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Posts Tagged ‘coincidence’

Selon le Petit Larousse, il y a coïncidence lorsque des faits surviennent simultanément. On évoque également la « coïncidence » lors d’une rencontre fortuite de circonstances sans relation apparente de causalité. La notion est donc beaucoup plus complexe qu’il n’y parait. L’expression « point commun » n’est pas moins ambiguë puisqu’en tant que « qualificatif » elle renvoie à quelque chose de rare ou d’original et que comme « substantif », elle évoque une caractéristique ou une propriété « commune » entre des personnes, des événements, des lieux ou des objets.

Comme toujours, s’agissant de notions abstraites du langage courant, elles recèlent souvent aussi leur part de mystère (lequel, par hypothèse, échappe aux définitions dictées par le seul bon sens). En outre, elles sont souvent sources d’apories et ou de paradoxales contradictions… En effet, si d’aventure, on veut approfondir, on se trouve rapidement confronté à un univers de complexité. Lequel, tel une boîte de Pandore, n’offre guère d’autre alternative que de subir et d’espérer… Il n’est évidemment pas question ici d’ouvrir cette boite démoniaque.

On se contentera de noter de curieuses coïncidences et des points communs inattendus, sans trop philosopher à leur propos, ni chercher à se convaincre qu’ils pourraient être signifiants. En effet, pour éviter de se perdre dans d’hasardeuses conjectures, mieux vaut souvent – mais pas tout le temps – se contenter de constats amusants, que de vivre dans l’insatisfaction perpétuelle d’une recherche ontologique qui a peu de chance d’aboutir. On postulera donc a priori qu’ils sont « insignifiants ». autrement dit, qu’ils sont dépourvus de sens masqué.  Bien que…

Généralement, il semble en effet préférable de ne pas rechercher au-delà des apparences, bien que ce soit en se posant de « fausses bonnes » questions sur des faits triviaux n’intéressant que les curieux impénitents, que l’on découvre parfois des dimensions insoupçonnées de la réalité. Ainsi, c’est en s’interrogeant sur la meilleure façon de synchroniser des horloges géographiquement éloignées qu’Albert Einstein (1879-1955) s’intéressa, au début du siècle dernier, à la définition de la « simultanéité » de deux événements distants, et que, ce faisant, il fut conduit à remettre en cause l’idée d’un temps et d’un espace, absolus, dont pourtant on s’accommodait depuis la plus haute antiquité. Dans la foulée, il développa la théorie de la relativité « restreinte », puis « générale »! Et depuis, grâce à lui ou par sa faute, on se sait plus guère s’il faut distinguer l’espace et le temps, et surtout, on si l’un et l’autre ne sont que des « illusions tenaces », comme il le constatait amèrement à la fin de son existence!

Notre quotidien fourmille d’expériences simples de « coïncidences » provoquées comme la synchronisation saisonnière de la pendule comtoise de nos arrières-grands parents avec l’heure numérique de notre smartphone. On n’a bien sûr pas le moins du monde, conscience qu’en se livrant à ce petit exercice dans notre salon, on effectue une manipulation, dont l’explication la plus aboutie devrait s’appuyer sur les théories les plus récentes de la physique contemporaine…Cette ingénuité nous préserve de tout regret ou remord. Il est heureux que la connaissance de ces théories qui défient notre perception sensible ne soit pas un prérequis exigé pour mettre nos montres à l’heure. Sinon, nous serions plongé, à chaque fois, dans des abîmes inconfortables de perplexité!

Au jour le jour, la vie n’est cependant pas faite que d’itérations et de répétitions recelant les secrets de l’univers… Il arrive aussi que des « coïncidences » ou des « points communs » attirent opportunément notre attention sans qu’il soit nécessairement besoin d’en rechercher d’autre explication que dans le pur hasard… Quoique!

Notre expérience commune est riche de ces concours de circonstances, insolites, qui généralement agrémentent les anecdotes de fin de banquet, un peu à la manière des « anagrammes renversantes » citées par le philosophe et physicien Etienne Klein et par le pianiste, compositeur et poète Jacques Perry-Salkow dans un merveilleux petit fascicule (publié en novembre 2011) dédié à ce « jeu savant et loufoque qui consiste à mélanger les lettres d’un mot pour en former un autre »! Et peut-être par ce biais, de révéler le « sens caché des noms et des expressions »!

