités au hasard des recherches dans les registres d’état-civil d’autrefois, occupaient réellement la place symbolique, que je leur réserve aujourd’hui dans les hautes ramures de nos arbres généalogiques…

Je sais désormais que ce qui prime c’est la complexité! C’est d’ailleurs cette complexité souvent erratique et en mouvement perpétuel, qui interdit toute forme de sanctuarisation des récits qu’on s’efforce de rédiger pour incarner ceux qui nous ont précédés. Mais c’est aussi, dans ce discours labyrinthique, trop compliqué pour être honnête, qu’on apprend à apprivoiser l’illusion de vivre et qu’on se convainc que toute tentative qui se fixerait pour challenge d’accéder à la quintessence des êtres, est vouée à l’échec.

Pourtant, on continue d’imaginer la vie des personnes dont nous sommes les héritiers, et à travers les quelques pages qu’on leur consacre, de retrouver un peu de nous-mêmes! Leur vérité intime nous sera cependant à jamais inaccessible. Dans ces conditions, autant sourire de nos vains efforts, plutôt que de s’en lamenter.

L’expérience quotidienne nous montre avec férocité que les relations humaines, y compris les plus revendiquées et sincères inclinations ou affections d’antan, que l’on croyait durablement établies, disparaissent comme panache de fumée au moindre souffle de traverse.

C’est vers Montaigne – entre autres – et ses Essais qu’il faut alors se tourner pour retrouver un peu de cette sérénité ou de cette sagesse épicurienne, qui nous fait tant défaut au fur et à mesure que l’âge nous rappelle avec insistance que tout est relatif et fini… La règle serait que le non sens fait sens et qu’ils sont indissociables!

Il faut beaucoup de lucidité et une certaine dose de résignation, pour se convaincre, non sans difficulté mais avec sidération, que d’aucuns que l’on considérait hier comme des frères s’éloignent avec agressivité ou mépris des sentiers que l’on parcourait ensemble autrefois! Il est douloureux de découvrir que le rejet subi n’est que la conséquence d’une longue fermentation haineuse jusqu’alors réprimée par l’apparence des convenances domestiques. L’hostilité s’exprime avec violence quand les digues de la bienséance et du familialement correct n’ont plus lieu de faire barrage.

C’est de tout cela, dont j’aurais aimer m’entretenir avec Montaigne… Lui qui, en s’étudiant longuement et méthodiquement, a su si bien décrire la condition humaine et touché du doigt l’universalité de sa médiocrité!

C’est d’ailleurs ce que je m’apprêtais à faire au cours de cet été 2018, lorsque je découvris dans une librairie sarladaise, un petit livre récemment publié d’Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, qui invitait ses lecteurs à déambuler dans l’oeuvre et la pensée de Montaigne!

Le fait que cette invitation au vagabondage philosophique dans un cerveau aussi bien fait que celui de Michel Eyquem de Montaigne me soit adressée à quelques toises de la maison natale de son ami Etienne de la Boétie (1530-1563) me semblait constituer un signe! Même pour un esprit rationnel, la pensée magique prime souvent sur la Raison ..

Allez savoir pourquoi!

Le péché est véniel quand il s’agit de faire triompher la Raison…

Bref, j’allais m’y mettre quand, du fin fond de la banlieue francilienne, un SMS m’annonça la naissance, le même jour, de Lou, ma première petite-fille et la troisième de mes petits-enfants!

Et le monde a subitement changé de perspective! Là encore, comme par magie, la lumière fut, éclairant un paysage de renouveau, qui, pour une fois depuis longtemps, se drapait dans une réalité tangible donc indiscutable…

Tout se passa alors comme si les semestres d’épreuves diverses s’effaçaient de nos mémoires… Comme si la renaissance de la philosophie que je recherchais dans l’oeuvre de Montaigne, était toute entière incarnée dans ce petit berceau en plastique transparent de la maternité de Clamart.

Comme si Lou que je découvris deux jours plus tard, était l’élément essentiel et substantiel attendu pour revigorer ce vieux monde qui semblait s’effondrer, épuisé sous nos yeux depuis des années … Comme si la vie retrouvait son sens originel et son ascendant par le biais de cette toute petite fille! Comme si l’histoire de l’évolution des espèces depuis des millions d’années, mais aussi, plus prosaïquement, la mienne, était toute entière, mentionnée dans ce petit être, qui pour l’heure se contentait de signifier à sa maman qu’elle avait faim! Comme si Lou nous donnait enfin de nombreuses raisons de ne plus désespérer de Billancourt!

