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Le cercueil du professeur d’histoire et de géographie Samuel Paty, lâchement assassiné par un terroriste islamiste était à peine refermé, que déjà l’unité nationale face à la barbarie commençait à se fissurer.

Alors que le très bel hommage rendu par le chef de l’Etat à la Sorbonne le 21 octobre 2020 venait juste d’être prononcé et unanimement approuvé, des voix s’élevaient pour expliquer – sinon justifier – l’inconcevable, l’intolérable. Une fois de plus, oublieux de la tragédie, certains s’évertuaient au nom d’on ne sait quelle excuse sociale, à tergiverser sur les mesures d’autodéfense républicaine que les pouvoirs publics entendaient prendre pour contrer un obscurantisme agressif et mortifère, s’attaquant désormais à la plus symbolique des institutions républicaines, l’école et ses maitres. 

Comme à l’accoutumée, les alliés objectifs du camp des assassins fourbissaient leurs armes juridiques, procédurières, sémantiques, et même, plus pernicieuses encore, philosophiques, moralisantes ou métaphysiques, pour décourager toute tentative de répression préventive de cette abjection idéologique qu’est l’islamisme. Confondant l’accessoire et l’essentiel, ils se perdent, comme pour noyer le poisson, dans des débats rhétoriques hors sol, oubliant au passage que cette perversion idéologique mortifère – qui prend en otage une religion – colonise sournoisement le cerveau des enfants pris dans ses griffes, en les saturant de dogmes moyenâgeux et de rites liberticides.

On savait que l’objectif ultime de l’islamisme était clairement de porter atteinte à la démocratie et d’abattre la République. Mais on a fait comme si on l’ignorait, en dépit des alertes très explicites qui nous étaient adressées depuis au moins une vingtaine d’années. On peut craindre que les donneurs de leçon de maintien ne poursuivent dans cette dérive. Trop souvent, par paresse, par naïveté, par lâcheté ou simplement par cupidité et par clientélisme électoral, ils ont privilégié le déni de réalité sur la prise de conscience du problème et du danger.

Et irrémédiablement, l’islamisme s’est installé en France dans les terreaux sociaux qui lui étaient les plus favorables et les moins assimilés à l’épopée républicaine. Et ce faisant, il a discrédité voire injustement disqualifié la majorité des musulmans de France respectueux des lois de la République: il a porté atteinte à leur honneur et rendu vains leurs efforts d’intégration. Avançant d’abord à bas bruit, il s’est progressivement émancipé de sa discrétion initiale, et usant de harcèlements, de menaces, et si nécessaire, de violence physique, il est parvenu à instiller la peur et obtenir la soumission des plus récalcitrants à ses injonctions liberticides d’un autre âge. Petit à petit, en brandissant le spectre de la victimisation, de la culpabilisation à l’encontre des « français » tous indifféremment taxés d’anciens coloniaux et en jouant habilement sur l’islamophobie, l’islamisme a imposé sa loi – prétendument divine, en l’occurrence la charia – au détriment des règles républicaines.

Ainsi, il a placé sous coupe réglée une partie de la jeunesse en souffrance, issue de l’immigration, lui a dicté sa loi et s’est accaparé de cités entières dans certains quartiers de banlieues dites défavorisées et trop souvent délaissées par les services publics, hormis l’école. Ainsi, il a investi à son profit l’imaginaire de populations qui, depuis, confrontées aux difficultés sociales, ne se reconnaissent plus comme françaises à part entière!

Ce constat inquiétant qui a échappé au regard et à l’expertise de certaines bonnes âmes, parfois édiles locaux, qui de facto sont devenues, les complices malgré elles, des assassins. Aujourd’hui, elles découvrent ingénument la situation actuelle très préoccupante, tout en s’entêtant dans leurs euphémismes d’antan et leurs erreurs d’analyse du passé.

Ce constat explique aussi pourquoi l’école de la République est évidemment un des lieux privilégiés d’attaque de ces nouveaux fascistes. C’est en effet l’école qui apparait comme le dernier bastion de la République à conquérir dans ces territoires perdus. C’est elle qui, à leurs yeux, doit en priorité être mise au pas pour parfaire leur folle utopie de destruction de notre civilisation occidentale, car c’est sous sa protection et grâce à elle, qu’on apprend à distinguer les savoirs et les croyances, dans le respect réciproque mais sans ingérence des uns qui font appel au raisonnement sur les autres qui relèvent de convictions intimes. C’est dans l’école qu’il faut, à tout prix, opérer ce partage entre la sphère privée et publique, et dissocier la science de la théologie, axiomes évidemment aux antipodes des « ukases » de l’obscurantisme islamiste ! 

