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Posts Tagged ‘CoVid 19’

Les vagues successives de la pandémie de Covid 19 déferlent sur la France au rythme fulgurant des annonces ministérielles et des atermoiements présidentiels, les unes comme les autres, agrémentés, sous couvert de science, de bouffées délirantes d’autoritarisme contredisant les affirmations rassurantes de la veille. Quoiqu’il en soit, elles légitiment – du moins c’est ce qu’on dit – nombre d’écarts aux règles qui d’ordinaire encadrent nos libertés individuelles. On vit depuis de nombreux mois sous une législation d’exception. Beaucoup se sont déjà exprimés sur ce point et en ont dénoncé les dérives les plus criantes. En tout cas, celles qui paraissaient disproportionnées à l’ampleur du fléau qui nous accable et qui font peser de lourdes menaces sur notre vie d’après, c’est-à-dire, sur notre manière de vivre, si jamais certaines restrictions se transformaient en habitudes tolérées par lassitude. Ou par la force!

Remettre en cause insidieusement ou simplement égratigner certaines de nos libertés fondamentales serait en principe inacceptable dans une société démocratique évoluée. Mais nous l’avons et docilement admis, car ce qui était en jeu, c’était la vie et la mort de chacun d’entre nous, et dans l’intervalle la souffrance des nôtres. On l’a accepté à l’exception d’irréductibles réfractaires à la notion d’intérêt général ou de ceux perdus dans les rêves chimériques de gourous de la santé. Ainsi, le plus grand nombre d’entre nous s’est fait vacciner.

Une dose, puis deux doses et désormais trois doses !

On a consenti à s’y soumettre presque de plein gré, à défaut de gaité de cœur, dans la fidélité à la démarche pasteurienne qui nous a intellectuellement nourris, en bravant la part d’incertitude que comporte nécessairement toute avancée médicale et scientifique !

On l’a fait finalement sans réelle réticence, surtout lorsqu’on est vieux et qu’on nous rabâche quotidiennement qu’on n’a guère d’autre choix, compte tenu de la faiblesse présumée de nos défenses immunitaires, que le vaccin ou l’entubage pulmonaire pré-mortem.

Et pour faire bon poids, on nous a convaincu que c’était bien pire ailleurs, chez nos « amis européens » non dotés de dirigeants aussi clairvoyants que les nôtres. En outre, pour inciter ceux qui se montreraient rétifs à la troisième dose, on nous a annoncé qu’à défaut, on nous supprimerait le droit d’aller diner au Mc Do avec nos petits-enfants ou de pénétrer avec eux dans un « cinoche » pour voir aux prochaines vacances, le Mystère de Noël, Le Piano Magique ou les Enfants de la Pluie…

Ce type d’injonctions type « carotte et bâton » amalgamant science présumée, santé publique et politique nous a, une fois de plus, mis mal à l’aise! Mais on n’a pas trop protesté! Jouir désormais de droits au rabais à cause d’un microorganisme importé de Chine, c’est sans doute une pénible sujétion. Mais par la force des choses, par civisme aussi, on a fini par s’y habituer au nom du bien commun, gommant délibérément nos souvenirs de jadis où nos mouvements n’étaient pas regardés à la loupe, nos déplacements non masqués, et où le Président de la République ne confondait pas la Défense Nationale, la Santé Publique et son destin personnel…

Mais faut-il, pour autant, profiter de cet aggiornamento généralisé pour abandonner nos classiques normes de civilité, de courtoisie ou de politesse, qui font le sel de la vie, et nous assimiler à des meutes de braillards irresponsables? Faut-il transformer les centres de vaccination qui fleurissent aujourd’hui un peu partout, en des lieux où s’imposerait une discipline excluant toute compassion et « dignes » en la forme des casernements pour conscrits turbulents sous la troisième République?

C’est pourtant ce qui s’est passé ce matin – 22 novembre 2021 – dans un centre de vaccination d’une sous-préfecture de la banlieue Sud d’Ile-de-France.

Le centre ouvrait ses portes à onze heures mais gare à celui ou celle qui en franchissait le seuil, quelques minutes en avance ! Il était vertement sermonné par un individu en tenue de sapeur-pompier aux manières de « juteux » de conseil de révision, qui rappelait à l’impudent que l’heure c’est l’heure, et qu’avant l’heure, il était strictement interdit de franchir le pas! Peu importe, qu’il caille dehors et que la plupart des quidams outrecuidants, effrayés par les menaces ressassées en haut-lieu, avait deux fois l’âge de l’excité dragon en uniforme, et fier de l’être! Rompez !

Pire si les petits vieux, majoritairement septuagénaires – principaux clients du centre à la suite des chantages à la peur, distillés par les autorités manifestement à la peine – s’avisaient de prendre un formulaire parmi ceux étalés, trainant sur une table, le fonctionnaire allumé, seul maître à bord après Dieu, comme il aimait le répéter, aboyait à l’adresse des emmitouflés aux cheveux blancs qu’il était aussi l’unique préposé du centre de vaccination, habilité à distribuer des papiers.

Malheur aux insouciants enfin, dont le grand tort était de n’être que peu ou prou familiers d’Internet et qui, se seraient pointés dans l’antre du cerbère, sur conseil de leur toubib, sans avoir au préalable pianoté sur la plateforme de rendez-vous Doctolib.

