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A Angers, il y a exactement quatre-vingt-quatorze ans – le 31 mars 1923 – Adrienne Venault (1894-1973) mettait au monde son premier enfant, né de son union avec Louis Turbelier (1899-1951). L’accouchement eut lieu à leur domicile au premier étage d’un modeste « deux-pièces » sans confort, situé au 20 rue Desmazières.

Y assistaient une sage-femme du quartier, et probablement la future grand-mère Clémence Fradin (1861-1931) veuve Venault qui, habitait avec le couple depuis leur mariage en 1921.

Ce jour-là, la presse locale rapporte que la Loire et la Maine étaient en crues, sous l’effet des giboulées de mars!

20 rue Desmazières – photo JLP années 70

L’enfant, une petite fille, fut déclaré(e) à la mairie d’Angers deux jours plus tard, sous le nom d’Adrienne, Marie-Louise, Joséphine Turbelier... Pourquoi deux prénoms sur trois se référant à la légende napoléonienne? Nul ne sait!

En tout cas, conformément à l’usage – et peut-être une circulaire administrative – Le Petit Courrier, le quotidien républicain de l’Anjou à l’époque – fit mention de cette naissance dans son encart consacré à l’état-civil, le mercredi 3 avril 1923… Ce jour-là, les annonces cohabitaient sur la même page que les programmes des cinémas.

Ainsi on prenait connaissance d’un seul coup d’œil, des variations heureuses ou malheureuses de l’état-civil urbain et des nouveautés cinématographiques diffusées au Cinéma Palace en centre ville. Dans les actualités Pathé, on pouvait ainsi noter un documentaire sur les obsèques de la grande actrice Sarah Bernhardt, décédée quelques jours auparavant à Paris…

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L’enfant avec un nœud dans les cheveux, qui, sur le cliché de 1924 ci-dessous, snobe le photographe dans les bras de sa mère, juste devant son père coiffé comme Marcel Proust, c’est la petite Adrienne. Une fois grande et devenue amoureuse, elle devint mère. Disons-le clairement: la mienne et celle de mes sœurs!

Aujourd’hui, elle poursuit, bon œil mais moins bon pied, son dialogue avec le monde: un parcours sans faute sur notre étrange planète bleue, entourée d’un nombre désormais presque incalculable d’arrière-petits-enfants ! Et pour longtemps encore…

Bon anniversaire maman...

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Il était trop pudique pour qu’on dévoile son nom. On dira juste qu’on n’a jamais su vraiment, si officiellement, il s’appelait aussi Rémi, du prénom d’un soldat du 110ème régiment d’infanterie de Dunkerque, en résidence dans le sud-ouest après l’invasion de la Belgique et du Nord par l’armée allemande. Pour tromper le temps entre deux manœuvres avant de partir au front, le jeune soldat, cordonnier dans le civil, fréquentait les ateliers du cuir installés sur les rives du ruisseau dans les faubourgs de la ville. A cette occasion, il était devenu l’ami de son père, artisan bottier! D’où peut-être, ce second prénom.

Aujourd’hui, s’il avait vécu, on aurait fêté ses « cent ans »! On aurait peut-être évoqué les offensives britanniques et françaises de septembre et d’octobre 1915 en Artois et en Champagne, qui se soldèrent par de retentissants échecs dans le mois qui suivit…On aurait probablement parlé de l’orage épouvantable qui s’abattit sur sa ville natale, trois jours après sa naissance.

Mais, à coup sûr, une coupe à la main, on aurait évidemment parlé de lui, de  sa vie, de sa carrière d’enseignant et de serviteur de l’Etat, en province d’abord, juste avant la seconde guerre mondiale, puis en région parisienne… De son humour enfin et de son amour du terroir!

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Larousse mensuel illustré – 1914-1916

Mais « Rémi », l’homme de culture, a quitté la scène. Il a tiré sa révérence par un après-midi torride de juillet 2006... Discrètement comme il avait vécu. Dignement, honnêtement, sans faire de tapage, seul en regardant peut-être le Ciel, auquel il croyait ! Résigné, fatigué de la vie…

Pendant une trentaine d’années, j’avais croisé son chemin… Depuis un mois, je ne l’avais pas revu… Au matin de sa mort, il avait accidentellement chuté de son lit médicalisé installé dans son salon. On l’avait transporté aux « urgences » de l’hôpital le plus proche… Puis, on le renvoya chez lui après quelques soins sommaires… Hormis un hématome à l’arcade sourcilière, l’interne de service n’avait trouvé rien à redire sur son état de santé … « Trop âgé probablement » pour encombrer durablement les services!

