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Posts Tagged ‘Mouvement des Gilets Jaunes’

Au départ, la crise des « gilets jaunes » s’est cristallisée sur le prix de l’essence et du gasoil et sur l’abaissement à 80km/heure de la vitesse sur les routes à double sens…

Puis la mobilisation s’est élargie à la question globale des déplacements et de leurs coûts dans les campagnes et dans les milieux périurbains, où la voiture individuelle est une nécessité vitale… La liberté de circuler étant une liberté fondamentale, dont l’exercice dépend de l’endroit où l’on réside et des moyens dont on dispose, se pose immédiatement la question non moins cruciale de la pression fiscale sur les carburants et sur le remplacement des véhicules obsolètes du fait de nouvelles contraintes normatives sur l’émission des « fameux gaz à effet de serre ».

Lorsque les taxes augmentent de manière exorbitante par rapport au prix de revient d’un produit – ce qui est le cas pour l’essence et le gasoil – elles deviennent en effet insupportables, surtout lorsque les motifs invoqués reposent sur des affirmations discutables de « santé publique » ou qu’ils s’appuient sur la nécessité de faire supporter la transition écologique, nouveau dogme sous les ors ministériels des palais parisiens, aux usagers de la route! Et particulièrement à ceux qui ne peuvent faire autrement que d’utiliser quotidiennement leur bagnole!

Comment en effet se rendre à son travail dans des zones où les transports en commun sont peu fiables ou pratiquement inexistants, et de surcroît inabordables ? Comment profiter de loisirs culturels de qualité, quand on habite loin des centres-villes, dans des campagnes en voie de désertification où dans des banlieues désindustrialisées, peuplées de friches ou d’usines en ruine?

Ardoisières de Trélazé en Anjou

Comment simplement s’approvisionner en produits de première nécessité, sans moyen de transport individuel dans les bourgs et dans les villages perdus, où la plupart des petits commerces, y compris les bistrots, ont disparu?

Comment accéder aux services publics de proximité lorsque la Poste a fermé ses portes, que l’école n’est plus qu’un souvenir et qu’il faut parcourir une vingtaine de bornes pour se rendre au collège et, plus encore, pour rejoindre le lycée?

Comment bénéficier de services de santé dignes de ce nom, lorsqu’il faut compter pas moins d’une heure par beau temps et aux heures creuses, pour atteindre la maternité la plus proche ou un service d’urgence hospitalière, faute de disposer d’un médecin sur place? Et si d’aventure, un vieux médecin, par altruisme ou par fidélité à ses malades, consent encore à exercer, il ne se déplace plus à domicile, du fait de ses propres rhumatismes ou par crainte d’être agressé!

Comment accepter durablement que les formalités administratives apparaissent comme des conditions préalables incontournables dès l’accueil dans un centre d’urgence hospitalière? Comment admettre qu’il faille ensuite attendre des heures de souffrance et d’angoisse, pour bénéficier des premiers soins?

Comment s’échapper de ces cités sinistrées où l’on ne se reconnait plus soi-même, parce qu’elles sont gangrenées par un communautarisme agressif et violent sur fond de trafic de drogue?

Comment enfin ne pas ressentir un sacré coup de blues lorsque, des fenêtres du RER B partant de la gare du Nord vers l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, on voit tristement défiler des alignements ininterrompus d’usines désaffectées, taguées et transformées en poubelles à ciel ouvert? A se demander même, si, dans ces coins-là, il y a encore des gens qui « embauchent » chaque matin!

Oui!  C’est vrai, face à ce spectacle désolant, dans lequel survivent sans doute d’interminables et invisibles cohortes de « laissés pour compte », on se prend à douter des bienfaits de la mondialisation et du marché unique européen ouvert à tous vents! Autant d’inventions technocratiques, qu’on nous a vendues comme les effets positifs de la modernité mais qui ont favorisé le dumping social  et détruit les emplois! Le discours présidentiel consistant à dire qu’il faut « en même temps » lutter contre le dumping et ouvrir les frontières à l’économie de marché, est certainement exaltant mais n’est-il pas qu’une utopie trompeuse? Surtout pour ceux – ce n’est pas mon cas – qui jamais, ne bouclent leurs fins de mois.