Comment ne pas imaginer alors, qu’à travers elle, ne s’expriment pas de nouveau, tous ceux que j’avais si promptement enterrés quelques lignes plus haut, quelques jours plus tôt : tous ces gens venus du fond des âges, les pêcheurs de Bretagne, les fileuses de Thiérache, les bateliers et batelières de la Loire, les petites aristocrates poitevines des 17 et 18ième siècle, les trieuses de charbon de la Basse Loire, les cordelières et les ouvrières du chanvre, les forgerons du Périgord, la garde barrière de la Compagnie Paris Orléans et son mari poseur de voies, les femmes libérées de la Commune de Paris…et toutes les princesses ignorées de nos mémoires?

Lou est, en même temps, la  Cendrillon, la Blanche Neige et le Chaperon Rouge de nos légendes, mais aussi l’image de la modernité d’une jeune femme, libre, indépendante, volontaire, conquérante et généreuse, qu’on projette nécessairement pour elle. Pour l’heure, elle nous fait retrouver le plaisir du rêve éveillé, celui de notre enfance, de notre jeunesse et de nos utopies, celles auxquelles on pensait renoncer dans le silence quasi-mystique de la lecture philosophique.

Elle redonne des couleurs au lendemain et de la consistance à la transmission non contraignante de nos valeurs. Elle nous rappelle enfin qu’au delà de la métaphysique, notre chemin s’éclaircit et notre mission, à notre mesure et à notre place, est de participer à la construction d’un avenir à la hauteur de ce qu’elle est en droit d’attendre pour, à son tour, perpétuer le mouvement de la vie…

A nous de lui transmettre le relais sans rien rogner de sa liberté d’être!

Beau programme qui efface les déceptions et les peines du passé. C’est elle désormais l’héritière de notre vieux monde et de nos espoirs. Elle pourra les transformer à sa guise! Du moins, espérons-le!

Finalement la journée du 4 août sera désormais pour moi, celle des privilèges! L’espérance retrouvée est en effet le premier des privilèges.

Read Full Post »

Vendredi 26 août 2016, alors que les premières lueurs de l’aube commençaient à peine poindre sur la banlieue parisienne, inaugurant une nouvelle journée de canicule, le monde entier est devenu la « maison d’Adam » … On attendait cette nouvelle depuis un certain temps, mais, comme toujours en pareille circonstance, nous fûmes surpris lorsque le « postillon de Longjumeau » nous apprit que c’est ce jour, dès potron-minet, qu’a finalement choisi Adam, fils de Julien F. et de Dyita S. pour jeter un premier regard interrogatif sur ce nouvel univers qu’il est désormais en charge d’explorer! Et qu’il a poussé un premier cri, dont on ne saura sans doute jamais si c’était pour se réjouir ou pour protester!

Ce faisant, il devenait le vingt-deuxième arrière-petit enfant d’Adrienne Turbelier et de Maurice Pasquier – mes parents – deux « héros » de ce blog – parfois « à l’insu de leur plein gré » – et fournisseurs intarissables d’anecdotes sur l’Anjou du vingtième siècle…

Par sa grand-mère paternelle, ma sœur Marie-Brigitte, le petit Adam, au prénom très œcuménique, redonne un nouveau souffle à quelques radicelles familiales issues des terroirs de l’Anjou, de la Basse Bretagne et du Poitou… Par son défunt et regretté grand-père paternel José, c’est la Sicile d’Archimède qui pointe le bout de son nez… Et par sa maman, c’est l’Afrique, le continent des origines humaines, celui de Lucy, qui se fait entendre!

Les angevins de la famille – dont je suis – lui souhaitent en tout cas, autant de longévité et de bonheur que le biblique « premier » homme, qui a osé faire un bras d’honneur à son créateur! Et autant de vies différentes que la plus vieille demeure à colombage d’Angers – la maison d’Adam ou de l’arbre de vie – qui depuis la fin du quinzième siècle accueille tour à tour des gens d’église, des artisans, des artistes et même, dans un passé pas si lointain, un jeune étudiant romantique, échevelé et amoureux, qui me ressemblait comme un frère!

Maison d'Adam à Angers

Maison d’Adam à Angers

Autant dire qu’avec de telles ascendances et de « bonnes fées » – sans oublier l’effronté Tricouillard qui s’agrippe en façade de l’honorable maison angevine – le petit Adam, comme le légendaire patriarche homonyme est richement doté pour affronter l’avenir et faire souche…Personne ne doute qu’il incarne déjà le citoyen français du futur, à la fois fidèle au projet des Lumières et à l’héritage de ces hommes qui, à l’issue de longues migrations à travers les continents et les siècles, s’arrêtèrent ici à l’extrême pointe de l’Eurasie! Et y prospérèrent…

Tricouillard

                Tricouillard

Adam est le 1887ième inscrit sur mon logiciel de généalogie…On est cependant loin du compte. Pour être complet, il faudrait juste en ajouter quelques dizaines de milliards pour les quelques millions d’années qui nous précèdent! Pour lui, comme pour tous, et pour l’essentiel, les mêmes! Malgré tout, Adam saura que sur une toute petite branche familiale angevino-poitevine de son arbre de vie, certains de ses aïeux de la treizième génération sont identifiés jusqu’à la fin du seizième siècle! Je lui présenterai le moment venu…

 

PS: L’année 2016 est prolifique pour les arrière-petits-enfants de Maurice et d’Adrienne:  Samson B. un autre petit garçon de cette lignée est né le 11 juillet 2016 à Nantes. Il avait lui même avait pris le relais de Jeanne B. une autre petite cousine, née à Nancy le 8 avril 2016…On prétend dans les chaumières, que l’exercice annuel ne serait pas clos!