Les terroristes ont donc mille motifs d’exécrer l’école républicaine, en particulier le fait que c’est en son sein qu’on apprend la liberté, l’égalité, la fraternité et la démocratie. Or il s’agit là encore de principes qui font horreur aux fanatiques de l’islam politique, qui préfèrent miser sur le bourrage de crâne que sur la connaissance et la raison. Ils n’ont d’ailleurs pas tort car de tous temps, l’ignorance a servi de moyen idéal pour asservir les victimes des dictatures. Quand on estime détenir la vérité absolue par la révélation, il n’est nul besoin de s’interroger plus avant!     

Samuel Paty a été assassiné parce que, précisément, il accomplissait consciencieusement son métier de professeur et d’éducateur, soucieux d’enseigner aux enfants, le goût de la liberté de penser et celui de s’exprimer par eux-mêmes, sans se laisser intimider par les pressions menaçantes et le prêt à penser de charlatans sectaires déguisés en imams. 

 

Samuel Paty a été atrocement mutilé parce qu’il incarnait la République et parce qu’il s’était donné pour mission de former des citoyens responsables, dotés d’esprit critique et aptes à participer plus tard à l’exercice de la souveraineté populaire et à la gouvernance de la société dans un cadre démocratique.

La démocratie, un vilain mot pour les abrutis du terrorisme islamiste, souvent téléguidés et financés dans leurs intentions criminelles par des dictatures théocratiques et pétrolières du Moyen Orient ou des régimes despotiques et impérialistes. 

Cela étant, que peut-on faire concrètement, lorsqu’on ne détient aucun mandat, pour demeurer fidèle au message et à l’exemple que nous laisse ce courageux professeur, victime iconique du terrorisme islamiste?

Outre le fait de soutenir les autorités en place dans leur volonté affichée de prendre enfin à bras le corps le danger islamiste, il convient sans doute de répliquer aux discours des donneurs de leçon patentés, qui comme toujours avancent des excuses sociales au terrorisme islamiste ou, qui, redéfinissant à leur guise, la belle notion de laïcité, victimisent les assassins et prônent la « tolérance » à l’intolérable. 

Il faut ensuite ne pas se laisser enfermer dans des débats sémantiques stériles, consistant par exemple à disserter à plus soif sur les termes de laïcité ou d’athéisme, et par là, à déplacer le problème que pose l’islamisme en le réduisant à la question religieuse et au schisme qu’il introduit au sein d’une confession.  Il faut oser nommer clairement l’ennemi sans se réfugier dans d’insipides litotes comme celle, commode, pour tourner autour du pot de « fanatisme religieux ». Ces manœuvres sont trop habiles pour qu’on omette de les dénoncer, car elles offrent l’occasion en s’appuyant sur un antiracisme de façade ou sur la dénonciation d’une prétendue islamophobie, d’oublier et de relativiser les méfaits de l’islam radical. De déconsidérer également toute entreprise visant à le combattre effectivement.

On le sait mais il faut le répéter: de même qu’une grande majorité d’allemands n’était pas nazie entre 1933 et 1945, de même il est faux et injurieux de considérer les musulmans comme des compagnons de route des tueurs de l’islamisme. Ils en sont les premières victimes.

D’autres contradicteurs plus subtils encore prennent prétexte d’un antisionisme cache-sexe de leur antisémitisme, pour nous expliquer faussement contrits que les actes terroristes islamistes sont une des conséquences « regrettables » de l’occupation israélienne des territoires palestiniens.  

Face à ce déchainement de « consciences tourmentées d’elles-mêmes  » et aveuglées mais toutes d’accord pour ne rien faire afin d’éviter « l’amalgame », il ne reste guère comme solution pour marquer sa répulsion de l’islamisme – en attendant d’éventuelles mesures répressives ou préventives – que de se solidariser avec les victimes du terrorisme et de se déclarer comme eux « mécréants »

Mécréants et fiers de l’être.  

