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Posts Tagged ‘mariage’

Il n’est pas rare qu’au hasard de mes pérégrinations ou de mes escapades buissonnières dans les registres paroissiaux d’Ancien Régime des villages du Maine-et-Loire, je tombe sur un acte de sépulture ou de baptême, ne comportant que le prénom de l’intéressé(e), précédée ou suivie de la mention « illégitime »…Quand il s’agit d’un baptême, le bébé est souvent présenté au curé par une « matrone », une « sage-femme » ou une « accoucheuse » et parfois l’identité de la mère est indiquée…L’illégitimité résulte, non de la méconnaissance de l’identité maternelle, car dans cette hypothèse l’enfant aurait été qualifié de « trouvé » mais de l’absence d’un père officiel, c’est-à-dire d’un homme qui puisse être qualifié de « père » du fait de ses liens maritaux avec la mère. Un enfant illégitime était donc un enfant né « hors mariage ». Au sens littéral, il était « hors la loi »! Ce qui ne signifiait pas pour autant que le géniteur fût inconnu… Simplement, le « séducteur » bénéficiait du bénéfice du doute et de la complicité machiste du corps social d’alors. On taisait son nom.

En revanche, les curés, qui, parfois, étaient peut-être  les heureux bénéficiaires des faveurs de la mère, prenaient un malin plaisir à lui faire supporter la « faute » . Aussi, outre son nom, son statut matrimonial figurait sur l’acte. Ainsi, n’hésitaient-ils pas à signaler avec une petite pointe de sadisme, le veuvage de la fautive lorsque c’était le cas. Mieux, ils ajoutaient le patronyme du défunt mari, afin que nul n’ignore qu’il était devenu, en quelque sorte, un cocu à titre posthume!

La pauvre femme, considérée comme une paria, régulièrement bannie et rejetée par sa propre famille, devait pour survivre se livrer à la mendicité, à la rapine, voire à la prostitution, allant parfois jusqu’à vendre ses charmes à ceux-là même qui étaient à l’origine de sa situation. Ainsi stigmatisée  du sceau d’infamie, elle menait une vie misérable. Elle conservait, malgré tout, une existence légale.

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Cependant, il y avait pire que le sort réservé aux mères!  Celui des gamins ou des gamines, issu(e)s de ces unions socialement prohibées et donc « illégales ». Leur sort était encore moins enviable… Tout bonnement privés d’identité, ils traînaient leur misère, leur vie durant, affligés du poids des conditions de leur conception, comme s’ils étaient responsables de leur origine socialement « honteuse »! Comme si, par un retournement curieux de la charge, la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde venu d’horizons illicites était le résultat d’une action volontaire et perverse de leur part!

D’emblée, avant même d’avoir pris conscience d’eux mêmes et d’avoir émis leurs premiers gazouillements, ils appartenaient à la catégorie des sous-hommes condamnés par nature à la marginalité. Fauteurs – malgré eux – de trouble à l’ordre moral, ils devaient  éternellement payer au nom d’un ordre public intolérant et injuste, dont les curés des paroisses étaient les gardiens vigilants.  Le tableau était différent et beaucoup moins tragique pour les bâtards des princes et des rois…

Ces naissances « illégitimes » n’étaient heureusement pas trop fréquentes, car, en dépit d’une féroce et cruelle répression, les paysannes ou les filles du peuple, « illégalement » enceintes, s’efforçaient, autant se faire que peu, d’interrompre leur grossesse. Souvent au péril de leur vie, elles confiaient leur destin aux mains crasseuses d’avorteuses ou de « faiseuses d’anges » qui n’hésitaient pas à les dénoncer lorsque l’affaire tournait mal. En tout état de cause, les risques pour ces malheureuses « parturientes » étaient extravagants et aboutissaient classiquement à la mort.

