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Posts Tagged ‘Muflerie’

On a beau faire, on est toujours rattrapé par l’actualité ! Dire qu’il y aura tout juste 125 ans demain, que le général Georges Ernest Jean-Marie Boulanger (1837-1891) un breton, ancien condisciple lycéen de Georges Clemenceau à Nantes, mais considéré comme un dangereux aventurier de la politique, était largement élu député de Paris sur la base d’un programme antirépublicain qui pouvait être résumé en trois mots : « Dissolution, Révision, Constituante ». On aura compris : il n’était pas l’allié des républicains « opportunistes » de l’époque malgré son ancienne amitié de jeunesse avec le chef de file des républicains radicaux !

Nous sommes le 27 janvier 1889 ! En dépit des appels de ses partisans à faire immédiatement un coup d’Etat contre la République, l’homme de cinquante-deux ans, qui est alors au faîte de sa popularité et qui porte encore beau, ne se résout pas à marcher sur l’Elysée. Le général « La Revanche » qui affiche une posture agressive vis-à-vis de l’Allemagne après la défaite de 1870 a peur, car il entretient une liaison amoureuse – qui le neutralise ou le tétanise  – avec une actrice de la comédie française Marguerite de Bonnemains. Cherchez l’erreur!

Il la rencontre secrètement depuis deux ans à l’auberge des Marronniers, un hôtel de Royat  tenu par une certaine Marie Quinton (1854-1933) qui devint leur amie. Sa maîtresse supplantait sa raison d’Etat.

Il rate ainsi l’occasion de s’emparer d’un pouvoir qui lui tendait les bras – au profit de ceux d’une femme aimée – et à partir de ce jour, c’est le début de la fin : en avril 1889, il doit s’exiler en Belgique pour se soustraire à une incarcération qui semblait aller de soi, à la suite de manœuvres tendant à le discréditer, diligentées par un gouvernement en place d’autant plus motivé à vouloir sa perte qu’il avait cru vivre le pire trois mois auparavant…Surtout, sa maîtresse bien-aimée – sa belle amante,  la « femme de sa vie (d’alors) comme on dirait maintenant – meurt de tuberculose le 15 juillet 1891.

Dépressif et pitoyable, le 30 septembre de la même année, le général Boulanger se suicide de chagrin sur la tombe de Marguerite de Bonnemains au cimetière d’Ixelles près de Bruxelles d’un coup de revolver. Son ancien ami Clémenceau qui avait initialement favorisé sa carrière politique en le recommandant comme ministre, eut ce mot cruel : « Il est mort comme il a vécu, en sous-lieutenant ».

Boulanger

Si j’évoque ce général avec lequel je n’ai guère d’affinités, c’est bien sûr en raison de l’anniversaire de son coup d’Etat heureusement avorté, mais aussi parce que, de tous les hommes politiques de la 3ième république, il fut un des rares, dont je me sois entretenu avec ma grand-mère maternelle Adrienne Venault (1894-1971), précisément en raison de sa fin tragique.

Ma grand-mère qui était plutôt avare dans l’expression de sentiments intimes avait inconsciemment trouvé ce moyen détourné d’évoquer l’amour d’un homme et d’une femme, en commentant devant moi l’exemple dramatique du Général Boulanger et de Marguerite de Bonnemains. Elle avait eu connaissance de cette histoire en lisant un numéro du Petit Journal daté de 1901. Lequel traînait sur une commode de la « mère Duguet » – Louise Joséphine Marie Toublanc (1866-1961) – dont elle s’occupait en faisant office de dame de compagnie bénévole…

La carrière militaire de Boulanger, de même que ses ambitions politiques, importaient peu à ma grand-mère. En revanche, elle saluait la fidélité en amour de cet homme. Jusqu’à la mort ! C’était un peu son « côté fleur bleue».

L’âge venu et avec le recul du temps, je la comprends mieux et force est de reconnaître que son admiration pour le Général Boulanger n’était pas sans fondement. Le sabreur avait probablement beaucoup de défauts, mais ce n’était ni un goujat ni un mufle vis-à-vis des femmes ! …

Si j’évoque ce drame politico-sentimental d’un autre siècle, c’est que l’actualité de la cinquième République m’en fournit le motif, au-delà des vertus commémoratives et émollientes d’anniversaires de coups d’Etat manqués, dont je ne suis pas fervent. Aujourd’hui, comme dans les temps absolutistes, il se trouve qu’il existe dans la « patrie des droits de l’homme », un homme de pouvoirs qui, à la différence d’un Boulanger apprenti factieux sentimental , se comporte comme un butor. Apparemment dépourvu d’affect, en tout cas inélégant et hautain, il congédie à sa guise ses courtisanes ou ses maîtresses. Mais contrairement aux illustres tyrans qui l’ont précédé, il y met hypocritement certaines formes. Du moins le croit-il ! Sous des dehors convenus, il affiche des prétentions éthiques et tient des propos progressistes, mâtinés d’un soupçon de cynisme que ses affidés mettent sur le compte de l’humour. Et ce, dans le silence assourdissant et complice de sa clientèle de ministres ou de députés en jupons, pourtant toujours promptes – et à bon droit – à s’insurger contre les manifestations d’indignité et d’inégalité faites aux femmes… Le mutisme éloquent de celles censées défendre les « droits de la femme » est à cet égard remarquable. Double ou triple discours! 

Bref, en 2014, on répudie unilatéralement comme au vieux temps des « rois fainéants »… Et il faut dire que c’est bien.

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