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Posts Tagged ‘L’appareillage aéronautique’

Avant l’ère bénie de la « Révolution Numérique » et de la transformation monarchique « en marche » (forcée) de notre beau royaume de France, nos anciens avaient une fâcheuse tendance à conserver la moindre paperasse officielle, facture de gaz, quittance de loyer et même carte postale ou d’électeur… Au cas où!

Au cas où, il faudrait justifier, qu’avant d’être ce qu’ils étaient devenus , ils existaient déjà, il y a quelques soixante dix ans. Mais, ils étaient alors jeunes et audacieux avec des projets pleins la tête.

L’avantage de cette manie d’archiviste, c’est qu’après leur disparition, leurs « ayant droit », successeurs, légataires ou héritiers – bref leurs enfants – peuvent les redécouvrir sous un jour nouveau, partiellement ignoré jusqu’alors. Ils s’aperçoivent alors que ceux – que récemment, ils accompagnaient quotidiennement dans leur dur calvaire jusqu’à l’épilogue final et fatal – furent jadis réellement leurs parents!

Ils avaient oublié que l’état de relative dépendance morale et affective de leurs pères et mères, concrétisait, sans que nul ne l’ait vraiment formulé, une étrange inversion des rôles, imposée progressivement par l’âge. Tout cela semblait naturel dès lors qu’on admettait que le grand vieillissement et les handicaps qu’il traîne dans son sillage, sont des jalons obligatoires et, selon certains, rédempteurs de l’existence. Ce faisant, le passé de nos parents jeunes disparaissait des radars, hormis quelques épisodes marquants et aseptisés que les principaux intéressés ressassaient sans relâche et qui servaient à nourrir la mythologie familiale… comme l’occupation allemande de 1940 à 1944, le syndicalisme ouvrier et chrétien des pays de Loire durant les Trente Glorieuses, les événements de mai 1968 à Angers, et la victoire de Mitterrand en 1981 …

Mais le contexte n’est manifestement plus le même quand les principaux protagonistes ont pris définitivement congé de notre monde, et que, dans une ultime pirouette, ils ont rejoint les mânes de leurs ancêtres et des nôtres. Il ne reste que ces pauvres papiers, méticuleusement rangés dans des boites en carton, pour témoigner objectivement de leur existence et leur redonner un peu de leur statut d’êtres vivants autonomes que les affres du temps leur avait confisqué…

Cette frénésie parentale à vouloir tout conserver a néanmoins sa contrepartie incontournable, presque un inconvénient, la nécessité d’opérer un tri. Et trier, c’est choisir mais c’est aussi éliminer sans s’efforçant de ne pas trahir. Comme si biffer des pans de vie de ceux qui nous ont précédé, relevait des obligations quasi-contractuelles des enfants. Comme si l’on était autorisé à le faire pour laisser la voie libre à l’avenir! Difficile gageure car l’enfer est toujours dans le détail.

Cet exercice que d’aucuns pourraient assimiler à une sorte de parcours initiatique d’émancipation dans les méandres d’un passé dont nous ne fûmes que des figurants, des seconds couteaux – fussent-ils  essentiels, a, quand même, tendance à plomber nos jours et nos nuits. D’autant que ce passé là ne nous appartient pas!

Même en postulant avec optimisme que ce « devoir de mémoire » – tant vanté de nos jours – contribue à faciliter  » notre travail de deuil », force est de reconnaître que le risque n’est pas nul de se laisser accaparer par ces vies d’êtres chers, qui nous ont conçus mais dont nous ne sommes ni les obligés, ni les reproductions! Le danger serait de s’y perdre au détriment de notre propre vie, comme si nous ne pouvions qu’être sidérés et tétanisés par le souvenir enjolivé à notre guise de nos disparus, plutôt que d’affronter le futur sans trop se laisser lester par le passé des autres!

Ainsi, même quand on revendique hautement sa piété filiale, il n’est pas anodin pour le moral  de se coltiner des masses d’archives poussiéreuses, surtout si l’on s’entiche de croire que ces traces furent intentionnellement rassemblées pour permettre aux regrettés parents de survivre indéfiniment à leurs disparitions.  Ce travail d’écrémage n’est au demeurant pas indifférent pour nos bronches, car dans un environnement figé depuis des années, les poussières sédimentent! Les effleurer les remet en suspension dans tous les sens du terme.

