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Posts Tagged ‘Confinement’

Dans la liste des arrêts administratifs imposés par le second confinement de l’année, figurent les salons de coiffure. Comme pour tous les négoces non considérés comme essentiels par nos inconstantes « autorités sanitaires », tous les figaros et barbiers de France ont donc été tenus de remiser leurs rasoirs, leurs ciseaux, leurs brosses et leurs peignes, de fermer leurs flacons de shampoings ainsi que leurs teintures « ailes de corbeau », et, sous peine d’amende, de baisser les rideaux de fer de leurs boutiques à compter du vendredi 30 octobre 2020. 

Et ce, jusqu’à ce que ce satané « virus qui rend fou » soit décrété vaincu ou en voie de l’être par les multiples diafoirus qui bavardent et s’étripent en confrontant leurs ignorances prétentieuses sur nos écrans! A supposer même que le maniement du coupe-choux – dorénavant strictement encadré par le plan Vigipirate – et celui des blaireaux en poils de sanglier soient de nouveau autorisés, il est évident que le plus important pour le petit commerce est de permettre aux clients échevelés de s’extraire de leur résidence surveillée, le temps – nécessairement inférieur à soixante minutes – d’une coupe au bol ou d’un indéfrisable de proximité. Quitte à ce que, dans la précipitation réglementaire et heureusement conjoncturelle, on tolère des accommodements sur l’emplacement précis de la raie ou qu’on fasse son deuil de la taille de la barbe, de la moustache et des sourcils ainsi que de l’ajustage des pattes, en deçà ou au-delà du masque chirurgical obligatoire.  

La chasse aux poils est fermée. Donc d’ici le jour béni de sa réouverture et de la liberté retrouvée, notamment celle de couper les cheveux en quatre, il faudra s’accommoder de la croissance sauvage de nos facétieux épis dorénavant non domestiqués et observer avec indulgence le développement anarchique de nos tignasses. Du moins pour ceux qui ne voient pas disparaitre dans le syphon crasseux de leurs lavabos, une proportion significative de la crinière qui faisait autrefois leur fierté!

Pour certains, déprimés confinés, il faudra peut-être en revenir aux antiques traditions conviviales de l’épouillage et du démêlage! Mais forcément dans le « huis clos de sa pauvre masure » en s’efforçant, malgré la rudesse des temps et la désespérance de s’occuper utilement sans s’arracher les cheveux.

Tout est bon pour attendre la levée d’écrou en pestant contre les restrictions édictées avec cynisme par les autorités publiques imprévoyantes et moralisatrices, qui masquent par leur discours, tantôt compassionnels, tantôt culpabilisant, leur propre inconséquence et leur versatilité! 

Et dans le même temps, les salons de coiffure casquent! 

Photo Internet

A ce stade de mon récit, j’imagine que ceux qui n’en ont pas abandonné la lecture, doivent s’interroger avec perplexité sur mon intérêt soudain pour cette profession que j’ai probablement trop négligée dans ma lointaine jeunesse, surtout influencée par le chanteur Antoine. Ceux qui parfois me croisent dans un hypermarché de banlieue sont sûrement les plus étonnés par ce regain de tendresse à l’égard d’une corporation découverte assez récemment alors que son service ne s’imposait plus vraiment à moi! Faute de plus en plus remarquable de combattants en nombre suffisant et encore vaillants . 

Ni les uns, ni les autres de mes contradicteurs raisonneurs n’auraient tort. Et pourtant il ne s’agit pas d’un caprice!    

De même que les anagrammes me ravissent ( dans le genre  » Les liaisons dangereuses » et  » Les ailes sanguines d’Eros), j’aime les coïncidences « renversantes »! 

Mon intérêt pour les salons de coiffure, comme incarnation des petits commerces de nos villes et villages, sinistrés par des décisions aussi injustes qu’incompréhensibles et inefficaces pour combattre l’épidémie coronovirale, procède en fait d’un constat, celui d’un isochronisme hasardeux qui laisse toute le monde indifférent, sauf moi pour lequel il fait sens! Un sens un peu tiré par les cheveux! 

Ainsi ai-je remarqué que la date de début de confinement, fixée au 30 octobre 2020 correspondait à la date anniversaire de la naissance d’un mes lointains cousins, Marcel Maurice Pasquier, le 30 octobre 1895 dans le bourg angevin du Lion d’Angers au domicile de ses parents tenanciers d’un bistrot-tabac. Il y a donc cent-vingt cinq ans! 

L’événement, j’en conviens, est d’importance relative. Elle aurait même été nulle si, dans le même temps, je ne m’étais rappelé que, dès la fin de sa scolarité obligatoire en 1908, Marcel Maurice s’était orienté vers la coiffure, comme apprenti puis comme ouvrier… Mais que dans les premiers mois de la guerre à l’automne 1914, lui qui n’était pas immédiatement mobilisable, s’engagea pour cinq ans dans les armées de la République.

L’hécatombe parmi nos troupes, lors des premières offensives, l’avait fortement impressionné, révolté et finalement solidarisé avec les soldats! 

Marcel Maurice au centre – 1914

Il fut tué sur le front belge à la fin mai 1915!  N’ayant pas eu le loisir de vivre, il disparut progressivement de la mémoire collective familiale, qui n’évoquait plus que très rarement dans ses soirées au coin du feu, ce patriote sacrifié, formé à l’école de la République de Jules Ferry.

Ceux qui l’ont croisé ont aujourd’hui tous disparus! Aussi m’a-t-il semblé que cette curieuse synchronie qui s’imposait à moi, me fournissait aussi une occasion d’évoquer le souvenir de cet enfant de France, épris de sa patrie. Il n’a pas fui. Il ne s’est pas dérobé aux exigences civiques que lui avaient inculquées ses instituteurs. Faisant face à ses responsabilités de citoyen, il n’a pas placé ses droits au-dessus de son devoir, et il n’a pas cherché à se réfugier ailleurs, loin des combats, en laissant aux autres la tache de prendre les armes contre un ennemi menaçant l’intégrité du territoire. 

