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Posts Tagged ‘Louisette’

C’est au bord du Canal Saint-Martin, à l’angle du quai de Jemmapes et de l’avenue Richerand, que j’ai retrouvé, il y a quelques jours, cet anneau d’amarrage, sur lequel j’avais trébuché en une fin d’après-midi de juillet 2010…

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Une rencontre impromptue, déséquilibrante, suivie d’un balancement contrôlé, sans conséquence… mais qui ne m’a malheureusement  pas permis d’inverser le cours du temps. Ce jour-là, je n’ai pas pu profiter de cette opportunité, pour neutraliser l’insoutenable qui se préparait, quelques centaines de mètres plus loin dans une chambre de l’hôpital Saint-Louis !  Je n’ai pas su ancrer le destin de ma sœur sur ce témoin de la permanence des choses, sinon des êtres ! Mais était-il vraiment possible de sceller son sort à cet anneau sans âge, alors que  déjà, elle se mourrait et qu’elle était loin de nous?

Je veux pourtant croire que la mort n’est finalement qu’un symbole, un état singulier de la matière à un instant de sa longue histoire. Je n’exclus pas l’idée d’un possible contournement, mais il faut ruser avec la Camarde et c’est souvent trop complexe. Ce qui est certain, c’est que, près de quatre ans plus tard, l’anneau de fer, dont on devine qu’il a été, naguère, vigoureusement martelé à la forge et à l’enclume, persiste à monter la garde au bord du quai. Depuis presque deux siècles, il trône parmi les pavés de granit du canal Saint-Martin, résistant allègrement aux épreuves et à l’usure du temps…L’anneau d’amarrage a la vie dure!

Depuis longtemps, la « bague  » des bateliers n’accueille plus guère les aussières et les cordes de chanvre des péniches chargées de blé, de sable ou de denrées pour approvisionner Paris. Aujourd’hui, elle ne retient plus que les confidences ou les secrets des amoureux qui, à la belle saison, fréquentent les bords du canal en se projetant dans l’avenir et en se promettant, sans vergogne, l’éternité à quelques encablures de l’Hôtel du Nord…Parfois aussi, les manifestants fatigués de la place de la République – j’en fus autrefois – viennent s’y reposer et évacuer les fumées lacrymogènes. Assis sur le parapet, certains prolongent avec entrain et arrière-pensée, une discussion politique théorique engagée avec une mignonne sous un calicot . En quête d’un peu de quiétude, tous se rafraîchissent  sous une légère brise, face aux eaux calmes mais toujours mouvantes du canal aux multiples écluses…Juste avant de rejoindre la Bastille par le port de l’Arsenal après le franchissement du tunnel… Et s’offrir un resto rue de Lappe!

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C’est cette sérénité que, durant quelques minutes, nous étions venus chercher – son mari, un de ses fils et moi-même – sur ce quai ensoleillé en ce mercredi après-midi du 7 juillet 2010 ! Un peu de répit, alors qu’elle menait son dernier combat, peut-être résignée, peut-être révoltée ! Qui sait ! Une lutte à mort, courageuse, sans concession et sans espoir, dont nous étions forcément exclus, et que nous observions impuissants et interloqués…La peine, c’était pour plus tard.

Comment ne pas se remémorer cette sinistre soirée d’été, dont, innocemment cet anneau témoigne sur le quai de Jemmapes? Comment oublier ce moment, alors que nous foulons de nouveau les pavés de ce même quai en ce 29 avril 2014?  Presque quatre ans que nous n’y sommes pas revenus!

Le temps est, en fait, un peu chaotique au bord du canal.

Et si l’on veut bien en prendre la mesure, le phénomène éblouit comme une évidence, au hasard de rencontres improbables sur ses rives, où l’on croise aussi bien Eugène Varlin, l’honneur de la Commune de Paris de 1871, que le fantôme énigmatique et épouvantable du gibet de Montfaucon. Gibet dont les plus imaginatifs perçoivent encore des odeurs résilientes pestilentielles et les chairs en putréfaction des suppliciés…

On y entend aussi, au petit matin, à l’arrivée des convois de nuit, la souffrance insoutenable des soldats mutilés et des « Gueules Cassées » de la Grande Guerre, accueillis en flot continu à l’hôpital des Récollets venant de la gare de l’Est toute proche…

On s’amuse de revoir, au détour d’entrepôts désertés, l’activité industrieuse des quais de l’entre-deux-guerres, avec ses dockers, titis parisiens en « marcel », déchargeant leurs marchandises avant d’aller s’en jeter « une » dans un des nombreux bistrots du coin … Comment enfin ne pas concevoir d’insignifiantes et folkloriques pensées lubriques en empruntant la rue de la Grange aux Belles?

