Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘CHSCT’

L’actualité réveille parfois des questions qu’on croyait résolues depuis des décennies! Ce fut le cas pour moi en février dernier, à la réception d’un courriel me demandant d’apporter mon soutien à une pétition contre la disparition « annoncée » des CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) qu’un projet de loi de simplification en préparation était censé entériner. Je pensais naïvement que l’existence des CHS puis des CHSCT ne faisait plus débat depuis longtemps!

Je n’avais d’ailleurs encore rien lu de précis sur ce projet de loi, que les exégètes et thuriféraires patentés des « pas-de-deux » gouvernementaux décrivaient comme l’Outil – avec un grand « O » – destiné à booster la compétitivité des entreprises face à la concurrence mondiale. Comme toujours, les commentateurs « spécialisés », en fonction de leurs inclinations partisanes, étaient partagés, certains encensant l’audace gouvernementale qui (enfin!) s’attaquait aux pesanteurs qui lestent notre pays, d’autres vouant aux gémonies cette initiative « social-démocrate », qui tourne le dos à un des fondements même du code du travail, la prévention des risques professionnels!

N’étant guère enclin à signer « les yeux fermés », j’ai hésité en dépit de la noblesse du propos. Je sais en effet d’expérience que trop souvent, escamotant la finalité affichée, ces « appels de masse » dédicacés par le plus grand nombre servent d’abord – et frauduleusement – à conforter les ego et la  notoriété médiatique de leurs « premiers signataires ». Soupçonneux, j’ai désormais une certaine réticence à me déclarer spontanément solidaire de ces modernes manipulateurs, qui s’accaparent, selon les cas, le mandat de « représentants de victimes » ou de « citoyens indignés » et qui prospèrent dans les médias, masqués sous le statut convoité de « lanceurs d’alertes », de révélateurs de « scandales accablants » ou de « chevaliers blancs des causes perdues ».

J’ai néanmoins signé !

Je l’ai fait, non seulement parce que, selon moi, le CHSCT a une vocation irremplaçable, pour rappeler qu’aucune considération – fût-elle d’ordre économique – ne justifie qu’un salarié perde sa vie à la gagner,  mais également parce que cette instance a accompagné toute ma vie professionnelle…Et, pas seulement elle!  J’ai signé, tout en étant lucide sur la nécessité de moderniser ses règles de fonctionnement et de préciser son mandat. Mais sans jeter le bébé avec l’eau du bain, car, par principe, la sécurité du travail , dont le CHSCT est le garant essentiel, n’est pas un facteur à intégrer dans les arbitrages sur le coût du travail. Sauf à prendre ses ordres au Qatar ou en Chine, ou les prendre pour modèles de promotion des droits de l’homme!

S’agissant d’une institution dont la légitimité et l’efficacité reposent sur sa proximité avec les lieux de travail, elle ne peut en effet être transférée vers des organes de négociation situés au  niveau état major. Ainsi, sa disparition – ou son invisibilité – dans un ensemble plus vaste aux contours flous, causerait, de mon point de vue, un réel dommage aux salariés, surtout à ceux qui sont objectivement soumis à des risques professionnels significatifs à leur postes de travail. Le fait que la pondération des risques, leur répartition et même leur nature soient différentes aujourd’hui que par le passé, ne remet pas en cause l’utilité d’une instance partenariale, pour dégager les priorités de terrain de la prévention.

J’ai signé enfin, parce que le CHSCT est partie intégrante de ma conception de l’ordre public social et qu’à bien des égards, il appartient à ma culture. Au delà de mes fonctions d’ingénieur « contractuel » au sein de l’administration centrale du travail entre 1977 et 1994, cette appartenance remonte à l’époque lointaine de ma jeunesse, où mon père, ajusteur-outilleur et militant syndicaliste, avait fait de l’amélioration des conditions de travail, un de ses combats.

J’ai en mémoire le cas de l’usine Thomson d’Angers qui fabriquaient des téléviseurs, et où, au cœur des Trente Glorieuses encore,  les crises de nerfs des ouvrières des chaînes de montage servaient de variables d’ajustement aux cadres des méthodes pour régler la vitesse de défilement des platines devant leurs goulottes. J’y fus moi-même sensibilisé lors de mes boulots d’été à la fin des années soixante.

Je me souviens également avec émotion de ces anciens mineurs d’ardoise de Trélazé, rencontrés dans les quartiers périphériques d’Angers, des Justices ou de Saint-Léonard, qui erraient à proximité des carreaux et des chevalements des puits d’extraction, en crachant leurs poumons au moindre effort. Victimes des poussières  de silice, respirées sans protections adéquates, ils étaient atteints de « schistose », appellation angevine de la silicose des haveurs et hercheurs des mines de charbon du Nord-Pas-de-Calais. Laquelle – fibrose irrémédiablement évolutive – les conduisait tous progressivement à l’asphyxie… En 1977, plusieurs dizaines de milliers de mineurs étaient encore pensionnés en France au titre de cette maladie mortelle…

Dans ce contexte, mon approche personnelle de « l’hygiène et de la sécurité du travail » – ainsi qu’on « disait » avant l’intervention du langage technocratique friand d’euphémismes et d’oxymores – n’était pas que compassionnelle, elle s’appuyait aussi sur une certaine conception de la « lutte des classes » qu’il est désormais indécent d’évoquer. Il faut dire qu’actuellement la simple mention du matérialisme dialectique ou du marxisme comme un des critères d’analyse de l’Histoire de nos sociétés, est perçue comme une opinion malséante d’un nostalgique du goulag!

Pour tous ces motifs, j’ai signé. Mais on m’a appris ultérieurement que probablement ça n’avait servi à rien. Il ne s’agissait – m’a-t-on dit – que d’une fausse alerte, suscitée par une initiative du MEDEF, non validée par les autorités, mais qui,  visait effectivement à fusionner les instances représentatives du personnel dans un seul comité, le « Conseil d’Entreprise », doté, au demeurant de prérogatives et de pouvoirs d’investigation limités. Bref, un bidule formaliste pour syndicalistes d’appareil en mal de grand-messes!

Comme on ne prête qu’aux riches, en l’occurrence à un gouvernement qui a souvent déçu en raison de ses multiples renoncements contre-nature et revirements imprévus, chacun a naturellement cru que le fringuant ministre de l’économie, ci-devant banquier d’affaires, auteur désigné du projet de loi, avait adhéré à la suggestion patronale. C’était logique mais ce fut démenti! Au moins dans un premier temps! Malgré tout, la vigilance s’impose !

Je n’en dirai pas plus sur le fond du sujet !

Si la menace persistait, signerai-je une nouvelle fois la pétition? J’avoue m’être interrogé, au vu de la première liste de signataires, où figurait une « quidam », qui se présentait comme avocate,  mais que j’ai connue affublée d’une toque ou d’un mortier de juge, et dont j’ai pu mesurer, à mes dépens, l’incompétence opportuniste et le sens aigu de l’injustice.

Malgré tout, surmontant le mépris que cette personne m’inspire et le dégoût que je ressens d’appartenir à son camp, je passerai outre mes réticences si c’était nécessaire! Je resignerai car la question est d’importance. Le sujet en vaut la peine, sauf à désespérer définitivement  « Billancourt »!

On n’en est certes pas loin. Raison de plus pour ne pas trop faire la fine bouche!

 

Read Full Post »