Pour installer une paix durable en Europe après les sanglants conflits armés d’antan que le Président de la République a, certes, eu récemment raison de rappeler, fallait-il pour autant passer par la case « capitalisme sauvage » et sacrifier à ce point les paysages champêtres de jadis? Doit-on s’accommoder d’un progrès industriel, prétendument créateur de richesses, qui détruit le goût de vivre dans des régions entières, autrefois surexploitées au profit d’une minorité, et désormais abandonnées au profit des mêmes, reconvertis en banquiers d’affaires, et employeurs d’esclaves aux antipodes?

Même les élites françaises les plus libérales, effrayées par les dégâts causés par cette situation, reconnaissent à demi-mots, leur impuissance à éradiquer ici, un chômage de masse qui est en réalité imputable à ce qu’ils appellent avec réticence « une » crise du capitalisme! Mais n’est-ce pas dans l’ADN du capitalisme – contrairement à ce que pense notre guide élyséen – que de devenir financier et criminel, en privilégiant les mouvements de capitaux rentables à court terme, au détriment des investissements productifs et donc du bonheur des peuples?

Sur cette analyse, les opinions divergent!

De proche en proche, de sujets en sujets au cours des dernières semaines, le mouvement des « gilets jaunes » a révélé, en dépit des réserves des bien-pensant de droite et de gauche – surtout de gauche d’ailleurs – tout le mal être de ces « invisibles » de la République! C’est cette difficulté à vivre qui s’est exprimée, et que méprisent en général les élites dirigeantes ou influentes, formatées à la pratique sans retenue de la langue de bois et de l’euphémisme institutionnel!

Et quand j’évoque les « élites », je ne vise pas seulement celles ancrées clairement dans l’action politique, ou celles qui détiennent les mandats électifs, mais également celles issues des syndicats qualifiées de « réformistes », ainsi que de la plupart des associations ou ONG à vocation sociétale, qui prospèrent sur argent public!

Au fond, ce mouvement des « gilets jaunes » a permis de dénoncer leurs contradictions, et de prendre à contre-pied tous ceux qui disaient œuvrer pour le bien commun, en défendant leur propre chapelle, voire leur propre gamelle…

Il a permis de montrer aussi leur objective complicité d’intérêts!

A titre d’exemple, il n’est que d’écouter les propos hargneux (encore entendus ce jour sur Europe 1) du secrétaire général du syndicat CFDT à l’encontre des « gilets jaunes ». Propos que, par prudence, aucun élu politique n’aurait osé proférer. Cette attitude d’un ancien dirigeant de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, devenu un apparatchik syndical, pourrait étonner! A tort, car les mutins fluorescents des rond-points portent ombrage à sa crédibilité de représentant « authentique » des exploités et des travailleurs, avec lesquels il a pourtant perdu depuis longtemps tout contact! Son trip désormais, c’est d’être l’interlocuteur éclairé et le conseiller apprécié et divinatoire du pouvoir politique. Il est logique qu’il n’aime guère qu’on lui pique les attributs de son petit commerce!

En tous état de cause, malgré les récriminations des grincheux de toutes observances et la stupéfaction chagrine des « officiels », tous les thèmes jusqu’alors occultés au nom de l’évitement du « politiquement glissant » ont été abordés, déclinés, parfois de manière brouillonne, maladroite et même outrancière. Et ce, au grand dam de gouvernants qui ont cru, comme avant, que de bonnes paroles, agrémentées de quelques aumônes suffiraient à calmer le jeu…

Ça n’a pas marché! Au demeurant, il n’est pas impossible que l’habile premier magistrat de la République, seul vrai stratège aux commandes dans la tempête, seul au milieu d’une bande d’obligés, n’ait pas été surpris de l’inefficacité du traitement antalgique de première instance, que lui-même proposait!

Il est, en revanche, probable, qu’il ait regardé favorablement les vaines tentatives de l’oligarchie à sa botte pour déconsidérer le mouvement ! A sa place, en admirateur de Machiavel, j’aurais agi de même … et lui, en plus, il se croit un prince!

C’est ainsi qu’on a tout entendu sur les révoltés brûleurs de palettes aux carrefours, classés d’autorité dans les catégories de pervers, les plus infamantes; celles qui d’ordinaire suffisent à disqualifier définitivement quiconque ! Au mieux, on a dit qu’il s’agissait de va-nu-pieds ou de délinquants infréquentables. Mais, d’autres qualificatifs ont été avancés, comme « racistes », beaufs, homophobes, antisémites, fascistes en gestation, populistes et bien sûr, casseurs…Tous étaient ainsi car quelques infiltrés parmi eux pouvaient en être soupçonnés!!

