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Posts Tagged ‘Angers des années 40’

Le  jour de ses vingt ans, le 31 mars 1943, alors qu’Angers vivait les heures les plus sombres de son histoire sous l’Occupation allemande, une jeune fille rêvait à l’amour… Ainsi le confiait-elle à son carnet intime, celui dans lequel elle consignait en outre les pensées des grands auteurs, et dans lequel elle s’appliquait à recopier, presque à calligraphier, des poèmes qui l’inspiraient, de Ronsard, de Joachim du Bellay ou de Musset!

Avec soin, à la plume et à l’encre bleue, elle texte exprimait avec beaucoup de sincérité, mais aussi d’ingénuité, presque de naïveté, et parfois quelques touchantes maladresses, tous les espoirs d’une jeune femme qui n’avait d’autre ambition alors que de vivre et d’aimer. Confrontée aux privations et aux horreurs de la guerre, elle n’y faisait pas allusion explicitement, se limitant à évoquer –  » sans avoir l’air d’y toucher » – la dureté des temps en l’assimilant symboliquement aux rigueurs et aux frimas de l’hiver. Jamais, d’ailleurs, elle ne consentit, ultérieurement, à parler de la mort ou à se complaire dans des discours sur la guerre…Seule la vie l’intéressait, la motivait!

Vingt ans

Dire qu’on a vingt ans qu’une fois dans la vie, c’est abaisser son cœur, c’est insulter l’amour. 

A chaque été nouveau, les fleurs revoient le jour, à chaque amour nouveau, notre âme est rajeunie.

On a vingt ans dix fois, cent fois et toujours, même! Il suffit pour cela d’un baiser, d’un frisson, d’une larme sincère, ou bien d’une chanson, ou d’une voix qui tremble en murmurant je t’aime. 

Le temps dur et fatal, qui fait pâlir la flamme, met de la neige au front comme aux arbres l’hiver; mais blotti sous le bois, le germe reste vert. Nos vingt ans restent forts, blottis au fond de l’âme. 

Disons qu’on a vingt ans jusqu’à l’heure dernière, l’amour est infini, tout comme le printemps, et puisque pour souffrir on a toujours vingt ans, c’est que l’on a vingt ans, toutes les fois que l’on aime » 

Un an et quelques mois plus tard, dans l’euphorie qui suivit la Libération, elle rencontrera Maurice celui qu’elle épousera en 1947 et qu’elle aimera, soixante dix ans durant…

Jusqu’en 2017, chaque année au trente et un mars, dès potron-minet, il lui offrira un bouquet de roses, pour son anniversaire!

Et, jusqu’en 2017, Adrienne aura donc perpétuellement vingt ans, demeurant en cela, fidèle au texte prophétique de ses vingt ans!

N’écrivait-elle pas par ailleurs:

 » La vie toute entière d’un homme dépend de deux ou trois « oui » ou « non », prononcés entre seize et vingt ans!

Elle n’a pas, non plus, dérogé à cette sentence!

Mais la vie s’est esquivée! La mort qu’elle refusait, a pris le dessus. Et désormais, pour lui, comme pour elle, l’espace et le temps n’existent plus!

Rien n’empêche cependant de se souvenir, qu’il y a tout juste quatre vingt seize ans, le 31 mars 1923, naissait ma mère – notre mère – à Angers, dans l’appartement de ses parents, au 20 rue Desmazières!

