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Posts Tagged ‘Commémoration’

Rose l’Angevine, quasi-coauteure de ce blog; en tout cas, une de ses principales inspiratrices et correspondantes, et la plus fidèle de ses lectrices, doublée d’une généalogiste érudite de la famille, vient de m’adresser deux cartes de vœux échangées par ces parents en 1917.

  • Lui était sous officier en guerre sur le front français; il s’appelait Michel Joseph Gallard (1896-1962). 
  • Elle travaillait au Crédit Lyonnais à Angers et s’appelait  Germaine Eugénie Turbelier (1896-1990). 

Elle était une des premières angevines à exercer un métier de bureau dans une banque. C’était aussi une des sœurs de mon grand-père maternel.

Ils s’aimaient…

Pour clore cette année 2018, celle du centième anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre, et aborder la suivante, quoi de plus approprié que de reproduire ici, ces deux émouvants témoignages de vie et de tendresse! Et d’espoir aussi, au-delà des vicissitudes d’une actualité souvent préoccupante, voire oppressante. Leurs serments demeureront toutefois du domaine de leur intimité…

Ces deux êtres misaient sur leur amour pour s’isoler du fracas assourdissant des armes et triompher de la mort omniprésente.  Ils eurent la chance d’y parvenir. Ils se marièrent et eurent trois enfants…

…dont une petite dernière, Marie-Thérèse, dite Rose!

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Pour les gens de ma génération, c’est-à-dire celle des petits-enfants des soldats de 14-18, celle du baby-boom d’après la seconde guerre mondiale et celle, étudiante, qui, en mai 1968, se révolta contre l’ordre établi, les célébrations de l’armistice mettant fin au premier conflit mondial, sont ancrées tels des rituels laïques et patriotiques, remontant à l’enfance et l’adolescence. C’était dans les années cinquante et soixante du siècle dernier… Et, pour moi, s’y ajoute une composante de religiosité provinciale dans un quartier périphérique d’Angers, celui de la Madeleine!

En ces temps lointains de la quatrième république agonisante et de l’émergence de la cinquième dans les soubresauts de la guerre d’Algérie, nombreux étaient les « poilus de la Grande guerre » encore valides qui défilaient chaque année à l’occasion du « 11 novembre » derrière leurs porte-drapeaux, en arborant fièrement les insignes de leurs régiments et leurs  » accroche-cœurs » gagnés sur les champs de bataille à Verdun ou ailleurs. Parmi eux, il y avait beaucoup de « petits vieux » du quartier, et même mon premier instit’ Ernest Cragné (1887-1965) qui, dans les années trente, avait été aussi celui de mes oncles Albert (1925) et Georges Turbelier (1927-2009)…

Après la « sonnerie aux morts » par le trompettiste attitré de la fanfare du patronage, puis une « Marseillaise » éraillée mais de rigueur, et enfin une minute de recueillement devant le monument dans l’église, où figuraient les noms de leurs camarades de classe « morts pour la France », ils noyaient leur passé ou leur chagrin et parfois leur tacite culpabilité d’avoir survécu à la boucherie, à la buvette du cercle paroissial de « boules de fort ». Là, ils débouchaient en cadence des alignements de fillettes « d’antidérapant » rouge ou blanc, qu’ils descendaient à grandes lampées dans des verres tronconiques à l’angevine.

Et chacun y allait du récit de ses exploits, s’attardant sur les faits d’armes mémorables dont il aurait été l’acteur ou le témoin, au chemin des Dames à la côte 304, à Mort-Homme, en Picardie, dans les Flandres, sur la Marne ou dans les Dardanelles! Depuis quarante ans, leurs narrations étaient patinées par le temps, un peu idéalisées surement, mais si criantes de vérité, lorsqu’elle étaient racontées par ces vieilles trognes qui s’illuminaient, tels des phares gyroscopiques calés sur la victoire de 1918. Le jour du 11 novembre,c’était leur jour de gloire… Le seul de l’année où on les regardait comme des demi-dieux.  Leurs histoires, étaient plus vraies que vraies en somme, puisque, sans s’affranchir de la narration des faits, c’est de leur détresse dont il nous entretenait pudiquement derrière certaines fanfaronnades.

Depuis toujours, ils étaient au rendez-vous de cet anniversaire, qui symbolisait le jour où ils furent délivrés de l’angoisse de la mort immédiate, dans le même temps où ils durent faire le deuil des copains qu’ils laissaient derrière eux. Tous adhérents d’une amicale d’anciens combattants, tous solidaires et à jour de leurs cotisations, ils savaient ce que chacun allait dire! Peu importe d’ailleurs, car ce qui comptait avant tout, c’était d’être là à se serrer les coudes en comptant les rangs. Lesquels, déjà, s’éclaircissaient tristement.

A ce jeu, mon grand-oncle Auguste Cailtreau (1892-1975) – mon « grand-père » par substitution – ne participait pas ou guère. Quand il était exceptionnellement présent à une manifestation d’anciens dans le quartier Sainte Bernadette, il se contentait d’écouter modestement les exploits de ses amis. Ce n’est qu’en le poussant dans ses derniers retranchements, qu’il consentait du bout des lèvres à « avouer » qu’en tant que chauffeur du colonel, il avait conduit le clairon de l’armistice sur les premières lignes du front bulgare à l’aube du onze novembre 1918.

Il n’aurait toutefois pas raté, avec Nini son épouse, le traditionnel repas de l’amitié qu’organisait son amicale dans une auberge des bords de Loire.

Et nous, gamins, à peine incommodés par l’odeur acre de la vinasse et des fumées de tabac qui se déployaient en larges volutes dans l’atmosphère de la salle municipale ou paroissiale, nous assistions, alibis de l’avenir, à cette scénographie dont on savait d’avance le déroulement et l’issue…Dans un coin, les drapeaux, les étendards et les fanions étaient en berne, jusqu’à la prochaine sortie!

Un tantinet insolents, nous écoutions à peine ces pépés qui ressassaient chaque année les mêmes rengaines, dont on ne savait s’il s’agissait d’épisodes réellement vécus ou d’édifiantes fictions patriotiques rodées par des décennies de mémoire sélective. Ce qui est certain, c’est qu’il n’aurait pas fallu nous pousser outre mesure pour qu’on les raconte à leur place, sans omettre ni l’ambiance dans les tranchées avant et après l’attaque, ni la peur des soldats lorsque les « machines à découdre » de l’ennemi arrosaient les premières lignes, ni la répulsion que suscitait la puanteur des cadavres en décomposition oubliés dans les boyaux de première ligne… On riait quand même quand ils évoquaient « la trouillote » et surtout les « boites de singe » infectes, avec lesquelles ils étaient censés s’alimenter dans les rares moments d’oisiveté autorisée. Sans compter le rouge qui tache, la bouffarde, la gnôle, les bandes molletières crasseuses et les ceintures de flanelle!

Parfois leurs regards s’assombrissaient lorsqu’ils évoquaient en regardant du coin de l’œil, les quelques gueules cassées présentes, qui, contre toute attente, avaient déjoué les pronostics médicaux, et survivaient en dépit de tout. Loques humaines pensionnées de l’Etat, ces pauvres éclopés résistaient misérablement aux sévices du temps en masquant le trou béant de leurs mâchoires arrachées par des éclats d’obus, avec des prothèse en cuir. Le reste du temps, calfeutrés été comme hiver dans de minuscules guérites de la Loterie Nationale, ces pauvres mutilés tentaient de conjurer un sort qui leur avait été presque fatal dans les tranchées, en vendant des billets « gagnants » à des badauds sur les boulevards!

Parfois, certains vétérans versaient une larme qui laissait une trace blanchâtre sur leurs visages râpeux en se perdant dans les méandres de leurs rides! Alors on s’émouvait aussi à l’écoute pour la énième fois de l’insupportable attente que devaient endurer leurs potes moribonds, embrochés par une « Rosalie »boche ou une « tachette » teutonne… La « valise diplomatique » du chirurgien chargé de faire le ménage dans les chairs déchiquetées arrivait toujours trop tard, sauf à panser un mort, tandis qu’au loin l’artillerie ennemie lançait sa « musique » infernale sur les copains montant en première ligne en vue du prochain assaut…

J’appartiens à cette génération, la dernière à avoir approché ces hommes au courage contraint qui traînaient leur misère depuis si longtemps. Désabusés sur l’espèce humaine, ils s’efforçaient de faire diversion en se congratulant mutuellement… Peu communicatifs finalement sur leur détresse intime, ils préféraient ressasser les mêmes histoires de guerre, sans trop s’attarder sur leurs illusions perdues dès l’automne 1914…On leur avait volé la jeunesse et tout ce qui la caractérise, la joie, la confiance, l’ingénuité et l’amour. Les femmes. Bref le gout de vivre!

Ces hommes de chair et d’os, guerriers par devoir s’étaient mués en héros malgré eux, et ce faisant, étaient devenus des symboles sans l’avoir recherché. Mais ils demeuraient hantés par le souvenir de tous ceux, moins chanceux qu’eux qui avaient été assassinés à leurs côtés, victimes de la même imposture sur la justification de ce premier conflit meurtrier – quasi génocidaire – de l’ère moderne!

Pour moi, l’armistice de 1918 reste indissociable de ces hommes vieillissants, qui ne parvenaient pas à cicatriser les blessures physiques et morales qu’on leur avait infligés pour le bon plaisir de « va-t-en-guerre » des différents camps en présence!

En cette année du centenaire, c’est d’abord vers eux que vont mes pensées… Eux que je tutoyais autrefois et qui sont aujourd’hui des mythes à usage multiple et tous des soldats inconnus.

Ceci explique cela. Je conserve depuis quarante ans dans mon portefeuille, la carte de poilu d’Orient de mon grand-oncle! Une manière de relayer leur témoignage en me revendiquant de l’un d’entre eux! Une manière aussi de me positionner comme le légataire et l’héritier de ces troufions de 14-18, qui, par leur sacrifice, imposèrent une certaine idée de la Nation, fière de ses principes humanistes et de la civilisation qu’elle incarne. Une Nation qui rejette avec détermination toutes les formes d’obscurantisme notamment religieux, et qui sait se mobiliser quand c’est nécessaire pour défendre sans concession, les principes des Lumières. .

Les décennies ont fini par avoir raison du souffle des derniers témoins directs de cette guerre d’extinction massive, qui priva la France et l’Europe d’une part importante de leur jeunesse mâle. Le dernier survivant de cette guerre, Lazarre Ponticelli s’est éteint, il y a tout juste dix ans. Le temps est donc venu de procéder aux commémorations sans le support des témoignages directs de « poilus »…

Désormais, grand-parents, c’est à nous qu’il revient de contrecarrer l’amnésie tendancieuse, qui, depuis quelques cycles scolaires, a privé notre jeunesse de ce passé pourtant si proche et de lui transmettre ce pan de notre récit national! En ce sens, les manifestations patriotiques officielles du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918 sont non seulement utiles mais nécessaires.

