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Posts Tagged ‘La Toussaint’

A l’approche de la Toussaint, la tradition voulait jadis qu’on fleurisse les tombes de nos proches disparus, ceux qu’on avait aimés et qui ne sont plus. Ce rituel demeure en partie de nos jours, du moins par la pensée et presque exclusivement dans la tête des anciennes générations aujourd’hui de plus en plus clairsemées, c’est-à-dire de celles nées juste avant-guerre ou juste après lors du baby-boom inaugurant les Trente Glorieuses.

Les générations précédentes décimées ne sont presque plus partie prenante et les nouvelles qualifient plus volontiers cette période de l’année de « vacances d’automne », sans référence particulière au souvenir des trépassés.

L’éloignement des familles de leurs provinces d’origine est en grande partie la cause de cette désaffection. Mais pas seulement, l’atomisation géographique est également responsable ainsi qu’une sorte d’amnésie collective doublée d’un certain désintérêt des générations montantes pour tout ce qui concerne l’Histoire. A leur décharge, elle est généralement mal enseignée à l’école, voire ignorée dans le flux envahissant des mondes virtuels et constant par écrans interposés.

En tout état de cause, le culte des ancêtres n’a plus guère la côte. Il n’est plus de mise. Et ce paradoxalement, alors que les allées des centres commerciaux des grandes métropoles et de leurs banlieues fourmillent de jeunes gens et de jeunes femmes, qui promeuvent ostensiblement des idéologies moyenâgeuses et déambulent en s’affublant d’accoutrements religieux archaïques et incommodes.

La « fête » de la Toussaint n’est donc plus regardée par la majorité de nos concitoyens comme celle du souvenir de nos aïeux ou comme une occasion de s’accorder un temps de recul, de pause et de réflexion en leur compagnie pour évaluer les bouleversements du monde. Cette coutume se perd et sa perpétuation ne motive plus guère que les fleuristes ou les jardineries.

Lorsqu’on se situe plutôt – à l’exemple du rédacteur de ces lignes – dans le dernier quart de son existence, l’abandon de ces rites religieux ou païens – qu’on n’appellera surtout pas identitaires pour s’éviter les foudres des forcenés du multiculturalisme – chagrine et on est en droit, à divers titres, de cultiver une certaine nostalgie d’un passé révolu.

Lorsque par ailleurs, on appartient de fait, à cette frange de la population qui regarde les cimetières comme des lieux de future résidence, visités comme des appartements témoins, la Toussaint fournit une bonne occasion de s’enquérir du voisinage pour l’éternité. En tout cas, celui de la famille, des amis ou des collègues de travail, bref de tous ceux qui, à un moment ou à un autre de notre existence nous ont tenu la main, nous ont guidés ou parfois chaperonnés.

Tous ceux qui reposent en ces lieux de silence, désormais éloignés du mouvement vibrionnant de l’oppressante actualité, ne sont pas tous nos amis, mais tous semblent « cohabiter » dans une apparente sérénité. La Camarde ne fait pas dans la dentelle en matière d’égalité. Tous passent, un jour ou l’autre, par sa faux et il n’est pas indifférent de se le rappeler.

Du temps de ma jeunesse au siècle dernier, la plante privilégiée pour incarner la Toussaint ou le « Jour des Morts » qui lui succède, c’était le chrysanthème à grosse tête mordorée, symbolisant l’automne dans ces lieux du souvenir.

Accompagnant ma grand-mère maternelle qui ne fleurissait qu’une seule tombe du cimetière de l’Est à Angers, celle de son mari et de sa mère, la sienne aujourd’hui depuis 1973, je me souviens qu’elle ne déposait qu’un seul pot et c’était, conformément aux us de l’époque, un pot de chrysanthèmes.

Dans la jardinière en avant de la pierre tombale, elle plantait en outre de petites « pensées sauvages violettes et bleutées au cœur jaune ».

Venus à pied du quartier périphérique de la Madeleine, via le chemin des Noyers jusqu’à la ligne de chemin de fer surplombant la nécropole, elle achetait son pot de chrysanthèmes à l’un des nombreux pépiniéristes ou horticulteurs angevins, qui les jours de Toussaint disposaient leurs étals à l’entrée du cimetière.

Après avoir placé les fleurs, s’être recueilli quelques instants et récité – surtout elle – la petite prière de rigueur, nous flânions dans les allées arborées, nous attardant ici ou là, sur les nombreuses sépultures de la famille ainsi que sur certains tombeaux remarquables comme celui de la famille Lafourcade qui l’avait employée comme cuisinière après la première guerre mondiale. ou encore la chapelle emblématique de la famille Cointreau et beaucoup d’autres. Sans compter une halte obligée devant la colonne commémorative de l’effondrement du Pont de la Basse-Chaine qui provoqua la mort le 16 avril 1850, plus de deux cents soldats qui marchaient au pas.