Selon les historiens de l’Anjou, les naissances illégitimes représentaient environ un pour mille de l’ensemble des naissances dans les campagnes angevines et probablement un peu plus dans les grandes agglomérations comme Angers…

Les enfants qui survivaient n’avaient guère d’autre choix que de fuir leur village, de s’enrôler dans les armées royales, ou plus prosaïquement de devenir les journaliers pour les travaux agricoles les plus pénibles. Autrement dit, ils avaient juste le droit de devenir les esclaves des autres villageois, c’est-à-dire de ceux qui avaient le droit de vivre au grand jour et qui pouvaient se prévaloir d’une identité propre et prétendument honorable.

Beaucoup de ces exclus recherchaient dans le brigandage, une reconnaissance qu’ils n’auraient su acquérir autrement, voire une certaine dignité et en tout cas un moyen de vivre. Ils terminaient souvent  leur vie au bout d’une corde… Mais quel autre destin envisager lorsqu’on est, constamment, montré du doigt et privé pour toujours du droit de s’intégrer « légalement » dans la société?

Finalement, ils mouraient comme ils étaient nés, « anonymes »… Ainsi en atteste, parmi tant d’autres exemples, l’acte de sépulture découvert tout récemment au cours d’une de mes recherches « numérisées » sur le village de Montreuil-sur-Maine, où mon attention a été attirée par un certain « Clément » un homme de vingt cinq ans, décédé le 9 février 1771  dans ce village riverain de la Mayenne, berceau d’une partie de ma famille paternelle. Sur l’acte assez laconique,  rédigé par le curé, sont mentionnés deux témoins, un journalier, Jean Renou et un cordonnier Mathurin Corbin. Ces deux-là sont peut-être des amis du défunt, ou simplement des passants qui se trouvaient là et qui avaient découvert le cadavre. On n’en saura rien, car rien n’est dit sur les circonstances de cette disparition étrange d’un jeune adulte dans la fleur de l’âge. On ne saura rien sur son nom, ni évidemment sur sa filiation! Et aucun généalogiste ne se penchera sur ce dossier sans issue.

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Montreuil-sur-Maine 1771 (AD49)

Des milliers de personnes furent ainsi effacées à jamais de la mémoire humaine, par malchance d’être nées en dehors des standards du temps. Le code civil de 1804 n’a nullement réparé les torts qui leur furent causés. D’illégitimes, ils sont devenus « naturels », ou « adultérins », mais rien ne changea fondamentalement en dépit des « droits de l’homme » de 1789 …Il faudra attendre le début du 21ème siècle pour qu’ils puissent jouir de mêmes droits que ceux des enfants légitimes, y compris en matière d’héritage! Il faut dire qu’en France, les naissances hors mariage se sont multipliées dans des proportions exponentielles depuis un demi-siècle, et que le maintien d’un statu quo réactionnaire devenait impossible…

En ces temps de commémoration, il ne reste plus qu’à apposer une plaque aux enfants illégitimes, qu’aucun jamais ne pleura, et ne chercha à revendiquer comme un des siens. A quoi bon, se souvenir de ce qui n’a pas lieu d’exister?

Mais les temps changent: les exclus pour cause de sexualité hors mariage ont quasiment disparu des radars, et ils sont remplacés par d’autres exclus, ceux de l’exode et de la misère… qui vivent aussi dans l’illégalité. Que faire? Eux aussi sont « illégitimes » !! De nos jours, on dit plutôt, « irréguliers ».

 

 

 

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Moins de six jours avant l’armistice qui mettait fin aux hostilités de la Grande Guerre, le mardi 5 novembre 1918 à 10h30 du matin, un obscur adjoint au maire d’Angers présidait au mariage de Gustave Boussemart (1891-1938), plombier célibataire né à Flers-Lille dans le Nord, « mobilisé au 328ième Régiment d’infanterie et décoré de la Croix de Guerre » avec Juliette Turbelier, couturière, née à Angers.

