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Posts Tagged ‘Marcel Maurice Pasquier’

Dans la liste des arrêts administratifs imposés par le second confinement de l’année, figurent les salons de coiffure. Comme pour tous les négoces non considérés comme essentiels par nos inconstantes « autorités sanitaires », tous les figaros et barbiers de France ont donc été tenus de remiser leurs rasoirs, leurs ciseaux, leurs brosses et leurs peignes, de fermer leurs flacons de shampoings ainsi que leurs teintures « ailes de corbeau », et, sous peine d’amende, de baisser les rideaux de fer de leurs boutiques à compter du vendredi 30 octobre 2020. 

Et ce, jusqu’à ce que ce satané « virus qui rend fou » soit décrété vaincu ou en voie de l’être par les multiples diafoirus qui bavardent et s’étripent en confrontant leurs ignorances prétentieuses sur nos écrans! A supposer même que le maniement du coupe-choux – dorénavant strictement encadré par le plan Vigipirate – et celui des blaireaux en poils de sanglier soient de nouveau autorisés, il est évident que le plus important pour le petit commerce est de permettre aux clients échevelés de s’extraire de leur résidence surveillée, le temps – nécessairement inférieur à soixante minutes – d’une coupe au bol ou d’un indéfrisable de proximité. Quitte à ce que, dans la précipitation réglementaire et heureusement conjoncturelle, on tolère des accommodements sur l’emplacement précis de la raie ou qu’on fasse son deuil de la taille de la barbe, de la moustache et des sourcils ainsi que de l’ajustage des pattes, en deçà ou au-delà du masque chirurgical obligatoire.  

La chasse aux poils est fermée. Donc d’ici le jour béni de sa réouverture et de la liberté retrouvée, notamment celle de couper les cheveux en quatre, il faudra s’accommoder de la croissance sauvage de nos facétieux épis dorénavant non domestiqués et observer avec indulgence le développement anarchique de nos tignasses. Du moins pour ceux qui ne voient pas disparaitre dans le syphon crasseux de leurs lavabos, une proportion significative de la crinière qui faisait autrefois leur fierté!

Pour certains, déprimés confinés, il faudra peut-être en revenir aux antiques traditions conviviales de l’épouillage et du démêlage! Mais forcément dans le « huis clos de sa pauvre masure » en s’efforçant, malgré la rudesse des temps et la désespérance de s’occuper utilement sans s’arracher les cheveux.

Tout est bon pour attendre la levée d’écrou en pestant contre les restrictions édictées avec cynisme par les autorités publiques imprévoyantes et moralisatrices, qui masquent par leur discours, tantôt compassionnels, tantôt culpabilisant, leur propre inconséquence et leur versatilité! 

Et dans le même temps, les salons de coiffure casquent! 

Photo Internet

A ce stade de mon récit, j’imagine que ceux qui n’en ont pas abandonné la lecture, doivent s’interroger avec perplexité sur mon intérêt soudain pour cette profession que j’ai probablement trop négligée dans ma lointaine jeunesse, surtout influencée par le chanteur Antoine. Ceux qui parfois me croisent dans un hypermarché de banlieue sont sûrement les plus étonnés par ce regain de tendresse à l’égard d’une corporation découverte assez récemment alors que son service ne s’imposait plus vraiment à moi! Faute de plus en plus remarquable de combattants en nombre suffisant et encore vaillants . 

Ni les uns, ni les autres de mes contradicteurs raisonneurs n’auraient tort. Et pourtant il ne s’agit pas d’un caprice!    

De même que les anagrammes me ravissent ( dans le genre  » Les liaisons dangereuses » et  » Les ailes sanguines d’Eros), j’aime les coïncidences « renversantes »! 

Mon intérêt pour les salons de coiffure, comme incarnation des petits commerces de nos villes et villages, sinistrés par des décisions aussi injustes qu’incompréhensibles et inefficaces pour combattre l’épidémie coronovirale, procède en fait d’un constat, celui d’un isochronisme hasardeux qui laisse toute le monde indifférent, sauf moi pour lequel il fait sens! Un sens un peu tiré par les cheveux! 

Ainsi ai-je remarqué que la date de début de confinement, fixée au 30 octobre 2020 correspondait à la date anniversaire de la naissance d’un mes lointains cousins, Marcel Maurice Pasquier, le 30 octobre 1895 dans le bourg angevin du Lion d’Angers au domicile de ses parents tenanciers d’un bistrot-tabac. Il y a donc cent-vingt cinq ans! 

L’événement, j’en conviens, est d’importance relative. Elle aurait même été nulle si, dans le même temps, je ne m’étais rappelé que, dès la fin de sa scolarité obligatoire en 1908, Marcel Maurice s’était orienté vers la coiffure, comme apprenti puis comme ouvrier… Mais que dans les premiers mois de la guerre à l’automne 1914, lui qui n’était pas immédiatement mobilisable, s’engagea pour cinq ans dans les armées de la République.

L’hécatombe parmi nos troupes, lors des premières offensives, l’avait fortement impressionné, révolté et finalement solidarisé avec les soldats! 

Marcel Maurice au centre – 1914

Il fut tué sur le front belge à la fin mai 1915!  N’ayant pas eu le loisir de vivre, il disparut progressivement de la mémoire collective familiale, qui n’évoquait plus que très rarement dans ses soirées au coin du feu, ce patriote sacrifié, formé à l’école de la République de Jules Ferry.