De surcroit, le concierge vociférant et impoli tenait à préciser avec fermeté que les médecins et les infirmiers, vacataires du centre, n’avaient qu’une seule tâche, « piquer », et qu’ils n’avaient à prendre aucune autre initiative sans son autorisation ! Non mais ! L’intraitable groom des lieux affirmait à la cantonade, face à de pauvres vieux confus qu’il ne souffrait aucun passe-droit, aucune exception, aucune urgence ! Rompez une deuxième fois !

Finalement, on a fini par s’accommoder des gesticulations de ce sous-fifre de casernement d’ancien régime. On a même souri, en dépit des circonstances, devant le ridicule de ce personnage guignolesque empêtré dans ses procédures et qui s’estimait important. Nous étions trop contents qu’après nous avoir confondu avec du bétail destiné à l’abattoir à plus ou moins brève échéance, il ne nous ait pas imposé, en plus, une « corvée de chiottes ». Ca nous aurait pourtant rappelé le bon temps !

Pour les mutins chroniques – dont l’auteur de ces lignes – la vaccination s’effectuera finalement ailleurs, dans le cabinet du médecin !

La morale de cette histoire est simple. Cet incident montre que le réflexe d’humanité devrait primer sur la nécessité fonctionnelle de fixer les ordres de passage des candidats à la vaccination. Des abrutis peuvent faire l’affaire pour ce travail d’organisation mais pas pour manifester de l’empathie, ou encore de la compréhension voire d’élémentaire politesse. Cette absence totale d’égards et ce mépris pour ses semblables plus âgés sont évidemment condamnables et inquiétants. Ils ne sont pas pour autant illogiques lorsqu’un président paternaliste, hautain et s’identifiant à Napoléon et Newton réunis, décide seul, de questions de santé dans un conseil de défense, confidentiel. Dans ces conditions, on ne doit pas s’étonner qu’en bas de l’échelle, soient confiées à des tyrans de chambrée, soi-disant pompiers, des responsabilités de chefs de centres de santé. Et ce, sans qu’on leur ait au préalable rappelé que les vieux sont encore des humains et que s’ils se déplacent pour se faire vacciner, ce n’est pas par caprice ou pour nouer des rencontres coquines.

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Dans un ouvrage qui vient de paraitre (janvier 2021) aux éditions Odile Jacob, titré « l’Homme façonné par les virus », les auteurs, Frédéric Tanguy responsable du laboratoire d’innovation vaccinale à l’Institut Pasteur de Paris, et Jean-Nicolas Tournier, chef du département « Microbiologie et maladies infectieuses » à l’Institut de recherche biomédicale des armées, citent dans leurs conclusions cette phrase du grand physicien théoricien anglais et cosmologiste Stephen William Hawking (1942-2018) :

« Le plus grand ennemi de la connaissance n’est pas l’ignorance, mais l’illusion de la connaissance ».

Cet aphorisme tombe à point nommé après « l’annus horribilis » que nous venons de vivre, au cours de laquelle la pandémie imputable au Covid 19 a réveillé, au nom d’une « Science » invoquée trop fréquemment à tort et à travers, et souvent prise en otage, à peu près autant de vocations de charlatans que de savants. Une pandémie qui en outre a probablement fait circuler via les différents médias et réseaux sociaux, à peu près autant de croyances indémontrables voire d’inepties sur les méfaits de ce virus et sur les propriétés de ses différentes mutations (variants) que de résultats étayés fondés sur des protocoles expérimentaux validés par la communauté scientifique.

Ne me prévalant pas de compétence universitaire en biologie, virologie, microbiologie, immunologie, infectiologie ou encore en épidémiologie – disciplines proliférant actuellement sur les médias – je me garderai bien d’ajouter de la confusion à la confusion et de proposer « ma » propre théorie sur les prochains développements de la pandémie. De même j’éviterai de me livrer à la facilité inquisitrice à la mode, qui veut que l’on désigne d’emblée des coupables ou des incapables responsables de la diffusion de l’infection. D’ailleurs s’agissant de la dissémination mondiale du virus, il n’est nul besoin d’être grand clerc pour pronostiquer que le virus a tout simplement emprunté l’avion, comme tout un chacun, et qu’en conséquence une des causes évidentes de sa propagation est la multiplication incessante et dérégulée des échanges à travers le monde. Quoiqu’il en soit, l’heure n’est pas (encore) aux contentieux inutiles. Les rhéteurs et les imprécateurs sont déjà suffisamment légion pour nous embrouiller.

J’observe sobrement qu’en dépit des bavardages des « diafoirus » de toutes les chapelles et malgré les multiples conseils et injonctions liberticides qu’on ne manque pas de nous infliger quotidiennement, l’épidémie est parvenue en moins d’un an, à endeuiller de nombreuses familles, à déstabiliser nos vies personnelles et collectives, à désorienter nos gouvernants, à mettre en péril nos structures de soins médicaux et notre système de santé, à fragiliser dangereusement nos démocraties, à restreindre nos libertés et, cerise sur le gâteau, à porter un coup fatal à nombre de secteurs économiques producteurs de richesse. Sans compter l’anéantissement d’une grande partie de la production culturelle! Au total, cette crise sanitaire qualifiée urbi et orbi « d’inédite » obscurcit nos désirs d’avenir et nous sape insidieusement le moral en nous privant, chaque jour un peu plus, de tout ce qui constituait, il y a peu, le plaisir de vivre. Pire! De vivre ensemble.  

