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Posts Tagged ‘Elections présidentielles’

A quelques jours d’une échéance électorale qui pourrait nous être funeste, tant les nuages s’assombrissent au fur et à mesure que les candidats à la Présidence de la République s’entêtent dans leurs bavardages en se regardant le nombril, le temps n’est plus à la publicité comparative entre les uns et les autres !

Les augures sondagiers, qui se trompent presque toujours, nous annoncent régulièrement les pires déconvenues. Puis se ravisent! Au total, on observe que leur apport à notre réflexion pour éclairer nos choix est heureusement dérisoire, ainsi que celui des médias qui s’efforcent pourtant depuis des mois de les orienter dans le sens qui leur sied! Charge, un jour, aux historiens d’élucider leurs réelles motivations. De même, devront-ils certainement se pencher sur le rôle obscur tenu par certaines institutions de la République, censées observer la plus stricte neutralité, mais qui, en la circonstance, ont démontré une étrange aptitude à accélérer leurs procédures, en dépit de leur coutumière inertie et de l’absence chronique de moyens dont elles prétendent souffrir.

Le résultat de ce pitoyable spectacle – que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier d’hallucinant – et qui nous est servi quotidiennement depuis de longs mois, c’est que, pour la première fois dans ma désormais très (trop) longue carrière de citoyen et d’électeur, je m’interroge encore – à quelques jours du scrutin – sur l’identité de celui qui bénéficiera de mon suffrage.

Dans le passé, il m’est déjà arrivé de voter avec enthousiasme pour une personnalité avec laquelle j’avais le sentiment de partager un socle de valeurs communes. Ce fut par exemple le cas en 1981, avec Mitterrand. Par la suite, force est de reconnaître qu’il fut très loin de satisfaire les espoirs que nous avions mis en lui.  A l’époque, j’ignorais qu’il avait été décoré de la francisque par le Maréchal Pétain et qu’il entretenait des relations amicales pérennes et pour le moins discutables avec René Bousquet (1909-1993) l’ex-secrétaire général de la police du régime de Vichy, et principal organisateur de la rafle du Vel’ d’Hiv en juillet 1942 et de la déportation vers les camps d’extermination de treize mille juifs. Enfin, personne avant la fin de son règne ne s’avisa de révéler les dépenses couteuses d’une seconde famille qu’il faisait supporter par l’Etat.

Il m’est arrivé aussi de voter conformément à l’idée que je me faisais du moindre mal : là ce serait plutôt à 2012 qu’il faudrait se référer, lorsque j’ai voté par défaut pour François Hollande. Sans trop d’illusion sur ce que pourrait effectivement réaliser un apparatchik de la politique de son acabit. En un sens, la suite ne m’a pas surpris – sinon déçu – tant ce président au profil de Louis Philippe, sans réelle autorité, fut incapable de transposer en actes significatifs, son discours programmatique sur le « Changement ».

La situation actuelle est carrément inédite… Pour le vieil homme que je suis désormais, il ne s’agit plus de promouvoir par mon vote d’intimes convictions sur l’organisation de notre Nation dans un souci d’une plus grande justice sociale, ni de se prononcer par défaut pour le moindre mal, mais tout simplement de choisir « le moindre pire » ! Et même cette ambition limitée n’est pas un mince challenge, lorsque des candidats issus de rien et sans réel projet sont artificiellement propulsés sur le devant de la scène, tandis que d’autres sont descendus en flamme au nom d’une « éthique » à géométrie variable pour des « fautes de maintien » qu’on pourrait reprocher à presque tous leurs détracteurs ! Tandis que d’autres enfin transforment leur campagne électorale en une suite de spectacles d’illusionnisme, épicés d’effets spéciaux en tous genres.

Comment, dans ces conditions, ne pas être troublé jusqu’à douter de la validité d’une telle caricature de démocratie, alors que notre pays est confronté à un ensemble de périls mortifères comme le terrorisme islamiste, le chômage et la misère de masse, une interminable crise économique et la perte de nombre de ses repères humanistes et identitaires ?

Il est certain que si le vote blanc était comptabilisé parmi les suffrages exprimés et qu’il offrait la faculté de renvoyer à leurs chères études la plupart des « amuseurs » publics, qui colonisent nos antennes à longueur de soirées,  l’option la plus pertinente serait naturellement celle-là ! Aucun en effet ne semble trouver grâce à nos yeux.

