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Posts Tagged ‘Louisette Pasquier-Biancherin’

C’était le 7 juillet 2010, il y a douze ans. Louisette nous quittait, en nous laissant tous orphelins. Qui, d’une maman, qui, d’une épouse, qui, d’une fille et qui d’une sœur. Tous les autres perdaient une amie accueillante, généreuse, imaginative et empressée. Une confidente aussi.

Juillet aout 1953 au Lion d’Angers – Louisette au centre

Un dessin sur la stèle de sa tombe au cimetière de Massy évoque une nuée d’étoiles s’élançant vers le cosmos… Pourquoi pas? Pourquoi ne pas s’imaginer que parmi les quelques deux cents milliards de soleils de notre Voie Lactée, quelques unes d’entre elles, font passer son message d’humanité jusqu’au tréfonds de l’univers.

En tout cas, nous, ce message qui ne peut échoir dans le néant, nous ne l’oublions pas, et, le moment venu, il sera du voyage, avec nous.

 » Les filles » – mes sœurs. Louisette en haut à gauche

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Il est des absences dont on ne se remet jamais tout-à-fait ! C’est le cas de celle de Louisette, ma sœur – notre sœur -qui est partie, il y a tout juste dix ans… On finit, malgré tout par s’y résoudre, parce qu’on n’a pas d’autre option. Tout étant mouvement, on n’a pas d’autre choix – dit-on – que d’avancer pour tenir debout.

Mais pourquoi faudrait-il pour autant s’affranchir d’un passé qui nous colle aux basques. Un passé constitué de jeux d’enfants, de rires, de chamailleries initiatiques, de controverses fondatrices, de complicités qu’on ne saurait gommer sans oublier ce que nous sommes? Dix ans après, Louisette est toujours présente car c’est l’un des visages de notre jeunesse insouciante et angevine! C’est l’un des visages essentiels du paradis perdu de notre enfance.

Indissociable à jamais de notre fratrie, elle rend vaine toute tentative de s’étourdir des facilités d’une actualité envahissante. Elle nous interdit de sombrer dans les convenances d’une amnésie sélective qui consisterait à piétiner nos souvenirs pour ne pas plomber les générations qui nous suivent! 

C’est ainsi que nous sommes faits: on peine à concevoir notre avenir en effaçant les traces les plus précieuses de notre passé. Et Louisette, jusqu’à notre propre disparition est partie prenante de ce monde d’avant dans lequel on aime se retrouver et auquel on se réfère spontanément. Mais, qu’on ne s’y méprenne pas, il ne s’agit pas de piétiner sur place en ressassant avec nostalgie les épisodes d’un monde disparu, mais de constater simplement que ce qui a existé, compte encore, et qu’à bien des égards, il demeure un des fondements du nouvel environnement qui se dessine sous nos yeux.

Certes nous savons que l’avenir ne peut être hypothéqué par le passé; nous sommes aussi conscients que le futur qu’on espère prometteur, appartient désormais à d’autres et nous n’ignorons pas que nous laisserons bientôt la place. C’est le cycle normal de la vie! Qu’on nous laisse au moins, cultiver paisiblement notre mélancolie du temps qui passe!   

Ainsi quoiqu’on en dise, faire son deuil de ceux qu’on a aimés et qui, sans doute, nous ont aimés n’est pas tâche aisée. C’est même probablement une gageure qui relève plus du rite social antalgique ou d’un mythe que d’une réalité. Pourquoi en effet, la mémoire, deviendrait-elle à ce point sélective qu’elle éclipserait sans douleur, ceux qui nous ont précédés dans le néant? La mémoire réceptacle de nos plus anciennes sensations, n’est en fait jamais totalement délivrée de ses souvenirs et de ses émotions. Les années qui se succèdent ne font rien à l’affaire. Jamais la mémoire n’a pour projet naturel de se renier, ni de se délier d’elle-même pour solde de tout compte. Seule l’extrême vieillesse peut parfois avoir raison d’elle, mais à son corps défendant… 

Tel Sisyphe, nous ne déjouons pas la mort en l’ignorant, ni ne jouons avec elle. Chacun se contente, comme il peut, de pousser sa pierre, une pierre toujours trop lourde pour franchir la montagne et moins roulante au fur et à mesure que les ans s’accumulent. 