« Mécréants » c’est ainsi que ces fous de dieu désignent leurs ennemis, à savoir, tous ceux qui ne partagent pas strictement leurs croyances, leurs T.O.C. et leurs manies criminelles. A cette aune, nous sommes tous leurs ennemis car contrairement à eux, notre seule religion c’est la raison éclairée par la philosophie des Lumières, c’est aussi le doute métaphysique et même le respect de Dieu s’il existe… 

En effet, si Dieu existe, il a, par définition, imaginé le ciel et la terre, l’infiniment petit et l’infiniment grand, il a façonné la moindre particule des atomes, il a joué à la fois du hasard et de la nécessité! Alors dans ces conditions, ne serait-ce pas lui faire injure que de le considérer à ce point mesquin et « petit » pour exiger des femmes qu’elles se voilent et se transforment en spectres, qu’elles se dispensent en outre de croiser le regard d’hommes qui ne sont ni leurs pères, ni leurs frères, ou pour jeter l’anathème sur ces malheureux porcs qu’il aurait lui-même créés? 

Si Dieu existe, il mérite sûrement le respect et non d’être imaginé comme un idiot du village un peu ombrageux et buté, qui s’offusquerait de simples dessins! Et en plus, versatile!  

Pour l’heure, notre admiration est exclusivement vouée à ceux qui nous ont instruits, à nos professeurs plutôt qu’à des enturbannés hallucinés et barbus qui prêchent en babouches, la haine de tous ceux qui ne partagent pas leurs croyances. Croyances dont il est encore de notre droit de dire sans complexe qu’on ne les partage en rien! Barbus hallucinés qui ne méritent que notre mépris! 

Nos maitres – comme Samuel Paty – se sont contentés, eux, de nous ouvrir les portes de la connaissance et de nous inciter à nous en rassasier. On leur doit beaucoup plus qu’aux curés! 

Enfin, en sa mémoire, le moins que l’on puisse faire c’est de diffuser les caricatures de ce fameux prophète qui semble rendre fous les islamistes. Ces caricatures diffusées par Charlie Hebdo et qui ont valu à Samuel Paty la fatwa assassine!

Il reste à conclure en reprenant ce court extrait d’un discours de Jean Jaurès prononcé en janvier 1910 devant les députés:

« L’idée, le principe de vie, qui est dans les sociétés modernes, qui se manifeste dans toutes leurs institutions, c’est l’acte de foi dans l’efficacité morale et sociale de la Raison, dans la valeur de la personne humaine raisonnable et éducable. C’est ce principe qui se confond avec la laïcité elle-même … » 

Cette phrase est plus longuement explicitée dans sa lettre aux instituteurs, qui sera lue prochainement dans toutes les écoles de France pour illustrer ce qu’il convient d’appeler la Laïcité.    

 

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La réalité dépasse parfois les fictions les plus terrifiantes. Ainsi, comment ne pas être sidérés – littéralement choqués – lorsqu’on découvre que des jeunes gens – dont la télé nous passe en boucle les visages d’anges – se livrent, au nom du djihad, à des crimes abominables? Comment ne pas être abasourdi – que dis-je, « horrifiés » – lorsqu’on apprend que ces garçons à peine sortis de l’adolescence, sont français et que, de l’aveu même de leur entourage, rien ne laissait présager, encore récemment, qu’ils pourraient se laisser entraîner vers de telles monstruosités ? Comment enfin ne pas s’interroger lorsqu’on apprend que ces atrocités sont perpétrées, au nom de l’Islam, auquel ces jeunes assassins prétendent s’être convertis? Plus prudent que la plupart des commentateurs, qui, dans un souci d’apaisement se sont précipités pour affirmer doctement que ces exactions d’une cruauté sans pareille étaient sans rapport avec la pratique religieuse, je me garderai bien d’émettre le moindre avis à ce sujet. Disons que je m’interroge… Evidemment, il ne saurait être question de « stigmatiser » l’ensemble de la communauté musulmane pour les crimes commis par quelques-uns et d’imputer ces odieux assassinats à de paisibles croyants. Même indirectement. Pas plus que, dans les temps anciens, il n’aurait été juste d’attribuer les méfaits des croisades ou de l’Inquisition espagnole à l’ensemble des catholiques.

N’empêche que l’histoire nous enseigne que la plupart des guerres dans le monde depuis deux mille ans – et même probablement au-delà – ont été conduites au nom de Dieu, pour faire valoir, par la force, une vérité révélée. C’est d’ailleurs assez logique, car la révélation ne se discute pas. Elle n’a nul besoin de recourir à la raison pour s’imposer, mais elle la craint comme l’expression sacrilège d’une perversion déicide. Au cours des temps, cependant certaines religions, au risque de se dénaturer, se sont cependant laissé apprivoiser en développant des messages moins guerriers, empreints parfois de tolérance à l’égard de la « mécréance » ou de l’hérésie. L’expérience montre que cette sécularisation qui édulcore les dogmes, vide les sanctuaires et affaiblit la portée d’un discours religieux qui se transforme alors en simple morale. Je ne m’en plains pas. Je m’en réjouis même, mais je peux comprendre aussi que cet opportunisme œcuménique irrite les intégristes qui ne rêvent que de transcendance mortifère et rédemptrice. Rédemptrice parce que mortifère !