Ensemble, Adrienne et Maurice  à la Boisserie à Colombey-les-Deux-Eglises. Années 1990

 

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Photo Internet – Yad Vashem

Le 19 septembre 2018, France 3 diffusait un documentaire sur la police française sous le régime de Vichy, sur sa subordination à l’occupant nazi et sur sa participation active à l’extermination des juifs…

Ce film est accablant. Il montre le zèle des autorités françaises dans l’organisation des rafles de l’été 1942 et au-delà. Bien que n’apportant pas d’élément fondamentalement nouveau sur le comportement scandaleux/criminel des responsables de la police française sous l’occupation, il exhume des documents d’archives, jusqu’alors inconnus, qui mettent en scène les différents acteurs français de cette tragédie. En outre, il explicite les raisons d’ordre public qui ont conduit le général de Gaulle, après la Libération en 1944 à limiter l’épuration dans les rangs de la police devenue nationale dès 1941…

Hormis les principaux ministres de Pétain, traîtres indiscutables et figures de proue de la collaboration avec les nazis, peu de responsables de haut rang au sein de la police, furent effectivement poursuivis et châtiés à la hauteur des crimes et des exactions qu’ils commirent…

Cet excellent documentaire consacré en priorité aux méfaits des cercles politiques proches du Maréchal n’abordait toutefois que partiellement le rôle infamant des pouvoirs publics en zone occupée, en particulier lors des rafles massives des juifs de l’été 1942.

Pour moi, cependant, il faisait écho à mes propres investigations sur cette tragédie dans ma terre patrie d’Anjou, et m’a fourni l’occasion de me replonger dans les quelques éléments – instructions préfectorales, comptes rendus d’activité et rapports d’inspection de la police angevine sous l’occupation – que j’avais consultés et dont j’avais pris des clichés, il y a quelques années, dans les locaux des archives départementales du Maine-et-Loire.

Je n’avais pas fait alors de découvertes sensationnelles, car la plupart des documents avait déjà été exploités dans l’ouvrage remarquable de l’historien Alain Jacobzone, publié en 2002 sous le titre « l’éradication tranquille – le destin des juifs en Anjou » ! ( Collections Faits et Gestes – Ivan Davy éditeur).

Cependant, à la lecture de ces « originaux », où j’avais retrouvé parfois des noms connus, j’avais alors acquis la conviction, non sans une très douloureuse émotion, que la police angevine, en sa qualité d’institution locale représentant l’Etat français, avait commis l’irréparable en toute connaissance de cause!

Manifestement, sauf à être débile, sourd et aveugle, aucun membre de la hiérarchie policière, aucun inspecteur, aucun brigadier et même aucun gardien de la paix ne pouvait ignorer le sort scandaleux – voire atroce – que la Gestapo et la police allemande réservaient aux juifs, d’abord aux réfugiés étrangers, puis globalement à toutes les personnes de confession juive, sans épargner les vieillards, les enfants, ou même les anciens combattants décorés de la première guerre mondiale….

A des degrés divers, qu’ils aient été des fonctionnaires de haut rang ou de modestes plantons, ils avaient tous été témoins et acteurs des prémisses de l’horreur, donc complices – fût-ce passivement – des nazis et de leurs agissements criminels…De gré ou de force, avec plus ou moins d’entrain, plus ou moins de scrupules certainement, plus ou moins de compassion enfin, tous avaient participé à l’oeuvre génocidaire décidée par Hitler. Les archives ne laissaient planer aucun doute à ce sujet…

Si aucun des documents consultés, ne permettait d’affirmer que les policiers angevins avaient eu connaissance de l’extermination finale des personnes arrêtées au cours des rafles de juillet 1942 et des suivantes, tous ont dû rapidement comprendre, au moins en leur for intérieur, que leur « mission » en cette affaire était indigne! Certains compensèrent peut-être ce mal-être moral en s’engageant dans la résistance intérieure…

Tous, en tout cas, ont dû taire, à un moment ou un autre, leurs réticences éthiques à traquer « le juif ». A pourchasser ceux qui étaient parvenus, à tromper leur vigilance, et à s’échapper…Car tous savaient que ces personnes qu’ils avaient, au préalable, « consciencieusement » recensés à la demande « des autorités d’occupation » en application des lois antijuives, n’étaient coupables d’aucun méfait, d’aucun crime, d’aucun délit.