Ainsi, une sœur disparue ne devient jamais une ex-sœur, pas plus d’ailleurs qu’une mère, un père, une fille ou un fils! Certains liens familiaux tissés dès le premier battement de cœur et au premier souffle ne souffrent d’aucune solution de substitution…  On ne remplace aucun de ceux-là, fût-ce au nom de la nécessité de vivre ! 

Louisette en 2009

Il suffit alors d’un rien, d’un presque rien, invisible et inaudible de tous, pour que le passé resurgisse à nos yeux et s’impose comme une parenthèse au sein d’un présent qui s’efface alors devant des sentiments que la mort avait mis en sommeil et qu’on croyait avoir oubliés!

Il suffit d’une date anniversaire, d’un manuscrit retrouvé au fond d’un tiroir, d’une photographie d’enfance, qui se serait glissée dans un classeur naufragé du temps, pour réentendre des voix qui nous étaient jadis familières! Pour pour nous attarder sur des regards si expressifs autrefois et aujourd’hui éteints. On se surprend alors à répondre à ces sourires, à retrouver le parfum de ces soirées d’été où nous regardions ensemble les hirondelles et les chauves-souris se disputer le ciel des insectes. Il nous arrive même d’envier la joie de vivre de ces chers fantômes. Précisément celle qu’on aimerait à notre tour transmettre sans y parvenir à la hauteur de nos espérances! 

Jalouser des morts! Il faut être vivant pour nourrir un tel sentiment!  

Il y a dix ans, Louisette s’est envolée vers les étoiles, terrassée par une maladie impitoyable, le cancer puisqu’il faut l’appeler par son nom. Elle le combattit courageusement, sans répit des années durant, avec l’énergie du désespoir, pour ses enfants, pour son mari, pour nos parents âgés et désemparés et pour nous-mêmes ses frère et sœurs !

Elle nous a quittés à l’issue d’une longue agonie, entrecoupée de phases d’espoir, de moments d’apparente rémission, de périodes de souffrance intense, tant physiquement que moralement, puis d’autres de découragements et d’abattements, et enfin d’espoirs entrevus, de fermes résolutions de désarmer un ennemi qui, pourtant, une à une fragilisait et réduisait toutes ses défenses! 

Parfaitement lucide, elle sut quand la bataille fut perdue. Elle m’en fit part crûment, deux jours avant l’échéance fatale. Ce furent les dernières paroles que j’entendis d’elle comme frère, non comme confident de ses sentiments intimes et ultimes que je ne fus pas. Par ses mots, ce jour-là, prononcés sur son lit de l’hôpital Saint-Louis, elle sut manifester dans l’intolérable souffrance qui l’assaillait, une clairvoyance désespérée, résonnant comme un appel de détresse auquel personne ne pouvait répondre, mais également son aversion de la mort et, en écho, son amour de la vie!

Je ne l’ai plus revue consciente, mais c’est cet amour de la vie et des siens que je retiens d’elle et de ces instants sacrés de fraternité partagée! 

Elle s’est éteinte dans la nuit du 7 juillet 2010! Dix ans déjà…Et depuis, elle nous manque, elle me manque

Bien sûr, n’étant que son frère aîné, c’est en tant que « petite » sœur qu’elle a su enchanter ma vie, comme probablement celle de mes deux autres sœurs! Elles ont peut-être une autre perception que moi, de leurs relations avec elle, car dans notre famille, le garçon et les filles bénéficiaient de statuts différents… Comme me le fit observer Louisette dans une longue correspondance qu’elle m’adressa à l’automne 1971 et que je conserve religieusement dans le rayon philosophique de ma bibliothèque.

