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Posts Tagged ‘Elections présidentielles’

Il n’aura sans doute échappé à personne que nous sommes en pleine campagne électorale des « Présidentielles » et qu’une des notions qui fait le « buzz » – comme on dit maintenant – est celle « d’emploi fictif ».

Merci à Ph. Bouvard pour ce prêt "involontaire" de saillie.

Merci à Philippe Bouvard auquel j’ai emprunté cet aphorisme

On pourrait même dire sans exagérer qu’avec l’appui d’une autorité judiciaire peut-être complaisante et partisane, c’est la principale arme que les candidats s’envoient mutuellement dans les jarrets pour entraver la marche de leurs concurrents vers une hypothétique victoire…

Autrefois, on aurait plutôt évoqué la corruption ou le népotisme… On aurait sûrement privilégié l’accusation de clientélisme contre ceux – qu’on connaît tous – qui usent exagérément de leur position pour s’attirer les bonnes grâces de l’électeur…On ne se serait sans doute pas privé de citer les fils des copains rémunérés pour réaliser un rapport bidon dans le cadre d’un stage obligatoire de fin d’études.

Mais, désormais, les charmes de ces mots compliqués sont épuisés. Ils ne surprennent plus. Même pénalement, c’est de la routine. Le concept « d’emploi fictif » est devenu le nec plus ultra des joutes médiatiques et le terrain privilégié des coups bas. Il recouvre d’ailleurs toutes les autres notions, et occulte même les programmes électoraux qui, dans le passé, faisaient les beaux jours des vendeurs de promesses…

Souvenons-nous avec émotion du discours du Bourget de janvier 2012 de l’actuel président de la République – alors candidat – qui avait réveillé en nous les mânes de Jaurès, pour accoucher cinq ans plus tard d’un Emmanuel Macron ! L’un fut reçu premier en 1878 à l’Ecole Normale Supérieure et devint agrégé de philosophie, l’autre, élevé chez les jésuites, échoua au même concours, mais devint inspecteur des finances et banquier d’affaires…et ministre de gauche.

Nul n’était besoin dans ces époques lointaines d’agiter le spectre devenu monstrueux de l’emploi fictif.

Faut-il s’en plaindre ? Je n’en sais rien, et de toute manière, il faudra bien voter… Et comme on ne peut plus le faire en faveur de Jean Jaurès !

A propos de ce « sacré » Jean Jaurès, on peut penser, quelle que soit sa puissance d’analyse et sa maîtrise incomparable de notre langue, qu’il aurait sans doute été sidéré et qu’il aurait ouvert des yeux ahuris, si, lors de ses controverses légendaires avec Georges Clemenceau, au début du vingtième siècle à la Chambre des Députés, on l’avait accusé de voler la République en rémunérant des emplois fictifs!

Lui-même n’aurait certainement pas usé de cet argument – surréaliste sous la troisième république  – y compris en 1885, lorsqu’il fut élu pour la première fois, député du Tarn, face au caricatural baron René Reille, qui tenait depuis toujours les « Montagnes Noires » sous son emprise féodale.

Il n’est même pas sûr  que lui, l’homme intègre et cultivé aurait compris de quoi il s’agissait! Aurait-il déduit qu’il pouvait être question de l’argent qu’il donnait parfois sur sa cagnotte de parlementaire aux militants de la SFIO en difficulté, ou aux ouvriers de Carmaux en grève? Lesquels, en contrepartie rendaient quelques menus services officieux pour la diffusion de l’Humanité? Sa générosité gratuite aurait t-elle été une faute?

De la même manière, il est quasi-certain, que Clemenceau qui n’était pourtant pas avare de coups tordus en politique, ne se serait pas livré à ce type de persiflage ou de clabaudage.

