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Posts Tagged ‘crise sanitaire’

La première, sinon la principale difficulté à laquelle on est confronté, lorsqu’on aborde un sujet grave – et la pandémie virale qui nous afflige en est un – n’est pas tant de faire état, sciences à l’appui, de notre ignorance ou de notre niveau de compréhension du phénomène ou de l’état d’avancement des recherches en cours pour neutraliser les effets délétères de cette engeance mortifère, que de se doter d’un titre adéquat. Ce dernier, à lui seul,doit en effet résumer d’emblée l’ampleur des bouleversements et des désordres de toutes natures, qui nous accablent. Aussi bien ceux qui sont déjà manifestes à l’instant où l’on prend la plume, que ceux post-traumatiques auxquels il faut s’attendre et que légitimement on appréhende.

En ces temps propices au mysticisme, j’aurais ainsi pu intituler ce billet circonstanciel, de « chemin de Damas présidentiel «  ou encore de  » conversion d’Emmanuel », tant la dramatique apparition du coronavirus dans l’hexagone, a non seulement bousculé notre vie quotidienne par sa prégnance et sa létalité supposée (et constatée), mais surtout parce qu’elle contraint ceux qui nous gouvernent – et en particulier le premier d’entre eux, désormais revêtu des frusques d’un chef de guerre – à adopter des positionnements stratégiques aux antipodes de leurs engagements électoraux et même – dans ce cas de figure – à renoncer presque explicitement à des pans entiers de leurs corps de doctrine mondialiste et ultra-libérale…

Le salopard – Coranovirus Covid 19 (photo Internet) 

La loi darwinienne, loi d’airain souvent oubliée, qui régule la survie du vivant, de l’infiniment petit à l’immensément grand, s’impose à nos chefs comme à nous tous. Mais l’aggiornamento de leur gouvernance, dicté par les événements est d’autant plus remarqué qu’hier, ils ne savaient esquisser l’avenir et entrevoir le monde qu’au travers d’une grille de lecture revisitée à leur convenance de la théorie de l’évolution.

Seule ne semblait trouver grâce à leurs yeux que la loi de la jungle circonscrite à la concurrence des grandes places financières et des marchés. C’est tout juste si dans ce concert de marchands d’illusions et de progrès prétendument croissants, les plus idéalistes rappelaient timidement les principes universels de l’humanisme. Pour mémoire, on aimait aussi se souvenir – ne serait-ce que pour la galerie ou apaiser nos consciences – que la finalité des droits de l’homme, préoccupation récente de notre histoire, était précisément d’introduire une morale collective pour atténuer – sans la remettre en cause – les conséquences cruelles sur les catégories sacrifiées, de l’évolution naturelle des espèces.

En effet, la Nature, livrée à elle même, n’est pas nécessairement « bonne ». N’en déplaise aux ingénus en sandalettes, adeptes des toilettes sèches et des trottinettes électriques, elle avantage sélectivement, et ce, depuis la nuit de temps – l’imperium des organismes les plus performants – souvent les plus frustes et microscopiques. En d’autres termes, s’impose systématiquement au hasard des mutations, la dictature de ceux dont la faculté d’adaptation à s’acclimater aux variations capricieuses et intempestives des écosystèmes, est plus performante que celle de leurs concurrents au sein de la même chaîne écologique.  

En général, cet imperium macabre des privilégiés du hasard prend le dessus au détriment des organisations biologiques complexes et interdépendantes qui sont justement le lot de notre espèce. L’agression virale actuelle n’est qu’un épisode tragique de ce combat titanesque, que les générations qui nous ont précédés, ont dû également surmonter, et parfois, au dépens du plus grand nombre! Ne dit-on pas que la grippe dite espagnole de 1918-1919 a tué plus de monde que la première guerre mondiale. 

Ainsi, tel Paul de Tarse sidéré et terrassé par la révélation divine sur la route de Damas, qui abandonne son projet d’éradication des chrétiens et se convertit au dieu de ceux qu’il s’apprêtait à combattre, le président de la République française, malmené – sinon déstabilisé – par l’intrusion impérialiste du « nouveau » virus, semble désormais prêt à réviser ses convictions les plus intimes, ou, si l’on préfère, à réécrire son « logiciel » d’interprétation du monde, en se faisant désormais le chantre surprenant d’un Etat Providence dont il dénonçait, il y a peu, les lourdeurs dispendieuses. 

Le voilà, par exemple, qui se met à évoquer la nécessaire relocalisation, intra muros, de secteurs d’activité essentiels (vitaux) pour la sécurité nationale, autrefois abandonnés hors les murs à des intérêts étrangers. Désormais, on regrette publiquement en haut lieu, les démantèlements industriels opérés au cours des dernières décennies au profit de régions du monde peu regardantes en matière de droits humains. On déplore les carences criantes ainsi révélées par la crise ainsi que les renoncements d’indépendance dont nos plus hauts responsables approuvaient auparavant le principe, au nom d’une « croissance » bienvenue des échanges internationaux et de la rentabilité des capitaux.