Il ne fut d’ailleurs pas le seul, vingt autres jeunes hommes de ma famille ou proches d’elle, furent embarqués dans ce premier conflit mondial. Six y laissèrent la vie alors qu’aucun n’avait passé l’âge de trente ans.  

On aura compris que cette coïncidence des dates m’a servi de prétexte, en une période où la France, au-delà de l’épidémie qui la frappe, est confrontée à une période périlleuse de doutes, sans précédent dans son histoire récente, sur son identité, sur ses principes d’humanité violemment et même sauvagement contestés par une partie de ceux qu’elle accueille généreusement sur son sol, et sur sa mission civilisatrice dans le concert des Nations.  

A l’exemple des poilus de 14-18, elle ne surmontera ces difficultés que dans l’unité de tous français, d’où qu’ils viennent et quoiqu’ils croient, mais à la condition qu’elle ne se compromette en rien – et jamais – dans l’infamie et le renoncement à ses valeurs et aux principes fondateurs de la République, que sont la liberté dans toutes ses acceptions, l’égalité de droits et des chances, la fraternité et la laïcité, ciment et ferment de la cohésion nationale! 

J’aurais pu intituler ce billet  » Coiffeur mais d’abord patriote »! 

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PS: En octobre 2011, j’ai dédié à Marcel Maurice Pasquier (1895-1915) un chapitre d’un billet de ce blog, dont plusieurs extraits sont reproduits ci-dessous:  

Sur Marcel Maurice Pasquier, je dispose de peu de données, bien qu’il soit à la fois le cousin germain de mon grand-père Marcel Emile Pasquier et de mon grand-oncle Auguste Cailletreau, ainsi que de sa sœur Marguerite (1897-1986), ma grand-mère paternelle. Ce que je sais, se résume au fait qu’avant la guerre, il était ouvrier-coiffeur. C’était un beau jeune homme à la chevelure châtain clair et aux yeux bleus, plutôt plus grand que la moyenne des garçons de son époque: sa fiche dans le registre des matricules militaires indique qu’il mesurait 1m64.

Marcel Maurice qui, compte tenu de son âge, n’était pas mobilisable au début de la guerre, début août 1914, était probablement un ardent patriote. Ainsi, dès l’automne, il se déclara « engagé volontaire pour cinq ans » et fut incorporé à compter de novembre 1914, comme soldat de 2ième classe au 135ème régiment d’infanterie basé à Angers. Un régiment presque exclusivement composé d’angevins et de bretons. Il est mort, probablement dans une ambulance de campagne, des suites de ses blessures dans les tranchées de première ligne, le 29 mai 1915 à Acq dans le Pas-de-Calais. Il avait tout juste vingt ans!

Son décès fut notifié le 6 juillet 1915 à la mairie du Lion d’Angers où il était né le 30 octobre 1895, ainsi qu’à ses parents, Baptiste Pasquier et Angèle Houdin.

A partir de novembre 1914, Marcel Maurice a donc participé à tous les combats de son régiment. Lequel fut d’emblée parmi les plus éprouvés. (…)

De même, sur sa « guerre », on ne sait rien de précis l’impliquant personnellement : on ignore quel affrontement lui fut fatal. (…) 

(…) Marcel Maurice pressent sans doute qu’il ne survivra pas longtemps. Selon un témoignage transmis par une de ses nièces (…) Marcel qui avait obtenu une permission pour la fête de Noël 1914, serait reparti en disant à ses parents: » Je vous dis adieu, je ne reviendrai pas ».

Marcel Baptiste décède le 29 mai 1915 (…) Il est aujourd’hui inhumé au cimetière du Lion d’Angers dans une concession familiale acquise par ses parents dans les années 1920. En novembre 2008, elle fut d’ailleurs sur le point d’être déclarée abandonnée. Heureusement en 2010, la tombe existait toujours, préservant les restes de ce poilu « mort pour la France ».

Il eût été en effet injuste que le rapatriement au Lion d’Angers de la dépouille de ce poilu sur l’initiative de ses parents, ait remis en cause le principe selon lequel tout sacrifié pour la Nation bénéficie d’une sépulture prise en charge, ad aeternam, par l’Etat.

Le 22 juillet 1915, l’Etat avait accordé 110 francs de secours à son père en dédommagement de la mort de Marcel Maurice: pour solde de tout compte! » 


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Nota : L’anagramme cité dans le billet est issu d’un ouvrage très déroutant, publié chez Flammarion en novembre 2011 intitulé « Anagrammes renversantes » dont les auteurs sont respectivement Etienne Klein et Jacques Perry-Salkow. RV donc chez  » Les éditions Flammarion » dont les facétieux auteurs ont repéré l’anagramme:  » L’arôme des mots à l’infini ».

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Vu d’en bas, on voit le ciel. Et si on n’y prend garde, on pourrait même croire qu’il s’agit d’un ciel de montagne au printemps.

Erreur!

Il s’agit juste d’un ciel en Hurepoix après quarante jours de confinement, un dimanche presque ensoleillé de printemps! Un ciel diurne, floconneux et apaisé sans les avions d’Orly. Un ciel qui semble nous inviter au voyage qui, bien que n’excédant pas les limites de notre jardin, comportera son lot d’aventures. Un ciel en relief qui nous donne de la perspective… Et, par les temps qui courent, on en réclame de la perspective! Pour le jour où…

Sympa en tout cas cette fiction de la montagne quand la nature s’éveille… Sympa de nous convier à cette balade champêtre dans notre propre jardin, alors qu’on pensait jadis ne plus rien découvrir de ce carré d’herbe que nous piétinons sans y prêter attention…

C’est pourtant le même « champ » clos que celui qu’on ne voyait pas auparavant, mais si divers subitement, si transformé au fur et à mesure qu’on avance dans la saison… Si varié aussi, depuis que nos yeux se sont dessillés et que nous avons recouvré la vision des fleurs sauvages ou de celles de jardinerie de l’année passée, vouées aux déchets verts, il y a deux mois, mais qui désormais s’émancipent… et reprennent du service, à leur guise!