On les a même accusés de vouloir abolir la République, au motif que certains d’entre eux demandaient la démission du Président de la République !

Las! Ils sont toujours là! Et majoritairement soutenus par les français…

C’est alors que le Président a sorti de sa perruque poudrée « le Grand Débat National »… Un peu à la manière d’un Louis XVI aux abois avec ses Etats généraux et les cahiers de doléances!

Faut-voir dans cette initiative une simple tartuferie destinée à endormir un peuple que les exégètes ne savent plus définir, et dont on ne sait plus qui le représente?

Ce débat est-il inutile, dans la mesure où tout le monde connait les causes de la colère des gilets jaunes? Tout le monde sait que la pression fiscale, sous ses différentes formes, est au centre des revendications, mais pas seulement! L’identité française est aussi un grave questionnement, confrontée à l’échec de notre modèle d’intégration et d’assimilation de populations transplantées des anciennes colonies françaises. Un modèle d’assimilation ratée qui incarne aussi les ambiguïtés et les déboires du multiculturalisme, quasiment érigé en stratégie d’Etat, mais qui porte gravement atteinte à la cohésion nationale. A l’accueil généreux s’est substitué avec le temps une sourde rancœur qu’on préfère ne pas entendre dans toutes strates de la société française!

Mais au-delà de ces thématiques, beaucoup d’autres interrogations ou épées de Damoclès rendent l’avenir incertain, et même carrément improbable pour les plus pessimistes qui affirment, sans complexe, vouloir, sans délai, sauver la terre! Pauvres « Don Quichotte » abusés qui se prennent pour Atlas!

Parmi les questions pendantes depuis des années, il y a celles liées à l’avenir de l’Union européenne, celles tentant d’appréhender les risques géostratégiques des impérialismes émergents, ou d’éloigner les menaces du terrorisme islamique, et même, celles qui résultent de l’imposture rhétorique d’un changement climatique androgène.

Au-delà encore, le cri des insubordonnés exprime un désappointement et une tristesse d’être méprisés par les plus hautes instances de l’Etat! Ils ne veulent plus être tenus pour quantités négligeables et perçus comme des citoyens périphériques, de seconde zone et de second choix, exclus, de facto, des processus démocratiques qui verrouillent leur destin! Et de surcroît, tenus pour coupables des dysfonctionnements de la planète.

Aujourd’hui, sous le terme générique de « fracture démocratique » ce sont les institutions elles-mêmes qui sont contestées. Dire qu’elles sont dépassées, ce n’est pas nier la démocratie, ni remettre en cause la République, comme le répètent ceux qui interprètent toute critique comme une manigance subversive, c’est simplement ouvrir les yeux sur un système qui a fait son temps, une Constitution, des Assemblées et des élus, dont on mesure les limites en termes de représentativité et qui ne savent plus depuis longtemps comprendre la volonté d’un peuple, qui n’est plus souverain que fictivement!

Qui peut en effet diriger aujourd’hui le pays, s’il n’a fait, a minima, Sciences Po Paris?

Ces questionnements sont dérangeants comme le furent dans le passé la colère des paysans affamés de 1789, qui accusaient injustement le roi, et légitimement l’institution millénaire qu’il incarnait… Plus de deux siècles après, ces mêmes paysans devenus des révolutionnaires, fondateurs de la République, font l’unanimité et on continue de se revendiquer des soldats de l’an II.

Comme sous la grande Révolution, la contestation populaire bouscule les certitudes des oligarchies régnantes. A notre époque, ce sont les recettes anesthésiantes d’une technocratie biberonnée à l’ENA qui en fait les frais !

Et il faut dire qu’à l’exemple de l’aristocratie monarchique, elle y a mis du sien pour atteindre le niveau de détestation actuel… Depuis au moins une quarantaine d’années, elle s’est murée dans sa propre vision du monde  et s’est évertuée à confisquer le pouvoir au peuple, tout en lui faisant croire le contraire !

Il n’est pas douteux que ce jésuitisme bien rodé ou, mieux, cette pantalonnade désormais connue du plus grand nombre, soient définitivement grippés. Et que l’avenir réserve de nombreuses surprises.

