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Posts Tagged ‘couteaux’

« Les amours commencent par des anneaux et finissent par des couteaux ».

Que mes chers lecteurs se rassurent, ce n’est évidemment pas à un accord électoral entre socialistes et écolos auquel  je fais allusion, en mentionnant ici ce vieil aphorisme issu de la nuit des temps!  En revanche, c’est à lui que je ne peux m’empêcher de songer ( à l’aphorisme, bien sûr, pas à l’accord) à la vue de la longue liste de nos lointains ancêtres maternels qui, du 13ème au 19ème siècle, exercèrent le métier d’artisans couteliers dans les faubourgs de Châtellerault, celui de Sainte-Catherine, de Châteauneuf ou, au-delà de la porte Saint-Jacques, au village d’Ozon. Véritables dynasties de maîtres-couteliers qui se succédaient de générations en générations et de pères en fils, leurs familles étaient souvent alliées, de telle sorte que l’antique adage cité plus haut, pouvait aussi bien et sans inconvénient, s’inverser : c’est de leurs couteaux que naissaient leurs amours… Et ils m’en ont donné du fil à retordre pour les traquer, ces grands-pères châtelleraudais, ouvriers du fer et de l’acier,  dont le dernier de la série, Jacques Durau s’est éteint à Châtellerault en 1846, tout juste âgé de soixante ans. C’était le grand-père de mon arrière-grand-mère Augustine Durau épouse Turbelier (à laquelle j’ai consacré ici un billet en septembre 2011).

Cet infortuné Jacques n’a pas eu le temps de profiter d’une quelconque retraite – non reconnue à l’époque – ni d’ailleurs de voir grandir son fils Antoine Frédéric, car ce dernier n’avait que deux ans lorsqu’il décéda. Cette paternité prématurément interrompue était tardive, car le coutelier s’était marié à Châtellerault à l’aube de ses cinquante sept ans avec une jeune couturière angevine, Virginie Denou. D’ailleurs, après le décès de son époux, la jeune veuve (34 ans) rejoignit sa famille à Angers avec son fils. C’est donc sûrement dans la boulangerie familiale, rue Saumuroise, que le jeune orphelin s’éveilla au monde qui l’entourait, au milieu des sacs de farine. Mais c’est une autre histoire …

Quoiqu’il en soit,  victime des circonstances, le jeune Antoine Frédéric Durau interrompit, malgré lui, la longue chaîne des maîtres-couteliers de Châtellerault, dont sa famille pouvait s’enorgueillir depuis, peut-être, le Haut Moyen-Age ! Leur longue histoire s’arrêtait donc, quelque part, à Angers entre la rue Saumuroise, la rue Desmazières et la rue Souche de Vigne !

Néanmoins, Antoine-Frédéric, qui possédait sûrement des gènes de métallurgiste, devint ouvrier-parapluier dans une fabrique angevine, la Maison Sarret-Terrasse, avenue Besnardière, qui fabriquait des fourchettes de parapluies et des ombrelles. Des fourchettes ! Ça ne s’invente pas pour un fils de coutelier à la vocation contrariée! Comme s’il cherchait inconsciemment à remettre le couvert .

De toute manière, c’est toujours du travail du fer et de l’acier,dont il s’agit, associés à une matière complémentaire : le bois ou la corne pour le manche  des couteaux, la toile pour les fourchettes de parapluie ! Marié très jeune à  Françoise Félicité Turbelier, de douze ans son aînée  il lui survécut un peu plus de quinze ans, manifestant, par ce clin d’oeil du destin, une propension, sans doute involontaire, à s’inspirer de son père en suivant un chemin radicalement différent ! Finalement, il « décida » de partir le rejoindre outre-tombe, le lendemain de la Noël 1911 : il avait 67 ans.  Retraité sans véritable pension, il vendait des marrons « grâlés » au coin de la place de la Madeleine et de la rue Desmazières à Angers. Ainsi s’éteignit la lignée familiale des couteliers de Châtellerault et du dernier qui aurait dû l’être !  Savait-il, lui le dernier rejeton, que depuis des générations, ses ancêtres paternels, étaient maîtres couteliers à (de) Châtellerault  et qu’ils avaient compté, des siècles durant, parmi les meilleurs couteliers du royaume?