 

 

Read Full Post »

Ce 14 mai 2012 sera à jamais historique : c’est le jour que tu as choisi, petite Louise, pour naitre à Nancy, ville de culture multiséculaire, qui honore toujours son bon roi Stanislas Leszczynski, artiste et philosophe.  Fille d’Amandine et d’Olivier, tu vois le jour au petit matin d’une journée de printemps ensoleillée, un peu fraiche sans doute – selon la météo – mais d’une douceur vivifiante. Les timides rafales d’un faible Baslerwind plus alsacien que lorrain troublent à peine les frondaisons du parc de la Pépinière ou les arbres du jardin du Montet, comme si cette bise venue d’Allemagne s’invitait discrètement à la fête, pour simplement saluer ta venue et rappeler l’origine germanique de ton prénom. Comme si les éléments s’associaient pour effacer toute ombre d’un passé douloureux, immédiat ou lointain, et signifier que ta seule présence consacre la victoire de la vie. Et c’est la joie, sans retenue ni réserve! Ce fut immédiatement une certitude – m’a-t-on dit – lorsque, à peine ton premier cri poussé, mue par une sorte d’irrépressible force vitale, tu t’es mise à téter avidement le sein de ta maman. Heureux présage que cette soif de vivre qui s’est manifestée dès ton premier souffle !

Bonjour Louise de Lorraine.

Le paradoxe que je ne m’explique pas, c’est qu’à l’annonce de ta naissance, c’est l’image d’une autre Louise qui s’est imposée à moi : « la Reine Louise » ou encore « Louise de Prusse ». Comme si l’étrange évocation de la courageuse princesse de Mecklembourg-Strelitz (1776-1810), te dotait comme par enchantement  de tous les atouts de sa beauté, de sa sensibilité et de son intelligence pour affronter le monde. Son intrépidité à tenir tête à Napoléon 1er au faîte de sa gloire et de sa puissance, et sa popularité continuent de hanter les galeries du château de Charlottenburg à Berlin, deux siècles après sa disparition… Et, encore aujourd’hui, on ne compte plus les amoureux transis qui viennent fleurir son mausolée… Puisses-tu, petite Louise de Lorraine, lui tenir en tous points la dragée haute, sans épouser son malheureux destin !

Bien sûr, cette image de la belle prussienne fut très rapidement balayée par celle de l’angevine, celle que, par pudeur, je n’ai pas voulu citer d’emblée, ma sœur Louisette (1952-2010), ta grand-mère maternelle, disparue, il y a, à peine deux ans. Je présume qu’en te donnant ce prénom inspiré, tes parents ont souhaité rendre l’hommage qu’elle mérite, à celle sans laquelle tu n’existerais pas. Celle qui rêvait déjà de toi, bien avant que l’idée qui t’a portée n’ait été elle-même conçue. Sans te connaître, elle t’avait si ardemment souhaitée, et même tant choyée par anticipation au tréfonds de son être. Tu étais sa raison de vivre avec tes cousines et futurs cousins. Mais toi particulièrement, la fille de sa fille !  Tes parents ont certainement voulu lui adresser ce clin d’œil filial au-delà du temps et des ténèbres. Clin d’oeil dont ton grand-père Rino ne fut certainement pas insensible, pas plus que tes oncles et tantes. Mais, ce faisant, il ne s’agit pas seulement de manifester son attachement à une chère disparue, comme un tribut consenti à sa mémoire, et dont tu ne serais que le pieux alibi. Cette seule motivation serait pourtant honorable et respectable, et à cet égard, rien ne justifierait qu’on fasse la fine bouche : l’absence définitive d’un être cher – surtout de sa mère – légitime toute tentative d’affirmation d’une renaissance au travers de la génération montante. Mais, je pense qu’en l’espèce, ton prénom – presque le sien – fait sens. Il s’impose comme une référence ou un symbole de ce que fut Louisette, ta grand-mère, complexe et généreuse, tourmentée et entreprenante, accueillante et originale, désintéressée et artiste… Je présume que ce choix qui ne doit rien au hasard n’est pas destiné à te rappeler sans cesse un passé dépassé, figé dans de confortables et stériles certitudes et peuplé de pensées nostalgiques. Il doit te servir de solide et dynamique ancrage dans une tradition familiale que tu pourras revendiquer sans complexe et qui te permettra en toutes cironstances, d’affronter l’avenir avec détermination.  Ce rappel discret à une grand-mère foudroyée alors qu’elle avait encore tant d’expériences à vivre et d’amour à donner ne doit donc pas être interprété comme une donnée d’un passé paralysant ou oppressant mais, comme une source d’inspiration, une sorte de tremplin pour poursuivre l’aventure humaine. Et ce, en prolongement de celle qui l’avait si merveilleusement illustrée et dont tu portes une partie des gènes.