Le président de la République lui-même a probablement contribué, dans sa vie antérieure, à amplifier ses déménagements de secteurs d’activité désormais requalifiés de stratégiques. 

Telles sont les raisons pour lesquelles j’aurais pu titrer ce billet en me référant à la soudaine conversion de Saint Paul. Mais, j’y ai renoncé car l’heure n’est plus à la polémique. 

J’aurais pu aussi inaugurer mon propos en comparant la période actuelle à une  « drôle de guerre » contre un ennemi invisible au pouvoir de nuisances initialement sous évalué. Un ennemi, qui s’est déjoué sans complexe de toutes nos « redoutes » défensives, qui a probablement surfé sur nos hésitations et qui contourne allègrement nos lignes Maginot, qu’on appelle désormais des « gestes- barrières » ou de la « distanciation sociale »

Enfin, j’aurais pu expliquer et justifier notre actuelle vie de reclus ou de prisonnier à domicile, principale parade de bon sens contre cette invasion virale, en observant avec fatalisme et un certain désabusement que « nécessité fait force de loi ».

Face au péril épidémique, analogue à un tsunami qui emporte tout sur son passage, force, en tout cas, est d’admettre de gré ou de force, qu’aucune promesse d’estrade formulée il y a deux ans, et ressassée jusqu’au mois dernier comme un sésame réformateur, ne semble aujourd’hui constituer une digue infranchissable pour juguler le mal, ni même incarner un motif crédible d’espérance.

Faisant contre mauvaise fortune, bon cœur, on doit concéder que ce « monde nouveau » que certains appelaient de leurs vœux, pour asseoir « durablement » leur conception de la modernité, s’efface piteusement devant les « archaïsmes guerriers  » d’une Nature qui, depuis près de trois milliards d’années, a peaufiné la survie du vivant en promouvant sans état d’âme, une guerre sans merci entre des proies et des prédateurs. Et ce combat multiséculaire sans hiérarchie décrétée des espèces n’a rien à faire de nos chimères moralisantes ou de nos fantasmes anthropocentriques.  

Dans cette guerre intestine, dont nous sommes partie prenante et très souvent les victimes, les coquetteries idéologiques, objet de nos habituelles chamailleries, ne sont plus guère de mise, hormis le principe de solidarité et d’entraide entre humains devant l’adversité. Nos querelles d’antan, devenues subitement picrocholines, apparaissent dérisoires et sont, de fait, mises en sourdine.  A telle enseigne qu’à l’exception de quelques entêtés narcissiques ou rhéteurs anachroniques et ombrageux, toute la classe politique se découvre soudainement modeste et révérencieuse à l’égard d’une science salvatrice transformée pour la circonstance en radeau de la Méduse de tous nos espoirs.

Bref, tout le monde s’accorde sur l’idée que le drame exige une mobilisation générale et une Union nationale! Comme en 14-18!

Tout le monde semble même s’accommoder des restrictions de libertés collectives et individuelles que cette situation implique pour déjouer les méfaits tragiques de cette mystérieuse et malfaisante cinquième colonne. Cette armée de l’ombre qui avance masquée en se lovant dans la poignée de main d’un ami ou dans les baisers échangés entre des amoureux..!  Mais qui colonise aussi les manettes de nos caddies et les crémones de nos fenêtres! 

Quoiqu’il en coûte, il faut combattre et vaincre ce mal qui, d’ores et déjà, aligne les cercueils, nous faisant revivre, chaque soir au journal télévisé, au travers de sinistres statistiques de décès quotidiens, les affres et les angoisses des grandes épidémies moyenâgeuses.

« Se mobiliser sans relâche, demeurer vigilant, adopter les comportements adaptés », tels sont désormais les mots d’ordre, qui se résument en fait à une seule recommandation devenue l’injonction primordiale, le confinement des populations, que reprennent en cœur le Président de la République et l’ensemble des autorités administratives et sanitaires… On retrouve dans leurs discours, les accents patriotiques de Georges Clemenceau devant la Chambre de députés, le 8 mars 1918: 

Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c’est tout un. Politique intérieure, je fais la guerre ; politique extérieure, je fais toujours la guerre. Je fais toujours la guerre.

Du coup, le silence s’installe dans les artères et les boulevards de nos villes et de nos campagnes. Le ciel nocturne retrouve sa transparence de jadis, et celui, diurne n’est plus maculé des zébrures imprimées par les sillages des avions long-courrier.. La pollution atmosphérique décroît au fur et à mesure que les usines ferment. Les cours d’école ne résonnent plus des cris d’enfants en récréation…Et chacun se calfeutre chez lui, se méfiant même, à la clôture de son jardin, des miasmes et des postillons d’un voisin enrhumé qui tousse et tue le temps en élaguant leur haie mitoyenne. 

