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Posts Tagged ‘Mystère de Noël’

On n’est pas obligé de se prendre la tête le jour de Noël.

Il y a bien d’autres occasions dans l’année pour aborder de vraies questions existentielles sur – par exemple – la réalité de l’espace et du temps, ou encore, sur la dialectique entre la matière et l’énergie. Pourtant, on aurait plein de motifs de le faire en cette circonstance, car même lorsqu’on n’est peu porté sur la magie, le merveilleux était la marque même de l’histoire de Noël, au moins jusqu’à une période « relativement » récente…

L’immaculée « conception » d’un bébé et sa naissance rocambolesque au solstice d’hiver, telles qu’on nous les propose depuis deux mille ans, défiaient en effet l’entendement et l’imagination! Si l’on ajoute à ce tableau, la bienveillance époustouflante d’un mari charpentier trop pieux mais peu porté sur le pieu, qui semblait admettre sans « moufter » que sa femme soit enceinte de l’Esprit Saint, on conviendra qu’en dehors du charbonnier et de sa célèbre foi chevillée au corps, il y aurait de quoi, pour tout à chacun, concevoir quelque étonnement…

Mais c’était jadis et, effectivement, on appelait cela la foi!

Désormais, ce type de thaumaturgie relève quasiment des techniques alternatives usuelles de fécondation d’un ovocyte par un spermatozoïde. Personne ne s’étonnerait donc plus qu’une vierge, au sens biblique du terme, donne naissance à un petit garçon qui n’est pas son fils biologique, ni d’ailleurs celui de l’homme ou de la femme avec lesquels elle cohabite amoureusement sans consommer… Seules les ONG humanitaires s’offusqueraient qu’on n’ait rien trouvé de mieux qu’une mangeoire pour animaux pour lui servir de berceau!

Toutefois, lorsque j’étais enfant, ce genre de spéculations n’était pas mon propos et on s’accommodait de ce « mystère de Noël » sans qu’il soit besoin d’aller chercher midi à quatorze heures dans des éprouvettes!

De toute façon, on était bien trop petit pour comprendre! On se contentait donc de cette allégorie; et ce, d’autant plus aisément, que cette belle – presque trop belle histoire – était associée à des cadeaux qu’on trouvait après la messe de minuit, près de la crèche de la Nativité, reconstituée en modèle réduit et en papier peint en rocaille dans « la salle à manger » familiale,  ou au pied d’un sapin « enguirlandé » surmonté d’une étoile en aluminium, usinée par notre père …

Peu avant Noël 1950, boulevard Foch à Angers, devant le « Grand Cercle »

La tête encore pleine des chants entendus lors de la messe de minuit (Minuit Chrétiens – Il est né le divin’ enfant – Les Anges dans nos campagnes) et les pieds gelés à la suite de notre petite trotte nocturne depuis l’église de la Madeleine, on déballait ces fameux paquets sans s’attarder sur les modalités de leur apparition dans notre maison, au 6 bis rue de Messine à Angers!

C’est d’ailleurs à ce moment-là que « la magie de Noël » opérait vraiment! A cet instant, on découvrait en effet la dernière version, jusqu’alors « juste » rêvée, de la DS 19 Citroën avec son moteur à ressort ou de la poupée qui pleure, qu’on peut déshabiller, le tout dans une ambiance de baguettes magiques, avec en prime, un trop copieux réveillon pour nos petits estomacs, assorti de la traditionnelle dinde rôtie! La mode n’était pas encore au chapon dans les années cinquante ou soixante! Elle était déjà aux oranges et aux chocolats.

Mais à cette époque, deux acteurs mythiques se disputaient la vedette dans cette scénette rodée par quelques décennies d’édifiantes pratiques. D’un côté le « Petit Jésus » pour les plus « accro » de religion catholique et romaine. En principe c’était le héros de la soirée, le sauveur putatif d’une humanité souffrante parce que fautive depuis Adam et Ève!  D’un autre côté, pour tous les autres, mécréants compris, le « Père Noël » un vague cousin laïcisé du Saint-Nicolas nordique…

Qui de l’un ou de l’autre pouvait donc être le généreux donateur de cette nuit de Noël, qui parcourait la planète des cheminées ou de tout conduit en faisant office, pour récompenser les enfants sages? En fait, personne ne s’intéressait à cette question. Personne ne songeait à se déterminer sur l’identité exacte de celui qui avait déposé les jouets et les bonbons dans les bottines de la famille…

Personne, sauf peut-être notre père, disparu l’an dernier qui manifestait ostensiblement une préférence non négociable pour le « fils de Dieu », troisième compère de la Trinité »… Tolérant et rationnel, démocrate raisonnable mais souvent autoproclamé et, en tout cas, volontiers œcuménique, il ne plaisantait pourtant pas dès qu’il s’agissait de se prononcer sur la transcendance.

