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Posts Tagged ‘Marie Thérèse Gallard-Taudin’

« Quatre fois vingt ans », c’est le cap que franchit ce jour -15 octobre 2018 – Rose l’Angevine, une des lectrices les plus assidues de ce blog, la plus prolifique en commentaires, et sans nul doute, une de mes plus avisées exégètes!

C’est aujourd’hui établi, Rose est bien angevine! Ce n’est d’ailleurs pas une découverte pour ceux qui se régalent de ses pertinentes incises, de ses précisions chronologiques et aussi de ses anecdotes toujours bienvenues sur l’histoire de notre famille…

Une « Angevine de la diaspora » sans doute, qui, bien que ne résidant plus dans la capitale des Plantagenêt(s) n’a cependant jamais vraiment quitté son Anjou natal!  Elle appartient en effet à cette génération qui, contredisant le tonitruant Danton, postule à bon droit qu’on peut « transporter sa patrie à la semelle de ses souliers »… Elle en est convaincue et sa vie en apporte la démonstration.

Désormais habitante du Pays nantais, c’est de Saint-Sébastien-sur-Loire – après avoir longtemps séjourné à Bouguenais, et auparavant dans la région parisienne – qu’elle exerce ses talents d’éditorialiste de ce blog, d’érudite et de conteuse de l’histoire familiale.

Jamais, son cœur, ancré dans les coteaux schisteux et les terres alluviales du val de Loire, ne déserterait le fief des comtes d’Anjou ou du Maine! Pas plus d’ailleurs qu’il ne saurait oublier le quartier Saint-Laud à Angers, celui de l’enfance de Rose, celui de « la Madeleine » ou le rocher de la Baumette.

Retraitée, Rose continue de consacrer une partie appréciable de son temps à rechercher dans les livres paroissiaux d’Ancien Régime – aujourd’hui numérisés – ou dans les registres d’état civil du dix-neuvième siècle, quelques rameaux inexplorés d’un arbre généalogique déjà passablement foisonnant. Elle n’a pas sa pareille pour y dénicher d’improbables cousinages sur les deux rives de la Loire angevine, dans le Bas-Maine ou dans les Mauges…

Et même au-delà, si nécessaire ou en cas d’affinité « élective »!Mais toujours avec la rigueur et l’exigence d’une généalogiste patentée.

Et elle s’adonne à cette tâche avec la même passion juvénile, le même enthousiasme de chercheuse ou la même émotion qu’il y a dix, vingt, trente ou quarante ans!

Évoquer ceux des siens qui périrent durant les Guerres de Vendée, se souvenir des drames qui affligèrent ses aïeux mais également honorer leurs actes de bravoure au cours des conflits meurtriers auxquels ils durent participer, relève pour elle, d’une même et ardente obligation de sauvegarde de la « mémoire »! Et ce, pas seulement pour le plaisir de se bercer des malheurs du passé, mais pour transmettre leur exemple aux générations futures, au cas où elles consentiraient encore à s’en saisir.

Son projet se résume en fait, au travers de l’existence de ceux dont nous sommes issus, à conserver autant que faire se peut, un patrimoine familial fragilisé par les coups de boutoir d’une modernité devenue non seulement amnésique mais indifférente au terreau ancestral qui l’a porté…

Dans ce contexte, ignorer cet héritage culturel – alors qu’on assiste au saccage de notre histoire nationale noyée dans une repentance dévastatrice de notre passé – c’est s’exposer à ne rien comprendre à ce qui a forgé notre identité. C’est abandonner les références d’une civilisation faite de valeurs et de principes, dont on n’ose plus être fier, ni affirmer, au moins sous nos latitudes, son indiscutable supériorité pour interpréter le monde et vivre ensemble sans sombrer dans la barbarie!

Pour elle, cette préservation patrimoniale s’impose d’urgence, d’autant que les contraintes de notre époque, interdisant dorénavant la cohabitation de plusieurs générations, brouillent la transmission de la mémoire et l’image du passé.

