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Posts Tagged ‘6 bis rue de messine’

Je n’étais pas son maître. Elle n’était pas ma chose… C’était juste une présence aimante, constante, inspirante et ronronnante à nos côtés. A mes côtés en particulier, et si singulièrement.

La petite chatte Junia nous a quittés dans la nuit du 23 au 24 septembre 2019, seule, dans une clinique vétérinaire où elle avait été admise quelques heures auparavant… Elle n’était âgée que de cinq ans… Et sa disparition crée un vide immense qu’on ne soupçonnait pas… Elle était pleinement membre de notre famille.

Je ne crois pas, en effet, avoir rédigé un seul texte, une seule ligne, ces dernières années, sans qu’à un moment donné, elle ne se soit installée tout près de moi sur mon bureau… Elle adorait s’y lover et au premier regard de ma part, elle émettait un bref miaulement de contentement, assorti d’un clignement d’yeux… Mais, si l’endroit où elle souhaitait s’allonger, était trop encombré à son goût, elle m’interpellait de ses beaux yeux bleus et je m’exécutais pour débarrasser « sa place ».

Lorsqu’elle piétinait le clavier de mon ordinateur ou qu’elle contournait l’écran en se dandinant sans se soucier le moins du monde de la rédaction en cours, elle pouvait parfois susciter mon agacement. Mais un agacement passager, fugace, car le mot qu’elle effaçait en minaudant et en ronronnant, avait rarement vocation à résister à une relecture… Elle avait toujours raison et ses mimiques de tendresse compensaient tout éventuel dérangement.

Telle était Junia, ma fidèle comparse en écriture…

Elle m’était devenue indispensable. A telle enseigne que je ne sais si je pourrai désormais continuer à jouer au chat et à la souris avec les mots, en sautillant d’une époque à une autre avec la légèreté de cœur qu’elle savait si bien transmettre. Sans trop me prendre au sérieux, grâce à elle en tout cas, je réécrivais sans relâche…

Sans elle, sans son soutien, sans ses incursions dans mon univers, sans son impatience discrète à fouler ma prose, bref sans son exigence amicale, sans surtout notre connivence et notre complicité mutuelle, aucune ligne ne portera plus sa griffe. Aucune ligne n’en sera plus digne.

Pour tant d’autres motifs encore, elle nous manque déjà atrocement, car peu d’animaux dits de « compagnie » ont, comme elle, partagé à ce point et si intensément, tous les instants de nos vies! Sa fin tragique et si rapide amplifie même ce sentiment d’abandon et d’injustice que nous ressentons face à cette vie brisée si précocement par la maladie.

Nous sommes très tristes. Je suis très triste.

Merci, petite minette, Merci petite Junia, qui m’avait adopté comme partenaire en historiettes et ami pour la vie … Comme frère peut-être…Merci en tout cas pour toute cette affection et ces instants de bonheur sans contrepartie que tu nous a constamment prodiguée !

Repose désormais en paix dans ce jardin où tu aimais te prélasser sous le soleil.

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Il est exceptionnel que je prodigue des conseils de jardinage ou de fleurissement des parterres. Je ne m’y risque pas car je ne revendique aucune autorité en la matière. Mes compétences de jardinier, de paysagiste, de botaniste ou de designer végétal sont en effet très lacunaires, et en tout cas beaucoup trop superficielles pour ambitionner de les partager avec d’autres. Mes connaissances sont le plus souvent empreintes d’un empirisme ingénu – voire naïf – conforté par des années de tâtonnements souvent improductifs résultant d’expériences de plantations initialement enthousiastes, se terminant le plus souvent et piteusement dans un composteur.

Avec le temps et les déconvenues, mon bagage s’est, malgré tout, enrichi de quelques erreurs à ne plus commettre. Je sais par exemple qu’il est vain de vouloir transplanter certaines plantes annuelles comme les très accommodants œillets d’Inde, achetés couverts de fleurs, au premier jour du printemps, dans les jardineries industrielles des périphéries des villes… Sauf pour les actionnaires desdites jardineries, c’est l’échec assuré! Ces plantes pourtant communes dépérissent et perdent fleurs et feuilles quand les effets de leur dopage disparaissent.

Un constat d’autant plus désolant que les œillets d’Inde, espèce de petites herbacées jaunes oranges ou rouges, réputées pour leur robustesse et leur rusticité, résistaient jadis à toutes les agressions, y compris au piétinement et à nos jeux de ballon, dans les allées du jardin de notre enfance au 6 bis rue de Messine à Angers! Il y a plus de soixante ans, hélas.

Bignone de mon jardin et son compère l’olivier – début juillet 

A un degré moindre, le désenchantement est du même ordre avec les dahlias en pots, surtout ceux qualifiés de nains, qui éblouissent le chaland de leurs couleurs chatoyantes sous les ombrelles humidifiées des bazars végétalisés, propres à provoquer des bouffées nostalgiques de ruralité urbaine et d’illusions estivales, au cœur de zones commerciales à la croisée des autoroutes du soleil.

Dans ces entrepôts d’authenticité paysanne en conserve, des myriades de variétés végétales, florifères, aguicheuses et désirables attendent le client, maquillées à l’excès, et même peinturlurées si c’est nécessaire. L’objectif, c’est que le gogo en goguette succombe au charme de ces belles éphémères et se laisse aller à ses pulsions de fièvre acheteuse! Avant la fin juillet, toutes les fleurs et leurs supports seront fanés et desséchés. On les liquidera en solde, tandis qu’on étalera complaisamment d’autres collections, celles d’hiver!

Las!  Arrivées en notre jardin, les nouvelles recrues, si mignonnes dans leur « vitrine » crèveront d’ennui d’avoir quitté leur serres industrielles et d’être privées des engrais pseudo-bio de rigueur! Elles avaient pourtant été sélectionnées dans les règles d’une assurance-qualité dûment certifiée par un organisme « indépendant », se targuant d’un savoir-faire ancestral de pratique horticole. Seules les LED solaires de fabrication chinoise, gadgets en forme de papillon coloré, de petit lapin ou de nain de jardin, achetées pour tromper notre impatience dans la queue des caisses enregistreuses, passeront effectivement l’été sans encombre et persisteront à illuminer nos nuits de rêves formatés!

Bref, Je sais désormais d’expérience et à mon détriment, que les plus belles floraisons de l’été ne sont envisageables qu’en respectant le rythme des saisons, par exemple, en semant en mars ou avril dans un endroit protégé des intempéries, les graines des fleurs fanées des œillets ou roses d’Inde de l’année précédente. Je sais qu’il faut enterrer les racines tubéreuses des dahlias après les rigueurs de l’hiver et que les bulbes des tulipes ou des jonquilles doivent être enfouies à l’automne.