Non pour se complaire dans l’évocation morbide de cette longue parenthèse qui a ensanglanté notre sol et qui a endeuillé presque toutes les familles françaises entre 1914 et 1918, mais pour rappeler que la guerre n’est pas une fiction. Pour rappeler aussi que la paix n’est pas une donnée naturelle mais qu’elle se gagne laborieusement à partir d’équilibres précaires susceptibles à tout moment d’être remis en cause par la folie meurtrière de quelques-uns ou par des idéologies perverses et mortifères comme le nazisme ou, actuellement, l’islamisme!

Ces poilus d’antan auraient voulu que leur guerre fût la « der des der »: ce ne fut pas le cas.

Par nature, la guerre est sale. De ce point de vue, celle de 14-18 a ouvert le ban d’une série ininterrompue jusqu’à nos jours, de massacres et d’atrocités en tous genres…L’année du centenaire de l’armistice de 1918 offre l’opportunité de redire que la guerre ne saurait jamais se résumer à la manipulation de consoles électroniques pour détruire des figurines virtuelles sur un écran vidéo!

Au-delà de leur folklore et de rites surannés qui ne parleront sans doute plus aux jeunes générations, les cérémonies d’antan avaient le mérite de souder la Nation autour de leurs héros, dans un hommage collectif rendu à ceux qui l’avaient défendue au détriment de leurs vies… et de se solidariser avec les rescapés, mutilés, gazés, estropiés!

Il s’agit désormais d’entendre la parole de ceux qui nous crient d’outre tombe, leur horreur de la guerre… Aucun survivant de la Grande Guerre ne vécut paisiblement par la suite. Tous passèrent le restant de leur existence dans la hantise de ce cauchemar, en compagnie des fantômes de leurs frères, de leurs maris ou de leurs amis emportés dans la tourmente. Mon grand-père paternel privilégia le mutisme.

Ma grand-mère maternelle – Adrienne Venault (1894-1973) – ne se remit jamais de la mort de son frère Albert et de son « chéri », Alexis, tués tous les deux à quelques semaines d’intervalle au cours des ultimes offensives allemandes du printemps 1918 dans la Somme.

Ne pas les oublier, c’est faire nôtre leurs mises en garde, car la menace d’une conflagration généralisée demeure aussi prégnante que jadis. Sous des formes différentes par rapport au début du siècle dernier, mais avec une efficacité mortifère décuplée, grâce aux progrès de la technologie! Pas plus actuellement qu’hier, nous ne sommes donc prémunis contre une explosion d’horreurs et de barbaries, qui fut la signature tragique du siècle précédent…L’actualité nous montre que c’est même précisément le contraire. Mais nous sommes prévenus!

Comment s’interdire à l’avenir « d’enrichir » les monuments aux morts de nos villes et villages, d’interminables litanies de noms? Comment s’empêcher d’en ériger de nouveaux sur les avenues de nos villes pour honorer les victimes du terrorisme imbécile? Comment surtout, face à la montée des périls, vaincre en sauvegardant les valeurs de notre civilisation?

Un siècle s’est écoulé depuis l’arrêt des hostilités de la première Guerre Mondiale. Un laps de temps sans signification à l’échelle des espèces vivantes! Et c’est précisément ce qui fait craindre que les pulsions de mort demeurent inchangées…L’homme de 1914 ressemble comme un frère à celui de 2018. L’un et l’autre ressentent les mêmes souffrances dans les mêmes circonstances, avec la même intensité qu’il y deux mille ou trente mille ans!

A Mort-Homme près de Verdun en 1916 -Cote 304

A ce titre, le devoir d’histoire est incontournable. Et il est légitime que ces cérémonies du centenaire revêtent un certain faste, d’autant que cette inimaginable tragédie de 14-18 a conditionné l’ensemble du vingtième siècle et servi de marchepied à la barbarie nazie des années trente et quarante…

Personne ne trouvera donc à redire dans le fait que des manifestations en grandes pompes soient organisées un peu partout en France, même si d’aucuns – dont je suis – craignent, que, comme à l’accoutumée, les responsables politiques du moment ne confisquent ce moment de communion nationale et qu’ils n’en profitent pour transformer ces soldats « bleu horizon » – ces soldats de la République – en porte-flambeaux de leurs propres ambitions. Ils nous ont si souvent montré que ce « fameux devoir de mémoire »dont ils nous rebattent les oreilles avec une sorte de délectation suspecte n’est le plus souvent qu’un outil de communication à leur profit!

Déjà, on nous annonce que l’actuel locataire de l’Elysée, toujours prompt à donner des leçons au monde, a invité, aux célébrations du centenaire, quatre-vingt chefs d’Etats! Mais peut-on réellement en vouloir à ce jeune homme un tantinet mégalo et narcissique, de saisir l’aubaine pour faire de cet événement l’écrin de sa propre gloire? Peut-on lui reprocher de prendre à témoin de ses propres obsessions d’un nouvel ordre mondial, ces vingt millions de morts et autant de mutilés de la première guerre qualifiée de « mondiale »? Les sondages nous en diront plus, le moment venu! Au moins, faisons lui crédit de l’hommage aux « poilus » – fût-il détourné vers un autre objectif!

Peu importe au fond, les dérisoires postures ou impostures de circonstance des « grands » de ce monde, car les soldats de 14-18 ont déjà été abusés tant de fois qu’ils ne sont plus à cela près… L’important c’est qu’on les ramène sur le devant de la scène, avant, peut-être, de les enterrer définitivement.

Ils méritent bien qu’on se souvienne d’eux quelques instants sur les lieux même des tueries, même si c’est avec la grandiloquence convenue de VIP avides de se mettre en valeur, en récitant des discours faussement compassionnels et truffés d’arrière-pensées.

Il faut se faire une raison et admettre que l’hommage public de la Nation ne pourra guère s’incarner autrement, faute de mieux. Il faudra se satisfaire de ces pantalonnades télévisuelles, ponctuées d’avis aseptisés et de « leçons à tirer » dispensées par des palanquées d’experts militaires et d’historiens médiatiques, le tout, sur fond de « Marseillaise » et de défilés des troupes devant des élus endimanchés!

Dans les temps morts des cérémonies, entre deux interviews de personnalités, on nous expliquera savamment pourquoi le maréchal Foch a manœuvré comme il l’a fait en 1918 pour contrer les offensives d’Hindenburg et de Ludendorff dans la Somme ou en Alsace… On nous « révélera » pourquoi, la victoire n’a été acquise qu’à l’automne, et pas avant…Comme Pétain en son temps, certains regretteront que le cessez-le-feu entériné par l’armistice, ait empêché les alliés d’alors d’occuper par les armes le territoire allemand! De grands classiques…

Mais une fois le calme revenu, l’hommage redeviendra privé...

C’est dans le silence du souvenir et dans les allées des grandes nécropoles, que les familles viendront rechercher l’invisible présence de leur poilu disparu! C’est là que se jouera le second acte de ces commémorations du centenaire, le plus touchant et le plus sincère aussi!

Ce sera l’occasion de faire parler les pauvres objets qui leur appartenaient et qu’on a retrouvé sur leur dépouille au moment de leur mort au combat, comme la plaquette d’identification en alu qu’ils portaient au poignet!

Objets et carte, trouvés sur le corps de l’adjudant Albert Venault (1893-1918) – mon grand-oncle 

On consultera les photos de ces jeunes hommes rigolards en uniforme, qui n’aspiraient qu’à vivre alors qu’ils étaient condamnés par les prédécesseurs de nos dirigeants actuels… On relira leurs correspondances: inconscient ou censure obligent, l’omniprésence de la mort y était systématiquement évacuée au profit de rêves de lendemains improbables qui chantent… On redira les noms de ceux que l’on connait, pour qu’ils ne sombrent pas dans l’oubli de l’hommage universel et collectif..

On se souviendra qu’ils durent tous subir d’intolérables tortures physiques et morales avec pour seul horizon dans la boue des tranchées que l’éclair aveuglant des fusées des artilleries adverses sur des paysages dévastés…Tous s’emmerdaient …

Aussi, au-delà des commémorations de façade,  la meilleure manière de leur redonner vie cent ans après le drame, et « dans le même temps » de se vacciner contre les guerres, serait de consulter les admirables ouvrages de leurs frères d’armes, comme Roland d’Orgelès, Erich Maria Remarque, Henri Barbusse, Maurice Genevoix… Par leur talent, ceux-là surent rendre compte de la cruauté et de l’absurdité de cette guerre, décrire les instants de doute et d’épouvante lors des assauts à la baïonnette où la seule alternative des soldats était de mourir ou de tuer!

Et pourtant, la guerre n’en fit pas des sauvages!

C’est à René-Gustave Nobécourt (1897-1989), un journaliste, écrivain et historien de la Grande Guerre que j’emprunterai en guise de conclusion ou de préambule à cette année du centenaire, les quelques lignes qui suivent, relatives à la poussée victorieuse des troupes françaises en Thiérache à quelques jours de l’armistice:

 » Malgré ce ciel crasseux et dégoutant, et cette terre détrempée qui engluait les godillots, les bandes molletières et le pan des capotes ils pressentaient maintenant la victoire. Non pas encore, certes au bout de cette étape, mais s’y employant ainsi qu’une promesse. N’allaient-ils pas au devant d’elle à travers ce pays de prairies de vergers et de vastes futaies, cette Thiérache où les soldats en pantalon rouge avaient retraité dans les premiers jours de la guerre?  » ( L’année du onze novembre » édité chez Robert Laffont en 1968)…

C’était le 5 novembre 1918. Mon grand-père paternel, chasseur d’Afrique, Marcel Pasquier (1892-1956)  étaient de ces soldats, qui avançaient ce jour-là … dans le pays de sa naissance!

La fête peut commencer! 

 

 

 

 

 

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Il y a cinq ans, le 4 août 2011, je mettais en ligne un premier billet sur ce blog.

Je venais tout juste de renoncer au passe-droit de travailler. Prenant mes quartiers de vieillesse et délaissant une activité professionnelle qui, en dépit de quelques aléas discutables, m’avait globalement comblé, je faisais valoir mes droits à la retraite. Juste à temps certainement avant que ces fameux « droits » ne se transforment en « privilèges » éhontés aux yeux de cette nouvelle gauche technocrate et bourgeoise, issue des meilleures écoles et pourtant piteuse gestionnaire, qui se pavane depuis quelques années dans les salons dorés de la République.