Si donc je n’ai rien à dire sur le fond scientifique et accessoirement médical de cette pandémie et que je me contente, comme tous, d’espérer un retour rapide à une existence (presque) normale, grâce notamment à la vaccination de masse, je me crois néanmoins autorisé à penser qu’il faut sans délai se préparer à une sorte d’aggiornamento « culturel » voire idéologique, auquel ce virus nous contraint, et envisager sérieusement de redéfinir notre place – sinon notre raison d’être – dans l’univers immense et infiniment diversifié des organismes vivants. 

Un aggiornamento qui, à la suite de cette épreuve, nous conduira probablement à réviser nos vieux et plus ou moins tacites paradigmes anthropocentristes en vertu desquels notre espèce occuperait une place centrale dans la création « au sommet de l’arbre du vivant ». Il nous faudra en effet faire le deuil de cette interprétation tendancieuse et erronée de la théorie de Charles Darwin (1809-1882), aux accents créationnistes inavoués qui de fait, nie sournoisement l’évolution des espèces, tout en prétendant l’accepter.

Non, l’évolution des espèces vivantes n’implique pas que la finalité de la vie et son aboutissement s’incarnent dans un « homo sapiens » à l’image de Dieu. Non, les lois de la nature ne se conforment pas à notre conception pro domo et religieuse de l’éthique. Le « hasard et la nécessité » s’appliquent, sans exception, à toutes les formes d’organisation de la matière vivante, du virus nanométrique à l’énorme baleine bleue! 

Faute de procéder à cette révision drastique de notre vision du vivant, le risque n’est pas négligeable d’être de nouveau pris de court lors de la prochaine poussée épidémique!           

Et de ce point de vue, l’ouvrage précité (l’homme façonné par les virus) fort bien documenté – et opportunément publié – fournit au béotien curieux, nombre de données contextuelles qui permettent de regarder la pandémie virale actuelle et les menaces infectieuses futures avec un certain recul, eu égard aux enseignements tirés des fléaux épidémiques du passé, à leur influence sur les grands événements de notre histoire et à l’état actuel des connaissances scientifiques en microbiologie et génétique.  

Ce livre n’est d’ailleurs pas le seul à la portée du grand public, qui mette l’accent sur les nouvelles formes de cohabitation/collaboration que nous avons instauré – et que nous devrons admettre de bon ou de mal gré – avec l’ensemble des espèces vivantes, à commencer par celles qui composent notre « microbiote » sans lesquelles nous ne pourrions pas vivre et que nous hébergeons à la surface ou dans notre corps. Une incroyable quantité « de bactéries, de virus, d’êtres unicellulaires, dont la seule raison d’être est de vivre et de se reproduire, en nouant des relations d’intérêts réciproques avec les milliards de cellules propres de notre organisme.

« Nous sommes constitués d’autant de cellules humaines que de cellules bactériennes » importées au fil de notre histoire personnelle

Dans ces conditions, le narcissisme de l’homo sapiens que nous sommes tous, devient une incongruité contre nature. Et la principale vertu pour s’accommoder sans dommage de cet état de fait, est la lucidité mais aussi l’humilité, d’autant qu’il semblerait que moins de 15% des espèces vivantes ont été jusqu’à présent identifiées.

Dans notre propre intérêt, une nouvelle compréhension des équilibres naturels, dénuée d’arrogance anthropocentriste s’impose donc, qui s’affranchisse de toute hiérarchisation injustifiée et inféconde des espèces, ainsi que de tout réductionnisme d’essence génétique (déterminisme génétique absolu) ou religieuse ( « Dieu l’a voulu ainsi »).  

D’autres ouvrages plus anciens avaient déjà ouvert la voie de cette réflexion vers une nouvelle vision de l’ordre du monde, fondée sur la raison. Nous n’avons peut-être pas toujours su les lire ou les comprendre! D’où notre sidération face à l’épidémie de coronavirus, qui n’est certainement pas le dernier épisode de ces « luttes » pour la vie dont nous sommes à la fois, les acteurs, les témoins et parfois les victimes et dont notre génome porte les traces.

Un même principe de vie anime cette colossale ménagerie. Un même principe de vie à propos duquel nous nous disputons, toutes espèces confondues, depuis la nuit des temps. Appartenant à l’espèce humaine, comme tous ceux qui voudront bien lire ces lignes, je confesse nourrir une « petite » préférence pour cette famille, dont j’apprécie qu’elle soit dotée de nombreux avantages sélectifs sur les autres espèces, même si sa complexité fait aussi sa faiblesse. 

fractale choux

Bref, exception faite de l’œuvre de Darwin qui demeure plus que jamais d’actualité, en particulier, son ouvrage majeur publié en 1859 sur « l’Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie », citons quelques essais plus proches de nous, qui, faisant état des prodigieux travaux des dernières décennies en matière de génomique, de génétique et de paléogénétique. plantent le décor en montrant « la fabuleuse diversité » des bactéries et plus généralement des microorganismes dont bien sûr les virus:

  • La logique du vivant – une histoire de l’hérédité – (1970) de François Jacob (1920-2013) Prix Nobel de Médecine, une référence incontournable; 
  • Le Hasard et la Nécessité -Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne – (1970)  de Jacques Monod (1910-1976) Prix Nobel de Médecine;
  • Ni Dieu, ni gène – pour une autre théorie de l’hérédité – de Jean-Jacques Kupiec, biologiste et épistémologue et de Pierre Sonigo, biologiste moléculaire et virologue, un des pionniers de l’identification du SIDA 

Né lors baby-boom d’après-guerre, j’ai connu (subi) comme tous ceux de ma génération vivant en Europe, les maladies infantiles infectieuses bénignes. J’ai appris en outre que la vaccination dont Louis Pasteur fut en France le génial promoteur m’avait épargné les plus redoutables affections et que s’agissant des autres, les antibiotiques suffisaient pour les éliminer!  

Alexander Fleming (1881-1955) découvreur de la pénicilline en 1929

A cette époque, l’agression épidémique semblait nous accorder une trêve. On en avait hâtivement déduit un paradigme dominant qui « postulait » que les maladies les plus redoutables comme la peste, les dysenteries, le choléra, la variole, la tuberculose et toutes les autres pathologies graves d’origine bactérienne ou virale étaient en voie d’extinction. Elles avaient disparu de nos contrées et partout ailleurs elles s’éteindraient sous l’effet du progrès et du développement économique.

Ces résultats encourageants et présumés définitivement acquis avaient été obtenus grâce à la prévention vaccinale, à la révolution pasteurienne, grâce aussi aux préceptes d’hygiène qu’on nous inculquait et enfin grâce aux progrès considérables de la médecine curative « boostée » par des médicaments efficaces, dont, bien sûr, les antibiotiques!

Incidemment, l’utilisation massive (trop) des insecticides (DTT) et des pesticides permirent non seulement d’accéder à l’autonomie alimentaire en Europe, de produire une nourriture globalement saine d’un point de vue bactériologique et surtout de supprimer nombre de colonies d’insectes porteurs et transmetteurs de pathologies infectieuses. Ironie du temps, on affirme plutôt l’inverse aujourd’hui…

En dépit de ce vent d’optimisme sanitaire, on n’ignorait pas que la lèpre, le paludisme, la fièvre jaune, le typhus etc. subsistaient encore de manière endémique dans les contrées les plus pauvres du globe, où les conditions climatiques s’y prêtaient et où leur transmission étaient facilitée par l’absence d’hygiène et par la promiscuité avec certains animaux domestiques ou consommés (zoonoses) et par piqures de moustiques locaux.  

Enfants, notre sérénité face au risque infectieux relayait en fait la confiance de nos parents dans les bienfaits de la médecine « moderne » qui affectivement avait fait reculer drastiquement les maladies les plus effrayantes comme la tuberculose où la variole, maladies tueuses de la période précédente. Cette apparente accalmie bactérienne ou virale avait tellement éloigné la pression épidémique, que la disparition de certaines maladies ne faisait plus débat. Devenu invisible, l’ennemi mortel était réputé ne plus exister, terrassé par l’intelligence humaine! 

Ma mère vouait d’ailleurs un culte absolu au progrès scientifique. A rebours de la tendance actuelle à l’autoflagellation et aux commémorations des tragédies passées, elle considérait qu’il n’y avait pas lieu de s’encombrer la mémoire des malheurs de jadis. Elle était à cet égard représentative de la génération des Trente Glorieuses, qui après avoir souffert des privations de la guerre, n’avait pas d’autre souci que d’aller de l’avant sans s’attarder à regarder dans le rétroviseur.   

Lorsque nous étions un peu « patraques », elle convoquait  le « docteur Heck » le mythique médecin de famille qui se déplaçait, de jour comme de nuit. Et généralement, après prescription d’antibiotiques à large spectre,  l’affection était rapidement circonscrite. Le moins drôle, c’était les séances de vaccination dans le centre de protection médicale et infantile du quartier et les piqures dans l’épaule !

Au fond, les seules maladies qui, à nos yeux, menaçaient encore notre santé et représentaient à nos yeux de réels périls, c’étaient les cancers et les « crises cardiaques ». Ils avaient tué mes deux grands-pères. A Angers, non loin des carrières, on évoquait aussi la schistose, la silicose des mineurs d’ardoise de Trélazé et l’alcoolisme…

Ce n’est que bien plus tard, que surgirent de nouvelles préoccupations sur certaines maladies émergentes, comme les dégénérescences de tous ordres dont la survenue était en partie liée à l’augmentation constante de l’espérance de vie. Et bien sûr, on commença aussi à identifier de nouvelles maladies imputables à la pollution, notamment en milieu de travail, au delà des maladies professionnelles reconnues de longue date comme le saturnisme ou les affections toxiques dues au benzène …

En résumé, jusque dans le dernier quart du vingtième siècle, exception faite des spécialistes, la plupart d’entre nous interprétait le risque épidémique  comme un risque du passé, ou à tout le moins, comme un risque en voie de disparition à brève échéance. On pensait en effet connaitre la plupart des clés permettant de le contourner.