Mais la question ne pose pas. Il faudra donc subir l’un ou l’autre de ces prétendants à la magistrature suprême durant un quinquennat, en formant le vœu que ce destin obligé – un sombre tunnel loin des Lumières – ne soit fatal ni à la France, ni à la République, ni à l’idée que l’on se fait de la démocratie et qu’il permette, malgré tout, de panser les maux les plus patents de la société française, dont le chômage, ou qu’à tout le moins, il en atténue les effets… L’heure n’est plus à évaluer le degré de conformité, aujourd’hui et surtout demain, des rustines ou des recettes qu’on nous vante, déclinées à plus soif dans les projets des candidats starisés, avec notre propre vision du bien public. Il s’agit juste de sauver les meubles avant qu’ils ne disparaissent sous des flots de promesses électorales contradictoires ou qu’ils soient bradés sur les places publiques lors d’un vide-poubelles dominical et printanier.

Promesses, auxquelles paradoxalement, ceux qui les formulent ne semblent même pas croire vraiment! Que dire d’un candidat, adepte manifeste de la politique de gribouille, qui va jusque préconiser la légalisation du cannabis, au motif que la distribution de cette drogue sous le contrôle de l’Etat serait le meilleur moyen de tarir son commerce illicite qui gangrène les banlieues. Coup double selon ce nouveau Don Quichotte, car ce faisant, l’Etat devenu trafiquant récupérerait une partie d’un « revenu universel » qu’il verserait d’une autre main! On croit rêver… Et de fait, on rêve ou on cauchemarde…

Bien d’autres curiosités, tout aussi fantaisistes, émaillent les programmes des candidats !

Dans ce contexte assez préoccupant, car il s’agit tout de même de l’avenir de la France, c’est-à-dire de celui de nos enfants et de leurs enfants, il ne semble rester que le hasard darwinien et son essoreuse sélective pour sauver la mise d’un pays meurtri, et une fois de plus au bord d’un gouffre. Gouffre virtuel dans lequel on aimerait tant précipiter tous ces modestes braquets de la politique qui s’injurient sous nos yeux.

Le hasard – le « bon heur » –  se joue heureusement de ces petits joueurs qui prétendent nous fixer le cap, sans jamais parvenir à nous rendre intelligible et cohérente leur conception de l’Ordre Public, qu’en principe, la fonction à laquelle ils aspirent, a pour finalité de garantir.

Préoccupés par leurs chamailleries moralisantes, aveuglés par leur égocentrisme ou enivrés par les trouvailles de leurs habiles experts en communication, aucun ne semble attester du fait que la noblesse de la politique – dont tous ont fait un métier – réside d’abord dans sa contribution à juguler la violence au sein de la société humaine et non à la susciter. En langage policé, c’est ce qu’on appelle l’Ordre Public, qui n’est respectable et respecté que s’il est compatible avec les « valeurs » de la République et acceptable par le plus grand nombre !

Aucun des candidats en lice n’a su aborder cette question du « Vivre ensemble » dans sa globalité et n’a su éclairer l’avenir de ce bien précieux, autrement qu’en se calant laborieusement sur ses propres obsessions tantôt sécuritaires, tantôt égalitaristes, tantôt xénophobes. Aucun – exceptés peut-être les marxistes antédiluviens  et dans une certaine mesure l’extrême droite – n’a su faire œuvre de pédagogie pour donner du sens à son projet et esquisser les grandes lignes de l’adaptation toujours nécessaire de cet Ordre public républicain aux contraintes de l’heure. Cet Ordre est pourtant le traceur des démocraties évoluées, dès lors, à l’évidence qu’il résulte de l’adhésion du plus grand nombre. Sa finalité est d’assurer la paix civile en faisant partager un projet commun, de garantir la sécurité collective et individuelle – en particulier des plus faibles – de préserver les libertés et de réduire les inégalités sociétales, sans renoncer aux différences ou à la compétition loyale…

Au lieu de cela, tous se sont perdus dans l’énoncé de tonnes de propositions indigestes et parfois sectaires, qui pour la plupart diviseront ou disséqueront la société, en alimentant les dissensions en son sein.  C’est au demeurant normal, lorsque l’objectif n’est pas tant d’unifier la nation autour d’un avenir commun que de séduire le chaland ou des clientèles, sans être nécessairement habité du souci primordial de servir l’intérêt général !

