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Posts Tagged ‘Marcel Pasquier’

A ses quatre enfants

 

Grâce aux archives familiales qui m’ont été communiquées concernant Marcel Pasquier (1892-1956), notamment ses trois carnets de route entre 1910 et 1919, miraculeusement conservés et retrouvés récemment, grâce également aux registres de matricule militaires désormais disponibles en ligne sur Internet, ainsi qu’aux journaux des unités combattantes de la Première guerre mondiale, il est désormais possible de reconstituer une chronologie fiable des principaux épisodes de l’existence de cet homme que j’ai personnellement peu connu, mais que d’aucuns s’accordent à considérer qu’il fut, de son vivant, peu expansif sur sa personne et plutôt discret sur ses faits d’armes au Maroc au début du siècle dernier puis sur le front français durant la guerre de 14-18.

Heureusement, il écrivait.

En complément des articles qui lui furent d’ores et déjà consacrés ici au cours de ces dernières années, il m’a semblé nécessaire de transmettre, par le canal de ce blog, à ceux de sa nombreuse descendance, qui s’y intéresseraient, la chronologie des principaux faits marquants de sa vie, tels, en tout cas, qu’il m’a été possible de les identifier…

Je crois ce travail non dépourvu d’intérêt car j’appartiens à cette génération qui pense que l’histoire, en particulier celle des nôtres, ne peut se résumer aux seules « grandes » idées ou aux travers d’une époque, en négligeant délibérément les multiples petits événements, avatars ou contrariétés, qui ponctuent, bon gré mal gré, l’existence de chacun d’entre nous. Dans ces conditions, la chronologie des faits placés dans leur contexte est d’importance primordiale et précède même, dans la narration historique, toute tentative d’interprétation des comportements et des actes. La marche du temps est en effet le principal facteur auquel, quelles que soient les périodes historiques, toute personne est soumise, ne serait-ce qu’en constatant les implacables outrages qu’elle imprime subrepticement mais sûrement sur ses artères.

Dérouler le temps propre à chacun dans l’ordre naturel où les événements sont intervenus est donc un des moyens les plus rationnels de décrire un parcours de vie et de le situer dans son environnement… Telles sont les raisons, qui m’ont conduit à livrer à « l’état brut », le contenu des « fiches de travail » que j’ai élaborées sur les différentes étapes et les péripéties, plus ou moins connues, de l’existence de mon grand-père, Marcel Pasquier.

D’autant plus, si j’ose dire, que lui-même, par pudeur, par retenue ou simplement parce qu’il fut rattrapé par le temps, n’en avait fait que très partiellement étalage auprès de ses proches. Cependant, parce qu’il avait précieusement conservé les journaux de ses campagnes, il m’a semblé qu’il m’autorisait à les exhumer par procuration et à en faire une sorte d’exploitation posthume…

Si l’on possède évidemment quelques photographies « en noir et blanc » de Marcel Pasquier, suffisantes pour discerner des ressemblances avec l’un ou l’autre d’entre nous, aucun cliché « couleur » ne semble avoir été pris, qui nous fournirait des indications plus précises sur sa chevelure ou sur son regard.  Le livret militaire permet (heureusement) de surmonter en partie cet obstacle, car on prenait soin, alors, au moment du conseil de révision de fournir une description « colorée » du jeune conscrit ou engagé, dans le même temps où l’on indiquait ses principales caractéristiques physiques et ses mensurations.

Dans le cas de Marcel Pasquier, le signalement n’est pas le même, selon qu’on se réfère au livret militaire ou à sa fiche dans le registre des matricules militaires des archives de l’Aisne. A l’exception de la taille – 1,63 mètre –  identique dans les deux documents, les autres renseignements ne concordent pas parfaitement: le livret militaire indique que les cheveux et les sourcils de Marcel Pasquier étaient « bruns » et ses yeux « noirs », alors que le registre précise qu’ils étaient respectivement « châtains foncés » et « bleu verdâtres ». Dans un cas, le front est qualifié « d’ordinaire » et dans l’autre « de hauteur, d’inclinaison et de largeur moyenne » ! S’agissant du nez, il est d’un côté « aquilin » et de l’autre « rectiligne à base horizontale « tandis que le visage est ici « plein » et là « pâle » !

On comprendra mieux dans ces conditions, l’intérêt de la photographie pour objectiver l’apparence ! Pour ma part, l’infirmier militaire qui « fixa » la couleur de mes yeux au moment du conseil de révision, décida qu’ils étaient « verts ». J’adoptai sans mot dire et sans maudire, ce constat administratif éclairé, que contestèrent au moins une sur deux des quelques « passantes » qui, au cours de ma vie, eurent l’occasion de les voir de plus près !

Pour les repères chronologiques, la subjectivité est moins prépondérante ! Quoique…

Ainsi dans ce qui suit, n’ont été retenues que les dates, qui selon moi, sont les plus révélatrices de la vie de Marcel Pasquier…Le tri était nécessaire, notamment durant la grande Guerre et la campagne marocaine de Marcel, car tous les lieux de passage étaient presque systématiquement mentionnés et datés par l’intéressé… Leur mention exhaustive aurait probablement gêné la compréhension d’ensemble.

Il m’a fallu donc choisir, en m’efforçant de ne rien omettre d’essentiel. Mais, bien sûr, ça peut se discuter !

