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Posts Tagged ‘Gaston Contremoulins’

Il n’est pas dans mes habitudes de faire de la pub. Mais, tout principe souffre ses exceptions.

En l’occurrence, s’il y a, parmi mes lecteurs, des médecins, notamment des radiologues ou des physiciens médicaux, et plus généralement des personnes s’intéressant à l’histoire de la radiologie médicale dont chacun, aujourd’hui, bénéficie – ou est appelé à bénéficier – je ne saurais trop recommander la lecture du remarquable et accessible ouvrage du Docteur Patrick Mornet, dédié au personnage, à la fois singulier et génial, que fut Gaston Contremoulins (1869-1950), autodidacte et pionnier de la radiologie médicale.

Fait quasi-unique dans l’histoire moderne des disciplines médicales, Gaston qui, ne possédait qu’un brevet élémentaire et qui avait effectué trois années d’études au Beaux-Arts de Rouen, a réussi à la charnière du 19ième et 20ième siècle, à force d’un travail insensé et à coups d’incessantes innovations à se tailler une place de choix dans le milieu de la radiologie médicale française naissante.

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Pour finalement se retrouver très rapidement, chef du Laboratoire principal de radiologie des hôpitaux de Paris à Necker. Mécanicien de génie, ces inventions se comptent par dizaines,  qui améliorent l’efficacité des matériels de radiologie, ainsi que le confort des patients pendant les examens, et surtout offrent la possibilité d’atteindre des performances de diagnostics, inespérées à son époque.

Durant la guerre de 14-18, il fut un des principaux promoteurs des techniques de localisation rapide et non invasive des projectiles en particulier des éclats d’obus, dans le corps des soldats blessés au Front. Son action permit, de ce fait, d’épargner de nombreuses vies, d’autant qu’il a parallèlement conçu et réalisé des prothèses sophistiquées.

Enfin, il fut de ceux qui, prenant conscience parmi les premiers, des effets nocifs des rayonnements ionisants, développa de manière pragmatique les premiers dispositifs de protection  à l’usage des professionnels de santé.

Patrick Mornet, ayant lui-même exercé le métier de radiologue à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye où l’infatigable Gaston acheva sa carrière après avoir été mis d’autorité à la retraite par l’administration publique des hôpitaux de Paris, a exploité les archives de l’altruiste créateur, sauvegardées par une de ses assistantes, une des rares qui resta fidèle à la mémoire de Gaston Contremoulins.  Archives qu’elle avait confiées à l’auteur avant de disparaître!

Avec talent, Patrick Mornet a su faire revivre cet inventeur, dont la trace était oubliée et même délibérément gommée. Voire carrément niée par un corps médical qui n’a jamais voulu admettre que quelqu’un qui  n’appartenait pas originellement à la corporation, puisse jouer les premiers rôles dans une discipline médicale et avoir été, pendant plusieurs décennies, la référence indiscutable française dans le domaine. Après sa mort, pour éviter qu’à l’avenir, pareille « déconvenue » contre nature ne se reproduise, l’Ordre sut faire passer un règlement réservant désormais la pratique de la radiologie médicale aux seuls médecins…Ainsi, chacun peut observer qu’à défaut (parfois) de mettre directement  la main à la pâte pour le commun des mortels, les médecins signent – au moins – les résultats des examens de radiologie et leurs interprétations. Il est vrai qu’on ne peut pas tout savoir des techniques qui se sont multipliées et dont les applications  se sont très largement diversifiées, en diagnostic comme en thérapie,  depuis l’époque de Gaston!

Devenu aveugle, Gaston qui estimait ne plus être en mesure de rendre des services à « l’humanité », préféra se suicider. Demandant en outre qu’on utilise « le corbillard des pauvres » pour son inhumation. Il repose désormais dans le cimetière de Saint-Germain-en-Laye dans un emplacement sans pierre tombale où ne figure que son nom. Récemment, il a eu droit à une rue!

La biographie « réparatrice » que le Docteur Mornet lui a consacrée est passionnante et très documentée. J’en ai eu connaissance lors de sa présentation en novembre dernier par son auteur, au club d’histoire de la Société française de radioprotection, présidé par mon ami Alain Biau, un des grands spécialistes actuels de la dosimétrie des rayonnements et lui-même radiophysicien médical. Mais émérite toutefois !

L’ouvrage intitulé « Gaston Contremoulins, l’héritage oublié » est disponible aux éditions de l’AIHP, www.leseditionsdelaihp.fr.

Vraiment il vaut le détour. Un artiste ce Gaston!

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