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Posts Tagged ‘généalogie cosmique’

La généalogie, la philatélie ou la numismatique, « passions annexes de l’histoire », ont de nombreux points communs.  Par le biais de l’une ou de l’autre, et parfois en les combinant, il s’agit de retrouver le doux fumet d’un passé intime qui parle à notre subjectivité… Une façon de se rassurer sur notre éternelle jeunesse en contemplant nos vieilles branches.

C’est aussi l’occasion d’échanger virtuellement de bonnes blagues avec des quidams disparus, parfois des gibiers de potence, qui « pensaient », jusqu’alors, jouir d’une paix éternelle, sans avoir à justifier de l’usage qu’ils firent jadis de leurs fonds de culotte. Dans tous les cas, cette recherche ancestrale est un plaisir de fouineur en quête de soi-même à travers le temps. A bien des égards, c’est même un hobby assez proche de celui du collectionneur de boites à camembert : ce qui compte, ce n’est pas tant le bois que l’odeur résiduelle qui en émane, réelle ou imaginée.

Nul doute quand même qu’il faut être un peu « timbré » pour traquer, des décennies durant, des aïeux, souvent facétieux et d’autant plus rétifs à se dévoiler qu’ils se prélassaient, peinards, dans l’anonymat confortable des hautes ramures de nos arbres généalogiques…

On aimerait que ces ancêtres soient pressés de se révéler, qu’ils nous accueillent à bras ouverts et qu’ils se manifestent sans se faire prier en se cachant derrière d’illisibles parchemins. Mais, le plus souvent, il n’en est rien.

Toujours plus nombreux au fur et à mesure que nos flâneries dans le passé s’écartent des sentiers battus, ils s’esquivent fréquemment en se faisant passer pour un autre, ou en se jouant d’une malencontreuse homonymie… De « chasse lasse », il arrive qu’on renonce, faute d’un arrimage suffisant dans les frondaisons de notre arbre généalogique. Pourquoi s’obstiner quand rien ne permet de suspecter leur présence ou que le risque de les confondre avec d’hypothétiques faux-frères ou cousins à la mode de Bretagne, fait craindre le décrochage?

Le cas de Madeleine Cady (1756-1794), une des fusillées du Champ des Martyrs à Angers le 16 avril 1794, est, de ce point de vue, exemplaire. Elle fut l’épouse d’un certain Jacques Desvignes, un menuisier passé par les armes en décembre 1793. Née à Chalonnes-sur-Loire, elle avait toute chance – si l’on ose dire – d’être apparentée à Jean Desvignes, mon ancêtre, batelier de Loire, lui-même fusillé sous la Révolution et natif de Saint-Aubin-de Luigné, à moins de deux lieues de Chalonnes… Las! Aux termes de ses investigations conduites avec une remarquable ténacité,  Rose l’Angevine, « notre » généalogiste familiale, a démontré que Madeleine est dans doute une « payse » mais que c’est une « fausse » cousine… Encore pour un moment, au moins!

On en est vraiment marri car Madeleine Cady, béatifiée en 2014 par le pape, aurait pu, par esprit de famille, nous « pistonner », le moment venu, auprès du putatif « Très Haut ». Tant pis, on demeurera « mécréant » pour l’éternité, sans assurance-vie!

1756 – Baptême de Madeleine Cady, « une vraie sainte » mais une « fausse » cousine

Désormais pourtant, avec la numérisation des documents d’état-civil des siècles précédents – ceux des paroisses d’ancien régime – et avec leur mise à disposition à domicile près de nos chaufferettes, cette recherche, les pieds dans nos charentaises, n’est plus qu’une affaire de patience et de méthode, mais aussi de rigueur, car les parents de complaisance sont légions!

Malheureusement, les vieux grimoires même pixelisés en diable avec les meilleures techniques du moment ne sont pas toujours d’une lecture aisée, surtout quand les curés d’autrefois, y glissaient facétieusement (ou religieusement) quelques formules en latin de cuisine, que notre vue déclinante peine à décrypter, surtout si l’on n’est pas sorti « major » de l’école des chartes.

Bien qu’en principe, la généalogie, comme tout ce qui a trait à notre identité et même à notre intimité, devrait concerner tout le monde, force est d’admettre qu’elle n’est en fait pratiquée que par ceux ou celles, habités par un étrange sentiment d’urgence, qui s’imposent d’y consacrer le temps qu’il faut. Un temps long nécessairement. Généralement libérés du souci d’assurer une descendance, et par là, d’avoir à se préoccuper à leur niveau de la survie de l’espèce, ils ou elles s’efforcent avec persévérance, de consolider leur ascendance, faute de pouvoir le faire avec leurs héritiers, happés au loin par la modernité!