Il me plait d’imaginer que l’ombre de Louisette (1952-2010) traîne – plane – encore dans ce quartier dont elle s’est échappée une nuit de juillet, sans d’ailleurs vraiment le connaitre! Un coin, devenu un peu « bobo », cinématographique mais si sympa, les soirs d’été. Et pourtant, si triste dans le souvenir.

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Ce 14 mai 2012 sera à jamais historique : c’est le jour que tu as choisi, petite Louise, pour naitre à Nancy, ville de culture multiséculaire, qui honore toujours son bon roi Stanislas Leszczynski, artiste et philosophe.  Fille d’Amandine et d’Olivier, tu vois le jour au petit matin d’une journée de printemps ensoleillée, un peu fraiche sans doute – selon la météo – mais d’une douceur vivifiante. Les timides rafales d’un faible Baslerwind plus alsacien que lorrain troublent à peine les frondaisons du parc de la Pépinière ou les arbres du jardin du Montet, comme si cette bise venue d’Allemagne s’invitait discrètement à la fête, pour simplement saluer ta venue et rappeler l’origine germanique de ton prénom. Comme si les éléments s’associaient pour effacer toute ombre d’un passé douloureux, immédiat ou lointain, et signifier que ta seule présence consacre la victoire de la vie. Et c’est la joie, sans retenue ni réserve! Ce fut immédiatement une certitude – m’a-t-on dit – lorsque, à peine ton premier cri poussé, mue par une sorte d’irrépressible force vitale, tu t’es mise à téter avidement le sein de ta maman. Heureux présage que cette soif de vivre qui s’est manifestée dès ton premier souffle !

Bonjour Louise de Lorraine.

Le paradoxe que je ne m’explique pas, c’est qu’à l’annonce de ta naissance, c’est l’image d’une autre Louise qui s’est imposée à moi : « la Reine Louise » ou encore « Louise de Prusse ». Comme si l’étrange évocation de la courageuse princesse de Mecklembourg-Strelitz (1776-1810), te dotait comme par enchantement  de tous les atouts de sa beauté, de sa sensibilité et de son intelligence pour affronter le monde. Son intrépidité à tenir tête à Napoléon 1er au faîte de sa gloire et de sa puissance, et sa popularité continuent de hanter les galeries du château de Charlottenburg à Berlin, deux siècles après sa disparition… Et, encore aujourd’hui, on ne compte plus les amoureux transis qui viennent fleurir son mausolée… Puisses-tu, petite Louise de Lorraine, lui tenir en tous points la dragée haute, sans épouser son malheureux destin !

Bien sûr, cette image de la belle prussienne fut très rapidement balayée par celle de l’angevine, celle que, par pudeur, je n’ai pas voulu citer d’emblée, ma sœur Louisette (1952-2010), ta grand-mère maternelle, disparue, il y a, à peine deux ans. Je présume qu’en te donnant ce prénom inspiré, tes parents ont souhaité rendre l’hommage qu’elle mérite, à celle sans laquelle tu n’existerais pas. Celle qui rêvait déjà de toi, bien avant que l’idée qui t’a portée n’ait été elle-même conçue. Sans te connaître, elle t’avait si ardemment souhaitée, et même tant choyée par anticipation au tréfonds de son être. Tu étais sa raison de vivre avec tes cousines et futurs cousins. Mais toi particulièrement, la fille de sa fille !  Tes parents ont certainement voulu lui adresser ce clin d’œil filial au-delà du temps et des ténèbres. Clin d’oeil dont ton grand-père Rino ne fut certainement pas insensible, pas plus que tes oncles et tantes. Mais, ce faisant, il ne s’agit pas seulement de manifester son attachement à une chère disparue, comme un tribut consenti à sa mémoire, et dont tu ne serais que le pieux alibi. Cette seule motivation serait pourtant honorable et respectable, et à cet égard, rien ne justifierait qu’on fasse la fine bouche : l’absence définitive d’un être cher – surtout de sa mère – légitime toute tentative d’affirmation d’une renaissance au travers de la génération montante. Mais, je pense qu’en l’espèce, ton prénom – presque le sien – fait sens. Il s’impose comme une référence ou un symbole de ce que fut Louisette, ta grand-mère, complexe et généreuse, tourmentée et entreprenante, accueillante et originale, désintéressée et artiste… Je présume que ce choix qui ne doit rien au hasard n’est pas destiné à te rappeler sans cesse un passé dépassé, figé dans de confortables et stériles certitudes et peuplé de pensées nostalgiques. Il doit te servir de solide et dynamique ancrage dans une tradition familiale que tu pourras revendiquer sans complexe et qui te permettra en toutes cironstances, d’affronter l’avenir avec détermination.  Ce rappel discret à une grand-mère foudroyée alors qu’elle avait encore tant d’expériences à vivre et d’amour à donner ne doit donc pas être interprété comme une donnée d’un passé paralysant ou oppressant mais, comme une source d’inspiration, une sorte de tremplin pour poursuivre l’aventure humaine. Et ce, en prolongement de celle qui l’avait si merveilleusement illustrée et dont tu portes une partie des gènes.

