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Posts Tagged ‘Médecins face à l’épidémie’

Le roi Lion s’est exprimé hier soir dans la lucarne magique sur l’évolution de la maladie.

Auparavant, il avait réuni tous ses conseils, écouté les plus grands oracles.

Conseillers du Roi, sauf l’âne absent du tableau!

Avec humilité, contrairement à ses habitudes et à ses penchants naturels un tantinet narcissiques, il s’est repenti – sans toutefois prendre le cilice – de ses erreurs et surtout de celles de son entourage. Il a, avec franchise et compassion, regretté les lacunes de ses sujets, et les retards déplorés dans le traitement de la maladie à l’échelle du royaume… Il a aussi chaudement remercié les médecins, les apothicaires et les herboristes, les chirurgiens et autres barbiers, ainsi que les rebouteux, les sorciers labellisés par l’Université, les nonnes aussi, qui en grand nombre, se dévouaient au service des pestiférés. Et ce, au péril de leur vie. Il a même reconnu que lui aussi, bien que choisi par Dieu pour son talent à défaut d’être un vrai élu du peuple, il pouvait être angoissé comme le commun des mortels! Il sait même désormais qu’il peut commettre – lui aussi – des erreurs vénielles d’appréciation, car il a appris de cette douloureuse histoire, qu’il ne sait pas tout. 

Personne n’a été omis de cette longue litanie de gratitudes. Tous les hommes et les femmes, infirmiers, infirmières, dont les actes de courage lui ont été signalés par ses conseils ont été cités! Tous ceux qu’il a classés en première ligne, puis en seconde ligne et enfin en troisième ligne « du front » ont été cités sous le drapeau de leur corporation. Personne n’a été oublié: il y a veillé! Même pas les corbeaux ou les curés, qui, sur son initiative inspirée, portaient secours aux pauvres malades, ramassaient les dépouilles des malheureux disparus ou les enterraient dans la chaux vive…

Le roi Lion n’a pas manqué de répéter qu’il mesurait la grandeur du don que ces hommes et ces femmes de bonne foi consentaient, en son nom, pour assurer la survie terrestre ou, en cas d’échec, céleste, des manants de son royaume.

Il a dit qu’il déplorait que leur sacrifice ne soit pas justement rémunéré à la hauteur de leurs mérites, en monnaies sonnantes et trébuchantes. Et il a assuré, faisant au passage une allusion furtive et implicite à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qu’il veillerait personnellement à ce que cette injustice soit réparée, lorsque la paix bacillaire ( versus virale en 2020) sera rétablie!

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.

Ce fut vraiment un beau discours que celui du roi Lion en son palais. Un beau prêche que tous les chantres de sa majesté et tous ses thuriféraires ont repris et entonné immédiatement en cœur à travers le pays, de telle sorte que cette parole réconfortante de lucidité modeste et d’espoir soit entendue et respectée jusque dans la plus humble chaumière! 

Le tragique de la situation du royaume agressé par un mal invisible justifiait pleinement que le roi s’exprimât ainsi. Il fallait qu’après un surprenant acte de repentance royale, à la limite de la contrition publique, et de reconnaissance apitoyée adressée à ses sujets, le souverain émît quelques notes d’espérance conditionnelle, une quinzaine de jours avant que l’Esprit Saint ne revienne à la Pentecôte, réveiller le monde et le laver de ses abjections ainsi que de ses miasmes! Des semaines de suspens, qui permettront aux artisans fabricants d’hosties d’approvisionner toutes les paroisses du royaume. La promesse est royale comme sa générosité avec l’argent du peuple ! 

La situation exigeait cette théâtrale dramatisation  

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.

A peine le discours du roi Lion achevé, tous les courtisans mais également tous les porte-voix et échotiers s’empressèrent de faire le siège des gazettes pour les gratifier de leurs commentaires, généralement très élogieux, à l’exception notable et regrettable des pamphlets provocateurs émis par des aigris ou des esprits chagrins de toutes observances qui ne se complaisent que dans la critique stérile.

Quand le royaume vacille sous les coups de boutoir d’un mal inconnu et mortifère, le moment n’est guère opportun pour pinailler sur les propos de sa majesté et a fortiori pour déblatérer afin de discréditer ses édits destinés à éviter le naufrage à l’ensemble du royaume.

Le Roi a reconnu lui-même qu’il procéderait le moment venu à un aggiornamento de sa gouvernance, car ce fléau qui affecte la santé de ses sujets, est certainement en grande partie imputable à des fautes dont le souverain admet avoir une (très) petite part. Mais peut-on lui reprocher de ne pas renier sa nature et donc de dévorer des moutons pour vivre, et, parfois, de manger le berger imprudent pour faire bonne mesure? 