Petite enfance de Marcel Pasquier  

  • 29 novembre 1889 : Décès à Vervins à l’âge de neuf mois de son frère ainé Maurice Pasquier ;
  • 15 février 1890: Naissance de sa sœur Charlotte à Aubenton dans l’Aisne;
  • 6 octobre 1892 : Naissance de Marcel Pasquier à l’hospice de Vervins (02);
  • 9 juin 1897 : Naissance de Marguerite Cailletreau, sa future femme, au Lion d’Angers (49) ;
  • 1898: Les Curie découvrent le radium; 
  • 11 novembre 1900 : Naissance de Marthe (1900-1979), sœur de Marcel.
  • De 1898 à 1904 : Marcel est scolarisé au collège privé Saint-Joseph de Vervins ;
  • 1905: Loi de séparation des églises et de l’Etat;
  • 1906: Congrès de la CGT- Charte d’Amiens.

Apprenti pâtissier 

  • De septembre 1904 à décembre 1906 : Marcel est apprenti pâtissier à Givet dans les Ardennes. La boulangerie pâtisserie, place Carnot existe toujours.
  • 15 octobre 1905 : Décès de Charlotte, sa sœur aînée, ouvrière de filature à Vervins, âgée de 15 ans ;
  • De janvier 1907 à octobre 1909 : Apprenti pâtissier à Charleville-Mézières dans les Ardennes ;
  • De novembre 1909 à avril 1910 : Apprenti pâtissier à Sermaize-les-Bains dans la Marne ;
  • De mai à décembre 1910 : Ouvrier pâtissier à Metz en Lorraine alors annexée à l’Empire allemand.

Chasseur d’Afrique en Algérie et au Maroc

  • 28 décembre 1910 : Engagement de Marcel à Nancy dans le 1er régiment de chasseurs d’Afrique ;
  • 29 décembre 1910 : Marcel rejoint Marseille ;
  • 30 décembre 1910 : Départ pour l’Algérie, à bord du paquebot « Maréchal Bugeaud »;
  • 2 janvier 1911: Arrivée au port d’Alger ;
  • 3 janvier 1911 : Arrivée à Blida à la caserne Salignac-Fénelon;

  • 21 au 25 mars 1912 : L’escadron de Marcel part d’Algérie pour combattre la rébellion au Maroc. Le voyage d’Alger à Casablanca est effectué par bateau via le détroit de Gibraltar ;
  • 5 avril 1912 : Marcel est à Ber Réchid au Maroc ;
  • 1er juillet 1912: Ratification par le parlement français, du traité de protectorat du Maroc. Vive opposition des socialistes et indignation de Jean Jaurès qui redoute les risques de tension internationale et condamne la répression au Maroc.
  • 16 août 1912, Affaire de Souk el Arba des Mairt ;
  • 22 et 23 août 1912: Combat de Ouham;
  • 29 août 1912: Affaire » de Benguérir ;
  • Les 6 et 7 septembre 1912: Combat de Sidi-Bou-Othman contre la harka d’El Hiba;
  • 7 septembre 1912 : Marcel est présent à la prise de Marrakech par l’Armée d’Afrique du colonel Mangin ;
  • 15 octobre 1912: Marcel est en cantonnement à Mogador (Essaouira);

  • 27 novembre 1912 : Marcel est sévèrement blessé au combat au Maroc, au niveau de la cuisse gauche par une balle de gros calibre d’une arme de guerre  ;
  • 1er au 16 décembre 1912: Hospitalisation à Marrakech ;
  • 18 décembre 1912 au 13 février 1913 : Hospitalisation à Casablanca ;
  • 14 février 1913 : Marcel est évacué par la mer vers l’hôpital d’Oran ;
  • 17 et 18 février 1913 : Traversée de la Méditerranée d’Oran à Port-Vendres (Pyrénées orientales) ;
  • 20 février 1913: Convalescence-permission à Vervins. La dernière visite chez ses parents avant longtemps car l’année suivante, la guerre confinera ses parents en zone occupée par l’armée allemande ;
  • 29 et 30 avril 1913 : Retour en Algérie. Nouvelle traversée de la Méditerranée de Port-Vendres à Alger ;
  • 14 mai 1913 : Marcel est affecté au 5ème Régiment de Chasseurs d’Afrique;
  • 4 novembre 1913 : Marcel est réaffecté au 1er Régiment de Chasseurs d’Afrique et refait le voyage d’Alger à Casablanca au Maroc par Gibraltar.
  • Le 11 mars 1914, le colonel commandant le 1er régiment de chasseurs d’Afrique informe Charles Pasquier, le père de Marcel, que son fils a été nommé cavalier de 1ère classe et qu’il va recevoir la Médaille Militaire en « raison de sa belle conduite et de sa blessure ».