Avec le temps, j’en suis presque parvenu à la conclusion que si la botanique est certainement une science, et même une science au devenir prometteur, le jardinage est un art discret semblable à une distillation lente et fractionnée du plaisir de vivre au présent. Un plaisir qui ne saurait se savourer qu’en s’affranchissant de la pression des marchands, pourvoyeurs de paradis artificiels et toujours prêts à satisfaire, contre monnaie sonnante et trébuchante, notre acharnement à soumettre la nature à notre dictature de l’urgence et à nos caprices contre-nature.

Dans ce contexte, j’aspire à ce que l’arrangement spatial de mon carré de verdure ainsi que les végétaux supposés l’embellir, ne procèdent pas seulement d’une recherche esthétique conforme aux standards à la mode dans les lotissements pavillonnaires, ou même qu’elle résulte de choix dictés par de prétendues connaissances académiques sur les conditions de vie des plantes, dont j’ignore en fait les fondamentaux biologiques.

Dans l’idéal, seule devrait compter mon indéfinissable inclination parfois historiquement datée, à préférer telle espèce peu domestiquée mais prolifique sur sa cousine sophistiquée issue de multiples panachages génétiques plus ou moins catholiques… Si j’osais et surtout, si j’en avais le loisir, mes haies seraient de genêts, constituées! De ceux qui peuplaient les buttes ardoisières d’une province qui m’est chère. Certains qui me connaissent depuis des siècles, y retrouveront sûrement la trace de nos racines communes.

Mais ce n’est pas tout, car au fur et à mesure que les années passent, je me surprends – non à devenir l’écolo repentant que malheureusement je serai sûrement un jour à titre de pénitence – mais à éprouver mille préférences pour les herbes sauvages vouées à l’éradication, et à mépriser les espèces végétales apprivoisées et souvent stériles.

A quel titre, devrais-je en effet éliminer la fleur de pissenlit ou le bouton d’or, dont le reflet jaune pâle sous le menton attestait jadis de notre goût pour le beurre frais. Il est vrai qu’avec les ersatz aux oméga 3 et les beurres pasteurisés des grandes surfaces, la pauvre renoncule rampante a perdu une grande part de sa raison sociale!

Dans la même veine, je réprouve le cloisonnement des espaces entre le potager réservé aux plantations légumières et le parterre dédié à l’agrément florifère! Je crois en revanche à l’action du hasard, comme moteur de toutes choses et de toute évolution, notamment lorsqu’il incite certaines fleurs à s’acclimater spontanément et sans motif patent, ici plutôt que là!

Enfin dans l’organisation de l’espace, je me plie à l’équilibre des contraires et des contraintes, résultant de l’affrontement pacifique de deux légitimités sur un même lopin de terre. Tout couple sait de quoi je parle!

Parfois aussi, certains arbustes destinés initialement à agrémenter d’autres lieux se sont adaptés à un terreau – le mien – étranger à leur terroir originel, et perpétuent en mon jardin  un destin qui initialement devait s’écrire ailleurs.

Forte de ces pensées vagabondes, ma ballade matinale ou vespérale, à l’heure des arrosages, prend alors des allures d’errance spatio-temporelle aux sources de ma propre histoire et celle de ma famille… Comment interpréter autrement l’étrange sentiment de contemporanéité qui émane du parfum matinal d’un rosier greffé à partir d’une variété choyée par Marie Curie à l’Institut du radium dans les années trente du siècle dernier?

Avec les décennies qui se succèdent et l’apport de plantes ayant appartenu à ceux qui nous furent chers, le jardin fleuri s’offre à nous comme un livre ouvert sur notre passé…Comme un journal de souvenirs. Comme un récit, par la biologie végétale interposée, de notre propre vie . Un conte bien vivant relatant les épisodes de notre passé comme s’il s’agissait d’une actualité! Un passé qui se prolonge comme une promesse d’avenir, en dépit des avatars de nos pauvres existences, dont, à des titres divers, ces plantes témoignent et que transfigure la luxuriance des frondaisons estivales. Un mélange des temps et des genres, qui nous laisse entrevoir l’avenir, à l’exemple de ces végétaux hérités d’un autre temps, qui explosent sous les soleils d’été et renouent le dialogue avec ceux, disparus qui nous les ont légués.

Un hymne à l’instinct de vie dont la végétation est porteuse et qu’incarnent ces nouvelles tiges et rameaux de l’année sur des troncs d’époques dont on croyait avoir fait le deuil!

Ici, en limite de clôture, c’est le rosier de Damas, antique vestige de notre jardin angevin des années soixante qui investit l’espace. Il prend ses aises comme une jeune pousse jouvencelle et désordonnée, au coude à coude avec un forsythia des Ulis.

Là ce sont les camélias et les rhododendrons offerts par des oncles et tantes de passage, il y plus d’un quart de siècle. Ils luttent pour survivre dans une terre trop basique.

Plus loin, en concurrence avec un grenadier à fleurs, extradé de la terrasse massicoise de mes parents et les lianes envahissantes d’une vigne de Hambourg, croît un palmier, né d’un rejet de souche du jardin d’agrément d’une tante sarladaise, décédée centenaire, il y a quelques années.

Grenadier

Et là, une imposante bignone, qui cohabitait autrefois à Massy avec le grenadier, tente avec une sorte d’impudence juvénile de coloniser la façade de ma maison, en pompant l’air d’un olivier de fraîche date qui s’efforce avec difficulté de se faire une place au soleil…

Au total, sur presque chaque mètre-carré d’un jardin qui n’en finit pas de se rétrécir en se diversifiant, prospèrent ces témoins toujours vivaces de ceux qu’on a aimés, arbres fruitiers, arbustes d’ornement, rosiers… L’espace s’est même considérablement densifié au rythme accéléré des disparitions de ces dernières années.

Un jour, il faudra que je recense cette foisonnante végétation! Si l’on n’y prend garde, elle finirait par transformer mon jardin secret en un « jardin de curé ». Que le dieu de Spinoza m’en préserve, car ma maison n’est en rien un presbytère, pas plus que mes plantations brouillonnes ne doivent être assimilées à des fleurs de cimetière ou d’église.

Mais il est vrai que la confusion finirait par s’installer si je persiste comme d’ailleurs j’en ai l’intention, à semer des graines au hasard comme les ecclésiastiques d’antan qui plantaient à la diable les dons végétalisés de leurs paroissiens…J’aime que les « tomatiers », autour desquels s’entortillent des capucines multicolores, croissent en bonne intelligence avec des géraniums et des fraisiers.

 

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C’était il y a exactement quarante six ans!

Ce 13 juin 1973, j’étais loin de l’Anjou, loin de la France. De retour d’une mission océanographique dans l’Océan Indien, j’étais de passage à Djibouti. Je n’appris donc que quelques jours plus tard en débarquant à Orly, le drame qui s’était joué le 13 juin à Beaufort-en-Vallée.