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Que dire alors? Qu’écrire? Rien, sinon simplement admirer cette nature qui se présente à nous, sans autre commentaire ou ambition que de partager les bouquets printaniers qu’elle nous offre comme autant d’hymnes à la liberté retrouvée, avec tous ceux, confinés aussi, mais qui ne disposent pas de ce coin de verdure spontanée et fleurie. Un petit coin de verdure, qui élargit l’horizon, en dilatant l’espace et en confinant l’ennui…

Vu d’en haut, on ne voit que des fleurs! Et on respire mieux. C’est d’ailleurs essentiel pour contenir sa légitime impatience. En bonne compagnie, on peut ainsi aspirer raisonnablement à des lendemains qui chantent!

Courage et patience, bientôt on verra le bout du tunnel!

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A tous ceux, qui, comme moi, sont confinés le jour de Pâques! 

Quand il avait le sentiment de s’être « fait avoir » ou de « l’avoir dans le baba », mon père avait coutume de dire « on est chocolat », une expression vernaculaire à propos de laquelle les exégètes patentés de l’argot continuent de se diviser quant à ses origines. 

Cette année, alors que ce satané virus nous contraint – en dépit de notre plein gré – à un confinement généralisé, être chocolat le jour de Pâques n’a jamais été aussi bien vérifié au sens de mon père que contextuellement hors sujet.  Et « en même temps »! 

La glycine de mon jardin, en fleurs depuis trois jours!

En effet, dans le périmètre restreint des quelques ares de tolérance, dédiés à notre libre circulation, il n’est guère discutable que se transformant progressivement en lions solitaires en cage, on se retrouve privés des classiques chocolateries pascales et des rites qui les accompagnent !

Les œufs en sucre, gorgés de liqueur comme les lapins en chocolat sont, cette année, absents des prisons domestiques dans lesquelles nous sommes condamnés à faire pénitence. Ces lieux familiers sont devenus pour l’heure des endroits de vaine espérance où la plupart d’entre nous, sont obligés de se terrer, coupables imaginaires de n’avoir pas pris au sérieux l’épidémie dévastatrice, au moment où les élites savantes ou prétendues telles n’y croyaient pas elles-mêmes! Elles nous en font pourtant quotidiennement le reproche presque courroucé! 

Dans ces conditions, la réplication annuelle en grandes pompes de nos traditions pascales, ersatz symbolique de la résurrection christique est donc reportée à plus tard, voire sine die, et avec elle, la rituelle chasse aux trésors chocolatés déposés par des cloches venues expressément de Rome, pour agrémenter d’obscures caches dans les buissons de nos jardins ou les pots de fleurs de nos terrasses…

Cette année, les enfants non connectés  devront en faire leur deuil, et, surtout nous, les grands parents. Et ce d’autant plus que les « experts » – ces fameux experts en tout! – après avoir consulté les haruspices, ont décrété que notre progéniture était l’alliée objective du virus et que leurs efforts conjugués risquaient, même involontairement, de nous projeter prématurément ad patres! Par conséquent, les enfants comme le chocolat sont également absents. 

Du coup, nous, les vieux, nous sommes privés, ce jour de Pâques, de la jeunesse bruyante qu’on aime, devenue potentiellement parricide par insouciance œdipienne et surtout par virus interposé ! On se console comme on peut, car quand bien même, nos petits enfants seraient à nos côtés, les chocolats ne seraient sans doute pas au rendez-vous.. En effet, la cité éternelle source de ce prodige pascal, cette Rome de nos humanités et de nos missels, vide de ses patriciens et de ses plébéiens ainsi que de ses pharisiens calfeutrés et apeurés, ne pourrait fournir les précieuses marchandises! Car Rome et le Vatican en tête sont eux aussi confinés. Comme congelés, les bras en croix sur le pavé de la place Saint-Pierre. 

La Chine pourrait sans doute s’y substituer, comme elle l’a fait avec succès pour les cure-dents, les dessous de table, les composants électroniques et bientôt les centrales nucléaires, mais, dans cette « crise sanitaire » qui nous afflige, comme disent avec emphase les « techno » qui nous gouvernent, elle n’a été sollicitée que pour fournir des masques de protection d’abord déclarés inutiles puis désormais utiles et même jugés indispensables. 

Quant aux chocolatiers du crû, la plupart en chômage partiel et présentement affublés de becs de canard protecteurs, ils n’osent guère s’engager dans une production de masse de lapins en chocolat, sans la garantie formelle du gouvernement qu’ils pourront les écouler. Les normes européennes interdisent de les conserver indéfiniment dans leurs clapiers réfrigérés. Bref, il faut être prudent car les décisions stratégiques des grands chefs parisiens et des eurocrates coalisés ne se singularisent ni par leur constance, ni par leur stabilité! 

Une seule réalité émerge: la France semble effet durablement confinée sous peine d’amende. Une autre se profile dangereusement: nos esprits autrefois volontiers frondeurs sont, eux aussi, en train de se confiner! 

Seule la Nature, indifférente aux maux qui nous accablent, et encore en sommeil, il y a quelques semaines, pour cause d’hibernation saisonnière, renaît et explose, provocante, sans se préoccuper des consignes gouvernementales.

Et, en ce jour de Pâques, il est plutôt rassurant d’admirer la floraison enfin parvenue à maturité de la glycine, puis dans la foulée, celle des myosotis après les tulipes. Les giroflées qui embaument leur environnement, et les azalées en cascades qui entrent à leur tour dans la danse. 