La Première Guerre mondiale

  • 28 juin 1914 : Assassinat de l’archiduc d’Autriche, François Ferdinand, prince héritier de l’empire ;
  • 28 juillet 1914 : Le régiment de Marcel qui cantonne à Marrakech, rejoint le port de Casablanca.
  • 31 juillet 1914 : Assassinat de Jean Jaurès à Paris ;
  • 2 août 1914 : Mobilisation générale en France ;
  • 3 août 1914 : L’Allemagne déclare la guerre à la France ;
  • 13 août 1914 : L’escadron de Marcel embarque à Casablanca pour combattre sur le front français. Marcel qui boite encore des suites de sa blessure de novembre 1912, est affecté à un escadron de réserve à Casablanca ;
  • Il note qu’on leur fournit des « selles arabes » et que sa fonction consiste à réapprendre à des réservistes à monter à cheval.
  • Au cours de ce second semestre 1914, Marcel est affecté à Rabat au camp Garnier, qui servait aussi d’hôpital militaire. Il devient planton, à la disposition du colonel chef du camp, et semble désœuvré, mais finalement il se dit « heureux » d’autant qu’il peut se promener dans la ville de Rabat, car il est aussi chargé de porter les plis à la résidence du général, commandant de la place.

  • En avril 1915, il devient ordonnance du Médecin Inspecteur Lafille et « passe » au quartier général. Sa tâche consiste, entre autres, à soigner les deux chevaux du général, Ruban et Canevas. Lequel ne monte presque jamais, hormis les jours où sa fille vient lui rendre visite à Rabat. Marcel reconnait qu’il est plutôt content de son affectation qui l’épargne de la guerre en Europe.
  • 15 juillet 1916 : Marcel est nommé chevalier du Ouissam Alaouite

 Le Lion d’Angers et Marguerite

  • D’août à septembre 1916 : Marcel est en permission en France, au Lion d’Angers, chez un oncle qu’il n’a jamais vu, Baptiste Pasquier, le frère de son père, Charles injoignable car résidant toujours à Vervins en arrière du front du côté allemand. Le voyage, aller et retour, s’effectue par bateau de Casablanca à Bordeaux.
  • Au Lion, il fait la connaissance de Marguerite Cailletreau, nièce d’Angèle Houdin, l’épouse de Baptiste. Depuis ce séjour et jusqu’à leur mariage, ils entretiendront une correspondance hebdomadaire voire plus fréquente encore !
  • Au retour de permission à Rabat, on lui apprend qu’il doit repartir pour Casablanca le 3 octobre 1916, puis pour la France. Il prend le train avec son cheval Ruban.

La guerre de Marcel en Métropole

A partir d’octobre 1916 jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918, l’existence de Marcel est totalement suspendue à la guerre. Il parcourt avec son escadron presque toute la ligne de front de Saint-Quentin au nord jusqu’à la frontière suisse et le Territoire de Belfort, en passant par Verdun, au gré notamment des offensives allemandes de 1917 et du printemps 1918 jusqu’aux avancées alliées à Saint-Mihiel et dans les Ardennes de l’automne 1918. Il se trouve tantôt en première ligne dans les tranchées, tantôt en deuxième ou au repos à quelques kilomètres à l’arrière. Il assiste dans ces circonstances à l’horreur et aux massacres dus notamment aux bombardements et aux gaz asphyxiants. Heureusement,  cette période est ponctuée de quelques permissions au Lion d’Angers.

  • Du 11 au 15 octobre 1916 : Marcel rejoint le front français par mer depuis Casablanca;
  • 15 octobre 1916 : Il débarque à Bordeaux.
  • 24 octobre 1916 : Parti de Bordeaux-Bastide, il rejoint le front – avec son cheval – à Dormans en Champagne où se trouve le cantonnement du 4ième escadron de chasseurs et l’état-major du 4ième corps d’armée dont il dépend désormais;
  • 2 décembre 1916 : Départ de Dormans pour Branscourt dans la Marne, via Fère-en-Tardenois dans l’Aisne, Faverolles-et-Coëmy dans la Marne ;
  • Du 21 décembre au 28 décembre 1916, il est dans les tranchées où il participe à de très rudes combats.

Extrait d’un carnet de route – décembre 1916

  • Du 29 décembre 1916 au 4 février 1917 : permission au Lion d’Angers ;
  • 5 février 1917 : retour de permission à Branscourt dans la Marne ;
  • 10 février 1917 : Marcel est affecté au 6ème régiment de chasseurs d’Afrique ;
  • 12 février 1917 du 21 février 1917 : Départ de Branscourt (Marne) pour Liverdun (Meurthe-et-Moselle)
  • 5 mars 1917 : dans les tranchées du côté de Montauville(Meurthe-et-Moselle) à 50 Km au sud-est de Verdun
  • 31 mars 1917 : parti de Liverdun pour Ceintray (Meurthe-et-Moselle) via Nancy
  • 6 avril 1917 ; Béthoncourt dans le Doubs
  • 8 avril 1917 : Dans les tranchées du côté du Largin et Delle dans le territoire de Belfort à la frontière suisse ;
  • 31 mai 1917 : Nouveau séjour dans les tranchées dans les environs de Delle à Rechézy (Territoire-de-Belfort)
  • 19 avril 1917 : Puis à Florimont dans le territoire de Belfort
  • Du 13 décembre 1917 au 13 janvier 1918 : permission au Lion d’Angers ;
  • 31 mars 1918 : parti d’Orléans les Aubrais
  • 1er avril 1918 : arrivée à Sancerre dans le Cher ;
  • 3 et 4 avril à Rians (Cher)
  • 6 avril 1918 : départ de Rians pour Sancerre à 30 km ;
  • Départ pour Tours, le Mans, Evreux, Mantes : 30 heures de chemin de fer
  • 7 avril 1918 : Débarque à Vaux-sur-Somme (Somme) à vingt kilomètres à l’est d’Amiens ;
  • 8 avril 1918 : Parti de Becquincourt dans la Somme pour Saint-Omer-en-Chaussée;
  • 9 avril 1918: Offensive allemande dans les Flandres;
  • 16 avril 1918 Offoy dans l’Oise à 60 km de Vervins (massacre) pour Grandvilliers (Oise) pour Saint-Omer-en-Chaussée ;
  • 19 avril 1918 Crevecoeur-le-Grand (Oise)
  • 21 avril 1918 Rethel dans les Ardennes
  • 1er mai 1918: Soissons (Aisne)
  • Du 15 mai au 3 juin 1918 : permission au Lion d’Angers. C’est à cette occasion, que Marcel et Marguerite se feront photographier ensemble pour la première fois, probablement à l’issue de fiançailles.