Les deux mariés sont tous les deux majeurs, lui est âgé de vingt-sept ans et elle de vingt-trois. Lui est un poilu et il a payé de sa personne, car il a été blessé au combat et gazé. Et, c’est probablement, en raison de ses blessures et de son héroïsme aux avant-postes dans les tranchées, qu’il a obtenu la « Croix de Guerre », réservée alors aux « plus vaillants des soldats » !

Mais à quelque chose, malheur est bon, car c’est dans un des hôpitaux militaires auxiliaires installés à Angers, que Gustave effectua sa convalescence et qu’il rencontra Juliette qui assistait, comme « fille de bonne famille », les religieuses dans les soins prodigués aux soldats. Et sans doute, qu’elle réussit à en dérider au moins un, avec plus de succès affectif – sinon médical – que le bal des cornettes aux grands sarraus blancs des demoiselles consacrées à Dieu.

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En tout état de cause, ils s’aimèrent ! Et une fois que Juliette eut surmonté la grippe espagnole qu’elle contracta comme beaucoup en 1917, ils se marièrent. La rumeur disait qu’ils « avaient fait Pâques avant Carême » et peut-être que la rumeur, pour une fois, n’avait pas tort!

Lors de l’échange des consentements le 5 novembre, ils habitaient  tous les deux au 21 rue Desmazières à Angers, chez Alexis Turbelier et Augustine Dureau, les parents de Juliette – accessoirement mes arrière-grands-parents. Juliette Turbelier (1894-1966) était par conséquent ma grand-tante !

Ce 5 novembre 1918, l’ambiance est plutôt au beau fixe à Angers, comme en attestent les  « Unes » du Petit Courrier, le quotidien local. Déjà on entrevoit la fin du conflit et le journal qui « connait la vie » n’hésite plus à passer des pubs pour des comprimés Gibert qui soignent de la syphilis ! (Rien à voir avec le libraire du Boulevard Saint-Michel)

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Seule ombre au tableau, en ce jour de fête familiale, la famille du marié est absente car elle demeure en arrière du front côté allemand, dans un territoire « occupé par l’ennemi ». C’est la raison pour laquelle il est précisé dans l’acte de mariage, que le père et la mère de Gustave, non présents ont été « dispensés par le Président du Tribunal Civil d’Angers » en date du 8 octobre 1918, de donner leur consentement au mariage de leur fils. Consentement requis par le code civil depuis Napoléon 1er… Les parents de Juliette, eux, étaient, présents et consentants…

Ainsi, à la lecture de cet acte et de bien d‘autres que j’aurais pu citer, notamment ceux du mariage de mes propres grands-parents – tous en fait – il apparait qu’il fut un temps en France, du début du 19ième siècle jusqu’en 1933 (sous réserve), où le consentement de deux personnes majeures, y compris de héros de la Nation, n’était pas suffisant pour contracter une union, c’est-à-dire, pour parler crûment, avoir officiellement le droit d’entretenir des relations sexuelles. Et d’autres choses, bien sûr !

Des tiers, en l’occurrence, leurs parents avaient légalement un droit de regard et même de « veto » puisqu’ils devaient donner leur accord explicite… Tout se passait au fond comme si ces deux personnes majeures en principe, libres et manifestement consentantes, étaient en fait considérées comme mineures ! Heureusement cette clause infantilisante a disparu depuis longtemps du code civil.

Mais voilà qu’avec les « meilleures intentions du monde » le diable ressort de sa boite !

Au motif légitime et impérieux de lutter contre les insupportables réseaux de prostitution, contre le trafic d’êtres humains et contre l’esclavage moderne, on nous dit que mêmes « librement » consentis les rapports sexuels entre deux personnes majeures vont prochainement devenir délictuels – mais paradoxalement pas illégaux!  – dès lors qu’ils seront tarifés. Et la sanction de l’illégalité s’abattra sur les clients de ces « prostituées « et le cas échéant – par la grâce d’un amendement parlementaire souhaitable – … « de ces prostitués ».