Pour tous ces motifs, je me garderai bien de m’inscrire dans le discours de circonstance aux accents théologiques politiquement corrects, qui exonère l’Islam de toute responsabilité dans les sinistres dérives sectaires que nous observons. Mais, je peux admettre et comprendre ceux qui le tiennent au nom de l’Ordre Public et de la paix sociale. Il est probable qu’en charge des affaires publiques, j’agirais de même. .

Ce qui frappe en revanche dans le parcours funeste de ces jeunes hommes ou jeunes femmes de nationalité française qui s’enrôlent aux côtés des troupes terroristes en Syrie et en Irak, c’est qu’ils semblent agir sans manifester la moindre retenue. Toute réticence à l’égard des actes de barbarie qu’ils font subir à leurs victimes semblent avoir disparu. Comme si toutes les barrières morales étaient tombées.

J’y vois là le signe d’une responsabilité collective, attestant que notre société a échoué et même gravement failli dans l’éducation délivrée à ces assassins nés de sa propre chair. Sinon, comment expliquer que ces jeunes n’aient pas trouvé d’autre réponse que la mort, aux questions existentielles classiques que tout être humain se pose. Leur soif d’idéal et d’absolu – propre à la jeunesse – ne trouvant à s’incarner que dans l’inhumanité.

Comme si le seul horizon enviable, c’était la mort, espérée pour eux-mêmes en récompense de l’abandon de soi,  et infligée à ceux qui ne partagent pas leur utopie destructrice, appliquée comme un châtiment divin.

A ce stade, ce ne sont pourtant ni la religion, ni les discours enflammés de fanatiques imans, ni même la consultation masturbatoire de sites Internet djihadistes, qui sont la cause de cette déroute de l’intelligence et de la civilisation, mais la société toute entière qui n’a pas su offrir à cette jeunesse de réelles perspectives d’avenir, propres à la projeter au-delà de la satisfaction de ses besoins matériels immédiats.

Cet échec découle de l’abandon, notamment au sein de l’école dite « républicaine », des principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Par facilité ou complaisance, la notion de laïcité est devenue incompréhensible. Pire, elle est devenue l’otage de ses contempteurs et de tous les intégrismes religieux qui se servent de sa lettre pour en détruire l’esprit…Comment interpréter autrement que l’éducation nationale admette la présence de femmes voilées – pour des motifs religieux – comme accompagnatrices des sorties scolaires, ou, ailleurs, que certains parviennent à imposer leurs préceptes religieux à la cantine?

Nous sommes responsables de cette faillite de l’école laïque qui n’a pas su prendre la dimension des évolutions démographiques des dernières décennies et qui a trop souvent confondu « démocratisation et massification ». Nous avons même fini par oublier au passage la raison d’être de l’école républicaine, qui est avant tout de doter chaque jeune du bagage de connaissances nécessaires, lui permettant d’affronter la vie, en s’émancipant à la fois de sa famille, des religions et de toutes les formes de dogme ! Et ainsi d’en faire un citoyen responsable.

Attaquée aujourd’hui de toutes parts, « l’éducation nationale » n’apparaît survivre aujourd’hui qu’au prix de « petits » reniements – souvent politiciens – qui la transforme progressivement en salle d’attente pour une population sans repère, irrémédiablement appelée à gonfler les effectifs du chômage de masse. Ses revers actuels sont à la hauteur des espoirs qu’elle a suscités autrefois comme moyen privilégié d’ascension sociale. La désillusion est sans appel lorsqu’on observe la proportion croissante de jeunes quittant le système scolaire sans avoir acquis les savoirs fondamentaux.

Faute de maîtriser les outils de base de la pensée, comment imaginer que cette frange délaissée – mais de plus en plus importante et diversifiée – de la jeunesse puisse accéder valablement à la citoyenneté et adhérer à l’utopie et aux valeurs d’une République fraternelle et généreuse? Comment se solidariser d’une société dont on ignore l’histoire, les succès et les tragédies? Comment enfin exprimer la complexité du monde quand, tout simplement, on n’a pas les mots pour le dire?