Formons le vœu qu’un nouveau pacte républicain apaisé apparaisse à l’issue  – pourquoi pas? –  de ce débat public « malicieusement » initié par un Président de la République chahuté. A son crédit, on peut dire qu’il se sent impliqué et qu’il mouille la chemise avec une impressionnante théâtralité.

Nourrissons l’espoir qu’à la fin du fin, on parvienne à une approche rénovée de la démocratie, qui restaure un équilibre viable entre la liberté, l’égalité et la fraternité…Et qui permette à tous les français, d’où qu’ils viennent de vivre ensemble en bonne intelligence sans passer par une phase de Terreur robespierriste et encore moins par une brutale répression anticommunarde!

Mais comme dit le proverbe bien français :  » C’est à la fin de la foire, qu’on compte les bouses ». 

Pour ma part, je participerai à ce débat sans trop d’illusion, si l’occasion se présente, et si ma paresse naturelle ne prend pas le dessus sur ma détermination! Je n’ai en effet pas de motif de refuser a priori de débattre. C’est l’essence même de la démocratie.

Postulant imprudemment sur la sincérité de l’exercice, je me dis que j’ai sûrement – et modestement – deux ou trois idées à formuler, sur, par exemple, la hiérarchie oubliée entre « civilité, civisme et citoyenneté »

Je trouve qu’on invoque trop souvent la citoyenneté en ignorant ce qu’elle implique, et qu’on oublie délibérément les deux premiers termes de civilité et de civisme, qui font le miel de la vie quotidienne… Un simple constat d’expérience, quand personne ne répond à mon salut chez le boulanger, et que le client qui me précède, en parfaite forme physique, occupe la place du parking juste en face, réservée aux handicapés!

Là intervient un autre aspect des problèmes: l’éducation! Et cela aussi fait débat…

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A l’heure où j’écris ces lignes, tous semblent s’accorder sur le fait que le climat entre les pouvoirs politiques, singulièrement le chef de l’Etat, et le peuple français s’est totalement détérioré. Il serait même empreint d’une extrême défiance…Et encore, ne s’agit-il là que d’un euphémisme pour ne pas souffler sur des braises encore rougeoyantes des saccages des nuits précédentes!

C’est, en tout cas, un lieu commun que de rappeler l’atmosphère quasi-insurrectionnelle de certains quartiers des villes après les manifestations trop violentes des derniers samedis. Personne ne saura d’ici très longtemps qui en furent le ou les initiateurs et qui en seront, le cas échéant, les réels bénéficiaires… Pour le moment, il vaut mieux garder pour soi les obsédantes présomptions qui viennent spontanément à l’esprit des gens d’expérience, mais que dénoncent avec vigueur les bien pensants amnésiques qui ne voient dans ces états d’âme que des intuitions « complotistes ».

Peu importe d’ailleurs, car ce qui est certain c’est qu’il y a des victimes de dégradations matérielles intolérables, de nombreux et honnêtes manifestants matraqués et indûment arrêtés, et quelques policiers blessés… Ainsi que des casseurs en fuite.

Cette dégradation du climat social et, par réaction en chaîne, du climat politique qui devient délétère, reflète en fait l’exaspération d’une grande partie de la population française, surtaxée et surimposée par un Etat qui lui apparaît à la fois jacobin, technocratique, inaccessible et sourd à sa détresse, voire carrément méprisant à son endroit…Inégalitaire enfin dans sa politique fiscale.

L’élément déclencheur de cette révolte fut l’augmentation de la taxe sur les carburants, prétendument destinée à financer une « transition écologique » à la française qu’imposerait un dérèglement climatique à l’échelle de la planète, dont chaque individu serait responsable! Et même coupable du fait de sa consommation excessive d’énergie et de la dégradation irréversible de l’environnement que son insouciance dispendieuse induirait!

Un tel prérequis, idéologiquement orienté et inculqué de force par un conclave international d’experts, relayé par des missionnaires hallucinés d’une écologie punitive, et d’opportunistes convertis , n’est en fait qu’une « vérité » révélée, prémisse d’une nouvelle religion d’Etat, indiscutable et non réfutable! Et de surcroît, une religion d’Etat qui exclut toute démarche scientifique éprouvée. Une religion pénitentielle, répressive et inféodée aux intérêts d’une oligarchie arrogante de privilégiés, se vautrant sous les ors de la République, sans voiture personnelle et sans complexe mais avec chauffeur…

Carte Météo France du jour avec des points jaunes

Lorsque enfin, il est apparu que même le motif écologique n’était qu’un vulgaire trompe-l’œil. Qu’il n’avait d’autre finalité que d’abonder un budget de l’Etat en recherche de recettes nouvelles, faute de savoir réduire un train de vie inutilement coûteux, la coupe des ressentiments déjà passablement pleine, déborda!