Je n’oserai évidemment pas avancer la moindre opinion, ni porter un quelconque jugement de valeur sur cette initiative parlementaire, comme le font avec courage et justesse certains journalistes comme Elisabeth Levy, ou philosophes, y compris féministes comme Elisabeth Badinter, car, à l’écoute des médias, j’ai compris que quoiqu’on dise, on a vite fait de se retrouver dans le camp des complices de proxénètes, des esclavagistes, des jouisseurs impulsifs ou des pervers sexuels… Et chacun qui s’exprime, est d’abord sommé de dévoiler publiquement les arcanes secrets de son intimité et de ses fantasmes. En gros, d’avouer ses fautes ! Le ministre Arnaud Montebourg est la dernière victime VIP en date de cette transparence malsaine, maquillée en canular. Il a – prétend-on – avoué avoir pratiqué !

Les « vigiles de la pensée » et des comportements veillent au grain, toujours prêts à dégainer la morale au premier propos qu’ils ou elles considèrent comme litigieux, déviants et donc nécessairement insultants pour les femmes. Aussi, comme tout mec, je suis sur mes gardes. Même si, comme Elisabeth Badinter, je pense que l’Etat a mieux à faire que de légiférer sur les comportements sexuels, dès lors qu’ils ne portent pas préjudice à l’intégrité physique des personnes, qu’ils ne reposent pas sur la violence à l’encontre d’autrui et qu’ils ne mettent pas odieusement en cause des enfants.

Je m’abstiens prudemment de me prononcer, même si, comme les deux Elisabeth, je pense, contrairement à la vulgate moralisante, que la défense de la liberté d’être est un principe qui ne se négocie pas à l’aune d’exemples d’oppressions intolérables et de suggestions scandaleuses. Le quantitatif ne doit jamais prendre le pas sur le qualitatif. L’Etat a certainement d’autres sujets plus urgents et essentiels de préoccupation, que de spéculer en Diafoirus du pénis sur le caractère dominateur ou non de la sexualité masculine.

Mais afin d’éviter tout dérapage verbal, je ne me prononcerai pas formellement sur cette initiative , comme l’ont fait de manière téméraire les « 343 salauds », sauf à proclamer, comme tout le monde – ainsi qu’eux d’ailleurs – qu’au « pays des droits de l’homme », l’exploitation contrainte du corps d’un ou d’une autre est haïssable et doit être sanctionnée sans faiblesse, quel que soit le sexe des délinquants ou des criminels. Surtout les parties du corps plus spécifiquement dédiées à la sexualité, car pour le reste, tout salarié sait que son corps ne lui appartient plus tout-à-fait pendant les heures de travail.

A cet égard, si l’objectif est de lutter contre les déviances inadmissibles de la prostitution en réseaux, il conviendrait avant toute chose de châtier avec rigueur les passeurs ainsi que les proxénètes, et même, préalablement, de commencer à les traquer sérieusement plutôt que de faire semblant. Une bonne mesure, préconisée par ceux qui veulent faire avancer efficacement, la résolution de ces fléaux, serait par exemple de garantir la protection à celles – ou ceux – qui dénoncent leurs souteneurs. Et pas de mettre en place des règles liberticides qui ne règlent rien, comme de sanctionner l’un ou l’autre des partenaires majeurs et libres d’un acte sexuel consenti. Fût-il rémunéré.