Le signalement des premiers cas de sida en France en 1981 changea fondamentalement la donne! Le rétrovirus mortifère sortait de la clandestinité!  

Le malaise s’intensifia lorsque au début de ce siècle, certains virus notamment de grippes, plus agressives et mortifères que d’ordinaire, défièrent les schémas classiques sur le risque infectieux. Mais, il ne s’agissait alors que d’alertes sur l’omniprésence résiliente du phénomène bactérien et viral, car ces épidémies furent assez aisément circonscrites, plusieurs d’entre elles s’éteignant même spontanément. 

N’empêche que ces premiers signaux après un siècle de trêve attestaient de la résurgence d’un risque épidémique mondial. Plusieurs facteurs expliquaient sans doute ce phénomène qui ébranla nombre de nos certitudes, en particulier la croissance démographique et les mouvements incessants de population qui favorisent les contaminations croisées entre des peuples immunisés et d’autres naïfs vis-à-vis d’un microorganisme pathogène. Les aztèques ont plus sûrement été éliminés par les infections exogènes apportées par les découvreurs des Amériques que par les armes des conquistadors. D’autres motifs furent avancés comme l’inefficacité croissante des antibiotiques contre les bactéries et les bacilles, ou encore les variations climatiques ou la pollution environnementale…

Mais la principale cause de ces bouffées épidémiques inattendues est à rechercher indirectement dans notre vision anthropocentriste du monde biologique.  Notre erreur est d’abord d’ordre épistémologique. Pensant avoir été créés à l’image d’un hypothétique dieu, nous nous sommes crus omnipotents et autorisés à aborder l’univers du vivant sous l’angle de la survie d’une seule espèce, la nôtre. Et de concevoir la prévention des épidémies avec cette perspective.

Cette myopie fautive nous a conduit à ignorer idéologiquement les millions d’espèces et de microorganismes avec lesquels nous cohabitons depuis probablement des milliards d’années. Et de surcroit en leur prêtant des intentions qu’ils n’ont pas. Les ignorant, il était impossible de les comprendre et donc d’actualiser scientifiquement et structurellement nos moyens pour lutter contre les épidémies. 

Au moins, la crise sanitaire actuelle due au Covid 19 nous a permis de redécouvrir – ce qui aurait dû relever de l’évidence – que nous sommes partie liée avec toutes les bactéries et tous les virus de la terre. Quoiqu’on fasse et quoiqu’on veuille, nous n’aurons jamais d’autre choix que de vivre avec. Eux comme nous attestent de l’histoire de la vie sur notre planète, et dans ce contexte la nôtre n’est qu’un épiphénomène particulier dans une fresque beaucoup plus grandiose.

Se refuser de penser ainsi, c’est se condamner à de douloureux contresens. C’est finalement se désarmer par déni du réel ou par refus d’une complexité dérangeante. C’est s’interdire a priori de jouer complètement notre propre partition dans le cirque de la vie ! Laquelle consiste à optimiser nos choix pour limiter les dommages…

Inverser la tendance est une priorité qui suppose de prendre conscience, sans barguigner, que l’aventure humaine sur terre, jusque dans l’intimité de son génome, témoigne de tous les combats gagnés ou perdus avec les autres espèces y compris humaines (Néandertal). Cela suppose aussi d’approfondir la compréhension de toutes ces cohabitations « d’intérêt » – au sens de la sélection darwinienne – que nous sommes parvenus à établir avec d’autres histoires sur la base d’innombrables métissages sur des millions de générations. 

Pour conclure, m’inspirant des travaux précités, je dirai que cette tragédie du Covid 19 aura, malgré tout, servi à quelque chose, si elle nous apprend la lucidité et la modestie sur notre propre condition ainsi que sur la complexité de nos rapports avec notre environnement. Ce sera finalement gagnant si de surcroit, en s’abstenant de recourir à des faux-semblants ou de se réfugier dans des solutions explicatives simplistes peu ou prou métaphysiques, cette crise nous fortifie intellectuellement pour affronter sans se laisser surprendre les fièvres épidémiques du futur. 

Au préalable, il nous faut nous faire à l’idée que :

  • Les lois de l’évolution des espèces vivantes énoncées par Darwin sont universelles et qu’aucun type d’organisation du vivant ne jouit d’un statut privilégié;
  • La matière vivante est d’abord une matière – au sens physico-chimique du terme – et donc soumise aux lois de la nature, commune à toute matière; 
  • Notre génome est un livre d’histoire; 
  • Notre corps est un écosystème.  

 

Cerneaux de noix – cerveau 

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   PS : Mal Aria (mauvais air), le titre de ce billet a donné son nom à la Malaria, l’autre appellation du paludisme, appelée aussi « fièvre des marais ». Il s’agit d’une parasitose transmise par des moustiques. 

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Dans la liste des arrêts administratifs imposés par le second confinement de l’année, figurent les salons de coiffure. Comme pour tous les négoces non considérés comme essentiels par nos inconstantes « autorités sanitaires », tous les figaros et barbiers de France ont donc été tenus de remiser leurs rasoirs, leurs ciseaux, leurs brosses et leurs peignes, de fermer leurs flacons de shampoings ainsi que leurs teintures « ailes de corbeau », et, sous peine d’amende, de baisser les rideaux de fer de leurs boutiques à compter du vendredi 30 octobre 2020. 