Du coup, la peur s’installe, et on n’ose plus se rendre chez le boulanger ou l’épicier, si celui chez lequel on s’approvisionne d’ordinaire en toute insouciance, risque d’être considéré comme trop éloigné de son domicile par les préposés du ministre de l’intérieur, qui contrôlent les allées et venues de tous les quidams maintenus en résidence surveillée. Et qui battent la coulpe inconsciente de leurs concitoyens à coups de carnets à souche.

Du coup, on s’adapte, car ce combat est rude, qui consiste pratiquement à contredire tout ce qui faisait auparavant le sel de la vie: la convivialité et l’apéro en compagnie de nos semblables. Il conduit à nous cloisonner, à éviter nos frères et sœurs en humanité. Cette privation, qui va de pair avec celle de notre liberté d’aller et venir, est présentée comme nécessaire par tous les savant(e)s/soignant(e)s en blouse blanche qui se succèdent sur les écrans à longueur de journée…Elle est évidemment nécessaire car indispensable pour ce débarrasser du fléau, mais n’en demeure pas moins insupportable. Et, c’est avec cette contradiction  qu’il nous faut vivre!  

Chaque soir, désormais, on écoute religieusement les paroles du directeur général de la santé, malheureusement contraint de radoter: « La situation de l’épidémie en France est très inquiétante, elle se détériore très vite. »

Du coup, on se réfugie sur les réseaux sociaux, on refait pour la énième fois l’inventaire de ses réserves de nourriture et d’imagination, on téléphone aux amis, ainsi qu’aux enfants, à la famille et on se préoccupe de leur santé. De leur côté, ils s’inquiètent de la nôtre: c’est le protocole de civilités auquel il faut procéder pour se rassurer mutuellement et pour attester que l’on s’aime malgré l’éloignement et en dépit de la nature de cette pandémie qui nous sépare.

« Bien sûr se répète-t’on – pour se convaincre, à force de sacrifices, les effets morbides de cette merde finiront forcément par s’estomper »…

Le temps passe! Et chemin faisant, un monde nouveau, totalement inattendu, se profile, sur les ruines de nos illusions perdues. Mine de rien, il remet en cause nos comportements les plus élémentaires, notre organisation du temps, notre façon de vivre et il discrédite nos paradigmes d’avant…

Tout se passe comme si la Nature, facétieuse et cruelle, avait appuyé sur la touche « Reset «  de nos propres existences ! Comme si nos standards de civilisation devaient impérativement être nettoyés, accusés d’archaïsmes et d’encombrements provoqués par des siècles d’accumulations inutiles… 

Et depuis, progressivement, on s’enfonce dans l’horizon de ce petit « trou noir » de nos androïdes intimes.

On plonge sans retour vers nos caractéristiques initiales « constructeur ». Et, ce, dans la perspective de renaître en se réinitialisant dans un autre univers dont on peut espérer qu’il demeurera compatible avec celui dans lequel on a vu le jour!

Du point de vue de la science, l’époque troublante de grande incertitude pour la biologie, la médecine et l’infectiologie semble, à bien des égards comparable à celle de la physique classique à la fin du 19ième siècle.

A quelques petits détails près qui ne collaient pas parfaitement pour accéder à une compréhension complète du monde  (expérience de Michelson et Morley, rayonnement du corps noir) la science physique paraissait alors aboutie (finie). Et pourtant, quelques années plus tard, son paysage conceptuel et théorique était entièrement bouleversé par la relativité restreinte puis générale, et enfin par la mécanique quantique…

De même, on peut penser qu’une nouvelle heure est venue pour la biologie, celle d’une ère aussi déterminante pour la connaissance du vivant que ne le fut la physique du début du siècle dernier pour la matière, l’espace et le temps!

Cette crise sanitaire annonce peut-être les prémisses de cette refondation. Si tel est le cas, ce mal préfigurerait un bien. Mais à quel prix?

En attendant, il n’y a pas d’autre choix que de se confiner chez soi … strictement! 

Putain de virus!

Est-ce un hasard s’il est affecté d’un nom étrange qu’on aurait pu tout aussi bien attribuer à une exoplanète (SARS-CoV-2 alias CoviD-19).

 

Fautes de masques et de sur-blouses: de bonnes grolles (Drôle de Guerre)

 

PS : Succincte traduction du nom de ce coronavirus qui nous « veut » tant de mal :

SARS-CoV-2 (Syndrome Aigu Respiratoire Sévère –COronaVirus »), responsable de la maladie CoviD 19 (Co comme corona, vi pour « virus » et D pour  » disease », 19 année d’apparition) 

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