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Posts Tagged ‘Maurice et Adrienne Pasquier’

Le premier juin 1926, c’était un mardi! Ce jour-là naissait à Angers au 65 rue de la Madeleine, Maurice Henri Eugène Pasquier (1926-2017), troisième et avant dernier enfant de Marcel Emile Pasquier (1892-1956) et de son épouse Marguerite Marie-Charlotte Cailtreau (1897-1986).

Maurice est décédé en 2017 en région parisienne, et forcément, nous, ses enfants, avons une petite pensée pour lui en ce jour anniversaire de sa naissance, il y a juste 94 ans!

Autrefois, cet anniversaire était presque systématiquement ponctué de diverses manifestations familiales, dont Maurice était souvent l’inspirateur et l’organisateur méticuleux. Il aimait en effet cultiver un profil de rassembleur et de fédérateur de sa nombreuse descendance. A chaque changement de décennie, ces fêtes devenaient grandioses! 

Maurice appartenait, à bien des égards, à cette génération d’une époque – heureusement ou malheureusement – révolue où le mari était encore le chef de famille au sens du code civil, et où il ne lui déplaisait pas d’adopter à l’occasion la posture désormais anachronique du « pater familias ».

Sans malice cependant, Maurice était juste de son temps et donc solidaire de ces hommes de bonne volonté, mais parfois incompris par une postérité militante qui les juge trop souvent avec une extrême sévérité dans l’enthousiasme de libérations qui ne sont souvent que des simulacres tapageurs!  

Mais, dans le même temps, car l’homme était complexe, il milita toute sa vie et avec une conviction qui n’avait d’équivalent que son credo chrétien de charbonnier, pour la cause ouvrière et pour l’égalité de droits entre les femmes et les hommes…  

D’ailleurs, son héritage moral et intellectuel reste sûrement encore à décoder puis à décliner, y compris dans ses contradictions qui nous valurent parfois de mémorables joutes oratoires mais qui, comme les enseignements qu’il tenta de nous prodiguer, contribuèrent à faire de nous ce que nous sommes, adoptant aujourd’hui, sans rougir, certaines des positions de principe qu’on lui contestait auparavant. La vie n’est pas simple et n’est faite qu’à coups de compromis d’intérêts divergents qui ne se révèlent que dans la durée au rythme des fragilités qui nous assaillent et se multiplient. 

Bref! Ces fêtes anniversaires de Maurice et les banquets qui allaient de pair, un peu à la manière de ceux pratiqués à la tombée de la nuit dans le village d’Astérix, resteront gravés dans nos mémoires. Ils relèvent désormais exclusivement des bons souvenirs de temps heureux dont on bat le rappel « les jours sans… »!

On les ressuscite alors sans ostentation particulière, mais avec un soupçon de mélancolie!

En effet, s’il y a un « lieu commun » ou si l’on préfère un truisme, qu’il ne faut jamais oublier, sous peine de cruelle déconvenue, c’est que les morts ne sont plus de ce monde – de notre monde- à supposer, au demeurant, qu’ils appartiennent à un autre que le passé! Ayant définitivement échappé à la litanie des siècles qui s’égrènent inlassablement, ils n’ont juste qu’une petite longueur d’avance sur nous car ils savent, eux, qu’ils sont mortels… Du moins, c’est ce qu’ils sauraient s’ils étaient en état de le savoir! 

En outre, ils n’ont probablement plus rien à faire de nos peines et de notre commisération. Mais là encore, leur désintérêt supposé à notre endroit suppose qu’on leur prête aussi l’extravagante faculté de concevoir de nouvelles émotions ou des sentiments, alors qu’ils ont été engloutis dans le grand bain d’une incompréhensible éternité multidimensionnelle.    

N’empêche, qu’on continue, malgré tout, de penser à eux avec tendresse et affection!

Qu’on soit vieux ou jeunes, ils persistent à nous habiter, sinon à nous hanter! Le travail de deuil, cette fiction, dont on nous rebat régulièrement les oreilles ne nous apparaît dès lors que comme un artifice sociétal ou psychologique imaginé pour nous apaiser, sans pour autant parvenir à nous délivrer de nos chers fantômes.