En tout état de cause, j’observe que cette future loi qui transforme tout « mec » en pervers sexuel potentiel, sera probablement la première à prohiber le « commerce » entre deux personnes majeures « identiquement » responsables s’apprêtant d’un commun accord à accomplir – certes contre rémunération – un banal acte « pratiqué » depuis la nuit des temps, par la plupart des espèces animales. On nous dit qu’aux termes de cette loi, le corps « humain » ne pourrait plus en principe être un enjeu d’une quelconque transaction …monétaire ! Acceptons-en l’augure! Mais avec scepticisme lorsqu’on observe parallèlement la pression qui s’exerce sur d’autres types de transactions  portant sur le corps ou des parties du corps humain, comme la gestation pour autrui, les mères porteuses ou le don d’organes etc.  Elles ne relèvent pas encore en France de l’économie de marché, mais qui peut prétendre que cette heureuse disposition perdurera, alors qu’on assiste quotidiennement à la promotion médiatique, via par exemple des séries télévisuelles, de florilèges de pratiques inadmissibles téléguidées par des mafias internationales, plus proches de nous que l’on ne s’imagine, en dépit de nos vertueuses commissions de déontologie.

Le monde est devenu bien étrange et d’une grande complexité ! Et d’une grande hypocrisie lorsqu’on cherche à fabriquer des faux coupables pour apaiser l’opinion ou masquer les vrais problèmes…

J’ai, en tout cas, tendance à me méfier quand j’entends les propos de certaine haute responsable politique – ministre – proclamer avec un beau sourire à la fois angélique et carnassier, qu’il ne s’agit pas tant de punir – « punir » un mot qui devient juridiquement correct – les usagers de la prostitution, que de les éduquer ! Ça me rappelle l’époque lointaine où je voisinais dans une résidence universitaire d’Ile de France, avec un étudiant exilé, militant du « Kampuchéa démocratique », qui tenait des propos analogues à propos des déviants cambodgiens inféodés « honteusement » à l’impérialisme américain. Des années après la fin de la dictature sanglante des khmers rouges, j’ai appris, par hasard à la radio, que mon gentil donneur de leçons de morale avait exercé ses talents comme responsable d’un camp de rééducation, autrement dit d’un camp de la mort !

Comparaison n’est pas raison, mais je ne peux m’empêcher de réprimer une sorte de réflexe de frayeur lorsque d’aucuns s’avisent de modifier des comportements humains par la répression et la contrainte, surtout quand ils mettent en avant, pour la rendre digeste, les aspects pédagogiques ou sanitaires de leur démarche ! Faisant appel à des sommités de la science médicale, tout heureux, pour une fois, de faire la pub  de leur discipline!

Je me garde toujours d’applaudir lorsque les garants de « l’ordre public » – les politiques élus – se muent en moralistes et qu’ils veulent anticiper les évolutions de la morale collective en imposant leurs propres vues. Et ce, même si je peux parfois en partager certains attendus.

Par ailleurs s’agissant du sujet en cause, il se trouve qu’ayant connu dans un engagement politique antérieur, une des « nouvelles » députés à l’origine de cette proposition de loi, je ne suis guère étonné qu’ayant été élue dans la charrette présidentielle et n’ayant pas d’autre idée ni d’autre mission, que de « godiller » sagement, elle profite de l’aubaine pour tenter d’exister en faisant passer des obsessions androphobes qu’elle cultivait déjà, il y a plus d’un quart de siècle. On avait le sentiment avec elle que la bise « conventionnelle » entre « chers collègues » s’apparentait à un « baiser de Judas ». Judas un sale traitre mais surtout un mâle chafouin !

Au nom du principe de précaution – disons de prudence, en l’occurrence – je ne prendrai pas parti sur le fond de ce projet  – disons de cette croisade « courageuse » – qui vise à libérer la femme de l’oppression sexuelle du mâle. Mais je formule un autre constat : étrangement aux regards de nos principes, cette future loi est conçue comme inégalitaire puisqu’elle placera sur des plans différents deux citoyens constitutionnellement indifférenciés et égaux en droit. Mais de sexes différents ! Bonjour la parité.