Ils savaient qu’elles n’étaient poursuivies qu’en raison de leur appartenance à une communauté, et qu’à ce titre – et exclusivement à ce titre – elles étaient non seulement privées de leur liberté, mais séparées des leurs et dépouillées de manière scandaleuse de ce qu’elles possédaient…

Que dire de ces hommes – nos compatriotes, nos proches – qui agirent ainsi par discipline? Comment autrement expliquer que par une certaine forme de lâcheté, soigneusement masquée, le comportement de ces gardiens de la paix, de ces pères de familles, souvent « bons catholiques » descendants des Chouans ou des insurgés de la Vendée?

Comment justifier qu’ils exécutèrent sans presque sourciller – en fonctionnaires zélés et perfectionnistes – les instructions « de la police allemande » et sans exprimer la moindre réserve audible ?

Lesquelles instructions exigeaient d’eux, non seulement qu’ils participent à l’arrestation de personnes innocentes au seul motif qu’elles étaient juives, mais également qu’ils les dépouillent de leurs biens, de leurs bijoux et qu’ils leur confisquent les clés de leurs maisons.

Les exemples de cette complicité active du régime de Vichy – donc de sa police – avec l’oppresseur nazi sont multiples et tangibles dès l’automne 1940. Concrètement, dès l’adoption en octobre des ordonnances portant statut des juifs. En zone occupée dont Angers était la parfaite incarnation, l’apartheid dont les juifs étaient victimes, était en tous points, analogue aux mesures répressives prises en Allemagne par le Reich hitlérien depuis 1933…

Dans ce contexte, le préfet de Maine-et-Loire relayait, avec empressement, auprès du Commissaire Central de la Police, les instructions et les observations de la Feldkommandantur.

C’est le cas, par exemple, de cette correspondance administrative du 14 novembre 1940 par laquelle ledit préfet transmet, pour suite à donner, le mécontentement de la police allemande à l’égard des commerçants juifs qui affichent sur leur devanture, leur nationalité française et leurs décorations gagnées vingt ans auparavant pendant la première guerre mondiale.

Le préfet qui prend le soin d’ouvrir des guillemets, n’apporte sa touche personnelle aux injonctions allemandes, que pour demander au Commissaire, et à travers lui, aux policiers, de procéder aux vérifications souhaitées par la Kommandantur, et le cas échéant de verbaliser.

Doc – AD 49 – Photo JLP

Par lettre du 8 novembre, la FELKOMMANDANTUR me fait connaitre ce qui suit:

« Différents magasins juifs ont pris l’initiative de coller à coté de l’affiche « Entreprise Juive » sous une forme plus ou moins insistante, une affiche indiquant qu’ils sont Français, anciens combattants, blessés, titulaires de décorations françaises etc. La pose de telles affiches à côté de l’affiche « Entreprise Juive » est une critique de la mesure concernant la désignation des magasins juifs. En conséquence, la pose de telles affiches, est par la présente lettre interdite. Je vous prie de bien vouloir en informer les milieux juifs intéressés. »  

Je vous prie de bien vouloir faire procéder à une vérification immédiate de tous les magasins où sont apposés les affiches jaunes, afin de constater l’apposition éventuelle des affiches signalées par l’Autorité Allemande.

Vous inviterez les intéressés à les retirer d’ordre de la FELDKOMMANDANTUR.

Vous voudrez bien également me rendre compte compte de l’exécution de ces instructions » 

Ce sont, bien entendu, les agents et les inspecteurs de police, qui furent chargés d’effectuer les contrôles sur le terrain et de demander aux malheureux commerçants juifs de respecter l’interdiction d’affichage des états de service, cette nouvelle brimade édictée par les allemands.

Pour ceux de ces braves pandores, qui n’étaient pas, a priori, antisémites, pour ceux notamment qui n’adhéraient en rien à la doctrine du juif « déicide » de la « Petite Eglise » non concordataire, localement bien ancrée, cette revue fastidieuse des commerces, imposée par l’ennemi fut certainement une épreuve pénible.