N’empêche, qu’ayant été tous les quatre conçus, élevés et éduqués au sein d’un même cocon de tendresse retenue, de pudeur respectueuse et d’amour indiscutable, nos références primordiales ainsi que nos inclinations culturelles relèvent de principes communs, malgré des destins forcément spécifiques, des sensibilités propres à chacun, et des choix de vie sensiblement différents!

Paradoxalement, la mort de Louisette a permis de réaffirmer – sans qu’il soit besoin de le crier – que, comme probablement dans toutes les fratries, les liens qui nous unissaient, étaient plus forts que tout ce qui nous séparait, et que, par delà  la mort et des trajectoires de vie distincts et singuliers, nous étions, par quintessence, « inséparables »! 

Quatre enfants en vacances à la Poitevinière de Riaillé (44) en 1959

Dix ans après son départ, je ne saurais m’exprimer sur la mère, la fille ou l’épouse qu’elle fut. Je n’en ai ni la légitimité, ni la vocation.  Tout juste puis-je attester qu’elle avait la passion de ses enfants, et qu’à ses yeux , aucun d’entre eux ne primait sur les autres, quelles que soient leurs réussites exemplaires dont elle était évidemment très fière, ou parfois les difficultés et les épreuves que, comme dans toute famille, certains durent parfois subir et qu’elle affrontait avec eux! 

Ce dont en revanche, je puis témoigner, alors que sa présence reste vivace dans mon esprit, c’est de la sœur admirable qu’elle fut pour moi, généreuse, disponible, enjouée et même compréhensive en diverses circonstances de ma vie où ses conseils me furent d’appréciables viatiques.  

Avec le recul du temps, ai-je vraiment compris qui était cette comète éclairante qui illumina des pans entiers de ma vie et de notre fratrie?  Qui était-elle? 

Nul ne le sait sans doute vraiment. Ce que je peux dire, malgré tout, sans risque d’être démenti, c’est que Louisette était une femme d’une grande intelligence, qui conciliait à la fois la réflexion théorique et ontologique sur la nature des choses, un esprit analytique toujours percutant et beaucoup de pragmatisme en vertu duquel l’action notamment associative, primait toujours sur l’inertie chicanière.

Toujours accueillante, bienveillante, aimant s’entourer d’amis, elle avait le sens du rassemblement autour de ses projets et était l’élément fédérateur et rassembleur de la famille. Artiste aussi et photographe! 

Si le temps ne lui avait pas été si mesuré, nul doute que son sens de l’organisation, son enthousiasme et son caractère déterminé à défendre son point de vue, lui auraient réservé un plus grand destin, que la fatalité lui a injustement confisqué…Serait-elle devenue l’incarnation de la sagesse? Par modestie, elle l’aurait sans doute refusée.  Mais moi, je pense que oui. 

Dix ans après sa disparition, notre chagrin ne s’estompe pas.    

Louisette en 1952

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C’était probablement le dernier dimanche d’août 1951 – le 26 – Adrienne et Maurice avaient décidé de s’offrir une excursion d’une journée en autocar dans les Côtes-du-Nord – devenues, depuis lors, Côtes d’Armor. Ils étaient partis d’Angers très tôt le matin, non sans avoir confié, la veille, leurs deux enfants de deux ans et six mois aux grands-parents maternels et paternels dans le quartier de la Madeleine…

Adolphe B. un cousin de Maurice qui possédait une voiture, s’était proposé pour les conduire dès l’aube, de leur domicile, avenue René-Gasnier sur la route d’Avrillé, au point de rendez-vous des bus près de la gare Saint-Laud…

Las! Cette journée, la première de réelles vacances depuis deux ans, et promise au plaisir de la découverte de la Bretagne septentrionale, fut quelque peu mouvementée. Les deux cents cinquante kilomètres à parcourir à travers le Haut-Anjou et la Bretagne, par des routes peu entretenues, parsemées de nids de poule et encore endommagées par les outrages de la dernière guerre, furent particulièrement pénibles pour Adrienne, victime de nausées. On dut même l’installer à l’avant du véhicule, juste derrière le chauffeur, prête à descendre si besoin était!