Pour autant, cette jeunesse « perdue » aspire, comme toutes les autres, à se surpasser. Mais en l’état, le handicap semble insurmontable. Intellectuellement immature et culturellement déstructurée du fait d’éducateurs mal formés et de moins en moins motivés, elle est alors la proie facile et consentante de prédateurs et de charlatans qui opèrent en grand nombre sur Internet comme dans certains lieux cultuels, en offrant aux jeunes comme unique exutoire à leur soif d’absolu,  l’option de la mort ou de la haine.

Jean Jaurès

Face à cette catastrophe dont chacun peut d’ores et déjà constater les prémisses, les pouvoirs publics apparaissent tétanisés. Ils ne proposent que des dérivatifs ou des succédanés, qui n’abordent les problèmes qu’à la marge, en confondant allègrement les solutions quantitatives qui ont trait aux moyens de l’éducation nationale et la crise qualitative et morale,qui la déchire. Laquelle porte moins sur le nombre d’instituteurs – devenus « professeurs des écoles » – sur les rythmes scolaires ou encore les activités périscolaires que sur la compréhension intime des missions d’éducation du service public dans le cadre d’une laïcité bien comprise, à savoir républicaine, au sens – j’y viens enfin – de celle de Jean Jaurès (1859-1914).

Personne évidemment ne s’aviserait aujourd’hui de porter atteinte à la stature d’un Jean Jaurès devenu, avec le temps, l’icône incontournable de la République et l’ultime défenseur et martyr de la paix avant la première guerre mondiale. Mais sa vision du monde, sa conception de la politique, sa confiance dans le dessein de l’humanité et sa croyance dans le progrès, en un mot, sa pensée sont largement oubliés. D’aucuns qui se présentent comme ses héritiers – actuellement au pouvoir – l’ont généralement momifié, célébrant sa mémoire et ses qualités morales plus que son intelligence de la République, tandis que d’autres, successeurs de ceux qui l’ont vigoureusement combattu de son vivant, s’accaparent sa pensée en la détournant.

Et pourtant cette pensée dans sa limpidité originelle et dans sa profondeur, demeure plus que jamais d’actualité pour faire face au défis que doit surmonter la République pour être fidèle à ses principes fondateurs.

C’est probablement dans ce but que la Grande Loge de France a organisé le 24 novembre 2014 – dans le cadre de la commémoration de la mort de Jean Jaurès – une conférence publique animée par deux universitaires, deux intellectuels Jean-Paul Scot et Eric Vinson, autour des rapports que la République et la religion devraient nouer, selon le philosophe socialiste. J’y assistais en tant que « profane », invité par un ami très cher franc-maçon.

Pour Jean Jaurès, la laïcité dont il fut un des promoteurs avec son ami Francis de Pressencé, est à la fois indissociable de la démocratie et du progrès social. Elle suppose naturellement d’être tolérant à l’égard des croyances d’autrui, c’est-à-dire de respecter sa liberté de conscience, mais elle est aussi conditionnée par la garantie de l’égalité des droits assurée pour tous, ainsi que par leur respect… Mais ce respect, comme l’a souligné un des orateurs de la soirée, Jean-Paul Scot est « dû aux personnes, aux croyants, pas aux croyances qui peuvent être soumises à la critique ».

La conception de la laïcité, selon Jean Jaurès, n’est ni fermée, ni statique: dans son esprit, elle ouvre sur le progrès, et c’est en ce sens qu’elle excède très largement l’anticléricalisme qu’on lui prête parfois à tort. Idéalement, la laïcité scolaire est, pour lui, le ferment privilégié et le facteur d’émancipation de chaque individu, libéré de toutes contraintes dogmatiques…Dans ce contexte, l’école laïque de Jean Jaurès doit  » assurer l’entière et nécessaire liberté de toutes les consciences, de toutes les croyances, mais elle ne fait d’aucun dogme la règle de fonctionnement de la vie sociale. »