Présente, elle t’aurait sûrement guidée, conseillée, aimée. Mais elle t’aurait surtout incitée à rêver puis à réaliser toi-même ton propre destin. Elle t’aurait encouragée à prendre des initiatives dans le respect de tes semblables, sans jamais entraver ta liberté d’être et de penser : tel est l’héritage de Louisette – de Louison, comme je l’appelais autrefois. Son absence ne fait rien à l’affaire. Militante de l’émancipation humaine, c’est donc une bonne fée qui se penche sur ton berceau et non le fantôme pesant d’une sombre aïeule ressuscitée… « Ce qui compte disait-elle, ce n’est pas la fortune qu’on accumule, mais la richesse des relations qu’on sait tisser avec les autres ». Ce message demeure d’une criante actualité…

Finalement, c’est une sacrée chance de s’appeler « Louise », petite Louise !

D’autres, bien sûr, ont illustré ce prénom….Ainsi, la grande amie d’Adrienne Venault-Turbelier, la grand-mère de Louisette ! Louise et Adrienne s’étaient connues vers 1917 à Angers alors qu’elles étaient domestiques chez Madame Lafourcade rue Desjardins. Ce qui est remarquable, c’est que cette amitié ne s’est jamais démentie et qu’elle se prolongea, en dépit des aléas, pendant près de soixante ans. De même la « tante Louise » (1869-1954) soeur célibataire d’une de tes arrière-arrière- arrière- grands-mères!  

En fait, plusieurs de tes aieules ont été prénommées ainsi, et il n’est pas impossible que ces lointaines – voire très lointaines ascendances aient influencé les choix présents, sans que ceux qui les ont formulé en aient nécessairement une conscience claire, à l’image de ces phénomènes épigénétiques dont on fait grand cas aujourd’hui. Louisette ne portait-elle pas ce prénom en souvenir de son grand-père Louis, décédé peu de temps avant sa naissance !  Et ce grand-père ne s’appelait-il pas ainsi en souvenir de Louise Desvignes (1792-1863) sa propre arrière-grand-mère paternelle, dont le père mort sous la Révolution était batelier de la Loire ? Qui peut savoir?

Plus proche de nous, je voudrais évoquer en conclusion de ce petit message d’accueil, Louise Héloïse Lucie Desse (1867-1939), mon arrière-grand-mère paternelle et celle de Louisette, qui, par le hasard du calendrier, a épousé Charles Pierre Pasquier un 15 mai 1888 à Brunehamel dans l’Aisne.

Elle était née à Puteaux (92) de père inconnu, et lui au Lion d’Angers (49). Les circonstances de leur rencontre ne sont pas connues mais ce qu’on sait c’est que l’un et l’autre qui s’aimaient fort, possédaient en outre un caractère bien trempé, qui les conduisit sans doute à braver leurs familles pour vivre leur amour. Les clichés d’elle attestent de sa détermination. Lors de leur mariage dont l’acte est consultable sur Internet, seule la mère de Louise, Hélène Ruphine  – « la fille-mère » comme on disait avec mépris à l’époque – était présente, ainsi qu’un cousin éloigné et des amis de Charles, ses collègues boulangers… Tous les autres avaient décliné l’invitation. Ce fut donc un 15 mai historique, de liberté et d’amour assumés : un bel exemple que cette lointaine « Louise ». Si proche et si moderne.

Postulons qu’il y en aura sûrement d’autres des « 15 mai » mémorables et qu’alors tu seras de la partie! Certes, ce n’est pas tout-à-fait pour demain – quoique – mais ça viendra ! Bienvenue Louise sous les meilleurs auspices ! Tu es la quatorzième arrière-petite fille de Maurice Pasquier et d’Adrienne Turbelier…

Pour fêter l’événement, je t’offre cette image « du jour » d’un magnifique tableau de Monet: « tempête à Belle Isle en mer », qui illustre un article sur Debussy dans les pages culturelles du quotidien Le Monde daté du 15 mai 2012 … La mer ! D’où tout est issu… Notre plus lointaine ancêtre. Comme toi, c’est d’actualité, ce jour !

 

Read Full Post »