Pour ma part, je ne désespère pas de découvrir, un jour, une de leurs œuvres, « estampillée » à leur nom ou à leur marque, au hasard d’un étal d’une brocante dominicale : un fin couteau – raffiné – au manche en bois exotique, en corne ou encore en ivoire incrusté de nacre, un poignard, une dague ou même un ciseau de la dernière époque. Le rêve : mettre la main sur « un couteau à jambe de princesse » dont le manche à la forme galbée comporte une bande d’argent pour marquer la jarretière. Ou encore, sur « le couteau à pied de biche avec son manche façonné au bout garni d’un fer d’argent à six petits clous. Ou même, parmi tant d’autres, sur le « couteau à cuvette » qui avait au bout du manche une garniture en argent ou en maillechort en forme de cuvette !

Autant d’objets attestant d’une métallurgie précieuse au style bien particulier. Bien que la tâche soit malaisée, j’espère en découvrir un jour, un de ces fameux vestiges de l’artisanat châtelleraudais du 18ième siècle, dans l’arrière-boutique d’une improbable échoppe. L’acheter sera sans doute une autre affaire, si j’en juge par les mises importantes – voire déraisonnables –conférées à de belles répliques de ces canifs ou couteaux châtelleraudais dans les greniers virtuels des commissaires-priseurs ou des antiquaires « en ligne » qui les soumettent aux enchères sur Internet.

Toute l’activité artisanale de coutellerie semble en effet avoir presque totalement disparu de Châtellerault, et depuis longtemps, hormis quelques irréductibles artisans qui s’acharnent à préserver avec leurs mains et leurs enclumes, le patrimoine artistique d’autrefois. Ont aussi disparu dans les années 1950 des banlieues élargies de la ville, les entreprises châtelleraudaises de coutellerie industrielle, héritières de ces artisanats d’ancien Régime. Elles qui pourtant connurent un réel essor sur les rives du Clain au cours du 19ème siècle et au début du 20ème !  N’empêche que l’épopée coutelière de nos ancêtres Durau (Durand), Denichère, Huau, Gilbert (Gillibert), Got, Vallée demeure. Un certain Monsieur de Saint-Genis, archiviste de la cité poitevine n’affirmait-il pas à la fin de l’avant-dernier siècle, que « les Gauvain et les Denichère étaient couteliers de père en fils  depuis le XIVe siècle». Déjà en ces temps reculés, existait en Poitou  un régime des corporations !

Cette histoire des couteliers fait donc corps avec l’histoire de Châtellerault et avec celle des autres confréries ou corporations, auxquelles, au cours des âges, pour des motifs autant économiques qu’affectifs, ils s’affiliaient et s’affichaient: les maitres filassiers, les maitres arquebusiers, sergettiers, bastiers, et même des chirurgiens souvent barbiers  etc. Bref, tous les métiers de coupe étaient potentiellement leurs clients et leurs cousins! Mais c’étaient eux qui tenaient le haut du pavé et leur puissance ainsi que leur influence dans ce Châtellerault du 16ème au 18ème siècle n’avaient guère d’égale que celle, religieuse de la Réforme. Beaucoup d’entre eux d’ailleurs étaient probablement protestants et on retrouve des noms de couteliers familiers dans les listes de ceux qui émigrèrent à Genève après le massacre de la Saint Barthélémy en 1572 et au moment de la révocation de l’Edit de Nantes en 1685.

Un livre publié en 1896 intitulé « La coutellerie depuis l’origine jusqu’à nos jours » raconte cette saga de la coutellerie et en particulier celle de Châtellerault, à laquelle il consacre plusieurs chapitres. C’est une véritable mine d’informations sur le métier des maîtres couteliers, sur leurs pratiques, sur leur organisation en confrérie, notamment depuis le dépôt de leurs statuts en 1571 jusqu’à l’émergence d’une activité industrielle au 19ème siècle.

