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Posts Tagged ‘Jacques Chirac’

Selon le Petit Larousse, il y a coïncidence lorsque des faits surviennent simultanément. On évoque également la « coïncidence » lors d’une rencontre fortuite de circonstances sans relation apparente de causalité. La notion est donc beaucoup plus complexe qu’il n’y parait. L’expression « point commun » n’est pas moins ambiguë puisqu’en tant que « qualificatif » elle renvoie à quelque chose de rare ou d’original et que comme « substantif », elle évoque une caractéristique ou une propriété « commune » entre des personnes, des événements, des lieux ou des objets.

Comme toujours, s’agissant de notions abstraites du langage courant, elles recèlent souvent aussi leur part de mystère (lequel, par hypothèse, échappe aux définitions dictées par le seul bon sens). En outre, elles sont souvent sources d’apories et ou de paradoxales contradictions… En effet, si d’aventure, on veut approfondir, on se trouve rapidement confronté à un univers de complexité. Lequel, tel une boîte de Pandore, n’offre guère d’autre alternative que de subir et d’espérer… Il n’est évidemment pas question ici d’ouvrir cette boite démoniaque.

On se contentera de noter de curieuses coïncidences et des points communs inattendus, sans trop philosopher à leur propos, ni chercher à se convaincre qu’ils pourraient être signifiants. En effet, pour éviter de se perdre dans d’hasardeuses conjectures, mieux vaut souvent – mais pas tout le temps – se contenter de constats amusants, que de vivre dans l’insatisfaction perpétuelle d’une recherche ontologique qui a peu de chance d’aboutir. On postulera donc a priori qu’ils sont « insignifiants ». autrement dit, qu’ils sont dépourvus de sens masqué.  Bien que…

Généralement, il semble en effet préférable de ne pas rechercher au-delà des apparences, bien que ce soit en se posant de « fausses bonnes » questions sur des faits triviaux n’intéressant que les curieux impénitents, que l’on découvre parfois des dimensions insoupçonnées de la réalité. Ainsi, c’est en s’interrogeant sur la meilleure façon de synchroniser des horloges géographiquement éloignées qu’Albert Einstein (1879-1955) s’intéressa, au début du siècle dernier, à la définition de la « simultanéité » de deux événements distants, et que, ce faisant, il fut conduit à remettre en cause l’idée d’un temps et d’un espace, absolus, dont pourtant on s’accommodait depuis la plus haute antiquité. Dans la foulée, il développa la théorie de la relativité « restreinte », puis « générale »! Et depuis, grâce à lui ou par sa faute, on se sait plus guère s’il faut distinguer l’espace et le temps, et surtout, on si l’un et l’autre ne sont que des « illusions tenaces », comme il le constatait amèrement à la fin de son existence!

Notre quotidien fourmille d’expériences simples de « coïncidences » provoquées comme la synchronisation saisonnière de la pendule comtoise de nos arrières-grands parents avec l’heure numérique de notre smartphone. On n’a bien sûr pas le moins du monde, conscience qu’en se livrant à ce petit exercice dans notre salon, on effectue une manipulation, dont l’explication la plus aboutie devrait s’appuyer sur les théories les plus récentes de la physique contemporaine…Cette ingénuité nous préserve de tout regret ou remord. Il est heureux que la connaissance de ces théories qui défient notre perception sensible ne soit pas un prérequis exigé pour mettre nos montres à l’heure. Sinon, nous serions plongé, à chaque fois, dans des abîmes inconfortables de perplexité!

Au jour le jour, la vie n’est cependant pas faite que d’itérations et de répétitions recelant les secrets de l’univers… Il arrive aussi que des « coïncidences » ou des « points communs » attirent opportunément notre attention sans qu’il soit nécessairement besoin d’en rechercher d’autre explication que dans le pur hasard… Quoique!

Notre expérience commune est riche de ces concours de circonstances, insolites, qui généralement agrémentent les anecdotes de fin de banquet, un peu à la manière des « anagrammes renversantes » citées par le philosophe et physicien Etienne Klein et par le pianiste, compositeur et poète Jacques Perry-Salkow dans un merveilleux petit fascicule (publié en novembre 2011) dédié à ce « jeu savant et loufoque qui consiste à mélanger les lettres d’un mot pour en former un autre »! Et peut-être par ce biais, de révéler le « sens caché des noms et des expressions »!

Que penser par exemple de l’anagramme de « Etre ou ne pas être, voilà la question » qui devient « Oui et la poser n’est que vanité orale » ? Ou de celle-là, plus troublante encore (parmi mille autres):  » L’origine du monde » et la « Religion du démon« !  »

Enfin, cette dernière anagramme, réconciliatrice de la science et de la poésie, mais aussi – espérons-le – prophétique:

 » La courbure de l’espace-temps… »  et « Superbe spectacle de l’amour« !  