En ce début de matinée grise, ce mercredi-là, Adrienne Clémence Berthe Venault née à Saint-Loup-sur-Thouet, le 10 février 1894 s’éteignait dans l’hospice de la petite ville du Val de Loire, où elle avait été accueillie quelques jours auparavant pour une convalescence à la suite d’une fracture du col du fémur. Laquelle était survenue dans la maison de retraite angevine, où elle résidait depuis le début de l’année…

Adrienne en 1920

Elle mourait, âgée de 79 ans. On nous a dit qu’elle était partie en toute lucidité, consciente de sa mort imminente, et révoltée. Les médicaments qui la maintenaient en vie depuis des années avaient été omis lors de son transfert…

L’heure n’est désormais plus au deuil, ni aux regrets! Encore moins aux remords, s’il tant est qu’il y eut, un jour, matière à en concevoir! Le temps a fait son oeuvre et même un sacré ménage parmi tous ses familiers d’alors. Les derniers de sa génération ne sont plus là depuis une vingtaine d’année et nombreux sont ceux, plus jeunes, qui l’entouraient à l’époque, à l’avoir suivi dans la tombe, en particulier deux de ses trois enfants dont ma propre mère Adrienne Turbelier (1923-2018) et deux de ses petits-enfants, dont une de mes sœurs.

En presque un demi-siècle, le monde qu’elle a connu, a lui-même disparu: c’était avant la crise pétrolière, avant la fin de la guerre froide entre l’Est et l’Ouest et, bien sûr, avant la mondialisation sauvage. La France était encore un pays industriel qui produisait l’essentiel de ses biens de consommation. Le monde paysan existait encore sans être contraint de se transformer en gardien des paysages d’une ruralité en voie de disparition.

La « Communauté Economique Européenne » – qui n’était pas encore une « Union Européenne » – et à laquelle le Royaume Uni venait d’adhérer, était encore circonscrite à ses membres fondateurs!  Aujourd’hui, l’Angleterre a voté le Brexit, mettant fin – ou à tout le moins – semant le doute sur une utopie transnationale, porteuse de paix et, en principe, de prospérité.

C’était enfin, bien avant l’ère du « tout numérique, du téléphone portable, des « tablettes »,  de l’ordinateur familial, mais aussi des grandes peurs et menaces de notre présent siècle! Avant l’apparition du Sida et du terrorisme. Rien ou presque de ce qui fait notre quotidien et que l’on appelle « la modernité » n’existait et n’était même imaginable…Sans parler des mœurs dont l’évolution a bousculé la plupart des standards moralisateurs de jadis, et désorienté tant de bonnes consciences…

Adrienne n’a connu aucun de ces bouleversements qui ont changé la vie sur une planète « terre » désormais regardée dans sa globalité, parcourue en tous sens à chaque instant mais devenue trop étroite pour une population de plus en plus nombreuse, et qui a, en outre, épuisé la plupart de ses ressources aisément mobilisables.

Mais Adrienne a connu d’autres changements, d’autres violences tout aussi redoutables, en particulier deux guerres, dont une qui a profondément pesé sur son destin. Souvent, je me suis exprimé ici sur les malheurs qu’elle dut supporter. Souvent j’ai tenté, et toujours en vain, de comprendre les ressorts intimes qu’elle dut mobiliser pour surmonter la disparition brutale de ceux qu’elle aimait. Pour simplement continuer à vivre après le désastre des deuils successifs qui lui furent infligés à l’aube de l’âge adulte, au moment même, où tout un chacun aborde naturellement la vie avec confiance.

Parce qu’elle incarnait à mes yeux, le drame de toute une génération dévastée par la guerre et meurtrie à jamais, je me suis souvent efforcé de décrypter ses secrètes fêlures. Parce qu’elle était ma grand-mère, je me suis interrogé sur la nature des liens qu’elle tissa avec nous en dépit de la tragédie, et des parades qu’elle dut déployer pour triompher de l’indicible ou de l’inconcevable. J’ai cherché à déceler les pansements qu’elle dut appliquer pour masquer ses cicatrices et donner le change.

Malgré ma proximité affective avec ma grand-mère maternelle, sa trajectoire restera pour moi, et à bien des égards, une énigme. Je l’aimais et je crois qu’elle m’aimait aussi. Malgré tout, je sais n’avoir perçu d’elle, qu’un pan de sa personnalité: l’image rassurante et réductrice d’une grande-mère attentionnée qui s’occupait de ses petits-enfants avec une sorte de bienveillance pudique. Laquelle n’excluait nullement certaines manifestations de tendresse, fussent-elles toujours empreintes de retenue.

Mais sa vision du monde étroitement liée aux malheurs qu’elle avait traversées, de même que ses convictions ou ce qu’elle en laissait entrevoir, demeurent pour l’essentiel incompréhensibles… A notre niveau, ne transparaissait que la résignation d’une veuve qui se plaignait de la solitude et compatissait au sort injuste fait à son mari – son « pauvre p’tit Louis » – trop tôt emporté après guerre, vers un monde prétendument meilleur!

Je ne reviendrai pas sur mes développements antérieurs à ce sujet, renvoyant mes hypothétiques lecteurs aux principaux billets rédigés à sa mémoire ces dernières années…

Je me limiterai ici à souligner la cruauté insigne du destin à l’égard de cette jeune femme – ma grand-mère – qui, en l’espace de six ans – entre 1912 et 1918 – vit disparaître prématurément, un père admiré, fauché par un train de nuit et qui, quelques années plus tard, apprit que son frère aîné ainsi que son ami de cœur – son « petit ami » – avaient été foudroyés sur le front de la Somme au printemps 1918…

Trois ans plus tard, elle épousera par devoir, par nécessité ou par défi pour conjurer le sort et miser sur la vie, le frère cadet de son ami « mort pour la France »… Avec mon grand-père, aimé par défaut, par devoir, elle aura trois enfants. Finalement, à force d’affection mutuellement revendiquée et de respect réciproque, ils se transformèrent en un authentique couple. Ou presque!

Il décédera lui-même d’un infarctus en 1951 à 52 ans.

A cinquante sept ans, elle devint officiellement veuve. Mais ne l’était-elle pas déjà depuis plus de trente ans? Quoiqu’il en soit, elle en adopta définitivement les apparences, comme il était d’usage en ces temps-là ! Sa vie intime devenait invisible…

1951 avec son mari, Louis Turbelier

Une telle accumulation de malheurs interdit à quiconque de jauger son existence à l’aune des critères habituels de la bien-pensance ou des standards conventionnels des donneurs de leçons de vertu. Sa quête du bonheur fut sans doute abandonnée dès 1918. Pour le reste elle s’est débrouillée comme elle a pu, cultivant l’instinct de survie pour elle et pour les siens!

Elle interdit également de porter un quelconque jugement sur tel ou tel de ses comportements ou de ses opinions, qui autrefois auraient nous pu étonner ou qui, encore, pourraient nous interpeller comme du temps où nous étions encore contemporains dans un même espace-temps! Et bien vivants pour nous chamailler …

En 1961, avec ses enfants et petits enfants – 50% ne sont plus

La seule question qui vaille désormais est de savoir ce que finalement, elle nous a légué et ce qui nous reste d’elle.