L’un et l’autre, en fins lettrés qu’ils étaient, et médusés par l’attaque, se seraient certainement précipités sur un dictionnaire pour tenter de préciser le méfait dont on les aurait accusés. Non pas tant pour élucider la notion d' »emploi » que pour clarifier le qualificatif « fictif »…

Si l’on fait abstraction de la jurisprudence judiciaire, certainement abondante, exubérante, par conséquent contradictoire, selon les sources, et, comme toujours, quasiment incompréhensible, la définition de l’adjectif  » fictif » est assez classique…

 » Le Petit Larousse » précise que « fictif »  est issu du latin « fictus » qui signifie « inventé ». Deux acceptions sont fournies: la première, synonyme d’imaginaire, s’accommode de tout ce qui est créé par l’imagination et qui n’a rien de réel, et la seconde, qui assimile  le mot « fictif » à  » conventionnel », caractérise ce qui n’existe que par convention…

Un exemple permet de mieux saisir la seconde définition :  » Les billets de banque n’ont qu’une valeur fictive »! Cet exemple résonne d’ailleurs étrangement dans le contexte actuel!  Devrait-il nous inciter à déposer une plainte auprès du Parquet national financier contre les banques qui exploitent des billetteries!  On frémit à l’idée qu’en tant qu’utilisateur de ces machines, on s’approvisionne régulièrement en monnaies de singe, autrement dit en argent fictif d’une pension qu’on croyait réelle. Il est vrai, que depuis quelque temps, je nourrissais le vague sentiment que mon pouvoir d’achat se transformait progressivement en une variable d’ajustement réellement décroissante, avant de devenir peut-être un attribut virtuel.

Bref, il résulte de cette recherche documentaire que le caractère « fictif » d’une action est une notion hautement relative, dont on peut user et abuser sans dommage au gré des circonstances!

J’en veux pour preuve ma propre expérience: pendant plus de quarante ans, on m’a rémunéré pour simplement réfléchir, avec pour seule obligation de résultat d’écrire de temps en temps, deux ou trois choses, censées faire date mais que la plupart ont oublié depuis fort longtemps… Personne en revanche n’a osé formuler à aucun moment que mon emploi dans les différentes fonctions que j’ai occupées, pouvait être en partie fictif…Evidemment, tous avaient de bonnes raisons d’éviter ce type de questionnement existentiel, puisque leur situation était identique à la mienne… Réfléchir était donc une occupation en soi, qui devait être rémunérée en conséquence…

L’âge de la retraite ayant sonné, j’ai pensé naïvement qu’il me suffirait – pour m’occuper – de poursuivre mes petites réflexions entamées plusieurs décennies auparavant et, par essence, inachevées. Et surtout, je croyais que mon changement de statut social ne modifierait en rien, la perception qu’auraient les autres de mon activité. Je concevais, qu’à ce titre, on persisterait, au moins moralement, de me créditer d’une activité réelle, sinon utile! Il n’en fut rien.

J’ai rapidement compris qu’on n’attendait plus du tout cela de moi. Et que mon activité d’avant s’était soudainement muée en spéculations hasardeuses de « recopiage ». Un vieil inactif ne peut en toute rigueur espérer exister et retrouver une sorte de crédibilité d’actif que s’il abandonne sa spécificité d’antan – de modeste intellectuel en l’occurrence – et que s’il se précipite avec enthousiasme dans toutes les fonctions domestiques ou de bricolage manuel qu’il avait délaissées autrefois par incompétence, par manque de goût, ou parce qu’il était entièrement mobilisé par son métier…

Poursuivre ces efforts antérieurs et faire partager par l’écriture le fruit de ses petits travaux, devient un non-sens, et n’est plus considéré comme un travail. Ce n’est rien. Ce qui était réel est désormais fictif!

On ne consentira – à la rigueur – à admettre qu’un vieux grigou se livre encore à une activité réelle, au delà de son nécessaire assujettissement – de préférence librement consenti – aux obligations quotidiennes de sa condition d’inactif, que s’il se lance, à corps perdu, dans le bénévolat associatif et l’action caritative… Son travail intellectuel d’antan ne sera plus toléré que comme un aimable violon d’Ingres, dans les temps morts laissés par le mouvement brownien des tâches matérielles incontournables!

« Faire » pour un retraité de classe moyenne ou modeste, c’est produire du mouvement visible, comme si « faire », c’était ne plus « rien faire » d’autre, jusqu’à en perdre la raison…

La conclusion, c’est d’abord qu’il faut conclure, car mon activité en rédigeant ce libelle est, bien sûr, fictive, et ensuite que la frontière entre le réel et la fiction, est d’abord liée à l’observateur…Elle est relative. Là où ça pose problème, c’est quand l’observateur est un juge qui veut se faire mousser, ou un média malveillant!

Ça rappelle quelque chose?

Vive la France, Vive la République…

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