Dans la réalité, le travail de deuil, perpétuellement en cours, ressemble plutôt à un contrat à durée indéterminée avec un donneur d’ordres disparu, invisible mais toujours présent! 

Du coup, on s’accroche à ce qu’on peut pour se donner l’illusion de les faire revivre.

Sur le cliché – ci-dessus – réalisé par un photographe angevin à l’occasion du deuxième anniversaire de Maurice en 1928, ce dernier porte au cou une médaille indiquant sa date de naissance. Elle lui avait été offerte par une de ses tantes et marraine, Eugénie Chollet dite « tante Nini » épouse Cailtreau. C’est le seul témoignage matériel qui subsiste de cet instant!  Il a sa place en ce jour anniversaire! 

Un autre témoignage plus ancien de cette époque, indirectement associé à Maurice, mérite aussi d’être exhumé.

Il  s’agit d’une carte postale datée de 1926, représentant un commerce d’alimentation, au nom évocateur de « Notre Dame de la Madeleine »… Le cliché a été pris sur le vif par un éditeur angevin, place de la Madeleine, à proximité immédiate du lieu de naissance de Maurice.

Ce qui est merveilleux dans cette composition réaliste que n’auraient désavouée ni Robert Doisneau, ni Henri Cartier-Bresson, c’est l’œillade que le hasard ou la nécessité nous adresse par ce biais. En effet, aux côtés de la marchande sur son pas de porte, une jeune mère de famille avec sa petite fille, consentantes et peut-être fières, posent pour le reporter! 

En soi, cette scène est assez classique – banale même – en ces périodes de notre histoire où la carte postale est omniprésente pour rendre compte de la vie quotidienne, et qu’elle règne sans partage dans les relations sociales lointaines à la manière actuellement des smartphones, des SMS et des vidéos « amateur ». 

Ce qui est plus singulier pour moi, fils de Maurice, c’est que la jeune mère de famille, c’est Adrienne Turbelier (1894-1973) née Venault – ma grand-mère maternelle- et la petite fille de trois ans, Adrienne (1923-2018), ma mère! 

Maurice et Adrienne devront néanmoins attendre près d’une vingtaine d’années pour faire connaissance, et découvrir qu’ils habitaient, à moins d’un kilomètre l’un de l’autre; et ce, depuis leur plus tendre enfance.

Sans jamais s’être repérés! Du moins c’est ce qu’ils affirmèrent…

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15 août 2019

Aujourd’hui comme il y a cinquante ans, le temps des vacances est un peu celui de l’insouciance! Celui de la famille réunie, celui des amis retrouvés, celui aussi de la découverte de nouveaux horizons et de paysages de France. C’est parcourir « en vrai » les routes comme on le faisait jadis virtuellement en promenant son doigt sur les cartes scolaires Vidal Lablache qui parementaient les murs des salles de classes de notre école primaire…Pour ceux d’entre nous, dont les grand-mères avaient conservé dans un tiroir oublié d’une commode, le  » Tour de la France par deux enfants » lu au début du siècle en cours moyen des écoles de la Troisième République, certains lieux parlaient peut-être plus que d’autres. La magie évocatrice de la toponymie comblait le déficit d’images des manuels d’avant 1914…

Ainsi dans le regard des deux petits héros – orphelins lorrains – de ce livre fondateur de la génération des poilus de 14-18, défilaient le ciel et la terre de France, des montagnes du Jura au lac de Genève, du Mont-blanc et des glaciers alpins aux vignes de Bourgogne, du Languedoc vu de la mer au canal du Midi avec ses ponts tournants, des Pyrénées, avec le cirque de Gavarnie et le gave de Pau jusqu’au Golfe de Gascogne.

Et tant d’autres endroits magiques de l’hexagone.

Parmi eux, la ville de Bordeaux, capitale de la Guyenne figurait en bonne place dans l’estuaire de la Gironde, puis, plus loin vers le nord, Nantes la ville de la duchesse Anne, en bateau, par vent de noroît jusqu’à l’estuaire de la Loire, et sur le fleuve jusqu’au quai de la Fosse:

 » Un jour que le petit Julien s’était attardé tout un après-midi dans la cabine à faire ses devoirs, il fut bien étonné en revenant sur le pont de ne plus apercevoir la mer, mais un beau fleuve borde de verdoyantes prairies et semé d’îles nombreuses. Le navire remontait le fleuve, d’autres navires le descendaient, allaient et venaient en tous sens.