  • 27 mai 1918: Désastre de l’armée française dans l’Aisne dont les positions sont submergées par l’offensive allemande. Soissons tombe le 29 mai 1918.  » Le 30 mai, les Allemands occupent les collines qui dominent la Marne à Château-Thierry et à Dormans »; 
  • 12 et 13 juin 1918: A son retour de permission, Marcel constate avec douleur que son escadron a été décimé lors d’une violente offensive allemande à Montgobert (Aisne) à quelques kilomètres de Soissons.  Entre le 29 mai et le 13 juin 1918, dix de ses camarades ont été tués, autant de disparus et une cinquantaine de blessés sur un effectif d’environ six cents trente chasseurs d’Afrique, équipages du génie et de la prévôté.   
  • 2 août 1918 : Marcel est nommé infirmier au 4ième escadron du 6ième régiment de chasseurs d’Afrique;
  • 2 août 1918: Marcel se retrouve à Génicourt-sur-Meuse (Meuse) à proximité du front à une quinzaine de kilomètres en amont et au sud-est de Verdun.
  • Dans la nuit du 6 au 7 septembre 1918; l’escadron de Marcel quitte son cantonnement de Génicourt « pour aller bivouaquer au camp de Gibraltar entre Courouvre (Meuse) et Thillombois (Meuse) sur la rive gauche de la Meuse;
  • Le 11 septembre 1918: Marcel participe à l’attaque victorieuse française sur Troyon au bord de la Meuse et à la reprise, les jours suivants, de Chaillon, un village occupé depuis quatre ans par l’armée allemande.
  • Du 12 au 15 septembre 1918, Marcel est mobilisé pour escorter les nombreux prisonniers allemands des jours précédents. Il demeurera à Chaillon et dans les villages environnant, désormais « pacifiés » jusqu’à sa permission d’octobre 1918.

Escorte des prisonniers -Marcel en haut à gauche

  • 15 octobre-9 novembre 1918 : permission de mariage au Lion d’Angers ;
  • 21 octobre 1918 : Mariage de Marcel Pasquier et de Marguerite Cailletreau au Lion d’Angers;
  • 3 novembre 1918: Retour sur le front à Saint-Mihiel au sud de Verdun.
  • 5 novembre 1918: Poursuite victorieuse au contact de l’armée allemande à Fontaine-en-Dormois dans la Marne
  • 7 novembre 1918: Hagnicourt dans les Ardennes.  Les soldats sont épuisés, car ils n’ont pas mangé depuis vingt-quatre heures, les « roulantes n’ayant pas pu suivre » la marche en avant désormais accélérée!
  • 8 novembre 1918: Contact avec l’ennemi à Poix-Terron dans les Ardennes, où, selon Marcel, les français sont accueillis par les civils sous les ovations.
  • 8 novembre 1918: combat à Boulzicourt (Ardennes) où les allemands avaient installé partout des nids de mitrailleuses: deux morts et cinq blessés dans l’escadron de Marcel;
  • 11 novembre 1918 : Marcel est sur la front à Saint-Pierre-sur-Vence dans les Ardennes;
  • 11 novembre 1918 à 11 heures: armistice et cessez le feu. 
  • 16 novembre 1918: Départ de Saint-Pierre-sur-Vence vers la Belgique, le Luxembourg, puis le Bade Wurtemberg et la Rhénanie en Allemagne en application  des accords d’armistice.
  • 17 novembre 1918 : Cantonnement à Vresse-sur-Semois près de Namur (Belgique)
  • 22 novembre 1918: Cantonnement à Vesqueville en Wallonie
  • 24 novembre 1918: Cantonnement à Houffalize en Wallonie -Belgique
  • du 26 novembre au 10 décembre 1918: Cantonnement à Weiswampach (Binsfeld-Holler) au Grand Duché de Luxembourg

Occupation française de la Rhénanie (1918-1919)

  • Le 10 décembre 1918: Marcel et son escadron franchissent la frontière allemande; cantonnement à Habscheid en Rhénanie Palatinat;
  • Du 11 décembre 1918 jusqu’au 27 décembre 1918, l’escadron de Marcel change de bivouac et de cantonnement chaque jour jusqu’à Mayence sur les bords du Rhin.
  • Du 28 décembre 1918 au 21 janvier 1919: Marcel est à Mayence, capitale de la Rhénanie-Palatinat.