Et ce, jusqu’à ce que ce satané « virus qui rend fou » soit décrété vaincu ou en voie de l’être par les multiples diafoirus qui bavardent et s’étripent en confrontant leurs ignorances prétentieuses sur nos écrans! A supposer même que le maniement du coupe-choux – dorénavant strictement encadré par le plan Vigipirate – et celui des blaireaux en poils de sanglier soient de nouveau autorisés, il est évident que le plus important pour le petit commerce est de permettre aux clients échevelés de s’extraire de leur résidence surveillée, le temps – nécessairement inférieur à soixante minutes – d’une coupe au bol ou d’un indéfrisable de proximité. Quitte à ce que, dans la précipitation réglementaire et heureusement conjoncturelle, on tolère des accommodements sur l’emplacement précis de la raie ou qu’on fasse son deuil de la taille de la barbe, de la moustache et des sourcils ainsi que de l’ajustage des pattes, en deçà ou au-delà du masque chirurgical obligatoire.  

La chasse aux poils est fermée. Donc d’ici le jour béni de sa réouverture et de la liberté retrouvée, notamment celle de couper les cheveux en quatre, il faudra s’accommoder de la croissance sauvage de nos facétieux épis dorénavant non domestiqués et observer avec indulgence le développement anarchique de nos tignasses. Du moins pour ceux qui ne voient pas disparaitre dans le syphon crasseux de leurs lavabos, une proportion significative de la crinière qui faisait autrefois leur fierté!

Pour certains, déprimés confinés, il faudra peut-être en revenir aux antiques traditions conviviales de l’épouillage et du démêlage! Mais forcément dans le « huis clos de sa pauvre masure » en s’efforçant, malgré la rudesse des temps et la désespérance de s’occuper utilement sans s’arracher les cheveux.

Tout est bon pour attendre la levée d’écrou en pestant contre les restrictions édictées avec cynisme par les autorités publiques imprévoyantes et moralisatrices, qui masquent par leur discours, tantôt compassionnels, tantôt culpabilisant, leur propre inconséquence et leur versatilité! 

Et dans le même temps, les salons de coiffure casquent! 

Photo Internet

A ce stade de mon récit, j’imagine que ceux qui n’en ont pas abandonné la lecture, doivent s’interroger avec perplexité sur mon intérêt soudain pour cette profession que j’ai probablement trop négligée dans ma lointaine jeunesse, surtout influencée par le chanteur Antoine. Ceux qui parfois me croisent dans un hypermarché de banlieue sont sûrement les plus étonnés par ce regain de tendresse à l’égard d’une corporation découverte assez récemment alors que son service ne s’imposait plus vraiment à moi! Faute de plus en plus remarquable de combattants en nombre suffisant et encore vaillants . 

Ni les uns, ni les autres de mes contradicteurs raisonneurs n’auraient tort. Et pourtant il ne s’agit pas d’un caprice!    

De même que les anagrammes me ravissent ( dans le genre  » Les liaisons dangereuses » et  » Les ailes sanguines d’Eros), j’aime les coïncidences « renversantes »! 

Mon intérêt pour les salons de coiffure, comme incarnation des petits commerces de nos villes et villages, sinistrés par des décisions aussi injustes qu’incompréhensibles et inefficaces pour combattre l’épidémie coronovirale, procède en fait d’un constat, celui d’un isochronisme hasardeux qui laisse toute le monde indifférent, sauf moi pour lequel il fait sens! Un sens un peu tiré par les cheveux! 

Ainsi ai-je remarqué que la date de début de confinement, fixée au 30 octobre 2020 correspondait à la date anniversaire de la naissance d’un mes lointains cousins, Marcel Maurice Pasquier, le 30 octobre 1895 dans le bourg angevin du Lion d’Angers au domicile de ses parents tenanciers d’un bistrot-tabac. Il y a donc cent-vingt cinq ans! 

L’événement, j’en conviens, est d’importance relative. Elle aurait même été nulle si, dans le même temps, je ne m’étais rappelé que, dès la fin de sa scolarité obligatoire en 1908, Marcel Maurice s’était orienté vers la coiffure, comme apprenti puis comme ouvrier… Mais que dans les premiers mois de la guerre à l’automne 1914, lui qui n’était pas immédiatement mobilisable, s’engagea pour cinq ans dans les armées de la République.

L’hécatombe parmi nos troupes, lors des premières offensives, l’avait fortement impressionné, révolté et finalement solidarisé avec les soldats! 

Marcel Maurice au centre – 1914

Il fut tué sur le front belge à la fin mai 1915!  N’ayant pas eu le loisir de vivre, il disparut progressivement de la mémoire collective familiale, qui n’évoquait plus que très rarement dans ses soirées au coin du feu, ce patriote sacrifié, formé à l’école de la République de Jules Ferry.