Que penser par exemple de l’anagramme de « Etre ou ne pas être, voilà la question » qui devient « Oui et la poser n’est que vanité orale » ? Ou de celle-là, plus troublante encore (parmi mille autres):  » L’origine du monde » et la « Religion du démon« !  »

Enfin, cette dernière anagramme, réconciliatrice de la science et de la poésie, mais aussi – espérons-le – prophétique:

 » La courbure de l’espace-temps… »  et « Superbe spectacle de l’amour« !  

L’émotion « esthétique » est de même nature lorsque nous sommes témoins directs d’étranges rencontres spatio-temporelles!  Ainsi en fut-il, lorsque j’appris que j’étais né le même jour calendaire que Jules Vernes, mais cent-vingt et un ans plus tard! Ce qui est remarquable, ce n’est pas tant la concordance des temps, en soi banale, qui procède d’une évidence statistique (nous naissons tous le même jour que beaucoup d’autres), mais l’émotion ressentie à l’annonce de cette coïncidence.

Comme si, en soi, elle faisait sens, ce qui manifestement n’est pas le cas! Deviendrait-elle néanmoins « signifiante », si pour singer le célèbre écrivain – faute de pouvoir rédiger à sa manière – je m’éteignais le 24 mars 2026, strictement au même âge que l’illustre nantais?  Confronté au néant, pourrais-je alors m’abandonner au délice de ce point commun coïncidant?

Dans l’ordre de ces occurrences curieuses, la disparition récente de Jacques Chirac (1932-2019) – largement commentée par les médias, notamment par les manchettes et articles du journal Le Monde – m’a fourni l’occasion de découvrir un étonnant point commun entre le destin militaire de l’ancien Premier ministre et celui de mon grand-père paternel Marcel Pasquier (1892-1956).

Qu’on en juge!

A la fin de l’année 1910, mon grand-père s’engagea dans les chasseurs d’Afrique et dès janvier 1911, se retrouva à Blida en Algérie comme cavalier dans le 1er Régiment des chasseurs d’Afrique… Il y demeura jusqu’au mois d’août 1912, date à laquelle son escadron fut cantonné à Souk El Arba dans la montagne non loin de la frontière marocaine…

Souk el-Arba, c’est précisément le poste qu’a tenu l’officier Jacques Chirac en 1956 à la tête d’un escadron de trente-deux hommes du 1er régiment puis du 11ème régiment (aujourd’hui dissous) de chasseurs d’Afrique. Dans ses mémoires publiées en 2009, l’ancien Premier ministre décrit l’endroit comme  » une zone sauvage, désertique, réduite à quelques maisons en torchis posés sur un promontoire, au sommet duquel on dispose d’une vue très large sur les oueds au sud et les plaines au nord. La mer est proche, à quatre kilomètres à vol d’oiseau mais difficile d’accès en camion militaire… » Un paysage que mon grand-père contempla…

Dans la cour des Invalides, le 30 septembre 2019, parmi les corps d’armée venus lui rendre les honneurs militaires, c’est donc tout naturellement qu’il y avait un détachement du 1er Régiment de Chasseurs d’Afrique (1er RCA), celui de mon grand-père…

Cette simple coïncidence ne devrait susciter aucune observation particulière. Elle atteste juste du fait, qu’à un demi siècle de distance, les deux hommes avaient fait leurs classes au combat dans le même régiment et en partie au même endroit, l’un comme chasseur à cheval de première classe, l’autre comme officier d’une cavalerie de blindés!

On pourrait – devrait – d’ailleurs s’en tenir là, si ce « point commun » n’en avait appelé un autre en écho.

A partir de 1916, mon grand père rejoignit la France pour combattre sur le front français et, après l’armistice de 1918, participer à l’occupation de la Rhénanie. A cette occasion, il fut muté comme cavalier et infirmier au 6ème Régiment de Chasseurs d’Afrique, le même encore une fois, que celui au sein duquel Jacques Chirac termina son service militaire en Algérie!