Je voudrais terminer cette analyse dont je mesure la superficialité par un dernier constat empreint à notre histoire : ce refus d’admettre comme licite le simple consentement de deux partenaires libres et majeurs est une configuration que « nos mères la morale » nous présentent comme innovante, progressiste et libératrice. En fait, comme je l’ai montré par mon exemple du début, c’est un retour masqué à des pratiques ancestrales, où la liberté de convoler à leur guise était niée pour deux tourtereaux majeurs !

Mais, comme disait le duc d’Elbeuf ….

mar. Juliette Turbelier et Gustave Boussemard (t)

Les mariés de 1918 …

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Ce n’est qu’exceptionnellement que mes billets se réfèrent à l’actualité immédiate. Encore moins à l’actualité familiale. Mais toute règle souffre de dérogations. Il se trouve que j’en pose une ce jour pour signaler que le 8 décembre 2012 mes parents, Maurice et Adrienne Pasquier, qui – à plusieurs reprises firent de furtives apparitions dans ce blog – fêtèrent leurs noces de « palissandre », c’est-à-dire leurs 65 années de mariage… Un bail qu’ils répétèrent à l’unisson et, avec eux,  leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants qui les accompagnèrent pour commémorer l’évènement.

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La fête débuta en cercle restreint dans un restaurant berbère de Massy, placé sous l’égide de Saint Augustin, le fameux évêque d’Hippone qui, au 4ème siècle, s’interrogeait dans ses Confessions, sur le temps qui passe et sur sa nature : « Qu’est-ce donc que le temps? – écrivait-il – Si personne ne me le demande, je le sais; mais que je veuille l’expliquer à la demande, je ne le sais pas!  Et pourtant – je le dis en toute confiance – je sais que si rien ne se passait, il n’y aurait pas de temps passé, et si rien n’advenait, il n’y aurait pas d’avenir, et si rien n’existait, il n’y aurait pas de temps présent. »

La fête se poursuivit ensuite dans l’intimité du domicile familial, où tous communièrent devant les bougies, le champagne, le vin d’Anjou et les gâteaux de rigueur, ainsi que les pâtes de fruit et les « chamallows » (pour les plus petits) !

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A cette occasion, mon père, dans un propos émouvant, rappela les circonstances de leur rencontre à Angers en 1945 dans le mouvement de la jeunesse ouvrière chrétienne, où l’un et l’autre, en dépit de leur jeune âge, exerçaient des responsabilités, par défection de plus anciens enrôlés dans le STO ou déportés…

De l’année 1947, il rappelle que ce fut pour lui, une année d’espoir et de bonheur, malgré les difficultés et la pauvreté qui régnait un peu partout dans cet après-guerre où il fallait tout reconstruire… L’année 1947, la première de la 4ième République fut marquée par l’élection du premier président de cette nouvelle République, Vincent Auriol. Elle fut aussi une année agitée, où,  certains craignirent – à tort ou à raison – que la France, pansant ses plaies de la guerre, tombe, presque par fatalisme, sous influence soviétique, tant le parti communiste de l’époque, encore stalinien, et sa courroie de transmission la CGT étaient puissants.

Le parti communiste, qu’on appelait aussi « le parti aux 75000 fusillés », auréolé de sa résistance à l’occupant nazi – à partir de 1941 – recueillait plus de 28% des suffrages aux élections législatives du printemps 1947. Tandis que dans le même temps, la droite sous la bannière du RPF créé par le général de Gaulle pouvait se targuer de ses 36% de suffrages aux municipales de l’automne.

La France était donc profondément divisée et les restrictions de la guerre demeuraient d’actualité, notamment les cartes d’alimentation. C’est d’ailleurs cette morosité ambiante et la persistance de lourdes incertitudes sur l’avenir, qui provoquèrent à l’automne de grandes grèves chez Renault nationalisé, dans les mines du Nord et de l’Est, dans l’électricité également nationalisée, et dans les transports ainsi que d’une manière générale,  dans les principaux secteurs d’activités stratégiques. Le gouvernement de Robert Schuman qui avait succédé au cours de l’année à celui de Ramadier , craignait que le parti communiste, écarté du gouvernement, où il siégeait depuis la libération cherche à provoquer des mouvements insurrectionnels … C’est en tout cas, le motif qui fut invoqué pour rappeler les réservistes de l’armée … Au cas où !

