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Posts Tagged ‘BHL’

Mes billets ne sauraient évidemment concurrencer les grands « coups de gueule » des stars médiatiques ou des philosophes patentés comme Bernard-Henry Levy, lorsqu’ils s’insurgent contre ce qu’ils estiment intolérable. S’agissant de BHL, je pense à un article qu’il vient de publier dans un hebdomadaire sur l’affaire des « écoutes Sarkosy ». Ecoutes, qu’il considère comme moralement inacceptables.

Les occasions sont assez rares pour qu’en conscience, je partage sans réserve, l’indignation de ces intellectuels. Mais lorsque l’essentiel m’apparaît en cause, j’aurais tort de faire la fine bouche. Or dans le cas des écoutes téléphoniques à l’encontre de l’ancien président de la République, tout homme ou femme de bonne volonté ne peut qu’être perturbé(e) par la désinvolture des juges – pour ne pas dire plus – à s’arroger le droit de violer l’intimité d’un justiciable.

Bernard-Henri Levy se dit, à juste titre, profondément choqué par la méthode employée par les juges – méthode qu’il compare joliment et justement à la « stratégie de pêcheur à la ligne », qui consiste à disposer quelques lignes au hasard – ou presque – et à laisser traîner l’hameçon sans idée préconçue en espérant – à force  de persévérance – finir par attraper quelque chose! Et si possible, quelque chose d’exploitable, bien qu’ignoré au départ. A force de piétiner l’intimité des gens, on finit toujours par trouver des propos que d’aucuns à l’âme ou l’oreille « sensibles » estiment déplacés, pire outrageants!

Selon lui – c’est aussi mon point de vue – il s’agit là d’une intolérable déviance par rapport aux principes et aux garanties dont tout citoyen doit bénéficier en procédure pénale. Et même, sans trop forcer le trait, un déni de droit en dépit des efforts prodigués par la suite auprès des militants de la bonne cause pour maquiller cette « quasi-forfaiture » et lui donner toutes les apparences de la légalité. Peu importe que les magistrats concernés brandissent à cet effet leur indépendance, sans d’ailleurs trop s’attarder sur leur impartialité – qui, elle, pourrait souvent faire débat – chacun reconnaîtra que cette « procédure » est sur le fond, une infamie, attentatoire aux libertés fondamentales, dès lors qu’elle n’est pas assise sur des soupçons sérieux, concordants et préalables.  Pour faire bref, elle est manifestement en délicatesse avec  les «droits de l’homme ».

Bernard-Henri Levy résume brillamment la situation en disant qu’en l’espèce, « ce n’est pas le soupçon qui motive l’écoute, mais c’est l’écoute qui crée le soupçon ». Ceux qui portent atteinte à l’institution judiciaire, pilier de notre démocratie ne sont plus alors ceux qu’on pense, mais ceux qui la dénaturent, en dépit des cris d’orfraie des ingénus ou des cyniques. C’est le cas lorsqu’une instruction « officieuse » n’est conduite qu’à charge et qu’on s’échine à démontrer une « culpabilité » par tous moyens, notamment par une écoute délibérément partiale et malveillante sur de très longues périodes d’entretiens téléphoniques d’un présumé coupable. Y compris de discussions avec l’avocat, alors que chacun sait depuis la Philosophie des Lumières et Malesherbes que la justice ne peut réellement s’exercer que si la défense dispose d’un minimum de garanties, au nombre desquelles figure la confidentialité des moyens qu’elle entend développer dans le respect des lois, et qui ne concernent, stricto sensu, que l’avocat et son client.

Sans préjuger d’éventuels délits qui pourraient être reprochés à l’ancien président, Bernard-Henri Lévy voit dans les méthodes inquisitoriales mises en oeuvre une atteinte aux droits de l’homme. Je partage sans réserve cette appréciation, avec d’autant plus de décontraction et sans esprit politicien, que je n’ai jamais été un disciple du « nouveau philosophe », ni un partisan ou un électeur de l’ancien locataire de l’Elysée.

Pour ma part, j’ajouterai mon étonnement d’observer que personne ne s’inquiète que des organes de presse partagent avec les juges le contenu de ces écoutes inadmissibles, qui sont pourtant, en principe, confidentielles. Personne ne semble s’offusquer de leur large diffusion et de leur interprétation en place publique, systématiquement défavorables à celui qui est écouté, et qui est soudainement transformé en apostat ou en hérétique de la République, comme au temps de l’Inquisition! L’inquisition, justice divine déjà indépendante mais responsable du supplice de Giordano Bruno et du châtiment de Galilée !

Dans ce contexte, c’est la condamnation qui s’impose pour le prévenu qu’il faut, à tout prix, sacrifier, et ce n’est plus alors qu’une formalité ! Chacun y met du sien. Sans omettre, dans ce paysage nauséabond, les appréciations orientées d’une porte-parole du gouvernement au beau sourire carnassier, qui ne s’embarrasse guère de précautions oratoires pour liquider médiatiquement l’ancien président. Lequel, à son grand dam, a quand même recueilli sur son nom, plusieurs millions de suffrages – pas le mien – alors qu’elle ne détient jusqu’à présent sa légitimité que du bon vouloir de l’actuel président, faute d’avoir osé solliciter celui des électeurs !

Le summum de l’ignominie est atteint  lorsqu’on entend, incrédule, les propos prêtés récemment à un ministre de la République, en l’occurrence Benoit Hamon, qui s’exprimant à propos de ces « écoutes », n’aurait en effet pas hésité à proférer l’axiome honteux selon lequel  « quand on n’a rien à se reprocher, ce n’est pas grave d’être sur écoutes ». En d’autres termes, surveillons tout le monde, les juges feront le tri ! Il y a là des propos qu’on peine à entendre et qui, si on ne se pinçait pas, nous feraient douter des quelques repères de morale démocratique et républicaine, auxquels on s’efforce encore de s’accrocher malgré les coups de boutoir insensés et liberticides « des pères ou des mères La Morale »,

Des propos à la fois sidérant et proprement scandaleux qui nous renvoient plusieurs décennies en arrière, en un temps qu’on espérait définitivement révolu, des régimes totalitaires et des dictatures impitoyables, où chaque citoyen était par hypothèse suspect et devait donc rendre compte à tout instant de ses actes à la police ou à la milice.. Triste époque où la dénonciation était un sport recommandé et où toute expression libre était prohibée, tandis que des véhicules détecteurs de radios interdites circulaient dans les rues à la recherche de contrevenants …Où les atteintes aux droits de l’homme étaient constantes…

L’encore jeune ministre qui se prévaut d’une licence d’histoire de l’université de Brest et qui se donne volontiers des allures de Saint-Just, n’a pas démenti cette ânerie monstrueuse. Il ne s’en est donc pas encore excusé. En attendant, au bénéfice du doute, considérons que sa langue a fourché !

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