Salon Pompadour à l'Elysée

         Salon Pompadour à l’Elysée

Dans ce premier message d’une parole (enfin) libérée du « sacro-saint » devoir de réserve, exigé des « petits » pour qu’il la boucle, j’annonçais mes intentions, précisant même, deux jours plus tard – le 6 août 2011 – que mon modèle était un « Livre de Raison » chiné au fin fond de mon Anjou natal. Sa lecture m’avait autrefois ravi et mon ambition, à son exemple, était de ranimer le souvenir de nos grands anciens – voire carrément de les ressusciter – et de contribuer ainsi à sauvegarder une sorte de patrimoine mémoriel qui se dissipe sous les coups de boutoir du temps, amplifiés par la dispersion des jeunes générations loin des berceaux originels de nos familles…

L’entreprise était risquée et sans doute trop ambitieuse, car concurrencée par une actualité prégnante et souvent tragique, qui forcément mobilise les esprits, convoque les émotions et favorise l’instinct grégaire. Dans ces conditions, il reste peu de place pour s’intéresser aux élucubrations oniriques et débridées d’un vieil impertinent ronchon, qui s’agrippe aux idées de sa jeunesse, tel un pleure-misère à son magot! Lequel fesse-mathieu, gardien inflexible d’idéaux d’antan, que plus personne ne semble convoiter, tente, malgré tout, de captiver quelques fidèles en redonnant vie, dans le secret de son cabinet, à des personnages oubliés, « panthéonisés » à sa guise et adoptés pour la circonstance au sein d’une parentèle élargie. Quitte, parfois, pour illustrer son discours, à s’arroger le droit de prêter à ses cobayes à peine exhumés, des intentions qui, dans leurs époques respectives, n’auraient probablement pas pu effleurer leur esprit!

On se défend comme on peut – et souvent de manière dérisoire – pour susciter l’intérêt lorsqu’on se retrouve en concurrence avec les jeux des cirques officiels et les pleurnicheries commémoratives, et que l’on bute sur des chercheurs de Pokémons, jusque sur le perron des mausolées érigés après la Grande Guerre pour rendre hommage aux milliers de soldats sacrifiés ici!

Bref, par les temps qui courent, la tâche n’était pas aisée d’intéresser quiconque – fût-il un lointain cousin – à l’épopée d’une famille à travers les siècles et, au-delà d’elle, de discerner les fondements de notre imaginaire collectif et de notre identité commune…Identité constitutive d’une Nation, dont la seule évocation apparaît aujourd’hui aux tenants du discours « politiquement correct » comme une injure faite aux populations « issues de la diversité »! Et pourtant, c’est tout le contraire ! L’accueil et l’ouverture au monde sont d’autant plus chaleureux et fraternels qu’on ne bafouille pas, honteux d’exister, lorsqu’on nous demande qui on est!

L’exercice mémoriel s’est encore compliqué lorsque, récemment, du fait de l’irresponsabilité de ceux qui prétendent nous guider, le présent et l’avenir sont devenus indéchiffrables et qu’en outre, l’horreur et la sauvagerie se sont invitées à notre table, presque quotidiennement au journal télévisé de vingt heures!

Difficile alors de privilégier la réflexion historique face à la dictature oppressante de l’urgence, à l’écoute de discours régressifs, lénifiants et simplistes, assénés à plus soif pour nous rendre dociles et, finalement, acteurs consentants de notre propre déclin… Exhortations indigestes et stériles d’une oligarchie désemparée,  qui, faute d’autre perspective que le rééquilibrage – serpent de mer – de la comptabilité publique, n’hésite pas à remettre en cause les principes de base d’un Ordre Public pourtant admis par une majorité des citoyens depuis près deux siècles ! Ainsi porta-t’on atteinte sans vergogne à notre art de vivre et même au plaisir de festoyer ensemble…De rire et de ricaner aussi hors des sentiers battus!

Sans parler des reniements, voire des trahisons en rase campagne, perpétrés par ceux qui ont su nous abuser pour conquérir nos suffrages! Sans évoquer non plus la longue liste de nos cruelles désillusions qui ouvrent désormais la voie aux idéologies totalitaires les plus perverses et mortifères et qui réduisent chaque jour un peu plus, nos marges de liberté de pensée et de conscience et – ce qui est plus condamnable encore – qui dénature jusque dans le détail, les concepts cardinaux et fondateurs de notre République…Un des exemples le plus frappant est l’inconvenante promotion des religions dont l’histoire pourrait être prochainement enseignée dans l’école publique, au nom d’une interprétation tendancieuse et détournée de la laïcité… Et l’étrange tolérance à l’intolérance prêchée avec indolence par ceux qui ont été mandatés pour garantir l’application effective de nos valeurs!

Dans ce sombre tableau, constater que, depuis l’inauguration de ce blog, le 4 août 2011, le monde a profondément changé, relève donc de la lapalissade… Et c’est tout simplement être lucide que d’estimer que, faute de vigilance et d’analyse pertinente des forces agissantes, cette mutation extrêmement rapide de notre société risque d’orienter notre avenir vers une forme de fanatisme planétaire qu’on pensait dépassé depuis au moins le Moyen Age! Obscurantisme d’essence religieuse, dont les effets délétères sont accentués par une maîtrise parfaite de moyens sophistiqués de manipulation par les assassins qui se réclament de l’islam originel, véritables fossoyeurs des Lumières et dépourvus de toute forme d’humanité…

Nécessairement, ces bouleversements – dont beaucoup sont inquiétants et dont le terrorisme barbare que nous subissons est l’expression visible et émergée – m’ont conduit, à mon corps défendant, à infléchir mon projet « éditorial » initial, en accordant peut-être moins de place à mon passé familial et en délaissant les cendres de mes ancêtres au profit de cette actualité oppressante et anxiogène. Le devoir d’alerte devient primordial quand la menace est au seuil de nos portes… Certains m’en ont fait reproche ! Beaucoup m’ont suivi dans ce rééquilibrage imposé par la conjoncture…Qu’ils se rassurent tous, je rêve comme eux du jour où des ondes plus calmes permettront de se replonger dans des recherches érudites du passé familial ! Mais pour l’heure, je ne saurais m’affranchir des malheurs qui nous frappent et m’abstenir d’en désigner ceux que je considère comme les responsables directs ou les complices involontaires ou inconséquents…

Voilà mon projet pour les temps qui viennent, sachant que je n’exclus pas, malgré tout, de puiser dans le passé et dans notre histoire des raisons d’espérer…Et elles sont nombreuses!

Pour conclure ce billet – dont l’intitulé doit laisser interrogatifs tous ceux qui n’ont pas abandonné – en cours de route – la lecture de ce billet estival et anniversaire – je souhaite précisément dénoncer une démission – voire une infamie – qui, à mes yeux symbolise, presque de manière caricaturale, la dérive idéologique de cette « gauche moderne » qui n’a même plus conscience d’avoir bradé son âme pour un plat de lentilles et qui, entêtée à éviter toute vaguelette inopportune, ignore, sans complexe et sans nostalgie, sa propre tradition contestataire…L’événement est passé presque inaperçu, opportunément occulté par l’assassinat islamiste des promeneurs du 14 juillet à Nice.

Il s’agit de l’interdiction de chanter « la Chanson de Craonne », édictée par le « sous-ministre des anciens combattants » – avec l’aval probable du ministre cumulard de la Défense et donc de l’ensemble du gouvernement,  lors d’une commémoration officielle de la Grande Guerre, le 1er juillet 2016 à Fricourt dans la Somme !

Venant d’un ministre revendiquant son appartenance à la droite revancharde d’avant-guerre, une telle censure n’aurait étonné personne, car cette chanson rebelle, écrite spontanément par des soldats anonymes, qui exprime le désarroi des poilus de 14-18, et leur refus d’être considérés comme de la « chair à canon » fait aussi le procès du capitalisme qui prospère dans le commerce des armes … On dit qu’elle fut composée à la suite du massacre délibéré de dizaines de milliers de soldats au chemin des Dames en avril 1917 pour complaire à un général Nivelle, méprisant et incompétent, qui voulait à tout prix conquérir quelques ares de terrain…

Le front en France en 14-18

              Le front en France en 14-18

Cette complainte a été très longtemps considérée comme subversive par les « va-t’en guerre » et par les nationalistes de tous poils !  Mais jusqu’à présent la gauche socialiste et communiste n’avait jamais désavoué la révolte de ces pauvres hères, survivants de la boucherie, qui appelaient à la grève des tranchées! Désormais, la preuve est apportée que nous avons changé « d’internationale ». Cette époque où tous les progressistes étaient solidaires de ceux qui souffrent des méfaits de la guerre, est désormais révolue!  Un responsable prétendument de gauche – de surcroît sous-ministre d’un gouvernement « socialiste », sous une présidence « socialiste » a déchiré le voile et fermé définitivement le ban – ou la parenthèse – oubliant que cette chanson fut celle du ralliement des militants de la paix pendant des décennies! Maintenant elle fait peur aux gérants en charge du pouvoir…

Cette mauvaise action qui piétine la mémoire des poilus est cependant « cohérente » avec celles d’un président de la République qui n’hésite pas à décorer de la Légion d’honneur un dignitaire saoudien responsable de la mort de militants des droits de l’homme,  et d’un ministre qui se vante de vendre des armes à travers le monde, y compris aux régimes dictatoriaux les moins recommandables. Mais,  »  business is business ». Chacun sait que le monde de la finance – nouvel ami de nos gouvernants – s’est, de tous temps, réjoui du négoce des armes et des guerres qui l’alimentent. Elles font le bonheur des actionnaires des industries d’armement! Anatole France (1844-1924) ne disait-il pas à bon droit : « On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour les industriels« … On pourrait ajouter « ou pour les émirats du Golfe »…

Dans ces conditions, les opposants – même disparus depuis des lustres – demeurent des traîtres: c’est le cas de ces malheureux poilus, auteurs du « Chant de Craonne » dont les paroles persistent près d’un siècle après leur rédaction à choquer la sensibilité de notre délicieux et délicat sous-ministre des anciens combattants…

Les socialistes molettistes de la « première gauche », celle qui prétend défendre les intérêts du pays, n’aiment plus guère les hymnes révolutionnaires, pas plus d’ailleurs que le mot « Révolution » qu’ils prennent pour une vulgarité…

Heureusement notre sous-ministre restera dans l’ombre et ne laissera aucune trace dans notre histoire, ni d’ailleurs dans celle de cette chanson patrimoniale, qui survivra à sa myopie et à son amnésie.