Pour ma part, je n’oublie pas qu’elle m’a appris à lire avant même que je ne franchisse le seuil de l’école primaire. Je n’oublie pas non plus que c’est elle qui m’accompagna au premier jour de ma scolarité à la « grande école ». C’est un peu grâce à elle, que l’école ne fut jamais pour moi un calvaire.

Sans doute a t’elle cherché aussi à transmettre – sans forcément y parvenir – le sens d’une certaine rigueur intellectuelle dans l’exposé des idées…D’une certaine raideur, diront certains!  S’y tenir en tout cas autant que possible sans en faire un préalable absolu…Sans s’entêter ou s’obstiner face à l’affranchissable mais ruser et contourner. Parfois, les compromis avec le réel sont nécessaires, lorsque la réalité est insupportable.

Peut-être a t’elle cherché à nous inculquer aussi l’idée selon laquelle, pour faire sa place dans la vie, l’ambiguïté peut parfois être une alliée et la clarté une faiblesse. Le doute sur ses propres certitudes et sur celles des autres est une nécessité vitale, surtout si l’on sait jouer des apparences et posséder l’intelligence des situations…

« Sans avoir l’air d’y toucher » (une de ses expressions favorites), elle s’est probablement efforcée enfin de nous enseigner la lucidité sur nous-mêmes et sur les autres… Laquelle n’exclut d’ailleurs pas, l’empathie ou la solidarité, qu’elle n’évoquait d’ailleurs pas en tant que telles, car ces notions ne relevaient pas de son arsenal sémantique politiquement correct, mais elle les intégrait dans une acception plus conforme aux us de l’époque dans les provinces de l’Ouest, la « charité chrétienne ». Pour sa part, elle la pratiquait avec convenance, constance mais aussi avec mesure, sans affect particulier, comme un devoir parmi d’autres, car elle était, avant tout, une femme de devoirs!

Pudique, elle se méfiait en outre des élans trop démonstratifs du cœur… Pour elle, cette réserve était une manière de se préserver des amitiés de circonstances ou des amours artificielles … En ce sens, elle demeura toute sa vie, fidèle à elle-même! Un challenge qu’elle poursuivit avec panache, contre vents et marées. Quitte d’ailleurs à prendre des risques insensés comme celui de rabrouer vertement un galant soldat de la Werhmacht qui se proposait de l’aider à monter dans une barque au passage de la Loire, quelques semaines à peine après la défaite de juin 1940.

Quarante six ans après son départ, saura-t-on si elle aimait qu’on l’aime? Peu importe au fond! On continue de lui donner notre affection et, en dépit d’elle, de lui accorder notre reconnaissance pour avoir contribué avec d’autres à nous apprendre à vivre! Et à lire aussi…

Insatiable lectrice, elle nous donna le goût des livres et de l’Histoire. Et donc de la culture, dont les malheurs de la guerre et la modestie de sa condition initiale de fille de garde-barrière et de poseur de voies, la privèrent pendant toute la première partie de sa vie!

Année 1971 

PS: Quelques articles de ce blog (parmi d’autres où elle est présente) qui lui sont spécifiquement dédiés:

  • Énigmatique photographie – 29 août 2011-
  • Une jeunesse contrariée pour une vie injustement controversée – 19 novembre 2011-
  • Celle que nous appelions aussi « Mémé » – 11 février 2012
  • La femme qui ne souriait pas au photographe – 13 octobre 2014-

A ce bref récapitulatif, il convient d’ajouter deux billets consacrés à son frère:

  • Albert Venault (1893-1918), un frère admiré et trop tôt disparu – 26 novembre 2011-
  • Il y a cent ans tout juste, le 27 mars 1918 dans la Somme – 27 mars 2018

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Elle était l’ultime représentante du mobilier parental de la salle de séjour du 6 bis rue de Messine à Angers dans les années soixante… Dernière également à être encore là, fidèle au poste dans l’appartement déserté de Massy où elle « siégeait » depuis près d’un demi siècle!

Fièrement, comme dans un dernier défi ou une ultime fanfaronnade avant liquidation, la pauvre chaise, usée par les ans et désormais inutile – encombrante –  mais toujours vaillante, se dresse sur le tas d’objets hétéroclites et de meubles fracassés qui demain, dès l’aube, partiront vers la déchetterie municipale…

En détournant le regard et en essuyant furtivement une larme, on l’a posé ici le cœur gros, un peu comme on l’aurait fait en abandonnant pour toujours entre les mains d’un vétérinaire, un vieil animal de compagnie, perclus de rhumatismes et incontinent, baveux et à bout de souffle!

Les nettoyeurs des espaces urbains, exécuteurs modernes des basses œuvres mettront ainsi un terme à son destin de siège, qui avait été scellé au cours des Trente Glorieuses. Après les restrictions et les malheurs de la guerre, son acquisition incarnait – modestement – un début d’aisance matérielle, avec la table marquetée et le buffet plat assorti en bois clair vernissé. On en n’était pas alors à s’insurger contre le consumérisme. Au contraire, on l’appelait de nos vœux, comme un des symboles de l’égalité républicaine et de la prospérité retrouvée. S’installer à son aise, c’était déjà gravir une marche de l’échelle sociale…

Demain, ses bois de chaise redeviendront anonymes avant d’être transformés en cendres fumantes …

Personne ne saura plus désormais que quatre – presque cinq- générations se sont assises dessus. Personne n’entendra plus ses craquements suspects. Personne ne témoignera plus de l’inconfort supporté par les enfants lorsqu’ils devaient y rester collés des heures, pendant ces interminables banquets de famille – réglés par la cuisson du gigot d’agneau et de ses mogettes – et arrosés de « coteaux du Layon », qui autrefois ponctuaient les fêtes familiales dans les provinces de l’Ouest.

Accessoire incontournable des communions « solennelles » d’antan, des retours de noces ou des fêtes religieuses, comme Noël ou Pâques, sa présence discrète attestait surtout du plaisir de se retrouver et de se tenir chaud face aux aléas de la vie.

Oui! Cette chaise fit partie de nous-mêmes en un temps où la famille se confondait encore avec la tribu.

Beaucoup des protagonistes de cette époque ont disparu et c’est désormais au tour de la chaise de définitivement s’évanouir sans bruit pour rejoindre nos souvenirs. Il y a d’ailleurs bien longtemps déjà qu’elle n’était plus en première ligne pour accueillir les postérieurs familiaux des grands-mères, des grands oncles ou des grandes tantes… voire des cousins, cousines et bien sûr des nôtres …

« Réserviste »de longue date, elle avait été remisée dans un coin de l’appartement… Hormis les jours de grande affluence, de plus en plus rares ces dernières années, où elle était mobilisée comme siège d’appoint, on ne la remarquait plus.