– Oh! André, dit Julien, on croirait revenir à Bordeaux. fleuve 

– Nous approchons de Nantes, dit André; tu sais bien que Nantes est comme Bordeaux un port construit sur un fleuve, sur la Loire.

Le navire en effet, après plusieurs heures et plusieurs étapes, arriva devant les beaux quais de Nantes. Julien fut enchanté de se dégourdir les jambes en marchant sur la terre ferme. Il alla avec André faire des commissions dans cette grande ville, qui est la plus considérable de la Bretagne et une de nos principales places de commerce. 

Mais le séjour fut de courte durée. On chargea rapidement sur le navire des pains de sucre venant des importantes raffineries de la ville, des boîtes de sardines et de légumes fabriquées aussi à Nantes, et des vins blancs d’Angers et de Saumur. Puis on redescendit le fleuve. On repassa devant l’île d’Indret où fument sans cesse les cheminées d’une grande usine analogue à celle du Creusot. On revit à l’embouchure de la Loire les ports commerçants de Saint-Nazaire et de Paimboeuf, où s’arrêtent les plus gros navires de l’Amérique et de l’Inde. Enfin on retrouva la pleine mer « 

Ce monde de la « Belle Epoque » avait bien entendu quasiment disparu dans les années cinquante et soixante du siècle dernier, dans la période emblématique des « Trente Glorieuses ». Mais lorsque, enfants, nous partions en vacances en juillet ou août, notre émerveillement, notre excitation et notre candeur étaient comparables à ceux d’André et de Julien, plus d’un demi-siècle auparavant…

Toute la famille était tassée dans la 2 Chevaux Citroën paternelle. Sur la banquette arrière, les quatre enfants tentaient de cohabiter pacifiquement, les pieds entravés dans les provisions de route ou les seaux de plage embarqués à la dernière minute. Les pelles et les râteaux ainsi que quelques jouets, qui n’avaient pas trouvé place dans le coffre surencombré remplissaient ce qui restait d’espace vide entre les sièges… La vitre arrière était évidemment en grande partie masquée par ce chargement hétéroclite…

Plus tard, une Simca Aronde puis une P 60 vinrent remplacer la pauvre « Deux Pattes » à bout de souffle. Mais l’encombrement de l’habitacle demeurait invariable… Et, dans les côtes un peu raides, notre père, cramponné à son volant, persistait à vouloir aider sa voiture alourdie qui manifestement peinait. A cette fin, il pensait qu’en l’accompagnant d’un étrange mouvement cadencé du buste d’avant en arrière, il lui fournirait l’impulsion secourable qui la soulagerait! En vain bien sûr… Mais l’auto finissait toujours par franchir la colline!

Ma mère, en ces circonstances, constatait invariablement, avec une ingénuité qui demeure touchante plusieurs décennies plus tard, qu’aucun véhicule ne nous suivait. Et nous, par jeu, nous notions, en nous chamaillant les noms des villages traversés et les numéros des départements des véhicules qui nous doublaient, dont les passagers nous regardaient effrontément comme des êtres bizarres.

Vacances 1953 Le Lion d’Angers

Jusqu’à la démocratisation massive des vols aériens intercontinentaux – en gros à partir des années quatre-vingt – il n’était en revanche guère question de partir hors de la métropole, dans les « colonies » du bout du monde, en Afrique ou dans les îles du Pacifique ou de l’Océan Indien. Les voyages au sein d’une Europe qui n’était pas encore communautaire, étaient rarissimes, sauf de brèves incursions à quelques kilomètres des frontières en territoire « étranger » (Allemagne, Italie et Espagne) lorsque nos lieux de vacances se trouvaient à proximité…

1958 Saint-Gilles Croix de Vie

Le passage de la douane nous impressionnait, surtout lorsque nos parents cachaient une innocente bouteille d’Izarra, qu’ils avaient décidé de soustraire au regard faussement inquisiteur d’un douanier peu regardant! On aimait se faire un peu peur!