De très nombreux interprètes de talent ont, heureusement assuré la pérennité de la « chanson de Craonne » en la mettant à leur répertoire (Georges Brassens, Jacques Brel, Marc Ogeret, Maxime Le Forestier, Renaud, Léo Ferré, Max Blain, etc.) …

A titre de contrition (puisque la mode est à la religiosité nationale), je me sens obligé en réparation de l’ânerie ministérielle, d’en diffuser le texte…

Charge à ceux qui le liront d’en distinguer les couplets – à ne pas confondre avec des sourates – qui pourraient heurter la sensibilité des gentils énarques de cabinets ministériels et irriter les chastes oreilles de nos gouvernants …

 

Quand au bout d’huit jours, le r’pos terminé,
On va r’prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c’est bien fini, on en a assez,
Personn’ ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s’en va là haut en baissant la tête.

Refrain
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C’est nous les sacrifiés !

craonne_manuscrite nouveau

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c’est pas la mêm’ chose.
Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués,
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien,
Nous autr’s, les pauvr’s purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

 

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,

Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu’un qui s’avance,
C’est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront,
Car c’est pour eux qu’on crève.
Mais c’est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l’plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !….

 

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Les commémorations en tous genres sont dans l’esprit du temps! Il est vrai qu’avec le passé, les grosses surprises sont rares, surtout lorsqu’on prend la peine de le revisiter et qu’on le balise soigneusement à l’usage du présent… Peu importe d’ailleurs que la vérité historique s’en trouve parfois altérée, ce qui compte dans l’activité commémorative, c’est d’abord de mettre en valeur le maître de cérémonie, qui, par là, espère faire oublier ses faiblesses et ses reniements, voire, les « menteries » auxquelles il a du se résoudre pour, justement, accéder à la plus haute marche du podium et occuper la tribune.

Les commémorations sont donc aujourd’hui de mode, car précisément celui ou ceux qui s’y adonnent sans retenue, n’ont plus grand chose d’autre à raconter que le récit de notre histoire réécrite à leur profit.  Et, il faut bien le reconnaître, c’est un plaisir d’esthète que d’assister en spectateur avisé, aux exercices de tartuferie de haute voltige, auxquels se livrent les principaux bénéficiaires de ces manifestations. Il faut vraiment avoir la raillerie chevillée au corps pour ne pas apprécier ces discours dégoulinant de bons sentiments, censés rendre hommage aux héros momifiés du passé!

La glorification d’un passé minutieusement aseptisé permet d’envisager l’avenir avec confiance, car elle offre l’occasion de figurer dans l’actualité à « moindre » frais et d’adopter une posture avantageuse d’héritier moral des grands hommes et des héros courageux, sans avoir à se justifier d’un bilan « mitigé » ou à développer une pensée déficiente, régulièrement contredite par les faits! Et surtout sans avoir à se confronter aux multiples tracasseries du quotidien qui pourrissent la vie des grands « visionnaires », fussent-ils autoproclamés!

Enfin, les pèlerinages patriotiques offrent l’occasion à ceux qui n’entrevoient l’avenir qu’à travers leur propre destin, de se composer une stature historique en fréquentant la cour des grands du passé, et par là de masquer leur propre incurie!

Le procédé qui consiste à détourner habilement l’attention populaire polarisée par une actualité cruelle en ressuscitant les exploits passés, est connu de longue date. Il n’est pas pour autant éventé et, par médias et prouesses de communication interposées, il demeure efficace pour soigner sa notoriété ! Mieux en tout cas que de s’échiner à dessiner les contours d’un avenir incertain, alors qu’on se sait impuissant à l’imaginer de manière crédible après tant de promesses non tenues?

On commémore donc, à tout va, pour combler la vacuité d’une actualité désespérante! Dans cette veine – j’oserais presque écrire, dans ce bourbier ou dans cette tranchée – rendre hommage aux poilus des deux camps qui fraternisèrent  à la Noël 1915 est une aubaine après une défaite électorale! Une aubaine à ne pas louper, pour confisquer la démocratie et le débat contradictoire d’idées au profit d’une conception angélique – faussement œcuménique – étriquée et défensive de la République! Une conception qu’on prétend apaisée de la République, mais qui signe sans doute sa disparition à terme! Il y a tant de dictatures dans le monde qui s’intitulent « Républiques » en étant aux antipodes de la démocratie! Toutes prétendent que la mise sous le boisseau des libertés fondamentales, sous l’égide d’une soi-disant union nationale, est rendue nécessaire pour assurer la sécurité des citoyens…

Marrant non!

Evidemment, chacun aura compris que ma tirade est sans rapport avec l’actualité! Sauf, par hasard…

 

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Il y a bien longtemps, comme beaucoup d’ado des sixties, je « rimaillais », prétendant rivaliser avec Joachim du Bellay (1522-1560) et son « Petit Liré », ou Pierre de Ronsard (1524-1585) empêtré dans ses amours. Voire avec François Villon (1431-1463) et sa « ballade des pendus » que nous récitions, provocateurs « à la petite semaine », les soirs pluvieux sur les pavés luisants d’une Cité angevine endormie. Envoûtés et séduits de retrouver, à si bon compte, l’atmosphère morbide du gibet de Montfaucon aseptisé et débarrassé des odeurs fétides des cadavres pourrissant :  » La pluie nous a débués et lavés, et le soleil, desséchés et noircis. Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés, et arraché la barbe et les sourcils » .

Plus probablement encore, conformément à l’air du temps, notre modèle c’était Arthur Rimbaud. C’est à travers lui que se focalisait notre conception déchaînée d’un monde nouveau. Sa poésie alimentait nos visions oniriques et nourrissait notre médiocre inspiration…Nous devions tout au plus célèbre des carolomacériens, jusqu’à notre aspiration à « renverser la nappe ». Sa « Bohême » était notre bréviaire :   » Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal: J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal; Oh ! là là ! Que d’amours splendides j’ai rêvées… ».

Je suis demeuré fidèle à l’auteur des « Illuminations ». Autant qu’il fut possible cependant, car, par la force des choses, la vie apprend à composer pour acquérir, le moment venu, la pension tant convoitée versée par la Sécurité sociale… Entre temps, nous n’avons pas su renverser cette fameuse nappe des convenances obscènes, sur laquelle nombre de révoltés de cette époque sont allés ultérieurement à la soupe. Ils tiennent parfois encore le haut du pavé!

Un demi-siècle est passé. A la relecture de ma production poétique d’alors, pâle reflet des amours de Cassandre, adressée à des muses dont j’ai perdu le nom et oublié le visage, aucun de mes vers de mirliton ne trouve plus grâce à mes yeux. Rédigé de manière convenue, parfois outrancière, inutilement prétentieuse et ridicule, aucun d’eux ne mérite d’être transmis, en grandes pompes, à la postérité. Et même, en petites pompes, le jour où, fouillant dans mes papiers, on en cherchera un ou deux pour m’accompagner dans la barque de Charon le nocher…

Dans ce fatras, seule l’expression « Novembre Ferrugineux » égaré dans une « ode dédiée à une certaine Machine » m’a semblé surnager, sans que j’en sache vraiment pourquoi…D’où le titre de ce billet, dont je m’expliquerai …

Quelques années plus tard, alors que la magie juvénile du lyrisme acnéique n’opérait plus guère sur les nanas du quartier, une autre forme d’ingénuité l’a emporté sur la raison. Dans le tourbillon échevelé d’une période où les pavés étaient censés cacher la plage, on s’imaginait faire la révolution. Et même la révolution « permanente »!  Cette illusion fut à l’origine du phénomène « bobo-écolo ». Comme beaucoup d’autres, j’ai cru que l’évolution des sociétés obéissait, comme par enchantement, à une sorte de déterminisme historique, et de surcroît, vertueux. Notre rôle consistant, dans la continuité de Marx, de Lénine ou d’autres gourous, à le révéler.

Ce « matérialisme dialectique » a finalement, lui aussi, fait long feu – trop long feu – à l’épreuve des faits et des tragédies qu’il a suscités… J’ai alors pensé que l’avenir passait par la social-démocratie, mais l’expérience, là encore, a montré qu’on pouvait difficilement échapper au syndrome de Guy Mollet, « comme les œufs du même nom ». L’actualité nous apporte quotidiennement la preuve de cette quasi-fatalité historique qui pèse sur le « socialisme démocratique », comme si cette gauche de notables n’avait jamais d’autre choix que de se renier ou de renoncer, au nom d’un réalisme qu’elle n’assume d’ailleurs pas. Tant qu’à faire, s’il faut perpétuellement s’incliner devant la loi du plus fort, autant s’adresser à ceux dont c’est la conviction, plutôt que de se perdre dans le dédale des procédures inventées par des énarques soi-disant gauchisants, en vertu de principes républicains qui ne sont plus que des prétextes!

Néanmoins, je fus aussi de ceux qui, naïvement, espérèrent que « l’ordre public », pourvu qu’il soit correctement calibré, pouvait garantir l’application effective de nos valeurs universelles et être le gage d’un bonheur collectif. Et qu’en outre, par essence, il était conciliable avec le bien être individuel! J’ai ainsi adhéré, sans trop état d’âme, à l’idée selon laquelle « l’élite démocratique et méritocratique » avait naturellement vocation à transformer la société « d’en haut » à coups de lois et de décrets. Et dans les années 1980 et 1990, je me suis ainsi jeté, à corps perdu, dans cette mission, m’efforçant, à mon niveau, de contribuer à l’adaptation de notre droit à ce que je croyais sincèrement être l’intérêt général.