Il est en outre réjouissant de voir que les fleurs sauvages, celles de pissenlits, les boutons d’or, les pâquerettes ne sont pas en reste, et qu’elles contribuent activement et à leur mesure à la coloration du jardin. Sans compter, les semis spontanés des œillets d’Inde de l’an dernier, les mufliers qui repartent, ou encore le muguet transplanté de Massy, qui se prépare pour le premier mai à côté des premiers bourgeons de pivoine ….

Et l’inventaire est loin d’être exhaustif !

Mille ans de confinement ne suffiront pas à l’établir! Car, en adepte enthousiaste de la philosophie présocratique de Parménide, il y a 2600 ans, et surtout en inconditionnel du paradoxe d’Achille et de la tortue, formulé par son élève Zénon d’Élée, je transforme mon jardin en un espace infini. Ma méthode d’investigation sans fin mais non sans limite est simple et indéfiniment reproductible: elle consiste en effet à ne procéder chaque jour qu’au repérage de la moitié des espèces végétales supposée présentes! 

Dans ces conditions, j’ai la certitude rassurante que mon recensement végétal ne parviendra jamais tout-à-fait à son terme… et que la neutralisation du coronavirus nuisible, prélude à notre libération, interviendra bien avant de formuler une conclusion même approchée à ce travail d’herboriste obstiné à créer un hypothétique conservatoire des plantes sauvages ou domestiques au sein de son propre lopin de terre. Mais j’espère ardemment que notre levée d’écrou se produira avant de devoir me doter d’un microscope électronique pour poursuivre mes interminables recherches jusqu’à l’infini. Je n’exclus pas malheureusement, au train où vont les choses, et eu égard aux hésitations faussement ingénues de nos gouvernants, que je doive poursuivre mon travail jusqu’à l’usage de la pince à épiler pour traquer les variétés végétales les plus subtiles.

En attendant donc de reprendre à notre gré et sans modération, les grisants apéros d’antan, préfigurant de généreux repas pascals, agrémentés de l’incontournable gigot d’agneau aux haricots blancs, arrosé de vin d’ici plutôt que de l’au-delà, il nous reste à souhaiter à tous, de joyeuses fêtes de Pâques ! A tous ceux en priorité qui me font l’honneur de lire mes innocentes divagations oniriques! Et à tous ceux que j’aime. 

Bien sûr, on refera la fête! Ne dit-on pas, « Pâques confiné, Noël libéré »?

Fleurs de pommiers du jour de Pâques

 

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Vue l’ampleur des dégâts humains occasionnés par le virus CoVid 19, ceux d’ores et déjà observés mais surtout ceux annoncés et redoutés du fait de la redoutable contagiosité de ce prédateur invisible et de sa virulence pathogène, personne de sensé – ou presque – ne conteste le bien-fondé du confinement, c’est-à-dire de l’assignation à résidence, qui nous a été imposée à compter du à douze heures.

La menace semble telle que pas un quidam – ou presque – n’oserait émettre la moindre réserve sur cette privation de liberté de mouvement sans jugement préalable… En d’autres circonstances, on défilerait pourtant par millions sur les boulevards pour dénoncer cette mesure d’enfermement de toute une population, qu’on qualifierait de fasciste sur nos calicots et dans nos slogans!

De même, personne – ou presque – ne prendrait le risque de s’affranchir délibérément de ces « gestes-barrières » qui protègent!

Notons au passage que ces comportements de bon sens (distance, écran ou masques, limitation des temps de promiscuité), affublés du néologisme un peu techno de « geste-barrière » dans le but d’impressionner le chaland comme jadis la ligne Maginot, rappellent les principes appliqués en d’autres domaines pour éviter, par exemple, la contamination radioactive ou les irradiations.   

Dans mon jardin, confiné … Acceptable!

En résumé, les seuls mots d’ordre qui trouvent grâce aujourd’hui dans les discours officiels, abondamment relayés par les médias, c’est l’exigence non optionnelle de discipline et le sens du devoir, qui sont, par principe et par obligation, attendus de tous… 

Les esprits frondeurs – et moi le premier – sont priés de taire leurs critiques et tout le monde – ou presque – doit admettre – et moi le premier – que c’est bien ainsi, au nom précisément de cette « discipline collective  » et du « sens du devoir citoyen », indispensables pour vaincre le mal! Pour gagner cette « guerre »  comme l’appelle à bon droit et comme nous y enjoint notre martial président derrière son masque FFP2 de combat, dont il a serré la jugulaire! 

Parfois, le soir, il nous arrive bien calé dans nos oreillers, de nourrir quelque état d’âme, de nous étonner de nous-mêmes et même de sourire un peu à l’idée qu’un virus malveillant est finalement capable, parce qu’il le faut de nous faire marcher au pas cadencé…

Mais rapidement, on écarte cette mauvaise pensée, préférant nous ranger sans barguigner parmi les combattants du bien et de la vérité! 

Il sera toujours temps après la fin de cette pandémie virale inédite – ou presque – à l’échelle mondiale de dire où le bât a effectivement blessé, d’identifier les éventuels manquements, erreurs ou failles de vigilance… Il sera toujours temps de mesurer, si elle a d’ailleurs lieu, les effets d’une hypothétique et future »tiare byzantine » démographique. 

Pour l’heure, on se contente tous – ou presque – de répéter que rien ne sera plus comme avant, que ce maudit virus qui exacerbe les inégalités, aura au moins un avantage, celui de nous inciter à réviser nos priorités stratégiques et à donner sens, en l’incarnant politiquement d’une autre manière qu’auparavant, à ce vœu de « bonne santé surtout » qu’on se souhaite tous mutuellement en début d’année! 