A cet égard, les positionnements partisans d’autrefois, fondés sur des clivages idéologiques incontestés étaient bien plus confortables, bien qu’avec le recul ils furent souvent factices…

Il se trouve que j’ai retrouvé le fascicule que François Hollande avait fait éditer en 2012 sous le titre alléchant du « Changement c’est maintenant » …Jusqu’alors, il m’avait servi de marque-page dans un bouquin que j’avais oublié sur une étagère sans être jamais parvenu à le lire! Ce qui frappe, cinq ans après, c’est que le seul changement immédiatement visible, est le portrait du candidat ! Pour le reste, il serait cruel de rappeler certains passages présentés comme des engagements qu’on n’attend plus ! J’en recommande néanmoins la lecture pour apprécier le décalage avec la réalité…

Au même moment, j’achevais la lecture d’un bouquin – plus volumineux – de Jean-Louis Debré, publié en collection de poche. L’auteur désormais déchargé de toute obligation de réserve, y rend public un « journal » tenu jusqu’au printemps 2016, au terme de son mandat de président du Conseil Constitutionnel… Cet ouvrage (« Ce que je ne pouvais pas dire ») rédigé comme un dérivatif voire un défouloir par un homme, qui par sa fonction, ne pouvait plus s’exprimer publiquement est d’une étonnante lucidité et d’une grande liberté de ton…Les commentaires ou les jugements qu’il formule à propos de certaines têtes d’affiche du microcosme politique sont souvent très justes… L’ouvrage est finalement plus tendre qu’on n’aurait pu le supposer à l’égard du président sortant, alors qu’il est sans appel pour son prédécesseur.

Ainsi à la date du 24 février 2016, Jean Louis Debré écrit : «  Aujourd’hui les opposants de gauche reprochent à François Hollande, à grand renfort de publicité, sa présumée trahison idéologique en lui faisant grief d’une politique libérale qu’aurait pu bien mener la droite si elle était au pouvoir. Notre histoire contemporaine montre pourtant qu’il en a souvent été ainsi, car dans son principe et sa réalité, l’action gouvernementale sous la cinquième République échappe aux logiques des partis ».

Poursuivant sa démonstration, Jean-Louis Debré montre avec malice que les présidents se sont souvent écartés de leur logique partisane initiale pour conduire de grandes réformes figurant dans le programme de leurs adversaires politiques. Hollande n’a fait rien d’autre – ni de plus – que ses prédécesseurs… Il a réformé à contre-emploi, après que la fonction dans les ors de la République eut créé l’organe !

Ainsi, doit-on rappeler les « réformes de gauche » réalisées par la droite : le vote des femmes, un projet que Léon Blum n’avait pas osé conduire et que de Gaulle a institué, la nationalisation gaullienne des grandes entreprises à la Libération, l’indépendance de l’Algérie, la décolonisation, la reconnaissance de la Chine populaire, l’intéressement et la participation des travailleurs, l’IVG, l’abaissement de la majorité à dix-huit ans, etc.  Et bien d’autres qu’il cite…

Il y a donc de l’espoir ! Même de médiocres candidats peuvent se transformer en présidents supportables… Mais cela suppose qu’ils s’imposent et ne se laissent pas déborder par leur propre majorité ou envahir par la faiblesse de leur caractère… On peut regretter cet axiome, mais tel est l’esprit de la Cinquième république !

Au terme de ce cheminement buissonnier aux travers des grandeurs et turpitudes des candidats à la Présidence, j’ignore, à cette heure, la couleur de mon vote au premier tour des élections présidentielles…

En revanche, je sais comment je voterai aux législatives qui suivront, faute de savoir encore pour qui ! Mon député, je l’espère, sera celui, fidèle aux principes des droits de l’homme, qui se revendiquera et se reconnaîtra dans l’action du président élu, conformément à l’esprit des institutions de la cinquième République… Mes options idéologiques actuelles ou passées seront alors de second ordre, car tout autre choix condamnerait l’élu du suffrage universel à l’impuissance, faute de majorité fiable… C’est ce dont a probablement pâti François Hollande, avec ses « frondeurs ». On en mesure actuellement les conséquences néfastes…

Une autre méthode consisterait à voter « au petit bonheur la chance »… Il n’est pas impossible qu’en fin de compte, les performances s’avèrent équivalentes.