Enfin, au Cap Fréhel, peu avant midi, la récompense était au bout du chemin: les embruns salés et l’air iodé de la Manche tinrent leur promesse, incitant Adrienne requinquée à s’aventurer, après le pique-nique, sur les rochers tapissés d’algues brunes et vertes…Le temps au moins, qu’un photographe, Maurice ou un autre – nul ne s’en souvient aujourd’hui – prenne le cliché de rigueur! Comme dans un studio, les cheveux et les plis de la robe savamment ondulés, indiquaient la direction du vent…

Adrienne sur les rochers

Adrienne sur les rochers

Le retour de nuit se déroula sans encombre…Cette journée en demi-teinte fut finalement occultée, car elle fut, ultérieurement brouillée par d’autres événements presque synchrones, qui en relativisèrent le souvenir.

Jusqu’à peu, la photo fut même oubliée dans un tiroir, au milieu d’autres plus récentes, et jamais elle ne figura dans les albums de famille… Pourtant, en dépit d’une qualité technique moyenne, elle est singulière à divers titres. A y regarder de près, la jeune femme de vingt-huit ans, qui apparaît songeuse, le regard presque soucieux en direction du large, présente un léger embonpoint au niveau de la ceinture!

Elle est en effet enceinte de deux mois et demi ! Et, le 21 mars 1952, elle accouchera de son troisième enfant, ma sœur Louisette (1952-2010)… L’intérêt de cet instantané est donc double: il atteste du premier voyage au bord de la mer – en l’occurrence intra-utero – de ma sœur, et c’est en outre le seul, à ma connaissance, qui représente ma mère enceinte… En ce temps-là, pour des motifs qu’il conviendrait d’élucider, il n’était pas d’usage de photographier les jeunes femmes « en état de grossesse », alors que je possède des dizaines de clichés numériques de mes filles aux différents stades de leurs grossesses respectives…Et deux seulement de mon épouse!

Dans la quinzaine qui suivit ce très court intermède estival sur ces côtes sauvages, au relief tourmenté et envoûtant, le père d’Adrienne, Louis Turbelier (1899-1951), décéda, foudroyé par un infarctus à cinquante-deux ans! L’ombre portée sur le visage d’Adrienne, debout face à l’océan, au milieu des nappes de varech, était-elle prémonitoire de ce qu’il adviendra quelques jours plus tard?

Heureusement, six mois après, Louisette fera revivre Louis. C’est de cette naissance, dont Adrienne, aujourd’hui nonagénaire, se remémore en priorité!

 

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Deux ans après avoir ouvert mon « grenier » fictif – dont quinze mille d’entre vous ont entrebâillé la porte poussiéreuse-  je m’aperçois que je n’ai guère évoqué le  » 6 bis rue de Messine » qui sert de bandeau titre à ce blog… Néanmoins, si vous m’avez lu, vous savez que c’est l’adresse de la maison que mes parents firent construire à Angers en 1955.

Vous n’ignorez pas que ce lieu – pour moi, mythique – était situé dans le quartier de la Madeleine à Angers, à proximité immédiate d’un stade, qu’on appelait à l’époque « le » stade « Bessonneau » et qui est devenu, depuis lors, « Jean Boin ». Un boulevard y a, entre outre, été percé vers 1967, reliant au travers de terres autrefois maraîchères, la rue Saint-Léonard et la rue Saumuroise, et ouvrant ainsi l’ensemble du quartier à la circulation.