En matière de jardin, je fais un peu « curé »

Mais en attendant quelle barbe! Quelle barbe d’être contraint de rester chez soi contre son gré! Quelle barbe de ne plus rencontrer sa famille ou ses amis qu’au travers d’écrans! Quelle barbe de téléphoner à son voisin plutôt que de sonner à sa porte pour s’enquérir de sa santé! Quelle barbe de voir le printemps se pointer à l’heure prévue et de n’en pas profiter « à bicyclette » sans justification autre que le plaisir de la balade! 

Quelle barbe, et pourtant j’appartiens à la catégorie privilégiée – bien qu’à risque – de ceux qui peuvent rompre l’errance lancinante de journées trop longues, du lit au salon, du salon à la cuisine et de la télé au fauteuil. Je suis en effet de ceux qui peuvent casser cet enchaînement infernal par un détour par un jardinet où la végétation indifférente à l’activité prédatrice de nos virus explose, luxuriante dès avril! 

Si seulement l’achat de semences était encore possible! 

Alors, pour ressentir un sentiment d’exister qui commence à s’émousser, je m’autorise, un seul acte « innocent » de rébellion, à contrecœur d’ailleurs car je n’aime guère être assimilé aux archaïques barbus: j’ai décidé de ne plus me raser et de laisser pousser ma barbe et les cheveux jusqu’à ma libération, tel un Robinson dans son pavillon de banlieue ou un professeur Raoult à la Timone…

Et dans la mesure du possible, sans passer par la case des urgences respiratoires!

Aussi, aux deux ou trois lecteurs (que j’espère plus spontanément dociles que moi vis-à-vis des règlements vitaux) qui me feront l’honneur de lire ces lignes, je conseille de prendre soin d’eux!  C’est la seule urgence aujourd’hui! 

A l’ouest (du jardin), il y a du nouveau : un forsythia en fleurs

 

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Quand nous en serons au temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur

Fleurs de cerisier dans mon jardin – 27 mars 2020

Les fleurs sont bien présentes au rendez-vous en cette fin morose de mars 2020, mais qu’en sera-t’il en mai du « temps des cerises »?

Qu’en sera-t’il en juin de cette chanson qui, durant plus d’un siècle, porta les espoirs de nos pères et de nos mères et qui incarna leurs utopies? Que deviendra cette ritournelle, qui accoucha de la République telle qu’on la chérit, tolérante, folle et ludique, généreuse et mutine? Celle des gamins des villes et des villages, qui venaient chaparder dans les jardins à la sortie de l’école, ces cerises convoitées, érubescentes, carmin, grenat ou vermillon, sur lesquelles veillaient comme le lait sur le feu, des propriétaires plus ronchons que méchants, et finalement indulgents? 

Qu’en sera-t’il demain de cette République si on n’a plus le cœur pour fredonner cette bergerette disruptive, dépouillée de son contexte révolutionnaire? Cette innocente comptine ou autre pépiement anodin n’est rien, si on oublie que ce fut l’hymne de ralliement, espiègle et radieux, de tous ceux qui, dans notre histoire récente, se réclamèrent du progrès social dans la liberté et la fraternité?

Qu’en sera-t’il de nous-mêmes si, ayant survécu à ce virus tueur et ravageur, grâce au courage et au dévouement de ceux qui nous soignent et nous assistent dans cette épreuve, nous avons perdu la bataille de l’esprit critique et de la plaisanterie frondeuse, si nous avons laissé nos cerveaux en jachère en confinant nos corps, mis nos drapeaux en berne et perdu, concurremment avec les repères d’un art de vivre séculaire, notre goût vital de la transgression? 

Ne serait-ce pas nous renier, et surtout trahir le sacrifice de ceux qui nous permettront demain de revivre, que d’abandonner en rase campagne au nom d’une prétendue défaillance morale et de celui d’une discipline devenue vertu civique cardinale, ce goût de la désobéissance qui rend la vie supportable? C’est pourtant cette appétence à l’insurrection douce et salutaire, dorénavant délinquante qui réveille la nature au printemps et libère nos imaginations. C’est elle, ferment essentiel de nos créations qui garantit notre vivre ensemble, notre pacte social et surtout notre bonheur d’exister ainsi que notre confiance dans l’avenir. 

Et, par un étrange et néanmoins logique paradoxe, c’est précisément cette indocilité qu’il nous faut temporairement mettre sous le boisseau pour éviter l’extension trop rapide de la contagion par ce satané virus. Dont acte! On a compris, bon gré, mal gré que pour s’en sortir, nous devions nous enfermer! Il nous faut, l’instant de cette bataille, oublier notre humaine condition d’êtres essentiellement profilés pour échanger et communiquer charnellement avec nos semblables!   

Aussi, si cette amnésie identitaire consentie au nom d’une guerre qui nous a été déclarée et imposée par un ennemi invisible, était appelée à durer au-delà du nécessaire, et si elle persistait à nous affliger dans quelques mois, alors que les traces de la tragédie n’encombreraient plus que nos souvenirs, comment pourrions-nous entonner ingénument demain un chant de liberté, appris de nos parents dès l’enfance? Pourquoi continuerions-nous à célébrer un « temps des cerises » vidé de sens et orphelin de son potentiel de révolte?  

A quoi bon alors, faudrait-il s’échiner à ressusciter artificiellement un « peuple de gauche » oublieux de ses origines  – les nôtres en l’occurrence – résigné et converti à l’idéologie sécuritaire à mille lieux de l’épopée communarde de 1871 à laquelle ce chant est associé. A des années-lumière aussi des militants ouvriers qui occupaient leurs usines en 1936, des réformateurs de la Libération, des résistants gaullistes et communistes à l’oppression nazie, ou des grévistes et étudiants de mai 1968! A perte de vue enfin, de nos propres convictions!  