Son avis sur ces questions ressemblait souvent à des arguments d’autorité. C’était un homme de foi, qui, tout en étant admirateur inconditionnel de Jean Jaurès, se calait plus sur ce sujet dans la tradition d’un pape, type Innocent III au douzième et treizième siècle que dans celle d’un réformiste débonnaire comme Jean XXIII au vingtième. Selon lui, tout pouvait se discuter sauf l’existence de Dieu « fait homme », incarné précisément le jour de Noël! C’est ainsi qu’était notre père, et c’est comme cela que nous l’aimions, jusque dans les viriles, roboratives et toujours affectueuses confrontations que nous soutinrent plus tardivement! Et même, jusqu’aux derniers instants de son existence…

Pour l’heure, au cours de ces soirées de Noël de notre enfance, ces débats un peu scolastiques nous dépassaient franchement. Pour tout dire, à sept ou huit ans, a fortiori avant, on s’en « foutait » complètement. Et en cette veillée, l’important n’était pas de savoir qui distribuait les jouets, mais de se réjouir de leur présence. Au fond, nous n’étions guère différents des gamins actuels ultra-connectés qui attendent, avec impatience, sans autre considération que le plaisir de se distraire, les derniers jeux vidéo inspirés des versions récentes de Star Wars.

Inconsciemment, notre ligne de conduite s’apparentait à celle d’Alfred de Musset qui postulait à bon droit que le flacon importe peu « pourvu qu’il y ait l’ivresse »!  Ainsi, on se souciait peu de savoir qui avait rempli la hotte, dès lors que nos boites de jeux, nos « Monopoly », nos « Petits Chevaux », nos « Dames » ou notre « Nain Jaune » n’ont pas été omis… On ne cherchait pas à savoir qui nous avait apporté le « Tintin au Congo » que nous conservons précieusement aujourd’hui ! Heureusement pour le coupable, car, « politiquement correct » oblige, il serait désormais poursuivi et accusé des pires infamies par toutes les milices de la pensée!

Depuis ces années désormais lointaines, le mystère de la procréation christique en a un pris un coup dans l’ostensoir. Les disciples du Docteur Frankenstein abondent et sont en passe de faire beaucoup mieux que « l’esprit saint » pour mettre enceinte une femme en préservant sa virginité… Il y en a même qui réfléchissent aux moyens de libérer l’espèce humaine des contingences de la reproduction… L’embryon puis le fœtus pourront se développer, sans dommage et sous contrôle, dans des utérus artificiels commandés par des robots dotés d’intelligence artificielle, dont l’algorithme créateur intégrera quantitativement et qualitativement les besoins démographiques.

Forcément, dans ces conditions, la magie de Noël risque d’apparaître ringarde à moins que le père Noël prenne définitivement le relais de mythes religieux qui s’essoufflent un peu, bousculés par une science qui ne prend plus ses ordres dans les églises, mais auprès des acteurs de la mondialisation, nouveaux maîtres du monde!

Où se cache donc désormais la fascination de Noël et l’envoûtement dont nous demeurons tous les victimes consentantes?

J’en étais là de mes réflexions et je me concentrais dorénavant sur la figure exclusive du père Noël, en laissant le « Petit Jésus » se débattre comme un beau diable avec l’islamisme conquérant, quand j’ai cru m’apercevoir, photographies à l’appui, issues de mon album de famille, que le vieux bonhomme à la longue barbe blanche et au bonnet rouge avait manifestement rajeuni entre 1950 et 1980.

Père Noël de 1950 – le vieux

Père Noël de 1980 – le jeune

Bingo! Là se trouve peut-être la dernière énigme non désembrouillée de Noël. Elle rejoint en outre celle qui me tracassait jadis quand je cherchais à comprendre par quel prodige, un seul homme, au demeurant d’un âge indéfinissable mais certain, arc-bouté sur un traîneau, mu par la force motrice de rennes volants, peut visiter en quelques heures le monde entier des enfants!

La réponse est évidente: Il va vite. Très vite…

Or chacun sait depuis 1905, que plus on va vite, plus on vieillit lentement… Ou si l’on préfère, moins on va lentement, moins on prend de l’âge!

Las! Ce n’était qu’une fausse bonne idée, car s’il est effectivement possible que le Père Noël vieillisse moins vite que les pauvres terriens qui rampent en surface, rien ne permet de dire qu’il rajeunit! Même pour lui, jusqu’à preuve du contraire, la flèche du temps ne s’inverse pas.

En fait, chacun en revanche peut observer que ceux qui rajeunissent le jour de Noël, ce sont les grands-parents face à la joie non simulée de leurs progénitures et leurs regards émerveillés!

Là se trouve le seul mystère de Noël et il est élucidé!

Le père Noël n’est pas une ordure…

 

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