Vaine entreprise! Je sais désormais qu’il ne s’agit que d’une chimère, qui fut même parfois funeste. Qui peut prétendre en effet que les difficultés actuelles ne sont pas la conséquence de notre myopie généralisée d’alors ? Laquelle a conduit à multiplier les règles et les règlements sans faire progresser la justice et l’égalité, en un mot, la civilisation. Cette illusion malheureusement perdure et même prospère toujours. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’éternel mouvement brownien d’un pouvoir exécutif et d’un Parlement, velléitaires et impuissants…

Parmi mes autres méprises d’antan, à tout le moins, mes erreurs de parallaxe , il en est une dont je ne parviens toujours pas à me repentir. Si je n’ai pas atteint la cible, c’est que le projet excédait manifestement mes forces. Mais si le loisir m’en était donné, je le reprendrais volontiers à mon compte, car il consiste tout simplement à croire à la possibilité d’un progrès continu des connaissances et de la pensée humaine émancipatrice. J’aurais, par exemple, aimé participer à la réconciliation de la mécanique quantique et de la relativité, ou à l’unification titanesque de la physique de l’infiniment petit et de celle du cosmos…Très vite, j’ai su que je n’avais pas les épaules d’Atlas et qu’il faudrait circonscrire mon ambition à l’expertise des risques technologiques. Mais, malgré tout, cet espoir de la découverte continue d’alimenter mes rêves, notamment ceux d’automne, avec le détachement de celui qui admire sans réserve ceux qui défient la nature pour en percer ses secrets…

Désormais, je suis parvenu à ce « novembre ferrugineux ». On ne rit plus, c’est pour moi l’aube du troisième âge, alors que déjà se profile à l’horizon d’une ou deux décennies, le marchepied du quatrième. Nous entrons progressivement dans l’automne sale, où la laideur l’emporte sur la pudeur, où l’amour des siens devient compassion…

Vient le temps de la dépendance et de la déchéance, où la survie quotidienne colonise l’essentiel des pensées, où le maintien des fonctions vitales les plus banales se transforme en programme et où la couche-culotte devient un sujet de conversation! Où notre affection se perd dans les méandres de nos injonctions autoritaires à des anciens qui souffrent, pour les sauver d’eux-mêmes en palliant leurs déficiences…Des anciens dont on aimerait qu’ils témoignent comme avant de leur soif conquérante de vivre, mais qui d’une voix tremblotante, ne nous transmettent plus que leur terreur de l’au-delà de …

Novembre est à mes yeux  » ferrugineux » car, il évoque non seulement la pigmentation rougeâtre – rouille – des oxydes de fer, que prennent les feuilles mordorées en voie d’apoptose, entassées par rafales sous nos portes, mais aussi l’incontinence éclaboussante et putride des vieillards, que nous nous préparons à devenir… C’est aussi la couleur et l’odeur du sang caillé puis séché des milliers de poilus morts, qui périrent à l’automne 1914 dans la première bataille des Flandres…

Où est la réalité? Où est le rêve? Où est le cauchemar?

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C’est franchement une bonne idée des jeunes du « village » francilien de Marcoussis que d’avoir peint une fresque à la gloire des poilus de la Grande Guerre sur un poste de transformation électrique de haute tension ! Bonne action aussi (peut-être) des édiles municipaux s’ils ont soutenu cette initiative qui illustre de façon éclectique et exemplaire l’expression « monter en ligne »… en l’occurrence « en ligne électrique » ! Et qui accessoirement atteste que le « courant passe » entre cette génération montante et celles qui l’ont précédée!

L’initiative mérite d’autant plus d’être saluée qu’elle met en scène des soldats anonymes. Et, non comme – c’est souvent le cas dans le cadre des actuelles commémorations villageoises, toujours un peu franchouillardes  – des « mobilisés » autochtones dont les « morts pour la France » sont honorés sur le monument communal mais qui sont totalement étrangers à une grande partie de la population pavillonnaire ou « HLMisée » résidente, issue des migrations économiques des provinces françaises du dernier demi-siècle…voire de plus loin!

Les farouches « pioupious » de 14-18, représentés ici en tenue « bleu horizon » et armés de leur baïonnettes, semblent bien décidés à tenir le poste, coûte que coûte. Ils sont renseignés par des aéroplanes de reconnaissance, sur les allées et venues des bergers allemands du quartier, à l’affût (de canon), qui d’aventure s’aviseraient de lever la patte sur le transformateur transformé, afin de marquer leur territoire…Des bombardiers en appui se tiennent prêts pour repousser les assaillants… parmi lesquels, pourquoi pas, des « supporters ovalistes » avinés du CNR proche, qui viendraient se soulager sur ce qui pourrait être assimilé par des esprits embrumés et des vessies dilatées, à d’antiques vespasiennes.

 

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Sur l’une des faces du parallélépipède, la peinture évoque pudiquement les énormes pertes humaines qu’il a fallu consentir pour défendre la sous-station et préserver l’intégrité nécessaire des réseaux du Front . Une esquisse de tableau d’honneur est censée dresser une liste virtuelle des héros sacrifiés, tandis que le soupirail d’aération du local d’EDF ouvre symboliquement – pour les plus imaginatifs qui fréquentent régulièrement le Panthéon parisien – sur le sépulcre national où reposent les victimes de cette boucherie à l’échelle planétaire.

 

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A signaler donc cette oeuvre, qui se trouve rue Henriette d’Entragues à Marcoussis (91). Facile à trouver: tous les cabots et caniches du coin connaissent; et de surcroît, c’est à quelques centaines de mètres du Centre National de Rugby (CNR).

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Les « guerres de Vendée » de 1793 ne furent jamais un sujet tabou au sein de ma famille. C’était tout simplement un non-sujet, à l’inverse de la Grande Guerre qui, elle, fut toujours largement commentée. Rien ne s’opposait pourtant à ce que soit évoquée la tragédie intestine de la « Vendée militaire » qui avait broyé certains des miens. Mais lorsque la question s’invitait au hasard d’une discussion c’était plutôt sous l’angle de l’histoire générale de notre province. On en parlait au même titre que l’épopée de la dynastie des « Plantagenêt » ces comtes d’Anjou devenus rois d’Angleterre. Avec un certain détachement! Bien sûr, avec la guerre de 1914-1918, il y avait une différence majeure. Dans ma jeunesse, de nombreux témoins pouvaient encore témoigner du premier conflit mondial qui avait amputé  de leurs jeunes hommes la plupart des familles – dont la mienne – alors qu’à l’évidence personne n’était en mesure de relater des faits remontant à deux siècles avec l’odeur putride du vécu décomposé

L’étrangeté résidait dans le fait que les « guerres de Vendée » n’étaient évoquées que comme des éléments de compréhension d’un contexte politique régional, sans jamais mettre directement en scène des personnages connus de la mémoire familiale. Comme si aucun de nos aïeux n’en avait été partie prenante. La réalité, connue depuis lors, s’est révélée autre, car une grande partie de ma famille maternelle y a effectivement participé, à des titres divers dans un camp ou dans l’autre, et en a subi souvent de lourdes conséquences ! Si l’éloignement temporel explique en partie cet apparent désintérêt ou plutôt cette absence d’appropriation intergénérationnelle pour des événements qui ont pourtant durablement bouleversé les équilibres familiaux et les consciences, il ne l’explique qu’en partie seulement.  Il faut rechercher d’autres explications car cette amnésie ne date pas d’hier : ma mère aujourd’hui nonagénaire me confiait récemment, que ce qu’elle savait de précis sur cette période, elle l’avait appris en lisant mes propres écrits!

Ainsi, elle ne se souvenait pas avoir entendu son grand-père Alexis Turbelier (1864-1942) en parler, alors qu’il était originaire de Montjean-sur-Loire, qui se situe presque à l’épicentre de l’insurrection vendéenne en Anjou. Jamais Alexis n’a fait la moindre allusion devant elle à l’un de ses arrière-grand-pères Jean Léon Desvignes (1762-1794), soldat de la Vendée militaire, qui avait été condamné à mort de manière expéditive par la commission militaire d’Angers et fusillé par les républicains dans les prairies de Saint-Gemmes-sur-Loire en janvier 1794. L’anecdote n’est pas anodine. Il est étonnant qu’elle n’ait pas franchi les décennies…

Tout s’est passé comme si cette guerre civile atroce qui s’est déroulée il y a un peu plus de deux siècles au cœur de notre terroir, avait été délibérément occultée, comme gommée de la mémoire familiale interdisant, ipso facto, toute transmission. Dans le même temps, la guerre de 1914-1918 continue d’être expliquée aux enfants au sein des familles alors que tous les poilus ont disparu et qu’au moins trois générations se sont succédé depuis la fin du conflit.

Selon moi, cette différence manifeste de traitement de la transmission mémorielle au sein d’une famille procède de la nature même des belligérances : pour la Vendée militaire, on a à faire à une guerre civile alors que la Grande Guerre fut un conflit entre Etats.

La « négation » de la mémoire intime, dans le cas des guerres fratricides comme « la Vendée militaire » est probablement la condition préalable et indispensable à la réconciliation des belligérants. Et d’ailleurs, avec le recul, c’est sûrement la seule attitude qui soit raisonnablement possible, pour panser les plaies au plus vite, taire tout esprit de vengeance, et permettre à la collectivité profondément divisée de restaurer un tissu social dégradé pour finalement parvenir à revivre ensemble sur un même territoire. Toute autre option rendrait l’avenir invivable.

Le plus étonnant, c’est que ce « choix collectif » – ou mieux, cette posture – n’est probablement pas adoptée consciemment par les individus qui revendiquent tous un même attachement identitaire à la région. Dicté par la nécessité, il semble s’imposer de lui-même et relever de ce qu’on pourrait appeler le « droit à l’oubli », sinon le « devoir d’oublier » !

Lesquels s’opposent, d’après moi, au très ambigu « devoir de mémoire » aujourd’hui à la mode. Ils correspondent à des stratégies d’autodéfense des groupes humains pour traverser le temps en s’affranchissant des tendances mortifères qui pourraient durablement entraver le futur. Les générations issues des survivants de l’horreur oublient l’horreur, et il faut croire que c’est bien ainsi.

La manie contemporaine d’interpeller en permanence le passé pour prétendument autoriser un « processus imaginaire de reconstruction » fondée sur la « reconnaissance de torts ancestraux et le respect des différences d’antan » favorise en réalité la fermentation des germes autodestructeurs des sociétés et constituent des freins à tout sentiment d’appartenance à une collectivité de destin. Cette marotte instille en outre l’idée – que je crois fausse et dangereuse – selon laquelle les générations qui se suivent, auraient des devoirs à l’égard de celles qui les précèdent et qu’en particulier elles devraient épouser les querelles de leurs aïeux ! Alors que c’est tout le contraire : quoiqu’on en pense ou qu’on espère pour notre survie individuelle, nous sommes évidemment redevables à l’égard de nos enfants du monde que nous leur transmettrons ! La proposition n’est pas commutative.

Le « devoir de mémoire » est donc un très mauvais service rendu à nos sociétés qui, prenant sans cesse le passé en otage, n’a l’heur que de prolonger éternellement des conflits fratricides qui n’ont plus lieu d’être. Il faut par conséquent se féliciter que les lignées qui nous séparent des combattants de la Vendée militaire et de leurs adversaires républicains aient su nous épargner le culte morbide et intime de leurs morts!

A l’instant où je rédige ces lignes, j’observe en direct – entre deux résultats de la « Champions League » – la brutalité, la bestialité et la férocité des combats de rue qui se déroulent actuellement en Ukraine entre des citoyens – dont de nombreux jeunes – d’un même peuple, identiquement fanatisés et envoyés à la mort par les responsables de camps adverses qui « négocient » en coulisse le partage fictif d’un pouvoir qui, de toute façon, demeurera entre les mains de pérennes puissances tutélaires régionales. Et des « petits gars » et leurs copines se font trouer la peau au nom de principes qui ne sont que des cache-sexes à des prétentions impérialistes concurrentes. Comme toujours, la Croix Rouge s’efforce de limiter la casse avec des bouts de ficelles, et nous, nous nous lamentons, un verre à la main devant nos écrans, en dissertant sur les bégaiements ininterrompus de l’Histoire qui génèrent depuis des millénaires les mêmes atrocités …Heureusement, il y a toujours des experts pour nous expliquer les enjeux géostratégiques du drame et imaginer les « sorties de crise »…

En tout état de cause, il faudra que les chemins choisis pour stopper le massacre permettent à terme aux « ennemis » implacables de la place Maïdan à Kiev d’oublier que, durant plusieurs jours en 2014, ils se sont trucidés « gaiement »! Le châtiment futur des responsables de ces tueries, apparaît sans doute comme une exigence de l’heure. Il est sans doute nécessaire mais sûrement très insuffisant car  il ne refermera jamais les plaies béantes entre frères aussi bien que l’oubli !