Tout se passe comme si notre sollicitude pour les ancêtres croissait sensiblement avec la prise de conscience qu’on pourrait bientôt les rejoindre sur la canopée du temps! Bizarrement d’ailleurs, les « racines familiales », une fois exhumées, sont placées, tels des trophées de guerre, sur les cimes des arbres généalogiques, tandis que nos descendants colonisent, sur notre initiative, les rhizomes ou les radicelles.

Dans cette tache bénédictine, l’amateur contemporain peut heureusement s’appuyer sur l’informatique. Il n’est plus tenu comme auparavant d’afficher dans sa maison, d’interminables bandes de papiers, maculées de doigts gras et  couvertes de noms, que lui seul savait traduire… Il peut même échanger et partager ses trouvailles avec la communauté de ses semblables, les autres dingues de ce passe-temps épidémique!

La prodigieuse capacité des logiciels spécialisés offre aujourd’hui des myriades de possibilités d’intégration et d’exploitation statistique des personnes répertoriées, qu’elles soient disparues de longue date ou nées de la dernière averse! Ainsi, les perdreaux de l’année comme les cendres les plus refroidies peuvent y voisiner en bonne intelligence, et de vénérables patriarches y côtoyer des nourrissons!

Au total, si l’on compte bien, ça devrait faire pas mal de monde à caser dans l’ordinateur.

En effet, en postulant que quatre générations d’une même famille couvrent  à peu près un siècle et que les plus anciens registres paroissiaux remontent au mieux à la fin du quinzième siècle, on devrait s’attendre à retrouver environ deux millions d’aïeux directs – toutes générations confondues – auxquels il faudrait ajouter les frères et les sœurs, les oncles et les tantes et les cousins-cousines de tous ces gens-là!  Beaucoup plus en outre, si on a l’honneur de descendre en droite ligne des compagnons de croisade de Saint-Louis!

Vertigineux! Mais il y a plus étonnant encore: en remontant le temps, on pourrait calculer qu’à la fin du quatorzième siècle, le nombre de nos ancêtres directs, serait théoriquement supérieur au nombre d’habitants en France à la même époque…A peine un demi-siècle auparavant, il aurait même dépassé celui de la population mondiale!

Ce paradoxe n’en est en réalité pas un… En effet, par le jeu des multiples croisements, migrations et métissages – incontournables compte tenu de l’évolution séculaire de la démographie – un couple vivant sous la Renaissance est, selon toute vraisemblance, à l’origine d’un très grand nombre de lignées, aboutissant actuellement à une même personne…  Ce qui fait dire à certains, par extrapolation mais à bon droit, que nous sommes tous des descendants en droite ligne de Jules César, de Néfertiti, de Charlemagne et de Berthe aux grands pieds… Mais pas de Jeanne d’Arc, d’après ce qu’on sait de la « pucelle »!

Ce qui fait dire à d’autres que nous sommes tous peu ou prou consanguins! Bientôt en exhibant notre génome « a volo » on en saura plus.

                     Evolution de la démographie « française » sur 70 siècles

Si l’on ajoute à cette équation démographique, le fait que les archives sont généralement muettes ou inexistantes pour certaines périodes troublées et que certains enfants ont été abandonnés à la naissance ou sont nés de père inconnu, on comprend mieux que sur cinq siècles, ne figurent dans mes propres tablettes à la fin 2018, que 2396 personnes. Toutes présentent un degré de parenté variable avec un point focal privilégié, en l’occurrence moi-même!

Presque par conception, la généalogie est en effet une forme de narcissisme d’un genre particulier! Une sorte d’égocentrisme altruiste, qui accorde autant d’importance à toutes les filiations possibles, y compris celles de parentèles mitoyennes, qu’à sa propre ascendance … Du coup, les efflorescences foisonnantes de l’arbre sont exploitables par l’ensemble des familles « alliées ».