  • du 22 janvier au 7 février 1919: Descente du Rhin jusqu’à Strasbourg
  • Du 8 février 1919 au 16 mai 1919 : cantonnement sur la rive droite du Rhin à Kehl dans le duché de Bade, puis six kilomètres plus au sud en limite de Forêt Noire, à Eckartsweier; 
  • 17 mai 1919: Cantonnement à Strasbourg à la caserne Saint-Nicolas;
  • 27 mai 1919 : Hospitalisation à Strasbourg : « bronchite » ou « état grippal », « induration du sommet pulmonaire ». Les patrouilles en Forêt Noire en hiver en sont certainement la cause.
  • 28 juin 1919: Traité de paix signé à Versailles entre l’Allemagne et les Alliés. Le triomphe de Georges Clemenceau. 
  • 19 juillet 1919 : Marcel est démobilisé à Angers au quartier d’Espagne du 7ième Régiment de hussards Retour à la vie civile.
  • Deuxième semestre 1919: la tradition orale filiale – non confirmée par des archives – voudrait que Marcel Pasquier ait subi une période d’hospitalisation à l’hôpital de Bligny à Briis-sous-Forges en région parisienne, en raison des affections pulmonaires contractées en Forêt Noire. C’est possible…

Retour à vie civile 

  • 8 novembre 1919: Marcel et Marguerite habitent Angers, 40 rue Plantagenet ;
  • 29 février 1920: Le couple habite rue des Deux-Haies à Angers ;
  • 26 mars 1920 : Marcel devient cheminot, affecté spécial de la Compagnie de Chemins de fer d’Orléans comme homme d’équipe ;
  • 6-7-8 avril 1920 : Il est affecté à la gare de Saint-Pierre-des-Corps près de Tours . C’est durant ces trois jours qu’il déménage avec son épouse de l’Anjou vers la Touraine.
  • 6 août 1920 : Naissance de Marcel Pasquier (1920-1999), premier fils de Marcel et Marguerite à Saint-Pierre-des-Corps ;
  • 1922 : Mutation à la gare d’Angers
  • 28 aout 1922 : Naissance de Renée épouse Pilet (1922- 2016), fille de Marcel et Marguerite à Angers ;
  • 1er juin 1926 : Naissance de Maurice Pasquier, fils de Marcel et Marguerite à Angers ;
  • 6 novembre 1930 : Naissance de Jean Pasquier, fils de Marcel et Marguerite à Angers ;
  • 24 juillet 1931 : Décès de Charles Pasquier, père de Marcel à Vervins dans l’Aisne (76 ans) ;
  • 14 novembre 1939 : Décès de Louise Desse, mère de Marcel, à Vervins (72 ans) ;

Au premier plan, assis, avec ses collègues gare Saint-Laud à Angers

  • Durant l’occupation allemande entre 1940 et 1944, il participe à sa mesure à la guerre du rail, en déroutant des trains de marchandise au triage de la gare Saint-Laud à Angers;
  • 1947 : Retraite de la SNCF ;
  • 1948 à 1956 : Employé chez Bessonneau dans chemins de fer intérieurs ;
  • 4 juin 1956 : décès de Marcel à Angers d’un cancer du pancréas ;
  • 12 décembre 1986 : Décès de Marguerite Cailletreau à Angers.

au mariage de sa fille Renée en 1943 – avec ses quatre enfants

Cette chronologie non exhaustive gagnerait bien sûr à être complétée par les réflexions de Marcel sur les événements qu’il a traversés ou auxquelles il a été associé … Sur ses motivations aussi. Certaines de ses notes laissent entrevoir des pistes. Nul doute qu’elles ouvrent cette porte, qu’il faudra franchir un jour!

Il ne s’agit donc là que d’une première approche sur la vie d’un personnage – mon grand-père- dont tous les mystères ou toutes les cachotteries sont loin d’être totalement élucidés…Un jour peut-être!

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En 1950, Marcel Emile Pasquier (1892-1956) – dont la vie a déjà été largement évoquée ici – n’est âgé que de cinquante-huit ans : c’est sûrement un homme fatigué – disons las – mais j’aime à croire que la vie lui a progressivement apporté la sérénité. Né en 1949, je ne l’ai en fait qu’entrevu et ne l’ai guère connu qu’au travers des témoignages de ses proches, en particulier de son fils, Maurice, mon père.