Observant ce qui se passe en Ukraine en rapport avec mes modestes travaux sur les héros familiaux de la Vendée Militaire, je ne peux m’empêcher de penser que point n’est besoin, pour se faire une idée de la cruauté humaine et de l’absurdité de l’embrigadement des idéologies mortifères, de relire les historiens de la Vendée militaire, républicains ou royalistes. Il suffit de regarder la télévision entre deux reportages sur les jeux olympiques d’hiver de Sotchi ….

« Mais alors ! – se disent sûrement ceux qui me font l’honneur de lire ma prose – Pourquoi, vous échinez-vous à ressusciter le passé, notamment votre passé familial, alors que selon vous, il ne faut pas attendre grand-chose des leçons qu’on en tire ? Pourquoi tourmenter les vieux grimoires, alors que la connaissance de l’histoire n’a jamais permis l’évitement de nouveaux malheurs et qu’à l’inverse, elle entretient souvent – et artificiellement – des combats qui n’ont plus lieu d’être ? Comment pouvez-vous vous faire le chantre « du droit à l’oubli » – voire du « devoir d’oubli » – et passer votre temps à réanimer des ancêtres dont les cendres sont refroidies depuis des décennies et qui ne sont même plus identifiables ? »… De surcroît des ancêtres, jouets d’événements les dépassant et qui n’ont le plus souvent rien transmis d’autre qu’un état civil…

L’objection ne manque pas de pertinence, et je reconnais qu’elle n’a pas manqué de m’ébranler depuis que je me suis mis en tête d’escalader l’échelle géométrique de mes ascendances en tentant à chaque barreau de jeter un regard sur le paysage qui s’offrait alors à moi !

Plusieurs réponses sont possibles, dont certaines relèvent de la simple boutade, voire de la pure provocation.

Au risque de décourager mes plus fidèles soutiens, la première réponse consiste à revendiquer une certaine forme d’opportunisme, celle du retraité qui disposant d’un peu plus de temps qu’auparavant, aime à en distraire une partie en se plongeant avec délice dans des trésors d’archives aujourd’hui accessibles sur Internet. Pour quelqu’un qui n’attend rien de la compassion institutionnelle de ceux qui s’intéressent à son moral « d’inactif » en lui suggérant de participer à des actions humanitaires ou caritatives, les voyages dans le passé sont une façon d’échapper à la dictature de leurs bons sentiments.

Quel plaisir de se soustraire aux injonctions des spécialistes patentés et rémunérés de la charité publique, passés experts dans la  logorrhée larmoyante et moralisante, qui pourraient profiter de mon oisiveté pour m’embrigader dans la distribution d’oranges des « resto du cœur » ou pour me balader, encadré comme un collégien, dans la campagne francilienne avec des personnes de mon âge, déguisé en « vieux campeur » !

S’intéresser au passé est un des moyens dont j’use pour me dispenser d’honorer la notion de « partage solidaire » dont notre société, la plus individualiste qui soit, nous rebat hypocritement les oreilles ! Ainsi, aimé-je me pencher sur les péripéties de nos ancêtres par cynisme assumé et aussi pour éviter de fusionner avec ma banquette. Dans le même temps où je m’efforce d’endosser sans complexe un désœuvrement salutaire devenu une forme rafraîchissante d’égoïsme, destiné à contrer par l’absurde, la dégoulinante solidarité de façade de ceux qui passent leur temps à s’en repaître par intérêt!

Enfin, la recherche des aventures du passé au travers de ceux qui nous ont précédés a quelque chose de profondément ludique et distrayant, où l’on retrouve les sensations des jeux de piste de notre enfance, ainsi que les saveurs et les odeurs qui vont avec ! Ces équipées ne font pas toujours sens, mais elles ont le mérite d’éveiller les nôtres, ou de retrouver les charmes d’antan! Du moins tel qu’on les imagine maintenant.

Plus fondamentalement, le fait de ne pas sacraliser le passé comme moteur exclusif de l’avenir, et même de le percevoir parfois comme une entrave à l’harmonie recherchée du présent, n’exclue pas de s’intéresser à l’histoire, en tant que discipline rigoureuse et collective, de reconstruction du passé. Je n’ai pas la prétention de participer à cette œuvre faute d’en maîtriser les outils, mais en revanche j’en suis consommateur…

Et au-delà, si je me méfie du « devoir de mémoire » qui s’imposerait aux générations actuelles, je ne leur dénie pas – surtout pas – le « droit de savoir » et le « droit d’apprendre » ! Mon projet se situerait donc plutôt dans cette perspective – dans cette veine – circonscrite à l’horizon d’une famille. En cela, il s’apparenterait à une tentative de reconstitution d’un patrimoine mémoriel perdu ou en voie de disparition, en vue de sa transmission aux générations montantes qui en veulent bien. Comme pour tout patrimoine, sans prétendre qu’il puisse servir, être utile ou même être légué intact… « Les petits verront bien ! »…

Mon ultime motivation qui n’est pas la moins importante pour le physicien que je fus, réside dans le bras d’honneur que les recherches « historiques » me permettent de faire au principe de l’irréversibilité du temps ! Parcourir les siècles en marche arrière est un plaisir d’esthète, de mécanicien quantique refoulé, de cosmologiste qui ne comprend rien au cosmos ou encore de physicien relativiste qui peine à imaginer la fusion du temps et de l’espace ! Remonter le temps, c’est comme un défoulement suprême de « créateur ». C’est la raison pour laquelle, comme lui, j’arrose mes découvertes au whisky pour oublier les dérives de mon imagination… Un jour j’écrirai un papier sur ma thèse de l’alcoolisme divin, dont la pertinence ne me semble plus aujourd’hui discutable !

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Dans quelques jours, à l’occasion du 11 novembre, le président de la République, tout cabossé par ses exécrables sondages d’opinions va ouvrir officiellement l’année de célébrations de la guerre de 1914-1918.

Ce sera grandiose sans doute, mais est-ce que ça suffira à « sauver le soldat H », tout suturé et déjà passablement couvert de pansements? D’ailleurs, est-il opportun de lui porter secours en lui passant une « galletouse » et un verre de gnôle ? Dans le jargon des tranchées, on l’aurait appelé « un baluchard », voire, improprement, un « pantruchard » et plus « justement » un « édenté » !

Disons qu’il a vraiment la poisse, le mec ! Il semble rater à peu près tout ce qu’il entame; il brise tout ce qu’il touche, mal secondé par « les bras cassés » qui l’entourent et le cajolent. Même la pluie l’accable dès qu’il pointe son nez dehors. Et ça fait du baroufle !  Tout fout le camp, à commencer par l’espoir qu’il avait suscité, de subjuguer Berlin, la fleur au fusil avec ses « poteaux » en bois de pipeaux. Vite fait, bien fait! Non mais! Manque de bol, la grosse Bertha peu sentimentale n’a pas marché dans la combine. L’air « dingo » du soldat H ne l’a pas séduite et elle se fiche comme d’une guigne de nos « machines à découdre », de nos « Charles Humbert », de nos « trains de permissionnaires » et de nos « calendriers ».

Bref tout part en quenouille… en C…!

Mais c’est pas parce que le gars est « ballot » et qu’il a la scoumoune, que c’est nécessairement un mauvais bougre. C’est pas parce qu’il est « loin du ciel » et qu’il a troqué la « gueule d’empeigne » ou le « traquet » de son prédécesseur pour une « gueule cassée » dont ses amis – plus que ses ennemis – se sont évertués à l’affubler, qu’il doit nécessairement passer pour un « louftingue » ou une « vieille noix » et qu’il ne finira pas par « débocher les pékins » en gagnant au moins une petite bataille. Une seule pour faire mentir les « baveux ». Par exemple celle de la mémoire, sinon celle de l’avenir. Au moins, à la tranchée des baïonnettes, seul sur la tribune, le vent s’engouffrant dans les trois poils teintés tristement alopéciques, on ne lui reprochera pas l’air mauvais de sa « mistone» que tout le monde assimile à une « ménesse » tout juste bonne pour la « quenaupe » !  Moi je ne la critique pas la rombière : elle est angevine…

Il faut donc sauver « le soldat H », faute de mieux !  En dépit de son côté « petzouille », l’homme est brave surtout quand « il y a la gauche » ! Pas grave finalement qu’il ne soit pas « au poil » …

Vive la France éternelle

Ramper, cisailler et déminer

Ramper, cisailler et déminer

PS:   Vocabulaire des poilus:

  • Baluchard: homme peu dégourdi
  • Pantruchard : parisien
  • Edenté: père de quatre enfants au moins
  • Poteau : ami
  • Dingo: Homme benêt
  • Machines à découdre: mitrailleuse
  • Charles Humbert : Obus français de 280
  • Train de permissionnaires: Obus de 305
  • Calendrier: Grenade à mains
  • Loin du ciel: petit
  • Débocher les pékins: tranquilliser les civils
  • Vieille noix : homme ennuyeux et ennuyant
  • Traquet : sorte de crécelle, moulin à parole
  • Ménesse: femme quelconque
  • Quénaupe: pipe
  • « Il n’y a plus de gauche » : expression signifiant en langage poilu – et seulement en langage des tranchées – qu’il n’y a plus de danger

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C’était un peu passé inaperçu à l’époque, mais voilà que le « Canard enchaîné » du 13 août 2013 rappelle – dans un article critique mais très pertinent sur Marion Le Pen – qu’une proposition de loi visant à reconnaître le génocide vendéen de 1793-1794 avait été déposée en janvier 2013 par plusieurs députés UMP et par la benjamine de l’Assemblée Nationale, députée d’extrême-droite.

Qui dit loi, dit potentiellement contrevenant à la loi, donc constat d’infraction, donc sanction pour qui ne se conforme pas aux injonctions de croire en ce qui est officiellement défini …et qui devient prescrit.