Carnet de route de Marcel Pasquier

N’ayant accordé qu’une seule fois mon suffrage à Jacques Chirac, en 2002, mais m’inclinant respectueusement devant le Président qui eut le courage de ne pas engager la France dans une guerre imbécile en Irak, et devant celui qui reconnut officiellement la lourde responsabilité de l’Etat français dans les rafles des juifs pendant la seconde guerre mondiale, je fus heureux de découvrir qu’en dépit peut-être de désaccords politiques, des éléments plus personnels – des points communs avec un être cher –  me reliaient à lui… Fussent-ils dérisoires…

Ce fut aussi l’occasion d’évoquer – une fois de plus ici – la mémoire de mon grand-père, Marcel Pasquier.

Comme quoi, finalement, les coïncidences hasardeuses, et les convergences qui n’en sont pas, ne sont pas toujours dénuées d’intérêt, même si elles ne flirtent pas avec « l’Universel »…

Quand je dis cela, je ne dis rien! D’autant que je sais que ce type de « dissertation » a peu de chance de devenir viral et d’inonder les réseaux sociaux de la planète, mais ça peut quand même distraire quelques secondes les très nombreux descendants actuels à la quatrième ou cinquième génération de Marcel Pasquier, et agrémenter les discussions familiales à l’heure des anecdotes rigolotes!

Photo Internet

 

 

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Clémence F. troisième enfant de Cyril et de Carine et leur seconde fille est née le dimanche 31 juillet 2011 à la clinique du Mousseau à Evry. Matinale, comme tous ceux qui veulent affronter l’avenir avec détermination, elle a montré sa petite frimousse brune, bien avant l’heure du laitier et quelques vingt minutes avant que « Paris (ne) s’éveille »… 

« Clémence ! Mais c’est le prénom de mon arrière-grand-mère maternelle » s’est aussitôt exclamée Marie Brigitte … la grand-mère paternelle de Clémence ! « Un beau prénom qui sonne bien, un prénom d’origine latine » surenchérit Jean-Claude, son compagnon.  Un prénom qui évoque douceur, bonté et intelligence de la situation. Voilà qui présage du meilleur. Toute la famille en convient…

Mais qui était donc cette Clémence, arrière-grand-mère de la grand-mère de la petite Clémence, qui a vu le jour à 4h40 ce 31 juillet 2011 à Evry ? Clémence Fradin  – car tel était son nom – était, quant à elle,  née le 18 juillet 1861 à Viennay, petite commune des Deux-Sèvres. Elle était donc poitevine et le revendiquait comme en atteste une des rares photos d’elle, prise en costume traditionnel au début du 20ième siècle. Elle mourut chez sa fille Adrienne au 20 rue Desmazières à Angers le 28 juin 1931 d’une complication gangréneuse d’une phlébite. Mais, au-delà de ces deux dates, on en sait un peu plus sur elle, grâce aux anecdotes rapportées précisément par une de ses filles et par sa petite fille !  Pa r sa petite-fille: ma mère et celle de Marie-Brigitte!

En 1881, elle épouse Louis Venault, son aîné de quelques mois, originaire du village voisin d’Amailloux. Ce qui était rare à l’époque – et peu apprécié- elle était enceinte au moment des épousailles. Ensemble, ils eurent cinq enfants dont Adrienne Clémence Venault – « notre grand-mère Turbelier » – et un garçon Albert mort en 1918 sur le front de la Somme. Mais il a fallu attendre sept ans après la naissance de la petite Marie, la première fille pour voir apparaitre le second enfant, car Louis, incorporé dans le 3ième régiment d’Infanterie de Marine, basé à Rochefort, dut partir plusieurs années faire son service militaire en Nouvelle Calédonie. A son retour les deux époux s’engagèrent dans la compagnie de chemins de fer, Paris Orléans, lui comme « poseur de voies » et elle, comme garde-barrière.