Alors que manifestement, il souffrait d’être déplacé sous un soleil de plomb, les ambulanciers l’avaient prestement embarqué et convoyé à travers le jardin, jusqu’à son lit!

 » Pas les barreaux » l’avais-je alors entendu protester dans un extrême sursaut de liberté et d’affirmation de lui-même, alors que les infirmiers remontaient le garde-fou de son lit ! Pourtant, nous sommes partis, rassurés, par le diagnostic encourageant de la faculté… Nous nous sommes éloignés de chez lui, le temps qu’il se repose et reprenne ses esprits.

« Pas les barreaux ». Ce furent, pour nous, ses dernières paroles, sa dernière supplique, son dernier message…

Deux heures plus tard, il a rendu l’âme en gardant le secret sur son ultime révolte. Il savait probablement que sa fin était proche et il voulait mourir en homme libre.

Le médecin constatant le décès m’a demandé de lui fermer les yeux! C’est la seule fois où cet honneur m’échut et ça laisse forcément des traces.

Maladroitement – toujours sur la requête du praticien – je lui ai noué une cravate sur le col de la chemise qu’on venait de lui enfiler… Il aurait certainement apprécié cette attention que je lui témoignais à mon corps défendant! Il aurait aimé, lui qui prenait le plus grand soin de sa mise, ne serait-ce que pour se rendre chez le boulanger! A fortiori, c’était lui rendre un hommage à sa convenance, que de se soucier de sa présentation pour son dernier voyage vers sa ville natale… Pour lui, la politesse qu’on doit aux autres comprenait, en autres civilités, l’apparence et le maintien.

Aujourd’hui, il aurait eu cent ans et il repose, parmi les siens, dans la terre ocre, chargée d’oxydes de fer et de manganèse de ses aïeux…et des nôtres aussi, car, non loin de là, se trouve le berceau des premiers hommes! Et des humanistes, dont il était …

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Son poste de radio…

 

 

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Ce matin, en ouvrant ma messagerie électronique, j’ai découvert qu’un annonceur de pompes funèbres « low cost » me proposait un marché intéressant, dans le genre « Décédez et on se chargera du Reste (des restes) » !

Evidemment, comme rien n’est gratuit en ce bas monde en attendant, le cas échéant, un autre moins vénal, cette offre de service, en soi, alléchante, était assortie de quelques conditions financières. Ainsi, en cas d’acceptation de cette facilité mortuaire, je n’aurais plus à m’acquitter mensuellement que d’une modeste participation – presque une obole symbolique – prélevée automatiquement sur mon compte bancaire au profit de mon magnanime bienfaiteur! Et ce, durant le reste de mon âge, sans me prendre la tête ou me faire un sang d’encre! Simplement en achetant ma mort et mes obsèques à tempérament! Ou si l’on préfère en épargnant! Et pour jouir d’une telle aubaine, il me suffisait après avoir dûment complété le formulaire pré-rempli, de l’adresser accompagné d’un RIB, par la voie virtuelle des ondes, vers l’oeuvre de bienfaisance qui m’avait si gentiment sélectionné! …

Ensuite, je n’aurais plus eu qu’à expirer, de préférence pas immédiatement, de telle sorte que la société « philanthropique » à l’origine de cette louable initiative, ait le temps de collecter suffisamment de mes propres deniers pour se dédommager, des frais de dossier que, Grand Seigneur, elle m’offrait ! Un sacré cadeau au seuil de l’éternité ou du néant…C’est comme on veut.