Il en est de même pour la plupart des élites le secondant dans la difficile direction du royaume. Chacun doit raisonnablement reconnaître que la prédation des élites aux dépens du plus grand nombre ne résulte pas d’un choix dicté par quelque turpitude, mais d’une nécessité vitale qui, au bout du compte, est profitable à l’équilibre de toute la société, donc à chacun de ses membres. Y compris aux proies abusivement qualifiées d’innocentes, qui doivent, en dépit de l’apparente brutalité carnassière de leur trépas, trouver une justification à leur existence, dans leur fonction essentielle de garde-manger des premiers de cordée! Les écolos des temps modernes appellent cette solidarité des estomacs gigogne, une chaîne écologique dont il faut préserver l’intégrité! 

D’où la réplique et l’argumentaire du futé Renard qui, avant de rejoindre la cour ad vitam aeternam aurait -dit-on –  bénéficié des enseignements machiavéliques de l’école nationale d’administration! 

Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.

Seul le pauvre Âne ouvrit vraiment et honnêtement son cœur, en confessant qu’il lui arrivait de brouter de l’herbe qui ne lui appartenait pas. Mal lui en prit car, selon l’auteur de cette fable animalière, cette faute parut gravissime aux autres participants plus habiles dans la dialectique, plus rompus aux arcanes de la rouerie et mieux titrés dans la hiérarchie nobiliaire et monarchique des espèces animales. 

C’est donc l’Âne, le « moins que rien »  parmi les courtisans et parmi les lèche-bottes, qu’on sacrifia pour faire reculer l’épidémie de peste. C’est lui qui endossa symboliquement toutes les erreurs de tous. Et les réformes promises par le roi dans l’urgence de la crise furent reportées sine die… Au moins, selon les historiens patentés, jusqu’à la fin du siècle suivant!  

L’Âne vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

En 1678 au moment où Jean de La Fontaine (1621-1695) publia cette fable – Les animaux malades de la peste – il avait sûrement à l’esprit l’épidémie qui avait sévi dix ans auparavant à Reims, à moins de soixante kilomètres de chez lui, à Château-Thierry. Une épidémie redoutable qui avait décimé la population.

Ce drame marqua si fortement et durablement la région que, jusqu’à aujourd’hui, la ville de Reims en a gardé le souvenir, en particulier celui du courage des religieuses de l’Hôtel-Dieu et de Nicolas Colin, chirurgien-major des armées royales, qui s’enfermèrent avec leurs malades dans la buanderie de l’hospice pour les accompagner dans leurs souffrances, leur prodiguer des soins et pour finalement périr avec eux en 1668. 

Endémique dans presque tout le royaume de France pendant le siècle du Roi-Soleil, la peste sous ses différentes formes, bubonique pulmonaire ou septicémique, provoquait l’effroi, la sidération et la désolation partout où elle apparaissait et ré-apparaissait de façon récurrente, favorisée par le manque d’hygiène et transmise par certains animaux comme les rats. Ma bonne province d’Anjou n’a pas échappé à cette tragédie, 

La peste de la fable de Jean de La Fontaine (1621-1695) et les pathologies associées à l’actuel coronavirus ne jouent évidemment pas dans la même cour, même si toutes tuent mais dans des proportions très différentes. Leur point commun est d’avoir l’outrecuidance de nous considérer comme des proies et de nous détruire à leur convenance. Leur autre parenté est d’ordre sociologique; elles provoquent la peur, suscitent l’angoisse et désorganisent nos institutions.

Mais les mécanismes biologiques d’action des agents en cause sont sans rapport: la peste résulte de l’action d’un bacille, c’est-à-dire d’une espèce particulière de bactérie généralement unicellulaire, les maladies associées au CoVid19 sont imputables à un coronavirus, c’est-à-dire à une variété de virus, une particule parasitaire s’installant dans nos cellules pour s’y multiplier… Ces différences expliquent que les thérapies envisagées sont sensiblement différentes. Les antibiotiques par exemple, laissent indifférents les virus, même si parfois on les administre en complément de stratégies antivirales pour lutter contre une surinfection bactérienne sur un terrain déjà largement sinistré par le passage des virus! 

Mais, n’étant ni biologiste, ni médecin, je n’en dirai pas plus sur les virus et les bactéries, même si l’air malsain du temps veut que tout un chacun jouisse du même crédit pour s’exprimer sur les maladies, quel que soit son degré d’illégitimité pour le faire. 