On imagine leur embarras d’exiger de leurs anciens compagnons d’armes de la première guerre mondiale, qu’ils s’abstiennent de mentionner ostensiblement la reconnaissance de la France à leur endroit et qu’ils fassent le deuil de leurs actes de bravoure sur la Marne, dans la Somme, à Verdun ou ailleurs, pour défendre leur pays commun!

Le caractère discriminatoire et raciste de cette disposition imposée aux seuls juifs et son caractère infamant ne pouvaient échapper à personne, et surtout pas à ceux des policiers, qui étaient d’authentiques anciens combattants … Et pourtant, la mesure fut appliquée! Et aucun gardien de la paix ne semble avoir démissionné de la police pour cette raison!

Dans les rapports des vérifications effectuées, j’avais d’ailleurs noté que les gardiens de la paix ou les inspecteurs de police, usaient presque systématiquement de la formulation, classique en littérature administrative  » j’ai l’honneur de … « , en l’occurrence plutôt malvenue puisqu’il s’agissait précisément de rendre compte d’actions qui ne pouvaient guère être qualifiées que déshonorantes ! Dans ces circonstances, ce quasi-oxymore me semblait s’apparenter à une forme aboutie d’ironie macabre.

Mais le pire était à venir!

Là encore, ce sont, pour l’essentiel, les gardiens de la paix, avec leurs délicieuses formules administratives, qui furent aux premières loges. Ce sont eux qui durent assumer concrètement les préparatifs du crime, puis partiellement de son exécution sous l’autorité de la police allemande.

Ce sont eux qui procédèrent au recensement des juifs présents en Anjou avec une conscience professionnelle qui a du attirer les félicitations de leur hiérarchie et des sbires de la Gestapo.

Ce sont eux, supplétifs des gendarmes allemands, qui effectuèrent les arrestations et assurèrent le gardiennage des personnes emprisonnées, dans des conditions parfois immondes et inhumaines au grand séminaire de la rue Barra à Angers.

Ce sont eux enfin qui garantirent la sécurité de leur « transbordement » dans les wagons à bestiaux en gare d’Angers Saint-Laud vers une destination « inconnue »! Laquelle n’était autre, dans une première étape, que le camp d’internement de Drancy puis celui d’extermination d’Auschwitz.

Tout juste peut-on faire crédit à ces fonctionnaires consciencieux qu’ils ignoraient très probablement la destination finale de ces pauvres gens sortis de leur lit au milieu de la nuit et séparés de leurs enfants! Mais, en amont de ces assassinats massifs et programmés, ils ne pouvaient douter de la tragédie qui se tramait sous leurs yeux et dont ils jouaient à merveille le rôle d’auxiliaires des bourreaux.

AD 49 -Photo JLP

D’ailleurs tout le monde savait: c’était marqué dans le journal !

Les documents sont légions aux archives départementales du Maine-et-Loire qui attestent de ces taches/tâches « administratives » avilissantes effectuées par les fonctionnaires de la police angevine. Sans exception, ils y ont tous participé, appliquant scrupuleusement – si l’on en juge par les documents, y compris manuscrits, qu’ils nous ont imprudemment laissés – les instructions racistes de leurs supérieurs à la botte de l’ennemi… Instructions qui consistèrent en juillet 1942 à arrêter tous les juifs répertoriés dans leurs fichiers, quel que soit leur âge, quel que soit leur état de santé, quelle que soit même leur nationalité!

Et chaque agent rendait compte de son action à son supérieur hiérarchique, comme en atteste – à titre d’exemple – cette « pelure » de 1941 ( très antérieure aux rafles) rendant compte d’une enquête d’un inspecteur chef qui signale une liste d' »israélites » qui ont quitté Angers… Bien identifiés, certains furent ainsi rattrapés ultérieurement.