Présente, elle t’aurait sûrement guidée, conseillée, aimée. Mais elle t’aurait surtout incitée à rêver puis à réaliser toi-même ton propre destin. Elle t’aurait encouragée à prendre des initiatives dans le respect de tes semblables, sans jamais entraver ta liberté d’être et de penser : tel est l’héritage de Louisette – de Louison, comme je l’appelais autrefois. Son absence ne fait rien à l’affaire. Militante de l’émancipation humaine, c’est donc une bonne fée qui se penche sur ton berceau et non le fantôme pesant d’une sombre aïeule ressuscitée… « Ce qui compte disait-elle, ce n’est pas la fortune qu’on accumule, mais la richesse des relations qu’on sait tisser avec les autres ». Ce message demeure d’une criante actualité…

Finalement, c’est une sacrée chance de s’appeler « Louise », petite Louise !

D’autres, bien sûr, ont illustré ce prénom….Ainsi, la grande amie d’Adrienne Venault-Turbelier, la grand-mère de Louisette ! Louise et Adrienne s’étaient connues vers 1917 à Angers alors qu’elles étaient domestiques chez Madame Lafourcade rue Desjardins. Ce qui est remarquable, c’est que cette amitié ne s’est jamais démentie et qu’elle se prolongea, en dépit des aléas, pendant près de soixante ans. De même la « tante Louise » (1869-1954) soeur célibataire d’une de tes arrière-arrière- arrière- grands-mères!  

En fait, plusieurs de tes aieules ont été prénommées ainsi, et il n’est pas impossible que ces lointaines – voire très lointaines ascendances aient influencé les choix présents, sans que ceux qui les ont formulé en aient nécessairement une conscience claire, à l’image de ces phénomènes épigénétiques dont on fait grand cas aujourd’hui. Louisette ne portait-elle pas ce prénom en souvenir de son grand-père Louis, décédé peu de temps avant sa naissance !  Et ce grand-père ne s’appelait-il pas ainsi en souvenir de Louise Desvignes (1792-1863) sa propre arrière-grand-mère paternelle, dont le père mort sous la Révolution était batelier de la Loire ? Qui peut savoir?

Plus proche de nous, je voudrais évoquer en conclusion de ce petit message d’accueil, Louise Héloïse Lucie Desse (1867-1939), mon arrière-grand-mère paternelle et celle de Louisette, qui, par le hasard du calendrier, a épousé Charles Pierre Pasquier un 15 mai 1888 à Brunehamel dans l’Aisne.

Elle était née à Puteaux (92) de père inconnu, et lui au Lion d’Angers (49). Les circonstances de leur rencontre ne sont pas connues mais ce qu’on sait c’est que l’un et l’autre qui s’aimaient fort, possédaient en outre un caractère bien trempé, qui les conduisit sans doute à braver leurs familles pour vivre leur amour. Les clichés d’elle attestent de sa détermination. Lors de leur mariage dont l’acte est consultable sur Internet, seule la mère de Louise, Hélène Ruphine  – « la fille-mère » comme on disait avec mépris à l’époque – était présente, ainsi qu’un cousin éloigné et des amis de Charles, ses collègues boulangers… Tous les autres avaient décliné l’invitation. Ce fut donc un 15 mai historique, de liberté et d’amour assumés : un bel exemple que cette lointaine « Louise ». Si proche et si moderne.

Postulons qu’il y en aura sûrement d’autres des « 15 mai » mémorables et qu’alors tu seras de la partie! Certes, ce n’est pas tout-à-fait pour demain – quoique – mais ça viendra ! Bienvenue Louise sous les meilleurs auspices ! Tu es la quatorzième arrière-petite fille de Maurice Pasquier et d’Adrienne Turbelier…

Pour fêter l’événement, je t’offre cette image « du jour » d’un magnifique tableau de Monet: « tempête à Belle Isle en mer », qui illustre un article sur Debussy dans les pages culturelles du quotidien Le Monde daté du 15 mai 2012 … La mer ! D’où tout est issu… Notre plus lointaine ancêtre. Comme toi, c’est d’actualité, ce jour !

 

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