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Posts Tagged ‘Fidel Castro’

Représentante de la France aux interminables funérailles du dictateur cubain Fidel Castro – et seule personnalité politique européenne de haut rang en activité à y être présente avec le Premier ministre grec – Ségolène Royal a vraiment bien fait le job… Mieux (presque) que Jack Lang dans ses grandes envolées lyriques d’antan !

En outre, ses propos publics à cette occasion sont – à n’en pas douter – « rassembleurs des gauches irréconciliables » en cette époque un peu désordonnée où la gauche « réformiste et responsable » ne sait plus trop où elle habite.  Propos rassembleurs, mais surtout ingénus et, à tout le moins, étonnants.

Si peu diplomatiques en tout cas qu’on se félicite que notre ombrageux ministre des affaires étrangères ait privilégié la visite touristique du Louvre d’Abu Dhabi en compagnie de l’Ex! Il n’a pas pu entendre en direct…

Il faut dire qu’elle n’y a pas été avec le dos de la cuillère, la désormais championne de la Com 21! Rendre un hommage aussi vibrant au « Comandante » relève de l’exploit « oxymorien ». Sa prestation de haute volée pour un personnage aussi clivant et ambiguë – voire plus – confine à l’art du paradoxe le plus abouti. Surtout, lorsqu’on est censé incarner le pays des droits de l’homme. Dans ces conditions, on comprend qu’outre ses obligations protocolaires, elle ait été invitée à participer au sein du cercle familial à l’inhumation des cendres de l’auguste disparu à Santiago de Cuba.

Voici – selon l’AFP – ce qu’elle déclarait, il y quelques heures, dès son arrivée sur le sol cubain:

Photo Reuters/Henry Romero

Photo Reuters/Henry Romero

« C’est un monument de l’histoire, d’abord, Fidel Castro » et « c’est le symbole d’une amitié très profonde entre Cuba et la France »…« Grâce à Fidel Castro, les Cubains ont récupéré leur territoire, leur vie, leur destin. Ils se sont inspirés de la Révolution française sans pour autant connaître la terreur qu’il y a eue pendant la Révolution française ».

S’agissant des violations répétées des droits de l’homme dénoncées par l’ONU, et l’opposition au régime cubain, Ségolène Royal a souligné au contraire l’existence sur l’île d' »une liberté religieuse » et d' »une liberté de conscience ».
« Ecoutez, il y a beaucoup de désinformation, ce que j’observe c’est que jamais les relations diplomatiques n’ont été coupées avec Cuba, y compris de la part de certains responsables politiques qui me critiquent, qui critiquent la France, jamais ».

« Il y a toujours du positif et du négatif dans les histoires, mais certains ne vont pas se rhabiller à bon compte au nom des droits de l’homme alors qu’on sait qu’ici, quand on demande des listes de prisonniers politiques, on n’en a pas. Et bien fournissez-moi des listes de prisonniers politiques, à ce moment-là on pourra faire quelque chose » !

« Donc il faut savoir regarder les choses positivement même si ça dérange »… « la France n’a pas à donner de leçon » à Cuba. « Je sais que ça dérange parce que justement voilà un pays insulaire qui protège son patrimoine, qui interdit les prédateurs, qui a réussi aussi à faire en sorte qu’il y ait une propreté, une sécurité vraiment remarquables, que l’on n’atteint pas dans beaucoup de pays qui donnent aujourd’hui des leçons de droits de l’Homme ».

Bravo Ségolène, voilà qui est dit ! Désormais, y a plus qu’à circuler…Non, mais! Et, d’ailleurs, qui pourrait prétendre qu’en régime dictatorial, la police politique n’assure pas convenablement la sécurité? Avec une vigilance sans faille même, et au-delà de tout espérance souvent. Au-delà de tout désespoir aussi, pour ceux qui n’aiment pas trop cette police intrusive qui fouille à la gégène le tréfonds de leurs consciences et la résistance de leurs couilles…

Ségolène ne s’embarrasse pas de ces détails…

Sauf que justement, il y en a encore des prisonniers politiques à Cuba, et que le bilan humain n’est peut-être pas aussi positif qu’il y parait, vu du cortège officiel et aseptisé de Ségolène. A noter – à l’attention de notre ministre sous les tropiques – qu’il est très rare que les dictatures tiennent des statistiques aussi transparentes que Pôle Emploi sur les récalcitrants détenus pour délit de sale gueule idéologique.

Sauf que la Terreur a bien eu lieu à l’encontre des opposants, et qu’on ne peut passer totalement sous silence ceux qui furent assassinés sommairement. On ne peut totalement faire disparaître de l’histoire et pour une seconde fois les 146 personnes fusillées lors de l’épuration mise en place à partir de 1960 et organisée par Che Guevara sur les ordres de Fidel.

Pourquoi omettre les 631 condamnés à mort à l’époque sans compter les 70 000 prisonniers politiques? Au cours des années 2000, on sait, avec certitude, bien que le régime se garde bien de le diffuser, qu’il y en avait encore 300 dans les geôles cubaines…

Et encore, ne s’agit-il ici que de données officielles validées par les instances internationales. D’autres sources, plus partisanes et partiales, sont beaucoup plus terrifiantes. A ce triste inventaire, il faut ajouter près de deux millions de réfugiés – environ 20% de la population – spoliés de leur passé, pourchassés parfois torturés et accueillis pour simplement survivre par « l’impérialisme américain » !

Certes, certaines avancées positives – « globalement positives », pour reprendre une expression célèbre – peuvent être mis au crédit du régime castriste, en matière de santé publique ou d’éducation. Ce n’est pas négligeable mais marginal au regard des multiples atteintes aux libertés fondamentales que ce pays subit depuis plus d’un demi-siècle…

Comme le rapportait ces derniers jours le quotidien « Le Monde » le pays a évolué depuis la « révolution cubaine » – la révolution tropicale de 1959 – mais ce qu’il en reste aujourd’hui « essentiellement », c’est sa « répression » ! Ainsi l’héritage de Castro n’est sans doute pas aussi présentable que ne le prétend Ségolène Royal…qui en est sans doute restée au beau héros romantique qui a éclairé sa petite enfance ! C’est touchant.

castro-le-22-avril-1959
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