Pourtant je me hasarde à penser que la maturité l’a rendu plus accessible, notamment à ses petits-enfants et qu’il s’est efforcé, dans les dernieres années de sa vie, d’être un père attentif cultivant l’art d’être grand-père. Mes souvenirs personnels le concernant sont assez lacunaires et peu discriminants : c’est tout juste si je me souviens d’un détail anatomique réel ou imaginé qui avait frappé le petit môme que j’étais: une sorte d’éperon osseux au niveau d’un de ses poignets. Je me rappelle aussi, sans que cela ait la puissance suggestive de la madeleine de Proust, de l’odeur d’anis émanant d’un Ricard pris dans le bistrot en face de son domicile avec mon père. Ou d’une emplette faite avec lui pour la grand-mère à l’épicerie de la « mère Quintard », qui se trouvait à une vingtaine de mètres au coin de la rue Bourgonnier. A Angers, bien sûr! Enfin, je revois avec effroi le visage émacié de l’agonisant, le corps rongé par un cancer du pancréas, ainsi que ses pauvres mains décharnées. D’autres images se bousculent sans que je puisse certifier si elles sont de mon fait ou si elles ont été reconstituées par la suite. J’ignore si « sa dernière visite », probablement à l’automne 1955 au 6 bis rue de Messine où nous venions d’emménager, est le fruit ou non d’une vision onirique. J’ai en revanche un souvenir assez précis du corbillard couvert de fleurs, partant de son domicile rue de la Madeleine pour l’église. J’entends encore le claquement sourd des sabots des chevaux impatients sur le pavé et je revois, certains de ses voisins – dont mon coiffeur – qui tenaient les cordons du poêle, comme il était d’usage à l’époque. Les gens présents, tous endeuillés, formaient autour de moi – petit gamin – une foule oppressante. Un carcan de tristesse en cette fin de printemps 1956 ! Ce sont les seules traces sensibles qu’il me semble avoir conservé de lui, encore qu’en cherchant bien, allongé sur le divan d’un professionnel de la psychanalyse, je finirais bien par retrouver l’ambiance de la cuisine mal éclairée de « pépé » et de « mémé » et d’autres fugitives saynètes …

Ce que je sais en revanche, par déduction ou par ouï-dire de ceux qui l’entouraient et l’aimaient – ou par mes cousins plus âgés – c’est que Marcel n’était pas très expansif, plutôt introverti et probablement très pudique. Mais il a su développer dans ses dix dernières années, de subtiles stratégies pour signifier son affection autrement que par le discours. De l’aveu de ceux qui le connaissaient le mieux, Marcel était peu prolixe pour exprimer des sentiments en rapport avec son intimité. C’était sans doute la conséquence de choix effectués dans le passé mais c’était surtout dans son tempérament. Et pourtant, Marcel s’est, progressivement décrispé en n’hésitant plus, par de multiples petites attentions, à manifester son attachement à ses enfants et à ses petits-enfants. En 1950, au 65 rue de la Madeleine, il ne vit plus qu’avec Marguerite, sa compagne depuis plus de trente ans et le dernier de ses fils, Jean. Ses trois autres enfants, Marcel, professeur dans un collège technique à Baugé, Renée et Maurice sont mariés et chargés de famille. Marcel est déjà grand-père de dix petits-enfants et, lors de son décès en 1956, ils seront une quinzaine. Par conséquent, par la force des choses, le chasseur à cheval de 1910, le cheminot des années vingt, trente et quarante, et l’actuel ouvrier de l’entreprise Bessonneau a dû se muer progressivement en patriarche et ce rôle qui ne semble pas lui déplaire, il l’a complètement assumé. Tous ces petits-enfants lui sont chers, mais on dit aussi qu’il a ses préférences, comme le souligne encore aujourd’hui, et avec émotion, ma sœur Marie-Brigitte née en 1951. Comme le laisse également entendre Jacques né en 1942, le premier de ses petits-fils et celui qui le connait le mieux pour avoir été accueilli par ses grands-parents durant l’année scolaire 1952. C’est d’ailleurs à lui – que je remercie – que je dois plusieurs anecdotes rapportées dans le présent article.

Ascension 1954 – Marcel, Marguerite et quelques petits-enfants

Au cours de ces années, Marcel ne renie sans doute rien des idées qui ont guidé sa vie, de son aversion pour la guerre, de sa discrétion sur ses actes de bravoure, mais cela ne constitue plus un enjeu car il a désormais appris à vivre, c’est-à-dire à se satisfaire de plaisirs simples. Les tragédies du siècle, il les a touchées de près, et elles lui ont enseigné une certaine philosophie du bonheur domestique, seul viatique crédible aux vicissitudes de l’existence…

Déjà pendant l’occupation, et depuis lors, il a progressivement appris à communiquer avec les siens. Ce qu’il faisait peut-être auparavant avec une certaine parcimonie et beaucoup de retenue. Il le fait désormais, mais sans ostentation, lorsque les circonstances s’y prêtent. Etrange paradoxe d’ailleurs, dans une époque où, à l’inverse, tout aurait le conduire à se taire. Son fils Maurice Pasquier témoigne que lors des bombardements de la nuit de la Pentecôte 1944 qui ont partiellement détruit le quartier de la gare Saint Laud – où il travaillait – faisant plus de deux cents trente morts, autant de blessés et près de sept mille sinistrés, ils se parlèrent comme jamais. D’autant plus d’ailleurs, que Maurice affublé d’un vieux casque de 14 de son père avait participé aux secours et à l’évacuation des blessés et des morts au milieu des gravats. Au cours de cette tragique période, Maurice se souvient qu’une fois qu’il l’attendait à son retour de nuit au 65 rue de la Madeleine, Marcel, sans doute ébranlé par le spectacle de désolation du quartier de la gare, éprouva le besoin de livrer pour la première fois des confidences inédites sur sa guerre au Maroc en 1911-1912 et sur la Grande Guerre de 1914-1918. Comme si la présence imminente du malheur provoqué par le présent conflit déliait toute réserve quant à la mémoire des autres guerres.