 

Ce sont ces recensements pointilleux qui serviront de références pour les arrestations intervenues quelques semaines ou quelques mois plus tard…

De ce point de vue, les gardiens de la paix ont bien fait le job! Du mieux possible au demeurant, comme en témoigne le rapport –ci-dessous – du 25 mars 1942, qui n’est ni plus illustratif ni moins représentatif que de très nombreux autres.

AD 40 -Photo JLP

 

Dans la forme administrative requise, le gardien de la paix impliqué  » a l’honneur » de communiquer la liste manuscrite des juifs résidant à Angers. Il l’a lui-même établie et il s’en porte garant…

Après avoir adressé le résultat de son enquête à son chef, on l’imagine rentant chez lui, satisfait du devoir accompli, mais fourbu d’avoir du parcourir « pedibus » les rues d’Angers pour obtenir les renseignements souhaités!

On se le figure posant son képi sur la commode, enlevant sa capote et ses godillots cloutés et regardant ses pauvres pieds fatigués et ses orteils rougis par les frottements qui s’évadent de ses chaussettes de laine trouées… Dans la lumière jaune vacillante de la salle à manger du petit appartement, il lape rapidement la soupe aux rutabagas ou aux topinambours réchauffée par son épouse, puis se roule une cigarette de Caporal, sans s’épancher sur sa rude journée de marche et ses désagréments… C’est tout juste si l’homme d’honneur et de devoir, qu’il se targue d’être, trouvera encore la force « d’honorer » son épouse et d’embrasser les queniaux… Dans moins d’une heure, il dormira du sommeil du juste, car demain il faudra reprendre du service! Et avec ces « foutus boches » qui veulent tout savoir des juifs, ce n’est pas toujours simple!

Grâce aux travaux d’Alain Jacobzone, on sait que la plupart des personnes citées dans ce rapport du 25 mars 1942 ont été arrêtées au cours des rafles de juillet 1942. Elles ont quitté Angers dans les différents convois ferroviaires plombés de juillet, août et septembre 1942…

Sauf erreur, aucune de ces personnes-là n’est revenue vivante des camps de la mort!

Toutefois, toutes les enquêtes des gardiens de la paix ne se soldaient pas par une identification précise de l' »individu israélite  » recherché… Parfois le pandore faisait choux-blanc.

Certains comptes-rendus observent alors que la personne a quitté « furtivement » d’Angers…

Après guerre, ces « échecs  » relatifs d’une enquête ont parfois été utilisés comme des alibis commodes par les préposés malchanceux, et interprétés comme des actes de résistance.  Comme si le policier s’était arrangé pour que les personnes recherchées soient prévenues à l’avance de son passage. C’est possible mais non prouvé!

Ce qui est certain en revanche, c’est que la rafle opérée dans la nuit des 14 et 15 juillet 1942 à Angers – quelques heures avant celle du Vel d’Hiv à Paris – a mobilisé, aux côtés de la police allemande, tous les services de la police angevine.

Ce n’est pas le fait du hasard ou d’une urgence dictée par des circonstances imprévues, qui a suscité cette omniprésence de la police municipale française aux côtés des gendarmes allemands lors de toutes les phases du drame. Dans les semaines qui ont précédé, la préparation de ces scélératesses avait nécessité le concours actif des services de police français, ne serait-ce que pour faire respecter l’interdiction faite aux juifs par les nazis, de circuler hors de chez eux, entre vingt heures et six heures chaque nuit. Pour être certain de les trouver, le moment venu!

La correspondance du préfet de Maine-et-Loire du 26 mai 1942 au commissaire central de la police angevine est explicite sur ce point. Elle est sans ambiguïté sur la détermination allemande et la totale subordination de l’administration française aux occupants… On fait l’économie de tout artifice sémantique pour exprimer l’objectif désormais assumé, qui est de prendre des mesures « contre les juifs ».

AD 49 – Photo JLP

Pendant la première grande rafle en juillet 1942, la police angevine était sur « tous les fronts », tantôt en soutien des gendarmes français et allemands qui procédèrent aux arrestations, tantôt pour surveiller les prisonniers incarcérés provisoirement dans les locaux réquisitionnés du Grand Séminaire de la rue Barra, tantôt enfin pour assurer la sécurité des convois de déportés vers la gare Saint-Laud d’où ils partiront en wagon plombé en direction de Drancy.