Il est essentiel dans ce contexte que des personnes comme Rose l’Angevine se dressent contre ces dérives qui mènent à la régression, et qu’elles s’investissent du rôle de gardiennes d’une certaine tradition. Laquelle va de pair avec un art de vivre provincial que personne de bon sens ne souhaite abandonner sous la pression obscurantiste ambiante. C’est sans doute aussi le prétexte à toutes les nostalgies mais c’est surtout le garant d’un avenir qui refuse délibérément les tendances autodestructrices et mortifères d’une violence moyenâgeuse en grande partie importée. Rose incarne la douceur angevine et la tempérance assimilatrice au sein de la République, là où d’autres préfèrent la confrontation des cultures qu’ils masquent sous le terme équivoque faussement inoffensif de  » multiculturalisme »!

Première fille et dernière des trois enfants de Germaine Turbelier (1896-1990) et de son époux Michel Joseph Gallard (1896-1962), un combattant et héros de la première guerre mondiale, officier de réserve et blessé, elle vit le jour à Angers le 15 octobre 1938, dans le quartier Saint-Laud, non loin de la gare du même nom.

On la prénomma Marie Thérèse Germaine Adrienne. « Germaine » comme sa mère, et « Adrienne », comme sa jeune marraine, Adrienne Turbelier (1923-2018)…Laquelle était sa cousine (germaine) et devint ultérieurement ma mère.

Ainsi, née juste avant la seconde guerre mondiale, elle sait tout des tragédies du siècle dernier, d’une part par les témoignages de ses proches et d’autre part par sa propre perception des événements…

Au cours de sa petite enfance à Angers pendant l’occupation allemande, elle fut en effet bercée – fût-ce de manière inconsciente – par les échos de la guerre. Son père, lieutenant de réserve fut en effet mobilisé dès septembre 1939, moins d’un an après sa naissance, puis démobilisé, la débâcle consommée, un peu plus d’un an plus tard ( décembre 1940) et de nouveau appelé sous les drapeaux en 1945…

A l’instar de tous les enfants de son quartier, on peut penser que son sommeil de petite fille d’à peine six ans ans, fut fortement perturbé dans la nuit des 28 au 29 mai 1944 par le mugissement des sirènes de la DCA allemande et par le vrombissement des bombardiers Lancasters de la Royal Air Force, lorsqu’ils déversèrent des centaines de tonnes de bombes et d’explosifs illuminant le ciel angevin à quelques centaines mètres du chemin des Musses où elle habitait à Angers, détruisant la gare toute proche et de nombreux immeubles alentour…

Ce traumatisme est toujours présent, comme en atteste cette partie d’une fresque en patchwork (ci-dessous) dédiée à la Résistance, qu’elle réalisa dans les années 2000. Elle y montre, comme si c’était encore l’actualité du jour, les dégâts occasionnés lors de cette nuit d’horreur de la Pentecôte 1944, qui causa la mort de plusieurs centaines d’Angevins.

« Quatre fois vingt ans » c’est l’âge actuel de Marie Thérèse, alias Rose l’Angevine, mais c’est aussi le titre d’un livre de mémoires, publié en 1974 par l’académicien et écrivain Jacques Chastenet (1893-1978)…

S’il fallait situer sa naissance dans cet ouvrage oublié, ce serait au chapitre XI intitulé « Les nuages crèvent » qu’on placerait son premier vagissement !

Traitant de l’année 1938, l’auteur qui fut diplomate et journaliste, décrit la montée des périls en Europe et la marche accélérée vers une guerre voulue par Hitler, que les puissances occidentales timorées ne sauront pas enrayer.

Le début de l’année 1938 fut marqué par l’Anschluss, c’est-à-dire l’annexion de l’Autriche par les nazis. Le deuxième semestre fut encore plus dramatique et moralement condamnable puisqu’il consacra le piteux abandon à Hitler de la Tchécoslovaquie par les démocraties occidentales – dont la France et l’Angleterre – à Munich les 29 et 30 septembre 1938….Une quinzaine de jours seulement avant la naissance de Marie-Thérèse!