Sans qu’il soit besoin de le préciser, cette stratégie exclut tout compromis avec l’idéologie d’extrême droite.

 

 

 

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Il n’aura sans doute échappé à personne que nous sommes en pleine campagne électorale des « Présidentielles » et qu’une des notions qui fait le « buzz » – comme on dit maintenant – est celle « d’emploi fictif ».

Merci à Ph. Bouvard pour ce prêt "involontaire" de saillie.

Merci à Philippe Bouvard auquel j’ai emprunté cet aphorisme

On pourrait même dire sans exagérer qu’avec l’appui d’une autorité judiciaire peut-être complaisante et partisane, c’est la principale arme que les candidats s’envoient mutuellement dans les jarrets pour entraver la marche de leurs concurrents vers une hypothétique victoire…

Autrefois, on aurait plutôt évoqué la corruption ou le népotisme… On aurait sûrement privilégié l’accusation de clientélisme contre ceux – qu’on connaît tous – qui usent exagérément de leur position pour s’attirer les bonnes grâces de l’électeur…On ne se serait sans doute pas privé de citer les fils des copains rémunérés pour réaliser un rapport bidon dans le cadre d’un stage obligatoire de fin d’études.

Mais, désormais, les charmes de ces mots compliqués sont épuisés. Ils ne surprennent plus. Même pénalement, c’est de la routine. Le concept « d’emploi fictif » est devenu le nec plus ultra des joutes médiatiques et le terrain privilégié des coups bas. Il recouvre d’ailleurs toutes les autres notions, et occulte même les programmes électoraux qui, dans le passé, faisaient les beaux jours des vendeurs de promesses…

Souvenons-nous avec émotion du discours du Bourget de janvier 2012 de l’actuel président de la République – alors candidat – qui avait réveillé en nous les mânes de Jaurès, pour accoucher cinq ans plus tard d’un Emmanuel Macron ! L’un fut reçu premier en 1878 à l’Ecole Normale Supérieure et devint agrégé de philosophie, l’autre, élevé chez les jésuites, échoua au même concours, mais devint inspecteur des finances et banquier d’affaires…et ministre de gauche.

Nul n’était besoin dans ces époques lointaines d’agiter le spectre devenu monstrueux de l’emploi fictif.

Faut-il s’en plaindre ? Je n’en sais rien, et de toute manière, il faudra bien voter… Et comme on ne peut plus le faire en faveur de Jean Jaurès !

A propos de ce « sacré » Jean Jaurès, on peut penser, quelle que soit sa puissance d’analyse et sa maîtrise incomparable de notre langue, qu’il aurait sans doute été sidéré et qu’il aurait ouvert des yeux ahuris, si, lors de ses controverses légendaires avec Georges Clemenceau, au début du vingtième siècle à la Chambre des Députés, on l’avait accusé de voler la République en rémunérant des emplois fictifs!

Lui-même n’aurait certainement pas usé de cet argument – surréaliste sous la troisième république  – y compris en 1885, lorsqu’il fut élu pour la première fois, député du Tarn, face au caricatural baron René Reille, qui tenait depuis toujours les « Montagnes Noires » sous son emprise féodale.

Il n’est même pas sûr  que lui, l’homme intègre et cultivé aurait compris de quoi il s’agissait! Aurait-il déduit qu’il pouvait être question de l’argent qu’il donnait parfois sur sa cagnotte de parlementaire aux militants de la SFIO en difficulté, ou aux ouvriers de Carmaux en grève? Lesquels, en contrepartie rendaient quelques menus services officieux pour la diffusion de l’Humanité? Sa générosité gratuite aurait t-elle été une faute?

De la même manière, il est quasi-certain, que Clemenceau qui n’était pourtant pas avare de coups tordus en politique, ne se serait pas livré à ce type de persiflage ou de clabaudage.