Maurice Pasquier et Adrienne Turbelier, mes parents, se rappellent également ses visites régulières chez eux au 49 avenue René Gasnier sur la route d’Avrillé, au tout début des années 1950. Pour le seul plaisir de les saluer et de bavarder, sans but précis ni idée préconçue, il n’hésitait pas à traverser Angers à pied après son travail ou le dimanche après-midi, lorsque l’équipe de foot d’Angers, le SCO qu’il « supportait » ne jouait pas à domicile. Près de 10 km, aller et retour,  par la rue Volney, le boulevard du Roi René, le boulevard Henri Arnauld, la rue Beaurepaire et la rue de la Meignanne, juste pour causer ! Ils racontent aussi le plaisir qu’il disait éprouver à mesurer presque quotidiennement après son travail, l’évolution du chantier de la maison que Maurice et Adrienne faisaient construire au 6 bis rue de Messine ! Pour le même motif, son fils l’y rejoignait. Complices, ils évoquaient l’aménagement futur du jardin  puis, avant de rejoindre leur domicile,  ils allaient boire un verre chez Gauthier rue Saint Léonard, le troquet attitré des ouvriers de l’usine Soretex-Alsetex. En septembre 1955, la maison fut achevée. Invité en octobre avec Marguerite à « pendre la crémaillère », au cours d’un plantureux repas, il ressentit les premiers symptômes du mal qui devait l’emporter quelques mois plus tard et qu’il attribua d’abord à un dérangement intestinal provoqué par un « pâté aux prunes » … Il ne s’en releva pas.

Dans la vie quotidienne, Marcel Pasquier était respectueux de certaines traditions. Disons, celles qui a instituées, cultivées et qui d’une certaine manière, attestaient de sa conception apaisée du bonheur. Ainsi le rituel du dimanche dont Jacques Pasquier, son petit-fils, fut le témoin au cours de l’année 1952.

Le dimanche matin, la grand-mère partait à la grand-messe en l’église de la Madeleine mais Marcel qui n’était guère dévot – à supposer qu’il fût croyant – ne l’accompagnait jamais. Il en profitait pour se livrer au « rituel » rasage hebdomadaire de la barbe selon une procédure bien établie. Jacques qui qualifie son grand-père « d’homme très élégant prenant beaucoup de soin de sa personne », s’étonne d’ailleurs un peu qu’il ne se préoccupe de sa barbe, qu’une fois tous les huit jours. Renseignement pris, ce ne fut pas toujours le cas : lorsqu’il était cheminot, il se rasait quotidiennement avec des rasoirs mécaniques et des lames Gillette, que je possède parmi « mes objets de mémoire » avec son appareil à bouchonner et l’agrafe de sa cravate, ainsi qu’une petite écharpe blanche en coton. J’ai porté cette dernière, il y a peu encore jusque dans les salons du Conseil d’Etat.  Toujours est-il qu’en 1952, soit pour rejouer une scène de son passé de chasseur à cheval, soit pour surprendre ou impressionner son petit-fils, soit pour un tout autre motif inconnu, le rasage était devenu hebdomadaire et il s’inscrivait dans une liturgie dominicale, domestique  et matinale bien établie. Liturgie laïque, s’entend!

« Mais avant d’y procéder – précise Jacques Pasquier – il préparait le rôti du déjeuner ainsi qu’un gâteau de Savoie. Le rôti provenait toujours de la boucherie Pouvreau – rue de la Madeleine – fournisseur attitré de la famille Pasquier, qui savait exactement ce que voulait la grand-mère. Aussi, lorsqu’on y allait, on réclamait tout simplement un rôti de veau et le boucher savait que c’était un rôti dans la noix qu’il fallait le servir ». Jacques ajoute : «  Mon grand-père avait l’art et la manière pour que ce rôti de veau finisse dans nos assiettes, doré à point, avec une garniture préparée avec soin. Je savais que mon grand-père avait été pâtissier et il préparait son gâteau de Savoie avec la dextérité d’un chef habitué à travailler sa pâte pour la mouler dans un plat de fer blanc tronc conique. Le four du genre Godin, était équipé d’un plateau à trois feux et d’un four à porte basculante placé sous et au centre du plateau. Les commandes de gaz étaient de simples robinets en laiton. Il y avait de l’eau qui chauffait dans une casserole pendant que le rôti cuisait ! »

Cette eau était destinée au rasage de la barbe blanche de huit jours, selon un cérémonial identique chaque semaine. En parallèle, le grand-père avait disposé tous les accessoires nécessaires au rasage, à savoir un bol d’eau chaude, un bâton de savon, un (le) blaireau, le coupe-choux, son fer à friser et la lanière de cuir pour affiner la coupe du rasoir. Avec des gestes répétés de manière immuable chaque dimanche, il accrochait la lanière de cuir à une targette placée assez haute sur le montant de la porte d’entrée de la cuisine.

