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Posts Tagged ‘injustice’

Il y a des jours où l’injustice flagrante dont on se sait victime, fait douter de l’humanité et de la civilisation. On finirait presque, comme lors des procès de Moscou sous Staline, à présenter soi-même sa tête au bourreau… pour avoir enfin la paix. J’espère que ce ne sera pas le cas aujourd’hui, mais l’expérience rend prudent … Les technologies de communication sont devenues si sophistiquées et efficaces, qu’elles peuvent inonder le monde de calomnies, de diffamations et de contrevérités, à la seule fin de détruire des personnes arbitrairement désignées à la vindicte populaire comme des « coupables » à abattre. Sans avoir l’excuse du félin, mais en prétextant des nécessités douteuses d’ordre public, on aime jouer avec les « sacrifiés » avant de les tuer. Ces pratiques peuvent à la longue, se révéler mortifères, pour ceux qui ont le malheur de se trouver par hasard dans le collimateur des « redresseurs de tort d’opérette » et de les subir. Car, quoi de plus éprouvant que d’être accusé à tort ? Qui y-a-t-il de pire que de constater à l’issue d’un parcours professionnel de devoir et de conviction, dont on devrait se prévaloir avec fierté et que la méchanceté ou la bêtise s’évertuent à dénaturer et à salir. Ces dérives constituent sans doute la part d’ombre de la condition humaine. En tout cas, c’est indiscutablement la revanche de la médiocrité. Elles gangrènent les sociétés depuis toujours, mais aujourd’hui, leurs conséquences sur les individus honteusement « éreintés » sont plus lourdes qu’autrefois, et irrémédiables,  du fait de la médiatisation immédiate et universelle de tout évènement susceptible de mettre en valeur ceux qui s’échinent à détruire des réputations pour en tirer avantage. La mise au pilori sans la moindre preuve et la dénonciation publique sont devenues un sport national, y compris de la part de ceux qui,  en raison de leur fonction, devraient faire preuve de mesure, de retenue et surtout d’impartialité ! Honni soi qui mal y(e) pense! On fait fi avec délice de l’honneur de ceux qu’on veut abattre pour le seul plaisir de « paraître » et sans autre justification que de masquer sa propre incompétence ou sa paresse (intellectuelle) ! Sans parler de l’indécence  des médiocres journaleux, écrivaillons inventeurs de fables nauséabondes, seulement destinées à fabriquer de faux coupables pour satisfaire leur égo  surdimensionné de prétendus chevaliers blancs! Pauvre justice prise en otage par ces mystificateurs!

Il faut vraiment lire et relire Sénèque avec une obstination confiante pour se convaincre que le « sage est inaccessible à l’injure » ou « à l’offense » lorsqu’on entend au petit matin des commentateurs déchaînés,  prétendument journalistes ou reporters, hurler avec les loups – car c’est dans l’air du temps -sans procéder à la moindre vérification préalable, sans rien connaître des sujets sur lesquels ils glosent. Il faut vraiment être « blindé » pour lire sans broncher les propos malveillants et sans le moindre fondement, des « beaufs » qui se défoulent sur le Net.  Il faut se cramponner avec acharnement à la philosophie des grands anciens sur la manière la plus élevée de se comporter dans l’adversité lorsqu’on voit ou qu’on entend, à longueur d’informations, d’ignobles déclarations de manipulateurs d’opinions qui ne recherchent que leur propre gloire en se servant de la souffrance et du malheur des vraies victimes …

L’actualité est riche mais parfois inquiétante pour l’esprit des Lumières ! Je crains que le sort des penseurs libres – disons tout simplement de ceux qui réfléchissent en toute liberté – est sur le point d’être gravement compromis. Ce fut le cas récemment lorsqu’on vit une ministre de l’écologie en exercice, dont la notoriété ne repose  évidemment pas sur l’audace ou le nombre de ses publications scientifiques  – ce qui,  au demeurant, n’est en rien blâmable – se croire autorisée par sa fonction à brandir « un carton rouge » à l’adresse de l’Académie des Sciences, au motif que cette dernière aurait organisé un débat entre climatosceptiques « tendance Allègre ».  Quoiqu’on pense de la pertinence des thèses et des arguments de ce grand géochimiste, on ne peut être qu’accablé par de tels propos émanant d’une responsable politique de premier plan, qui semble considérer que seuls ceux qui pensent conformément aux théories scientifiques actuelles sur l’évolution du climat, ont  droit de cité à l’Académie des Sciences. C’est ignorer la longue quête de l’homme dans l’acquisition des savoirs, et surtout c’est la négation même de la démarche scientifique fondée sur le doute méthodique et sur le débat scientifique contradictoire. Le plus rageant c’est que le pouvoir en place se dit démocrate, car si l’on a déjà connu de pareilles dérives épistémologiques dans l’histoire du monde, c’était plutôt sous des dictatures.