Les « Trente Glorieuses » furent une période heureuse, une ère de plein emploi et d’une certaine redistribution des richesses qui, après les épreuves et les privations de la guerre, profita aux français de toutes les classes sociales, y compris des plus modestes, celle des ouvriers à laquelle appartenaient nos parents.

Ce sont dans ces années-là que furent ébauchés les principes du tourisme social, qui permit à des milliers de familles sans grands moyens financiers, mais soucieuses de culture et de loisir, de bénéficier de congés, à coût modéré, dans la plupart des régions de France, y compris les plus touristiques…

Juillet 1961 Albé

Les congés payés, fixés à quinze jours en 1936, avaient certes ouvert la voie. Mais leur passage à trois semaines en 1956 puis à quatre semaines en 1965 permit d’entrevoir des séjours plus lointains et plus longs en France, en particulier dans des « maisons de famille », puis dans des villages de vacances à vocation sociale, qui offraient aux familles, le gîte et optionnellement le couvert ainsi que la possibilité d’une animation spécifique pour les enfants et des pauses culturelles et ludiques pour les ados et les adultes…

Pour les familles ouvrières, ces vacances étaient l’occasion de se soustraire aux soucis du quotidien sans hypothéquer durablement leur budget et d’offrir à leurs enfants des loisirs de qualité. En septembre, à la rentrée scolaire, comme ceux des milieux bourgeois, ils pouvaient raconter leurs aventures de vacances dans les cours d’école…Ces congés d’été, c’était enfin l’occasion de tisser d’autres liens avec un monde à notre portée, qui fleurait bon le grand large ou l’ait vivifiant de cimes, hors du cadre contraint et étriqué du quartier, du centre aéré ou du patronage paroissial…

Pour les jeunes, ce contexte favorisait les rencontres et c’est ainsi que s’initièrent et se nouèrent leurs premières amours avec la complicité de la nuit tombante sur la plage abandonnée ou au détour obscur d’une sente de montagne. Ces flirts pudiques et ces timides marivaudages d’une soirée, les yeux dans les étoiles, constituent toujours, des décennies plus tard, les jardins secrets jalousement gardés dans lesquels les mêmes – nous-mêmes – devenus vieux, aiment encore se réfugier, les jours de déprime, alors que tous les protagonistes d’alors se sont depuis longtemps évanouis vers des horizons centripètes et ont disparu à jamais…

Pique nique en Auvergne 1963

Justement, que reste-il de ces vacances aujourd’hui?

Plus rien en apparence, sinon quelques photos de ces instants enchantés d’antan, retrouvées au hasard d’albums de famille pieusement légués par ceux qui nous ont quittés… Des photos qu’il n’est généralement pas besoin de commenter, mais qui confèrent au temps, par nature insaisissable, indéfinissable et qui d’ordinaire ne cesse de nous échapper, une dimension et un relief qu’on ne lui soupçonnait pas!

Comme si ces photos, muettes par essence, devenaient soudainement douées d’une dimension paradoxale intégrant dans un même mouvement tous les épisodes de nos existences. Comme si elles avaient ce pouvoir de nous faire entrevoir à la fois, le présent, le passé et l’avenir. Comme si, pour notre plaisir, le temps consentait à suspendre son vol » en harmonisant l’ensemble disparate de nos horloges intimes.

Troupeau de chèvres au Malzieu – août 1963

Ces photos de vacances – seulement quelques unes ici – ont ce pouvoir étrange de recadrer notre univers dans un ensemble plus vaste où le temps et l’espace s’amalgament et où il devient possible de revivre en boucle nos souvenirs d’enfance et d’adolescence, sans nostalgie excessive mais avec l’éblouissement de nos tendres années.

Et d’en éprouver le même bonheur qu’à l’époque où nous étions en culottes courtes…

Bien sûr, ce n’est qu’une sensation – presque une opinion en forme d’émotion – la mienne sur le clavier Azertyuiop de mon ordinateur !

Un instantané de mélancolie aussi: nous étions six joyeux drilles en famille sur les routes de France en ce temps-là, et nous ne sommes plus que trois à sauvegarder cette mémoire-là.