Comme dans toute liste, les personnes figurant dans mon « fichier » sont d’abord identifiables par leurs dates de naissance…

Dans mon répertoire, la plus ancienne référence date de 1495. C’est celle de la naissance d’un certain Jehan Gelée, qui, à l’époque de la découverte de l’Amérique, vivait en Gâtine poitevine dans une famille de petits aristocrates, sous le règne de Charles VIII…

Et les deux références les plus récentes sont celles, respectivement de Lou, ma petite fille, née le 4 août 2018 à Clamart et d’une petite nièce Eileen, qui a vu le jour le 13 novembre 2018 au Kremlin Bicêtre.

Par ma mère Adrienne Turbelier (1923-2018), ces deux petites filles sont de lointaines descendantes de Jehan Gelée, un parmi de nombreux autres aïeux communs… .

Dix sept générations et cinq siècles séparent les unes de « l’autre »… On peut présumer que les fillettes n’ont et n’auront jamais cure de cette lointaine mais banale ascendance, qui ne représentera d’ailleurs pas grand-chose pour elles, eu égard à l’héritage que leur a légué Homo Sapiens. En vérité, Jehan ne fut qu’un intermédiaire parmi des milliers d’autres – et de surcroît, malgré lui –  de cette dévolution génétique.

Un héritage inné, dont actuellement l’une comme l’autre cherchent à apprivoiser toutes les potentialités, supports de leur future liberté d’être, plutôt que d’en élucider la genèse…

Mais, même ce bagage biologique et culturel n’est rien, à côté du patrimoine matériel, dont elles sont également les dépositaires et qui remonte pour l’essentiel aux origines de notre univers, il y a plus de treize milliards d’années, dans les monstrueuses chaudières cosmiques où se forgèrent les atomes… Elles sauront un jour qu’elles sont le livre ouvert de l’histoire du monde.

Comme Monsieur Jourdain faisait jadis de la prose, nous sommes tous, sans le savoir, des purs produits de ce recyclage sans fin d’une même, inépuisable et immémoriale matière…

Bon dieu, mais c’est bien sûr!

Nous sommes donc tous des écolos inconscients depuis la nuit des temps! Pourquoi alors cherche-t’on à nous culpabiliser?

 

PS:

Un article édité dans ce blog – Généalogie Quantique – le  14 février 2017 est consacré à Jehan Gelée;

Deux articles ont été dédiés à Jean Desvignes dans ce blog. L’un d’eux est cité dans l’ouvrage (2018) « L’églantine et le Muguet » de Danielle Sallenave de l’Académie Française

Encore une fois, merci à Rose l’Angevine, principale contributrice de ce blog en données généalogiques.

 

 

 

 

 

 

 

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Il y a six ans à quelques jours près, j’inaugurais ce blog intitulé « 6 bis rue de Messine », l’adresse de la maison de mon enfance à Angers dans les années cinquante et soixante du siècle dernier…Et « dans le même temps » comme dirait quelqu’un, je prenais mes quartiers de vieillesse.

Initialement, il s’agissait pour moi d’engager – selon une formule consacrée et discutable – une sorte de « travail de mémoire » à partir de mes propres souvenirs et de ceux collectés au sein de ma propre famille.

L’idée était de rassembler ce qui pouvait encore l’être, traces ténues, parfois incertaines et contradictoires, laissées à leur insu par nos anciens ! Tenter de faire la part de la légende et de la réalité, dans les propos transmis par la tradition orale, rapportant les exploits réels ou arrangés de nos aïeux !

Abandonnant la vie dite « active », je ne souhaitais pas concevoir cette tâche comme une activité de remplacement. C’est la raison pour laquelle je m’y suis consacré sans plan préétabli, sans programme de travail et sans privilégier tel sujet, tel village ou tel personnage de mon panthéon intime. Mais avec obstination tout de même!

Mon seul propos était de parcourir les décennies et les lieux à la manière d’une promenade buissonnière, me laissant guider par mon instinct, ma seule intuition, mon humeur et aussi par les circonstances, postulant que j’érigerai ainsi  progressivement – mine de rien – une sorte de mémorial patrimonial dont j’aimais me convaincre qu’il pourrait être utile à tous ceux qui, d’aventure, accepteraient de s’y perdre et éventuellement de s’en revendiquer dans le cadre d’une recherche identitaire personnelle. A cet égard, je formais secrètement le vœu que mes futurs lecteurs trouvent dans l’évocation de la destinée, modeste ou glorieuse, romanesque ou banale – souvent banale – parfois tragique, de certains de leurs aïeux, matière à répondre à des interrogations existentielles qu’ils se posent à propos d’eux-mêmes.