L’émotion « esthétique » est de même nature lorsque nous sommes témoins directs d’étranges rencontres spatio-temporelles!  Ainsi en fut-il, lorsque j’appris que j’étais né le même jour calendaire que Jules Vernes, mais cent-vingt et un ans plus tard! Ce qui est remarquable, ce n’est pas tant la concordance des temps, en soi banale, qui procède d’une évidence statistique (nous naissons tous le même jour que beaucoup d’autres), mais l’émotion ressentie à l’annonce de cette coïncidence.

Comme si, en soi, elle faisait sens, ce qui manifestement n’est pas le cas! Deviendrait-elle néanmoins « signifiante », si pour singer le célèbre écrivain – faute de pouvoir rédiger à sa manière – je m’éteignais le 24 mars 2026, strictement au même âge que l’illustre nantais?  Confronté au néant, pourrais-je alors m’abandonner au délice de ce point commun coïncidant?

Dans l’ordre de ces occurrences curieuses, la disparition récente de Jacques Chirac (1932-2019) – largement commentée par les médias, notamment par les manchettes et articles du journal Le Monde – m’a fourni l’occasion de découvrir un étonnant point commun entre le destin militaire de l’ancien Premier ministre et celui de mon grand-père paternel Marcel Pasquier (1892-1956).

Qu’on en juge!

A la fin de l’année 1910, mon grand-père s’engagea dans les chasseurs d’Afrique et dès janvier 1911, se retrouva à Blida en Algérie comme cavalier dans le 1er Régiment des chasseurs d’Afrique… Il y demeura jusqu’au mois d’août 1912, date à laquelle son escadron fut cantonné à Souk El Arba dans la montagne non loin de la frontière marocaine…

Souk el-Arba, c’est précisément le poste qu’a tenu l’officier Jacques Chirac en 1956 à la tête d’un escadron de trente-deux hommes du 1er régiment puis du 11ème régiment (aujourd’hui dissous) de chasseurs d’Afrique. Dans ses mémoires publiées en 2009, l’ancien Premier ministre décrit l’endroit comme  » une zone sauvage, désertique, réduite à quelques maisons en torchis posés sur un promontoire, au sommet duquel on dispose d’une vue très large sur les oueds au sud et les plaines au nord. La mer est proche, à quatre kilomètres à vol d’oiseau mais difficile d’accès en camion militaire… » Un paysage que mon grand-père contempla…

Dans la cour des Invalides, le 30 septembre 2019, parmi les corps d’armée venus lui rendre les honneurs militaires, c’est donc tout naturellement qu’il y avait un détachement du 1er Régiment de Chasseurs d’Afrique (1er RCA), celui de mon grand-père…

Cette simple coïncidence ne devrait susciter aucune observation particulière. Elle atteste juste du fait, qu’à un demi siècle de distance, les deux hommes avaient fait leurs classes au combat dans le même régiment et en partie au même endroit, l’un comme chasseur à cheval de première classe, l’autre comme officier d’une cavalerie de blindés!

On pourrait – devrait – d’ailleurs s’en tenir là, si ce « point commun » n’en avait appelé un autre en écho.

A partir de 1916, mon grand père rejoignit la France pour combattre sur le front français et, après l’armistice de 1918, participer à l’occupation de la Rhénanie. A cette occasion, il fut muté comme cavalier et infirmier au 6ème Régiment de Chasseurs d’Afrique, le même encore une fois, que celui au sein duquel Jacques Chirac termina son service militaire en Algérie!

Carnet de route de Marcel Pasquier

N’ayant accordé qu’une seule fois mon suffrage à Jacques Chirac, en 2002, mais m’inclinant respectueusement devant le Président qui eut le courage de ne pas engager la France dans une guerre imbécile en Irak, et devant celui qui reconnut officiellement la lourde responsabilité de l’Etat français dans les rafles des juifs pendant la seconde guerre mondiale, je fus heureux de découvrir qu’en dépit peut-être de désaccords politiques, des éléments plus personnels – des points communs avec un être cher –  me reliaient à lui… Fussent-ils dérisoires…

Ce fut aussi l’occasion d’évoquer – une fois de plus ici – la mémoire de mon grand-père, Marcel Pasquier.

Comme quoi, finalement, les coïncidences hasardeuses, et les convergences qui n’en sont pas, ne sont pas toujours dénuées d’intérêt, même si elles ne flirtent pas avec « l’Universel »…

Quand je dis cela, je ne dis rien! D’autant que je sais que ce type de « dissertation » a peu de chance de devenir viral et d’inonder les réseaux sociaux de la planète, mais ça peut quand même distraire quelques secondes les très nombreux descendants actuels à la quatrième ou cinquième génération de Marcel Pasquier, et agrémenter les discussions familiales à l’heure des anecdotes rigolotes!

Photo Internet

 

 

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