Autant dire qu’à l’époque, ce n’est pas tant les fées qui se penchaient sur les berceaux des nouveau nés, que les sombres présages qui s’accumulaient dans une France vivant les derniers avatars d’un Front populaire dont on ne rêvait plus parce qu’il s’était détourné de ses utopies initiales de justice sociale et avait trahi ses engagements de 1936. C’est cependant dans cette période que le roman d’André Malraux « l’Espoir » publié en décembre 1937, et qui relatait les débuts de la guerre d’Espagne du côté républicain, fut disponible dans les librairies angevines! Sans pour autant réveiller les consciences républicaines endormies.

Vint ensuite le temps de la guerre, puis de la défaite française, de l’occupation avec ses privations et ses cruautés , et enfin de la Libération en août 1944, de l’exaltation des populations, à laquelle une petite fille ne pouvait être insensible, et de la Quatrième République…

Toute l’enfance de Marie-Thérèse ainsi que de sa scolarité au collège de l’Immaculée Conception et ses premiers pas dans la vie professionnelle à la Chambre de Commerce d’Angers, s’inscrivent dans cette période qui inaugure  » les Trente glorieuses » …

Ananas – Patchwork offert à Syllia, sa petite fille

L’année de ses vingt ans -1958 – marque le retour aux affaires du Général de Gaulle et de son élection comme président de la République au mois de décembre. En juin, il avait prononcé le fameux et ambiguë  » Je vous ai compris » devant une foule en délire à Alger depuis le balcon du Gouvernement Général.

C’est aussi l’année de la mort du très conservateur et contesté pape Pie XII et de son remplacement par un prélat italien, ancien nonce apostolique en France, Angelo Giuseppe Roncalli, sous le nom de Jean XXIII. Lequel sera l’initiateur du concile Vatican qui réforma l’Eglise catholique…

Ce fut un événement important dans les provinces de l’Ouest, singulièrement en Anjou, où le catholicisme, par ses rituels et l’exercice séculaire du culte romain, encadrait étroitement et rythmait la vie quotidienne de populations qui, sous la Révolution, avaient pris les armes pour défendre leur conception de la liberté religieuse, et qui, en 1906, s’étaient barricadées dans les églises pour s’opposer « aux inventaires ».

Mais au delà de l’Au-delà,  la jeune femme ne fut certainement pas insensible, cette année-là à la sortie au cinéma « Les Variétés » sur le boulevard Foch – à moins que ce fût au Palace ou au Vauban – du film de Jacques Tati, « Mon oncle »…

Il n’est pas certain en revanche qu’elle se sentit vraiment concernée par le beau parcours de l’équipe de France de football en Suède lors de la coupe de monde, remportée par le Brésil grâce à un joueur d’exception de dix-sept ans, Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé!

Les années soixante qui suivront seront celles du décès de son père en 1962, puis de son mariage en 1963 avec un « Gadzarts », talentueux ingénieur de l’école nationale supérieure d’Arts et Métiers d’Angers. Ils eurent deux garçons nés respectivement en 1963 et 1968, et aujourd’hui médecins!

Automne patchwork

En 1978, l’année de ses « deux fois vingt ans », Rose qui s’intéressait déjà activement à la généalogie, occupait une partie de ses temps libres dans les salles de consultation des services d’archives départementaux, à feuilleter d’antiques registres où elle respirait la poussière des presbytères de jadis et pouvait effleurer les maladroits paraphes de ses ancêtres.

Pour ce travail parfois fastidieux, elle mobilisait sa famille, ses enfants jusqu’à sa mère Germaine qui d’ailleurs y prit goût! J’ai conservé de cette époque, les longs tableaux synthétiques de noms qu’elle avait collectionnés à la suite de ses recherches, et classés sur les multiples branches de notre arbre généalogique commun…Et ses démonstrations de parenté!