« Mon grand-père accrochait une ceinture de « brelage » sur le verrou supérieur de la porte de cuisine pour affiner le fil du rasoir, un bon vieux coupe-choux à manche repliable. Avec le blaireau rempli de la mousse d’un bâton à barbe «Gibbs», il se recouvrait le bas du visage de savon après qu’il eut humidifié la peau ». Jacques admirait la dextérité avec laquelle Marcel laissait glisser la lame de son rasoir sans « vraiment » se blesser. Avec ses doigts il tendait la peau, il redressait le bout de nez pour que le rasoir élimine les poils disgracieux qui encombraient le dessous du nez. Suivait un rinçage à l’eau chaude d’une cuvette.  Et conclut Jacques : « Mon grand-père était devenu aussi beau qu’un jeune homme ! »

Mais ce n’était pas terminé. Après avoir vérifié l’état de cuisson du rôti et enfourné le gâteau, Marcel affinait son rasage en frisant sa moustache dont les poils avaient été au préalable épointés. Le grand-père prenait en effet grand soin de sa moustache. Il possédait à cet effet un fer à friser qu’il faisait chauffer sur le brûleur du réchaud à gaz et il attendait pour contrôler avec un papier journal la chaleur du fer et vérifier son aptitude à onduler les pointes de sa moustache « poivre et sel » .

A son retour de l’office, Marguerite retrouvait le jeune homme qu’elle avait aimé en 1917. Ou presque !

Jacques poursuit « Tout était prêt et la cuisine était remplie de tant de bonnes odeurs qu’on déjeunait avec appétit avant de partir pour le stade Bessonneau, rue Saint Léonard, si le SCO avait un match, ce dimanche-là. Quand ce n’était pas le cas, on partait pour l’après-midi, avenue René Gasnier chez son fils Maurice. Mon grand-père, qui, disait-on, n’avait jamais tapé dans un ballon rond, était un passionné de foot et surtout du SCO d’Angers qui évoluait alors en deuxième division ».

C’était du temps des Kowalski, Fracassi et autres Kopa ainsi que certains joueurs mythiques du club angevin qui avaient la cote auprès du grand-père. Lorsqu’il y avait match, la grand-mère restait seule tout l’après-midi, car le grand-père partait dès la fin du repas pour faire la queue au guichet des tribunes « populaires ».  Les billets en poche, il fallait jouer des coudes pour retrouver sa place habituelle ou à peu près!

« Les populaires accueillaient les spectateurs les moins fortunés, qui durant tout le match, restaient debout. Pas question de s’asseoir, sous peine de ne rien voir et il fallait absolument regarder le match pour justifier ultérieurement, et avec autorité,  les critiques à propos d’un joueur ou bien crier sa joie lorsque le SCO marquait un but. A contrario, il y avait toujours de bonnes excuses et parfois des propos vulgaires pour contester vigoureusement un but encaissé par le SCO. Bien sûr, tous les spectateurs des « populaires » étaient non seulement observateurs, mais aussi joueurs et arbitres en puissance, n’hésitant pas à se mettre virtuellement à la place des uns et des autres et à assortir leurs commentaires de tonitruantes exclamations. Le match terminé, nous reprenions le chemin du retour avec la foule qui remontait la rue saint Léonard, puis nous empruntions la rue Souche de Vignes, la rue de la Juiverie, la rue Lebas et au magasin des Docks de France nous tournions à droite pour nêtre plus qu’à deux pas du 65 rue de la Madeleine. Pendant le parcours, le sujet de conversation, c’était évidemment le SCO. La liesse d’avoir gagné ou le dépit d’avoir perdu ».

« La partie n’était pourtant pas complètement achevée. Arrivés à la maison, il fallait ouvrir le « poste TSF » pour entendre Georges Briquet confirmer les résultats des équipes de deuxième division. Puis nous prenions le chemin du journal Le Courrier de l’Ouest situé place Imbach, car dans le hall du quotidien local, un grand tableau présentait tous les résultats des équipes de première et de deuxième division. Cette dernière intéressait particulièrement mon grand-père qui notait tous les résultats sur son carnet! Et nous reprenions le chemin du retour avec un plein de nouveaux commentaires. »

Avant de rejoindre le Courrier de l’Ouest, Marcel embrassait la grand-mère sur la joue et parfois, il lui demandait en minaudant un peu d’argent. Marguerite rouspétait pour la forme mais le grand-père avait à chaque fois gain de cause. La raison de cette demande venait d’une habitude qu’il avait prise de discuter les résultats complets du foot avec un copain de travail dans un bistrot de rue Bressigny. A tour de rôle, chacun payait la boisson. Forcément, discuter du SCO  » à plus soif » donnait soif et les deux compères s’offraient une « fillette » et un grand verre d’eau aromatisé d’une ou deux gouttes de vin  pour le petit-fils !  « Mais il ne fallait jamais s’attarder car la soupe du dîner était déjà préparée par la grand-mère. » Et probablement qu’elle se serait impatientée en cas de retard trop prolongé…

Jacques Pasquier, qui rend hommage à celui qu’il appelle encore « mon pépé » ,  rapporte que son grand-père, chez lequel il était momentanément en pension s’attachait scrupuleusement à ce qu’il fasse ses devoirs et apprenne ses leçons, jouant pour l’occasion un rôle inattendu de répétiteur.

Il l’évoque encore avec une visible émotion !

Tel était Marcel Pasquier: un grand-père ordinaire, c’est-à-dire, comme on en rêve. Après lui et mon père, c’est à mon tour aujourd’hui de jouer les grands-pères. Ferai-je aussi bien sans le SCO et les « populaires »?

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