Ceux qui l’ont croisé ont aujourd’hui tous disparus! Aussi m’a-t-il semblé que cette curieuse synchronie qui s’imposait à moi, me fournissait aussi une occasion d’évoquer le souvenir de cet enfant de France, épris de sa patrie. Il n’a pas fui. Il ne s’est pas dérobé aux exigences civiques que lui avaient inculquées ses instituteurs. Faisant face à ses responsabilités de citoyen, il n’a pas placé ses droits au-dessus de son devoir, et il n’a pas cherché à se réfugier ailleurs, loin des combats, en laissant aux autres la tache de prendre les armes contre un ennemi menaçant l’intégrité du territoire. 

Il ne fut d’ailleurs pas le seul, vingt autres jeunes hommes de ma famille ou proches d’elle, furent embarqués dans ce premier conflit mondial. Six y laissèrent la vie alors qu’aucun n’avait passé l’âge de trente ans.  

On aura compris que cette coïncidence des dates m’a servi de prétexte, en une période où la France, au-delà de l’épidémie qui la frappe, est confrontée à une période périlleuse de doutes, sans précédent dans son histoire récente, sur son identité, sur ses principes d’humanité violemment et même sauvagement contestés par une partie de ceux qu’elle accueille généreusement sur son sol, et sur sa mission civilisatrice dans le concert des Nations.  

A l’exemple des poilus de 14-18, elle ne surmontera ces difficultés que dans l’unité de tous français, d’où qu’ils viennent et quoiqu’ils croient, mais à la condition qu’elle ne se compromette en rien – et jamais – dans l’infamie et le renoncement à ses valeurs et aux principes fondateurs de la République, que sont la liberté dans toutes ses acceptions, l’égalité de droits et des chances, la fraternité et la laïcité, ciment et ferment de la cohésion nationale! 

J’aurais pu intituler ce billet  » Coiffeur mais d’abord patriote »! 

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PS: En octobre 2011, j’ai dédié à Marcel Maurice Pasquier (1895-1915) un chapitre d’un billet de ce blog, dont plusieurs extraits sont reproduits ci-dessous:  

Sur Marcel Maurice Pasquier, je dispose de peu de données, bien qu’il soit à la fois le cousin germain de mon grand-père Marcel Emile Pasquier et de mon grand-oncle Auguste Cailletreau, ainsi que de sa sœur Marguerite (1897-1986), ma grand-mère paternelle. Ce que je sais, se résume au fait qu’avant la guerre, il était ouvrier-coiffeur. C’était un beau jeune homme à la chevelure châtain clair et aux yeux bleus, plutôt plus grand que la moyenne des garçons de son époque: sa fiche dans le registre des matricules militaires indique qu’il mesurait 1m64.

Marcel Maurice qui, compte tenu de son âge, n’était pas mobilisable au début de la guerre, début août 1914, était probablement un ardent patriote. Ainsi, dès l’automne, il se déclara « engagé volontaire pour cinq ans » et fut incorporé à compter de novembre 1914, comme soldat de 2ième classe au 135ème régiment d’infanterie basé à Angers. Un régiment presque exclusivement composé d’angevins et de bretons. Il est mort, probablement dans une ambulance de campagne, des suites de ses blessures dans les tranchées de première ligne, le 29 mai 1915 à Acq dans le Pas-de-Calais. Il avait tout juste vingt ans!

Son décès fut notifié le 6 juillet 1915 à la mairie du Lion d’Angers où il était né le 30 octobre 1895, ainsi qu’à ses parents, Baptiste Pasquier et Angèle Houdin.

A partir de novembre 1914, Marcel Maurice a donc participé à tous les combats de son régiment. Lequel fut d’emblée parmi les plus éprouvés. (…)

De même, sur sa « guerre », on ne sait rien de précis l’impliquant personnellement : on ignore quel affrontement lui fut fatal. (…) 

(…) Marcel Maurice pressent sans doute qu’il ne survivra pas longtemps. Selon un témoignage transmis par une de ses nièces (…) Marcel qui avait obtenu une permission pour la fête de Noël 1914, serait reparti en disant à ses parents: » Je vous dis adieu, je ne reviendrai pas ».

Marcel Baptiste décède le 29 mai 1915 (…) Il est aujourd’hui inhumé au cimetière du Lion d’Angers dans une concession familiale acquise par ses parents dans les années 1920. En novembre 2008, elle fut d’ailleurs sur le point d’être déclarée abandonnée. Heureusement en 2010, la tombe existait toujours, préservant les restes de ce poilu « mort pour la France ».

Il eût été en effet injuste que le rapatriement au Lion d’Angers de la dépouille de ce poilu sur l’initiative de ses parents, ait remis en cause le principe selon lequel tout sacrifié pour la Nation bénéficie d’une sépulture prise en charge, ad aeternam, par l’Etat.

Le 22 juillet 1915, l’Etat avait accordé 110 francs de secours à son père en dédommagement de la mort de Marcel Maurice: pour solde de tout compte! » 


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Nota : L’anagramme cité dans le billet est issu d’un ouvrage très déroutant, publié chez Flammarion en novembre 2011 intitulé « Anagrammes renversantes » dont les auteurs sont respectivement Etienne Klein et Jacques Perry-Salkow. RV donc chez  » Les éditions Flammarion » dont les facétieux auteurs ont repéré l’anagramme:  » L’arôme des mots à l’infini ».