Elle me les adressait régulièrement, avec ses remarques jubilatoires quand la trouvaille était d’importance à ses yeux, et assorties des copies des actes d’état civil photocopiés… que j’ai aussi archivés.

1978, ce fut également l’année de la disparition de Jacques Brel, de Claude François et du navigateur Alain Colas qui périt en mer avec son trimaran Manureva pendant la Route du Rhum! Ce fut également celle du naufrage de l’Amoco Cadiz au large de la Bretagne, dont la pollution des côtes par le mazout reste gravée dans les mémoires comme une des premières catastrophes environnementales qui ait ému l’opinion publique!

L’année de ses « trois fois vingt ans » – 1998 – fut celle des « 35 heures » et des RTT, dont Rose ne profita guère, m’a-t’elle dit, un jour!

Mais c’est à elle qu’il revient d’évoquer cette époque et les épreuves de tous ordres, qu’elle dut alors courageusement affronter et qu’elle sut surmonter. Ces « misères » et ces temps de souffrance intime couvrirent plusieurs années à la charnière du vingtième au vingt-et-unième siècle…

Extrait du Patchwork Résistance – Les sanglots longs des violons de l’automne

Nous ne retiendrons ici que les trois ‘passions » versus « Violons d’Ingres », qui probablement furent des viatiques essentiels en complément de son volontarisme et de sa force de caractère, pour envisager la vie sous un jour nouveau, après la phase des tempêtes:

La généalogie, le Québec et le patchwork…

Sans compter le soutien des cercles d’amis fidèles qu’elle se constitua en ces occasions, sur les deux rives de l’Atlantique… Cette période fut ponctuée, notamment (mais pas seulement) dans le cadre de l’Association Québec-France et de l’association Loire-Mauges-Québec dont elle est une fidèle adhérente, de plusieurs voyages dans la Nouvelle France, dont le plus récent de cinq semaines au cours de l’été 2017…

Le temps a passé! Quatre vingts ans se sont écoulés depuis ce samedi 15 octobre 1938.

D’après les relevés météo de l’époque, la journée fut globalement ensoleillée et douce sur Angers, avec toutefois de forts brouillards en matinée et quelques frimas à l’aube dans les campagnes. Un temps exceptionnellement tempéré pour un mois d’octobre. Mais en décembre la Loire – notre Loire – était figée dans des blocs de glace…

Ce samedi 15 octobre 1938, le Petit Courrier, quotidien local d’information mentionnait qu’un Salon de la T.S.F. s’ouvrait à Angers salle Chemellier. On peut penser que Joseph Michel Gallard, son père, passionné de radiophonie – à moins que ce fût l’aîné de ses frères –  y fit un tour pour admirer « la gamme des appareils modernes de radiodiffusion, « des plus simples ou plus luxueux » présentés pour la circonstance par les vingt-et-une firmes présentes, toutes angevines ».

Depuis ce jour, la planète bleue a parcouru quatre vingts fois son orbite sur le plan de son écliptique autour du soleil! Une broutille à l’échelle de l’univers.

Pour Rose, pour Marie Thérèse, la vie continue, avec la même intensité et la même curiosité, et pour très longtemps encore!

Albert Einstein, le maître de nos horloges n’écrivait-il pas à sa sœur  :  » Pour ceux d’entre nous qui croient en la physique, la distinction entre passé, présent et futur n’est qu’une illusion obstinément persistante »… Autant donc faire comme si le temps n’existait pas, et s’en jouer durablement… C’est le vœu qu’on peut former pour Rose en ce jour…

Très bon anniversaire, Rose, et merci! 

Très bon anniversaire, Marie Thérèse, notre cousine. 

Fresque sur la Résistance – Pachtwork Marie-Thérèse Taudin-Gallard

PS:

les illustrations de ce billet sont des échantillons des œuvres de patchwork, réalisées ces dernières années par Marie Thérèse Gallard-Taudin, alias Rose l’Angevine.

Un billet du 8 octobre 2013 mis en ligne sur ce blog signalait « Les trois quarts de siècle de Rose l’Angevine »

 

 

 

 

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