Depuis que ceux qui l’avaient acquise ne sont plus là, elle était devenue invisible. Ils étaient en effet presque les seuls à partager (encore) avec elle l’indicible mais prégnante nostalgie d’une époque révolue. Bon an, mal an, elle s’obstinait, malgré tout et à sa mesure, à être le miroir de leur jeunesse et à demeurer un témoin muet et branlant, presque obsolescent d’un passé qu’ils regardaient avec tendresse.

Elle est la dernière à quitter le navire… Désormais c’est Facebook qui comblera le vide. C’est dans l’air du temps!

Déjà les charognards s’activent autour d’elle! Peu de chance, cependant qu’ils s’y intéressent… Rafistolée -fût-ce avec amour – elle a peu de chance d’attirer le chaland sur une brocante dominicale ou un autre vide-grenier!

Adieu la chaise ! Ta place est désormais inoccupée, vide, complètement vide pour la première fois depuis quarante cinq ans. N’empêche que tu restes encombrante… Encombrante comme un reproche!

 

 

 

 

 

 

 

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C’est probablement au cours de l’automne 1954 que mes parents ont acquis un terrain de quelques centaines de mètres carré sur lequel ils firent construire leur maison. Il se situait dans une impasse privée du quartier de la Madeleine à Angers, « la rue de Messine« . 

Dans un billet du 7 juillet 2013 (publié sur ce blog), j’ai déjà évoqué l’atmosphère provinciale et familiale qui, au début des années soixante, régnait dans cette rue mitoyenne du stade Bessonneau, devenu ultérieurement « Jean Boin » et renommé récemment « Raymond Kopa« .

Je n’y reviendrai donc pas trop. Juste un peu toutefois pour rappeler, parodiant la « chanson » d’Aznavour, qu’il s’agissait d’un temps – et d’un lieu – que « les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaitre »! Ni même imaginer, tant cette époque antédiluvienne semble éloignée de la nôtre. Aujourd’hui, un simple glissement de doigt sur un écran tactile nous transporte aux antipodes de la planète ou aux confins d’un univers à l’incompréhensible destin et d’un âge putatif de quelques treize milliards d’années… Notre horizon d’alors était statique, prévisible et imperturbable, borné par le clocher de l’église, la rue Saint-Léonard et le stade. Et nos espoirs univoques!

Débouchant sur une autre impasse, la rue de Tunis, notre rue, partiellement lotie et viabilisée, n’était guère carrossable. Elle constituait de ce fait, le terrain de jeu privilégié des gamins et gamines du quartier. De la sorte, nombre de nos genoux portaient en permanence les stigmates au mercurochrome des contacts parfois rugueux avec la chaussée empierrée.

Bordée de part et d’autre, la rue ne comportait pas moins d’une vingtaine de pavillons, construits dans l’entre-deux-guerres, tous flanqués de jardinets, qui pour certains – ceux des numéros pairs- se prolongeaient jusqu’au mur de clôture de la propriété du marquis de La Sayette. Sur les terrains en semi-friche, où, après l’école, s’exprimait notre imaginaire, l’aventure consistait à construire des cabanes adossées à des ronciers, et à nous cacher dans des plate-bandes d’orties.

A quelques dizaines de mètres de l’entrée de ce territoire protégé, du côté de la rue Saint-Léonard, trônait, tel un octroi improvisé, une austère demeure: il s’agissait d’une dépendance – extra muros – de la gendarmerie nationale, où étaient « encasernées » deux familles de pandores. L’administration militaire y avait même implanté un hangar semi-circulaire en tôle, où elle garait épisodiquement des motocyclettes de service.

Les dimanches, mais aussi certains soirs du printemps ou d’été, lorsque le SCO d’Angers (Sporting club de l’Ouest), l’équipe de foot professionnel « recevait » une formation adverse, la rue d’ordinaire si paisible se retrouvait envahie par une foule compacte de supporters braillards qui se rendaient au « match ». Ils cohabitaient tant bien que mal avec des flots de « bagnoles », qui  tentaient de stationner sur le terrain vague à l’entrée du stade, en débordant parfois, au grand dam des propriétaires, sur un champ de luzerne encore exploité. Dans ce joyeux « bordel » qui souvent suscitait la colère des riverains, nous autres, les gamins d’alors, nous nous amusions comme des petits fous. Cette animation désordonnée et bruyante faisait notre délice, d’autant que des cohortes « d’hirondelles » et d’agents de police, clowns involontaires d’un scénario qui leur échappait, s’efforçaient vainement de canaliser l’ensemble en s’époumonant cramponnés à leurs sifflets! Sans grand succès, car personne n’avait cure de leurs gesticulations!

A l’extrémité de la rue devant l’entrée du stade, de longues files d’aficionados angevins de tous âges, surtout des « mecs », s’agglutinaient face aux guichets des « Populaires », les tribunes aux gradins de terre battue, ouvertes à tous vents, que fréquentaient les « petites gens », les ouvriers et les « vieux travailleurs » à la retraite. Bref, tous ceux peu fortunés, qui aimaient le foot! Mon grand-père paternel fut de ceux-là jusqu’à son décès en 1956. Il s’était équipé d’une cape dédiée pour résister placidement aux intempéries.

Cette configuration du quartier fut entièrement revue à la fin des années soixante par le percement d’un boulevard périphérique qui le désenclava. Banalisé, il en perdit son identité. Ne subsiste plus rien ou presque de ce petit « monde à part  » qui évoluait ici! Et avec lui, disparut l’insouciance de notre enfance, qui, pour l’essentiel se déroula ici.

De la rue de Messine ne demeure qu’une toute partie, séparée du boulevard par un terre-plein central, une sorte de haricot desséché, et quelques maisons « non frappées d’alignement » dont celle de nos souvenirs. Elle fut vendue par mes parents au cours des soixante-dix après qu’ils eurent quitté Angers pour la région parisienne.

Nonagénaires, ils demeurent encore hantés par ce petit coin d’Anjou, si proche des lieux qui les virent naître, et dans lequel ils vécurent probablement les plus beaux moments de leur existence, au rythme des petits riens d’un bonheur familial simple que les petits coups de canif de la vie n’avaient pas encore trop égratigné. L’espace et le temps étaient à dimension humaine, ponctués par les sonneries de l’horloge paroissiale de la Madeleine et les sirènes d’embauche et de sortie du personnel de l’usine de filature de chanvre de la rue Saumuroise. C’est ici qu’ils tissèrent tant d’amitiés militantes ou d’affections familiales, dont ils se revendiquent toujours plus d’un demi-siècle après. C’est ici enfin que vient se réfugier leur mémoire, comme si le rappel de ces temps heureux  leur servait de viatique pour affronter le grand âge. La rue de Messine demeure leur fontaine de jouvence…

Sur le terrain nu qu’ils venaient d’acheter au 6 bis , à l’emplacement précis où l’architecte prévoyait de creuser les fondations de leur maison, se trouvait un magnifique buisson de roses blanches « anciennes »…