Au cours de ce cheminement spatio-temporel, elle n’était pas avare de commentaires sur les vivants et sur les morts, comme si tous appartenaient toujours à la même communauté et qu’un dialogue contradictoire pouvait s’ébaucher entre eux et nous.

Aujourd’hui « le temps des chrysanthèmes » tel qu’il se déroulait alors, n’est plus vraiment d’actualité. Il devenu celui d’Halloween d’origine anglo-saxonne, une fête au cours de laquelle les enfants se déguisent en fantômes, en sorciers ou en vampires en quête de bonbons récoltés en faisant du porte-à-porte dans les quartiers résidentiels.

La Toussaint n’est donc plus qu’un support à réveiller la mélancolie dans l’esprit des troisième et quatrième âges.

Même les chrysanthèmes ont été transformés, à force d’hybridations répétées. Désormais plus attrayants, plus colorés, plus chatoyants, plus petits et en un mot, plus « divers », ils demeurent, malgré tout, des fleurs. Mais des fleurs qui peinent à faire oublier les chrysanthèmes d’antan. Elles réussissent surtout à rendre invisible la Toussaint sur le calendrier.

En ce sens, ces fleurs qui effacent le passé par suite de transformations et de travestissements multiples sont un peu à l’image d’une certaine modernité, qui fait progressivement disparaitre, tout en les invoquant en permanence, des valeurs et des principes que nous ont enseignés nos maitres et qui jusqu’à ces dernières années, ont servi de matériau structurant et de référence à nos sociétés et à leur cohésion.

Ainsi en est-il de tant de mots détournés de leur sens comme la laïcité, la propriété, la sécurité et l’ordre publics et même le concept de République associé aux notions de droits et de devoirs. Sans oublier les belles notions de respect, de tolérance et de citoyenneté citées à tout bout de champ et à contresens pour justifier des actes qui précisément n’en relèvent pas.

Ces dérives mortifères qui ouvrent la porte au désengagement citoyen, à l’individualisme, à la violence obscurantiste, à la loi de la jungle ainsi qu’à la sauvagerie ou à la barbarie, remettent en cause les fondements même de toute civilisation, et en particulier de la nôtre héritée de l’esprit des Lumières et de la Raison.

Décidément, il est temps d’appeler un chat un chat et d’affirmer sans honte de passer pour un vieillards acariâtre, que les ersatz multicolores des chrysanthèmes qu’on cherche à nous vendre avec les masques de sorcières, ne sont pas des chrysanthèmes.

C’est une exigence de clarté et probablement une condition de notre survie collective.

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Plus de soixante-dix ans d’existence, de vie ensemble et de souvenirs séparent les photographies ci-dessous, étrangement semblables. Comparables, aux stigmates près infligés par le temps qui passe!

Soixante-dix ans d’espace et de temps, depuis l’avant dernier quart du vingtième siècle en Anjou jusqu’au vingt-et-unième à Massy en Ile-de-France.

Lorsque Maurice et Adrienne réunirent leurs enfants, ce 10 octobre 2017 dans leur appartement massicois, c’était bien sûr pour déjeuner, mais également pour choisir le vin qui serait servi début décembre lors de la fête traditionnelle, qu’ils envisageaient d’organiser à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de leur mariage, le 8 décembre 1947 à Angers.

Ce rassemblement familial était devenu un rituel, mais dans des configurations variables selon les périodes. Pour cette année-là, déjà chargée d’émotions, ils souhaitaient, comme à l’accoutumée, inviter leurs enfants et leurs conjoints, mais y associer également leurs nombreux petits enfants et arrière-petits enfants.

Ce repas du 10 octobre revêtait donc un caractère préparatoire et œnologique. Du moins, c’est ainsi, qu’ils l’avaient imaginé, sans tristesse apparente, alors que chacun pressentait en son for intérieur qu’il s’agissait d’une fin de séquence dont on redoutait l’issue. A cet effet, deux grands crus de Bourgogne avaient été présélectionnés par Maurice, quelques jours auparavant, dont celui figurant sur la photo. C’est d’ailleurs sur lui que se portèrent unanimement les suffrages des convives. On ignorait qu’on ne le boirait plus!

Mais était-ce là le vrai motif de cette ultime repas pris en commun?

On peut en douter, car dans les jours qui suivirent, l’état de santé de Maurice, mon père, qui se savait condamné par un mal incurable diagnostiqué en aout, s’était fortement dégradé.

Le cancer dont il était affecté étant de même nature que celui qui avait emporté son père en 1956, il savait donc, mieux que personne, ce qui l’attendait. Stoïquement, il ressentait les assauts de la maladie sans maudire le ciel. Mais chacun décelait pourtant sur son visage émacié, ce que tous craignaient depuis un ou deux mois, à savoir la progression à marche forcée du cancer qui ne lui laissait plus guère de répit malgré les doses croissantes d’antalgiques. Chaque jour lui apportait de nouveaux et cruels désagréments intimes et d’intolérables souffrances.

Il avait probablement conscience ce 10 octobre 2017 que ce mal implacable ne lui laisserait pas le loisir d’atteindre la mois de décembre.