J’ai déjà écrit ici mon extrême réticence à mêler l’histoire et le « prétendu » devoir de mémoire, ainsi que ma défiance à l’égard des politiques qui parlent au nom de victimes d’un autre siècle, en conférant de facto des droits de réquisition à leurs descendants et en vouant à la vindicte populaire les arrière-petits-fils des supposés coupables. A maintes reprises, j’ai affirmé ma répugnance pour tout ce qui consiste, au fond, à tenter de récupérer à des fins partisanes, les épisodes douloureux de notre histoire, de surcroît en les travestissant et en les transformant en des enjeux actuels.

En tant que reconstruction intellectuelle du passé, l’histoire n’a nul besoin du législateur pour étaler ses vérités – dont chacun de sensé sait qu’elles sont contradictoires, paradoxales, relatives et qu’elles comportent toujours leur part d’ombres et de lumières. Point n’est besoin d’une loi pour rappeler l’ignominie que fut la pratique de l’esclavage, quels qu’en furent ses acteurs, ses bénéficiaires et leurs complices locaux, qu’on a parfois tendance à oublier. Point n’est besoin d’une loi pour décrire ce que fut la colonisation, ses dérives et ses méfaits. Pas plus qu’il n’en faut une pour authentifier le génocide arménien en 1917 ou dire l’horreur de la Shoah !

Pourtant, c’est plus fort que nous, on aime légiférer pour figer un discours historique officiel, comme si l’on se méfiait, par principe, du travail et de la parole des historiens. Comme si, en agissant de la sorte, on se prémunissait pour l’avenir des épisodes honteux du passé… L’actualité montre que même sur ce dernier aspect  – qui pourrait à la rigueur être recevable – on se plante lamentablement, car il n’y a pas de jour où l’actualité ne nous révèle de nouvelles manifestations de la barbarie…On le sait sans qu’il y ait lieu de préciser les crimes par des artifices juridico-sémantiques.

Pour moi, si l’histoire est indispensable à la formation du citoyen, elle ne peut en aucun cas restée figée dans des certitudes idéologiques qui n’ont pour effet que de donner une vision déformée de notre passé, en apportant des explications simplistes – trop carré – à des phénomènes qui sont toujours empreints d’une très grande complexité. En outre, on ne voit pas pourquoi, le législateur dont la mission est d’édicter des règles opposables à tous, s’arrogerait aussi le droit de limiter la liberté de pensée. En démocratie, même les idées fausses et aberrantes devraient avoir le droit de cité: l’important c’est de sauvegarder coûte que coûte la faculté d’apporter la contradiction critique aux tenants des thèses les plus insoutenables. Et, dans ce contexte, la transparence sur la qualité et les objectifs des protagonistes est essentielle… de même que le doute méthodique. Ce qui est certain en tout cas, c’est que l’histoire en tant que discipline universitaire mérite mieux qu’un catéchisme à l’usage des moutons de Panurge…

Sans renier mon ancrage à gauche – la gauche humaniste des dreyfusards, celle de Jaurès pour les principes et la vision historique, de  Mendès-France pour le courage et la clairvoyance, et de Mauroy pour la légende – et sans remettre aucunement en cause mon attachement aux principes de la République,  j’ai de bonnes raisons de penser qu’il y eut – a minima – une tentative de génocide en Vendée en 1794. En dépit des réserves méthodologiques que m’inspirent certains aspects du travail de l’historien Reynald Seycher, qui s’est spécialisé sur cette question, force est de reconnaître que ses arguments et surtout les documents de la Convention qu’il exhume pour étayer la thèse génocidaire, sont troublants.

A tout le moins, il y a donc une forte présomption pour que la région qui s’est révoltée en 1793 contre les excès du gouvernement parisien ait été effectivement victime d’actes de barbarie programmés et mis en oeuvre méthodiquement – presque rationnellement – par les autorités de l’Etat républicain et leurs affidés.  Rappelons qu’au départ la rébellion du peuple des campagnes angevines, poitevines et vendéennes  contre la conscription obligatoire et accessoirement contre la constitution civile du clergé n’était pas noyautée par les royalistes.

En tout cas, comment appeler autrement que « tentative de génocide » les méfaits des « colonnes infernales » qui ravagèrent le territoire de la Vendée militaire, dès lors qu’ils furent commis avec l’aval des autorités légales? Leurs pratiques barbares aux Lucs-sur-Boulogne n’eurent d’ailleurs rien à envier avec celles de la division nazie « Das Reich » à Oradour-sur-Glane.

Mais le plus déterminant dans la qualification de génocide, fut que la visée de ces bourreaux était clairement, non seulement de réduire les combattants rebelles de la Vendée Militaire, mais d’éradiquer toute une population, y compris les enfants…et le bétail. Pour autant je ne m’associerais ni ne voterais cette proposition de loi si j’en avais le loisir !

Mais, je m’abstiendrai aussi de qualifier cette initiative d’« acte indigne de parlementaires », comme le fit sans complexe en janvier 2013 un zélé secrétaire national du parti de Gauche sur le site web de son organisation… A cet égard, ledit secrétaire n’était pas avare en poncifs historiquement discutables pour étayer besogneusement sa démonstration. Il ne suffit pas en effet de sacraliser l’idée de République pour refuser l’idée  qu’elle ait pu commettre d’intolérables erreurs à ses débuts dans notre pays … Et même plus tardivement, puisque c’est bien une assemblée républicaine, issue du Front Populaire qui a porté l’estocade à la République et investi Pétain de pouvoirs absolus en juin 1940!

Notre brillant secrétaire de parti, probablement théoricien d’appareil, pousse l’aveuglement ou la myopie jusqu’à réduire les atrocités commises en Vendée à de simples aléas regrettables d’une guerre civile. S’il y a  « tripatouillage » de l’histoire, comme il le dénonce, il devrait au moins reconnaître que la manipulation est présente dans tous les camps ! Moi qui n’ai aucun intérêt historico-politique à défendre, je suis simplement solidaire de ceux – quels que soient leurs options philosophiques ou politiques – qui souhaitent pouvoir continuer à lire l’histoire sans s’enfermer dans des carcans idéologiques. J’adhère sans réserve à la cohorte de ceux qui refusent qu’on leur impose une quelconque pseudo vérité historique, avec son cortège de commémorations malsaines et d’actes anachroniques de repentances pour des « fautes » commises par nos ascendants communs … D’aucuns vont même jusqu’à rêver de procédures d’indemnisation pour les spoliations subies par leurs lointains ancêtres!

Des décennies, voire des siècles après les faits, il est peut-être temps de faire la paix des braves ! Cette pétition de principe ne justifie pas l’ignorance de l’histoire… Et sur ce point, le travail d’éducation est colossal. J’ai eu personnellement l’occasion de m’en rendre compte au cours de mes vacances dans le pays de Retz… plus précisément, lors d’une promenade dans les marais salants et les secteurs de la conchyliculture et de l’ostréiculture du côté des Moutiers en Retz en Loire Atlantique…

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L’événement est récent : c’était précisément le 16 août 2013 vers midi au Port du Collet

A l’entrée du parking de la seule crêperie du petit port – celle où nous décidâmes de nous restaurer – est édifiée une petite croix en granit, partiellement couverte de plaques de mousse. Son piédestal comporte une plaque apposée par une association « Le souvenir vendéen », où l’on peut lire d’ailleurs difficilement, l’inscription suivante :

« Ici furent embarqués 2 vieillards, 39 femmes, enfants et bébé pour être noyés en mer au Rocher de Pierre Moine, le 28 mars 1794»

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Que s’est-il donc passé ici, dans ce petit coin perdu, battu par les vents?

Rapidement, je découvre un article publié en janvier 2012 sur le site web « Vendéens et Chouans » qui décrit les circonstances du drame qui se serait déroulé ici en 1794 et dont furent victimes des prisonniers incarcérés quelques jours auparavant à Bourgneuf-en-Retz. N’ayant pas effectué moi-même de recherche à ce propos, je me contente de reproduire quelques passages de l’article en invitant mes éventuels lecteurs à se reporter à l’original… Il suffit de trois minutes et quelques clics!

« Tous avaient été capturés les jours précédents lors des battues menées par les soldats républicains en forêt de Princé et dans les marais de Saint-Cyr qui servaient de refuges aux Vendéens du Pays de Retz. Et tous devaient être transférés vers Nantes par voie de mer, plus sûre que la route. Mais des vents contraires avaient retardé le départ de trois jours. »

C’est à ce moment qu’un ordre de l’autorité militaire républicaine enjoint le capitaine du bateau de « jeter les rebelles à la mer » !L’article indique en conclusion qu’« il faudra attendre les lendemains de thermidor pour que les responsables de cette tragédie et de cette atrocité soient dénoncés. Emprisonnés à Paris, ils sont finalement acquittés à la fin de l’année 1794. L’amnistie d’octobre 1795 les blanchira, « comme tous les crimes commis sous la Terreur ».

Il me faudrait évidemment pousser plus loin les investigations pour m’approprier totalement ces commentaires.

Si je les cite sous la responsabilité de leurs auteurs, c’est simplement pour montrer que l’inscription que j’ai découverte le 16 août sur ce monument, pouvait facilement être décryptée à partir d’une petite recherche sur Internet. Tout à chacun pouvant sans  difficulté obtenir ainsi les principaux éléments d’explication…

Mais sur le champ, interrogeant celle qui paraissait être la gérante de la crêperie voisine, une femme sympathique âgée d’une quarantaine d’années, je me suis vu répondre qu’elle ignorait tout de cette histoire – qui, rappelons-le –  s’est déroulée à quelques mètres de son établissement , et qu’en outre « elle n’était pas du pays »…

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce qui frappe l’attention du premier touriste venu, n’avait pas attiré la moindre curiosité de sa part! Même en lui signalant!  Comme quoi, s’il faut légiférer, il serait opportun voire urgent de redonner une certaine place à l’enseignement de l’histoire à l’école et restaurer la conscience du passé en éveillant la curiosité et l’intérêt des élèves !

A propos de restauration : les galettes et les crêpes étaient bonnes et, à un prix raisonnable… L’accueil aussi ! Finalement, là était l’important à ce moment-là…P1080731

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Le 11 mars dernier, j’évoquais ici la fin tragique d’un de mes lointains ancêtres, Jean Desvignes (1762-1794), soldat de la Vendée militaire, marinier de Loire, fusillé en janvier 1794 dans la Prairie de Saintes-Gemmes. Je concluais sur l’inanité des guerres civiles, et je pensais qu’ainsi je mettais un point final à cette histoire. Sauf élément nouveau, bien entendu…

Depuis lors, je n’ai pas découvert de données inédites à propos de cet infortuné « Jean ». Mais relisant plus attentivement celles dont je disposais, je me crois désormais en mesure de préciser la date de son exécution qui eut, très probablement lieu, le 12 janvier 1794. Pour aboutir à ce résultat, il était nécessaire de croiser les informations qui figuraient sur les actes de notoriété établis à la demande de son épouse Madeleine Vigneau en 1812 et 1813 et les témoignages rapportés au 19ième siècle par l’historien angevin Victor Godart-Faultrier (1810-1896).