Le mensonge d’Etat sur l’impôt est une tromperie classique mais de moins en moins tolérée, surtout lorsqu’il s’accompagne d’un discours moralisateur!

La colère prit alors des formes inattendues de contestation, celles du mouvement efflorescent des « gilets jaunes ». Elle s’aventura au-delà de la question tarifère initiale du prix du carburant, et révéla toutes les fêlures d’une société laborieuse, jusqu’alors oubliée, d’ordinaire taiseuse et écartée des affaires publiques alors qu’elle est un des piliers de la culture nationale et de la République, et un des contributeurs essentiels de la richesse produite. Une société composite avec ses traditions et ses codes communs.

Un retraité interviewé, qu’on peine à confondre avec un révolutionnaire castriste, disait au micro d’une radio:  » Pour moi, l’action c’est juste mettre en commun notre difficulté à vivre »!

En effet, cette contestation n’a rien d’extraterrestre, elle n’est pas « hors-sol » comme les décisions technocratiques qui l’ont provoquée. Elle émane bien d’un monde qui, les deux pieds dans la glaise, vit ou a vécu de son seul travail, et souvent très chichement, mais qui n’est guère associé aux processus de décisions qui le concernent! Un monde, victime principale d’une mondialisation sauvage qui a détruit nombre des métiers qu’il exerçait jadis et qui furent délocalisés.  Un monde qu’on regarde volontiers comme ringard, alors qu’on ne lui a pas donné la possibilité de s’adapter psychologiquement, techniquement et surtout financièrement aux transformations qu’exige sa simple survie…Sans même évoquer les petits « plus » qui donnent du sel à l’existence!

Bien entendu, le mouvement explosif des dernières semaines n’est pas classique. Il ne répond pas aux standards revendicatifs traditionnels de la classe ouvrière depuis un siècle… Sans chef légitimé par un sacro-saint scrutin pipé d’avance, sans structure permanente, sans logistique dédiée, il s’apparente plus à une jacquerie du Moyen Age ou à une mutinerie qu’à une manifestation policée encadrée par des syndicats ou des partis politiques sérieux…Comme la chauve-souris, il n’est ni oiseau, ni mammifère: il est suspect! Réprimé et réprouvé, il se rebelle et réclame justice.

On peut, certes, s’émouvoir d’une telle convulsion spontanée des masses populaires, mais le constat de son existence ne se discute pas. Qu’on le veuille ou non, il faut savoir en prendre acte! Le fait est d’ailleurs que cette déroutante mobilisation a d’ores et déjà obtenu des résultats et fait reculer le pouvoir! La méthode peut heurter, mais il se trouve qu’elle s’est avérée efficace…

En outre, l’originalité du mouvement réside dans le fait  que ses revendications – pas toujours hiérarchisées et parfois brouillonnes – ne s’interdisent rien…Formulées sans se préoccuper de formalisme technocratique et procédural habituel, elles excèdent très largement les limites de la question sociale…

Toutes proportions gardées et avec un projet différent, les gilets jaunes reproduisent presque une sorte de « macronisme d’en bas », qui passerait délibérément outre les convenances partisanes!

Les émeutiers « des rond-points » pointent avec beaucoup de clairvoyance et de pertinence, l’essoufflement du système institutionnel français, tandis que les caciques des anciens partis, faute d’avoir su les circonvenir, n’ont de cesse de les assimiler avec une délectation malsaine, à des ‘beaufs » des « populistes » en susurrant « fascistes », ou encore à des xénophobes analphabètes. En un mot à des « abrutis du village »…

Eux dénoncent un système politique devenu inopérant, fondé sur la représentativité d’élus sans réelle légitimité compte tenu de l’inquiétante abstinence électorale, et peu enclins à rendre compte de leur mandat.

Chacun sait qu’ils ont raison et que notre pacte social et républicain ne répond plus en l’état aux exigences de démocratie directe que rendent effectivement possible et nécessaire, les technologies actuelles de l’informatique et du numérique.