Il le savait sans l’exprimer car chez ce chrétien pratiquant qu’il n’avait jamais cessé de se proclamer, la souffrance faisait sens et confortait sans doute sa foi de charbonnier dans l’immense bonté de son hypothétique créateur. Peut-être voulait-il aussi nous épargner la compassion. Enfin, il espérait peut-être que ce Dieu qu’il avait servi au travers de ses engagements militants et apostoliques d’antan, lui ferait grâce de quelques semaines supplémentaires pour partir en respectant la bienséance des civilités familiales du laboureur de La Fontaine. Celles aussi des patriciens romains, disciples de Sénèque!

Il croyait suffisamment au miracle pour tenter de nous masquer en partie la réalité dramatique de son état, allant même jusqu’à m’inciter à réaliser en toute quiétude le séjour d’une semaine à Prague que nous avions programmé de longue date. Une fois là-bas, je lui téléphonais chaque jour, des rives de la Moldau pour m’enquérir de sa santé. Il m’assurait toujours que tout allait bien, m’interrogeant même sur la beauté de la ville de Kafka. J’ai su par la suite, qu’il me cachait sa détresse et sa souffrance et qu’il avait même donné consigne de ne pas m’en aviser.

A mon retour, dans la dernière quinzaine d’octobre, son état avait gravement empiré. Mon père, cet homme qui m’aimait et que j’aimais, avait déjà entamé son agonie, dressant en se confiant à moi sur son lit de douleur, le bilan de sa vie. Un bilan désabusé, sans concession mais tout en retenue, plus politique que vraiment intime, sauf lorsqu’il évoquait les souvenirs de ses amitiés syndicales et de ses combats ouvriers.

Dans la pénombre de sa chambre, il recensait avec une lucidité étonnante ses réussites comme ses échecs dans sa quête militante incessante de justice, depuis l’époque de la JOC dans les années sombres de la guerre jusqu’au tourisme social où il s’était investi, corps et âme dans la dernière partie de sa carrière. Il parlait également de ses espoirs déçus en politique…

Chemin faisant, il ressuscitait des camarades disparus, qu’il pensait retrouver bientôt. Pudique, il ne m’invita toutefois jamais dans le labyrinthe de son jardin secret sauf à m’assurer – comme s’il devait me le prouver au terme de sa vie – de son amour indéfectible, inconditionnel pour Adrienne, son épouse et ma mère. Dans ses derniers jours, c’était même son principal motif de satisfaction et de fierté, malgré les difficultés qu’ils durent probablement affronter comme tout couple, mais dont il ne me livra pas la teneur.

Sans illusion à mon adresse, il réaffirma sa foi chrétienne presque infantile, que bien entendu je respectais mais que je ne parvins pas à partager avec lui…Je lui devais la franchise car il n’aurait pas aimé une conversion de circonstance, reniée au lendemain de son décès.

Mon père savait en effet que j’avais, de longue date, fait mienne cette répartie du mathématicien et physicien Laplace (1749-1827) à Napoléon 1er qui s’étonnait de n’avoir trouvé nulle trace de Dieu dans son traité de cosmologie; « Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse-là. ».

Avec le recul du temps, ce déjeuner du 10 octobre 2017 fut, alors qu’aucun des participants n’osa le formuler ainsi, un repas d’adieu…Un repas pour accepter que l’un des êtres parmi les plus chers, s’esquive progressivement et s’apprête à franchir les portes de l’au-delà. A se confronter à quelque chose d’indicible ou au néant, et plus vraisemblablement aux deux à la fois! .

Les attitudes quasiment identiques de Maurice et d’Adrienne sur les photographies à soixante dix ans d’intervalle, ne laissent place à aucune ambiguïté, quant à leur intention profonde. Leur message, l’ultime message qu’ils souhaitaient manifestement transmettre à la postérité, c’est la ferveur d’un amour réciproque demeuré intact depuis leur rencontre au cours de l’hiver 1945. Une affection qui avait résisté à l’épreuve du temps, et illustrée avant-hier comme trois quarts de siècle plus tard, par la position de leurs mains, par la tendre inclinaison de leurs corps, par leur complicité manifeste et leur sourire, énigmatique comme les sentiments qui durent.

Un beau témoignage en tout cas, exceptionnel, faute d’être un exemple à suivre ou à imiter dans un monde constamment « connecté » et versatile, où l’incertitude a largement supplanté les certitudes de jadis sur la pérennité heureuse des relations humaines…Ils y sont parvenus, sans user du fameux « Quoiqu’il en coûte » nouvelle expression valise de la sémantique! Un exploit.

Le 2 novembre 2017, le jour des morts, Maurice intégra une unité de soins palliatifs dans un hôpital ancien sanatorium de l’Hurepoix, où son père avait été hospitalisé à la fin de la première guerre mondiale. Il y décéda le 7 novembre 2017. Sa dépouille dont il avait fait don à la science, fut de celles qui furent profanées, par mercantilisme ou par négligence coupable dans les locaux de la faculté de médecine de Paris. Ses cendres reposeraient désormais au carré dédié du cimetière parisien de Thiais.