Ceux qui l’ont croisé ont aujourd’hui tous disparus! Aussi m’a-t-il semblé que cette curieuse synchronie qui s’imposait à moi, me fournissait aussi une occasion d’évoquer le souvenir de cet enfant de France, épris de sa patrie. Il n’a pas fui. Il ne s’est pas dérobé aux exigences civiques que lui avaient inculquées ses instituteurs. Faisant face à ses responsabilités de citoyen, il n’a pas placé ses droits au-dessus de son devoir, et il n’a pas cherché à se réfugier ailleurs, loin des combats, en laissant aux autres la tache de prendre les armes contre un ennemi menaçant l’intégrité du territoire. 

Il ne fut d’ailleurs pas le seul, vingt autres jeunes hommes de ma famille ou proches d’elle, furent embarqués dans ce premier conflit mondial. Six y laissèrent la vie alors qu’aucun n’avait passé l’âge de trente ans.  

On aura compris que cette coïncidence des dates m’a servi de prétexte, en une période où la France, au-delà de l’épidémie qui la frappe, est confrontée à une période périlleuse de doutes, sans précédent dans son histoire récente, sur son identité, sur ses principes d’humanité violemment et même sauvagement contestés par une partie de ceux qu’elle accueille généreusement sur son sol, et sur sa mission civilisatrice dans le concert des Nations.  

A l’exemple des poilus de 14-18, elle ne surmontera ces difficultés que dans l’unité de tous français, d’où qu’ils viennent et quoiqu’ils croient, mais à la condition qu’elle ne se compromette en rien – et jamais – dans l’infamie et le renoncement à ses valeurs et aux principes fondateurs de la République, que sont la liberté dans toutes ses acceptions, l’égalité de droits et des chances, la fraternité et la laïcité, ciment et ferment de la cohésion nationale! 

J’aurais pu intituler ce billet  » Coiffeur mais d’abord patriote »! 

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PS: En octobre 2011, j’ai dédié à Marcel Maurice Pasquier (1895-1915) un chapitre d’un billet de ce blog, dont plusieurs extraits sont reproduits ci-dessous:  

Sur Marcel Maurice Pasquier, je dispose de peu de données, bien qu’il soit à la fois le cousin germain de mon grand-père Marcel Emile Pasquier et de mon grand-oncle Auguste Cailletreau, ainsi que de sa sœur Marguerite (1897-1986), ma grand-mère paternelle. Ce que je sais, se résume au fait qu’avant la guerre, il était ouvrier-coiffeur. C’était un beau jeune homme à la chevelure châtain clair et aux yeux bleus, plutôt plus grand que la moyenne des garçons de son époque: sa fiche dans le registre des matricules militaires indique qu’il mesurait 1m64.

Marcel Maurice qui, compte tenu de son âge, n’était pas mobilisable au début de la guerre, début août 1914, était probablement un ardent patriote. Ainsi, dès l’automne, il se déclara « engagé volontaire pour cinq ans » et fut incorporé à compter de novembre 1914, comme soldat de 2ième classe au 135ème régiment d’infanterie basé à Angers. Un régiment presque exclusivement composé d’angevins et de bretons. Il est mort, probablement dans une ambulance de campagne, des suites de ses blessures dans les tranchées de première ligne, le 29 mai 1915 à Acq dans le Pas-de-Calais. Il avait tout juste vingt ans!

Son décès fut notifié le 6 juillet 1915 à la mairie du Lion d’Angers où il était né le 30 octobre 1895, ainsi qu’à ses parents, Baptiste Pasquier et Angèle Houdin.

A partir de novembre 1914, Marcel Maurice a donc participé à tous les combats de son régiment. Lequel fut d’emblée parmi les plus éprouvés. (…)

De même, sur sa « guerre », on ne sait rien de précis l’impliquant personnellement : on ignore quel affrontement lui fut fatal. (…) 

(…) Marcel Maurice pressent sans doute qu’il ne survivra pas longtemps. Selon un témoignage transmis par une de ses nièces (…) Marcel qui avait obtenu une permission pour la fête de Noël 1914, serait reparti en disant à ses parents: » Je vous dis adieu, je ne reviendrai pas ».

Marcel Baptiste décède le 29 mai 1915 (…) Il est aujourd’hui inhumé au cimetière du Lion d’Angers dans une concession familiale acquise par ses parents dans les années 1920. En novembre 2008, elle fut d’ailleurs sur le point d’être déclarée abandonnée. Heureusement en 2010, la tombe existait toujours, préservant les restes de ce poilu « mort pour la France ».

Il eût été en effet injuste que le rapatriement au Lion d’Angers de la dépouille de ce poilu sur l’initiative de ses parents, ait remis en cause le principe selon lequel tout sacrifié pour la Nation bénéficie d’une sépulture prise en charge, ad aeternam, par l’Etat.

Le 22 juillet 1915, l’Etat avait accordé 110 francs de secours à son père en dédommagement de la mort de Marcel Maurice: pour solde de tout compte! » 


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Nota : L’anagramme cité dans le billet est issu d’un ouvrage très déroutant, publié chez Flammarion en novembre 2011 intitulé « Anagrammes renversantes » dont les auteurs sont respectivement Etienne Klein et Jacques Perry-Salkow. RV donc chez  » Les éditions Flammarion » dont les facétieux auteurs ont repéré l’anagramme:  » L’arôme des mots à l’infini ».

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