Auparavant,  la rue et son prolongement, la rue de Tunis étaient sans issue et non goudronnées. De sorte que dans cet univers clos, tout le monde se connaissait! Et à l’occasion, s’entraidait mais se critiquait aussi. Y vivaient des personnages d’un genre aujourd’hui disparu, comme la mère Merlet, la femme d’un des gendarmes d’en face, qui, chaque matin, en ouvrant ses volets dès l’aurore, hurlait à la cantonade, été comme hiver, la météo du jour! Faisait également partie du décor, la « mère Riveron  » qui chaque soir récupérait son mari ivre-mort, écroulé sur son vélo devant sa porte. Et nos plus proches voisins, les « Badreau » dont l’unique et tardive fille Evelyne périt noyée un été dans un tourbillon  de la Loire! Et la vieille mère Agoulon qui vivait dans la seule maison bourgeoise de la rue, mais qu’on ne voyait jamais. Et tous les autres, les Cheminard, les Ripoche, les Tinon du haut de la rue , les Legal, les Wolfer, les gérants alsaciens du « Comptoir Moderne » de l’angle de la rue Desmazières et de la rue Saint Léonard, où nous « faisions les courses » …

Dans sa propriété qui bordait le fond de nos jardins, « régnait » discrètement un vieil aristocrate, Monsieur de la Sayette, entouré de ses filles célibataires qui veillaient sur la santé des immenses acacias de leur parc. Certains soirs d’été,  le marquis jouait du cor de chasse! Parfois aussi, on l’apercevait rue saint Léonard dans son antique « Deux Chevaux Citroën »!

Bref, c’était une sorte de microcosme, presque un isolat – un cluster comme on dit maintenant – qui s’apparentait à un « bouillon de culture », mais de « culture populaire »,  provinciale et bon enfant. Solidaire et fraternelle lorsqu’il fallait, tant qu’il fallait et juste ce qu’il fallait dans le respect de l’autonomie, la personnalité et de la responsabilité de chacun. En ce temps-là, notre premier réflexe ne consistait pas à imputer systématiquement toutes nos difficultés à la collectivité !

Une culture spontanée non décrétée dans les ors de la République par des énarques d’essence bourgeoise, convertis « sur le papier » au Front populaire! Une culture ouvrière qui n’avait d’ailleurs nul besoin du dévouement misérabiliste, complaisant et finalement stérile de « missionnaires » théoriciens de la « bonne cause » et du « grand soir ».  Tout n’était pas forcément et constamment  « rose » , dans ce petit monde qui n’était exempt ni de grandeurs, ni de faiblesses, ni même de bassesses! Mais, dans notre souvenir, il l’est devenu!

Pour nous, les enfants, la rue de Messine c’était un peu notre aire de jeux et d’aventure, avec ses terrains vagues, ses semi-friches, ses panneaux publicitaires derrière lesquels on pouvait se cacher, et l’entrée du stade près du champ de luzerne.  Tous les gamins du quartier la fréquentaient:  Claudine, Annick, Lydie et Jocelyne, les filles de Madame « Ripoche » devenue « Lhumeau » du fait de son remariage après son veuvage avec un « vieux garçon » de Seiches-sur-le Loir. Un brave homme peu disert mais qui jardinait à merveille! Sans omettre les copains du quartier, dont ceux de ma classe de l’école « Saint Augustin », comme Jean-Louis Jaulain, turbulent fils de gendarme et passionné d’électricité, qui « piquait » les ampoules des chandeliers de l’église de la Madeleine. Sans oublier les enfants « Le Guyader » ou encore Marie Christine Souriceau de la rue de Tunis, dont la mère, matin et soir, passait devant chez nous en Vélosolex, et d’autres encore dont les noms m’échappent …Il y a largement plus de cinquante ans!