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A force de tourner en rond chez soi depuis plus de quarante jours, d’ouvrir des malles verrouillées, dont on a perdu la clé, et de rechercher le peigne ou le rasoir égarés le jour, où le président décréta ex cathedra de l’autre côté de notre écran Samsung, que pour protéger la société et éviter les bousculades dans le couloir de la mort, il fallait nous séquestrer dans nos chaussons, on finit forcément par tout retrouver! Même ce qu’on ne recherche pas…

Comble d’ironie, c’est précisément ce qu’on ne recherche pas, comme la poussière de nos illusions perdues, camouflée avec soin sous le tapis de nos incessants piétinements, qu’on déniche en premier.

Au bout du compte, aucun recoin n’échappe à ce déconfinement désœuvré de nos mémoires et de nos armoires, comme si nos esprits cherchaient par tout moyen à se dérober, compensant par ce biais improvisé, l’inertie pesante imposée à nos vieilles carcasses. Lesquelles ne parviennent plus, du matin au soir, à s’extasier ingénument devant la beauté sauvage des herbes folles. 

C’est ainsi que, parmi de vieilles frusques, non visitées depuis près de neuf ans – depuis l’été 2011 très exactement – j’ai retrouvé une casquette. Une casquette encore belle, de couleur bleu métal comme la musique des Rolling Stones dans les années soixante. Du moins comme celle qu’on imagine rétrospectivement en pensant aux jeunes que nous étions alors, qui se tortillaient à l’écoute de (I Can’t Get No) Satisfaction.  Il est vrai qu’à cette époque, nous étions tous des « bleus »! 

La découverte de ce couvre-chef tombait à pic, car il s’agissait de la gapette d’une organisation vaguement caritative, fondée au début du millénaire, et que portaient, bon gray mal gray, les maraudeurs professionnels de cette entreprise de bienfaisance, lorsqu’ils étaient missionnés à travers villes et campagnes, en quête de nuisances invisibles et souvent inexistantes, qui, pourtant, perturbèrent grandement la paix civile de plusieurs générations! Juste avant de passer le relais à l’infectiologie, désormais numéro un au hit-parade des contrariétés lancinantes.  

Le hasard désormais allié de la nécessité, a fait bien les choses en organisant ces retrouvailles. Mon antique casquette incarne en effet symboliquement une entreprise financée sur fonds publics et unanimement considérée comme l’héritière légitime de tous ceux, qui dans le passé, ont inventé « les gestes-barrière » dont, comme les saintes huiles jadis, on fait grand cas de nos jours. A savoir la distance devenue désormais la distanciation sociale, l’écran protecteur devenu un masque introuvable donc déclaré inutile, et l’isolement des sources de nuisance qui deviendra prochainement le confinement différencié des infortunés infectés. Si nécessaire, elle saurait se faire la gardienne vigilante de la doctrine en la matière face aux dérives hétérodoxes. 

Du coup, je me suis souvenu que, durant plusieurs années, je fus membre de cette « institution » mais que depuis longtemps, je ne paie plus de ma personne à la réalisation de ses missions d’intérêt général…

Je ne contribue plus à son rayonnement. 

En fait, j’avais presque oublié cette belle association dont l’acronyme (IRSN) – lorsqu’il est développé – est, en soi, tout un programme :  » Imagination, Résilience, Solidarité … Naturellement »! Un retour aux sources de l’humanisme en quelque sorte! 

Bien que chagriné de n’avoir pas mis la main sur mon rasoir ou mon peigne, et par conséquent contraint dorénavant de me présenter ébouriffé, je suis néanmoins très fier d’avoir exhumé cette casquette, sauvée du probable naufrage à moyen terme dans une déchetterie de communauté d’agglomération. En plus, elle masque une calvitie en marche forcée.

D’ailleurs, alors que la perte des cheveux est généralement perçue comme un constat affligeant préfigurant des lendemains entropiques qui déchantent, cette triviale et triste certitude, bénéficiant sans doute de la magie du chapeau, m’est apparue étrangement plutôt rassurante. En ces temps de crise où règne l’incertitude, la moindre certitude passe en effet pour une bénédiction. C’est particulièrement vérifié aujourd’hui, où l’on ne sait plus très bien ce qui relève de la réalité ou du fantasme, où l’on doute de la sincérité de ce qu’on nous dit, de ce qu’on prévoit pour notre bien, de ce qu’on sait, de ce qu’on nous cache et de ce qu’on ne sait pas…

Dans ces conditions, j’aime l’idée selon laquelle l’IRSN, forte de son savoir-faire et de son expérience pourrait être une balise éclairante – une Lumière – dans la nuit et le brouillard qui se profilent dangereusement.

A condition de le vouloir, bien entendu! 

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PS: Aux dernières nouvelles, des amis trop attentifs à mes propos, et sûrement « malintentionnés », m’ont fait observé que l’IRSN que je viens de décrire n’a jamais existé, mais qu’en revanche, il y a bien un Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, dont j’aurais été un des zélés salariés dans le passé. Il surveille tout ce qui touche aux rayonnements ionisants et ils m’en ont dit grand bien. Je les crédite volontiers de cette note d’espoir. 

Si cette information qui s’était soustraite à la vigilance de mon radar, est vraie, il faudra qu’après qu’on m’eut libéré de mes charentaises, je fasse étudier sérieusement le fonctionnement des derniers neurones valides qui me restent. 

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