Mais si eux le disent, d’autres se contentent de défendre des privilèges et des nombres d’élus!

On vit donc sans doute un moment important de notre histoire- un moment clé après soixante ans de bons et loyaux services d’une constitution de la République, taillée pour un seul homme authentiquement providentiel mais dans une autre époque! D’où cette crise…

D’où l’avis que la France est « en vigilance jaune ».

Mais pas en alerte rouge ou en peste brune, comme le pérorent les frileux chevaliers ou prophètes de l’apocalypse, qui préfèrent se cramponner à leurs certitudes, à leurs analyses prédigérées et à leurs anciennes références…

Néanmoins, les isobares de hautes pressions et de dépressions sont très rapprochées, augurant de violentes rafales et de fortes secousses… Les girouettes comme les grenouilles visiteuses du soir pourtant si habiles à épouser les caprices des temps s’inquiètent car elles ne savent même plus où prendre le bon vent et d’où tombera la pluie.

On attend donc avec impatience – le nez sur notre Torricelli médiatique – l’intervention du grand patron des prévisionnistes météo de l’Histoire « en marche »!

Il y a un mois à peine, il prétendait faire la pluie et le beau temps sur le Monde. Il n’est parvenu qu’à surchauffer l’ambiance. Qu’il démontre aujourd’hui qu’il sait ici repousser les nuages les plus menaçants et apprivoiser Éole, qu’il peut écarter la grêle et redonner espoir aux besogneux « qui, selon lui,  ne sont rien »…

Sans chercher à modifier le cours des alizés, sans refroidir les pôles, modifier le rythme des moussons ou stopper la montée des océans, ce serait déjà bien s’il annonçait juste que ses efforts seraient désormais consacrés à  ramener un peu de soleil d’hiver sur les campagnes de l’hexagone! Et dans les cœurs aussi...

Il voulait transformer le monde en se servant de la France comme d’un laboratoire! Qu’il commence par faire taire ses propres utopies entropiques, change de cap avant que le navire chavire et fasse en sorte que la société ne laisse personne sur le bord du chemin.

Il n’a sans doute pas intérêt à rater la marche. Et nous, non plus.

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Paysans dont la simple histoire
Chante en nos cœurs et nos cerveaux
L’exquise douceur de la Loire
Et la bonté des vins nouveaux,
Allons-nous, esclaves placides,
Dans un sillon où le sang luit
Rester à piétiner au bruit
Des Marseillaises fratricides ?…

En route ! Allons les gâs! Jetons nos vieux sabots
Marchons,
Marchons,
En des sillons plus larges et plus beaux  !

Ce sont ces quelques vers du poète beauceron Gaston Couté (1880-1911) qui me viennent à l’esprit, au moment où l’épopée des « gilets jaunes » semble s’essouffler et qu’elle risque de sombrer progressivement dans les brouillards glacials de novembre et les frimas annonciateurs de l’hiver.

Les braseros brûlent leurs derniers pneus et leurs dernières palettes tandis que les révoltés de la « Sociale », se réchauffent comme ils peuvent, encore réfractaires à l’ordre nouveau d’un monde de traders cupides, ambitieux et apatrides… Ils s’efforcent de croire que leurs dérisoires barrages résisteront aux escouades de CRS du Vidocq réincarné – dans tous les sens du terme – qui plastronne désormais place Beauveau!

Ces mots de Gaston Couté, le « gâs qu’a mal tourné », infortuné chantre de l’anarchie à la charnière des deux derniers siècles, résonne, tel le glas illustrant l’agonie d’une révolte de gueux, sacrifiés au bon plaisir d’un monarque entêté qui se prend pour un dieu.

Rien ne change sous le soleil, hormis les prétextes de la répression, qui s’adaptent aux circonstances. Là, le faux-fuyant des puissants – ou faux-semblant – serait plutôt d’appeler de toute urgence, à l’émergence d’un nouveau paradigme de l’avenir, tantôt dénommé  »  transition écologique » tantôt  » énergétique », et auquel tout un chacun est prié de se plier sans condition parce que le « guide » en a décidé ainsi!