Le contenu de cet énorme ouvrage est aujourd’hui disponible sur la bibliothèque numérisée Gallica de la Bibliothèque Nationale de France. Son auteur principal Camille Pagé (1844-1917), officier d’académie, sait de quoi il parle, puisque, né à Châtellerault, dont il fut le premier édile, il dirigea la manufacture familiale de couteaux installée au petit hameau de Domine, à partir  la mort de son père François Pagé en 1867. La famille Pagé fondatrice de l’usine châtelleraudaise est elle-même héritière de la tradition des maîtres artisans-couteliers de la région, en particulier de Louis Huau, notre probable ancêtre commun qui  fut garde de la corporation de Châtellerault en 1726.

L’ouvrage encyclopédique de Camille Pagé nous apprend qu’au cours des âges, la coutellerie châtelleraudaise s’est développée grâce à un réseau assez dense de rivières navigables dans cette partie du Poitou, dont le Clain et la Vienne. Cette heureuse configuration permettait à la fois de fournir l’énergie motrice des machines, de refroidir les meules, d’actionner les soufflets des forges, d’effectuer la trempe des lames de couteaux, mais aussi d’assurer les approvisionnements en matière première, notamment en fer et en charbon de bois du Nivernais, ainsi qu’en bois exotiques destinés, à la fabrication des manches, en corne aussi. Et pour les plus précieux en ivoire ou en nacre, qui parvenaient à Châtellerault depuis Nantes par la Loire et la Vienne. Et c’est par ces mêmes voies fluviales que la commercialisation des couteaux embarqués sur les gabarres s’effectuait, essaimant la production dans tout le bassin de la Loire et même largement au-delà.

Selon l’historienne locale Catherine Falloux dans un article sur la Coutellerie à Naintré, rédigé pour le compte de la Communauté d’Agglomération du Pays Châtelleraudais à l’occasion d’un parcours de découverte, Châtellerault comptait, dès le 17ième siècle et jusqu’au début du 19ième siècle, « de nombreux maitres-couteliers qui tenaient boutique près des portes de la ville ». Boutiques dans lesquelles oeuvraient généralement leurs femmes.

« Chaque boutique – rapporte-t-elle – comprenait un atelier de fabrication car selon les règles de la corporation de la ville, le coutelier doit fabriquer les articles qu’il vend, tant lames que manches. Le temps de travail était réglementé : en effet « icelui faisant, on mène grand bruit», il est donc interdit entre neuf heures le soir et quatre heures le matin. L’atelier est équipé d’une forge, d’un soufflet, d’une enclume à  deux bigornes, de marteaux et tenailles, d’un baquet d’eau pour la trempe, de meules à émouler ou donner le tranchant et de polissoirs pour enlever les rayures et donner le brillant à la lame. A ces premiers outils s’ajoutent sur l’établi ceux utilisés pour la fabrication des manches. Scies, «violons», ciseaux ou meules découpent, percent, taillent, polissent le bois, la nacre, la corne, l’os ou l’ivoire. Souvent, les boutiques se spécialisent dans une gamme de produits, pour les unes les couteaux fermant, pour d’autres les rasoirs ou encore les ciseaux. La ville propose ainsi un éventail étendu d’articles tant en coutellerie d’usage commun, destinée à la demande locale, qu’en coutellerie fine reconnue comme l’une des meilleures du royaume ».

En 1571, quelque temps après l’établissement de la commune de Châtellerault par lettres de Charles IX données à Saint-Germain-en-Laye, les couteliers de Châtellerault dont les effectifs étaient alors d’une cinquantaine de familles, rédigèrent leurs statuts, lesquels ne furent homologués en Parlement, obtenant ainsi la sanction royale, que dix ans plus tard, en 1581.  Il s’agit en fait d’une véritable réglementation garantissant à la fois  la qualité des couteaux, le suivi du métier, les conditions d’intronisation, les règles de fonctionnement. Une réglementation qui confie aux professionnels eux-mêmes la police de leur métier:

« Ce sont les statutz et ordonnances que les coustelliers de ceste ville de Châtellerault faulbourgs et banlieues d’icelle requérant leur estre octroyez selon et suivant les antiennes coustumes des autres bonnes villes de ce royaume à l’exemple des aultres desquelles ceste cy a été déclaré debvoir estre jurée et policée comme estant ledit estât et métier l’un des plus fréquents et renommés de ladite ville. »

Les statuts de la confrérie qui comprenaient pas moins de vingt-sept articles, annonçaient d’emblée que : « Quiconque voudra être passé maistre juré du dist état et mestier en la ditte ville, faulbourgs et banlieues d’icelle soit don du Roy ou aultrement, il sera tenu de faire chef d’oeuvre et s’il est capable, suffisant et expert, sera présenté à justice et reçu par serment et maitrise et enrollê et immatriculé en présence du procureur du Roy ».

« Quant à ceux qui sont d’à présent tenant boutique en cette ville faulbourgs et banlieues, ils sont tenus pour Maistres coustelliers moyetmant le serment de bien exercer le dit estât et mestier de coustelliers et qu’ils seront immatriculez et rollcz au greffe avecq leurs marques dont ils martequeront leurs ouvrages affîn qu’ils les puissent recognoistre et discerner après touttes foys qu’ils auront faiet chef d’oeuvres ou essays tel qu’il leur aura été prescrit par les maistres dudit  mestier qui seront establis comme s’en suit. »

Il ressort de ces statuts que dès la fin du 16ème siècle, la profession tente de s’organiser pour lutter contre d’éventuelles contrefaçons. Avec un régime de sanctions prévoyant la saisie des biens frauduleux et des amendes pouvant aller jusqu’à vingt sols par couteau contrefait ou vendu indûment par des marchands forains non autorisés. « Chaque artisan répertorié doit être immatriculé. Il est tenu de marquer la face supérieure des lames de son estampille. Ces poinçons de fabrique sont obligatoires pour garantir la qualité des couteaux et protéger aussi  l’image de marque de la ville ». « Une plaque de cuivre, conservée par des jurés, élus de la profession, porte les empreintes de tous les couteliers de la ville. Chaque année, les nouveaux maîtres reçus par la corporation y gravent leur propre marque ».

François Huau (1697-1744), notre ancêtre probable à la onzième ou douzième génération avait choisi pour marque «  la Rouanne couronnée », une sorte de compas de formier ! D’où l’intitulé du billet.

La profession était administrée par des jurandes composés de jurés élus qui étaient renouvelés chaque année et qui représentaient les différents quartiers de la ville et des faubourgs. Ceux de Châteauneuf et de Sainte Catherine surtout, s’agissant de nos lointains grands-pères, Denichère, Huau, Gilbert qui furent jurés à différentes reprises – et sûrement par « héritage » – au cours des 17ème et 18ème siècle, jusqu’à la loi Le Chapelier en 1791 qui abolit les corporations.

La réception des nouveaux maitres de cette confrérie, forte d’au moins une centaine de membres sous le règne de Louis XV, était un événement célébré selon un cérémonial immuable au cours duquel l’impétrant avec sa marque était officiellement nommé membre. Le plus ancien procès-verbal conservé date du 9 février 1673 : « Aujourd’hui neuviesme jour de février 1673, au Palais Royal de Châtellerault, par-devant nous Claude Fumée, ont comparu en leur personne, Joseph Maugé, natif de la ville de Montauban, garçon coutelier aspirant à être maîstre coutelier en cette ville, faubourgs et banlieus, assisté de Louis Chevallier, maistre coutelier, qui nous a remontré avoir fait son apprentiscesage en la dite ville de Montauban, que du depuis il a travaillé en les meilleures villes du Royaume, et désirant s’établir en cette ville et s’y faire recevoir maistre coutelier, il a advisé  les quatre maîtres jurés au dit mestier pour consentir et lui donner une pièce de son mestier pour en faire son chef-d’oeuvre, de même qu’il s’est obligé de faire déclaration qu’il professe la religion prétendue réformée. Lequel chef-d’oeuvre le dit aspirant a fait en la boutique de  Pierre Maurin, maistre coutelier, et requiert qu’il soit reçu et visité parles dits jurés et les autres maîtres présents, et qu’estant reconnu bien fait, il soit procédé à sa réception. Etant comparu les dits maistres jurés comparants par Jean Audinet, Michel Liffault, Gilles Gilbert et Guillaume Lardin, qui nous ont dit que le dit Maugé les a fait advertir pour consentir à sa réception au métier de coutellerie…»