La police municipale était de surcroît chargée de maintenir l’ordre aux abords des lieux d’opération et près des gares, de jour comme de nuit, pour éviter d’éventuels mouvements de réprobation des angevins…

De l’avis de tous, les « opérations » se déroulèrent sans incident ainsi qu’en atteste, pour ce qui le concerne, le gardien de la paix Marcel Sauton.

AD 49 Photo JLP

Tous les rapports de police le confirment, les arrestations et les départs des juifs se sont déroulés sans difficulté notable et conformément à ce qui avait été prévu. Sans trop s’en vanter, tous les fonctionnaires en conviennent…

Il faut dire que leur liberté de mouvement sur le terrain était restreinte, car ils n’agissaient que sous l’autorité directe de la Kommandantur de la rue de la Préfecture et conformément à ses instructions… Lesquelles avaient tout prévu, jusqu’au nombre de gardes nécessaires, le nombre de patrouilles sur les boulevards, leur fréquence et leur composition, ainsi que le rôle des policiers français dans les gares!

Bref, la police municipale n’avait qu’à obéir aux ordres de l’occupant allemand… Ce qu’elle fit manifestement sans trop d’arrière-pensée… Personne ne fut, par la suite, inquiété.

A quelques « détails »près, personne n’avait quoi que ce soit à se reprocher. Mais ce sont dans ces « détails » que se trouvait l’enfer dans lequel périrent les juifs, les tziganes, les homosexuels et tous ceux dont le profil ne correspondait pas aux standards et critères fixés par les nazis pour avoir le droit de vivre.

Personne de ces policiers n’avait rien fait de répréhensible! Par la suite, certains furent officiellement récompensés et décorés pour leur comportement exemplaire à la Libération.

A la fin des années cinquante, je me souviens personnellement d’avoir vu parader, les jours de match du SCO au stade Bessonneau, un gradé de la police, dont, plus de quarante ans après, j’ai découvert le nom sur plusieurs documents d’archives de la guerre et de la collaboration.

Pas franchement à son avantage, donc!

Les protagonistes, acteurs de cette période tragique de notre histoire, ont presque tous disparu…

Il est probable que le jugement le plus sévère qu’ils eurent à supporter en leur qualité de collaborateurs de la solution finale, fut celui qu’ils portèrent sur eux-mêmes, une fois dégrisés des démons qui les habitaient mais qui continuèrent à les hanter… Car, beaucoup, au fond, n’étaient pas de mauvais bougres. Ils n’étaient que de « braves » hommes sans envergure, sans caractère et sans courage, embrigadés dans des événements qui n’étaient pas à leur portée! Aurais-je fait mieux?

Ils ont désormais disparus. Seul subsiste l’antisémitisme, longtemps honteux et dissimulé après-guerre, mais qui semble resurgir avec virulence dans les grandes villes et banlieues françaises, sous les traits d’un antisémitisme islamique endémique et conquérant.

En outre, un nouvel antisémitisme a vu le jour, qui gangrène certaines franges pseudo-progressistes de la population intellectuelle et politisée. Il prend prétexte d’un antisionisme militant ou de la contestation de l’Etat d’Israël, pour cultiver la haine du juif…

Plus de soixante-dix ans après la Shoah, la vigilance s’impose ….

« Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde » (Bertolt Brecht -1898-1956)

Plaque apposée sur un mur de la gare Saint-Laud à Angers

824 hommes, femmes et enfants partirent d’Angers en juillet 1942 vers les camps de la mort. Une vingtaine en revint vivante…

PS: Pour ne pas alourdir encore ce billet, j’ai du opérer un choix drastique des clichés des documents d’époque,  pris aux archives du Maine-et-Loire.

 

 

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