A tout le moins, je me disais que mon travail pourrait, à leur guise, leur servir de tremplin à leurs propres investigations…

Curieusement, cette besogne m’apparaissait nécessaire à ce moment là! Je nourrissais le vague sentiment, non démenti par la suite, que nous vivions en un temps soumis à la dictature de l’urgence, où le passé était dévalorisé. Qu’il n’était donc plus guère lisible, a fortiori lorsqu’il s’agissait du nôtre et que s’y référer, c’était accepter la ringardise.

Par la force des choses ainsi que des mouvements migratoires durant le dernier siècle, du recul des campagnes et enfin d’une conception nouvelle de la famille, le temps lent « d’avant » semble en effet n’avoir plus droit de cité, sauf comme un inutile fardeau de convenances lors des enterrements. Pour le reste, la vie moderne parait exclure toute mention à la famille comme espace sanctuarisé d’expression de la solidarité transversale et transgénérationnelle.

Hors du cercle étroit de la famille « nucléaire », toute relation se retrouve médiatisée (transposée) dans une modernité uniforme et impersonnelle sévissant de part et d’autre de l’hexagone et bien au-delà. La famille tribale d’antan n’est plus un cadre de référence…

Au moins – me disais-je de façon présomptueuse – pourrais-je modestement contribuer à la conception d’un lieu – certes virtuel et numérique – au sein duquel le temps long des siècles passés prendrait le pas sur notre époque échevelée, où le seul mot d’ordre semble être d’accélérer toutes choses sans trop se préoccuper du cap à prendre.

Dans ce contexte, je pensais qu’il me revenait en ma qualité de dinosaure survivant d’un monde d’ores et déjà disparu, de définir un espace et un temps, informels, où la durée ferait sens. Ce qui n’est manifestement plus le cas lorsque, arc-boutés sur nos objets connectés et nos messageries électroniques, on peine à entrevoir les contours d’un projet d’avenir qui engage… Autrement dit, d’un projet dans lequel chaque génération pourrait se reconnaître, y trouver sa place et où elle pourrait se projeter sans faire de l’ombre à l’autre. N’est-il pas démotivant de ne savoir désormais envisager l’avenir qu’à travers les variations d’indicateurs économiques et statistiques imprévisibles? Et faute de comprendre notre histoire, l’enseigner et la connaitre, de s’embourber avec constance dans des fausses pistes, dénoncées depuis des lustres et pourtant présentées comme des innovations bouleversantes! La promotion actuelle du néolibéralisme en est un exemple parmi d’autres.

Et encore, la religion des indicateurs n’est pas la pire pour obscurcir l’horizon.  Ce n’est même qu’un moindre mal par rapport à la montée agressive des communautarismes et des obscurantismes religieux et liberticides… Ne doit-on pas sérieusement s’interroger sur notre passivité, lorsqu’on observe ces perversions sociétales envahissantes, qui laissent augurer les plus sombres perspectives pour notre civilisation et, d’abord, pour notre jeunesse en panne d’avenir, qui, dans ses franges les plus marginales et désespérées, ne sait plus parier que sur la mort à l’aube de son existence…

La poussée monarchique actuelle, foncièrement réactionnaire – et coupable de détournement de l’idée de progrès -incarne de manière exemplaire ce dérèglement de notre rapport au temps, qui, de mon point de vue, est une des causes primordiales de nombre de nos maux. Confondre le passé, le présent et le futur nous fragilise dans notre représentation de l’avenir et dans notre aptitude à nous y investir sur le long terme…

En l’été 2011, lors de l’ouverture de ce blog, les circonstances géostratégiques, politiques et morales étaient différentes. Intégrant implicitement cette analyse sans encore mesurer avec lucidité toutes ses conséquences, je me disais très prosaïquement que l’évocation de nos anciens – dont (qu’on l’accepte ou non) nous sommes les héritiers et parfois les victimes, était aussi une façon de les faire revivre, ne serait-ce qu’en citant leur nom et leur situation géographique dans l’arborescence foisonnante, à jamais incomplète de nos arbres généalogiques ! Et les ressuscitant, je revendiquais le droit de leur demander éventuellement des comptes, partant du principe que leur vertu n’avait probablement rien à envier à la nôtre, ni leurs turpitudes!

J’espérais de la sorte, retisser un lien émoussé -distendu – avec notre passé et éveiller la curiosité des générations montantes de la famille, celle de mes petits-enfants notamment. Ainsi durant ces six ans, j’ai labouré le champ spatio-temporel de mes ancêtres, de leurs parentèles et de leurs cousinages.