 

Avec la famille en Alsace -années 60 

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Elle était l’ultime représentante du mobilier parental de la salle de séjour du 6 bis rue de Messine à Angers dans les années soixante… Dernière également à être encore là, fidèle au poste dans l’appartement déserté de Massy où elle « siégeait » depuis près d’un demi siècle!

Fièrement, comme dans un dernier défi ou une ultime fanfaronnade avant liquidation, la pauvre chaise, usée par les ans et désormais inutile – encombrante –  mais toujours vaillante, se dresse sur le tas d’objets hétéroclites et de meubles fracassés qui demain, dès l’aube, partiront vers la déchetterie municipale…

En détournant le regard et en essuyant furtivement une larme, on l’a posé ici le cœur gros, un peu comme on l’aurait fait en abandonnant pour toujours entre les mains d’un vétérinaire, un vieil animal de compagnie, perclus de rhumatismes et incontinent, baveux et à bout de souffle!

Les nettoyeurs des espaces urbains, exécuteurs modernes des basses œuvres mettront ainsi un terme à son destin de siège, qui avait été scellé au cours des Trente Glorieuses. Après les restrictions et les malheurs de la guerre, son acquisition incarnait – modestement – un début d’aisance matérielle, avec la table marquetée et le buffet plat assorti en bois clair vernissé. On en n’était pas alors à s’insurger contre le consumérisme. Au contraire, on l’appelait de nos vœux, comme un des symboles de l’égalité républicaine et de la prospérité retrouvée. S’installer à son aise, c’était déjà gravir une marche de l’échelle sociale…

Demain, ses bois de chaise redeviendront anonymes avant d’être transformés en cendres fumantes …

Personne ne saura plus désormais que quatre – presque cinq- générations se sont assises dessus. Personne n’entendra plus ses craquements suspects. Personne ne témoignera plus de l’inconfort supporté par les enfants lorsqu’ils devaient y rester collés des heures, pendant ces interminables banquets de famille – réglés par la cuisson du gigot d’agneau et de ses mogettes – et arrosés de « coteaux du Layon », qui autrefois ponctuaient les fêtes familiales dans les provinces de l’Ouest.

Accessoire incontournable des communions « solennelles » d’antan, des retours de noces ou des fêtes religieuses, comme Noël ou Pâques, sa présence discrète attestait surtout du plaisir de se retrouver et de se tenir chaud face aux aléas de la vie.

Oui! Cette chaise fit partie de nous-mêmes en un temps où la famille se confondait encore avec la tribu.

Beaucoup des protagonistes de cette époque ont disparu et c’est désormais au tour de la chaise de définitivement s’évanouir sans bruit pour rejoindre nos souvenirs. Il y a d’ailleurs bien longtemps déjà qu’elle n’était plus en première ligne pour accueillir les postérieurs familiaux des grands-mères, des grands oncles ou des grandes tantes… voire des cousins, cousines et bien sûr des nôtres …

« Réserviste »de longue date, elle avait été remisée dans un coin de l’appartement… Hormis les jours de grande affluence, de plus en plus rares ces dernières années, où elle était mobilisée comme siège d’appoint, on ne la remarquait plus.

Depuis que ceux qui l’avaient acquise ne sont plus là, elle était devenue invisible. Ils étaient en effet presque les seuls à partager (encore) avec elle l’indicible mais prégnante nostalgie d’une époque révolue. Bon an, mal an, elle s’obstinait, malgré tout et à sa mesure, à être le miroir de leur jeunesse et à demeurer un témoin muet et branlant, presque obsolescent d’un passé qu’ils regardaient avec tendresse.

Elle est la dernière à quitter le navire… Désormais c’est Facebook qui comblera le vide. C’est dans l’air du temps!

Déjà les charognards s’activent autour d’elle! Peu de chance, cependant qu’ils s’y intéressent… Rafistolée -fût-ce avec amour – elle a peu de chance d’attirer le chaland sur une brocante dominicale ou un autre vide-grenier!

Adieu la chaise ! Ta place est désormais inoccupée, vide, complètement vide pour la première fois depuis quarante cinq ans. N’empêche que tu restes encombrante… Encombrante comme un reproche!

 

 

 

 

 

 

 

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