Je me sens presque honteux de n’avoir pas donné suite à cette offre manifestement alléchante et certainement désintéressée, sans doute par méfiance devant une telle manifestation d’altruisme, à laquelle la modernité ne nous habitue plus guère, ou, plus prosaïquement, par peur de forcer mon destin en étant trop prévoyant ! Mais, à la réflexion, cette idée d’assurance-mort qui permet- en principe – de s’offrir à bon compte un Requiem de Mozart en orchestre symphonique, alors même qu’on n’est plus censé entendre une seule note de musique – ni rien du tout d’ailleurs – est vraiment réjouissante. D’autant plus qu’elle n’exige rien des ayant droit éplorés, dont le « travail de deuil » est ainsi facilité. Non contraints de courir les discothèques pour satisfaire les dernières volontés de cet emmerdeur qu’on aime tant, on peut se consacrer sans réserve aux choses sérieuses de la suite! Ces funérailles en grandes pompes par la volonté de son bénéficiaire et de ses virements bancaires interposés, semblent en outre jouir d’un autre atout: on dit qu’elles échapperaient à la curiosité inquisitoriale du contrôleur fiscal et à la comptabilité patrimoniale !

Cette initiative ne devrait donc faire que des heureux, et éviter toute forme d’état d’âme chez ceux – les vivants bien vivants – auxquels l’heureux futur défunt a confié ses directives dites « Léonetti ». Ils n’auraient plus à se préoccuper que de « l’avant » sans se soucier de « l’après »! Plutôt de « l’après immédiat ». Pour celui qui a rendu l’âme et qui disparaîtra à jamais des standards du temps commun, c’est gagnant-gagnant en gain de sérénité postulée, consciente ou inconsciente. Il en est de même pour le financier philanthrope!

J’en étais là de mes réflexions, de mes regrets (éternels) et de mes remords, lorsque le téléphone et les réseaux « sociaux » se mirent à crépiter pour me faire fête, et me souhaiter un bon anniversaire. Le banquier avait été le premier à sonner la charge, il ne fut pas le dernier… Tous, proches, famille et amis y mirent du leur – sans autre contrepartie, eux,  que l’affection que mutuellement nous nous portons – et je dois dire que cette unanimité réchauffe un cœur, qui s’essouffle un peu …avec le temps qui passe et les tissus qui se distendent.

Je vieillis, c’est un fait. J’en suis d’ailleurs à ma troisième année « sphénique » depuis ma naissance ! Ma quatrième ne devant intervenir que dans quatre ans, puis ensuite dans douze ans et enfin si le marathon vital daigne se poursuivre encore un peu, la cinquième me permettra de parodier Victor Hugo : mon siècle aura deux ans (de plus) ! Mais à quoi bon lorgner l’exploit ou rechercher dans l’arithmétique quelque loi symbolique qui permettrait de se soustraire à l’érosion du temps. Belle jambe en réalité que de savoir que le chiffre de son âge en système décimal est divisible par trois nombres entiers, en l’occurrence, deux, trois et onze ! Ça pose juste un peu.

J’ai franchi désormais le cap des soixante six hivers, et presque autant de printemps, si j’arrive à résister à la rigueur glaciale du réchauffement climatique, comme le souhaite ardemment mon magnanime correspondant funèbre, qui estime que je suis suffisamment vieux pour penser posément au terme de mon existence, mais suffisamment éloigné des eaux les plus turbulentes du Styx pour générer encore quelque profit financier !

Je n'étais alors qu'au début de mon périple

Je n’étais alors qu’au début de mon périple

Sans forcément avoir à affronter les quarantièmes rugissant, les ans finissent tout de même par peser ! Surtout lorsque je prends conscience avoir parcouru, mine de rien, plus de 61 milliards de kilomètres dans l’espace galactique depuis cette fameuse nuit de ma naissance, le 8 février 1949 au rez-de-chaussée du 49 de l’avenue René Gasnier à Angers. Dont, 30 milliards environ, la clope ou la pipe au bec…

A peine sorti des starting-blocks matriciels, je me suis agrippé comme j’ai pu à l’orbite terrestre. J’en mesure aujourd’hui l’exploit rien qu’à la quantité d’adrénaline qu’il a fallu sécréter pour satisfaire les besoins d’un cœur qui s’est contracté près de trois milliards de fois dans ce laps de temps …Et ce, sans trop dysfonctionner.

Normal que le paysage ait changé depuis ce lointain passé et que parfois, je m’époumone un peu …Normal qu’on soit triste lorsqu’on se remémore ceux qu’on a laissé des milliards de kilomètres derrière nous.

 

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