J’ai vécu à leurs côtés certains des drames des siècles passés, comme les deux guerres mondiales du 20ième siècle, mais également les guerres de Vendée sous la Révolution française où des membres de ma famille guerroyaient dans les différents camps qui s’affrontaient avec sauvagerie.

Chemin faisant, j’ai cherché à percer le secret de leurs motivations et même de leurs amours. Je me suis efforcé de comprendre les épreuves qu’ils avaient endurées. J’ai souffert les tragédies qu’ils durent surmonter. Parfois, rarement, j’ai croisé des personnages dont l’histoire a retenu les noms et dont ils étaient les compagnons…

Cette recherche m’a permis aussi d’approcher au plus près certains métiers d’autrefois : les couteliers de Châtellerault, les notaires du Poitou sous l’ancien régime, les bateliers de la Loire et de l’Oudon, les tailleurs de pierre du Lion d’Angers ou encore les meuniers de Picardie… Mais aussi les cheminots du début du siècle dernier dans la Gâtine poitevine ou en Anjou, les poseurs de voies de la Compagnie Paris Orléans…

Je me suis longuement attardé sur le destin de ceux qui furent confrontés à la guerre, en particulier celui, dramatique, des poilus de 14-18, en particulier ceux qui me furent familiers dans mon enfance, mais aussi ceux d’entre eux – dont mes grands oncles notamment – qui furent tués dans les offensives de la Somme en 1918 ou ailleurs… Et bien d’autres, en compagnie desquels j’ai parcouru les champs de bataille meurtriers de Verdun, ceux de Belgique à l’été 1914 ou de la Marne quelques semaines plus tard !

Un peu plus d’un quinquennat s’est écoulé depuis mes premières « dissertations », un peu moins d’un septennat ! Une durée décidément atypique (qui ne devrait pas durer) puisqu’en dépit de mes efforts, je n’ai rien trouvé qui atteste qu’un tel laps de temps ait été affublé d’un nom.

Aussi pour fêter dignement l’événement, attablé à mon bureau, un verre de Cointreau dans une main et de l’autre une coupe de coteau du Layon, des breuvages du pays de mon enfance, j’en suis contraint à créer le néologisme, « sextennat », dont j’espère qu’il satisfera les rares linguistes ou grammairiens, qui, par inadvertance prendraient la peine de lire mes petits exercices de style.

Exercices qu’on pourrait tout aussi bien qualifier de « gammes » car un des buts, contingent et vain de cette activité littéraire, à laquelle je me livre depuis six ans, était de ralentir le vieillissement irréversible de mes neurones ! Pour l’heure, le succès n’est pas patent, vu l’effort que je dois déployer pour rédiger trois phrases!

Depuis lors, près de trois cents billets ont été ainsi mis en ligne.

Au-delà de « mon projet éditorial » beaucoup d’autres sujets ont été traités – ou maltraités – d’actualité et/ou de société, ou tout simplement, en rapport avec ma carrière professionnelle passée. A ce titre, Marie Curie, à l’exhumation de laquelle j’ai assisté en 1995, et avec laquelle j’entretiens, depuis lors, une relation affective singulière, a été l’héroïne d’au moins deux de mes articles – les plus lus – dont un a été repris dans une revue britannique d’histoire de la radiologie par un historien de Philadelphie…Ça donne le tournis!

Au total, « mon » blog a été visité près de deux-cent mille fois par environ cinquante mille lecteurs réguliers, répartis sur les différents continents, dont une majorité résidant en France et dans les pays francophones. Evidemment ces scores d’audience, me comblent d’aise et de fierté. Ils me donnent le sentiment d’exister hors de mes quatre murs de banlieue. Je les mentionne parce que c’est l’occasion ou jamais de le faire, mais je sais qu’ils sont modestes par rapport aux stars de la chanson ou du football! Ou même par rapport à des sites spécialisés sur le rempaillage des chaises ou sur le tricot! A ma décharge, « faire du chiffre » ne relevait pas de mes ambitions. Durer, si!

De manière plus qualitative, ce travail n’aurait pas pu se réaliser sans les nombreux commentaires d’encouragement, et les recommandations, qui m’ont été très souvent prodigués. Sans les précisions apportées par certains de mes lecteurs, qui ont fourni de précieux compléments à mes textes et en ont amélioré la facture. Nombre d’articles ont par ailleurs trouvé leur origine dans les travaux en amont de la généalogiste de la famille qui s’identifie ici sous le pseudonyme de Rose l’Angevine… Allez savoir pourquoi?