Notre mère Adrienne lui survécut moins de trois mois, victime quant à elle, de l’inconséquence et de l’incompétence d’un médiocre médecin coordonnateur d’une maison de retraite, parjure au serment d’Hippocrate, qui confondit les symptômes d’une affection pulmonaire naissante mais invasive avec les inconvénients classiques du grand âge! Aux dernières nouvelles, ce pitoyable diafoirus essonnien continue d’exercer, c’est-à-dire de sévir, avec l’approbation tacite et bienveillante de ses confrères. Honte à lui et à eux.

Le destin use parfois de subterfuges inattendus pour s’accomplir, car sans Maurice, il n’est pas certain qu’Adrienne aurait souhaité survivre longtemps. .

PS : Maurice Pasquier (1926-2017) – Adrienne Turbelier épouse Pasquier (1923-2018)

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Un de mes anciens collègues, « ami Facebook » et néanmoins ami, a récemment mis en ligne – « partagé »  comme on dit désormais – l’étonnante photographie qui suit, d’un panneau d’affichage officiel de la municipalité de Péribonka au Québec, informant le « chaland » que le cimetière allait être aménagé…Probablement « réaménagé » car depuis la fondation du village en 1888, certainement que de nombreux défunts y reposent déjà et y coulent des « jours heureux » !

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Cette alléchante annonce est, en fait, un exercice classique de communication institutionnelle, à laquelle se livrent avec délice tous les édiles municipaux du monde dès lors qu’ils investissent trois francs six sous dans un projet quelconque à usage public; et ce, dans le dessein de montrer à leurs administrés qu’ils travaillent pour leur bien-être -versus – leur sécurité et que leurs impôts sont employés avec discernement.

En soi donc, cette pratique qui s’apparente à de la pub, n’est ni étonnante, ni exceptionnelle. On peut même affirmer que cette ficelle est tellement grosse et usée, qu’elle peine généralement à détourner l’attention ou ralentir la marche du badaud qui préfère vaquer à ses occupations plutôt que de s’attarder dans la lecture d’une indigeste langue de bois sur planche en aggloméré!

A Péribonka, l’opération d’aménagement du cimetière ne semble pas financée par d’autres partenaires que la municipalité elle-même, via son délégataire, son propre service des sports et des loisirs. En France, l’occurrence d’un opérateur unique pour de tels travaux de confort mortuaire serait rarissime, en raison du mille-feuilles territorial qu’aucun pouvoir central n’est jamais parvenu à diagonaliser (au sens matriciel du terme) ni même à simplifier depuis des décennies. Dans l’hexagone, un citoyen, un peu fouille-merde, qui d’aventure s’aviserait d’identifier les commanditaires d’un projet « aussi ambitieux » – ne serait-ce que pour les féliciter de la pertinence de leurs priorités – devrait sans doute s’attacher les services d’un secrétariat particulier pour décliner la longue litanie des bienfaiteurs administratifs qui œuvrent avec un remarquable dévouement au bien public! Et il s’apercevrait in fine, qu’il est le seul financeur !

Dans notre petit village, où vivent moins de six-cent âmes, près du lac Saint-Jean à deux-cent kilomètres au nord de Québec, on se préoccupe de la vie des morts et des vivants à la bonne franquette! Entre soi, sans faire appel à l’extérieur. Et sûrement que les trépassés ne manquent pas d’alerter les vivants sur leurs besoins post-mortem… Et vice versa, conformément à la tradition des oraisons privées.

En fait, ce qui enchante et surprend un tantinet de la part de nos amis québécois de ce sympathique hameau de notre Belle Province, qui a servi de cadre au roman « Maria Chapdelaine », ce n’est pas tant le principe de l’affichage que la motivation du projet.

Selon cette municipalité du bout du monde, l’aménagement programmé du cimetière est justifié par la volonté d’améliorer la « qualité de vie »!  Cette formulation, dont on ne sait au juste si elle s’adresse aux occupants du lieu ou à leurs visiteurs, flirte avec l’oxymore. « Au-delà », elle consomme même et peut prêter à sourire. On peut d’ailleurs supposer que c’est dans le but de dérider les zygomatiques de ses amis que mon jeune collègue de jadis a diffusé la photographie de ce curieux panneau… Ce fut effectivement mon premier réflexe. Et celui de beaucoup d’autres internautes qui ne manquèrent pas d’assortir leurs commentaires d’un smiley rigolard!