Un rosier liane dont l’implantation en ce lieu, au vu de l’extension de ses rameaux, devait certainement « remonter » à de nombreuses années…Non greffé, ce rosier dont les feuilles d’un vert prononcé et luisant ne présentait aucune souillure, semblait particulièrement vivace.  Aucune colonie de pucerons ou autres insectes et champignons n’y avaient élu domicile. En outre, il n’était affecté d’aucune de ces maladies qui, au bout de quelques mois à peine, pourrissent la vie des rosiers que l’on se procure à l’issue d’une incursion dominicale dans nos modernes jardineries…

Personne à l’époque ne sut identifier l’espèce de roses dont il s’agissait. On savait juste qu’il fleurissait abondamment en mai, qu’il était peu ou pas « remontant » et qu’en raison probablement de sa rusticité éprouvée par des successions de printemps, il bénéficiait manifestement d’un système immunitaire sans faille. Ainsi semblait-il se soustraire aux inconvénients des autres espèces, singulièrement des nouveaux greffons, qui tremblent au moindre frimas et dont les feuilles percluses d’oïdium s’enroulent et se maculent de taches avant même l’éclosion de leurs fleurs les plus précoces au printemps. A la différence de notre descendant d’églantier, ces jeunes plants sont dit « remontants » mais que remontent-ils en dehors de nos remontrances à leur endroit, et notre déception annuelle face à leurs souffreteuses et coûteuses production? .

Le vieux rosier de la rue de Messine, destiné à être sacrifié sous la pelle des ouvriers du bâtiment, ne présentait aucune de ces malfaçons génétiques et ne provoquait par conséquent aucune de ces désillusions rageuses que l’on éprouve lorsque l’on découvre que l’une de nos récentes et prometteuses acquisitions au nom pourtant prestigieux et people, est couvert de pustules, à peine planté dans notre jardin avec le terreau qui sied vendu à prix d’or !

La chance du vieux rosier fut l’attention que lui prêta – à moins que ce ne fut de la compassion – un mes oncles paternels, habitant du quartier Saint-Léonard, qui avait emménagé à quelques kilomètres de là, rue Charles Péguy, dans une maison qu’avec son épouse, il avait fait construire peu d’années auparavant. Rosiériste amateur et jardinier avisé, épris des plantes et des oiseaux, il comprit tout le parti florifère qu’il pouvait tirer de ce rosier liane exceptionnel.

Il lui sauva l’écorce et la vie en le transplantant dans son propre jardin. Probablement reconnaissant pour cette bienveillante sollicitude, le végétal y fit volontiers souche. Il s’y acclimata sans encombre, colonisant une grande partie de l’espace qui lui était dévolu en arrière de la maison, qu’il égaya de son abondante floraison au printemps!

Parallèlement – « dans le même temps » comme on (il) dirait désormais pour être au goût du jour – mon père en avait fait quelques boutures qui s’enracinèrent sans difficulté et sans complexe à proximité du garage de sa future maison.

L’aventure du rosier prit un autre tournant décisif – tout aussi fructueux que les précédents – au début des années soixante-dix, lorsque mes parents s’installant à Massy (91) dans un appartement avec terrasse, procédèrent à un nouveau bouturage du rosier devenu leur « mascotte » mais cette fois, à destination d’une jardinière…

Clairement, le vieux rosier angevin ne tira pas ombrage de ce changement de statut, qui le priva de la pleine terre dans laquelle il ancrait précédemment ses racines. En rien, son développement ne fut entravé, et c’est de bonne grâce qu’il s’appropria son nouveau territoire. Dès lors, à chaque printemps, il illumina un pan entier de son « nouveau jardin » de ses centaines de roses blanches … A telle enseigne, qu’il fallut quand même un jour, envisager de lui trouver un emplacement plus confortable permettant toutes les extensions spatiales que sa nature lui imposait…

En attendant, on dut le « rabattre » régulièrement et sévèrement pour éviter qu’il ne s’en prenne au balcon voisin, violant ainsi toutes les règles de bienséance en vigueur dans les copropriétés civilisées !

L’occasion se présenta lorsque mes parents firent l’acquisition d’un ancien corps de ferme transformé en résidence secondaire dans le hameau de Onville au cœur de la Beauce (environs de Greneville-en Beauce et Guignonville). Le rosier de nouveau transplanté au pied d’un mur ensoleillé de l’ancienne cour de la borderie ne tarda pas à occuper tout l’espace, affichant derechef une santé insolente qu’aucune autre variété de rosiers ne semble être en capacité de lui concurrencer… Tout au plus lui jalouser!

En outre, à partir du pied initial d’Onville, de nombreuses boutures furent faites, dont une par mes soins, qui fit souche dans la ville nouvelle des Ulis, et que je transférai ensuite dans le jardin de mon actuelle résidence… Son tronc atteint désormais une quinzaine de centimètres de diamètre. Toujours exempt de parasitage ou de maladie végétale, il irrigue de ses lianes une haie mitoyenne et je partage sa ramure avec un de mes voisins, conquis par la magnificence de sa floraison printanière au dessus de son garage…

Je me suis laissé dire que bien d’autres pieds – « des tonnes de cousins » – issus du plant initial de 1954 prospèrent généreusement et essaimèrent un peu partout en région parisienne…et peut-être au-delà!

On ne saurait conclure sans esquisser une hypothèse sur l’identité de ce phénomène qui traverse les âges et accompagne fidèlement notre famille. Partie prenante de notre histoire, on aimerait en dire plus sur la variété à laquelle il est affilié, qui lui permette de franchir les décennies sans jamais s’abâtardir!

Dans un premier temps, certains pensèrent qu’il s’agissait d’un « rosier de Damas »…Mais c’est très peu probable car les roses de Damas sont majoritairement roses et dégagent un fort parfum dont notre vieux rosier est pratiquement dépourvu!

A l’issue d’une consultation des catalogues des rosiéristes, la seule possibilité qui retienne notre attention serait celle d’une variété proche du rosier ancien « Albéric Barbier » qu’on nous présente comme une liane « aussi charmeuse que robuste, à l’aise partout » et dont les « tiges souples » sont pourvues d’un joli feuillage d’un vert sombre et luisant, presque persistant, où se prélassent des roses couleur chantilly… »

La ressemblance est assez frappante sous la réserve près du « parfum agréable » qui n’est pas très perceptible dans notre cas!  Pour le reste, tout semble concorder:  » Groupés en petites grappes, ses jolis boutons jaunes éclosent durant presque cinq semaines en fin de printemps ou en début d’été. Comme la plupart des rosiers lianes, il n’est pas ou faiblement remontant en automne selon le sol et le climat, mais cette solide variété offre l’avantage de se plaire même dans les sols ingrats, à mi-ombre, ou même à l’ombre en climat chaud. »

Si cette hypothèse était confirmée, notre rosier – désormais et provisoirement baptisé Albéric Barbier aurait été obtenu en 1900 par René Barbier, un rosiériste orléanais et serait issu d’un croisement entre une espèce botanique originaire d’Asie orientale et un rosier hybride anglais….