Evidemment, il ne s’agit que d’une habile dérobade pour masquer une autre motivation beaucoup moins vertueuse consistant tout simplement à faire les poches des français pour soutenir le train de vie d’un Etat inutilement dépensier et inefficace. Le catastrophisme climatique est abondamment alimenté depuis deux ou trois décennies par les déclarations alarmistes de scientifiques en mal d’idées et de financements, qui ne doivent leur notoriété, qu’à leur obéissance aux ordres et à leurs intérêts subalternes de fidèles animaux de compagnie. La finalité de ce scénario qui s’apparente à une fable manichéenne, n’a donc que très peu de rapport avec le bien commun. Il vise en outre à camoufler l’appétit sans limite d’intérêts financiers internationaux dont le guide français du moment n’est que le zélé prosélyte…

Malheur en tout cas à celui qui douterait du bien fondé d’invoquer la seule révélation écologique et mondialiste pour imposer l’austérité aux moins riches et généraliser le racket fiscal! Celui-là devra immédiatement être rangé dans le camp des « bérets basques obtus, litron de rouge et baguette en bandoulière »… En d’autres termes, expulsé à jamais des rangs progressistes vers ceux des indécrottables réacs.

Et pourtant, qui ne s’est rendu compte que depuis près d’un demi-siècle, la pratique d’un dumping social décomplexé et mondialisé a conduit à l’assèchement, voire à la disparition d’une grande part de l’industrie européenne, et « accessoirement » à tenir en esclavage les travailleurs pauvres des antipodes?

Qui ne s’est rendu compte qu’il ne peut plus acheter à un prix raisonnable, un simple tire-bouchon, une pince à linge, un  téléphone portable ou même un cotillon pour les fêtes, qui ne soient fabriqués à l’étranger dans des conditions dégradantes pour notre espèce, et masquées pudiquement par nos vendeurs d’illusions?

Rien ne change effectivement sous le soleil, quoiqu’en disent nos nouveaux prophètes en trottinettes électriques.

Avec le même acharnement que jadis, ceux qui se sont accaparés le pouvoir d’Etat, par des moyens proches du putsch institutionnel, font toujours taire les trimardeurs, les miteux, les galvaudeux et les grands jacques qui protestent de leur difficulté de vivre! Et ce, dès qu’ils l’ouvrent un peu trop fort!

Il faut déconsidérer à tout prix le mouvement, et mater sans faiblesse – tout en se déclarant compréhensif – cette France victime des dégâts du capitalisme financier. Il faut frapper dès que cette masse « inorganisée » a l’outrecuidance de l’ouvrir pour crier sa détresse et sa difficulté de vivre, et réclamer justice…

Les politologues et philosophes mondains, et tout ce que la France de 2018 comporte de commentateurs ou sociologues donneurs de leçons s’en donnent d’ailleurs à cœur joie pour condamner l’amateurisme dangereux d’un mouvement désordonné, « girondin » et spontané, sans leader identifié et sans autre programme que celui de surmonter la rigueur des temps… « Surmonter la rigueur des temps » n’est pas un programme sérieux pour ces gens -là, crispés sur leur certitudes de classe privilégiée, qui regardent les claque-faim et les besogneux, avec une sorte d’étonnement ennuyé d’entomologistes.

Ils n’ont pas de mots assez durs, pour dénoncer avec des glaviots dans la voix, les excès d’une révolte qui ne répond pas aux standards des défilés syndicaux ou politiques habituels, qui ronronnent gentiment entre Bastille, République et Nation, précédés de leurs apparatchiks professionnels et indéboulonnables, sous les banderoles fanées de leurs mensonges et de leurs mépris…

En réalité, ces élites autoproclamées de la pensée, qui fermentent leurs rancœurs entre-soi dans les beaux quartiers n’aiment pas cette « France périphérique, rurale ou périurbaine » qu’ils ont laissé tomber depuis des lustres et qui aujourd’hui leur fait reproche de leur inertie et de leurs fausses promesses…Ils campent une posture prétendument « révolutionnaire réaliste » mais qui s’accommode surtout d’un confort intellectuel jacobin et parisien, qui n’a guère évolué depuis 1968. Les noms sont nombreux de ceux qui tiennent le haut de ce pavé-là, usé jusqu’au sable.

« De quoi se plaignent donc ces cuistres, ces rustres et ces ignorants? »pensent-ils tout haut sur les ondes dès qu’on leur tend complaisamment un micro.