Et pourtant, est-ce si ridicule de rendre un cimetière agréable à vivre? Evidemment non, si l’on songe aux veuves éplorées qui viennent fleurir les tombes de leurs défunts époux, chasseurs de fourrure et parés de toutes les vertus des coureurs de bois. Au nom de quoi devraient-elles, en plus de leur deuil et de leurs voilettes désormais virtuelles, piétiner dans la gadoue d’allées mal entretenues d’un cimetière? Evidemment non si l’on pense à ces petits-enfants qu’on traîne dans les nécropoles pour honorer la mémoire d’aïeux dont ils se gaussent comme d’une guigne en pianotant sur leurs tablettes, et qui trouveraient la balade encore plus insupportable si les lieux suintaient la déchéance de la vie, face à des stèles enfoncées, des sépulcres craquelés et des caveaux à « ciel ouvert »! Quoique.

Evidemment non, si l’on veut bien se rappeler avec un brin de nostalgie des petits cimetières de campagne, lieux de convivialité, implicitement évoqués par Georges Brassens dans les « Funérailles d’antan » … Lieux de vie, finalement, dont le chanteur déplore qu’ils disparaissent, engloutis comme et avec les défunts. Faute de temps et d’envie pour les soustraire par le souvenir au néant éternel qui nous aspire aussi, les modernes macchabées ne sont plus guère exfiltrés « dans les formes » du monde des vivants. C’est-à-dire, rituellement sans précipiter le retour en poussières, avec un brun de causette et une petite sauterie après l’inhumation… Mais, cela nécessite aussi que les cimetières ne nous cassent pas le moral.

Loin d’être un slogan aguicheur et « facile », l’apostrophe de la municipalité de Péribonka est donc une invitation à mieux vivre entre nous tous, à philosopher sur la mort avec ceux qui sont partis. C’est en réalité un hymne à la civilisation auquel ne peut être insensible le gamin que je fus, qui prenait plaisir autrefois à commenter les tombes du cimetière de l’Est à Angers en compagnie de sa grand-mère maternelle. Autant alors que le décor s’y prête et favorise cette errance dans le temps!

Dans le cimetière de Péribonka, qu’il m’étonnerait que j’arpente un jour, se trouvent peut-être encore les sépultures d’Edouard Niquet (1845 -1936) et de son épouse Mélanie Boisvert qui, les premiers, firent souche ici à la fin du dix-neuvième siècle!

Edouard en fut le premier maire!  Ayant moi-même pour aïeux au début du dix-neuvième siècle, une lignée de « Niquet », j’ai nourris, un instant, le futile espoir d’un lointain cousinage. Las! Les miens étaient tous originaires d’Anjou depuis (au moins) le milieu du dix-septième siècle, alors que le premier émigrant – ancêtre d’Edouard – René-Pierre Niquet (1642-1722) était né à Brizambourg en Charente-Maritime. De sa Saintonge natale, il partit pour le Canada vers 1663 et débarqua à Trois-Rivières. Nos aïeux sont certes homonymes, mais juste reliés par l’homme de Cro Magnon! C’est déjà ça. Dommage quand même …

Regrets éternels!

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La période de la Toussaint, fête initialement religieuse et catholique. Elle le demeure sans doute un peu pour les bigots et les vendeurs de chrysanthèmes ainsi que pour les marchands de crucifix. Mais elle s’est aussi fortement sécularisée au grand bonheur des concessionnaires d’autoroutes qui font le plein de recettes vers les lieux de villégiatures ensoleillées de la côte d’Azur, comme si la densité de cimetières dans cette région était supérieure à la moyenne nationale. En fait, ce n’est pas le cas, même si les maisons de retraites « les pieds dans l’eau » abondent plus en Provence qu’ailleurs, pour calmer les douleurs arthrosiques des gens riches ! Quand, ils cassent leur pipe, leurs héritiers découvrent que leurs défunts ont formé le vœu d’être inhumés dans le « caveau  familial » d’un petit village du nord, prétendument berceau de la famille, mais ignoré de tous.

Les migrations saisonnières des automobilistes en période de Toussaint n’ont donc pas pour finalité première de présenter nos civilités aux morts de la famille, comme on le faisait autrefois, mais tout simplement de prendre des vacances. Les cimetières oubliés restent oubliés. Et les morts qui ne comptent plus le temps qui passe, se débrouillent entre eux dans leurs carrés concédés, enfin « peinards » sous leurs pierres tombales couvertes de feuilles que plus personne, en dehors du cantonnier municipal, ne ramasse à la pelle. Octobre et novembre sont des mois venteux!

l'automne vu de ma chapelle !

l’automne vu de ma chapelle !

D’ailleurs, à l’instar des autres congés saisonniers, on appelle désormais ces congés de Toussaint, « vacances d’automne » et le tempo n’est plus donné par les curés mais par l’Education Nationale.  Les commerçants de bonbons et de citrouilles, eux, vendent plutôt « Halloween » , suivis de près par les municipalités qui sont prêtes à toutes les contorsions, surtout en période électorale. Bref, tout le monde est satisfait, et personne ne se sent « stigmatisé », en particulier les tenants des autres religions et sectes diverses qui se sont implantées massivement en France depuis plusieurs décennies et qui ne se revendiquent pas de la tradition catholique. Calées sur leur propre conception de la transcendance, ces croyances venues du fond des âges et manipulées par d’actuels et agressifs impérialismes, espèrent bien imposer  un jour officiellement, leur propre culte des morts, mais en attendant, elles s’accommodent de cette nouvelle donne autoroutière et laïque !  « Tout le monde » s’en accommode, y compris les œcuméniques curés modernes qui se sont transformés en assistantes sociales de banlieues – sans en avoir les compétences – qui « au nom de l’amour de l’Autre » sont toujours prêts à vouer aux gémonies passéistes ce qu’ils récitaient bêtement autrefois en lisant leur bréviaire au séminaire.