Ainsi à partir de ce moment-là qui doit se situer vers 1887 jusqu’à la fin tragique de Louis écrasé par un train à Saint-Varent en 1912, leurs destins privés et professionnels furent intimement liés et leur vie commune se déroula au rythme des maisonnettes des passages à niveaux, où Clémence était affectée.

Une première anecdote contée par Adrienne Turbelier, sa fille en 1971 donne un peu le ton de cette vie de couples de cheminots à la fin du 19ème siècle. Elle se déroule au passage à niveaux de Tillais près de Saint-Loup-sur-Thouet sur la ligne Paris Bordeaux à la naissance d’Adrienne : « Quand je suis née le 10 février 1894, ma mère était malade, une femme était venue pour la remplacer etla soigner. Maman n’était pas riche : elle n’avait plus d’argent, juste quarante sous sur elle, c’est-à-dire, rien du tout. La femme qui faisait la cuisine, avait donc acheté de la graisse de cochon, moins chère, mais qui avait rendue malade ma pauvre mère. En plus, mes frères Alphonse et Albert avaientla rougeole. Ils étaient dans l’une des deux chambres du premier étage. Me voilà née. Et il parait que j’étais une belle petite fille et que j’étais forte. » « Maman dit – écoutez,  allez donc en haut voir si mes petits gars ne sont point morts. Ils sont capables d’être morts ! Et puis celle-là, faites-la baptiser et que le Bon Dieu l’emporte ! ». « Maman me l’a servi bien des fois, même sur son lit de mort : Et dire que j’ai souhaité ta mort, ma petite fille et que c’est chez toi que je termine mes jours ! »

La personnalité bien trempée de Clémence se manifeste de manière plus nette dans le récit d’une altercation qui s’est produite, là encore, au passage à niveau de Tillais et qui l’oppose en 1899 à un chef de district de la compagnie Paris-Orléans, en tournée d’inspection. Adrienne, sa fille, alors âgée de cinq ans, est témoin de l’incident qui l’a suffisamment troublé pour que soixante-douze ans plus tard, elle en parle encore : « Le chef de district ne voulait pas, à tout prix, que dans les passages à niveaux, les gens possèdent des chèvres, mais comme on était beaucoup, il fallait une chèvre pour avoir du lait ; car on était trop loin pour se procurer du lait par ailleurs. Donc, maman (Clémence) a eu une chèvre, destinée à allaiter mon petit frère Gaston qui était né en 1898. Mais le petit Gaston est mort. Un jour, alors que maman tirait sa chèvre dans la cour, le chef de district s’amène et lui dit : « Comment votre gosse, il est mort et vous avez encore votre bique ? »  Alors, maman, qui avait une pleine soupière de lait, lui répond : « Oui, il est mort mon petit bonhomme » et elle lui a jeté tout le lait par la figure. Furieux, le chef de district s’en est immédiatement allé vers l’équipe des poseurs de voies et a interpelé mon père : « Venault, regardez donc dans quel état m’a mis votre femme ? » Il était venu à bicyclette. Personne ne l’aimait. Il n’était point aimable du tout. Aussi pendant qu’il s’adressait à mon père, les autres poseurs lui ont crevé ses pneus. Il a fallu qu’il s’en aille à pied et il était d’une rage impossible». Vive la lutte des classes!

 Clémence dans les années 1920 à Angers

A la mort de son mari en 1912, percuté par un train qui présentait de nuit une défaillance démontrée de signalisation, Clémence reçut une maigre indemnité mais fut, tout de même, licenciée de son poste de garde barrière, car la condition mise par la Compagnie pour ce type d’emploi était d’être en couple !  Adrienne concluait en 1971 : «  Après la mort de mon père, maman dut vivre chichement de ce que je lui donnais. »  A la fin de sa vie, toutefois, Clémence vécut dans une relative aisance, car à la suite du décès de son fils Albert, mort pour la France en 1918, on lui avait octroyé une petite rente. Ma mère Adrienne Pasquier, née Turbelier, se souvient que sa grand-mère était généreuse avec elle et qu’elle lui avait offert, pour ses sept ans, une petite armoire et un buffet de poupée qu’elle possède toujours !   

En attendant, longue vie et plein de bonheur, à notre petite Clémence, crû 2011

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