Comme au bon vieux temps où leurs rhumatismes ne les empêchaient pas de courir contre les « fafs » d’Ordre Nouveau entre la fac d’Assas et le boulevard Saint-Michel, ils n’hésitent pas à insulter les  » gilets jaunes » sans avoir, pour la plupart, pris la peine de les rencontrer ailleurs que sur leur petit écran!

Les adjectifs accusateurs fusent – « populistes », « fachos », « poujadistes », « homophobes », »xénophobes » et même carrément « racistes ». On a même entendu certains rhétoriciens et moralistes médiatiques parler de  » révolte de petits blancs ».

La coupe d’immondices est donc bien pleine pour ces braves gens qualifiés d’emblée de « beaufs' », qui, initialement, ne manifestaient qu’en raison de l’accumulation des taxes et des impôts, qui, couplée à l’inflation sur les denrées courantes, ne leur permettait plus de boucler leurs fins de mois!

Au mieux, on leur répond que le patron élyséen ne changera pas de cap, et qu’ils devraient se réjouir de cette pression fiscale écologique croissante, qui fera d’eux les acteurs comblés du bonheur climatique de leur arrière-petits enfants. Et ce, dans une France transformée et moralisée après des décennies de gabegies sociales, de jouissances insouciantes et de délices de Capoue…

Au pire, on les rend coupables de tous les désordres de l’époque: à cet instant de ma rédaction, j’ai en tête cet ancien « ami » facebook – un ami dont j’ai du me défaire – qui se livrant à une interprétation sectaire, étrange et discriminante des droits de l’homme (dont il se dit militant) n’hésite pas à porter publiquement de vulgaires accusations, émaillées d’injures ad hominem, pour cracher son venin à l’encontre de tous ceux qui ne partagent pas son point de vue de petit pépère embourgeoisé qui commente de son fauteuil …Il n’aime le peuple que confortablement installé – bien au chaud – dans la section de son parti disparu!

De ce point de vue, ce mouvement fut révélateur de la face sombre de certains « progressistes » historiques ».  A titre d’anecdotes, celui évoqué ci-dessus, est aussi un spécialiste du détournement d’idées: combien de fois l’ai-je pris en flagrant délit de discours proche de l’antisémitisme, sous couvert de dénonciation pro-palestinienne du sionisme!

En conclusion, je postule que ce n’est pas que le froid qui fait reculer ces effrontés d’automne, qui osent braver l’arrogance et la suffisance d’un pouvoir oligarchique sans complexe! Ce n’est même pas principalement la réaction de ce pouvoir!

C’est la trahison de ceux dont ils auraient pu attendre bienveillance et soutien… Avec le temps qui passe, et les ralliements d’opportunité à la cause répressive au nom de l’ordre public, c’est la bourgeoisie mondialisée des « premiers de cordées » qui reprend fermement les rênes…Le petit jeune de la rue du faubourg Saint-Honoré peut continuer à faire tranquillement ses caprices et aiguiser ses dents de lait!

Mais la partie n’est pas terminée! Nous n’en sommes qu’à la première manche…

Restons solidaires des « gilets jaunes ».

En attendant la suite, on peut toujours rêver en relisant la fin du poème de Gaston Couté.

A la clarté des soirs sans voiles,
Regardons en face les cieux ;
Cimetière fleuri d’étoiles
Où nous enterrerons les dieux.
Car il faudra qu’on les enterre
Ces dieux féroces et maudits
Qui, sous espoir de Paradis,
Firent de l’enfer sur la « Terre » !…

Ne déversons plus l’anathème
En gestes grotesques et fous.
Sur tous ceux qui disent :  » Je t’aime « 
Dans un autre patois que nous ;
Et méprisons la gloire immonde
Des héros couverts de lauriers :
Ces assassins, ces flibustiers
Qui terrorisèrent le monde !

Plus -de morales hypocrites
Dont les barrières, chaque jour,
Dans le sentier des marguerites,
Arrêtent les pas de l’amour !…
Et que la fille-mère quitte
Ce maintien de honte et de deuil
Pour étaler avec orgueil
Son ventre où l’avenir palpite  !…

Semons nos blés, soignons nos souches !
Que l’or nourricier du soleil
Emplisse pour toutes nos bouches
L’épi blond, le raisin vermeil !…
Et, seule guerre nécessaire
Faisons la guerre au Capital,
Puisque son Or : soleil du mal,
Ne fait germer que la misère.

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