« L’Amour de l’Autre » qui, à y regarder de plus près, n’est généralement rien d’autre qu’une démarche narcissique consistant surtout à s’aimer soi-même en se regardant aimer un « Autre » de préférence indéfini et génériquement à l’image de Dieu, qui, heureusement, ne s’incarne pas dans la vie quotidienne. J’en connais un qui discute sans complexe avec le ciel de théologie libératrice, et incite  » à faire mémoire pour accueillir l’autre », mais qui n’hésite pas à « piquer » les places de parking réservées aux  handicapés en usant sans culpabiliser d’une carte prioritaire attribuée – justement – à un autre, miraculeusement défunt !

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Bizarrement, seuls des mécréants dans mon genre, qui ne croient ni à leur Dieu, ni à leur Diable, ni surtout à leurs fables, restent attachés au fêtes de Toussaint, qui, parce qu’elles intègrent celle des morts, offrent l’occasion, une fois l’an, d’entretenir une sorte de connivence intemporelle avec ceux qui ne sont plus, et de se reposer ainsi des vivants!

Ces « fêtes » appartiennent, à part entière, à notre culture et ont contribué à forger notre identité – l’identité française – qu’il est de « bon ton » aujourd’hui de malmener et renier en vertu d’une chimérique diversité et d’une pseudo-cohabitation des cultures sur un territoire donné. Cette utopie compromet, en fait, toute forme d’assimilation citoyenne et n’a donc jamais réussi qu’à sacrifier à une idéologie « attrape tout » et complaisante, des « classes » entières de jeunes français. Elle n’a produit en fait que des déracinés perpétuels, étrangers à leur propre pays.  Des jeunes qu’on entretient, faute de repères identitaires locaux, dans le mépris des lieux où ils sont nés et où ils ont été instruits et qui, sans motif,  cultivent avec nostalgie, le projet chimérique d’un royaume théocratique fondé notamment sur l’oppression des infidèles et la séparation des sexes ! L’apartheid des sexes!

Pour toutes ces raisons, je « m’accroche » à la Toussaint. Et aussi, parce que c’est le temps où la nature s’endort sous des couleurs chatoyantes. C’est le temps, où mus par une antique nécessité biologique, on se rappelle notre condition de mortels en toute sérénité, presqu’en se réjouissant. C’est donc le temps où nos pensées peuvent vagabonder sans entraves vers nos morts, qui gentiment semblent alors nous accompagner dans notre perpétuelle quête identitaire…

A cet égard, ceux – beaucoup plus nombreux que je l’aurais soupçonné, il y a deux ans – qui veulent bien lire mes modestes chroniques, auront sûrement noté que certains sujets génériques comme la guerre de 1914-1918 ou encore celles de Vendée de 1793, reviennent régulièrement, comme si je n’en avais jamais fini avec ces tragédies collectives aux incidences toujours présentes dans notre inconscient familial.

C’est vrai et je crois même devoir y ajouter le second conflit mondial, bien que pour celui-là, je n’ai, en réalité, fait qu’effleurer le sujet. Sa proximité temporelle ne m’a, en effet, pas encore permis de l’aborder avec la quiétude et l’objectivité nécessaires. Plus exactement, si j’ai évoqué ici de nombreux personnages qui peuplèrent mon enfance et vécurent cette période douloureuse et pitoyable de notre histoire nationale, je ne les ai presque jamais placés dans le contexte d’un pays meurtri par la guerre. Je n’ai que très rarement mis en perspective cette période noire d’un Etat français pétainiste collaborant avec les nazis. Je n’ai pas cherché non plus à décrire les conditions de vie de ces gens que j’ai connus et aimés, ni les horreurs dont ils furent témoins. Non plus que j’ai tenté d’imaginer leurs réactions sous la botte de l’occupant allemand. Enfin, je n’ai pas voulu envisager la problématique binaire consistant à en faire des héros ou des traîtres.

A l’inverse de mes articles sur les « poilus de 14-18 » que j’ai abordés en mettant en avant leur statut de soldat et en montrant comment – pour ceux qui survécurent – leur vie d’homme en fut irrémédiablement modifiée, pour ceux de 40, j’ai délibérément éludé la guerre. Du moins, si j’ose dire, de « manière frontale » ou encore « structurante » !