Quelquefois cependant, on tombe sur une perle ou une pépite, digne, à nos yeux, d’accéder à la postérité. On la savoure avant d’entamer le carton suivant. Nous pensons qu’elle nous réconcilie, avec nos défunts parents, avec lesquels d’ailleurs, on exclut toute fâcherie posthume … S’il fallait le faire, c’était avant.

Maintenant on se plait juste à râler en toussotant, et c’est notre façon de leur rendre vie!

Ainsi j’ai découvert – ô rassurante surprise narcissique – que mon père, Maurice Pasquier (1926-2017) n’avait pas d’enfant avant février 1949, mais qu’au cours de la première quinzaine de février 1949, sa feuille de paie d’ouvrier « ajusteur » dans les ateliers d’Angers de l’entreprise parisienne « l’Appareillage Aéronautique » faisait état de « congés de naissance » rémunérés.

Leur durée n’était que de vingt-quatre heures ouvrés! Autrement dit – probablement – de trois jours calendaires de huit heures de travail. Juste le temps de faire connaissance et de photographier le nouveau-né au format 6×9 avec un appareil à soufflet.

En cas de différend sur le décompte des heures, je présume qu’il serait bien tard pour saisir les prud’hommes, tous les acteurs de cette histoire ayant disparu – et même de très longue date même, s’agissant de l’entreprise.

En fait, après vérification, y compris sur les bulletins ultérieurs, je me suis aperçu que mon père, âgé alors de vingt-trois ans, avait bénéficié de son dû.

En effet, aux termes de la loi du 18 mai 1946  » tendant à accorder au chef de famille (…) un congé supplémentaire à l’occasion de chaque naissance à son foyer » (sic) – en particulier de son article 2 – la durée de ce congé de naissance avait été fixée à trois jours, pris en charge par l’employeur!

A ma grande surprise, la législation a peu évolué depuis cette époque.

Certes la notion de « chef de famille » a été gommée des tablettes, mais la durée  légale du congé de naissance est toujours de trois jours. Lequel est toutefois  cumulable avec un congé « paternité » qui n’existait pas à l’époque, et dont la durée est de onze jours… Ce dernier n’étant d’ailleurs qu’un droit relatif puisqu’en principe il suspend le contrat de travail et n’est donc pas nécessairement rémunéré par l’employeur…

Ce « congé de paternité » et de naissance pour les pères fait aujourd’hui débat. Il fait même carrément « mauvais genre » depuis que l’on sait – ou croit savoir – que les différences entre les parents porteurs ou  non, de chromosomes XX ou XY, sont exclusivement d’ordre culturel !

Bref, comme l’a confirmé récemment l’actuelle ministre de la santé, le congé parental – ou mieux en langage techno, « la prestation partagée d’éducation de l’enfant » – évoluera nécessairement d’ici la fin du quinquennat!

Elle attend juste, es qualité de gentille collaboratrice disciplinée,  le feu vert du maître, c’est-à-dire la position du monarque, qui s’y connait en parentalité …comme dans tous les domaines d’ailleurs!

Mais là, il s’agit d’une toute autre histoire que j’évoque, pour mémoire – histoire de polémiquer un peu – car cette annonce ministérielle dilatoire se télescope avec les vieux papiers « parentaux » que pour l’heure, je m’efforce d’évacuer et que je parviens tout juste à transférer d’une boite dans une autre !

Maurice en 1948 

Demeure un enseignement pour soi-même: éliminer et déstocker au max, avant fermeture définitive du clapet! Sinon d’autres seront contraints de le faire, et pas nécessairement à notre convenance. Mais faut-il s’embarrasser de convenances après la mort? Comment rester fidèle en dépouillant?

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PS: Je remercie les deux premier auteurs de commentaires qui m’ont permis de corriger une première version qui comportait une erreur dans l’interprétation comparée du bulletin de salaire et de la loi de 1946.

 

 

 

 

 

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