« Militairement » vaincu, ce virus aurait, malgré tout, gagné la guerre de la régression sociale, si de son passage, nous ne retenions que l’aspect sécuritaire absolu et liberticide qu’il nous a contraint à institutionnaliser pour simplement survivre…et non pas pour vivre! Si la cause de notre réclusion était initialement juste, elle deviendrait un combat douteux si elle devenait le creuset de nos futures chaines et inaugurait de fâcheuses et inutiles habitudes ! Le virus « mort » deviendrait alors un prétexte pour amplifier et consolider une tendance « moderne » à la multiplication des règlements et des interdits déjà en germe dans notre société plus « accro » à la sécurité bureaucratique tous azimuts que d’égalité et de fraternité… Point n’était besoin d’un virus maudit et mortifère pour théoriser cette perversion mais force est de constater qu’il en apporte une justification éclatante! Espérons-la, éphémère…

En effet, ce qui est, en ce moment critique, nécessaire et tolérable eu égard à l’enjeu vital que nous oppose cette agression virale, devrait en principe demeurer exceptionnel et recevable uniquement dans le périmètre juridique d’une lutte sans merci que chacun, passif ou actif, doit mener sans faillir contre un ennemi commun.

Ultérieurement, il nous faudra évidemment et d’urgence réviser totalement ce point de vue. Il conviendra de veiller à ce que, sans délai après la fin du drame, toutes les sujétions imposées aux citoyens et toutes les mesures prises dont certaines franchement attentatoires aux libertés fondamentales comme par exemple l’interdiction de circuler librement sans en rendre compte aux autorités, soient abolies. De même pour toutes les dispositions dérogatoires instaurant un droit d’exception justifié par l’urgence du péril. C’est le cas par exemple de celles prises pour faciliter la logistique et l’intendance de cette guerre antivirale mondialisée, dont certaines comme la durée du travail – mais pas seulement – sont « outrageusement » hors des clous du droit commun du travail. 

Au-delà, il faudra s’assurer que les forces obscures, parfois ouvertement nostalgiques du pétainisme, qui sournoisement profitent de la situation pour gloser sur la faiblesse des démocraties dans les situations de crise et qui n’hésitent pas sur les réseaux sociaux à vanter ouvertement les mérites sélectifs des régimes autoritaires ou dictatoriaux, soient systématiquement dénoncées et que les républicains sincères considèrent de leur devoir de contrer leurs arguments. 

Faute de quoi, nous courrons le risque de subir la double peine, celle de la tragédie sanitaire et des plaies qu’il faudra panser, des deuils qu’il faudra accomplir, et celle d’une société cloisonnée, totalitaire, barricadée dans des certitudes et des pratiques révolues, remises au goût du jour et optimisées en vue d’un flicage généralisé par les technologies modernes de l’information…

D’aucuns en rêvent ouvertement, il convient de se méfier! 

« Le temps des cerises » ne serait plus alors qu’une légende gentillette pour enfants de chœur d’un désuet patronage laïc! 

Au nom du devoir de mémoire et du respect d’un avenir non hypothéqué par les démons du passé, faisons en sorte que le « temps des cerises » revienne…

Qu’il revienne vraiment, sans faux semblant, après l’éradication sans condition de cette affreuse épidémie.

Et alors le merle continuera de se moquer! 

Tombe de J. Baptiste Clément – Cim. du Père Lachaise, face au mur des Fédérés

 

PS: « Le temps des cerises ». Paroles écrites en 1866 par Jean Baptiste Clément, musique composée en 1868 par Antoine Renard. 

 

 

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La première, sinon la principale difficulté à laquelle on est confronté, lorsqu’on aborde un sujet grave – et la pandémie virale qui nous afflige en est un – n’est pas tant de faire état, sciences à l’appui, de notre ignorance ou de notre niveau de compréhension du phénomène ou de l’état d’avancement des recherches en cours pour neutraliser les effets délétères de cette engeance mortifère, que de se doter d’un titre adéquat. Ce dernier, à lui seul,doit en effet résumer d’emblée l’ampleur des bouleversements et des désordres de toutes natures, qui nous accablent. Aussi bien ceux qui sont déjà manifestes à l’instant où l’on prend la plume, que ceux post-traumatiques auxquels il faut s’attendre et que légitimement on appréhende.

En ces temps propices au mysticisme, j’aurais ainsi pu intituler ce billet circonstanciel, de « chemin de Damas présidentiel «  ou encore de  » conversion d’Emmanuel », tant la dramatique apparition du coronavirus dans l’hexagone, a non seulement bousculé notre vie quotidienne par sa prégnance et sa létalité supposée (et constatée), mais surtout parce qu’elle contraint ceux qui nous gouvernent – et en particulier le premier d’entre eux, désormais revêtu des frusques d’un chef de guerre – à adopter des positionnements stratégiques aux antipodes de leurs engagements électoraux et même – dans ce cas de figure – à renoncer presque explicitement à des pans entiers de leurs corps de doctrine mondialiste et ultra-libérale…

Le salopard – Coranovirus Covid 19 (photo Internet) 

La loi darwinienne, loi d’airain souvent oubliée, qui régule la survie du vivant, de l’infiniment petit à l’immensément grand, s’impose à nos chefs comme à nous tous. Mais l’aggiornamento de leur gouvernance, dicté par les événements est d’autant plus remarqué qu’hier, ils ne savaient esquisser l’avenir et entrevoir le monde qu’au travers d’une grille de lecture revisitée à leur convenance de la théorie de l’évolution.

Seule ne semblait trouver grâce à leurs yeux que la loi de la jungle circonscrite à la concurrence des grandes places financières et des marchés. C’est tout juste si dans ce concert de marchands d’illusions et de progrès prétendument croissants, les plus idéalistes rappelaient timidement les principes universels de l’humanisme. Pour mémoire, on aimait aussi se souvenir – ne serait-ce que pour la galerie ou apaiser nos consciences – que la finalité des droits de l’homme, préoccupation récente de notre histoire, était précisément d’introduire une morale collective pour atténuer – sans la remettre en cause – les conséquences cruelles sur les catégories sacrifiées, de l’évolution naturelle des espèces.