Que faire, face à cette avalanche de mauvais signes de « bien pensance »  ou d’escroquerie morale, au nom desquels on a d’abord colonisé l’histoire, puis muselé les sciences sociales, et maintenant les disciplines scientifiques? Ça fleure bon le rétablissement du délit d’opinion, voire du délit de penser. Que faire alors que, concomitamment, on « judiciarise » à tout crin la société et qu’on parvient presque à demander de sanctionner toute déviance intellectuelle ?  Et ce, évidemment, au détriment des principes mêmes du droit pénal !

Pour s’en sortir, si l’on écarte l’idée du suicide par la ciguë, trop anachronique, il ne reste que l’ivresse de l’alcool  pour les vieux dans mon genre, un peu las de se battre contre des moulins à vent… ou la lecture nostalgique de poèmes ou des conseils roboratifs de mon ami persan du 11ème siècle Omar Khayyâm :

«  Le vin est défendu, mais tout dépend en somme

« De celui qui le boit, du vin que l’on consomme

« Et des autres buveurs avec qui l’on partage…

« Ces trois points satisfaits, qui boit sinon le sage ? »

Je vais donc boire, par goût du risque de m’enivrer avec ceux qui liront ce billet. En faisant un bras d’honneur à tous les horrifiés du risque « zéro » pisse-froid qui nous promettent mille maux et qui, bientôt, pour notre bien, rendront obligatoires les alcooltests dans nos chambres à coucher !

Mais je vais innover en ravivant encore une fois le passé des miens.

Ma mère raconte volontiers que sa mère, Adrienne Venault (1894-1973) préparait les jours de grande chaleur à Angers dans les années trente ou quarante du siècle dernier, une préparation rafraîchissante spécifique des régions de l’Ouest et tout particulièrement de l’Anjou : la « bijane ».  A l’origine, cette sorte de soupe « sucrée » composée d’un mélange de pain rustique et de vin rouge était plutôt consommée les soirs d’été au retour des travaux des champs dans les dans les campagnes angevines, mais les citadins d’Angers, pour la plupart, anciens ruraux l’avaient également adoptée.  Parfois, les moins fortunés ou les plus « radins » la coupaient d’un peu d’eau pour économiser le vin. Pas trop tout de même pour ne pas la dénaturer et y conserver un peu du piquant du vin, qui le plus souvent était une « piquette », mais qui pouvaient aussi être des «blancs du Layon ».

Dans un premier temps, je vais donc tenter la « bijane » pour conjurer la bêtise en cultivant le souvenir des anciens sans toutefois la couper d’eau de Lourdes, comme, une fois, ma grand-mère l’aurait fait par mégarde! Quoique que je n’aie rien contre un petit miracle par-ci par-là ! Surtout en ce moment ! Un miracle de la raison, de préférence…

Je pourrais être aussi tenté par la « mominette » que mon arrière-grand-père Joseph Cailletreau (1859-1946) sirotait épisodiquement en guise d’apéro dans les troquets du Lion d’Angers au début du siècle dernier… Là, il s’agissait d’un breuvage, un spiritueux, l’absinthe. C’était plus corsé que la bijane mais sûrement moins que le « pastis », car la « mominette » par définition était généralement consommée en tout petit verre, du moins en Anjou.

Cette boisson fut par la suite accusée de rendre fou ses consommateurs et fut interdite en 1915. Mais manifestement, la prohibition ne fut pas appliquée avec la même rigueur dans toutes les campagnes, car Pépé Cailletreau qui ne lisait que très rarement le JO, faute tout bonnement, de savoir lire, en buvait encore dans les années trente! Il semble que cette interdiction fut prononcée à tort car elle fut levée en 2011, sous réserve que le taux de thuyone dans la plante d’absinthe, soit inférieur à une certaine limite d’acceptabilité. Je ne doute pas qu’un jour, un juge zélé mais besogneux, en mal de notoriété et compensant son manque d’imagination par l’accumulation fantasmagorique de milliers de photocopies « accusatrices » aux frais du contribuable découvre que l’alcool est dangereux. Je suis certain qu’il accusera les pouvoirs publics d’avoir négligé cette propriété et je  suis prêt à parier qu’il cherchera des noises aux modernes lampistes administratifs, rédacteurs de la récente autorisation en les accusant d’être sous l’influence alcoolique du lobby international des fabricants d’absinthe !

Quoiqu’il en soit des manœuvres judiciaires sélectives, mon arrière-grand-père Joseph avait sûrement besoin d’un petit remontant quand il revenait du cimetière, où comme fossoyeur occasionnel de la commune, il avait enterré un copain. En particulier lorsque, un jour de canicule, il avait dû s’attaquer avec sa pioche émoussée à la dureté de la terre schisteuse de l’Anjou.

Moi, l’absinthe me serait utile pour enterrer mes illusions de jeunesse.

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