La pensée philosophique jauressienne était non seulement originale dans son siècle, mais elle le demeure encore aujourd’hui car elle dépasse très largement le positivisme ou le scientisme de la fin du 19ième siècle. Elle ne fait pas du rationalisme l’horizon indépassable de la réflexion. Pas plus qu’elle n’exclut de sa problématique, la question de la transcendance… Certains y ont même vu une forme de spiritualité! Jaurès croit en effet que l’aventure humaine fait sens dans l’histoire, mais il postule aussi que cette dernière reste en permanence à écrire et que c’est à l’homme, es qualité d’être social de la construire… Penseur d’avant-garde sur les sciences de son époque, il estime que la Raison – au sens des Lumières – dépasse le rationalisme étroit, de même qu’il ne saurait se satisfaire d’un Dieu architecte de la Nature, qui « verrouillerait » définitivement l’indétermination féconde des spéculations humaines sur l’infini et l’absolu. Pour le docteur en philosophie – expert en métaphysique – la simple observation de la nature ne peut être l’unique moteur de la pensée. La force de Jaurès fut donc non seulement d’avoir contribué – parfois initié – la lutte pour l’égalité des droits des opprimés de la société, mais aussi d’avoir introduit en position centrale de son discours, un humanisme spécifique, une sorte de mystique internationaliste et même une morale républicaine, que d’autres comme Marx n’ont fait qu’effleurer. Ce fut peut-être aussi sa faiblesse.

Autant de considérations aujourd’hui oubliées, qui pourtant enracinèrent la République, et qui ouvrent l’avenir sur la vie – sur l’espoir d’une vie meilleure – et non sur la mort. Pour lutter contre les dérives sectaires et les non-sens pédagogiques, il n’y aurait que des avantages à les ressusciter d’urgence plutôt que d’embaumer pieusement la dépouille du tribun sous des tombereaux de fleurs fanées. Mais c’est peut-être trop exiger des comptables qui nous gouvernent …

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Jules Ferry (1832-1893), le fameux ministre à tête d’épagneul triste qui, en 1881 et 1882, institua l’école publique gratuite, laïque et obligatoire et qui fut en outre un des principaux promoteurs de « l’identité républicaine », doit se retourner dans sa tombe. Probablement qu’il en est de même des parlementaires qui votèrent la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat.

Comment en effet rester insensible et conserver « son austérité glaciale et sa modération légendaire », lorsqu’on entend un de leurs lointains successeurs, actuel ministre de l’éducation nationale, ci-devant agrégé de philosophie et champion des fausses évidences, déclarer « urbi et orbi »  sur le perron de l’Elysée, qu’il faut « sanctuariser l’école » ?

On croit rêver lorsqu’on se souvient que c’est ce ministre, un rien méprisant et toujours prompt à donner des leçons de citoyenneté, qui veut désormais transformer l’école en « sanctuaire». Le même, qui, début septembre, nous vantait avec des trémolos dans la voix, « sa charte de la laïcité à l’école » qui postule précisément que l’ordre public n’a rien à voir avec la transcendance !… Et que s’il y a un « seul » lieu, où ce principe doit être préservé à tout prix pour garantir la liberté de conscience, c’est bien l’école!

Il se trouve – cher Monsieur le Ministre – que les mots ont un sens et qu’un « sanctuaire » n’a pas pour principale vocation d’assurer la neutralité religieuse: c’est au contraire un site sacré généralement dédié à un dieu, dont l’accès est plutôt réservé aux croyants, à l’exclusion – ou presque – des profanes ou des mécréants.

Il est par conséquent curieux, que ce soit justement ce mot qui vienne « spontanément » à l’esprit d’un ministre de l’éducation publique d’une République laïque. De deux choses l’une, ou bien l’intéressé ignore le sens des mots, ou bien il assimile le principe de laïcité à une forme de croyance religieuse. Dans les deux cas, il s’agit d’une erreur – ou d’une faute – probablement imputable à la contamination inquiétante du fait religieux dans l’espace public, dont notre ministre, tout philosophe qu’il est, se retrouve malheureusement victime !

Il est évidemment difficile de trancher ou de préjuger des intentions du ministre. Par bienveillance, on considérera que, par souci de pédagogie – disons, pour mieux se faire comprendre d’un « petit peuple » influencé par les différentes formes d’obscurantisme religieux – il use à dessein de notions aisément compréhensibles par ceux qui se prosternent devant l’au-delà. Mais il y a doute, car l’expérience montre que ledit ministre n’est pas très à cheval sur les concepts qu’il utilise: dans le même interview, il parle en effet de son attachement au « principe d’humanité » jusqu’alors plutôt utilisé entre belligérants en temps de guerre, alors que de toute évidence, il veut évoquer les « droits de l’homme « .

Mais là, on lui pardonne sa maladresse sémantique, car on sait qu’il a un « bon fond ». On regrette seulement que ce soit en tant que ministre de l’instruction publique qu’il commette ces contresens !

Illustration prélevée sur un site républicain dont je ne retrouve plus le nom

Illustration prélevée sur un site républicain dont je ne retrouve plus le nom

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