En effet, la Nature, livrée à elle même, n’est pas nécessairement « bonne ». N’en déplaise aux ingénus en sandalettes, adeptes des toilettes sèches et des trottinettes électriques, elle avantage sélectivement, et ce, depuis la nuit de temps – l’imperium des organismes les plus performants – souvent les plus frustes et microscopiques. En d’autres termes, s’impose systématiquement au hasard des mutations, la dictature de ceux dont la faculté d’adaptation à s’acclimater aux variations capricieuses et intempestives des écosystèmes, est plus performante que celle de leurs concurrents au sein de la même chaîne écologique.  

En général, cet imperium macabre des privilégiés du hasard prend le dessus au détriment des organisations biologiques complexes et interdépendantes qui sont justement le lot de notre espèce. L’agression virale actuelle n’est qu’un épisode tragique de ce combat titanesque, que les générations qui nous ont précédés, ont dû également surmonter, et parfois, au dépens du plus grand nombre! Ne dit-on pas que la grippe dite espagnole de 1918-1919 a tué plus de monde que la première guerre mondiale. 

Ainsi, tel Paul de Tarse sidéré et terrassé par la révélation divine sur la route de Damas, qui abandonne son projet d’éradication des chrétiens et se convertit au dieu de ceux qu’il s’apprêtait à combattre, le président de la République française, malmené – sinon déstabilisé – par l’intrusion impérialiste du « nouveau » virus, semble désormais prêt à réviser ses convictions les plus intimes, ou, si l’on préfère, à réécrire son « logiciel » d’interprétation du monde, en se faisant désormais le chantre surprenant d’un Etat Providence dont il dénonçait, il y a peu, les lourdeurs dispendieuses. 

Le voilà, par exemple, qui se met à évoquer la nécessaire relocalisation, intra muros, de secteurs d’activité essentiels (vitaux) pour la sécurité nationale, autrefois abandonnés hors les murs à des intérêts étrangers. Désormais, on regrette publiquement en haut lieu, les démantèlements industriels opérés au cours des dernières décennies au profit de régions du monde peu regardantes en matière de droits humains. On déplore les carences criantes ainsi révélées par la crise ainsi que les renoncements d’indépendance dont nos plus hauts responsables approuvaient auparavant le principe, au nom d’une « croissance » bienvenue des échanges internationaux et de la rentabilité des capitaux.

Le président de la République lui-même a probablement contribué, dans sa vie antérieure, à amplifier ses déménagements de secteurs d’activité désormais requalifiés de stratégiques. 

Telles sont les raisons pour lesquelles j’aurais pu titrer ce billet en me référant à la soudaine conversion de Saint Paul. Mais, j’y ai renoncé car l’heure n’est plus à la polémique. 

J’aurais pu aussi inaugurer mon propos en comparant la période actuelle à une  « drôle de guerre » contre un ennemi invisible au pouvoir de nuisances initialement sous évalué. Un ennemi, qui s’est déjoué sans complexe de toutes nos « redoutes » défensives, qui a probablement surfé sur nos hésitations et qui contourne allègrement nos lignes Maginot, qu’on appelle désormais des « gestes- barrières » ou de la « distanciation sociale »

Enfin, j’aurais pu expliquer et justifier notre actuelle vie de reclus ou de prisonnier à domicile, principale parade de bon sens contre cette invasion virale, en observant avec fatalisme et un certain désabusement que « nécessité fait force de loi ».

Face au péril épidémique, analogue à un tsunami qui emporte tout sur son passage, force, en tout cas, est d’admettre de gré ou de force, qu’aucune promesse d’estrade formulée il y a deux ans, et ressassée jusqu’au mois dernier comme un sésame réformateur, ne semble aujourd’hui constituer une digue infranchissable pour juguler le mal, ni même incarner un motif crédible d’espérance.

Faisant contre mauvaise fortune, bon cœur, on doit concéder que ce « monde nouveau » que certains appelaient de leurs vœux, pour asseoir « durablement » leur conception de la modernité, s’efface piteusement devant les « archaïsmes guerriers  » d’une Nature qui, depuis près de trois milliards d’années, a peaufiné la survie du vivant en promouvant sans état d’âme, une guerre sans merci entre des proies et des prédateurs. Et ce combat multiséculaire sans hiérarchie décrétée des espèces n’a rien à faire de nos chimères moralisantes ou de nos fantasmes anthropocentriques.  

Dans cette guerre intestine, dont nous sommes partie prenante et très souvent les victimes, les coquetteries idéologiques, objet de nos habituelles chamailleries, ne sont plus guère de mise, hormis le principe de solidarité et d’entraide entre humains devant l’adversité. Nos querelles d’antan, devenues subitement picrocholines, apparaissent dérisoires et sont, de fait, mises en sourdine.  A telle enseigne qu’à l’exception de quelques entêtés narcissiques ou rhéteurs anachroniques et ombrageux, toute la classe politique se découvre soudainement modeste et révérencieuse à l’égard d’une science salvatrice transformée pour la circonstance en radeau de la Méduse de tous nos espoirs.

Bref, tout le monde s’accorde sur l’idée que le drame exige une mobilisation générale et une Union nationale! Comme en 14-18!

Tout le monde semble même s’accommoder des restrictions de libertés collectives et individuelles que cette situation implique pour déjouer les méfaits tragiques de cette mystérieuse et malfaisante cinquième colonne. Cette armée de l’ombre qui avance masquée en se lovant dans la poignée de main d’un ami ou dans les baisers échangés entre des amoureux..!  Mais qui colonise aussi les manettes de nos caddies et les crémones de nos fenêtres! 

Quoiqu’il en coûte, il faut combattre et vaincre ce mal qui, d’ores et déjà, aligne les cercueils, nous faisant revivre, chaque soir au journal télévisé, au travers de sinistres statistiques de décès quotidiens, les affres et les angoisses des grandes épidémies moyenâgeuses.