J’ignore si je parviendrai un jour à surmonter cette réticence et à traiter de ces aspects méconnus de nos aînés disparus, qui furent d’abord – soit dit en passant – nos parents, nos amis ou nos professeurs. D’autant ainsi que le soulignait mon père, le discours manichéen ne peut guère être de mise en la circonstance: ainsi, son instituteur se félicitait-il en mai 1940 de l’invasion de la Belgique par l’armée allemande, alors qu’un quart de siècle auparavant son comportement patriotique sur le front de Verdun avait été héroïque.

Je ne suis donc pas sûr que je pourrai lever mes réserves à tout dire ou écrire , à supposer que ce soit souhaitable.

J’en veux pour preuve le sentiment de profond malaise ressenti tout récemment – le 24 octobre 2013 – dans la salle de lecture des archives départementales de Maine-et-Loire, en compulsant des documents originaux relatifs à la persécution et aux rafles des juifs en 1942 à Angers.  Une occasion se présentait alors que j’accompagnais mon père, Maurice Pasquier dans sa démarche de versement aux archives départementales de ses fonds documentaires personnels relatifs à son action syndicale dans les Pays de Loire de la fin des années quarante au début des années 70. Il y enregistrait aussi son troisième interview d’archives sonores sur cette période. En l’attendant, pour tromper le temps, je me suis plongé dans les documents de l’horreur!

Sur la question de la persécution des juifs à Angers pendant le dernier conflit mondial, la lecture de l’ouvrage d’Alain Jacobzone « L’éradication tranquille » m’avait déjà bouleversé en 2002 lors de sa parution, mais les acteurs de cette infamie étaient presque tous anonymes, sauf les gradés de la police et de la haute administration provinciale, supplétifs et serviteurs zélés des bourreaux nazis. Les victimes aussi étaient citées en annexe, dans une forme d’hommage à leur martyr et dans une tentative louable de sauvegarder leur mémoire en rappelant leur existence. Mais les subalternes, les exécutants, les sans-grades de la répression des juifs, restaient dans l’ombre de leur administration.

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Ce n’est plus le cas lorsqu’on s’attarde sur les dossiers d’archives, qui révèlent leur identité et même pour certains leur militance et leur souci de « bien faire ». Sauf exception, ces documents ne font pas état de révélations scandaleuses pour ces soutiers de la Shoah ; ils faisaient juste leur boulot de petits fonctionnaires et signaient naïvement les procès-verbaux des enquêtes diligentées à la demande de leur hiérarchie.

Ils rendaient compte de leur travail, probablement sans passion, consciencieusement, et, peut-être, s’agissant de certains avec de la compassion pour les (leurs) victimes innocentes! On ne peut rien affirmer car ces traces d’un passé honteux ne précisent évidemment pas s’ils firent leur besogne avec répugnance.

J’aimerais tant que ce fût le cas pour ceux dont j’ai reconnu les noms!

J’ai en particulier en mémoire ce gradé honoré de la police angevine, qui dirigeait avec superbe la petite escouade d’agents chargés de canaliser la foule des supporters du SCO après les matchs au stade Bessonneau dans les années soixante. On disait qu’il avait été un « grand » résistant : il le fut sûrement en 1944, mais j’ai vu sa signature au bas d’un procès-verbal du 17 juillet 1942 rendant compte d’un transfert « sans incident » de dix-huit juifs tourangeaux, hommes et femmes, vers le Grand Séminaire de la rue Barra, leur lieu de détention provisoire, avant leur départ pour Drancy ! J’ai trouvé aussi d’autres noms…

Maigre consolation : les noms de gens plus familiers n’apparaissaient que très épisodiquement au détour des vieilles « minutes » jaunies ! Jaunes comme les étoiles du même nom, dont ils vérifiaient parfois l’application. N’étant ni historien, ni juge, je n’en dirai pas plus, d’autant que les papiers que j’ai compulsés peuvent n’être que des leurres administratifs destinés à calmer la soif bureaucratique nazie. Ils ne préjugent pas d’actions plus souterraines et plus secrètes, visant  concrètement à sauver des innocents pourchassés en raison de leur seule appartenance à la communauté juive. On m’en a parlé autrefois.

Malgré tout, je reviendrai sûrement hanter la salle de lecture des archives départementales pour pousser plus loin mes investigations, à la recherche d’une vérité qu’en tout état de cause, je ne révélerai sans doute pas, faute d’en appréhender les différents aspects! Tant a déjà été écrit sur ce sujet que j’ignore si ma pierre peut apporter du nouveau. Sûrement inutile maintenant! A quoi bon! J’indique seulement ici le chemin pour y parvenir, tout en ayant le sentiment que ce fonds documentaire, probablement non exhaustif, a dû être expurgé de ces pièces les plus accusatrices !

Juste la routine ...