En raison de sa robustesse et de son adaptabilité à l’environnement, il aurait conquis l’Amérique!  Rien ne le rebute… Il fait désormais partie de la famille…

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Comme chaque année, les « lutins » statisticiens de mon hébergeur « WordPress » – du moins c’est ainsi qu’ils se qualifient – m’adressent un bilan de l’exercice écoulé. Bilan essentiellement quantitatif mais précieux pour corriger ou améliorer la facture de mes billets.

Je les en remercie vivement et je souhaite, ainsi qu’ils m’y invitent, que leurs constats et leurs réflexions soient portés à la connaissance de mes lecteurs. J’observe d’ailleurs avec satisfaction que le cercle de ceux qui veulent bien accorder de l’intérêt à mes modestes spéculations s’élargit au fur et à mesure des années en dépit d’une forte concurrence sur la « Toile »…Pour autant, si j’apprécie, comme il sied, le relatif succès d’audience de ce blog, là n’est pas ma principale ambition.

Au risque de contrarier les plus fidèles des pèlerins, qui font halte, le soir venu, dans mon auberge virtuelle, intemporelle – et un tantinet espagnole – mon objectif est avant tout de m’amuser moi-même avec les mots et de raconter des histoires que j’aimerais qu’on me raconte si j’étais encore enfant.

Accessoirement, je postule que quelques-unes de mes anecdotes, venues parfois du fond des âges, attireront peut-être l’attention de lecteurs, au-delà du jour de leur publication. J’espère qu’elles persisteront à susciter quelque bienveillance de la part de liseurs des générations montantes… Le rapport des statisticiens de WordPress me fournit quelques éléments d’optimisme à ces propos.

Pour 2015, comme ce fut le cas en 2014 et précédemment, je n’exclus pas de persister à pratiquer l’ironie et le persiflage à l’encontre de nos prétendues élites morales, politiques et religieuses,  qui n’ont que trop tendance à se prendre au sérieux, en nous faisant croire qu’elles détiennent des vérités absolues et universelles, invariablement contredites par l’actualité. Aussi ai-je été surpris quelque peu marri d’entendre récemment le pape François, à l’égard duquel je n’ai d’ailleurs a priori aucune prévention – sinon sur la substance de son message  – inciter les éminences cardinalices de la curie romaine à l’abstinence en ce qui concerne – non le sexe – mais l’exercice salutaire du clabaudage auquel ils se livreraient sans modération entre pairs (pères)!

Evidemment -on l’aura compris- il y a belle lurette que je ne calque plus mes comportements publics et ma conduite privée sur les injonctions papales. Je poursuivrai donc en 2015 ma critique sans concession de tous ces tartarins de toutes obédiences, qui passent le plus clair de leur temps à nous faire prendre des vessies pour des lanternes ! Mais je continuerai aussi de m’intéresser aux belles histoires que les fonds d’archives, aujourd’hui disponibles sur Internet, nous permettent de dénicher et de dépoussiérer. Avec l’aide très fréquemment de « Rose l’Angevine ». Ces (ses) trouvailles qui s’apparentent souvent à d’authentiques pépites, sont précieuses car elles éclairent d’un jour nouveau l’existence de ceux qui nous ont précédés, en leur redonnant un peu de cette chaleur roborative que des décennies de piété filiale ou d’images familiales d’Epinal leur avaient confisquée.

Les statisticiens de WordPress n’abordent qu’à la marge, l’analyse et la nature des sujets traités, signalant cependant ceux qui ont été majoritairement consultés et conseillant le cas échéant de poursuivre dans cette voie…

D’une manière générale, la ligne éditoriale de « 6 bis rue de Messine » prend racine dans le passé, et singulièrement le passé familial à l’aune, par exemple, des grandes tragédies contemporaines comme la Grande Guerre ou plus éloignées comme la Vendée militaire…

Mon propos n’est donc pas de traiter ici de l’actualité immédiate, comme s’y emploierait un journal, y compris un journal intime. Je ne revendique pour moi aucun rôle déterminant dans le déroulement des faits, ni aucune autorité pour les commenter, car ce serait sûrement accorder trop d’importance à mes états d’âme. Quoique!

De même, je suis convaincu que l’importance des événements présents n’est que rarement perceptible au moment où ils se produisent…Il arrive très fréquemment que les discours du jour relayés par les médias, qui annoncent toujours de grandes révolutions dans le domaine de la pensée et de l’action, ne sont en fait que des escroqueries médiatisées. Les exemples sont multiples de ces faits ou de ces réformes « incontournables » qui défraient la chronique de l’instant et rejoignent les oubliettes dès le lendemain, et inversement.

Néanmoins, je ne m’interdis pas d’évoquer des sujets d’actualité. En m’efforçant d’être lucide, car je suis conscient que ce qui est, maintenant, à la mode a fatalement vocation à se démoder. On aura noté que mes incursions dans le présent sont rarement innocentes. La neutralité n’est pas ma religion et j’assume le fait que mes convictions peuvent irriter certains de mes lecteurs.

De l’année 2014 qui s’achève, j’avoue ne conserver que très peu de choses, hormis le fait qu’elle a vu naître un de mes petits-fils…Comme le disait le défunt Jacques Chancel, cette naissance fut, pour moi, le plus beau des cadeaux de cette année. Comme ce fut le cas aussi en 2010, pour le même motif.

Pour le reste, il faudra attendre encore quelques années pour se prononcer sur l’année 2014…Je préfère pour l’heure m’abstenir de tout commentaire « public ». Ce qui ne signifie pas que je ne nourrisse pas quelques préférences et inclinations…

Je souhaite conclure en formant le vœu que tous mes lecteurs – et au-delà – trouvent quelques onces de bonheur en 2015 – et même plus …et que mes petits écrits puissent les distraire quelques minutes, de temps en temps, dans le fatras des contraintes et des tracas quotidiens…

Bonne lecture du rapport annuel 2014 – ci-dessous – élaboré par les lutins statisticiens de WordPress.com pour ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 42 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 16 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

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Deux ans après avoir ouvert mon « grenier » fictif – dont quinze mille d’entre vous ont entrebâillé la porte poussiéreuse-  je m’aperçois que je n’ai guère évoqué le  » 6 bis rue de Messine » qui sert de bandeau titre à ce blog… Néanmoins, si vous m’avez lu, vous savez que c’est l’adresse de la maison que mes parents firent construire à Angers en 1955.

Vous n’ignorez pas que ce lieu – pour moi, mythique – était situé dans le quartier de la Madeleine à Angers, à proximité immédiate d’un stade, qu’on appelait à l’époque « le » stade « Bessonneau » et qui est devenu, depuis lors, « Jean Boin ». Un boulevard y a, entre outre, été percé vers 1967, reliant au travers de terres autrefois maraîchères, la rue Saint-Léonard et la rue Saumuroise, et ouvrant ainsi l’ensemble du quartier à la circulation.

