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Posts Tagged ‘Commémoration du centenaire de l’armistice’

Cent ans après, qu’ajouter sur ce lundi mémorable de l’armistice, aux dizaines de milliers de pages consacrées depuis un siècle à ce qui fut l’épilogue du premier massacre de masse des temps modernes, celui suicidaire et absurde de la jeunesse européenne, et de proche en proche de celle du monde?

La relation des faits est aujourd’hui connue de tous, depuis la signature de l’armistice dans la clairière de Rethondes dans la forêt de Compiègne aux clairons sonnant la fin des combats sur les lignes de front, jusqu’à l’enthousiasme délirant de la foule parisienne acclamant Clemenceau et Foch et prenant d’assaut – le dernier assaut – la cour de Bourgogne au Palais Bourbon!

Inutile d’y revenir! Les parades protocolaires des chefs d’Etat sous les caméras des commentateurs parachèvent désormais la légende tandis que des historiens de circonstance et des experts militaires, accrédités y apportent les compléments qui s’imposent, c’est-à-dire les développements hasardeux requis pour combler nos modernes sensibilités…

L’heure n’est cependant pas (plus) à la polémique sur la sincérité de ces manifestations grandiloquentes auxquelles par la force du temps qui passe, aucun poilu n’est plus présent, sauf par procuration au travers de sa descendance, qui, si elle en a encore le loisir assistera, modestement aux cérémonies plus intimes des villages ou des villes.

Pour tous les autres, ceux gagnés par le grand âge qui conservent la photographie de leur père, grand-père, grand-oncle ou cousin en uniforme bleu-horizon d’un régiment d’infanterie, posée sur le buffet de leur salle à manger, sur le rebord de leur cheminée ou dans un tiroir de la commode standardisée de leur chambre d’EHPAD, le spectacle « mémoriel » sera télévisuel.

C’est sur le petit écran, leur principal compagnon de solitude, qu’ils et -majoritairement – elles regarderont les commémorations à l’Arc de Triomphe… Pour une fois, ils rateront la messe dominicale pour la bonne cause du souvenir des leurs …

Pour ma part, écolier des années cinquante et lycéen des années soixante, me reviennent à l’esprit, en ce jour historique, mes quelques – et trop rares – discussions avec les poilus survivants.

Mais surtout, me reste imprimé au tréfonds de la mémoire, en concurrence avec des tables de multiplication ou la première déclinaison latine, « rosa, rosa, rosam » (chantée ultérieurement par Jacques Brel),  la fameuse « tiare byzantine » que nous commentaient jadis nos profs d’histoire et de géographie.

Tiare byzantine du cours de géo

Elle montrait le déficit des naissances dans les années vingt et trente, après l’épouvantable saignée de 14-18, opérée sur la jeunesse mâle du pays, en âge de procréer!

René-Gustave Nobécourt (1897-1989), un historien, lui même ancien combattant de la Grande Guerre, qui avait repris des calculs attribués à Roland Dorgelès, avait publié dans les années soixante « qu’il eût fallu onze journées et onze nuits sans interruption pour que défilassent tous les morts de l’armée française ».

Pour symboliser ce jour sans prolonger mon discours, j’ai longtemps hésité à recourir à des illustrations d’époque, brocantées dans des numéros chinés du Miroir de 1918, sans toutefois me décider à choisir entre la liesse parisienne et les images officielles, faussement œcuméniques des acteurs, maréchaux, généraux, soldats ou hommes politiques du moment se congratulant en grand uniforme ou en « habits du dimanche ». Quelles que soient les époques, les « élites » passent une grande partie de leur temps à guincher ensemble au frais de ceux qu’elles envoient se faire tuer pour leur compte.

J’ai finalement opté, pour une oeuvre acrylique d’une artiste biterroise, récemment découverte, qui, par le biais de l’abstraction et de ses fondus colorés s’entremêlant en de multiples volutes, bleues, ocres et jaunes, exprime la renaissance d’une Nation vouée jusqu’alors au seul uniforme bleu horizon… La fusion suggérée des bulles métissées en mouvement, préfigure les multiples et insondables perspectives d’un avenir à construire sur des tas de ruines…Tout paraissait possible, de l’espoir le plus fou à la pire des tragédies! C’est ce que Clemenceau, le père « La Victoire » pressentait lorsqu’il redoutait que la paix fût plus malaisée à gagner que la guerre! Deux décennies plus tard on remettait effectivement le couvert des armes.

Si d’aventure, cette artiste lisait ce billet, qu’elle me pardonne pour cet emprunt non consenti, et pour l’intitulé que j’ai pris la liberté d’attribuer à son tableau qu’elle n’avait pas – me semble t-il – baptisé:

Si j’étais qu’elle, je l’appellerais volontiers: « Lumière automnale sur bleus d’horizons divers »

Acrylique de RB

 

 

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