Juste la routine …

« Ben mon colon, celle que je préfère, c’est la guerre de 14-18 »

Pour les tragédies de naguère – d’avant quarante – ma quête de la mémoire familiale et ma tentative de la restituer sont moins oppressantes, car mon implication s’apparente plus à une recherche qu’à une autoanalyse de mon inconscient ! Lorsqu’il ne s’agit que de reconstruire de manière cohérente, quelques aspects de l’existence d’aïeux parfaitement inconnus, avec lesquels nous sommes censés partager quelques gènes, la besogne est excitante mais « neutre » car la distance est telle que nos sentiments à leur égard ne prennent jamais le dessus sur le plaisir de la découverte. La démarche – sinon la méthode – relève alors – bien que modestement – de celle d’un historien. C’est vérifié aussi pour la guerre de 1914-1918, bien que mes billets reposent essentiellement sur des souvenirs familiaux ou des témoignages directs. Je ne prétends pas pour autant alimenter la discipline historique en me livrant à un exercice de restitution de la mémoire familiale. Je revendique d’ailleurs une grande part de subjectivité que ne peut se permettre le scientifique. Je la postule même comme une donnée d’entrée, une sorte d’incipit car je mets en scène des personnages que j’ai croisés ou dont j’ai directement entendu parler. Et avec lesquels j’entretiens par nature une proximité naturelle, bien antérieure à la consultation d’archives ou de registres d’état-civil.

Mon rapport affectif avec mes aïeux, « brigands de la Vendée » ou « républicains patriotes » de la révolution française est d’une autre nature encore. Par la force des choses, il est plus lointain donc plus ténu, moins immédiat. Leur combat ne représente plus pour moi un enjeu actuel, bien qu’il fasse régulièrement l’objet de récupérations politiques au profit de tel ou tel clan. Ce lien ne passe pas tant par la voie des gènes que par les écrits des philosophes et des historiens. Le fait que ces combattants ombrageux du bocage soient « de ma famille » justifie que je m’y intéresse et que je nourrisse à leur propos des émotions diverses, allant de la compassion à l’admiration en laissant vagabonder mon intuition. A l’occasion, leurs faits d’armes me comblent d’aise, comme si leurs mérites au travers des générations pouvaient m’être « un peu » crédités. Mais leur combat n’est pas le mien et je n’en ressens aucune séquelle. Leur destin quel que soit leur caractère poignant ne m’empêche pas de dormir ! A vrai dire, il n’empêche plus personne de dormir depuis très longtemps et il ne sert plus alimenter que ce qu’on appelait autrefois dans les « bonnes familles », le cabinet des curiosités.

Je me suis d’ailleurs très longtemps demandé pour quel motif, les « guerres de Vendée » qu’une grande partie de ma famille a subies de plein fouet, en payant parfois un lourd tribut – voir mon article sur Jean Desvignes – furent presque totalement ignorées par les générations familiales qui ont suivi, notamment au cours du 20ième siècle. Le phénomène est singulier car ces guerres furent d’une cruauté sans égale, occasionnant des pertes humaines considérables ainsi que la dévastation des Mauges, d’une partie du Poitou et de la Vendée.

Tout s’est passé comme si ce conflit fratricide avait été occulté, en quelque sorte refoulé à force d’être indicible. Pour ma part, c’est sur un rayon de supermarché essonnien dans les années 1970 en feuilletant un bouquin que ma mère m’a finalement offert, que j’ai pris conscience que ma région natale avait enduré deux siècles auparavant un cataclysme épouvantable.  J’en avais vaguement entendu parler par « Nini la belloprataine »  (voir un de mes billets) !

Quoiqu’il en soit, je m’aperçois d’expérience qu’entre les différentes guerres qui ont endeuillé ma famille, mon point de vue est sensiblement différent, selon mon degré de proximité temporelle avec les événements, avec les acteurs et les témoins. Ces distinctions sont importantes car dans certains cas, je m’efforce de transmettre ce que je crois être « une » vérité en fonction de ce dont je dispose, mais sans me départir d’une certaine rationalité, ni rien taire de mes doutes ou des incertitudes liées à l’état lacunaires des traces de nos lointains aïeux dans les fonds d’archives. Et sans m’investir autrement que par le plaisir que procure l’enquête à travers les siècles.  Dans d’autres cas, les « tripes » sont également de la partie ; pas seulement le raisonnement déductif…

En ces périodes de Toussaint, je résumerai mon « travail » en disant que mon propos consiste à extraire les données les plus pertinentes et significatives de la masse de documentation orale ou écrite légués volontairement ou non, par ces parents ou amis des deux ou trois générations qui nous ont  précèdé, parfois au-delà, en y intégrant mon degré d’intimité avec eux. C’est tout, et, en outre, ça occupe mes loisirs !

Mon seul problème finalement  réside dans le constat, au demeurant trivial, que, si ces farouches ancêtres ne vieillissent plus, je ne peux pas en dire autant de moi ! Aussi terminerai-je mon pensum par un aphorisme bien connu du regretté Pierre Dac (1893-1975) : en tout état de cause, « je préfère le vin d’ici à l’eau de là « . Ou encore, celui du non moins regretté Pierre Desproges:  » Vivons heureux en attendant la mort  »

Arboretum d'Angers à l'automne - diversité et unité

Arboretum d’Angers à l’automne – diversité et unité

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