L’un et l’autre, en fins lettrés qu’ils étaient, et médusés par l’attaque, se seraient certainement précipités sur un dictionnaire pour tenter de préciser le méfait dont on les aurait accusés. Non pas tant pour élucider la notion d' »emploi » que pour clarifier le qualificatif « fictif »…

Si l’on fait abstraction de la jurisprudence judiciaire, certainement abondante, exubérante, par conséquent contradictoire, selon les sources, et, comme toujours, quasiment incompréhensible, la définition de l’adjectif  » fictif » est assez classique…

 » Le Petit Larousse » précise que « fictif »  est issu du latin « fictus » qui signifie « inventé ». Deux acceptions sont fournies: la première, synonyme d’imaginaire, s’accommode de tout ce qui est créé par l’imagination et qui n’a rien de réel, et la seconde, qui assimile  le mot « fictif » à  » conventionnel », caractérise ce qui n’existe que par convention…

Un exemple permet de mieux saisir la seconde définition :  » Les billets de banque n’ont qu’une valeur fictive »! Cet exemple résonne d’ailleurs étrangement dans le contexte actuel!  Devrait-il nous inciter à déposer une plainte auprès du Parquet national financier contre les banques qui exploitent des billetteries!  On frémit à l’idée qu’en tant qu’utilisateur de ces machines, on s’approvisionne régulièrement en monnaies de singe, autrement dit en argent fictif d’une pension qu’on croyait réelle. Il est vrai, que depuis quelque temps, je nourrissais le vague sentiment que mon pouvoir d’achat se transformait progressivement en une variable d’ajustement réellement décroissante, avant de devenir peut-être un attribut virtuel.

Bref, il résulte de cette recherche documentaire que le caractère « fictif » d’une action est une notion hautement relative, dont on peut user et abuser sans dommage au gré des circonstances!

J’en veux pour preuve ma propre expérience: pendant plus de quarante ans, on m’a rémunéré pour simplement réfléchir, avec pour seule obligation de résultat d’écrire de temps en temps, deux ou trois choses, censées faire date mais que la plupart ont oublié depuis fort longtemps… Personne en revanche n’a osé formuler à aucun moment que mon emploi dans les différentes fonctions que j’ai occupées, pouvait être en partie fictif…Evidemment, tous avaient de bonnes raisons d’éviter ce type de questionnement existentiel, puisque leur situation était identique à la mienne… Réfléchir était donc une occupation en soi, qui devait être rémunérée en conséquence…

L’âge de la retraite ayant sonné, j’ai pensé naïvement qu’il me suffirait – pour m’occuper – de poursuivre mes petites réflexions entamées plusieurs décennies auparavant et, par essence, inachevées. Et surtout, je croyais que mon changement de statut social ne modifierait en rien, la perception qu’auraient les autres de mon activité. Je concevais, qu’à ce titre, on persisterait, au moins moralement, de me créditer d’une activité réelle, sinon utile! Il n’en fut rien.

J’ai rapidement compris qu’on n’attendait plus du tout cela de moi. Et que mon activité d’avant s’était soudainement muée en spéculations hasardeuses de « recopiage ». Un vieil inactif ne peut en toute rigueur espérer exister et retrouver une sorte de crédibilité d’actif que s’il abandonne sa spécificité d’antan – de modeste intellectuel en l’occurrence – et que s’il se précipite avec enthousiasme dans toutes les fonctions domestiques ou de bricolage manuel qu’il avait délaissées autrefois par incompétence, par manque de goût, ou parce qu’il était entièrement mobilisé par son métier…

Poursuivre ces efforts antérieurs et faire partager par l’écriture le fruit de ses petits travaux, devient un non-sens, et n’est plus considéré comme un travail. Ce n’est rien. Ce qui était réel est désormais fictif!

On ne consentira – à la rigueur – à admettre qu’un vieux grigou se livre encore à une activité réelle, au delà de son nécessaire assujettissement – de préférence librement consenti – aux obligations quotidiennes de sa condition d’inactif, que s’il se lance, à corps perdu, dans le bénévolat associatif et l’action caritative… Son travail intellectuel d’antan ne sera plus toléré que comme un aimable violon d’Ingres, dans les temps morts laissés par le mouvement brownien des tâches matérielles incontournables!

« Faire » pour un retraité de classe moyenne ou modeste, c’est produire du mouvement visible, comme si « faire », c’était ne plus « rien faire » d’autre, jusqu’à en perdre la raison…

La conclusion, c’est d’abord qu’il faut conclure, car mon activité en rédigeant ce libelle est, bien sûr, fictive, et ensuite que la frontière entre le réel et la fiction, est d’abord liée à l’observateur…Elle est relative. Là où ça pose problème, c’est quand l’observateur est un juge qui veut se faire mousser, ou un média malveillant!

Ça rappelle quelque chose?

Vive la France, Vive la République…

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