« Se mobiliser sans relâche, demeurer vigilant, adopter les comportements adaptés », tels sont désormais les mots d’ordre, qui se résument en fait à une seule recommandation devenue l’injonction primordiale, le confinement des populations, que reprennent en cœur le Président de la République et l’ensemble des autorités administratives et sanitaires… On retrouve dans leurs discours, les accents patriotiques de Georges Clemenceau devant la Chambre de députés, le 8 mars 1918: 

Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c’est tout un. Politique intérieure, je fais la guerre ; politique extérieure, je fais toujours la guerre. Je fais toujours la guerre.

Du coup, le silence s’installe dans les artères et les boulevards de nos villes et de nos campagnes. Le ciel nocturne retrouve sa transparence de jadis, et celui, diurne n’est plus maculé des zébrures imprimées par les sillages des avions long-courrier.. La pollution atmosphérique décroît au fur et à mesure que les usines ferment. Les cours d’école ne résonnent plus des cris d’enfants en récréation…Et chacun se calfeutre chez lui, se méfiant même, à la clôture de son jardin, des miasmes et des postillons d’un voisin enrhumé qui tousse et tue le temps en élaguant leur haie mitoyenne. 

Du coup, la peur s’installe, et on n’ose plus se rendre chez le boulanger ou l’épicier, si celui chez lequel on s’approvisionne d’ordinaire en toute insouciance, risque d’être considéré comme trop éloigné de son domicile par les préposés du ministre de l’intérieur, qui contrôlent les allées et venues de tous les quidams maintenus en résidence surveillée. Et qui battent la coulpe inconsciente de leurs concitoyens à coups de carnets à souche.

Du coup, on s’adapte, car ce combat est rude, qui consiste pratiquement à contredire tout ce qui faisait auparavant le sel de la vie: la convivialité et l’apéro en compagnie de nos semblables. Il conduit à nous cloisonner, à éviter nos frères et sœurs en humanité. Cette privation, qui va de pair avec celle de notre liberté d’aller et venir, est présentée comme nécessaire par tous les savant(e)s/soignant(e)s en blouse blanche qui se succèdent sur les écrans à longueur de journée…Elle est évidemment nécessaire car indispensable pour ce débarrasser du fléau, mais n’en demeure pas moins insupportable. Et, c’est avec cette contradiction  qu’il nous faut vivre!  

Chaque soir, désormais, on écoute religieusement les paroles du directeur général de la santé, malheureusement contraint de radoter: « La situation de l’épidémie en France est très inquiétante, elle se détériore très vite. »

Du coup, on se réfugie sur les réseaux sociaux, on refait pour la énième fois l’inventaire de ses réserves de nourriture et d’imagination, on téléphone aux amis, ainsi qu’aux enfants, à la famille et on se préoccupe de leur santé. De leur côté, ils s’inquiètent de la nôtre: c’est le protocole de civilités auquel il faut procéder pour se rassurer mutuellement et pour attester que l’on s’aime malgré l’éloignement et en dépit de la nature de cette pandémie qui nous sépare.

« Bien sûr se répète-t’on – pour se convaincre, à force de sacrifices, les effets morbides de cette merde finiront forcément par s’estomper »…

Le temps passe! Et chemin faisant, un monde nouveau, totalement inattendu, se profile, sur les ruines de nos illusions perdues. Mine de rien, il remet en cause nos comportements les plus élémentaires, notre organisation du temps, notre façon de vivre et il discrédite nos paradigmes d’avant…

Tout se passe comme si la Nature, facétieuse et cruelle, avait appuyé sur la touche « Reset «  de nos propres existences ! Comme si nos standards de civilisation devaient impérativement être nettoyés, accusés d’archaïsmes et d’encombrements provoqués par des siècles d’accumulations inutiles… 

Et depuis, progressivement, on s’enfonce dans l’horizon de ce petit « trou noir » de nos androïdes intimes.

On plonge sans retour vers nos caractéristiques initiales « constructeur ». Et, ce, dans la perspective de renaître en se réinitialisant dans un autre univers dont on peut espérer qu’il demeurera compatible avec celui dans lequel on a vu le jour!

Du point de vue de la science, l’époque troublante de grande incertitude pour la biologie, la médecine et l’infectiologie semble, à bien des égards comparable à celle de la physique classique à la fin du 19ième siècle.

A quelques petits détails près qui ne collaient pas parfaitement pour accéder à une compréhension complète du monde  (expérience de Michelson et Morley, rayonnement du corps noir) la science physique paraissait alors aboutie (finie). Et pourtant, quelques années plus tard, son paysage conceptuel et théorique était entièrement bouleversé par la relativité restreinte puis générale, et enfin par la mécanique quantique…

De même, on peut penser qu’une nouvelle heure est venue pour la biologie, celle d’une ère aussi déterminante pour la connaissance du vivant que ne le fut la physique du début du siècle dernier pour la matière, l’espace et le temps!

Cette crise sanitaire annonce peut-être les prémisses de cette refondation. Si tel est le cas, ce mal préfigurerait un bien. Mais à quel prix?

En attendant, il n’y a pas d’autre choix que de se confiner chez soi … strictement! 

Putain de virus!

Est-ce un hasard s’il est affecté d’un nom étrange qu’on aurait pu tout aussi bien attribuer à une exoplanète (SARS-CoV-2 alias CoviD-19).

 

Fautes de masques et de sur-blouses: de bonnes grolles (Drôle de Guerre)

 

PS : Succincte traduction du nom de ce coronavirus qui nous « veut » tant de mal :

SARS-CoV-2 (Syndrome Aigu Respiratoire Sévère –COronaVirus »), responsable de la maladie CoviD 19 (Co comme corona, vi pour « virus » et D pour  » disease », 19 année d’apparition) 

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