Nous nous affrontions en pleine chaussée, en d’interminables parties de jokari, aux résultats d’autant plus imprévisibles que le terrain poussiéreux et caillouteux n’était pas régulier!  Itou pour le foot sur le terrain vague à l’entrée du stade, du côté des tribunes « populaires ».  Avec nos vélos, nous dévalions la rue à toute vitesse, jusqu’au jour où ma sœur Louisette chuta lourdement sur la caillasse: la cicatrice de sa fracture ouverte était encore visible sur son bras plusieurs décennies plus tard sur son lit d’agonie…

Et puis, il y avait ces jours de liesse et de franche rigolade lorsque nos cousins de Nantes venaient passer quelques jours chez nous aux « petites vacances » de Noël ou de Pâques …

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Rue de Messine 1961 : depuis, deux sont partis!

Le « 6 bis » que nous avons connu, a aujourd’hui physiquement disparu – c’était le paysage de notre enfance. Malgré quelques rares réserves, ce petit coin de province demeurera pour nous l’image d’un paradis perdu, celui de l’insouciance et de l’impatience dans des lendemains nécessairement prometteurs… La suite s’est progressivement chargée de nous dessiller mais le souvenir des années « au 6 bis » reste un refuge intime…et même un ultime asile, les jours sans soleil!

Bien sûr, il y eut depuis, d’autres motifs de bonheurs presque aussi intenses que celui de ces lointaines années 50 et 60, mais aucun ne fut comparable à celui de notre enfance ici. Chaque période de la vie est en effet singulière! Le souvenir de notre prime jeunesse présente l’insigne avantage d’effacer, le temps passant, les désagréments du moment ou de les transformer en de profitables apprentissages ou phases d’initiation, dérisoires eu égard aux difficultés qui suivront!

Bien que chacun sache que ces instants privilégiés, durablement gravés, doivent être dépassés  pour survivre, ils conservent leur saveur originelle et demeurent d’incomparables et roboratifs jardins secrets, surtout les jours de tristesse ou de mélancolie. L’enfance, c’est le temps « béni » où la testostérone n’exerçait encore aucun magistère obsédant sur nos âmes!

La mélancolie n’est pas un état permanent, mais parfois ça fait du bien d’y sombrer! C’est comme un plaisir masochiste pour timides.

Quelques années après la disparition de ma sœur Louisette, évoquer la maison d’Angers, c’est aussi une manière de lui rendre hommage et de lui redonner un peu de vie. Evoquer le décor de son enfance, qui fut aussi la mienne, c’est  comme faire revivre la petite fille malicieuse et intelligente, qu’elle n’a pas cessé d’être à mes yeux! Décor qui fut aussi celui dans lequel évoluèrent nos deux autres compères de la fratrie, Bibiche et Françoise.

Il est bon, si on ne s’y attarde pas trop, de se remémorer cette époque où, tous les quatre, petits queniaux d’Anjou, nous érigeâmes, à coup de « peignées » – ou de « volées » mémorables, de chicaneries, de jeux et de vraies confidences, une complicité et une connivence que même la mort de l’une d’entre nous, le sept juillet 2010, n’a pas su interrompre!

Il y a si longtemps déjà!

Peinture de ma soeur Louisette (1952-2010)

Peinture de ma sœur Louisette (1952-2010)

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Je me souviens, ce jour-là, nous nous sommes quittés sur la « Ballade en novembre » d’Anne Vanderlove ».

Un dernier clin d’œil à notre jeunesse ! Comme un souvenir commun passant en boucle dans l’église Saint-Fiacre de Massy. Tandis que la foule de tous ceux qui t’aimaient, sortait lentement, après t’avoir adressé un dernier adieu !

« Ballade en Novembre » Et pourtant nous étions en juillet, la chaleur était étouffante et, pour tous, c’était déjà l’automne… Depuis tu nous manques, Louison, et il ne nous reste guère que cette chanson que nous écoutons parfois en souvenir de toi … Avec la même émotion, comme si le monde que nous avions connu avait à jamais disparu…

Le ciel, dans la nuit du 7 juillet 2010

Petit coup de blues !

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