Ne sachant ni lire, ni écrire, Jean Desvignes n’a pas légué de traces écrites et tangibles de son existence, hormis les documents d’état-civil « paroissial » de Saint-Aubin-de-Luigné, ni d’ailleurs d’anecdotes transmises par la tradition orale familiale. Sa courte vie brutalement interrompue à 32 ans ne lui a guère donné le loisir d’influer sur le cours des générations futures, sauf par ses gènes dont, avec beaucoup d’autres, je suis collectivement dépositaire ! Par la force des choses et notamment du fait des décennies qui nous séparent, je n’ai pas vraiment tissé de relation particulière, ni entretenu de complicité post-mortem avec cet homme intrépide, probablement imprudent et certainement inconscient des conséquences dramatiques de son engagement – raisonné ou impulsif –  aux côtés des rebelles vendéens. Engagement dont il faut noter qu’il n’est intervenu qu’en octobre 1793, donc tardivement par rapport au déclenchement de cette guerre à Saint Florent-Le-Vieil en mars 1793.

Mais son destin s’est en revanche noué et dénoué en trois mois.

Dans mon premier article, je m’étais abstenu d’épiloguer sur ses motivations dont d’ailleurs j’ignorais les fondements réels et avais évité de tenter de contracter avec lui une sorte de fausse connivence posthume. Je m’étais seulement efforcé d’être le plus factuel possible pour rapporter cette histoire complexe – plus complexe en tout cas qu’il n’y parait – sans trop dériver vers une sorte de vision intimiste et romancée du personnage…Et sans m’investir moi-même dans un combat qui n’est pas le mien et qu’il serait vain de transférer dans l’époque actuelle.

Je n’ai pas vraiment modifié mon point de vue, encore qu’à l’instant où j’écris ces lignes, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle audacieux entre la mort absurde de Jean Desvignes sous les balles de la Terreur angevine et la disparition également révoltante d’un autre jeune – étudiant – dans le Paris de juin 2013, victime d’une violence aveugle et imbécile : tous les deux, à des siècles de distance et en dépit de circonstances radicalement différentes, tombent sous les coups d’assassins de leurs âges, proies d’idéologies mortifères.

Le sexagénaire désillusionné que je suis, qui s’efforce, malgré tout, de croire encore au progrès de la civilisation sans sombrer dans le double écueil d’une paranoïa sécuritaire et du renoncement devant toutes les formes d’obscurantisme, ne peut que tristement constater qu’au 21ième siècle comme au 18ième, les extrémismes continuent de tuer ! Sombre actualité qui voit également disparaître – naturellement cette fois  – une grande figure de notre histoire contemporaine, Pierre Mauroy. Avec lui, on pouvait encore croire que la Commune de Paris n’avait pas été totalement écrasée, que les canuts lyonnais continuaient de revendiquer leurs droits et que le Zola de « Germinal » et du « J’accuse » continuait d’écrire !  Maintenant, la page est vraiment tournée…

Mais pas-tout-à fait celle de Jean Desvignes !

Cadastre napoléonien Archives 49

Cadastre napoléonien Archives 49

En effet, au moment où je rédigeais mon article en mars 2013, je m’appuyais exclusivement sur des archives, mais je ne m’étais jamais rendu sur les lieux du martyre, dont j’ignorais d’ailleurs la localisation précise. Aussi m’étais-je promis de tenter de découvrir l’endroit dès que l’occasion m’en serait donnée…Ce fut le cas le 1er juin lors d’un court séjour à Angers pour le quatre-vingt-septième anniversaire de mon père, qui en raison de la circonstance, avait fait lui aussi le déplacement dans sa ville natale !

Les indications sur la situation géographique n’étaient pas très lumineuses, même si tous les auteurs – qui souvent se recopient les uns les autres – s’accordaient pour situer l’endroit dans la prairie de Sainte-Gemmes. Il ne s’agit pas en fait d’un lieu précis mais d’une surface de prés inondables d’environ cinq cents mètres de long et presque autant de large, repérables en contrebas de la « levée de Sainte-Gemmes » qui sépare le lit de la Loire du canal de l’Authion. C’est dans ce périmètre qu’eurent lieu les fusillades et les nombreuses atrocités perpétrées contre les soldats vendéens. C’est là également que furent inhumés dans des fosses communes des dizaines voire des centaines d’entre eux.

C’est enfin sur cet étroit chemin de crête de la levée, bordé de chênes têtards et d’aulnes, que fut érigé au 19ième siècle le calvaire qui rappelle que c’est dans ces champs couverts de plantes lacustres que furent commis les massacres de quelque 1500 combattants vendéens ou prétendus tels, en décembre 1793 et en janvier 1794. La croix qui ne semble plus guère entretenue et qui sera prochainement envahie par la végétation, comportait jusqu’à une période récente une plaque commémorative en ardoise qui a aujourd’hui disparu.

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L’endroit apparait peu engageant, voire carrément lugubre, malgré la vision du fleuve majestueux entre les arbres de la rive ! Mais, cette impression n’est peut-être que le fruit de notre imagination qui ne peut faire abstraction des événements atroces qui se sont déroulés sur cette bande terre marécageuse il y a plus de deux siècles. Ce qui est certain, c’est que le paysage a sans doute été peu modifié depuis cette époque et que le panorama qui se déroule sous nos yeux lorsque nous parcourons la jetée est certainement assez proche de la dernière vision terrestre de Jean Desvignes avant qu’il ne sombre dans le néant. A une différence près cependant : en janvier 1794, les pâtures n’étaient pas inondées et la Loire charriait des glaçons…

au loin, les Ponts-de-Cé...

au loin, les Ponts-de-Cé…

Un témoignage recueilli par Godard-Faultrier – qui soit-dit en passant s’était transporté sur les lieux le 31 mai 1852 et non le 1er juin comme nous –  rapporte :

« Les cadavres furent tout simplement jetés dans la Loire, qui par la suite des basses-eaux de l’hiver 1794, n’eut pas assez de courant pour les emmener très loin aval, les corps s’amoncelant sur les grèves à la vue de tout le monde pendant plusieurs jours ; après quoi, la municipalité des Ponts-de-Cé en fit inhumer dans de grands trous, la plupart au lieu même où les fusillades furent effectuées. On aperçoit difficilement les traces de ces fosses après la coupe des foins sur la prairie au bord de l’eau, entre le fossé de la Bonde et la petite chaîne de rochers appelée « Le Grand-Jard » qui traverse une partie de la Loire … »

Sur les photos aériennes, des surfaces plus claires apparaissent qui témoignent peut-être de l’emplacement des fosses!

Le même témoin (ou un autre), manifestement troublé par ce sinistre endroit disait que « des bruits d’âmes en peine » gémissaient ici la nuit ! Je n’en suis pas certain mais je conçois que la fréquentation nocturne et solitaire de cette jetée lourde de souvenirs morbides, a sûrement de quoi faire frissonner l’esprit rationaliste le plus endurci ! C’est en l’empruntant que les colonnes de condamnés venant des prisons d’Angers – notamment la Rossignolerie, l’actuel lycée David –  rejoignaient les lieux des supplices, où à genoux, en regardant la Loire, ils étaient fusillés par derrière. Les clapotis et le clapotement des eaux de la Loire contre le rocher du Grand-Jard ont assurément de quoi éveiller les imaginations. Je me demande si les touristes qui, l’été, plantent leurs tentes au camping du Grand Jard réputé pour son calme à 5 kilomètres d’Angers sur l’itinéraire « Loire à Vélo » entre Loire et Authion, savent que leurs piquets viennent chatouiller les mânes de ceux qui furent suppliciés ici … La pub n’en cause pas! C’est vrai que ça pourrait en « refroidir » plus d’un – si j’ose dire !

Près du camping du Grand Jard

Près du camping du Grand Jard

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Pour ma part, le fait de contempler le dernier paysage apparu à Jean Desvignes, de mettre mon regard dans le sien, de voir ce qu’il a vu pendant les quelques secondes précédant l’inconscience, m’a profondément ému. Quelques secondes, c’est une éternité pour partager l’intimité de quelqu’un : en quelques milliardièmes de seconde après le big-bang la matière déjà se manifestait… Quelques secondes avant la fin, c’est donc énorme ! On peut penser tant de choses…C’est devant et avec ce paysage qu’il a tiré un trait final. Et peut-être moi aussi, sur ce sujet!

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Epilogue

A la suite du décès de son mari, Magdeleine Vigneau, en charge de ses trois filles en bas âge, peu ou prou proscrite, vécut certainement une période de misère, en situation de semi-clandestinité eu égard aux circonstances. Pendant plusieurs années, on ignore ce qu’elle devint et même où elle résidait. En 1812 et 1813, on la retrouve dans la banlieue d’Angers où elle fait établir deux actes de notoriété et un acte d’indigence par le commissaire de police de la ville.

Ces documents permettront de renseigner son dossier de demande de pension et de secours, conformément aux instructions du ministère de la Guerre qui envisage dès 1814 d’indemniser les soldats et les veuves de soldats ayant combattu dans les armées « contre-révolutionnaires » de 1793 à 1800.

La mise en ligne récente des 8500 dossiers « angevins » par les archives départementales du Maine-et-Loire a facilité leur consultation et a permis à ma complice généalogiste, MTG, alias « Rose l’Angevine », de découvrir qu’effectivement en 1818 une pension annuelle de quarante francs fut octroyée par la Commission ad hoc à « Magdeleine Vigneau, veuve Desvignes » âgée de 57 ans, fileuse à Chalonnes-sur-Loire…

Extrait du rôle des pensions des archives 49

Extrait du rôle des pensions des archives 49

Cette pension permit sans doute à Magdeleine de vivre plus décemment,  mais surtout, elle rétablissait indirectement et officiellement Jean Desvignes dans un statut de soldat de la Vendée militaire. On lui avait volé sa vie mais on lui rendait ses droits et son honneur !

Dans les années 1820, les filles de Jean se marièrent. L’une d’elle, Louise Perrine (1792-1863), épousa un Mathurin Turbelier (1801-1841), taillandier, forgeron au Cossardier à Nort-sur-Erdre : comme sa mère, elle devint veuve prématurément. Curieusement, c’est à la fois la grand-mère de mon arrière-grand-père Alexis Turbelier (1864-1942) mais également de son épouse Augustine Durau (1867-1941).

Quant à Magdeleine Vigneau, elle survécut quarante-deux ans à Jean Desvignes : elle décéda à 75 ans le mardi 17 mai 1836 à Montjean-sur-Loire…

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