Avec un sens manifeste de l’humour noir, les maîtres couteliers de Châtellerault célébraient leur fête patronale le 31 août, jour de la « Décollation » de Saint-Jean-Baptiste et leurs armoiries portaient : De gueules à une décollation de Saint-Jean-Baptiste d’argent, sans doute parce qu’on s’était servi pour cette opération d’un instrument tranchant, emblème du métier. Si la corporation avait survécu à la Révolution, nul doute qu’ils auraient fait du docteur Guillotin un membre d’honneur avec une mention spéciale pour Fouquier-Tinville, leur plus zélé agent commercial.

En tout état de cause, le 31 août marquait le début de l’année corporative. C’est ce jour-là qu’étaient intronisés (nommés) les jurés ainsi qu’à toutes les fonctions d’administration et de police de la confrérie. La fête patronale du corps  de métier fournissait le cadre idéal pour le faire avec pompe. « Au sortir de la cérémonie célébrée à l’église, les maîtres couteliers se rendaient en corps au Palais-Royal où siégeait le Lieutenant Général qui présidait la réunion au cours de laquelle on mettait fin au pouvoir des jurés sortants et on nommait les nouveaux jurés. Le reste de la journée était réservé aux divertissements de cette époque, jeux de paume, jeux de boules, tir à l’arquebuse, etc., enfin un banquet terminait la fête ».

Ce matin, alors qu’un brouillard à « couper au couteau » enveloppe la région parisienne, je me dis, qu’à part les météorologistes  qui, à l’évidence, ne peuvent qu’amèrement constater que le couteau n’a aucun effet sur les éléments nuageux, tout le monde se sert de cet outil et à de nombreuses reprises au cours d’une même journée. Mais peu ont une pensée pour ceux qui les fabriquaient à Châtellerault, il y a plusieurs siècles… Moi, j’aime bien l’idée qu’à dix ou douze cordons ombilicaux de distance – cordons coupés, cela va de soi! – j’ai des ancêtres qui usinaient amoureusement des couteaux, laborieusement, artistiquement. Je les revendique sans complexe, et, selon les cas, je les assume, même quand je peste contre un couteau mal aiguisé avec lequel je me suis blessé en tentant de trancher un quignon de pain un peu dur !  La coutellerie d’art est si loin lorsque je dois attendre aux urgences de l’hôpital, coincé entre   deux cyclistes du dimanche, ensanglantés, et une petite vieille semi-comateuse qui vomit son dîner d’anniversaire… attendre devant un écran « cathodique poussiéreux qui ne consent à diffuser que le rayonnement fossile de l’univers » … attendre enfin qu’on veuille bien me suturer une méchante estafilade au doigt…

– Avec quel type de couteau, vous-êtes vous fait cela, Monsieur?

– Avec un couteau à mouche, Docteur, ce fameux couteau dans le talon duquel on réservait autrefois un petit tenon qui venait s’arrêter sur une épaisseur laissée au ressort. La lame ne pouvait alors se fermer que lorsque le ressort était retiré en arrière; et aujourd’hui ça n’a pas fonctionné comme prévu !

– Ah bon! – répondrait l’interne.

Et moi de poursuivre – Vous savez, c’est ce couteau qu’on nommait aussi Ramponneau, qui était  monté à rosettes et dont le manche était cannelé en long dans le milieu et sur les bords et guilloché  entre les filets…

– Mais je me trompe peut-être, il se peut qu’il ne s’agisse que d’un demi-tranchelard ou d’une lancette de boeuf  de Châtellerault !

Tout bêtement 

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