Auparavant,  la rue et son prolongement, la rue de Tunis étaient sans issue et non goudronnées. De sorte que dans cet univers clos, tout le monde se connaissait! Et à l’occasion, s’entraidait mais se critiquait aussi. Y vivaient des personnages d’un genre aujourd’hui disparu, comme la mère Merlet, la femme d’un des gendarmes d’en face, qui, chaque matin, en ouvrant ses volets dès l’aurore, hurlait à la cantonade, été comme hiver, la météo du jour! Faisait également partie du décor, la « mère Riveron  » qui chaque soir récupérait son mari ivre-mort, écroulé sur son vélo devant sa porte. Et nos plus proches voisins, les « Badreau » dont l’unique et tardive fille Evelyne périt noyée un été dans un tourbillon  de la Loire! Et la vieille mère Agoulon qui vivait dans la seule maison bourgeoise de la rue, mais qu’on ne voyait jamais. Et tous les autres, les Cheminard, les Ripoche, les Tinon du haut de la rue , les Legal, les Wolfer, les gérants alsaciens du « Comptoir Moderne » de l’angle de la rue Desmazières et de la rue Saint Léonard, où nous « faisions les courses » …

Dans sa propriété qui bordait le fond de nos jardins, « régnait » discrètement un vieil aristocrate, Monsieur de la Sayette, entouré de ses filles célibataires qui veillaient sur la santé des immenses acacias de leur parc. Certains soirs d’été,  le marquis jouait du cor de chasse! Parfois aussi, on l’apercevait rue saint Léonard dans son antique « Deux Chevaux Citroën »!

Bref, c’était une sorte de microcosme, presque un isolat – un cluster comme on dit maintenant – qui s’apparentait à un « bouillon de culture », mais de « culture populaire »,  provinciale et bon enfant. Solidaire et fraternelle lorsqu’il fallait, tant qu’il fallait et juste ce qu’il fallait dans le respect de l’autonomie, la personnalité et de la responsabilité de chacun. En ce temps-là, notre premier réflexe ne consistait pas à imputer systématiquement toutes nos difficultés à la collectivité !

Une culture spontanée non décrétée dans les ors de la République par des énarques d’essence bourgeoise, convertis « sur le papier » au Front populaire! Une culture ouvrière qui n’avait d’ailleurs nul besoin du dévouement misérabiliste, complaisant et finalement stérile de « missionnaires » théoriciens de la « bonne cause » et du « grand soir ».  Tout n’était pas forcément et constamment  « rose » , dans ce petit monde qui n’était exempt ni de grandeurs, ni de faiblesses, ni même de bassesses! Mais, dans notre souvenir, il l’est devenu!

Pour nous, les enfants, la rue de Messine c’était un peu notre aire de jeux et d’aventure, avec ses terrains vagues, ses semi-friches, ses panneaux publicitaires derrière lesquels on pouvait se cacher, et l’entrée du stade près du champ de luzerne.  Tous les gamins du quartier la fréquentaient:  Claudine, Annick, Lydie et Jocelyne, les filles de Madame « Ripoche » devenue « Lhumeau » du fait de son remariage après son veuvage avec un « vieux garçon » de Seiches-sur-le Loir. Un brave homme peu disert mais qui jardinait à merveille! Sans omettre les copains du quartier, dont ceux de ma classe de l’école « Saint Augustin », comme Jean-Louis Jaulain, turbulent fils de gendarme et passionné d’électricité, qui « piquait » les ampoules des chandeliers de l’église de la Madeleine. Sans oublier les enfants « Le Guyader » ou encore Marie Christine Souriceau de la rue de Tunis, dont la mère, matin et soir, passait devant chez nous en Vélosolex, et d’autres encore dont les noms m’échappent …Il y a largement plus de cinquante ans!

Nous nous affrontions en pleine chaussée, en d’interminables parties de jokari, aux résultats d’autant plus imprévisibles que le terrain poussiéreux et caillouteux n’était pas régulier!  Itou pour le foot sur le terrain vague à l’entrée du stade, du côté des tribunes « populaires ».  Avec nos vélos, nous dévalions la rue à toute vitesse, jusqu’au jour où ma sœur Louisette chuta lourdement sur la caillasse: la cicatrice de sa fracture ouverte était encore visible sur son bras plusieurs décennies plus tard sur son lit d’agonie…

Et puis, il y avait ces jours de liesse et de franche rigolade lorsque nos cousins de Nantes venaient passer quelques jours chez nous aux « petites vacances » de Noël ou de Pâques …

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Rue de Messine 1961 : depuis, deux sont partis!

Le « 6 bis » que nous avons connu, a aujourd’hui physiquement disparu – c’était le paysage de notre enfance. Malgré quelques rares réserves, ce petit coin de province demeurera pour nous l’image d’un paradis perdu, celui de l’insouciance et de l’impatience dans des lendemains nécessairement prometteurs… La suite s’est progressivement chargée de nous dessiller mais le souvenir des années « au 6 bis » reste un refuge intime…et même un ultime asile, les jours sans soleil!

Bien sûr, il y eut depuis, d’autres motifs de bonheurs presque aussi intenses que celui de ces lointaines années 50 et 60, mais aucun ne fut comparable à celui de notre enfance ici. Chaque période de la vie est en effet singulière! Le souvenir de notre prime jeunesse présente l’insigne avantage d’effacer, le temps passant, les désagréments du moment ou de les transformer en de profitables apprentissages ou phases d’initiation, dérisoires eu égard aux difficultés qui suivront!

Bien que chacun sache que ces instants privilégiés, durablement gravés, doivent être dépassés  pour survivre, ils conservent leur saveur originelle et demeurent d’incomparables et roboratifs jardins secrets, surtout les jours de tristesse ou de mélancolie. L’enfance, c’est le temps « béni » où la testostérone n’exerçait encore aucun magistère obsédant sur nos âmes!

La mélancolie n’est pas un état permanent, mais parfois ça fait du bien d’y sombrer! C’est comme un plaisir masochiste pour timides.

Quelques années après la disparition de ma sœur Louisette, évoquer la maison d’Angers, c’est aussi une manière de lui rendre hommage et de lui redonner un peu de vie. Evoquer le décor de son enfance, qui fut aussi la mienne, c’est  comme faire revivre la petite fille malicieuse et intelligente, qu’elle n’a pas cessé d’être à mes yeux! Décor qui fut aussi celui dans lequel évoluèrent nos deux autres compères de la fratrie, Bibiche et Françoise.

Il est bon, si on ne s’y attarde pas trop, de se remémorer cette époque où, tous les quatre, petits queniaux d’Anjou, nous érigeâmes, à coup de « peignées » – ou de « volées » mémorables, de chicaneries, de jeux et de vraies confidences, une complicité et une connivence que même la mort de l’une d’entre nous, le sept juillet 2010, n’a pas su interrompre!

Il y a si longtemps déjà!

Peinture de ma soeur Louisette (1952-2010)

Peinture de ma sœur Louisette (1952-2010)

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