Mon propos désormais – pour les années qui suivent – est de poursuivre…Y compris en m’entêtant dans les travaux de débroussaillage des chemins de traverse généalogique. Et ce, en dépit des difficultés croissantes à dénicher de nouvelles perles dans les archives numérisées des départements, ou tout simplement des données originales accessibles…

Mais au préalable, avant d’entamer cette activité automnale, peut-être est-il nécessaire de prendre un peu de champ ! L’occasion m’en fut donnée, en cette période estivale, par la lecture d’un tout petit et merveilleux opuscule de l’astrophysicien américain d’origine franco-vietnamienne Trinh Xuan Thuan – Face à L’univers – (Editions Pluriel Fayard avril 2017).

Magistralement, sans avoir recours à la moindre équation, l’auteur nous entretient en quelques pages, lisibles par tout un chacun, de l’histoire de notre univers depuis son origine. Depuis ce fameux Big Bang, dont l’hypothèse fut émise sur la base des observations astronomiques d’Edwin Powell Hubble (1889-1953) qui mit en évidence, dans les années 1920, l’éloignement des galaxies lointaines, et qui fut confirmée par la découverte du rayonnement fossile de l’univers en 1965 par les deux physiciens américains Aron Allan Penzias et Robert Woodrow Wilson.

En soi, ce pan de la connaissance universelle, mis à la portée de tous, suffirait à conseiller la lecture de cet essai à la portée de toutes les bourses (six euros cinquante dans les bonnes librairies).  Mais, Trinh Xuan Thuan va bien au-delà de ces rappels figurant désormais dans tous les bons manuels! Il nous montre que l’univers – celui dans lequel nous vivons – a une histoire et qu’il a aussi un avenir… Et surtout que nous sommes totalement partie prenante de cette histoire débutée, il y a environ quatorze milliards d’années, et dépendons totalement de cet avenir.

Qu’on fasse appel au hasard ou non, notre généalogie est donc d’abord une généalogie cosmique commune à toute matière… Et tout s’est joué – ou presque – dès les premiers milliardièmes, milliardièmes de milliardièmes de seconde après le Big Bang, où l’espace-temps s’organisait tandis que les interactions fondamentales de la physique jouaient, à tour de rôle, leur partition…

 » Nous sommes tous les enfants de l’infiniment petit et de l’infiniment grand », dont le mariage a engendré les étoiles géantes et les galaxies, qui, il y a des milliards d’années, furent à l’origine de la synthèse par réactions nucléaires de fusion, des atomes dont nous sommes tous constitués …

Autrement dit, que ça plaise ou non, nous ne sommes de A à Z, que des produits de recyclage de déchets nucléaires, répartis dans tout l’univers après l’explosion des supernovas, ces cocottes minute célestes, témoins d’un lointain passé et arrivées en fin de vie, faute de combustible…

Nous ne sommes donc que des « poussières d’étoiles » refroidies !

L’originalité de ce petit livre réside enfin dans le fait, que ce scénario de l’univers, aujourd’hui validé, ouvre la voie à nombreuses questions philosophiques, morales et même esthétiques. Ainsi la parole est ensuite donnée à des philosophes, des biologistes, des écrivains et des artistes. Chacun s’exprime avec les cordes de son art ou de son arc, sur les réflexions que lui inspire cette confusion de notre propre histoire et de notre généalogie avec celle de l’univers, et aux destins liés qui en découlent!

Je reviendrai certainement un jour sur cette dimension inattendue de notre généalogie qui relativise nos différences… Pour l’heure, j’en conclus, sans faire appel à des considérations métaphysiques, que nous étions potentiellement présents – mais pas certains – il y a quatorze milliards d’années! Nous disparaîtrons à coup sûr d’ici quelques milliards d’années…

Mais, sans doute bien avant, car rien ne justifie en l’état actuel de la science, que notre place soit unique et privilégiée, et que nous représentions le stade final et le plus abouti de l’évolution des espèces vivantes… L’abandon de l’anthropocentrisme par Galilée, Kepler et Copernic demeure plus vrai que jamais!

A méditer, avant de reprendre la routine et nos travaux sur le temps qui passe! Car,en vérité, ce blog n’est rien d’autre qu’une besogneuse réflexion sur le temps qui passe. Le seul sujet qui vaille…

Chat perplexe face à l’univers

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