Mon père qui venait juste d’achever son service militaire comme sergent au camp de Meucon près de Vannes, fut rappelé dès le lendemain de son mariage… Outre le fait que cette mobilisation était particulièrement malvenue, la perspective d’avoir à mâter des grèves ouvrières lui était insupportable. Elle l’était pour l’ajusteur-outilleur mais aussi pour le militant ouvrier chrétien et syndicaliste… Il se fit donc porter « pâle » et ne rejoignit pas son régiment. Le médecin major qui vint vérifier à son domicile son état de santé, comprit, de l’aveu de l’intéressé lui-même,  que la maladie n’était que diplomatique, mais, compréhensif,  passa manifestement outre son diagnostic et l’obligation de son office. C’était probablement un brave homme qui savait qu’on ne sépare pas un couple, deux jours seulement après son mariage pour réprimer des grévistes. En outre, il tint sûrement compte des efforts méritoires du jeune sergent pour paraître mal en point dans son lit, en sueur, la couverture tirée jusqu’au bout du nez!  Mise en scène exemplaire d’un « rappelé sous les drapeaux » alité, dont le scénario fut pour partie imaginé de « main de maître » par ma mère qui,  pour la circonstance, simula à la perfection l’angoisse d’une jeune épouse malchanceuse… Le médecin bienveillant  – et malvoyant par compassion- accorda finalement trois semaines de convalescence au « futur rappelé » … en précisant qu’en cas de récidive, il faudrait songer à une hospitalisation…

Rue René Gasnier

Rue René Gasnier

Le malade « imaginé »profita de ce répit pour aménager le modeste appartement de deux pièces au 49 avenue René Gasnier à Angers, que ma mère avait réussi à dénicher, malgré la pénurie immobilière d’après-guerre !  Vendeuse dans un magasin  de mercerie, de confection et de vêtements – le magasin Joudon, place du Ralliement – elle avait en effet alerté tous les clients et relations du commerce – en gros, tout ce qui pouvait être alerté – pour finalement aboutir dans le délai imparti à obtenir le bail convoité…

Soixante-cinq ans après, elle aime à rappeler ce « fait d’armes » résultat de sa ténacité à faire plier le sort lorsqu’il lui est initialement défavorable et qu’elle estime que l’essentiel est menacé … Qualité d’opiniâtreté face à l’adversité dont elle peut encore s’honorer aujourd’hui et qu’elle mit constamment au profit des siens, en particulier de ses enfants…

L’émotion fut au rendez-vous, lorsque mon père évoqua le festin de mariage de 1947, aménagé dans une sorte de hangar, et préparé par sa sœur Renée et sa mère Marguerite. Elle fut à son comble lorsqu’il évoqua les amis et les parents disparus depuis cette époque lointaine, et en particulier Louisette, sa fille décédée, il y a deux ans, dont les enfants et le mari étaient présents ce 8 décembre 2012 … Ainsi que ses petites filles qu’elle n’a pas ou peu connues !

Dressant ensemble puis séparément le bilan de leur vie commune, ils attestèrent tous les deux qu’ils étaient plutôt satisfaits… Très satisfaits à la réflexion… Exemple à suivre?  A vot’ bon coeur!

Au total, cérémonie réussie, car chaleureuse et sans prétention… Et à l’année prochaine pour le soixante-sixième anniversaire.

NB. Le bois de palissandre ou bois de rose – qui symbolise cet anniversaire et cette longévité d’une union – est un bois exotique dur,  d’une couleur violacée, veiné de noir et de jaune, qui est utilisé en ébénisterie pour la fabrication de meubles d’ornement, d’instruments de musique et d’outils. Du solide !

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