Je « m’écrase » donc car je serais malvenu de paraître expert dans des domaines de la science, voire de l’art, où mon ignorance est à la hauteur des craintes que m’inspirent ces ennemis invisibles venus en fait d’on ne sait où, pour perpétrer leurs méfaits au sein même de nos pauvres carcasses…

Aussi, si d’aucuns voyaient dans le conte animal qui précède, une quelconque analogie – voire explication – compatible avec des événements récents ou en cours, ils n’auraient d’autre possibilité que de l’interpréter comme une assimilation excessive de mon fait, du passé au présent! Il n’auraient peut-être pas tort … et moi non plus d’ailleurs! 

En fait, il ne s’agit que d’un essai sans grande ambition, destiné uniquement à alimenter ma propre réflexion dans l’attente de la date magique du 11 mai 2020, à partir de laquelle on nous a dit que notre petit monde hexagonal commencerait à renaître, si on est bien sages! Notre godelureau national ne plaisante pas. 

Du coup, un peu déconfit à l’annonce de ce jalon encore trop éloigné (à mon goût), je me suis néanmoins immédiatement reconfiné, d’une part par discipline « citoyenne »…

et d’autre part, par peur des gendarmes que nos chefs ont désormais tendance à considérer comme des agents supplétifs de l’administration fiscale! 

GrandVille Photo Internet – Cette fois l’Âne est présent avant d’être sacrifié 

 

PS : J’espère que là où il est, ou où il n’est pas; Jean de la Fontaine ne m’en voudra pas trop d’avoir inversé deux de ses paragraphes.. 

 

 

 

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Une fois n’est pas coutume. Il n’est pas dans mes habitudes de diffuser des messages ciblés, rédigés par d’autres… Mais les circonstances épidémiques actuelles souffrent toutes les exceptions, dès lors qu’il s’agit de renforcer la prévention et notre cohésion, de rendre hommage à ceux qui, parfois au détriment de leur propre santé, combattent, nuit et jour, une maladie qui sera probablement active pendant plusieurs semaines encore, et de donner à cette occasion, des exemples d’initiatives heureuses, de dévouement et d’humanité ! 

Ainsi, ce message adressé à tous les personnels placés sous sa responsabilité, par le Docteur Jean-Michel Vianney Taudin, médecin libéral et hospitalier à Bort-les-Orgues en Corrèze, et médecin des pompiers aussi: 

 » Bort, le 14 mars 2020

À Tous et toutes, 

Je connais votre foi en l’être humain.
Je connais la passion de soigner qui vous anime.

Nous sommes en guerre contre le Coronavirus et je sais que vous serez présents pour continuer à vous occuper de nos résidents et patients malgré les difficultés du moment.
Je voulais vous remercier par avance de cette implication et je resterai (ainsi que les autres médecins et l’encadrement) à vos côtés et à votre écoute pour que ce combat soit le nôtre.

Toutes vos idées seront prises en compte et adaptées en cas de nécessité.

Nous ne savons pas combien de temps durera la bataille mais pour que vous puissiez y participer dans les meilleures conditions, j’ai demandé et obtenu de Madame la maire que -pendant vos heures de travail- tous les enfants de dix ans ou moins, résidents ou non sur la commune de Bort, bénéficient d’un système de garde adapté. En cas de besoin contactez A. B ou les relations humaines.

Par ailleurs, il n’est pas question de mettre votre vie en danger.

Si malgré votre bonne volonté, vous présentez une pathologie infectieuse importante, ou une autre pathologie invalidante, votre médecin pourra (devra) vous arrêter.

D’autre part, il n’est pas question de vous réunir en nombre pour vous faire part des évolutions. Une voie d’affichage sera privilégiée. Consultez régulièrement l’Intranet.

Bon courage à toutes et tous, et faisons de ces instants difficiles des lendemains solidaires et engagés vers l’hôpital du futur.

Jean-Michel Vianney Taudin

Président de la Commission médicale d’établissement à Bort-les-Orgues. »

Jean-Michel Vianney est médecin en Nouvelle Aquitaine, son frangin est également toubib et exerce en région nantaise. Leur mère, connue ici sous le pseudo de Rose l’Angevine, occupe ses temps longs de confinement dans la maison de retraite où elle réside, en confectionnant des masques de protection en tissu… 

Une famille mobilisée contre le coronavirus! Accessoirement, je suis fier d’être leur cousin! 

A travers eux que l’on connaît car ce sont nos proches, c’est l’ensemble de toutes les personnes qui sont aujourd’hui en première ligne face à l’épidémie qu’il faut soutenir, quel que soit leur domaine d’intervention, médical, infirmier, paramédical, policier, pompier, et auxquelles par notre discipline consentie du confinement, on prête concrètement main-forte! 

Sans oublier les chercheurs dépositaires de la clé qui nous ouvrira bientôt les portes d’une liberté retrouvée…

 

 

 

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